29/12/04
- Pour son millénaire, Kazan va vivre le premier festival du
cinéma musulman, où sera décerné un...
“minbar d’or”
La Russie
poutinienne se veut branchée et la République du Tatarstan
ne veut pas être en reste. Le dosage est le suivant : un tiers
de kitsch soviétique, un tiers de glamour hollywoodien et un
tiers d’hypocrisie enturbannée. Et ça donne cette
information stupéfiante : le président du Tatarstan,
l’honorable Mintimer Charipovich Chaymiyev, vient de donner
son accord à une proposition émanant d’un groupe
constitué de l’Administration cléricale des musulmans
de la Russie d’Europe (équivalent russse du Bureau des
Affaires indiennes US), du Conseil des muftis de Russie, de la chaîne
de télévision Monde islamique et du patron de la société
tatare Tatnefteotdacha. Tout ce beau monde a imaginé de contribuer
aux festivités du millénaire de la ville de Kazan en
2005 en organisant le premier festival du cinéma musulman.
À ce festival seraient décernés des “oscars
musulmans”, dont le premier a été baptisé...”le
minbar d’or”. Les trois minbar (or, argent et bronze)
ont déjà été dessinés par le sculpteur
moscovite Taghir Subkhankulov. La date du festival n’a pas encore
été arrêtée mais il pourrait avoir lieu
sout à Oufa soit à Derbent. Pendant ce temps, la chasse
aux muslmans continue comme si de rien n’était dans cette
chère république chaymiyevienne...
Sources : http://www.islamicnews.org et www.muslimnews.co.uk
Il sera désormais légal d’abattre en
vol des avions détournés !
Ce que Bush n’a pas osé, Poutine l’ose ! La Douma
d’État russe vient de donner son feu vert à une
proposition de loi antiterroriste comportant un paquet de mesures
dont la plus spectaculaire est celle-ci : l’aviation russe pourra
désormais, sur ordre d’un “responsable disposant
de l’autorité nécessaire”, abattre en plein
vol tout avion détourné. Vladimir Vassiliev, chef de
la Commission défense de la Douma a commenté ce vote
en disant que “justement, le gouvernement US avait été
confronté à une telle décision difficile le 11
septembre 2001”. Qu’attend donc Deubelyou pour imiter
le tsar de Moscou ?
Source : MosNews, 21 décembre 2004
La
Douma ratifie le traité de partenariat stratégique avec
l’Ouzbékistan
La Douma russe a ratfié mercredi 22 décembre le traité
de partenariat stratégique avec l’Ouzbékistan. 425
députés ont voté pour, un seul a voté contre
et aucun ne s’est abstenu. Le minimum des voix requises pour la
ratification est de 226.
Source : Interfax, 22 décembre 2004
25/12/04
- Les petites phrases assassines du tsar Vladimir
Le président russe Vladimir Poutine a mis en garde jeudi, dans
une allusion transparente à l'Ukraine, contre des "révolutions
permanentes" pouvant plonger l'espace ex-soviétique dans
des conflits "à la yougoslave", tout en adressant des
critiques voilées aux Etats-Unis.
Par ailleurs, il a saisi l'occasion de sa grande conférence de
presse annuelle pour justifier la nationalisation de facto du groupe
pétrolier Ioukos en soulignant que l'Etat avait utilisé
"des mécanismes légaux de marché" pour
assurer ses intérêts.
Interrogé sur la décision - ignorée par Moscou
- d'un tribunal américain demandant une suspension de la vente
des actifs de Ioukos, il l'a qualifiée d'"inadmissible du
point de vue du droit" et d'"un non-respect de la courtoisie
internationale".
L'affaire ukrainienne est revenue à plusieurs reprises dans les
questions concernant la politique étrangère et, s'il n'a
plus attaqué frontalement l'Occident comme il l'avait fait au
début du mois, M. Poutine a dénoncé les "méthodes
hors-la-loi" utilisées dans la lutte politique et qui risquent,
selon lui, de "plonger l'espace post-soviétique dans des
conflits sans fin".
Le président russe a parlé de "révolutions
roses ou bleues", dans une allusion à la fois à "la
révolution de la rose" qui a placé le pro-occidental
Mikhaïl Saakachvili aux commandes en Géorgie et à
la "révolution orange" qui est sur le point d'offrir
le pouvoir en Ukraine à Viktor Iouchtchenko.
Et il a évoqué plusieurs fois le "modèle yougoslave",
insistant sur le fait qu'il excluait un tel scénario de "dislocation"
pour "l'espace post-soviétique".
Le rôle présumé des Etats-Unis dans l'évolution
de l'Ukraine a été abordé au conditionnel, sans
cacher toutefois les appréhensions de Moscou et les soupçons
de voir Washington chercher à "isoler", voire à
"ébranler" la Russie.
Interrogé sur l'idée, évoquée par le président
polonais Aleksander Kwasniewski, selon laquelle Washington préférerait
une "Russie sans l'Ukraine", M. Poutine s'est demandé
si cela avait été dit "pour exprimer le désir
de limiter les possibilités de la Russie de développer
ses relations avec ses voisins, d'isoler la Russie".
"Je ne pense pas que ce soit le sens de la politique des Etats-Unis",
a-t-il toutefois ajouté, tout en annonçant que lors de
sa prochaine rencontre avec le président George W. Bush, prévue
en février en Slovaquie, il "lui poserait cette question".
"S'il en était ainsi, on comprendrait mieux les positions
(américaines) sur la Tchétchénie (...), cela voudrait
dire qu'on y crée des conditions pour ébranler la Fédération
russe", a encore dit M. Poutine.
Il a envoyé une pique au chef de l'Etat polonais, déclarant
que ses propos faisaient penser à "une déclaration
non pas d'un président en exercice, mais d'un homme qui cherche
un emploi parce que son mandat est sur le point d'expirer", dans
une allusion aux projets prêtés à M. Kwasniewski
de briguer un poste international.
Concernant le candidat pro-occidental à la présidence
ukrainienne Viktor Iouchtchenko, qui a exprimé l'intention de
réserver à Moscou, en cas de victoire, sa première
visite à l'étranger, le président russe a dit qu'il
le connaissait avait une "bonne relation" avec lui.
"Nous travaillerons avec le président élu quel qu'il
soit", a réaffirmé le M. Poutine.
Il n'en a pas moins mis en garde contre "l'entourage" de M.
Iouchtchenko, souhaitant qu'il n'ait pas recours "à des
slogans anti-russes et, disons, sionistes", sans préciser
la signification qu'il souhaitait donner à ce dernier mot, compris
comme voulant dire "antisémites" par les journalistes
présents.
