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Iran |
Jeux navals guerriers US au large du littoral iranien : Une provocation qui pourrait mener à la guerre ?Par Michel Chossudovsky, 24 octobre 2006
Une énorme concentration de forces navales US se trouve dans le Golfe Persique et en Mer d’Arabie. Deux groupes d’attaque navals US sont déployés : L'USS Enterprise, et le groupe expéditionnaire d'attaque USS Iwo Jima. Les groupes d’attaque navals ont été affectés au combat dans la « guerre mondiale contre le terrorisme. »
Parallèlement à cette concentration de forces navales, les USA sont aussi impliqués dans des exercices militaires dans le Golfe Persique, consistant à « intercepter dans le Golfe les navires transportant des armes de destruction de masse et des missiles » L'exercice a lieu alors que les USA et d'autres grandes puissances réfléchissent à des sanctions incluant la possible interdiction des navires vers la Corée du Nord, suite au test nucléaire signalé, et vers l'Iran, qui a défié l’ordre de cessation de l'enrichissement d'uranium du Conseil de sécurité de l'ONU. L'exercice, fixé au 31 octobre 2006, est le 25ème organisé par les USA -- initiative menée par 66 membres de la Proliferation Security Initiative, et le premier à être basé dans le Golfe près de Bahreïn, en face de l'Iran, ont dit les officiels. Un haut responsable US a insisté sur le fait que l'exercice ne visait pas spécifiquement l'Iran, bien qu'il renforce une stratégie US visant à consolider les liens entre les USA et les États du Golfe, où Téhéran et Washington sont en compétition d'influence. Téhéran considère les jeux de guerre parrainés par les USA dans le Golfe persique, au large du littoral iranien, comme une provocation voulue pour déclencher une crise potentielle et une situation de confrontation directe entre les USA et les forces navales iraniennes dans le Golfe persique : « Les rapports indiquent que les exercices navals basés près de Bahreïn menés par les USA inclueront l'interception et la fouille des navires transportant des armes de destruction de masse et des missiles. L'agence de presse officielle iranienne IRNA a cité un fonctionnaire anonyme du ministère des Affaires étrangères décrivant les manœuvres militaires comme dangereuses et suspectes. Le fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères
iranien a dit que les exercices menés par les USA n'étaient
pas conformes avec la sécurité et la stabilité
de la région. Au lieu de cela, ils visent à fomenter
des crises, a-t-il dit. » (cité par la BBC le 23 octobre
2006) Le groupe expéditionnaire d'attaque USS Boxer (ESG 5) arrive
en Mer d’Arabie « Nous sommes sur le point d'entrer dans une partie du monde qui peut être très dangereuse, » a dit le Technicien d’aviation de marine en chef Jacques Beaver, chef d'artillerie du poste de pilotage du Boxer. « Nous devons être flexibles et préparés à nous défendre contre toute menace. » Le Boxer s'était préparé au chargement d'armes pendant deux mois en accomplissant la maintenance requise et les pré-vérifications électroniques. Les contrôles assurent que les systèmes de lancement de missiles du navire ont atteint le niveau exigé et la sécurité pour charger des munitions réelles. « Nos gens ont eu un dur boulot pour obtenir cela, » a dit le Chef contrôleur de feu William Lewis, premier quartier-maître de la division de contrôle des tis et des systèmes de combat. « Vous ne pouvez pas mesurer l'importance qu’il y a à avoir ces défenses pour garder en vie les Marins et les Marines dans ces groupes d'attaque. » Le BOXESG [ESG 5] est composé de l'USS Boxer (LHD 4), de l'USS Bunker Hill (CG. 52), de l'USS Dubuque (LPD 8), de l'USS Comstock (LSD 45), de l'USS Benfold (DDG 65) et de l'USS Howard (DDG 83). Le groupe d'attaque inclut aussi l'Escadron Amphibie 5, la 15ème Unité Expéditionnaire de Marine, le Garde-cotes Cutter Midgett (WHEC 726) et la frégate canadienne HMCS Ottawa (FFH 341). Le BOXESG conduit actuellement des opérations de soutien à
la guerre mondiale contre le terrorisme tout en transitant vers le
Golfe Arabique. » Le Canada participe au groupe expéditionnaire d'attaque (ESG 5) Le Canada participe formellement à ce déploiement militaire déguisé en « guerre contre le terrorisme ». La marine canadienne a expédié la frégate HMCS Ottawa, qui fait maintenant partie intégrante de l'ESG 5, sous commandement US. Il faut noter qu'un accent particulier a été mis sur les évacuations sanitaires et sur service de santé de combat, ce qui suggère qu'un scénario de combat pourrait être envisagé. Le Boxer et l'Ottawa, opèrent tous les deux dans la zone de la 7ème Flotte sous responsabilité US, sachant qu'ils peuvent jouer un rôle essentiel pour faciliter les opérations d'aide humanitaire et les évacuations sanitaires, ou pour le soutien médical au combat qui dépendrait fortement des possibilités médicales du groupe d'attaque du Boxer. L'entraînement croisé des Marins de navire en navire aide à assurer le succès du groupe d'attaque au cas où le BOXESG devrait affronter un quelconque scénario médical, selon Richardson. « La formation est une partie nécessaire à toute évolution, » a dit Richardson. « De toute façon vous travaillez avec une autre nation, il est important que nous comprenions leurs possibilités exactes aussi bien qu'ils doivent comprendre les nôtres, au cas où quelque chose se produisait pour que nous sachions où sont nos atouts. » L'entraînement croisé a aussi encouragé la coopération entre les deux alliés qui ont fourni aux hommes de corps d'armée du Verville et du Boxer un forum pour se renseigner sur les marines et la culture de chacun. (Military.com octobre 2006)
« Un incident » dans le Golfe Persique peut être utilisé par les USA comme prétexte pour la guerre contre l'Iran. Un incident prétexte à la guerre, semblable à « l'incident du Golfe du Tonkin », qui a déclenché la guerre du Vietnam, pourrait être utilisé par les forces US, en vue de justifier une action de représailles militaire contre l'Iran. En août 1964, le président Lyndon B. Johnson prétendit que les forces du Vietnam du Nord avaient attaqué des destroyers US dans le Golfe du Tonkin. L'incident du Tonkin, qui avait été fabriqué, a contribué à déchaîner une vraie guerre contre le Vetnam : « Une attaque fantôme sur deux destroyers US croisant dans le Golfe du Tonkin a été mise en scène par le Pentagone et la CIA. La fausse attaque s'est produite en début d'août 1964. Ce soir-là le Président Lyndon Johnson alla à la télévision pour donner de sinistres détails sur la non-attaque. Plus tard, cependant, il a été révélé que le commandant de marine James Stockdale avait volé au dessus du Golfe de Tonkin cette nui-làt. Stockdale a révélé que les navires US tiraient sur des cibles fantômes -- des cibles qui n'existaient pas. L'incident du Golfe du Tonkin qui a attiré les USA dans le bourbier vietnamien ne s'est absolument pas produit. Johnson, en tant que président, a menti tellement souvent aux Américains. Le résultat fut l'adoption rapide de la Résolution du Golfe du Tonkin, qui était la seule base juridique pour la guerre du Vietnam. En raison du mensonge de Johnson, trois millions de Vietnamiens et cinquante huit mille soldats US sont morts. » (Charles Sullivan, Global Research, janvier 2006)
ANNEXE : MARINE US • Original : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=viewArticle&code=20061024&articleId=3593 Le pays suivant sur la liste ? L'Iran !
Avant même que les bombes ne se missent à pleuvoir sur Bagdad, un petit groupe de responsables du Pentagone conspiraient afin de préparer l'invasion d'un autre pays que l'Irak. Leur campagne subreptice, là encore, recourait à des renseignements bidons et à des alliés occultes. Mais cette fois-ci, c'est de l'Iran dont il était question. On se souvient de quelle manière l'administration Bush a réussi à vendre sa guerre en Irak. La guerre contre l'Iran est peut-être [encore] évitable ?
