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17 ramadan-1427 - 9 octobre 2006 - Couriel : redactionquibla@yahoo.fr


L’événement

Russie

Anna Politkovskaïa assassinée à Moscou

Anna Stepanovna Politkovskaïa (1959 - 2006), née à New York, dans une famille de diplomates ukrainiens, assassinée à Moscou le 7 octobre 2006, était une journaliste russe connue pour son opposition à la politique du président Vladimir Poutine, qu’elle avait comparé à Staline. Elle s’était spécialisée dans la dénonciation de la guerre menée par l’armée russe en Tchétchénie depuis 1994.

Biographie

Après des études de journalisme à Moscou qu'elle termine en 1980, elle commence sa carrière au journal Izvestia. Depuis juin 1999, elle écrivait des articles pour le journal en ligne Novaïa Gazeta.

En 2001, elle s'était réfugiée plusieurs mois en Autriche après avoir reçu des menaces par courriers électroniques. Les messages affirmaient qu'un officier de police, qu'elle avait accusé de commettre des atrocités contre des civils, avait l'intention de se venger. Sergueï Lapine avait été interpellé en 2002 à propos de ces accusations, mais les charges avaient été abandonnées l'année suivante.

Elle fut également détenue plusieurs jours en février 2001 par les forces russes en Tchétchénie dans la région de Chatoï (sud de la Tchétchénie) pour avoir "enfreint les règlements en vigueur pour les journalistes", alors qu'elle effectuait une enquête sur un centre de détention de l'armée. Elle dit avoir été menacée de viol et de mort, et qu’on s’en prendrait à ses enfants, fait remarquer la Fondation internationale des femmes œuvrant dans les médias (International Women’s Media Foundation, IWMF). Elle avait reçu en 2002 le prix « Courage en journalisme » de l’IWMF.[1]

Elle s'est engagée dans de nombreuses affaires, notamment en défendant les victimes de la guerre en Tchétchénie. Elle a participé aux négociations lors de la prise d'otages du théâtre de la rue Melnikov en 2002 à Moscou. Lors de la prise d'otages de l'école de Beslan en 2004, Anna Politkovskaïa a été empoisonnée[2], probablement en buvant un thé, dans l'avion qui l'amenait à Beslan pour participer aux négociations avec les preneurs d'otages. Elle est tombée gravement malade et n'a donc jamais participé à ces négociations. La cause de l'empoisonnement n'a jamais été déterminée.

Son dernier ouvrage "Douloureuse Russie" a paru en septembre 2006 aux éditions Buchet Chastel. Dans ce véritable réquisitoire contre la politique de Poutine en Russie aujourd'hui, la journaliste prédit que si une révolution éclate en Russie, elle sera ni orange, ni de velours, mais rouge comme le sang.

Assassinat

Hommage des Lyonnais à Anna Politkovskaya, assassinée pour son combat aux côtés des Tchétchènes

Anna POLITKOVSKAYA a été assassinée samedi 7 octobre à Moscou. Cette journaliste russe a joué un rôle très important. Elle a permis aux lecteurs de ses articles et livres de connaître ce qui devait rester caché. Se rendant à ses risques et périls en Tchétchénie, elle a rendu compte des crimes de guerre commis.

Elle a essayé sans cesse de susciter des réactions dans son pays, la Russie , mais aussi à l’extérieur et par exemple elle est venue plusieurs fois en France pour des conférences. Elle a exprimé ce qu’une femme russe, comme elle, pouvait souffrir devant l’évolution de son pays : recul de la démocratie, information muselée, montée de la xénophobie (en ce moment se déroule une chasse aux Géorgiens en Russie).

Que veut-on abattre par cet assassinat ?
Si vous souhaitez manifester votre douleur et votre révolte devant ce crime, si vous pensez qu’il importe que cesse le silence officiel de notre pays face aux reculs de démocratie et aux crimes de guerre dans cette Russie si proche,
Venez vous joindre à nous pour notre rassemblement hebdomadaire qui prendra un aspect particulier
ce mardi 10 octobre à 18 heures devant l’Hôtel de Ville de Lyon, place des Terreaux
(…) Son assassinat intervient alors que devait paraître, le 8 octobre 2006, dans Novaya Gazeta, son article sur la pratique de la torture en Tchétchénie, impliquant directement Ramzan Kadyrov , premier ministre de Tchétchénie, nommé par le Président Poutine .
Cet assassinat s’inscrit plus généralement dans un contexte de violence accrue à l’encontre des défenseurs des droits de l’Homme et des voix dissidentes en Fédération de Russie. À cet égard, un appel au meurtre vient d’être lancé sur un site Internet, comportant une liste de noms et d’adresses personnelles des défenseurs des droits de l’Homme et des membres de leurs familles. De plus, ces faits se produisent dans le cadre d’une dégradation constante des libertés fondamentales en Russie, en particulier des libertés d’expression et de la presse. La Novaya Gazeta est l’un des derniers journaux indépendants en Russie, publiant des articles critiques à l’égard de la politique du gouvernement, concernant aussi bien la situation en Tchétchénie que celles des libertés fondamentales.
Comité Tchétchénie de Lyon - Contact : 06 82 45 60 28 – Courriel : comitetchetchenielyon@hotmail.com