Source : AFP, 23 décembre 2004
Retraités
en colère : on veut détruire leurs datchas
Environ 3 500 électeurs de Tachkent ont annoncé leur intention
de boycotter les élections législatives du 26 décembre
pour protester contre une décision inique qu'ils n'arrivent pas
à s'expliquer : le gouvernement a décidé de raser
des datchas installées sur 750 lotissements du district de Kibrai,
à la frontière avec le Kazakhstan. Les propriétaires
de ces datchas sont des retraités, presque tous vétérans
de l'armée soviétique, qui n'ont pas les moyens de financer
le démontage et la réinstallation de leurs datchas hors
de la bande d'un kilomètre et demi de large sur laquelle tout
bâtiment doit être rasé. AInsi en ont décidé
les autorités. Pourquoi ? impossible de le savoir. « À
croire qu'ils nouspennent pour des terroristes », grimmellent
les retraités en colère.
Source : Ferghana.Ru, 23 décembre 2004
La
solution miracle de Boris Fomin pour remplacer le coton ouzbek
Pendant l'ère soviétique, surtout sous le règne
de Brejnev, dont le gendre était le patron affairiste de l'Ouzbékistan,
ce pays est devenu le grenier à coton de l'URSS. Avec pour résultat,
entre autres, l'asssèchement de la Mer d'Aral Et plus de 70%
du coton importé aujourd'hui par la Russie vient d'Ouzbékistan.
Pour éviter la dépense que représentent ces importations,
le Conseil de la Fédération a organisé un brain
storming (remue-méninges). L'idée la plus géniale
vient de Boris Fomin, président de l'Association des industries
textiles et légères. Voici son plan : « Nous produisons
du pétrole et a Chine produit des produits synthétiques
issus du pétrole. On n'a qu'à leur donner du pétrole
et en échange, ils pourraient nous fournir du tissu synthétique
à base de pétrole. » Apparemment, Monsieur Fomin
n'a pas entendu parler de la "qualité de vie"...
Source : Novye Izvestia, 23 décembre 2004
06/12/04
- La population en baisse rapide
La population russe a diminué de 552.700 personnes (0,38%) par
rapport au début de l'année pour constituer 143,6 millions
de personnes au 1er octobre, selon un rapport du Service fédéral
des statistiques.
Ce phénomène s'explique par la baisse naturelle de la
population. Le nombre des décès a dépassé
celui des naissances de 50% (contre 60% au cours des neuf premiers mois
de 2003).
Seules 17 régions russes ont enregistré la croissance
de la population au cours des neuf premiers mois de 2004.
Le nombre des migrants intérieurs a diminué de 11.300
personnes par rapport à la même période de 2003.
Un membre du comité parlementaire pour la sécurité,
Guénnadi Goudkov, explique le taux de mortalité élevé
par une criminalité accrue.
"Au total, nous perdons sept fois plus de gens par an que l'Union
Soviétique a perdu en dix ans de la guerre en Afghanistan. (Selon
les données officielles, plus de 15.000 soldats soviétiques
ont péri en Afghanistan)", a indiqué jeudi le député
au cours de la conférence "Nouvelles technologies de la
sécurité en Russie".
Tous les ans, la Russie enregistre quelque 32.000 meurtres et 20.000
personnes succombent à leurs blessures dans les hôpitaux.
Qui plus est, la police découvre plus de 40.000 corps non identifiés
par an dont 90% sont les victimes de crimes, selon le député.
Il faut y ajouter de 45.000 à 48.000 personnes portées
disparues et quelque 20.000 victimes d'incendies qui sont souvent criminels.
"Malheureusement, la lutte contre la criminalité n'a pas
progressé", a indiqué le parlementaire. Les habitants
du pays ont plus de chances de devenir victimes de criminels que de
terroristes.
Source : RIA Novosti, 2 décembre 2004
04/12/04
- « C'est un coup d'État » : les chefs des régions
désormais désignés par Poutine
Les députés russes ont approuvé vendredi en troisième
et dernière lecture une réforme qui confie au chef de
l'Etat la désignation des dirigeants régionaux, jusqu'alors
élus, premier volet de réformes controversées de
Vladimir Poutine, censées renforcer l'Etat.
La loi a été adoptée à une large majorité,
avec 358 voix "pour", dans une Douma (chambre basse du parlement
russe) dominée à plus des deux tiers par le parti pro-Kremlin
Russie unie. Seuls 62 députés se sont exprimés
"contre".
"C'est un coup d'Etat. C'est l'élimination du fédéralisme
(...) Les gouverneurs doivent être élus par le peuple et
être responsables devant lui", a critiqué Irina Khakamada,
unique candidate de l'opposition libérale à la présidentielle
russe de mars 2004. Ce projet de loi supprime en effet l'élection
au suffrage direct des 88 gouverneurs ou présidents de région,
considérée comme un acquis démocratique de la présidence
de Boris Eltsine, pour la remplacer par un vote de l'assemblée
locale sur un ou plusieurs candidats proposés par le Kremlin.
Au cas où l'assemblée locale refuserait par deux fois
ses candidats, le président pourrait la dissoudre, selon ce même
projet critiqué par les opposants libéraux et les communistes,
qui estiment qu'il est "contraire à la Constitution"
et "antidémocratique". L'adoption de cette loi intervient
alors que dimanche sont organisées des élections de gouverneurs
dans plusieurs des 88 régions russes, notamment à Oulianovsk
(Volga), au Kamtchatka (Extrême-orient) et à Astrakhan
(sud).
"Le 5 décembre, le peuple va élire ses gouverneurs
pour la dernière fois", relevait le journal Vremia Novosteï,
"dès 2005, le président choisira les gouverneurs".
"La plupart de ces postes devraient être remportés
par des candidats soutenus par le Kremlin", soulignait The Moscow
Times. Car, de facto, le choix de Moscou a déjà été
déterminant ces dernières années dans ces scrutins.
Cet ensemble de réformes a été lancé par
le président Poutine après la sanglante prise d'otages
dans une école de Beslan (Caucase russe) en septembre, au nom
du renforcement de l'Etat face au terrorisme. Une réforme prête
depuis plusieurs mois, de l'aveu même du Kremlin. Critiquée
par les élites proches de l'opposition, elles-mêmes quasi-muettes
vendredi, elle n'a pas suscité de protestations populaires massives.
Et à quelques exceptions près, les chefs des régions
n'ont pas critiqué le projet.