A quelques blocs d'immeubles de l'Avenue Pennsylvanie, les bureaux du QG du FBI, sur huit étages, exsudent tout le charme d'une prison de haute sécurité. Son toit en arceau est en acier inoxydable. Les trois étages du bas sont plaqués de granite et de grès ; des vérins hydrauliques protègent la rampe conduisant au garage situé au quatrième étage et des guérites à l'épreuve des balles montent la garde de chaque côté de l'entrée dans l'étroit hall de réception. Au quatrième étage, tombeau au sein du tombeau, se trouve la pièce la plus secrète de cette forteresse de béton à cent millions de dollars elle est strictement inaccessible, même aux agents spéciaux escortés. Ici, dans la Section des Services Linguistiques, des centaines de spécialistes des langues, assis en rangs d'oignons, des écouteurs fourrés vissés sur les oreilles, pianotent sur des claviers pour transcrire ce qu'ils entendent sur les lignes téléphoniques des ambassades et d'autres cibles hautement prioritaires dans la capitale fédérale. A l'autre bout de cette salle, au matin du 12 février 2003, un petit groupe de mouchards épiaient avec une tension extrême les preuves d'un crime ignominieux. Au moment même où l'armée américaine se préparait à envahir l'Irak, plusieurs indices laissaient entendre qu'un groupe voyou d'anciens responsables du Pentagone était d'ores et déjà en train de conspirer afin de pousser les Etats-Unis dans un autre conflit avec l'Iran. A quelques kilomètres de là, des agents du FBI pistaient Larry Franklin, un iranologue' et membre titulaire de la l'Agence de Renseignement du ministère de la Défense, tandis qu'il roulait en direction de l'hôtel Ritz-Carlton, sur la rive du Potomac opposée à Washington. Cet homme svelte, âgé de soixante-six ans, aux cheveux blonds virant au gris, avait laissé sa modeste demeure de Kearneysville, en Virginie, peu avant l'aube, ce matin-là, pour effectuer son trajet de banlieusard, d'environ deux cents kilomètres, pour rejoindre son lieu de travail au Pentagone. Depuis 2002, il travaillait au Service des Projets Spéciaux, un espace encombré de bureaux paysagers bleus, au cinquième étage du bâtiment. Les membres de ce service, constituant une unité secrète responsable de la planification à long terme et de la propagande afférentes à l'invasion de l'Irak, s'étaient donné le surnom de « la cabale ». Ils référaient au seuil Douglas Feith, le troisième responsable en importance au ministère de la Défense, leur contribution consistant à concocter les rapports de renseignement frauduleux qui devaient pousser l'Amérique dans la guerre contre l'Irak. Quinze jours auparavant, tout juste, dans son discours sur l'état de l'Union, le président Bush avait entrepris de poser les premiers jalons en vue de l'invasion, affirmant fallacieusement que Saddam Hussein détenait les moyens de produire des dizaines de milliers d'armes biologiques et chimiques, dont l'anthrax, la toxine botulinique, les gaz sarin et moutarde et l'agent innervant VX. Mais une attaque contre l'Irak requerrait quelque chose qui alarmait Franklin et d'autres néocons presque autant que des armes de destruction massive : la détente avec l'Iran. Comme l'a indiqué l'éditorialiste David Broder dans le quotidien Washington Post, des modérés, au sein de l'administration Bush, « négociaient en coulisses avec l'Iran afin de l'inciter à se tenir tranquille et à accueillir des réfugiés tandis que nous irions en Irak. » Franklin un néocon zélé, recruté par Feith en raison de ses convictions politiques espérait saper ces pourparlers. Les agents du FBI le virent pénétrer dans le restaurant du Ritz et y rejoindre deux autres Américains, qui recherchaient eux aussi vraisemblablement des moyens d'impliquer les Etats-Unis dans une guerre avec l'Iran. L'un était Steven Rosen, un des lobbyistes les plus influents à Washington. La soixantaine, presque plus un cheveu sur le caillou, les sourcils foncés et un air renfrogné apparemment permanent, Rosen dirigeait la section des questions de politique étrangère du puissant lobby pro-israélien Aipac [American Israel Public Affairs Committee]. L'autre Américain, assis au côté de Rosen, était l'expert de l'Aipac ès questions iraniennes, Keith Weissman. Tous deux oeuvraient, depuis une dizaine d'années, en une collaboration intensive, à inciter les responsables américains et les parlementaires du Congrès à faire monter la pression contre Téhéran. Au cours de leur déjeuner au Ritz-Carlton, Franklin mit les deux lobbyistes au jus d'un projet de directive présidentielle ultra confidentielle touchant à la sécurité nationale ayant trait à la politique américaine vis-à-vis de l'Iran. Rédigé par Michael Rubin, responsable de l'Irak et de l'Iran du service de Feith, ce document prônait, pour l'essentiel, un changement de régime politique en Iran. Aux yeux du Pentagone, d'après un ancien responsable affecté à ce service à l'époque, l'Iran n'était rien d'autre qu' « un château de cartes, qu'il suffisait de pousser dans le ravin. » Jusqu'alors, cependant, la Maison Blanche avait repoussé le projet concocté par le Pentagone, lui préférant la position plus modérée adoptée par la diplomatie du Département d'Etat. Mais voilà que Franklin, qui ne voulait plus continuer à respecter les règles du jeu, franchissait le pas exorbitant et illégal consistant à remettre de l'information classée « secret défense » à des lobbyistes au service d'un pays étranger. Incapable de remporter la bataille interne aux services au sujet de l'Iran, qui faisait rage au sein de l'administration américaine, un membre de l'unité secrète de Feith, au sein du Pentagone, recourrait carrément à la trahison, en recrutant les services de l'Aipac afin d'utiliser son énorme influence pour pousser le président à adopter son projet de directive et à déclencher une guerre contre l'Iran. Pour l'Aipac, c'était inespéré. Le rêve ! Rosen, subodorant que Franklin pourrait servir d'espion bien utile, se mit immédiatement à échafauder des scénarios tordus permettant de l'introduire à la Maison Blanche carrément au Conseil de la Sécurité Nationale, l'épicentre du renseignement et de la politique de sécurité nationale. En étant en fonction dans la place, quelques jours plus tard, Franklin allait se trouver « épaule contre épaule avec le président. » Parfaitement persuadé qu'une telle man¦uvre était tout à fait dans les cordes de l'Aipac, Franklin demanda à Rosen de « placer une recommandation » pour lui. Rosen en convint. « Je ferai de mon mieux », dit-il, ajoutant que ce « déjeuner de travail » lui avait véritablement « ouvert les yeux ». Travaillant ensemble, les deux hommes espéraient vendre aux Etats-Unis une nouvelle sale guerre. A quelques kilomètres de là, les magnétophones digitaux des Services linguistiques du FBI captaient ces échanges feutrés, jusque dans leur moindre détail
Ces dernières semaines, les attaques lancées contre Israël par le Hezbollah ont donné aux néocons de l'administration Bush le prétexte qu'ils attendaient impatiemment pour lancer ce que l'ex porte-parole de la Chambre des Représentants, Newt Gingrich, appelle la « Troisième guerre mondiale ». Dénonçant les bombardements du Hezbollah en les qualifiant de « guerre de l'Iran, par procuration », William Kristol, du Weekly Standard, presse le Pentagone de contrer « cet acte iranien d'agression en lançant une frappe militaire contre les installations nucléaires iraniennes. » D'après Joseph Cirncione, un expert ès armements et auteur de l'ouvrage Deadly Arsenals : Nuclear, Biological and Chemical Threats [Des arsenaux mortels : les menaces nucléaires, biologiques et chimiques], « les néocons espèrent désormais se servir du conflit israélo-libanais pour lancer une guerre américaine contre la Syrie ou l'Iran. Voire, les deux. » Mais l'hostilité de l'administration Bush envers l'Iran n'est pas seulement une excroissance de la crise actuelle. La guerre contre l'Iran est sur l'établi depuis cinq ans, elle est préparée dans un secret quasi complet par un petit groupe de hauts responsables du Pentagone rattachés au Service des Projets Spéciaux. L'homme qui a créé ce service, c'est Douglas Feith, le sous-secrétaire à la Défense chargé des questions politiques. Ancien spécialiste du Moyen-Orient au Conseil de la Sécurité Nationale sous Reagan, Feith incitait depuis longtemps Israël à sécuriser ses frontières au Moyen-Orient en attaquant tant l'Irak que l'Iran. Après l'élection de Bush, Feith s'attela à faire de cette vision une réalité, en constituant une équipe de faucons néocons déterminés à pousser les Etats-Unis à attaquer Téhéran. Un an avant l'arrivée de Bush à la Maison Blanche, l'équipe de Feith avait concocté une rencontre secrète, à Rome, avec un groupe d'Iraniens, afin de discuter de l'aide clandestine qu'ils étaient susceptibles d'apporter. La rencontre avait été arrangée par Michael Ledeen, membre de la cabale recruté par Feith en raison de ses accointances en Iran. Qualifié par le Jerusalem Post de « gourou néoconservateur de Washington », Ledeen a grandi en Californie, dans les années 1940. Son père, ingénieur, a dessiné le système d'air conditionné des Studio Walt Disney, et Ledeen a passé le plus clair de sa petite enfance entouré par un monde fantastique. « Tout au long de mon enfance, nous étions une annexe de l'univers Disney », s'est-il remémoré un jour, évoquant son passé. « D'après la légende familiale, ma mère a servi de modèle pour le personnage de Blanche Neige, et nous avons effectivement un portrait d'elle, qui correspond trait pour trait au personnage du dessin animé ». En 1977, un doctorat Ph.D. d'histoire et de philosophie en poche, et après avoir enseigné deux années à Rome, Ledeen devint le premier directeur de l'Institut Juif des Affaires de Sécurité Nationale, un groupe de pression pro-israélien porte-drapeau du mouvement néoconservateur. Quelques années plus tard, après l'élection de Reagan, Ledeen prit une telle importance qu'il devint consultant auprès du Conseil de Sécurité Nationale, aux côtés de Feith. Là, il joua un rôle central dans le pire scandale de la présidence Reagan : un marché secret consistant à fournir des armes à l'Iran en échange de la libération d'otages américains détenus au Liban. Ledeen servit d'intermédiaire de l'administration américaine avec Israël dans ce marché illégal d'armements. En 1985, il rencontra Manucher Ghorbanifar, ex-vendeur