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Groupe Shangaï - Kirghizistan |
30/05/06 - 15 000 opposants kirghiz manifestent à Bichkek pour des réformes
"Bakiev ouvre les yeux !", "Non à la corruption, non à la criminalité !", "Oui aux réformes !", scandaient les manifestants rassemblés sur la place Ala-Too au centre de Bichkek, non loin de la "Maison blanche", le siège du gouvernement et de la présidence. "Nous appelons les autorités à respecter leurs promesses de réformes d'ici l'automne, sans quoi nous demanderons la démission" de M. Bakiev et du Premier ministre Felix Koulov, a déclaré à la fin du rassemblement l'ancien président du Parlement et l'un des meneurs de l'opposition, Omourbek Tekebaïev. Il a établi une liste de 10 revendications majeures à l'adresse du pouvoir, dont la réforme de la Constitution, la lutte contre la corruption et la criminalité et la mise en oeuvre de réformes économiques pour lutter contre la pauvreté et le chômage. Les manifestants se sont dispersés dans le calme après avoir manifesté pendant près de trois heures sous un soleil éclatant et sous la surveillance de quelque 3.000 policiers. La manifestation était organisée par le mouvement "Pour les réformes", qui regroupe une trentaine d'ONG et de formations politiques kirghizes d'opposition. Le 29 avril, un premier rassemblement avait réuni quelque 10 000 personnes pour réclamer une réforme constitutionnelle réduisant les prérogatives présidentielles, la démission de plusieurs hauts responsables et une lutte efficace contre le crime organisé. Le président Bakiev, cédant à ces revendications, avait peu après accepté les démissions de son secrétaire d'Etat et du chef des services spéciaux, et annoncé qu'un projet de Constitution allait être présenté début août au Parlement. L'opposition réclame encore le départ du procureur général Kambaraly Kongantiev, et dénonce, d'autre part, l'emprise croissante qu'aurait le fils du président, Maxim Bakiev, sur le monde des affaires au Kirghizstan. Ses détracteurs estiment qu'il a pris le contrôle de nombreux actifs de la famille du président déchu Askar Akaïev, renversé en mars 2005 lors d'un soulèvement dont Kourmanbek Bakiev fut l'un des meneurs. Une polémique avait précédé le rassemblement de samedi, le ministère de la Défense ayant décidé d'avancer au 27 mai, le défilé marquant la Journée des forces armées célébrée le 29 mai. Face au refus de l'opposition de retarder la manifestation ou de la déplacer, la présidence kirghize a finalement reporté à lundi la parade militaire, officiellement pour des "raisons climatiques". Kourmanbek Bakiev avait été élu triomphalement en juillet dernier à la présidence kirghize, en promettant de mettre un terme aux dérives autoritaires et à la corruption du régime de M. Akaïev. Mais le chef de l'Etat est depuis très critiqué du fait de la lenteur de la mise en oeuvre de ses promesses électorales, de la stagnation économique du pays et de la multiplication des meurtres commandités. Depuis la chute de l'ancien régime, le Kirghizstan peine à
se stabiliser. En 14 mois, trois députés et un candidat
au Parlement ont été assassinés, les prisons du
pays se sont rebellées et les luttes politiques internes au sein
du pouvoir se sont multipliées. Le 24 mars ne sera pas fête nationale, un chef mafieux se présente aux élections
Désenchantement un an après l'euphorie révolutionnaire
Un an après la "révolution" qui renversa en seulement quelques heures un régime vieux de quinze ans, le Kirghizstan peine toujours à retrouver stabilité politique et croissance économique, malgré des progrès démocratiques certains. Le 24 mars 2005, les Kirghiz avaient envahi les rues de Bichkek pour protester contre les résultats controversés d'élections législatives, contre la corruption et la dérive autoritaire du régime du président Askar Akaïev. A la surprise générale, le pouvoir s'est écroulé en quelques minutes alors que les manifestants envahissaient le siège du gouvernement et de la présidence. Pour célébrer l'événement, le 24 mars a été décrété jour férié et les festivités vont culminer vendredi avec des feux d'artifice et un défilé militaire. Mais un an après la "révolution" et huit mois après l'élection triomphale à la présidence de Kourmanbek Bakiev, l'une des figures-clé de la révolte, le pays est confronté à la corruption, à une économie qui tourne au ralenti et à des luttes intestines au pouvoir. La réforme promise de la Constitution tarde, alors que trois députés ont été assassinés dans l'année, que les prisons se sont rebellées, que les manifestations sont quasiment quotidiennes et que de nombreux leaders du soulèvement de l'an dernier ont rejoint les rangs de l'opposition. "Personne n'osera dire que la stabilité a été instaurée. Jusqu'à maintenant il existe un conflit politique entre le président, le Parlement, le Premier ministre et les principales forces politiques", soulignait en février Markus Muller l'ambassadeur au Kirghizstan de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Un bilan négatif qu'assume en partie le Premier ministre Félix Koulov, emprisonné pour son opposition au régime d'Askar Akaïev et libéré par ses partisans lors de la chute de ce dernier. "Il y a beaucoup de mécontentement, un mécontentement fondé, mais on ne peut pas s'attendre à des miracles en économie. Nous avons une très grande responsabilité que nous devons assumer", a-t-il estimé dans un entretien à l'AFP, se disant "optimiste" pour l'avenir du pays. De nombreux leaders du soulèvement de mars 2005 admettent que l'euphorie a laissé place au désenchantement, malgré les efforts de démocratisation. "Pour l'instant nous sommes contents qu'il y ait plus de démocratie dans le domaine de la presse et un plus grand respect de l'opposition", note Roza Otounbaïeva, l'une des figures de la révolte désormais dans l'opposition. "Mais en un an, on aurait pu faire beaucoup plus. C'est dommage que l'énergie qui avait inspiré le peuple n'ait pas été orientée vers des réformes et une amélioration de l'économie", ajoute celle qui fut brièvement à la tête de la diplomatie kirghize. Un avis partagé par Edil Baïssalov, qui dirige la coalition Pour la démocratie et la société civile, une ONG qui luttait contre l'autoritarisme de l'ancien régime. "La majorité absolue de la population ne comprend pas et ne voit pas les résultats positifs de la révolution populaire. Les Kirghiz voient toujours la même corruption, le même arbitraire et les ambitions politiques de chefs mafieux", se désole-t-il. Dans une récente déclaration, le président déchu avait émis des critiques similaires, estimant, depuis son exil en Russie, que le "coup d'Etat" dont il se dit la victime, conduisait le Kirghizstan à la ruine. "Dans de nombreux secteurs de la société on observe une régression claire. Des conditions socio-économiques défavorables sont aggravées par les échelons supérieurs du pouvoir, tout comme les tentatives agressives de la criminalité de prendre le contrôle des organes du pouvoir", soulignait M. Akaïev. Source : AFP, 22 mars 2006 |
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