Prochaine étape, le second volet de la réforme, qui étend
à l'ensemble des députés fédéraux
l'élection à la proportionnelle, sur les listes des partis
politiques, doit être prochainement examiné à la
Douma. Ce passage à la proportionnelle, à laquelle il
n'est actuellement recouru que pour élire 50% des députés,
est censé favoriser les grands "partis nationaux".
Ce second volet a été critiqué par l'opposition
libérale, quasiment évincée du Parlement et peu
visible sur une scène politique russe dominée par le parti
pro-Kremlin Russie unie, comme étant un moyen de faire barrage
aux petits partis d'opposition au Parlement. La Douma a aussi adopté
vendredi en troisième lecture (par 373 voix pour, 56 contre et
une abstention) une loi faisant passer de 10.000 à 50.000 le
nombre minimum de membres nécessaires à l'enregistrement
d'un parti.
Un autre moyen, dénonce l'opposition libérale, d'empêcher
la formation de petits partis.
Source : AFP, 3 décembre 2004
16/11/04
- Les musulmans du sud de la Russie et du Nord-Caucase victimes de graves
discriminations
La loi russe de 1997 sur les droits des religions stipule que les communautés
religieuses doivent s’enregistrer auprès des autorités.
faute d’enregistrement, elles ne peuvent ni recruter de nouveaux
fidèles, ni ouvrir des écoles, ni publier des journaux,
ni distrbuer de la littérature. C’est donc par ce biais
que les autorités tentent de limiter l’activité
des communautés musulmanes. Ainsi, dans la région de Stavropol
- peuplée à 80% des russes de souche et où les
musulmans constituent 6% de la population - et dans la région
voisine de Karachai-Tcherkessie, seules 8 des 47 communautés
musulmanes existantes ont pu se faire enregistrer. L’adjoint du
mufti de Stavropol à Pyatigorsk, Abubekir Kurdzhiyev, explique
ainsi les prétextes utilisés par l’administration
pour refuser l’enregistrement : « Ils nous demandent : “Que
signifie ‘imam khatib’ (prêcheur du vendredi) en russe”
? La fois suivante, ils demandent : “expliquez la signification
de ‘madhhab’ (école islamique)?”, et ainsi
de suite. » Selon Kurdzhiyev, le refus d’enregistrement
des communautés provient du fait que certains de leurs membres
ont été tués au combat en Tchétchénie
: «Quand leurs corps ont été rapatriés, l’ensemble
des fidèles sont devenus suspects. » Le Conseil des organisations
religieuses musulmanes de Stavropol mène d’autre part depuis
dix ans un combat, qui à ce jour n’a pas abouti, pour récupérer
la mosquée historique de Stavropol, qui héberge actuellement
le musée régional. dans la même région, les
responsables de la mosquée de Kislodovsk se battent depuis dix
ans pour obtenir l’autorisation de construire des toilettes séparées.
Les autorités refusent et proposent de construire des toilettes
à l’intérieur de la mosquée, ce qui est haram.
pendant ce temps, une cathédrale orthodoxe flambant neuve a été
construite à peu de distance de la mosquée.
D’autre part, le vice-président du centre de coordination
des musulmans du nord-caucase, Chafiq Pchikhachev, a déclaré
au cours d’une conférence de presse à Moscou le
10 novembre que les autorités procédaient à des
fermetures de masse de mosquées et persécutent les femmes
musulmanes qui portent le hijab. Il a cité les phrases souvent
entendues de la part de représentants de l’administration
: « On va bientôt vous arracher ces foulards » et
« Les Musulmans ont besoin qu’on leur rappelle 1937 è
(année de la grande répression contres musulmans). L’organisateur
de la conférence de presse, Kamilzhan Kalandarov, a annoncé
qu’une organisation récemment créée, “Justice
Khak”, va exercer une surveillance des violations des droits humains
des musulmans russes et essayer de résoudre les conflits avec
les autorités locales, comme celui qui oppose les autorités
aux musulmans à Togliatti, où l’administration tente
de s’opposer à la construction d’une mosquée
en expropriant le terrain prévu à cet effet.
Source : www.forum18.org, 9 novembre 2004 et Prima-News, 12 novembre
2004
11/11/04
- Que fait l'oligarque russe Roman Abramovitch de tous ses milliards
?
Le deuxième milliardaire russe est à juste titre un homme
remarquable. Orphelin de père et de mère, il possède
à 38 ans une fortune évaluée à 12,5 milliards
de dollars. "C'est un record absolu : avant lui aucune autre personne
n'avait gravi les échelons aussi vite", constate la Komsomolskaïa
Pravda. Milliardaire, gouverneur de la région sibérienne
de la Tchoukotka, propriétaire du club de foot anglais de Chelsea,
Abramovitch mène une vie de "véritable dandy londonien",
mais pour ce faire il "a dû s'offrir une propriété
immense, des bateaux et une flotte aérienne", précise
le quotidien moscovite. Durant les quatre dernières années,
il a dépensé dans le secteur immobilier et les transports
près de 1,24 milliard de dollars.
A ce tarif-là, Roman Abramovitch peut mener un train de vie royal.
Sa propriété londonienne de Fyning Hill a précédemment
appartenu au roi Hussein de Jordanie avant qu'un magnat des médias
fan de polo ne la rachète puis qu'elle devienne possession d'Abramovitch.
Ce qui vaut à ce dernier d'"hériter du plus beau
terrain de polo et des plus belles écuries d'Angleterre, plus
quelques broutilles : une piscine, un lac avec des truites, un stand
de tir, un circuit de karting sur lequel ses enfants pilotent des modèles
réduits de Formule 1. D'autre part, il possède d'une villa
de style ancien pour sa famille, plusieurs cottages pour les invités
et le personnel de service".
Source : Courrier international, 8 novembre 2004
20/10/04
- Les skinheads néonazis russes continuent leur
série de meurtres
Près de deux cents ressortissants étrangers, en majorité
des étudiants et des doctorants dans des établissements
d'enseignement supérieur de Saint-Pétersbourg, ont manifesté
en silence durant toute une nuit dans la ville, vendredi 15 octobre,
à la suite de l'assassinat d'un étudiant étranger
par des néonazis russes. Deux jours auparavant, le 13 octobre,
Wu An Tuan, 20 ans, étudiant en première année
à l'université polytechnique locale, a été
tué dans une rue déserte par une quinzaine de skinheads
armés de couteaux, rapporte Novaïa Gazeta.