de tapis iranien, dont tout le monde était persuadé qu'il s'agissait d'un agent israélien. La CIA considérait que Ghorbanifar était un homme de paille dangereux, et elle avait publié une « note de mise en garde » recommandant qu'aucune agence américaine n'ait le moindre rapport avec ce personnage. Nullement impressionné, Ledeen qualifia Ghorbanifar d' « homme parmi les plus honnêtes, les plus cultivés et honorables » qu'il ait jamais rencontrés ! Les deux hommes conclurent donc le troc otages / armes. Cette transaction allait conduire à la mise en examen de quatorze hauts responsables du Pentagone, sous l'administration Reagan. « Ce fut horrible comme vous le savez, ça a mal tourné », dit aujourd'hui Ledeen. « Quand l'affaire Iran-Contra s'est apaisée, je me suis dit : Terminé, plus jamais je ne toucherai à l'Iran' ». Mais, en 2001, peu après son arrivée au Pentagone, Ledeen rencontra a nouveau Ghorbanifar. Cette fois-ci, au lieu de vendre des missiles au régime iranien, les deux hommes explorèrent les moyens les plus expédients pour le renverser. « Si nous nous sommes rencontrés, à Rome, c'est parce que mon ami Manucher Ghorbanifar m'a appelé », raconte Ledeen. Râblé, calvitie naissante, avec une barbe blanche hérissée, Ledeen est assis dans le living room de sa maison de briques claires située à Chevy Chase, dans le Maryland. Il tire sur son cigare dominicain. Son terrier Airedale, Thurber, furète la pièce avec une sorte d'instinct protecteur. au cours de sa première interview développée sur l'opération secrète du Pentagone, il ne fait pas de secret quand à son désir de renverser le gouvernement à Téhéran. « Je veux renverser ce régime », dit-il. « Ce régime, je n'en veux plus. L'Iran est un pays qui s'est voué fanatiquement à nous détruire. » En appelant Ledeen au téléphone, à l'automne 2001, Ghorbanifar avait prétendu, comme souvent, détenir des renseignements explosifs et vitaux pour les intérêts américains. « Il y a des Iraniens qui disposent d'informations de première main sur les plans iraniens visant à tuer des Américains en Afghanistan », avait-il confié à Ledeen. « Y a-t-il quelqu'un chez vous, qui serait intéressé ? » Ledeen transmit l'information à Stephen Hadley, conseiller adjoint à la Maison Blanche en matière de sécurité nationale. « Je sais que vous allez me jeter du service », lui dit Ledeen, « et, si j'étais à votre place, je me licencierais tout comme vous. Mais j'ai juré que je vous soumettrais ce choix. Ghorbanifar m'a appelé. Il a dit que ces gens sont prêts à venir ici. Voulez-vous que quelqu'un aille leur parler ? » Hadley fut intéressé. Il en alla de même en ce qui concerne Zalmay Khalilzad, alors l'homme clé en matière de Moyen-Orient au Conseil de Sécurité Nationale, qui est aujourd'hui ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad. « Je pense que nous devons le faire ; nous devons entendre ce qu'ils ont à nous dire », dit Hadley. Ledeen avait donc désormais le feu vert : comme il le dit lui-même, « il n'y avait pas un seul membre de l'exécutif américain qui eût ignoré ce qui allait se passer. »
Quelques semaines ayant passé, au mois de décembre, un avion avec à son bord Ledeen, atterrissait à Rome, où débarquaient également deux autres membres de l'unité secrète de Ledeen au Pentagone : Larry Franklin et Harold Rhode, un protégé de Ledeen, qui conquit le titre de « théoricien du mouvement néoconservateur. » Spécialiste de l'islam parlant hébreu, arabe, turc et persan, Rhode avait l'habitude de ces exilés louches dans le style de Ghorbanifar. Il était proche d'Ahmad Chalabi, cet opposant irakien dont les renseignements bidons avaient contribué à pousser l'administration Bush à envahir Bagdad. D'après l'agence UPI, Rhode fut lui-même pincé, par la suite, par des agents de la CIA, en train de fourguer des renseignements « stupéfiants » à Israël, dont des informations ultrasensibles au sujet des déploiements de l'armée américaine en Irak. Celui qui avait aidé Ledeen à arranger la rencontre complétait la galerie des voyous rassemblés à Rome ce jour-là : Nicolo Pollari, directeur des services italiens du renseignement militaire. Tout juste quinze jours auparavant, ce Pollari avait informé l'administration Bush du « fait » que Saddam Hussein avait obtenu de l'uranium en Afrique de l'Ouest il s'agissait là, en l'occurrence, d'un document clé de renseignement bidon, utilisé par Bush pour justifier l'invasion de l'Irak. Afin de dissimuler le rendez-vous secret à Rome, Pollari fournit une maison isolée particulièrement bien protégée, près des bars à café exprès bruyants et des gargotes bruyante qui entourent la Place d'Espagne. « C'était dans un appartement privé », se souvient Ledeen. « Il faisait un froid de canard il n'y avait pas de chauffage. » Les agents du Pentagone et les Iraniens étaient assis autour d'une table encombrée de demies tasses à moitié pleines de café noir, de cendriers remplis de mégots de cigarette écrasés et de cartes détaillées, de l'Iran, de l'Irak et de la Syrie. « Ils nous ont donné des informations sur les positions et les projets de terroristes iraniens prêts à tuer des Américains », dit Ledeen. Ledeen insiste sur la pertinence des renseignements. « C'était exact », dit-il. « Les informations étaient précises ». Avis non partagé par son patron. «Il n'y avait rien d'assez détaillé ni d'assez important qui nécessitât d'aller plus loin », concéda plus tard le Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld. « Cela ne menait nulle part. » Tout ce petit monde tourna son attention vers leur objectif plus général : le changement de régime en Iran. Ghorbanifar suggéra de financer le renversement du gouvernement iranien au moyen de millions de dollars cash que Saddam Hussein était censé dissimuler. Il alla jusqu'à suggérer que Saddam se serait caché en Iran ! Ledeen, Franklin et Rhode reprenaient une page du scénario de Feith en Irak : ils avaient besoin d'un groupe d'exilés et de dissidents, pour la galerie, lesquels en appelleraient au renversement du régime iranien. D'après des sources au courant de cette réunion, les Américains auraient proposé de conforter les Mujahedin-e Khalq [Les Combattants du Peuple, ndt] [MEK], un groupe de guérilla hostile au gouvernement iranien opérant à partir de l'Irak. Il n'y avait qu'un seul petit problème : le MEK avait été classifié « organisation terroriste » par le Département d'Etat. De fait, la Maison Blanche était en pleines négociations avec Téhéran, qui proposait d'extrader cinq membres de l'organisation Al-Qa'ida supposés présenter une forte valeur en termes de renseignement, en échange de la promesse de Washington de supprimer tout soutien au MEK. Ledeen nie avoir eu un quelconque rapport avec l'organisation. « Je ne suis pas homme à m'approcher à moins de trois cents kilomètres du MEK », dit-il. « Ces gens ne sont pas soutenus ; ils n'ont aucune légitimité. » Mais les néoconservateurs étaient impatients de saper tout marché impliquant une coopération avec l'Iran. Pour les néocons, la valeur du MEK, en tant qu'arme dirigée contre Téhéran, l'emportait et de loin sur un quelconque bénéfice susceptible d'être retiré de l'interrogatoire des activistes d'Al-Qa'ida même si ceux-ci auraient pu fournir des renseignements sur des attentats terroristes à venir, ainsi que des indices sur la localisation d'Oussama Ben Laden. Ledeen et sa cabale du Pentagone n'étaient pas les seuls officiels américains à qui Ghorbanifar ait réussi à fourguer de faux renseignements sur l'Iran. L'an dernier, le Représentant Curt Welton (Républicain, Pennsylvanie), a affirmé qu'il détenait des renseignements obtenus auprès d'un « informateur clandestin irréprochable » auquel il donnait le pseudonyme d' « Ali » - selon lesquels le gouvernement iranien préparait des attaques contre les Etats-Unis. Mais quand la CIA enquêta sur ces allégations, il s'avéra que ledit Ali n'était autre que Fereidoun Mahdavi, un Iranien en exil qui servait de couverture à Ghorbanifar et qui tenta d'acheter la CIA pour 150 000 dollars. « C'est un affabulateur », dit Bill Mursay, ancien responsable de la CIA à Paris. Weldon était furieux : les hommes de l'agence aurait repoussé Ali, insistait-il, « uniquement parce qu'ils voulaient éviter, à tout prix, d'entraîner les Etats-Unis dans un conflit avec l'Iran. » Après le rendez-vous romain, Ledeen et Ghorbanifar continuèrent à se rencontrer plusieurs fois par an, souvent pour une journée complète, voir deux journées, à chaque fois. Rhode rencontra lui aussi Ghorbanifar à Paris, et l'Iranien téléphonait ou envoyait des fax à ses contacts au sein du Pentagone quasiment tous les jours. A un moment donné, Ledeen notifia au Pentagone que Ghorbanifar était au courant d'un transfert d'uranium enrichi depuis l'Irak, vers l'Iran. Une autre fois, en 2003, il affirma que Téhéran allait faire exploser une bombe nucléaire sous quelques mois alors même que les experts internationaux estimaient que l'Iran était incapable de mettre au point des armes nucléaires avant plusieurs années. Mais la véridicité des informations n'avait strictement aucune importance. Ce qui importait, en revanche, au plus au point, c'était l'utilisation possible de tels rapports en vue de rameuter des soutiens à la guerre. L'histoire de l'Irak se répétait, de A jusqu'à Z
