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Asie : dans l'oeil du typhon - Sri Lanka

Panique à la Bourse : le nationaliste de gauche Mahinda Rajapakse élu président


Le Premier ministre sri-lankais Mahinda Rajapakse, nationaliste de gauche, a remporté la présidentielle de jeudi au Sri Lanka par une courte victoire qui selon des analystes réduits les espoirs de paix dans le pays en proie à un conflit ethnique depuis plus de 30 ans.
Selon les résultats définitifs de la commission électorale rendus publics vendredi, Mahinda Rajapakse (SFLP, gauche nationaliste) a remporté 50,3% des suffrages, soit 4,88 millions de voix contre 4,69 pour son rival Ranil Wickremesinghe, ex-Premier ministre et chef du principal parti d'opposition (UNP, droite libérale).
Le vainqueur qui fêtait vendredi ses 60 ans, succède à Chandrika Kumaratunga, en exercice depuis 11 ans et à qui la Cour suprême avait interdit de prolonger d'un an son deuxième mandat.
Environ 75% des 13,3 millions d'électeurs se sont rendus aux urnes. Mais le vote a été très largement boudé par la minorité tamoule, après un appel officieux au boycottage des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) en lutte pour l'autodétermination dans le nord-est de l'île, selon des responsables.
Dans la péninsule de Jaffna (nord), le taux de participation n'a été que de à 0,014% pour 701.000 électeurs.
Lors de la campagne dominée par la question tamoule, les deux candidats avaient défendu des recettes opposées pour solder un conflit qui a fait plus de 60.000 morts en plus de trente ans.
M. Rajapakse prône une refonte totale des pourparlers engagés depuis 2002 sous médiation norvégienne mais gelés depuis avril 2003. Il souhaite revenir sur le plan initial de faire du pays un Etat fédéral et relever Oslo de sa mission de médiateur.
Ces positions lui ont valu le surnom du "candidat de la guerre" par les LTTE, alors que selon les media la minorité tamoule penchait plutôt pour le candidat de l'opposition avec qui le cessez-le-feu de février 2002 avait été conclu.
A l'annonce des résultats, la bourse a été prise de panique, l'indice All Share Price perdant 7% à 2.325 à la clôture.
Les marchés ont ainsi réagi car la victoire du faucon Rajapakse indique que le processus de paix avec les rebelles ne reprendra pas dans l'immédiat, selon l'analyste politique Harry Gunatillake.
"Nous ne verrons pas le président en position d'entamer rapidement les pourparlers de paix car les nationalistes qui le soutiennent ne lui permettront pas de faire de concessions", estime cet ex-chef de l'Aviation.
M. Rajapakse, perçu comme un modéré lors de sa prise de fonction en 2004, a conclu une alliance pré-électorale avec l'influent parti marxiste du JVP et le parti ultra-nationaliste des moines bouddhistes (JHU) farouchement opposés aux concessions envers les Tigres.
En vertu de ce pacte, le chef du gouvernement promet d'abandonner le plan octroyant des pouvoirs à la minorité tamoule comme s'y était engagée Mme Kumaratunga en 2002. Il projette également de remettre en cause l'accord sur la gestion conjointe de l'aide aux victimes du tsunami.
M. Rajapakse devra aussi s'atteler au redressement de l'économie plombée par la hausse des prix du pétrole et une inflation de plus de 12% et à la reconstruction du pays meurtri par le raz-de-marée du 26 décembre 2004 qui a fait 31.000 morts et un million de sans abri.
L'aide internationale de 3,2 milliards de dollars promise pour la reconstruction couvre plus que les besoins mais la plupart des donateurs ont lié l'attribution des fonds aux progrès du processus de paix.
Pendant sa campagne, M. Rajapakse, qui prône les nationalisations et vise l'autosuffisance, a promis des baisses de prix allant du lait aux engrais et des subventions diverses mais sans expliquer d'où il tirerait les fonds.
"Nous ne savons toujours pas comment il prévoit de financer l'Etat providence", s'inquiète Channa Amaratunga économiste à Boston Asset Management.
En dépit d'une forte présence policière, le scrutin a été marqué par des violences dans l'est où quatre personnes ont été tuées vendredi par l'explosion de grenades lancées dans une mosquée à Akkaraipattu (350 km à est de Colombo).
Source : AFP, 18 novembre 2005