Il s'agit du sixième meurtre de jeune étranger à
Saint-Pétersbourg depuis un an. En outre, les skinheads s'en
prennent de plus en plus à des femmes et des enfants, comme en
témoigne le procès qui se tient actuellement au tribunal
de la ville : sept d'entre eux sont jugés pour avoir battu à
mort une fillette d'origine tadjik, rapporte le bihebdomadaire russe
indépendant.
Les autorités russes, à l'instar du vice-gouverneur de
la ville, ont affirmé aux étudiants manifestant que les
coupables seraient retrouvés et punis. "Mais pour les jeunes
étrangers d'Afrique et d'Asie, ces assurances ne sont pas très
convaincantes. Presque chacun peut témoigner d'une attaque par
des jeunes crânes rasés en blouson noir et en bottes au
cours de ses études dans 'la capitale culturelle de Russie'".
Lors de la manifestation, les étudiants ont marché sur
la célèbre perspective Nevski, avec quelques ¦illets
à la main, selon la tradition funèbre russe, et une bannière
sur laquelle était écrit : "Nous sommes venus étudier,
nous repartons dans des cercueils".
Source : Courrier international, 19 octobre 2004
09/10/04
- L'Église russe part en guerre contre les « causes spirituelles
» du terrorisme
Les évêques orthodoxes russes, réunis en synode
à Moscou, ont dénoncé jeudi 7 octobre les «
causes spirituelles » du terrorisme, à savoir le «
vide moral » du monde moderne, et le détournement par les
extrémistes des réactions de ceux qui veulent se défendre
contre « la globalisation séculière ». Dans
une déclaration adoptée par les 147 évêques
participant au synode, son organe suprême qui se réunit
tous les quatre ans, l'Église russe appelle, pour lutter contre
le terrorisme, à une « éducation spirituelle et
morale » dans le cadre du système éducatif national
et des médias. « La propagande extrémiste est attrayante
pour certains hommes qui ne peuvent accepter la dégringolade
morale, l'absence de foi, l'injustice sociale et économique,
qui règnent dans la société d'aujourd'hui »,
déclare le document, dont toute référence directe
à l'islam est absente. Les évêques appellent au
retour « à une conception du monde basée sur de
fermes principes éthiques » et à l'enseignement
« des connaissances indispensables en matière religieuse
». « Ce sera le meilleur vaccin pour tuer le virus mortel
de l'extrémisme », concluent-ils.
Source : L'Orient-Le Jour, 8 octobre 2004
07/10/04
- Poutine fait de la surenchère “antiterroriste”
Aucun pays ne peut rester en retrait dans la lutte contre le terrorisme,
et toute approche « conjoncturelle » est inacceptable, a
déclaré hier le président russe Vladimir Poutine.
« L’expérience historique montre que personne ne
peut rester à l’abri dans les tranchées »,
a dit M. Poutine. « Il faut une solidarité internationale,
et toute politique des deux poids, deux mesures est inacceptable »,
a-t-il ajouté. « Les terroristes s’efforcent de déstabiliser
non seulement des pays, mais des régions entières, d’influer
sur les processus géopolitiques, de dresser les peuples et les
civilisations les uns contre les autres, et ils se greffent sur les
crises sociales », a encore dit M. Poutine. « Il est important
non seulement de neutraliser les terroristes eux-mêmes, mais d’isoler
totalement leurs représentants politiques et leurs idéologues
», a poursuivi le président russe.
À cet effet, la Russie a présenté lundi au Conseil
de sécurité des Nations unies un projet de résolution
révisé renforçant la lutte internationale contre
le terrorisme, avec l’espoir d’une adoption dans le courant
de la semaine, a-t-on appris de sources diplomatiques à l’Onu.
Le projet amendé découle d’une première version
du texte qui faisait l’objet de discussions au Conseil, principalement
au niveau des experts, depuis le 23 septembre.
Le nouveau projet demande notamment à tous les pays de «
coopérer totalement à la lutte contre le terrorisme, en
particulier avec les pays dans lesquels ont été commis
des actes de terrorisme ou dont les citoyens ont été victimes
de terrorisme ». Le but est de « capturer, refuser de donner
refuge et traduire en justice, sur la base du principe consistant à
juger ou extrader, toute personne qui, directement ou indirectement,
soutient, facilite ou participe au financement ou à la préparation
d’actes de terrorisme ou à l’octroi d’un refuge
» aux terroristes.
En proposant cette résolution, la Russie vise notamment à
faciliter l’extradition de personnes soupçonnées
de terrorisme et à les empêcher de s’abriter derrière
un statut de réfugié. Moscou est actuellement en désaccord
avec Londres sur la décision britannique d’accorder le
statut de réfugié à Akhmed Zakayev, un porte-parole
du dirigeant indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov.
Le projet de résolution demande également à toutes
les organisations régionales de se joindre aux efforts de la
Commission antiterroriste (CTC), mise sur pied par l’Onu après
les attentats du 11 septembre 2001. Le texte demande aussi à
la CTC de compléter la liste déjà dressée
par la Commission des sanctions contre les membres d’el-Qaëda
et les talibans.
Enfin, le projet propose l’établissement d’un «
fonds international de compensation pour les victimes d’actes
de terrorisme et leurs familles » qui pourrait être financé
en partie par « les avoirs saisis des organisations terroristes
».
Source : L’Orient-Le Jour, 6 octobre 2004
Assassinat
de Paul Khlebnikov : le chef de la police de Moscou revient sur
ses déclarations
Alors que les pistes les plus diverses ont été évoquées
autour de l'assassinat de Paul Khlebnikov, Vladimir Pronine est revenu
sur ses déclarations du 28 septembre. Les deux Tchétchènes
récemment interpellés ne seraient pas soupçonnés
du meurtre du journaliste. Des trois armes à feu saisies lors
de leur arrestation, aucune ne correspondrait à celle utilisée
lors de l'assassinat le 9 juillet dernier.
Par ailleurs, le procureur général de Moscou, qui supervise
l'enquête, a fait part de son mécontentement face aux déclarations
du chef de la police de Moscou. Selon lui, Vladimir Pronine n'était
pas en droit de divulguer des informations sur cette affaire, n'étant
pas chargé de l'enquête.
Source : www.rsf.fr, 5 octobre 2004
02/10/04
- Les assassins d’un Africain condamnés à
Voronezh
La cour de justice de la ville de Voronezh (sud de la Russie) a condamné
trois hommes âgés de 16 à 20 ans à 9, 10
et 17 ans de prison pour le meurtre d’un étudiant Bissau-guinéen
en médecine de 24 ans, Antonio Lima, en février dernier.
