27/05/06 - Notre silence ne
nous protégera pas
par Julian Aguon, Marianas Variety, Guam, 12 mai 2006.
Julian Aguon, 23 ans, habite à Tamuning, sur l'île de Guam.
Il est devenu célèbre en 1998 lorsqu'il chanta l'hymne
national devant 20 000 personnes rassemblées pour accueillir
le président Clinton à Adelup. Diplômé en
2003 de l'Université Gonzaga à Washington, il a publié
en 2005 son premier livre "Just Left of the Setting Sun" (Ocean
Blue Press, Japon), dans lequel il examine la lutte du peuple chamorro
(la population autochtone de Guam et des îles Mariannes) pour
son identité et le néo-colonialisme au XXIème siècle.
Traduit de l'anglais par Paz Gómez Moreno et révisé
par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala (www.tlaxcala.es), le réseau
des traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction
est en Copyleft.
L'accord signé récemment entre les USA
et le Japon sur le transfert de 8 000 marines usaméricains devrait
nous pousser à agir et non pas à garder le silence.
Les habitants de Guam ont raison de se sentir outrés par le fait
que les personnes au pouvoir, y compris celles qui l'exercent chez nous,
ont actuellement une conversation portant sur nous, en se passant toutefois
de nous. Cet alarmant redéploiement de troupes aura des répercussions
sur notre avenir et sur celui de nos enfants, bien que nous soyons censés
garder le silence là-dessus. Quand réaliserons-nous que
notre silence est un suicide ? Pourquoi tant d'entre nous s'empressent-ils
de souhaiter la bienvenue aux mêmes troupes qui ont été
expulsées de Japon, un pays qui, ne sachant plus quoi faire pour
qu'elles s'en aillent, a finalement accepté de payer un prix
qu'il sait trop élevé, afin de les faire partir ? Pourquoi
souhaitons-nous la présence des mêmes marines qui ont terrorisé
les citoyens d'Okinawa par le biais du viol, de l'alcoolisme, du bruit
et de la violence?
Incapables ou refusant de voir que ce redéploiement des troupes
aura comme conséquence, sur notre île, non seulement de
grands dommages sociaux, culturels et environnementaux, et une augmentation
inégalée de la violence au sein de notre société,
les leaders locaux maintiennent qu'il est positif pour Guam. Ils affirment
que c'est la réponse à nos demandes économiques.
L'argent semble être la seule question abordée à
notre table de négociations. Bien qu'il y ait de nombreuses questions
sociales, en dehors domaine économique, il semble que les personnes
au pouvoir misent sur notre incapacité à voir l'existence
de cette réalité.
Qu'est-ce que nous attendons en tant que communauté, pour nous
armer de courage et pour nous lever contre cet inquiétant déploiement
de troupes? Attendons-nous le viol de nos femmes, ce qui n'est pas seulement
une possibilité mais plutôt une réalité donnée
pour acquise ? Il serait insensé de croire que le viol, l'alcoolisme
et la violence qui ont ruiné Okinawa n'auront pas les mêmes
conséquences chez nous.
Au-delà du viol de nos femmes et de la violence certainement
inhérente au militarisme, nous devrions nous inquiéter
de quelque chose d'autre qui apparaît dans la distance proche
: la Chine. Les média régionaux, nationaux et internationaux
suggèrent que la Chine soit inquiète pour ce qui se passe
à Guam; la Chine comprend la signification de ce transfert. Il
semblerait que nous sommes les seuls à ne toujours pas comprendre
ce qui se passe vraiment: Guam est l'agneau du sacrifice dans le programme
du redéploiement militaire usaméricain. Les services de
renseignement ont déjà suggéré que Guam
serait la première cible d'une attaque chinoise, de plus en plus
vraisemblable du fait de l'agressivité des positions usaméricaines
envers l'Asie. Pour comprendre de cela, il suffit de lire les articles
de certains journaux nationaux comme The Washington Times ou USA Today,
les nombreux articles parus dans plusieurs journaux japonais ou la récente
publication du NDRC (National Defense Research Institute), élaborée
par l'OSC (Office of the Secretary of Defense). Effectivement, notre
position n'est stratégique que pour les USA, une nation qui a
plus besoin de nous que ses leaders ne nous le laissent entendre.
Et quoi penser en ce qui concerne l'autre guerre que cette réoccupation
entraînera, la guerre contre l'environnement, aussi bien à
Guam que dans la CNMI (Commonwealth of the Northern Mariana Islands
= Communauté des îles Mariannes du Nord))? Le même
gouvernement qui doit encore nettoyer les effets de la pollution meurtrière
qu'il avait laissé dans notre terre et dans notre eau, pendant
et après la Seconde Guerre mondiale, s'apprête à
amener chez nous, à Guam, encore une fois, plus d'armes de destruction
massive et plus de toxines. L'armée que nous accueillons est
la même qui s'est servie des Micronésiens comme cobayes
humains dans ses terribles expériences nucléaires, dont
encore aujourd'hui, en Micronésie, nous subissons les conséquences
sous forme de toute sorte de cancers présents dans des pourcentages
démesurés. Ne sommes-nous pas nous fatigués d'enterrer
nos morts? Il n'est pas possible que nous soyons assez naïfs pour
croire qu'il n'y a aucun lien entre les pourcentages de cancer démesurés
et les expériences nucléaires réalisées
dans notre région. Il n'est pas possible que nous soyons assez
naïfs pour penser que ce même gouvernement arrêtera
d'utiliser nos îles Mariannes en tant que laboratoire pour d'autres
de ses soi-disant « expériences ». De fait, dans
notre recherche de stimulants économiques, nous sommes sur le
point de dire amen à encore plus de crimes contre l'humanité.
Actuellement on nous vend ce transfert comme un un bienfait set une
nécessité. Ce déploiement militaire a été
présenté d'une façon qui suggère que nous
ayons vraiment eu le choix. Mais les personnes qui n'ont pas de véritables
moyens pour lutter contre leur condition coloniale savent qu'il s'agit
là d'une longue histoire. Nous savons que notre survie dépendra,
finalement, de notrz capacité ou non à voir la réalité
telle qu'elle est: nous ne sommes pas obligés d'acheter ce que
l'on veut nous vendre.
L'accord signé récemment entre les USA et le Japon sur
le transfert de 8 000 marines usaméricains devrait nous pousser
à agir et non pas à garder le silence.
Après tout, notre silence ne nous protégera pas.
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