Les efforts discrets déployés par l'équipe de Feith au Pentagone commencèrent à avoir l'effet escompté. En novembre 2003, Rumsfeld donna son aval à un projet connu sous le nom de Conplan 8022-02, qui établissait pour la première fois la faisabilité d'une attaque préemptive contre l'Iran. Celui-ci fut suivi, en 2004, par un ordre intérimaire d'alerte contre une attaque au plan mondial », qui mettait l'armée en état de préparation au lancement d'attaques aériennes et par missiles contre l'Iran, dès que Bush en aurait donné l'ordre. « Nous sommes désormais au point où nous sommes essentiellement en état d'alerte », indiqua le lieutenant général Bruce Carlson, commandant de la 8ème escadrille de l'armée de l'air. « Nous avons la capacité de planifier et de réaliser des frappes partout dans le monde, en une demi-journée, voire moins. » Mais tandis que le Pentagone plaçait le pays à deux doigts d'une guerre avec l'Iran, le FBI élargissait ses investigations sur l'Aipac et sur son rôle dans le complot. David Szady, à l'époque chasseur d'espion en chef de l'organisation, était désormais convaincu qu'au minimum un citoyen américain travaillant au sein du gouvernement américain était en train d'espionner au profit d'Israël. « Désormais, ce ne sont plus seulement nos adversaires traditionnels qui sont désireux de nous voler nos secrets, mais c'est parfois nos alliés eux-mêmes », déclara Szady. « La menace est terriblement sérieuse. » Afin de localiser l'espion, parfois désigné comme Monsieur X, des agents travaillant pour lui commencèrent à se focaliser sur un petit groupe de néoconservateurs travaillant au Pentagone, parmi lesquels se trouvaient Feith, Ledeen et Rhode. Le FBI tenait également à l'¦il Larry Franklin, qui continuait à rencontrer clandestinement Rosen, à l'Aipac. Redoutant manifestement que le FBI soit à leurs trousses, les deux hommes se mirent à prendre des précautions. Le 10 mars 2003, une semaine à peine avant l'invasion de l'Irak, Rosen rencontra Franklin dans la gare caverneuse Union, à Washington. Les deux hommes se retrouvèrent dans un restaurant, puis ils se hâtèrent vers un autre et, finalement, ils finirent dans un troisième lequel était totalement vide. Précaution supplémentaire : Franklin se mit à envoyer des faxes à Rosen à son domicile, et non plus à son bureau de l'Aipac. Quelques jours après, Rosen et Weissman remettaient à des responsables de l'ambassade d'Israël des détails sur le projet de directive présidentielle ultra-secrète sur l'Iran, en leur disant qu'ils avaient reçu le document « des mains d'un ami des nôtres, au sein du Pentagone. » Ils fournirent également aux Israéliens des détails sur des conversations internes à l'administration Bush, portant sur l'Iran. Puis, deux jours avant l'invasion américaine de l'Irak, Rosen fit passer l'information à la presse avec le commentaire suivant : « Je ne suis pas supposé être au courant de cela. » Le Washington Post finit par publier cette histoire, sous le titre : « Des pressions croissantes incitent le président à déclarer une action stratégique contre l'Iran », accréditant cette information classifiée à des « sources bien informées. » L'article mentionnait Ledeen, qui avait contribué à mettre sur pied la Coalition pour la Démocratie en Iran, un groupe de pression voué au renversement du gouvernement iranien, mais il ne faisait aucune allusion au fait que l'article avait été transmis par quelqu'un ayant une raison très particulière de donner cette information. En juin de cette année-là, Weissman téléphona à Franklin et il lui laissa un message selon lequel lui-même et Rosen voulaient le rencontrer afin de parler de « notre pays préféré ». La réunion eut lieu, au restaurant Tivoli, un établissement faiblement éclairé, situé deux étages au-dessus de la station de métro Arlington, utilisé fréquemment par des agents du renseignements désireux de tenir des rendez-vous tranquilles. Au cours du dîner, dans la salle de restaurant tapissée de miroirs, les trois hommes parlèrent de l'article du Washington Post, et Rosen reconnut « les contraintes » que représentait pour Franklin le fait de les rencontrer. Mais le responsable du Pentagone se mit totalement à la disposition de l'Aipac. « C'est vous qui fixez l'ordre du jour », dit-il à Rosen. Non content de rencontrer Rosen et Weissman, Franklin rencontrait régulièrement Naor Gilon, un officiel de l'ambassade d'Israël, lequel, d'après un ancien responsable du service américain du contre-espionnage, « montrait tous les signes de son appartenance à un service secret. » Franklin et Gilon se rencontraient ordinairement au milieu des machines à musculation et des punching balls du Club d'athlétisme des officiers du Pentagone, où Franklin transmettait de l'information secrète sur les activités de l'Iran en Irak, sur ses programmes d'essais de missiles et même, apparemment, sur la journaliste Judith Miller, du New York Times. A un moment donné, Gilon suggéra que Franklin rencontrât Uzi Arad, un ancien directeur des services israéliens de renseignement, ainsi que conseiller de l'ex-Premier ministre Benjamin Netanyahou en matière de politique étrangère. Une semaine après, Franklin déjeunait à la cafétéria du Pentagone avec cet ancien espion israélien de haute volée.
Il s'avère que Larry Franklin n'était pas la seule personne impliquée dans l'opération secrète du Pentagone à échanger des secrets d'Etat avec des gouvernements étrangers. Tout en surveillant Franklin et ses activités clandestines au sein de l'Aipac, le FBI enquêtait par ailleurs sur un autre cas d'espionnage explosif, lié aux activités du service de Feith en Iran. Cet autre cas concernait Ahmad Chalabi, chef du Congrès National Irakien, un groupe activistes de l'opposition anti-Saddam, qui poussait depuis plus de dix ans les Etats-Unis à envahir l'Irak. Depuis des années, l'Agence de la Sécurité Nationale possédait les codes utilisés par les Iraniens pour coder leurs messages diplomatiques, ce qui permit au gouvernement américain de mettre sur écoutes pratiquement toutes les conversations entre Téhéran et ses ambassades. Après l'invasion de Bagdad, l'Agence de la Sécurité Nationale se servit de ces codes pour espionner dans le détail les opérations clandestines de l'Iran en Irak. Mais en 2004, l'agence intercepta une série de messages urgents émanant de l'ambassade d'Iran à Bagdad. Des responsables du renseignement de cette ambassade avaient découvert la brèche massive dans la sécurité révélée par une personne au fait des opérations de décodage américaines. Le coup ainsi porté à la collecte de renseignements n'aurait pas pu intervenir à pire moment. L'administration Bush soupçonnait le gouvernement chiite iranien d'aider les insurgés chiites en Irak, lesquels tuaient des soldats américains. L'administration redoutait aussi que Téhéran ne fût en train de développer secrètement des armes nucléaires. Désormais, des renseignements cruciaux, qui auraient pu faire la lumière sur ces opérations étaient inaccessibles, ce qui mettait potentiellement en danger des vies américaines. Le 20 mai, peu après que la fuite eut été découverte, la police irakienne, soutenue par des soldats américains, investirent le domicile de Chalabi, ainsi que ses bureaux, à Bagdad. Le FBI soupçonnait Chalabi, un chiite propriétaire d'une luxueuse résidence à Téhéran et proche de hauts responsables iraniens, d'espionner en réalité au profit du gouvernement chiite iranien. Obtenir des Etats-Unis qu'ils envahissent l'Irak, cela s'insérait, apparemment, dans un plan visant à installer un gouvernement chiite pro-iranien à Bagdad, dont Chalabi assurerait la présidence. Le service soupçonnait par ailleurs le chef du service de renseignement de Chalabi d'avoir transmis des renseignements extrêmement sensibles à l'Iran des preuves sensibles au point de risquer d'entraîner « la mort d'Américains ». Cette révélation mit Franklin et d'autres membres du service de Feith en état de choc. Si elle était avérée, les allégations signifiaient qu'ils venaient de faire déclencher une guerre à seule fin de placer au pouvoir un agent de leur ennemi mortel : l'Iran. Leur homme ce dirigeant dissident qui était assis juste derrière la First Lady, dans la tribune présidentielle, durant le discours sur l'état de l'Union au cours duquel Bush prépara le pays à la guerre s'avérait avoir travaillé pour l'Iran, depuis le début Il fallait que Franklin contrôle les dégâts, et vite. Il était une des très rares personnes, au sein du gouvernement, qui sût que c'était l'information permettant de déjouer les codages de l'Agence de la Sécurité Nationale que Chalabi était soupçonné d'avoir remise à l'Iran, et qu'il y avait des preuves irréfutables que Chalabi avait rencontré un agent iranien clandestin impliqué dans des opérations contre les Etats-Unis. Afin de protéger les gens qui, au sein du Pentagone, oeuvraient en vue d'un changement de régime à Téhéran, Franklin avait besoin d'un simple message : « Nous n'étions pas au courant des accointances secrètes de Chalabi avec l'Iran. » Alors Franklin prit la décision de faire passer l'info à un contact ami, dans les médias : Adam Ciralsky, un producteur chez CBS, qui avait été viré de la CIA, en raison, disait-on, de ses liens étroits avec Israël. Le 21 mai, au lendemain de la diffusion par CBS d'un reportage exclusif sur Chalabi, Franklin téléphonait à Ciralsky et lui donnait l'information. Tandis que les deux hommes étaient en conversation, des grandes oreilles, au bureau opérationnel du FBI, à Washington, enregistraient leurs féchanges. Ce soir-là, la présentatrice, Stahl, fit suivre son reportage initialement prévu de « nouveaux développements » : l'information que Franklin avait fait passer, plus tôt dans la journée. Elle commença, toutefois, en précisant qu'elle ne révèlerait pas l'information la plus explosive de toutes : à savoir, le fait que Chalabi avait détruit toute capacité de l'Agence de la Sécurité Nationale d'espionner l'Iran. « Des hauts responsables des services de renseignement mettaient l'accent, aujourd'hui, sur le fait que l'information qu'Ahmed Chalabi est accusé d'avoir remise à l'Iran est si sensible que leur révélation totale porterait gravement atteinte à la sécurité des Etats-Unis », dit Stahl. « C'est la raison pour laquelle nous ne donnons pas les détails sur l'étendue des dégâts causés par Chalabi, à la demande des plus hauts niveaux de responsabilité américains. Cette information comporte des secrets connus d'une poignée seulement de très hauts responsables des services de renseignement. » Grâce à la pression émanant de l'administration, on a épargné à l'opinion publique la connaissance des conséquences les plus dommageables de la trahison de Chalabi. Après quoi, Stahl passa au message capital de Franklin. « Sur ces entrefaites », dit-telle, « on nous a dit que de graves soupçons sur la véritable nature de la relation de Chalabi avec l'Iran se sont fait jour après que les Etats-Unis eurent obtenus citation des « preuves indéniables » que Chalabi a rencontré un officier supérieur du renseignement iranien, un personnage nous citons « inquiétant, représentatif du côté sombre du régime, un individu ayant participé directement à des opérations secrètes contre les Etats-Unis ». Chalabi n'a jamais évoqué cette rencontre à quelque membre du gouvernement américain que ce soit, pas même à ses amis et à ses sponsors ». Bref : le Pentagone Feith, en particulier était au-dessus de tout soupçon.