Anna Politkovskaia a été assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou. Son corps sans vie a été découvert dans l'ascenseur de son immeuble, dans le centre de Moscou, a expliqué à l'Associated Press l'officier de permanence au commissariat central de la capitale russe. Un revolver et quatre balles ont été retrouvés à ses côtés. Ces informations ont été relevées par Interfax, Associated Press, Reuters, puis AFP[3]. Anna Politkovskaïa, mère d'une fille et d'un garçon, avait dénoncé à plusieurs reprises les violations des droits de l'homme dont se rendaient coupables les forces fédérales en Tchétchénie, ainsi que la milice de Ramzan Kadyrov.

Selon l'agence de presse Interfax, c'est une voisine qui a découvert son corps dans l'ascenseur de son immeuble samedi à 17h10. Les policiers ont retrouvé dans l'ascenseur un pistolet et quatre douilles, ajoute l'agence.

"C'était l'une des rares journalistes indépendantes en Russie et elle s'était fait un nom. Elle voyageait souvent en Tchétchénie et avait publié un livre", a déclaré à Paris Jean-François Julliard, de Reporters sans frontières (RSF).

"A chaque fois que la question se posait de savoir s'il y avait un journalisme honnête en Russie, le premier nom qui venait à l'esprit était pratiquement toujours celui de Politkovskaïa", selon Oleg Panfilov, directeur du Centre pour le journalisme dans des situations extrêmes, qui lui rendait hommage, lui aussi basé à Moscou. Selon lui, elle avait reçu des menaces à plusieurs reprises et des inconnus avaient tenté il y a plusieurs mois de pénétrer dans la voiture que sa fille Vera conduisait.

"Il est évident que la première version qui vienne à l'esprit est celle d'un meurtre lié à ses activités professionnelles", a commenté Vitali Tretiakov, rédacteur en chef du journal Moskovskie Novosti.

"Elle a écrit tant de choses la mettant en danger, elle était devenue si célèbre ces dernières années, qu'il semblait qu'elle était intouchable", a réagi Tatiana Lokchina, directrice de l'ONG Demos et auteur de nombreux rapports sur les violations des droits de l'Homme en Tchétchénie.

"Elle ne disait pas se sentir menacée", a ajouté Mme Lokchina, qui venait de participer à une conférence sur la Tchétchénie à Stockholm avec Mme Politkovskaïa, fréquente invitée de colloques sur la Tchétchénie à l'étranger.

Les Etats-Unis se sont déclarés "choqués" par la nouvelle de l'assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa et ont demandé à Moscou de faire diligence pour que les coupables soient traduits devant la justice. "Les Etats-Unis demandent de toute urgence au gouvernement russe de mener une enquête immédiate et exhaustive afin de retrouver, poursuivre et juger, tous les responsables de ce meurtre haineux", a affirmé le porte-parole du département d'Etat Sean McCormack.

Le président tchétchène pro-russe Alou Alkhanov a dit regretter sincérement la mort de la journaliste, estimant que les coupables devaient être punis. Tout en soulignant qu'il ne partageait pas avec elle la même approche des événements en Tchétchénie, Alou Alkhanov a déclaré qu"'on ne devait pas tuer les journalistes". Pour l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International, comme pour de nombreux observateurs en Russie, Anna Politkovskaïa a été "visée en raison de son travail de journaliste témoignant des violations des droits de l'Homme en Tchétchénie et dans d'autres régions de Russie". "Il est évident que la première version qui vienne à l'esprit est celle d'un meurtre lié à ses activités professionnelles", estime lui aussi Vitali Tretiakov, rédacteur en chef du journal Moskovskie Novosti.

"Aujourd'hui, nous ne savons pas qui l'a tuée", écrit l'équipe de Novaïa Gazeta sur son site Web, en avançant tout de même deux scénarios (voir ci-dessous).

"Ce qui vient immédiatement à l'esprit, est qu'Anna avait beaucoup d'ennemis", notait Joel Simon, directeur exécutif du Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

"Anna était une héroïne pour beaucoup d'entre nous, et elle nous manquera", a-t-il ajouté.