C’est le premier procès pour meurtre racial que connaît
la ville qui compte une large communauté d’étudiants
étrangers et qui aurait enregistré, depuis 1999, au moins
5 meurtres de ce type.
Source : BBC, 30 septembre 2004
01/10/04
- Assassinat de Paul Khlebnikov : arrestation
de deux suspects
Le 28 septembre 2004, le chef de la police de Moscou, Vladimir Pronine,
a déclaré que deux personnes suspectées d'être
impliquées dans l'assassinat de Paul Khlebnikov, rédacteur
en chef de l'édition russe du magazine Forbes, tué par
balles le 9 juillet à Moscou, avaient été arrêtées.
Le chef de la police a indiqué que les suspects, deux Tchétchènes,
avaient auparavant « kidnappé une autre personne ».
M. Pronine a ajouté que trois armes à feu ont été
saisies, dont celle qui a servi à tuer le journaliste. Il n'a
fourni aucune information supplémentaire sur l'enquête
ou le mobile de cet assassinat.
Depuis le début de l'enquête, la police privilégie
la piste professionnelle, Paul Khlebnikov ayant enquêté
pour Forbes sur les hommes d'affaires russes. Il était également
l'auteur d'un livre basé sur des interviews de Khozh-Akhmed Nukhayev,
ancien vice-Premier ministre du gouvernement séparatiste tchétchène.
Ce livre intitulé « Conversations avec un barbare »,
publié en 2003, présentait de manière négative
M. Nukhayev ainsi que d'autres rebelles tchétchènes.
Dans un autre ouvrage, paru en 2000, le journaliste avait par ailleurs
qualifié l'homme d'affaires russe Boris Berezovski de "parrain
du Kremlin" ayant des liens avec la mafia tchétchène.
Source : www.rsf.fr , 28 septembre 2004
25/09/04
- La cote de Poutine en baisse
La cote de popularité du président Vladimir Poutine a
enregistré une légère baisse après la prise
d'otages de Beslan (au moins 339 morts), s'établissant à
66% selon un dernier sondage, a déclaré mercredi sur la
radio Echo de Moscou Iouri Levada, directeur de l'institut du même
nom. Indiquant que la cote de popularité du président
avait baissé de deux points par rapport au mois d'août,
M. Levada a relevé "qu'habituellement les grands traumatismes
amènent les gens à se tourner vers leurs dirigeants comme
des facteurs de salut et d'espoir". "Le traumatisme que tous
ont ressenti avec Beslan n'a pas eu d'effet positif sur la cote de popularité,
et la tendance observée depuis l'élection (présidentielle
de mars) s'est poursuivie, c'est à dire que pratiquement chaque
mois on observe une légère baisse de l'approbation de
l'action" de M. Poutine, a dit M. Levada. D'après les chiffres
de son institut indépendant, la cote de popularité de
M. Poutine était de 81% en mars, mais a baissé à
72% en juillet, 68% en août et 66% dernièrement. M. Levada
a rappelé qu'après la prise d'otages du théâtre
de la Doubrovka à Moscou en octobre 2002 (130 morts), "la
cote de popularité de M. Poutine avait grimpé de 5 points".
"A l'époque, malgré la tragédie des événements,
le pouvoir et le président lui-même avaient en quelque
sorte montré au pays qu'ils contrôlaient la situation",
a-t-il ajouté. Un autre sondage de l'institut Levada réalisé
après la prise d'otages de Beslan (Ossétie du Nord) a
montré que les Russes n'adhéraient pas tant à la
thèse avancée par Vladimir Poutine d'une attaque du "terrorisme
international" qu'à l'idée que la montée du
terrorisme était le résultat de la guerre relancée
sous sa houlette en 1999 en Tchétchénie.
Source : AFP, 22 septembre 2004
Le
parlement adopte un plan anti-terroriste renforcé
La chambre basse du parlement de Russie a adopté mercredi un
plan anti-terroriste élargi visant à renforcer les pouvoirs
de toutes les agences impliquées dans la lutte anti-terroriste,
menaçant même les responsables de ces agences de sanctions
s'ils ne parviennent pas à déjouer les attentats.
Se réunissant pour la première fois depuis la série
d'attaques terroristes qui a secoué la Russie, dont la prise
d'otages de l'école de Beslan qui a fait plus de 430 morts, les
législateurs de la Douma ont voté à 343 voix contre
zéro, avec quatre abstentions, en faveur du plan anti-terroriste.
Ce plan liste les différentes législations à introduire
dans les mois qui viennent.
Vladimir Vailyev, président du Comité à la sécurité
de la Douma, a déclaré à l'agence de presse ITAR-Tass
que 40 projets de loi anti-terroriste seraient étudiées.
"Toute les institutions de la société civile et toutes
les branches de l'Etat doivent être consolidées pour vaincre
ce mal", énonce le plan anti-terroriste.
Une résolution de la Douma a demandé la relevée
des sanctions pour ceux qui aident et financent les terroristes ainsi
que pour les responsables dont "les abus ou négligences"
aboutissent à un attentat, sans pour autant spécifier
le type de sanctions à appliquer.
D'autres mesures sont prévues par le plan comme l'introduction
d'un passeport, d'un visa et de règles spécifiques pour
certaines régions, le renforcement des contrôles sur l'entrée
de fonds en Russie, et celui de la sécurité dans le métro,
les trains et les avions.
Source : AP, 23 septembre 2004
Chasse
aux Caucasiens dans les rues de Moscou
La police de Moscou a interpellé plus de 10 000 personnes ces
derniers jours. La moitié des interpellés étaient
des ressortissants des anciennes républiques soviétiques
venus travailler illégalement dans la capitale russe. 840 des
personnes interpellées ont été expulsées.
Le nombre de travailleurs étrangers sans-papiers à Moscou
est évalué à un million.
Source : www.telegraph.co.uk, 23 septembre 2004
Journalistes sous contrôle
par Marie Jégo, Le Monde, 24 septembre 2004
En Russie, exercer librement son métier de journaliste relève
désormais de la course d'obstacles. Entre arrestations et empoisonnements,
la prise d'otages de Beslan en fournit une nouvelle illustration. Lire
la suite à : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3230,36-380275,0.html
Ouïghouristan
Un prix norvégien des droits de l'homme à la Ouïgoure
Rebiya Kadeer
Le prix Rafto, récompense norvégienne attribuée
chaque année à un défenseur des droits de l'Homme,
a été décerné jeudi à Rebiya Kadeer,
femme d'affaires ouïgoure emprisonnée en Chine pour avoir
prétendument livré des informations secrètes à
l'étranger.