Tout de suite après l'émission, l'équipe de David Szady, au FBI, décida de verrouiller son enquête avant que Franklin ne fasse sortir une quelconque information nouvelle. Des agents placèrent en toute quiétude Franklin devant les conversations téléphoniques enregistrées, et ils le pressèrent de coopérer à une opération tordue visant l'Aipac et des membres de l'équipe de Feith au sein du Pentagone. Franklin, confronté à une longue peine de prison, accepta. Le 4 août 2005, Rosen et Weissman étaient mis en examen et, le 20 janvier 2006, Franklin, qui avait plaidé coupable, fut condamné à douze ans et sept mois de prison. Dans une tentative de réduire sa peine, il accepta de témoigner contre les anciens responsables de l'Aipac. Le jugement est attendu cet automne. Jusqu'ici, toutefois, Franklin est le seul membre de l'équipe de Feith à être poursuivi. L'absence d'autres mises en examen démontre avec quelle facilité effrayante un petit groupe de responsables du gouvernement peuvent collaborer avec des agents de gouvernements étrangers qu'il s'agisse de l'Aipac, du MEK ou du Congrès National Irakien à seule fin de vendre au pays une guerre désastreuse. Le co-conspirateur non inquiété le plus éminent est Ahmed Chalabi. Même des Républicains de haut rang le soupçonnent de double jeu : « Je ne serais pas autrement surpris s'il s'avérait qu'il a fourni aux Iraniens des faits, des questions, quoi que ce soit, dont nous désirions qu'ils n'en eussent pas connaissance », a dit le Représentant Chri Shays (Républicain, Connecticut), qui préside la sous-commission de la sécurité nationale à la Chambre. Néanmoins, le FBI s'est montré incapable ne serait-ce que de questionner Chalabi, dans le cadre de son procès en cours pour espionnage. En novembre dernier, quand Chalabi est revenu aux Etats-Unis pour une série de conférence et d'événements médiatiques, le FBI a tenté de l'interroger. Mais, étant placé sous la protection du Département d'Etat durant sa visite, indiquent des sources du ministère de la Justice, la requête du bureau fut repoussée sans explication. « Chalabi se répand partout, disant qu'il n'a rien à cacher », dit un haut responsable du FBI. « Et par-dessus le marché, il utilise notre Département d'Etat pour se protéger contre nous, en même temps. Et il faut qu'on la ferme ! » Finalement, le travail de Franklin et des autres membres du bureau secret de Feith eut l'effet escompté. Travaillant dans les coulisses, les membres du Bureau des Projets Spéciaux ont réussi à placer les Etats-Unis sur la piste d'une guerre totale contre l'Iran. De fait, depuis la réélection de Bush pour un second mandat, il n'a jamais fait mystère de son désir de voir chuter le régime de Téhéran. Dans un discours on ne peut plus triomphal, lors de la Journée d'Intronisation, en janvier 2005, le vice-président Dick Cheney avertit tout de go que l'Iran était « tout à fait en tête de la liste des « endroits à problèmes » de l'administration américaine et qu'Israël « pourrait bien décider d'agir le premier » en attaquant l'Iran. Les Israéliens, ajouta Cheney assénant manifestement une baffe aux modérés du Département d'Etat, « laisserait le reste du monde se charger de nettoyer le chaos diplomatique qui en résulterait. » Au cours des six derniers mois, l'administration a adopté pratiquement en tous points la position dure prônée par la cabale pro-guerre au sein du Pentagone. En mai dernier, l'ambassadeur de Bush aux Nations Unies, John Bolton, s'est exprimé devant la conférence annuelle de l'Aipac. Il a averti que l'Iran « doit être averti que, s'il continue à s'enfoncer dans l'isolement international, il y aura des conséquences tangibles et douloureuses. » Comme pour confirmer ce discours martial, le Département d'Etat est en train de dépenser un budget de 66 millions de dollars afin de promouvoir un changement politique en Iran en finançant le même genre de groupes oppositionnels qui ont contribué à entraîner les Etats-Unis dans la guerre en Irak. « Aucun autre pays ne représente pour nous un défi plus menaçant que l'Iran », a déclaré la Secrétaire d'Etat Condoleezza Rice. S'ajoute à cela le fait que le Département d'Etat a renforcé récemment son Bureau Iran, le faisant passer de deux membres à dix, tout en recrutant plus de locuteurs du persan et en mettant sur pied huit unités de renseignement dans divers pays, chargés de se concentrer sur l'Iran. La Stratégie de sécurité nationale de l'administration - un document politique officiel qui expose les priorités stratégiques des Etats-Unis qualifie désormais l'Iran d' « unique pays » représentant la grave menace pour les intérêts américains. Ce glissement dans la politique officielle ravit d'aise les membres de la cabale. Pour eux, la guerre au Liban représente l'étape ultime dans leur projet consistant à faire de l'Iran un nouvel Irak. En s'exprimant dans la National Review, le 13 juillet, Ledeen avait du mal à se contrôler. « Plus vite, s'il vous plaît », pressait-il la Maison Blanche, arguant du fait que la guerre devrait désormais être prise en charge par l'armée américaine et élargie à l'ensemble de la région. « La seule façon pour nous de remporter cette guerre consiste à abattre les régimes félons de Téhéran et de Damas. Or, ceux-ci ne vont pas tomber du simple fait de combats entre leurs clients terroristes à Gaza et au Liban, d'un côté, et Israël de l'autre. Seuls les Etats-Unis peuvent en venir à bout », concluait-il. « Il n'y a pas d'autre solution. » [* James Bamford est l'auteur de l'ouvrage A Pretext for War : 9/11, Iraq and the Abuse of America's Intelligence Agencies [Un prétexte pour faire la guerre : les attentats du 11 septembre 2001, l'Irak et le détournement abusif des agences américaines de renseignement]. Son reportage, pour Rolling Stone, consacré à John Rendon, « L'homme qui a vendu la guerre » [The Man Who Sold the War, in RS n° 988] lui a valu de remporter le Prix National des Magazines 2006, dans la catégorie reporters.] 14/06/06 - Un ex-analyste de la CIA pense que l´attaque de l´Iran aura lieu en juin ou juillet
Original : http://www.prisonplanet.com/articles/june2006/010606iranstrike.htm
L´ex-analyste de la CIA et conseiller auprès de la présidence Ray McGovern, à peine sorti de sa chaude confrontation publique avec Donald Rumsfeld, craint que le montage de la terreur gagne l´Europe et que les USA soient, probablement, prêts à justifier le plan de l´administration Bush de lancer une attaque militaire contre l´Iran, qui, croit-il, aura lieu en juin ou en juillet. Invité du The Alex Jones Show, McGovern, consulté sur le calendrier pour la guerre en Iran, dit que derrière le rideau de fumée diplomatique, les derniers pions de l´échiquier sont en train de se mettre en place. « Il y a déjà un porte-avions en opération dans le golfe et deux sont en route vers cette direction, du moins selon le dernier rapport que j´ai. Ils y seront tous dans une semaine approximativement. La propagande est en place, les porte-avions sont en position, ça ne prendra pas longtemps de faire voler les bombardiers depuis les bases britanniques et américaines, les missiles de croiseurs sont prêts, Israël nous pousse », a déclaré McGovern. McGovern a fait remarquer que la probable réponse de l´Iran à l´attaque aérienne états-unienne sera triple avec la mobilisation de cellules terroristes que feront passer Al- Qaeda pour des amateurs, l´utilisation de leur arsenal de missiles de croisière pour attaquer les bateaux états-uniens et l´envoi de combattants en Irak pour attaquer les forces des USA. « Les Iraniens peuvent facilement envoyer trois divisions de troupes révolutionnaires sur la longue frontière avec l´Irak » a dit McGovern, en expliquant que la population sunnite locale de l´Irak accueillerait très favorablement une telle invasion. La confusion créée par une telle action amènerait les USA à faire usage de son arsenal de ce qu´ils appellent « mini-bombes », a dit McGovern, ce qui ouvrirait une nouvelle boite de Pandore de chaos. McGovern a souligné que le niveau historiquement bas du soutien [de la population] au président Bush est une raison pour lancer une attaque contre l´Iran et aviver ainsi une fausse ferveur patriotique. « J´ai pu entendre Karl Rove dire que "ce qu´il faut que tu fasses, c´est de te transformer à nouveau en président de guerre, nous impliquer dans quelque chose d´assez lourd et ensuite prendre de grands airs et dire qu´on ne peut voter pour une bande de démocrates qui essaieraient de te faire tomber alors que nous serions en guerre" ». McGovern a comparé l´attitude conciliatrice de la Russie pendant la Guerre Froide, et