Crise d'identité aux ïles Marshall
par Aenet Rowa, Yokwe Online, February 13, 2006
http://www.yokwe.net/index.php?name=News&file=article&sid=1282
Traduit de l'anglais par Fausto Giudice,
membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.
[NDT : indépendantes depuis
1986 après avoir été une colonie US, les îles
Marshall sont une république combinant le système politique
occidental (parlement élu qui élit le président)
et le système coutumier (un conseil de 12 chefs coutumiers).
Les USA disposent d'une très importante base militaire et d'un
site d'essai de missiles sur l'atoll de Kwajalein qui est le plus grand
atoll du monde avec une centaine d'îles. Cette présence
militaire est réglée par la Convention de libre association
(Compact of Free Association) entrée en vigueur en 1986. Cette
Convention vient d'être renouvelée pour 50 ans, sous le
nom de "Compact II", sans aucune consultation des chefs coutumiers et
des propréiatires des terrains concernés.]
La base militaire US de Kwajalein |
Il faut regarder la réalité en face.
La coutume marshallienne - le "manit" - est ce qui a soutenu et protégé
notre peuple pendant des siècles. Elle est maintenan menacée
de disparition. Le seul et unique aspect des valeurs traditionnelles
des îles Marshall est le respect pour les Iroij - les chefs traditionnels
- et le système foncier.
Certains Marshalliens, poussés par ds forces extérieures
et par leurs propres ambitions, sont en train d'essayer de se débarrasser
du Manit concernant les chefs traditionnels et la propréité
foncière, en utilisant l'espace plitique national et le système
judiciaire.
Ils politisent les éléments les plus fondamentaux de la
culture insulaire. C'est une trahison de notre identité sociale
marshallienne et risque de nous laisser dépouillés de
tout.
Les attaques contre notre système coutumier et contre les leaders
traditionnels sont en augmentation. L'administration actuelle et certains
de ses fonctionnaires ont montré une attitude irrespecteuse à
l'égard de nos chefs coutumiers alors qu'ils représentent
un gouvernement établi par une constitution qui respecte la légitimité
et le rôle des Iroij et de notre culture.
il y a quelques semaines, le parlement national a du ajourner ses sessions
de manière abrupte après qu'un sénateur du parti
au pouvoir eut fait des remarques désobligeantes sur les Iroij
siégeant au Nitijela (parlement) et tenté d'affronter
physiquement un leader traditionnel. Les Marshalliens écoutant
la radio publique ont été atterrés par ce drame.
Dans un des actes de mépris pour les chefs traditionnels et les
droits fonciers marshalliens les plus graves, l'équipe de négociateurs
gouvernementaux du "Compact II" ont signé un accord stipulant
le prolongement de l'usage militaire (par les USA) de l'île de
Kwajalein pour 50 ans à partir de 2016, donc jusqu'en 2066, avec
une option pour prolonger cette utilisation de 20 ans, et cela sans
avoir associé ni demandé l'approbation des Iroij et des
propriétaires des terres de Kwajalein. Ce n'était pas
au gouvernement de disposer des terres puisqu'il ne possède aucune
terre aux Marshall et que ce sont les propriétaires eux-mêmes
qui doivent signer en 2016 l'accord sur l'usage des terres.
Maintenant, dans un amendement à la proposition de Convention
constitutionnelle, il est fait mention de ce que le gouvernement possède
des terres.
Il est aussi question de mettre des limites aux droits des Iroij à
servir comme fonctionnaires élus à l'échelle nationale
ou locale.
En 2004 le Jésuite Francis X. Hezel, du Séminaire micronésien
[> http://www.micsem.org] avait expliqué, durant les consultations
sur l'enregistrement des terres, que, selon la tradition marshallienne,
"l'un ou l'autre des chefs suprêmes ou Iroij, possède certains
droits sur chaque parcelle de terre, en tandem avec les droits du alab
- ou régisseur de terres - et le drijerbal - ou personne vivant
sur cette terre.
Cette construction de la culture marshallienne pourrait être mise
à bas.
La résolution prise par le chef suprême Mike Kabua au parlement
concernant le titre traditionnel de alab (propriétaire de terre)
a été mal interprétée comme une affaire
"homme contre femme", alors qu'il s'agit d'un trait culturel distinctif
de longue date. Ses connaissances de la culture et des rôles coutumiers
a été érodée par ceux qui cherchent à
affaiblir l'autorité traditionnelle.
Une interview à la radio australienne a laissé entendre
qu'il ne s'agissait là que d'une question de conflit de sexes
et qu'il s'agissait d'un "nouvel" effort pour radicaliser la culture
marshallienne.
En 1990 l'analyste politique marshallien Norman Mller avait souligné
l'importance de l'Iroij (chef suprême) et du système foncier
en tant que "base indigène de l'identité sociale aux îles
Marshall".
Cela pose aujourd'hui un problème à certains que l'Iroij
soit juste l'Iroij et l'Alab soit juste l'Alab, car ils n'ont aucun
égard pour la tradition séculaire qui attache les Marshalliens
à leur terre.
Il faut attribuer ce manque de respect à des influences extérieures
qui n'ont rien à voir avec l'agenda des Marshalls et se soucient
peu du maintien de la culture marshallienne.. Des organisations internationales
de bailleurs de fonds et de finances ont exprimé leur opposition
au système marshallien de gestion de la terre, la qualifiant
de "féodale". Elles disent que ce système est un obstacle
et une barrière institutionnelle pour les investissements étrangers.
La nouvelle Loi sur l'enregistrement des terres n'a pas fait grand-chose
pour changer le climat entrepreneurial mais a par contre causé
beaucoup de perturbations dans les familles, chez les Alab et les Iroij.
"Les chefs d'autres îles ont perdu leurs antiques droits résiduels
sur la terre, mais aux Marshall les Iroij continuent à être
la voix de la terre", a dit Hezel.
Tout au long des siècles, les Iroij ont été nos
leaders, avant même qu'apparaisse un gouvernement organisé
sur le mode occidental. Une telle oppposition à nos leaders traditionnels,
indépendamment des positions partisanes, n'a pas de sens.
Combattre les droits fonciers en ignorant les modes traditionnels est
un suicide culturel.
Si nous ignorons lles Iroij et perdons notre Manit, nous perdrons notre
terre et notre identité.
Regardez Hawaï et les Hawaïens et vous y verrez l'avenir des
Marshall et des Marshalliens, si nous empruntons ce chemin.

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