"La fondation Rafto souhaite, en décernant ce prix, adresser
à la Chine un vigoureux appel à mener une politique respectant
les droits sociaux, économiques et culturels des Ouïgours
et des autres minorités du pays", a expliqué le jury.
Ancienne déléguée chinoise à la Conférence
mondiale des femmes de l'ONU en 1995, Mme Kadeer avait été
arrêtée en 1999, deux ans après avoir été
placée sous surveillance et s'être vu confisquer son passeport.
Elle a été condamnée à huit ans d'emprisonnement
pour avoir critiqué l'oppression à l'égard des
Ouïgours (ils sont 8 millions, de langue turque et pour la plupart
musulmans) de la province chinoise du Xinjiang (nord-ouest).
Sa peine a été depuis réduite d'un an et elle devrait
normalement être libérée le 12 août 2006.
Agée de 58 ans, Mme Kadeer serait toutefois dans une condition
préoccupante.
Selon les minutes de son procès décrit comme "inéquitable"
par la fondation Rafto, qui "demande sa libération immédiate
et inconditionnelle", les informations que Mme Kadeer est accusée
d'avoir transmises à l'étranger sont des articles de la
presse locale sur la condition de son peuple.
Le prix Rafto, du nom du professeur norvégien Thorolf Rafto,
qui a consacré une grande partie de son existence à la
défense des droits de l'Homme, a été créé
en 1986 et il est souvent attribué à des personnes peu
connues du grand public pour encourager leur action.
En 2001, il était revenu à la militante iranienne des
droits de l'Homme Shirin Ebadi, récompensée par le prix
Nobel de la paix deux ans plus tard. Quatre récipiendaires du
Rafto ont reçu le Nobel.
Source : AFP, 23 septembre 2004
La
Russie et ses populations musulmanes : une question d'équilibre
par Yevgeny Bendersky, Power and Interest News Report (PINR), 10 septembre
2004. Original :
http://www.pinr.com/report.php?ac=view_region®ion_id=22
Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier.
Tandis que la campagne terroriste contre la Fédération
de Russie connaissait
un crescendo sanglant, avec la mort de centaines d'enfants dans la ville
méridionale de Beslan, le monde fut, une nouvelle fois, amené
à prendre
conscience de la vulnérabilité de la Russie face au terrorisme
sponsorisé
par l'Islam. En l'espace d'une semaine, deux avions de ligne ont été
précipités au sol, à quelques minutes d'intervalle,
un attentat suicide a
tué des innocents, usagers du métro de Moscou, et un groupe
d'activistes a
pris en otage - et a finalement assassiné - des centaines de
jeunes enfants
innocents.
Le gouvernement russe a évoqué une complicité éventuelle
d'Al Qa'ida dans
tous ces événements, promettant une énième
fois de recourir aux mesures les
plus drastiques dans sa lutte contre le terrorisme et les combattants
islamistes fondamentalistes dans la République rebelle de Tchétchénie.
Les
conséquences de ces attaques menées au nom de l'indépendance
tchétchène pose
aujourd'hui un ensemble de questions difficiles, relatives aux relations
de
la Russie avec son importante population musulmane. Les musulmans en
Russie
Officiellement, la population musulmane de Russie atteint environ vingt
millions de personnes, sur une population totale d'environ 150 millions.
Incorporée, initialement, à l'Empire russe, puis à
l'Union soviétique, par
la force, la population musulmane est restée, durant des siècles,
largement
sous le contrôle de l'Etat. Cela fut particulièrement le
cas sous le régime
soviétique, où toutes les libertés religieuses
furent quasiment éradiquées.
La majorité des mosquées et des madrasas furent condamnées
ou carrément
détruites, seuls quelques monuments remarquables étant
conservés, permettant
l'_expression de l'Islam, en tant que religion, dans le pays.
Bien que les habitants de l'URSS se déclarant musulmans n'étaient
pas moins
de cinquante millions, ils ne pouvaient pas pratiquer totalement leur
religion et ses lois. La nature violemment séculière de
l'Union soviétique
éradiqua la religiosité de ses populations, et ce ne sont
que certaines
coutumes et les fêtes principales qui purent continuer à
être pratiquées et
célébrées, et transmises aux jeunes générations.
Ainsi, après l'effondrement
de l'URSS, en 1991, l'immense majorité des musulmans de l'ex-URSS
n'avaient
qu'une connaissance et une compréhension, ainsi qu'un accès,
limités à leur
religion.
Cela changea radicalement dans l'après-1991, la liberté
de religion devenant
l'un des principaux dogmes de la Fédération de Russie
nouvellement
démocratique. Le gouvernement encouragea activement la pratique
libre de ses
principales religions : christianisme orthodoxe, Islam et judaïsme.
L'Islam
connut une véritable renaissance, des centaines de mosquées
et d'écoles
religieuses étant construites ou restaurées et ouvrant
leurs portes dans le
pays, aidées dans une assez large mesure par des initiatives
saoudiennes,
turques et iraniennes. Ceci a eu notamment pour effet que l'ensemble
de la
population de la Russie a pu avoir un contact direct avec une religion,
l'
Islam, qui était considérée avec suspicion ou au
minimum avec une certaine
incompréhension, depuis des siècles.
L'histoire de la Russie montre que l'ascension du pays en tant que puissance
majeure dans le monde n'a été rendue possible que par
la conquête des
khanats de Kazan et d'Astrakhan, au seizième siècle, des
territoires d'Asie
centrale aux dix-septième et dix-huitième siècles
et du Caucase,
majoritairement peuplé de musulmans, au dix-neuvième siècle.
L'image du
combattant musulman, ennemi de la Russie et amoureux de la liberté,
a été
profondément ancrée dans l'esprit du public par les romans,
le folklore, et
même le cinéma.
La dernière fois où, avant 1991, l'Etat russe a été
confronté à une menace
musulmane, ce fut au début de la Seconde guerre mondiale, le
dirigeant
soviétique Joseph Staline déportant des centaines de milliers
de Tchétchènes
et de Tatars de Crimée vers la mort, pour leurs prétendues
collaboration et
sympathies avec l'Allemagne nazie. Ainsi, dans la population russe,
la
suspicion vis-à-vis des musulmans coexiste avec la tolérance
et des
relations normales, héritées d'une coexistence séculaire,
au sein d'un même
Etat.