la décision de JFK de répondre de même, à la lettre du président iranien qui fut immédiatement repoussée par l´administration de Bush. L´attitude de JFK a sauvé les USA d´un anéantissement nucléaire potentiel, tandis que les actions de Bush exposent les USA à un sérieux danger, car la Russie et la Chine donnent des signes confus mais de mauvais augure comme quoi ils répondraient à une attaque états-unienne contre l´Iran. McGovern a sévèrement critiqué le cercle proche de Bush, et a affirmé que [ces gens-là] n´ont aucune expérience militaire, et les a définis comme une conspiration obstinée à faire la guerre. McGovern a pris en considération l´idée que des gouvernements occidentaux et des hiérarchies du renseignement sont potentiellement capables de monter des attaques pour provoquer la terreur en Europe et aux USA, soit avant, soit après une invasion de l´Iran. « C´est tout à fait possible » a dit MC Govern « Je dirais même que c´est probable, car ils ont besoin d´un motif proche, d´un casus belli quelconque pour justifier le déchaînement des actions en Iran... moi, je ne me fierais pas à cette bande, son record en matière d´hypocrisie et de bassesse est incomparable ». McGovern a également ajouté que Rove, Cheney et Rumsfeld, craignant un impeachement et une inculpation criminelle du genre de Enron, exhortent actuellement le président Bush à lancer la guerre pour créer un climat peu propice à des enquêtes prolongées et des procédures d´impeachment. Quand il lui a été demandé de préciser concrètement la date à laquelle on doit s´attendre à voir le début de l´attaque, McGovern a répondu : « Je crois que nous nous rejoignons tous pour dire qu´une attaque pourra avoir lieu avant l´élection, et nous sommes tous d´accord que cela est en grande partie en rapport avec l´élection. Pour ce qui est de savoir quand, je crois très probable que cela arrivera fin juin ou début juillet, beaucoup de mes collègues prédisent août, septembre, ce sera peut-être même une surprise pour octobre. » McGovern a noté sur son agenda sa participation avec d´autres critiques respectés et crédibles à l´American Scholars Symposium, à la fin du mois. 13/06/06 - La « libération » de l'Arabistan
En se basant sur le fait que les Perses représentent environ 50% de la population, les Etats-Unis semblent décidés à soutenir tout mouvement autonomiste, indépendantiste ou religieux susceptible de déstabiliser lIran. Une invasion militaire pour renverser le régime islamique étant impossible ou trop risquée, les néo conservateurs américains et israéliens misent sur limposition de sanctions économiques, sur le bombardements de centres de recherche nucléaire, et sur lasphyxie financière du pays? en « libérant » lArabistan qui recèle plus de 80% des ressources pétrolières et gazières du pays. L'Arabistan ou région dAl-Ahwaz - est plus connu sous le nom de Khouzistan le Pays des tours depuis la « persianisation » de la province par Reza Chah Pahlavi en 1925. Il est situé à lextrême sud-ouest de lIran, entre le Golfe, le Chatt Al Arab, les montagnes du Kurdistan iranien et les monts Bakhtiar de la chaîne du Zagros. Il est peuplé majoritairement dArabes chiites, issus de tribus venues de la péninsule arabique dès lépoque akkadienne, ou qui se sont installées après lislamisation de la Perse. Souk Al-Ahwaz
En Iraq, en 635, après la défaite perse face aux troupes musulmanes de Saad Ben Abi Waqass lors de la fameuse bataille dAl-Qadissiyah - Abou Moussa Al-Ashari sempare dHormuzd Ardashir, port sur le fleuve Karoun, et lappelle Souk-Al-Ahwaz. Les habitants de la région dorigine arabe, liés aux tribus de Bassora, se convertissent à lIslam. LArabistan fait partie des empires Omeyyade et Abbasside, et demeure ensuite plus ou moins indépendant des Chahs safavides, notamment du 15ème au 17ème siècle avec lEmirat arabe des Mushasha, dont la capitale était Howayisa au nord ouest de la région.
En 1812, le Cheikh Youssouf Ben Mardaw, chef dun clan des Bani Kab, créé le port de Mohammara (La rouge) à lembouchure du Karoun, à environ 120 km de Souk Al-Ahwaz. La prospérité de la ville attise les convoitises des Perses, puis des Ottomans qui sen emparent momentanément. Le gouvernement des Indes, qui suit de près la situation dans le Golfe, prend alors la décision dintégrer lArabistan dans leur zone dinfluence. Quand les Ottomans et les Perses entrent en conflit pour décider de lappartenance de Mohammara, les Anglais et la Russie tsariste jouent les médiateurs. En 1847, le second traité dEzeroum attribue arbitrairement à la Perse le port et lîle dAl-Kodr, la future Abadan. Le Cheikh Hadj Jaber qui règne alors ne reconnaîtra jamais le traité et refuse de se soumettre au Chah de Perse. Après sa mort en 1881, la Grande-Bretagne fait pression sur son fils, Cheikh Mazal, pour quil autorise une compagnie anglaise à naviguer sur le fleuve Karoun. En 1890, un consulat britannique ouvre à Mohammara. Laversion du Cheikh pour les Britanniques était connue. On prétend que le gouvernement des Indes nest pas étranger à son assassinat par son frère cadet Cheikh Kazal. Cheikh Khazal, candidat au trône dIraq
La découverte de pétrole en Arabistan en 1908, à Maidan-i-Naftan la Plaine de lhuile près dun ancien temple du feu zoroastrien, va changer la donne et faire de la Perse « une des pièces dun échiquier sur lequel se joue la domination du monde » (4). Le 28 mai 1901, le Chah Muzzaffar Al-Din de la dynastie des Qadjars - accorde au financier anglo-australien William Knox dArcy, qui rêve de devenir un nouveau Rockfeller, le droit de prospecter en Perse pendant 60 ans, lexclusivité de la construction de pipeline et la gratuité des terres non-cultivées nécessaires à ses recherches. LAngleterre reconnaît en 1902 lindépendance de lEmirat de Mohammara et négocie avec Cheikh Kaz al la construction de la raffinerie à Abadan et du pipeline la reliant aux puits de Masjid-i-Suleiman. Le 6 mai 1909, Sir Arnold Wilson accepte de payer au Cheikh un loyer annuel pour le prix de passage de loléoduc et linstallation de la raffinerie ; il lassure du soutien diplomatique britannique en cas de menace perse et dune aide militaire en cas dagression (5). En 1921, Cheikh Kazal estime ses relations avec lAngleterre suffisamment bonnes pour se déclarer candidat au trône d'Iraq. Après leffondrement de lempire Ottoman et la Révolution bolchevique en Russie, tout change. LAngleterre laisse Reza Khan, Ministre de la Défense et Chef de larmée perse, reconquérir lArabistan. Cheikh Kazal se réfugie à Bassora. Un piège lui est tendu avec la complicité du représentant britannique à Mohammara : le Général Zahedi, gouverneur militaire perse, lui fait savoir quil a reçu lordre de se retirer de la région. Le représentant de Londres confirme la nouvelle. Le 20 avril 1925, le Cheikh Kazal invite Zahedi à une cérémonie dadieux sur son yatch ancré dans le Chatt Al-Arab. Les Perses arrêtent le Cheikh et le transfèrent à Téhéran où il mourra en 1936 en résidence surveillée. En avril 1926, Reza Khan se fait proclamer Chah dIran. Il rebaptise lArabistan en Khouzistan et « persianise » les noms des villes, des fleuves et des montagnes. Mouhammarra devient Khoramchahr, Howayisa est Dacht Michan. Le nom dHawaz doit désormais se prononcer Havaz, à la persane? etc. La langue arabe est interdite dans ladministration. Des Perses sont installés dans plusieurs villes et sur des terres confisquées. Résistance en Arabistan En 1946, le parti Al-Saada est constitué à Mohammara. Il revendique lindépendance de la région. Larmée iranienne profite de troubles suscités avec le parti communiste Toudeh, et se livre à un véritable carnage. Quand le parti irakien de lindépendance remet à la Ligue Arabe un rapport sur les crimes commis par les troupes du Chah, le Secrétaire général de la Ligue dit quil na pas le temps détudier le problème? En juin 1947, un traité est signé entre lIran et les Etats-Unis pour la livraison darmes et de surplus de guerre. Le Brigadier général Schwarzkopf dont le fils dirigera en 1991 lopération Tempête du Désert - est chargé de former la gendarmerie iranienne et daider à la « pacification » de lAzerbaïdjan (6). Mohammad Mossadegh est nommé Premier ministre le 29 avril 1951. Il choisit Hussein Fatimi secrétaire général du parti Al-Saada - comme ministre des Affaires étrangères et nationalise lAnglo-Iranian Oil Company. Il rompt les relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne, mais est renversé avec laide de la CIA et remplacé par le Général Zahedi. Mossadegh et Fatimi sont condamnés à mort par un tribunal militaire. Le premier verra sa peine réduite et sera libéré en 1956. Le