"Aucun de ces meurtres n'a fait l'objet d'une enquête correcte", ajoute Simon. "Nous savons que cela créé un environnement dans lequel ceux qui auraient voulu mener à bien ce meurtre pourraient avoir l'impression qu'il n'y aurait guère de conséquences".

Selon le CPJ, Anna Politkovskaïa est au moins la 13ème journaliste victime d'un assassinat de ce type depuis l'arrivée au pouvoir du président Vladimir Poutine.


Anna Politkovskaïa restera synonyme des années Poutine et des Guerres de Tchétchénie. Elle aura sans relâche dénoncé les dérives du pouvoir russe. Elle était connue pour sa couverture critique des campagnes du pouvoir russe en Tchétchénie.

Le Monde rappelle qu'elle a été plusieurs fois primée pour ses enquêtes, notamment en 2002 par le Pen Club International, et en 2003 au Danemark, où elle a reçu le prix du journalisme et de la démocratie, décerné par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). En 2005, Anna Politkovskaïa avait reçu le prix Olof Palme pour les Droits de l'Homme. Elle avait partagé ce prix avec ses compatriotes Lyudmila Alekseyeva et Sergey Kovalyov. Le prix Olof Palme, doté de 50 000 dollars, avait récompensé par le passé Amnesty International.

Réactions à son assassinat

Mikhail Gorbachev, ancien président d'Union soviétique, a qualifié l'assassinat d'Anna Politkovskaïa de "crime sauvage".

Amnesty International se dit "attristée et profondément en colère".

La FIDH demande la mise en place d’une enquête indépendante et impartiale

Le Conseil de l'Europe veut que la lumière soit faite

La Fédération internationale des journalistes (FIJ) : « une atrocité qui stupéfie le monde du journalisme»

Thomas Hammarberg, Commissaire européen aux droits de l'homme : « le signal d'une crise majeure »

Notes
1. Courage en journalisme
2.
(en) Journalist reportedly poisoned en route to hostage negotiations, another journalist detained at Moscow airport, IFEX, 2 septembre 2004
3. La journaliste Politkovskaïa tuée pour "son travail" dépêche AFP in La Libre Belgique, 7 octobre 2006

Article de Novaïa Gazeta du 7 octobre 2006

Traduit du russe par Agatha Haun et de l’anglais par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala

Le journal pour lequel Anna Politkovskaïa travaillait, Novaïa Gazeta, a écrit ceci à chaud après son assassinat :

La journaliste Anna Politkovskaïa a été assassinée par balles à Moscou le 7 octobre. La tragédie s’est passée dans l’ascenseur de l’immeuble du 8/12 de la rue 12 Lesnaya Ulitsa où la correspondante de Novaïa Gazeta habitait.

Anna n’a jamais rien eu en commun avec les intrigues politiques ni avec de quelconques « intérêts financiers ». Il était absolument impossible de la réduire au silence ou de l’acheter. Elle considérait comme étant de son devoir de journaliste et d’être humain de rechercher la justice et elle était inébranlable sur ce point. Elle a recherché la vérité et la justice même dans les événements tragiques de Tchétchénie –depuis les tout débuts de la guerre en Tchétchénie jusqu’à aujourd’hui, consciente des risques qu’elle courait.

Aujourd’hui nous ne savons pas qui l’a tuée et pourquoi. Nous ne pouvons avancer que deux hypothèses. Ou bien il s’agissait de la vengeance de Ramzan Kadyrov, sur les agissements duquel elle a beaucoup écrit et parlé. Ou bien il s’agit d’un acte venant de ceux qui veulent faire retomber les soupçons sur le Premier ministre tchétchène, qui, maintenant qu’il a passé l’âge de 30 ans, peut aspirer au poste de Président.



Ouvrages publiés en français
Voyage en enfer : journal de Tchétchénie (première édition française en 2000 aux éditions Robert Laffont)
Tchétchénie, le déshonneur russe (première édition française en 2003 aux éditions Buchet-Chastel[1])
La Russie selon Poutine (première édition française en 2005 aux éditions Buchet-Chastel)
Douloureuse Russie (première édition française en sept.2006 aux éditions Buchet-Chastel)

Pour en savoir plus
Prise d'otages de Beslan
Guerre de Tchétchénie
Novaïa Gazeta
Le journal en ligne Novaïa Gazeta
 « Une figure du journalisme russe d'opposition assassinée à Moscou », dans Le Monde du 07/10/2006, [lire en ligne]

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Anna_Politkovska%C3%AFa