Historiquement, les musulmans de Russie ont vécu principalement
dans deux
grandes régions du pays. Les uns vivaient dans le bassin de la
Volga : ce
sont les Tatars, les Bachkirs et les Tchouvaches. Ils font partie de
l'Etat
russe depuis le seizième siècle, et leurs régions
et républiques autonomes
sont situées au cour de la Fédération de Russie.
Ils sont citoyens russes,
et représentent une partie intégrante et inséparable
de l'Etat - tant de l'
Empire russe, jadis, que de l'Union soviétique, naguère.
Les autres musulmans vivent en majorité dans la région
située entre la mer
Noire et la mer Caspienne, dans la région du Caucase. Ces populations
ont
fini par être incorporées dans l'Etat beaucoup plus récemment,
au
dix-neuvième siècle, et une résistance larvée
au pouvoir de l'Etat n'a
jamais cessé, dans ces régions, jusqu'en 1991. Cette résistance
explosa très
rapidement, alors, sous la forme d'une guerre à grande échelle,
la
République de Tchétchénie voulant faire sécession
d'avec la Russie, et se
constituer en république islamique indépendante.
Néanmoins, la majorité des musulmans, dans cette deuxième
grande zone
musulmane de Russie, sont toujours fidèles à l'Etat russe,
et ont résisté
aux tentatives des séparatistes tchétchènes et
de leurs soutiens extérieurs,
visant à les entraîner dans une confrontation totale avec
Moscou. A l'heure
actuelle, l'armée russe mène une guerre sanglante en Tchétchénie,
et aucune
fin à ce conflit ne se profile à l'horizon. Le cycle des
violences a attiré
de puissances formations islamistes fondamentalistes, notamment Al Qa'ida,
dans la région du conflit, (et leur intervention) a culminé
dans le drame de
la prise d'otages (à Beslan, en Ossétie), la semaine dernière.
Un équilibre délicat
Le gouvernement russe s'efforce de maintenir un équilibre délicat
dans ses
relations avec sa population musulmane. D'un côté, il déploie
des forces
militaires et une propagande considérables à l'encontre
des différentes
branches de l'Islam et les combattants islamistes, beaucoup parmi eux
étant
étrangers et d'origine arabe, à l'origine de nombreux
attentats sanglants à
grande échelle contre l'armée russe et les civils, tant
en Tchétchénie que
dans les régions avoisinantes. De l'autre, la Russie cherche
en permanence à
rassurer la population musulmane quant à sa liberté de
religion et à son
intégration totale dans tous les aspects de la vie au sein de
la Fédération
de Russie.
C'est là un chantier tout à fait nouveau pour l'Etat russe,
étant donné que
son action, jusqu'en 1991, n'avait jamais été observée,
ni par l'opinion
mondiale, ni même par les pays musulmans, de par le monde. Moscou
ne peut
pas non plus ignorer que son importante population musulmane, avide
d'
enseignements islamiques et de pratique musulmane depuis des décennies,
est
aujourd'hui encline à rattraper le temps perdu. L'attraction
de l'Islam est
croissante, parmi les nouvelles générations musulmanes,
et la possibilité
est réelle que des enseignements islamiques plus radicaux, rendus
possible
par la liberté rendue aux pratiques religieuses depuis 1991,
exercent un
certain ascendant sur ces populations.
En 2000, le président Poutine a mis en garde contre une emprise
de l'Islam
extrémiste au sein de la population musulmane du Caucase, qui
pourrait alors
faire tache d'huile dans la région de la Volga, ce qui risquerait
d'aboutir
à l'islamisation de la Russie ou à l'éclatement
du pays en différents Etats
indépendants. Les deux scénarios sont aussi inacceptables
l'un que l'autre
pour Moscou, qui a pris des mesures, en coordination avec des autorités
musulmanes locales, afin de fermer certaines mosquées et certaines
écoles
religieuses, suspectées d'enseigner un Islam par trop radical.
Bien que l'
Etat, on vient de le voir, ait promu activement une forme plus modéré
de l'
Islam et ait même inclus des partis musulmans dans les gouvernements
en
place, la possibilité de dissensions entre la population musulmane
et l'Etat
russe demeure.
Cette possible dissension s'est fait jour en 2003, et elle a mis en
lumière
la minutie avec laquelle Moscou tente de maintenir un équilibre
avec sa
population musulmane. La guerre menée en Tchétchénie
par l'armée russe a été
présentée par Moscou comme la lutte de l'Etat contre un
groupe islamiste
restreint et séparatiste, adhérant à la secte wahhabite,
la plus puritaine
(et extrémiste) de l'Islam. A cette fin, il était important
d'obtenir le
soutien des autres musulmans du pays à l'action de Moscou contre
la
république rebelle. Ce soutien fut acquis à Moscou lorsque
le grand mufti
Talgat Tajuddin - l'un des plus hauts dignitaires musulmans de la Fédération
de Russie - déclara aux fidèles, en 2001, que la guerre
en Tchétchénie était
nécessaire, dès lors qu'il s'agissait d'un combat contre
des terroristes, et
non contre des « frères dans la foi ».
Ce mufti, toutefois, fut un peu plus tard écarté de sa
position et déchu de
son rang, en 2003, après qu'il eut déclaré le jihad
- c'est-à-dire la «
guerre sainte » - contre les USA, en raison de leurs interventions
militaires en Afghanistan et en Irak. Une déclaration du Conseil
russe des
Muftis, qualifiant les déclarations de ce mufti de « coup
colossal porté à l'
autorité des organisations musulmanes de Russie, portant atteinte
à la
politique extérieure du pays », indique à suffisance
que cela fut perçu
comme un non-événement. A l'évidence, des déclarations
comme celles de l'
ex-mufti Tajuddin sont anathèmes pour le président Poutine,
qui a besoin du
soutien de la population de son pays tant au plan interne qu'en matière
de
politique étrangère.
A cette fin, la Russie fit en août 2003 un pas supplémentaire
visant à
rassurer sa population musulmane, en adhérant à l'Organisation
de la
Conférence Islamique (OCI), la plus influente des organisations
musulmanes
mondiales. Cette mesure signifiait que le président Poutine s'engageait
à
prendre des mesures afin d'assurer un développement effectif
de l'Islam en
Russie, en élevant le niveau de coopération spirituelle,
économique et
politique entre la Russie et les autres pays membres de l'Organisation.
Une
plus grande tolérance envers l'Islam et les musulmans, en Russie,
s'
accompagnait, comme il était nécessaire, de l'établissement
de bonnes
relations avec tous les pays musulmans, depuis l'Algérie jusqu'à
l'
Indonésie.