Secrétaire général du parti Al-Saada sera exécuté. En Arabistan, des partis indépendantistes ou autonomistes voient le jour : le Front de libération de lArabistan (1956) proclame que la région ne peut être libérée que par « une révolution totale », que la « lutte armée est le seul moyen de mettre fin au pouvoir iranien en Arabistan », le Front national de libération de lArabistan et du Golfe arabe (1960) qui réclame le rattachement de la région à lIraq. Le Front de libération de lArabistan se transforme en 1967 en Front de libération dAl-Ahwaz (7). En 1979, Abdallah Salameh, Secrétaire général du Mouvement Démocratique et Révolutionnaire pour la Libération de lArabistan (MDRLA), dobédience nasséro-baassiste, dit que les 2 millions de demi dhabitants arabes considèrent es Perses comme de colons. Il e déclare prêt à lutter contre tout successeur du Chah qui naccorderait pas lindépendance aux Arabes dIran. La région quil revendique sétend de la frontière irakienne au détroit dOrmuz (8). Guerre Iran-Iraq Tarek Aziz me dira que lIraq na pas lintention dannexer la région (10). Il estime, comme le Président Saddam Hussein au 11ème Sommet arabe tenu à Amman en novembre 1980, que « Cest au peuple de lArabistan, comme aux autres peuples de lIran de décider de leur sort ». Il précisera sa pensée dans Al-Anba en disant « Si les circonstances donnent aux minorités iraniennes loccasion de sautogouverner, nous sommes daccord. » (11) et Tarek Aziz ajoutera dans Watan Al-Arabi que les Arabes dArabistan ne sont pas « préparés de manière satisfaisante », mais que « lIraq est le soutien le plus ferme à leur cause » (12). Le retrait des troupes irakiennes dIran et le cessez le feu marquent pour un temps la fin des rêves des nationalistes dAl-Ahwaz qui espéraient profiter de la chute du pouvoir islamique pour sémanciper. Certains se refugient dans la région de Bassora. Ils sont encore, mais courent un véritable danger depuis linvasion du pays par les Américains. Démanteler lIran Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont repris la politique quils interdisaient à Saddam Hussein en 1980. Karin Abdian, représentant du Parti démocratique Ahwaz à Washington raconte en quil a été convoqué en août 2005 par Hicks and Associates à la demande de « lunité de renseignement des Marines ? Ils voulaient tout savoir sur les Arabes dIran : combien nous étions, pourquoi nous nous battions, de quoi nous avions besoin. » Il a dit à ses interrogateurs que les Arabes nétaient que 6 millions, mais quils avaient le pétrole ! (14) Depuis mars 2006, Al-Ahwaz TV une chaîne clandestine de radio télévision disposant dun canal sur un satellite australien, appelle les Arabes dArabistan à la révolte (15). Mais, ils nont pas attendu pour le faire? Depuis un an, lArabistan est le théâtre d'émeutes vite réprimées : en avril 2005, on relève 5 morts. En juin 2005, quatre bombes explosent à Ahwaz. Les attentats sont revendiqués par les Brigades des martyrs révolutionnaires Ahwazi. En octobre 2005, deux bombes y font encore 6 morts et une centaine de blessés, Selon le Ministère iranien du Renseignement « une partie des équipements utilisés dans les explosions provenait d'Iraq, notamment, de Bassora, région sous contrôle des occupants britanniques. ». Fin janvier 2006, 2 bombes explosent à Ahwaz devant la banque Saman et un bâtiment officiel. On dénombre 8 morts et 48 blessés. La chaîne libanaise Al Manar, affirme que le Président Ahmadinejad était visé. Les Américains vont-ils « libérer » lArabistan pour sapproprier son pétrole comme ils lont fait en Iraq ? Wayne Madsen, journaliste dinvestigation et ancien agent de la NSA sous Reagan, assure quune République Démocratique dAhwaz serait reconnue diplomatiquement « par les Etats-Unis et quelques uns de ses alliés les plus proches » (16) Qui peut faire confiance aux Américains ? La trahison de Cheikh Khazal est encore dans les esprits. Il suffirait que les Etats-Unis sentendent avec Mahmoud Ahmadinejad, ou avec un président qui le remplacerait démocratiquement ou non - ou avec une marionnette quelconque - pour que la CIA laisse tomber ses protégés. La réponse dHenry Kissinger à ceux qui lui reprochaient davoir abandonné la rébellion de Mustapha Barzani en 1975 reste dactualité : « Les actions clandestines ne peuvent se confondre avec une uvre missionnaire » (17). Notes : 02/06/06 - Ahmadinejad nira pas en AllemagneDes eurodéputés ont demandé jeudi à l'UE et à la Fédération internationale de football (Fifa) de déclarer le président iranien Mahmoud Ahmadinejad "persona non grata" dans l'Union européenne tant qu'il ne changera pas de position sur l'Holocauste ou le nucléaire. Dans une lettre ouverte, quelque 75 députés européens "appellent les 25 Etats membres de l'UE et la Fifa à déclarer le président iranien +persona non grata ad personam+ (en personne) sur le territoire de l'UE aussi longtemps que ses positions sur le martyre, l'Holocauste et la destruction d'Israël, ainsi que les acvitités d'enrichissement d'uranium restent inchangées". Beaucoup de voix se sont élevées contre une éventuelle présence en Allemagne lors de la Coupe du monde de football de Mahmoud Ahmadinejad, pour soutenir l'équipe nationale iranienne qui jouera au premier tour dans le groupe D contre le Portugal, le Mexique et l'Angola. Mais son porte-parole a assuré lundi que le président iranien n'irait pas en Allemagne assister aux matches de son équipe nationale. Les eurodéputés signataires de la lettre ouverte, issus de différents groupes politiques, sont "particulièrement inquiets" des déclarations du président iranien qui nient le droit d'Israël à exister ainsi que l'Holocauste et qui appellent au martyr. Source : AFP, 1er juin 2006 Texte intégral de la lettre adressée par M. Ahmadinejad, Premier ministre d’Iran au Président des Etats-Unis, George W. Bush
A M. George Bush,
C’est ce qui m’amène à discuter certaines de ces contradictions et de ces questions, dans l’espoir que cela puisse apporter une opportunité d’y trouver une solution. Comment un adepte de Jésus-Christ (Que la Paix soit sur Lui), le grand Messager de Dieu, peut-il se sentir obligé de respecter les droits de l’homme, de présenter le libéralisme comme s’il s’agissait d’un modèle de civilisation, annoncer son opposition à la prolifération des armes nucléaires et des armes de destruction massive, de faire de la « guerre contre le terrorisme » son slogan et finalement d’œuvrer à l’instauration d’une communauté internationale unifiée – une communauté que le Christ et les vertueux sur la Terre dirigeront un jour – tout en faisant que des pays sont agressés, les vies, les réputations et les biens des gens détruits, et cela, alors qu’il n’y avait qu’une chance minime d’attendre les… les « criminels », dans un village, dans une ville, ou dans un convoi. Avec malheureusement – les exemples existent – un village, une ville, ou un convoi (sur une route) entièrement transformés en brasiers… ? Ou bien, à cause de la possibilité qu’il y ait des armes de destruction massive dans un pays, ce pays est occupé, près de cent mille personnes tuées, ses sources d’eau, son agriculture et son industrie détruites, près de 180 000 soldats étrangers déployés sur son territoire, le sanctuaire des domiciles privés de ses citoyens violé, et ce pays ramené au bas mot cinquante ans en arrière ? A quel prix ? Des centaines de milliards de dollars dépensés, ponctionnés dans le trésor d’un pays et de certains autres, et des dizaines de milliers de jeunes hommes et de jeunes femmes – constituant les troupes d’occupation – exposés au danger, tenus éloignés de leur famille et de leurs êtres chers, leurs mains tachées du sang d’autrui, soumis à une telle pression psychologique que, tous les jours, certains d’entre eux se suicident et que ceux qui retournent chez eux souffrent de dépression, sont maladifs et aux prises de toutes sortes d’affections ; tandis que d’autres se font tuer et qu’on remet leur dépouille à leurs proches. Au prétexte de l’existence alléguée d’armes de destruction massive, cette immense tragédie en est venue à englober les deux peuples : celui du pays occupé, et celui du pays occupant. Puis il fut révélé qu’aucune arme de destruction massive ne s’y trouvait, pour commencer. Bien sûr, Saddam (Husseïn) était un dictateur criminel. Mais la guerre n’a pas été menée, qui aurait pu le renverser. Le but déclaré de la guerre, c’était de trouver et de détruire des armes de destruction massive introuvables ! Saddam a été renversé au passage, sur la voie d’une autre objectif de guerre. Mais qu’importe : les habitants de la région s’en réjouissent. Je fais observer que tout au long des nombreuses années de sa guerre contre… l’Iran, Saddam a été continûment soutenu par l’Occident. Monsieur le Président. Vous le savez sans doute : je suis enseignant. Mes étudiants me demandent comment de tels actes pourraient-ils être mis en cohérence avec les valeurs soulignées au début de cette lettre et se conformer à la tradition de Jésus Christ (Que la Paix soit sur Lui), ce Messager de paix et de pardon. Il y a des prisonniers, à Guantanamo Bay, qui n’ont toujours pas été jugés, qui n’ont pas d’avocat, que leurs familles ne peuvent pas voir et qui sont à l’évidence maintenus en détention dans une terre étrangère, loin de leur propre pays. Aucune mission de surveillance de leurs conditions (de détention)
et de leur sort n’est en place. Des enquêteurs européens ont confirmé l’existence
de prisons secrètes en Europe, aussi. A ce sujet, je ne parviens pas à comprendre comment ce genre d’agissement pourrait correspondre aux valeurs soulignées au début de cette lettre, à savoir : les enseignements de Jésus-Christ (Que la Paix soit sur Lui), les droits de l’Homme et les valeurs humaines. Les jeunes gens, les étudiants et beaucoup de gens ordinaires se posent beaucoup de questions à propos du phénomène que représente Israël. Je suis certain que vous êtes familiarisé avec certaines d’entre elles. Tout au long de l’Histoire, beaucoup de pays ont été occupés, mais je pense que la création d’un nouveau pays, dans lequel on a amené un autre peuple, est un phénomène sans aucun précédent historique. Mes étudiants me disent que voici soixante ans seulement,
ce pays n’existait pas. Je leur conseille d’étudier l’histoire des Première et Seconde guerres mondiales. Un de mes étudiants m’a dit qu’au cours de la Seconde guerre mondiale, qui a causé la mort de plusieurs dizaines de millions de personnes, les informations relatives au conflit étaient rapidement diffusées par les protagonistes. Chaque pays en conflit vantait ses victoires et célébrait les dernières défaites de ses ennemis sur la ligne de front. Après la guerre, ces pays prétendirent que six millions de Juifs avaient été tués. Ces six millions de personnes devaient avoir un lien de parenté avec au minimum deux millions de familles. Là encore, supposons que ces événements soient authentiques. Doivent-ils se traduire logiquement par la création de l’Etat d’Israël en plein Moyen-Orient, ou par un soutien à un Etat de ce genre ? Comment ce phénomène peut-il être rationalisé, ou expliqué ? Monsieur le Président, je suis convaincu que vous savez de quelle manière – et à quel prix – Israël a été créé : plusieurs milliers de personnes ont perdu la vie, au cours de ce processus ; - Des millions d’indigènes ont été transformés en réfugiés ; - Des centaines de milliers d’hectares de terres agricoles, d’oliveraies, des villes et des villages ont été détruits ; Cette tragédie ne se limite pas exclusivement à l’époque de la création d’Israël ; malheureusement, elle s’est poursuivie, et elle entre actuellement dans sa soixantième année. Un régime a été instauré, qui ne démontre pas la moindre pitié, même envers des enfants, qui détruit des maisons alors que leurs habitants sont encore à l’intérieur, qui annonce par avance sa liste de personnalités palestiniennes à abattre, ainsi que ses plans à cette fin, et qui détient des milliers de Palestiniens prisonniers dans ses geôles. Un phénomène tel celui-ci est unique – ou en tous les cas extrêmement rare – dans l’histoire récente. Une autre grande question que posent les gens, c’est celle de savoir pourquoi ce régime bénéficie-t-il d’un quelconque soutien ? Soutenir un tel régime, est-ce conforme avec les enseignements de Jésus-Christ (Que la Paix soit sur Lui), ou de Moïse (Que la Paix soit sur Lui), ou encore les valeurs humanistes ? Ou bien devons-nous comprendre que le fait de permettre aux habitants originels de ces terres – à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine (dans la diaspora) – qu’ils soient chrétiens, musulmans ou juifs, de déterminer leur sort irait à l’encontre de la démocratie, des droits de l’homme et des enseignements des prophètes ? Sinon, pourquoi cette opposition acharnée à tout référendum ? Le gouvernement palestinien, nouvellement élu, vient de prendre ses fonctions. Tous les observateurs indépendants ont confirmé que ce gouvernement est représentatif de l’électorat. Mais voilà : d’une manière totalement incroyable, on a placé ce gouvernement (démocratiquement) élu sous pression, et on lui a fortement « conseillé » de reconnaître le régime israélien, d’abandonner la lutte et de suivre le programme du gouvernement précédent (battu aux élections ! ndt). Si le gouvernement palestinien actuel s’était présenté sur la plate-forme électorale en question, le peuple palestinien aurait-il voté pour lui ? Encore une fois, une position telle celle-là, prise en opposition au gouvernement palestinien, peut-elle être considérée en adéquation avec les valeurs que j’ai souligné plus haut ? Les gens disent aussi : « Pourquoi toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu condamnant Israël ont-elles fait l’objet d’un veto ? » Monsieur le Président, comme vous le savez certainement, je vis parmi les gens de mon peuple, et je suis constamment en contact avec eux – beaucoup de gens, dans l’ensemble du Moyen-Orient, tiennent à me contacter, également. Eux non plus, ils ne croient pas à ces politiques douteuses. Il est de plus en plus évident que les peuples de notre région du monde sont de plus en plus en colère contre ces politiques. Il n’est pas dans mon intention de multiplier les questions, mais je tiens à faire référence, également, à d’autres points. Pourquoi toute réalisation technique et scientifique aboutie, au Moyen-Orient, est-elle immédiatement transformée et dépeinte en menace pour l’entité sioniste ? La recherche et développement, en matière scientifique, n’est-elle pas un droit fondamental pour tout pays ? Vous connaissez bien l’Histoire. Mis à part le Moyen Âge, à quelle autre époque, dans l’Histoire, le progrès scientifique et technique a-t-il été considéré comme un crime ? La possibilité que des réalisations scientifiques soient utilisées à des fins militaires est-elle une raison suffisante pour s’opposer carrément à la science et à la technologie ? Si une telle assertion est vérifiée, alors toutes les disciplines scientifiques, y compris la physique, la chimie, les mathématiques, la médecine, l’ingénierie, etc… doivent être contrées.
Quel en a été le résultat ? Je suis persuadé que dire des mensonges est répréhensible dans n’importe quelle culture, et que vous n’aimeriez pas que l’on vous mente. Monsieur le Président, les Latino-Américains n’ont-ils pas le droit de se poser la question de savoir pourquoi leurs gouvernements démocratiquement élus sont contrés (par vous) et les leaders golpistes soutenus (par vous aussi) ? Ou bien alors, doivent-ils constamment être menacés et vivre dans la peur ? Les peuples d’Afrique sont des gens créatifs et talentueux, qui travaillent très dur. Ils peuvent un rôle important et précieux dans la satisfaction des besoins de l’humanité, et contribuer à son progrès tant matériel que spirituel. Mais la pauvreté et les dictatures violentes, dans la majorité des pays africains, empêchent qu’il en soit bien ainsi. Les Africains ne sont-ils pas fondés à demander pourquoi leurs énormes ressources – notamment minières – sont en train d’être pillées, en dépit du fait qu’ils en ont besoin plus que tout autre peuple ? Là encore, ces agissements correspondent-ils en quoi que ce soit aux enseignements du Christ et aux préceptes des droits de l’homme ? Le peuple courageux et croyant d’Iran se pose lui aussi beaucoup de questions, et il a beaucoup de griefs, dont le coup d’Etat de 1953, qui a entraîné le renversement du gouvernement légal de l’époque, l’opposition à la révolution islamique, la transformation d’une ambassade en un quartier général pour soutenir les activités des contre-révolutionnaires opposés à la Révolution islamique (des milliers de pages de documents corroborent ses témoignages et ses revendications), le soutien apporté à Saddam Hussein durant la guerre qu’il a déclenchée contre l’Iran, un avion civil iranien abattu, tuant tous ses passagers, le gel des avoirs de l’Iran, des menaces croissantes et l’opposition aux progrès scientifiques et nucléaires de la nation iranienne (tout à fait contrairement à l’ensemble des Iraniens, qui sont heureux et fiers de collaborer au progrès de leur pays), et beaucoup d’autres griefs que je n’énoncerai pas ici de manière exhaustive. |