Aujourd'hui, la Russie a réalisé une union plus importante,
avec les pays
musulmans, que ce n'était le cas à l'époque de
la guerre froide, époque où
elle était l'un des principaux fournisseurs d'armements aux pays
du
Moyen-Orient. De plus, son adhésion à l'OCI sert ses objectifs
géostratégiques, en relevant le défi d'une présence
croissante des
USA dans les pays musulmans, à la suite des attaques terroristes
du
11 septembre (2001). Ainsi, on le constate, le gouvernement russe a
toutes
sortes de bonnes raisons pour entretenir des relations pacifiques et
fructueuses avec sa propre population musulmane.
Mais la guerre en Tchétchénie a dans une large mesure
rendu la population
russe - et, dans certains cas, le gouvernement lui-même - hostile
aux
musulmans russes. Beaucoup d'entre eux se plaignent du harcèlement
de la
police et des forces fédérales, en Tchétchénie,
dans les régions voisines,
et même à Moscou, où vit une communauté musulmane
d'environ un demi-million
de personnes. L'atmosphère créée par la guerre
de Tchétchénie et l'accent
mis par le gouvernement sur l'inspiration musulmane des séparatistes
ne font
qu'alimenter les attitudes négatives, les stéréotypes
et la suspicion de l'
opinion publique russe.
La tolérance gouvernementale vis-à-vis de l'Islam connaît
elle-même des
limites, comme cela a été illustré par plusieurs
procès, en 2002, dans les
tribunaux russes, qui ont fait l'objet d'une large couverture médiatique.
Dans des situations évoquant des développements récents
en France, pays où
les musulmans ont ouvert un nouveau chapitre dans leurs relations avec
le
gouvernement, à la suite d'une interdiction récente imposée
au port du voile
dans les écoles, plusieurs femmes (musulmanes) russes ont perdu
leurs procès
contre l'interdiction du port du voile sur les photos destinées
à leur
passeport russe. Bien que ces procès n'aient pas été
entourés de la même
publicité que des cas similaires en France et dans d'autres pays
européens,
ils mettent en évidence la tension existant entre la nature laïque
de l'Etat
russe et les nouvelles libertés et opportunités que le
gouvernement est
désormais dans l'obligation de protéger.
Conclusion
Cette tension risque aujourd'hui d'aboutir à des conséquences
indésirables,
la Russie étant confrontée aux dangers possibles d'une
violence sectaire,
souvent associée à ce qui se passe en Inde, pays où
vit aussi une importante
population musulmane. Auparavant, les actes violents des séparatistes
islamistes tchétchènes n'étaient ni si fréquents
ni n'avaient-ils visé des
enfants innocents, en toute impunité. Ils n'impliquaient pas
non plus de
nombreux combattants arabes, comme ce fut le cas récemment. Des
sources
russes ont affirmé de manière insistante qu'au moins dix
des attaquants à
Beslan étaient d'origine arabe.
L'opinion russe, horrifiée par cette semaine de terreur, risque
de perdre
patience et de s'enhardir dans son animosité vis-à-vis
des Tchétchènes
vivant à Moscou, ou des musulmans dans toutes les régions
du pays, en
prenant leur adhésion à l'Islam pour un soutien automatique
aux exactions d'
une poignée d'hommes et de femmes prétendant agir au nom
de leur foi
musulmane. Percevant sans doute ce danger, les médias arabes,
dans le monde
entier, ont unanimement fustigé ce terrorisme sponsorisé
par l'Islam, d'une
violence inédite depuis les attentats du 11 septembre 2001.
On ne voit pas trop comment le gouvernement russe et le président
Poutine
vont pouvoir répondre - par des moyens militaires et politiques
- aux
attaques terroristes de la semaine passée. Mais une chose est
sûre : quelle
que soit sa réponse, Moscou devra respecter un strict équilibre
entre la
nécessité de mettre hors d'état de nuire quelques
terroristes islamistes et
celle de garantir la sûreté, la sécurité
et la sérénité à sa nombreuse
population musulmane.
20/09/04
- Un suspect qui ne parlera plus ...
Le suspect arrêté samedi à Moscou à bord
d'une voiture chargée d'explosifs a été battu à
mort lors de son interrogatoire, écrit dimanche l'agence de presse
russe Interfax citant des sources autorisées.
Les forces de sécurité avaient fait savoir samedi qu'il
avait succombé à une crise cardiaque sept heures après
son arrestation.
Mais, selon Interfax, l'autopsie pratiquée sur son corps a invalidé
la thèse de l'accident cardiaque et révélé
que le suspect avait été battu.
Le parquet a ouvert une enquête pour "usage excessif de l'autorité
professionnelle" et "blessures corporelles ayant entraîné
la mort", poursuit l'agence russe.
Avant son décès, cet homme aurait avoué avoir été
payé 1.000 dollars pour conduire le véhicule sur un axe
routier menant au Kremlin, fréquemment utilisé par Vladimir
Poutine et son escorte.
D'autres sources évoquaient la possibilité d'un projet
d'attentat contre le maire de Moscou, Iouri Loujkov.
Cette affaire intervient alors que la confiance accordée par
la population russe aux forces de sécurité, accusées
d'incompétence face aux violences terroristes et de corruption,
est au plus bas.
La prise d'otages dans l'Ecole N°1 de Beslan, en Ossétie
du Nord, et son dénouement meurtrier - plus de 320 morts dont
une moitié d'enfants - ont accentué ce sentiment de méfiance.
Source : Reuters, 19 septembre 2004
Nicolas
chez Vladimir
Nicolas Sarkozy vient d'effectuer un voyage-éclair à Moscou.
Voici comment l'envoyée spéciale du Monde rapporte ce
voyage.
Nicolas Sarkozy à Moscou : il n'y a pas de "solution
durable uniquement avec la force"
par Sophie Fay, Le Monde, 19 septembre 2004
Il a rencontré des victimes du massacre de Beslan.
Moscou de notre envoyée spéciale - Arrivée à
Moscou jeudi 16 septembre en fin d'après-midi. Départ
pour Paris, vendredi 17 à 22 heures. Pour son premier séjour
en Russie, le ministre de l'économie et des finances, Nicolas
Sarkozy, aura à peine eu le loisir d'apercevoir la place Rouge.
Accompagné d'une dizaine de chefs d'entreprises français,
il a tout de même eu le temps de rencontrer cinq membres du gouvernement
russe, d'inaugurer un laboratoire de lutte contre la contrefaçon
de médicaments, de rendre un hommage aux victimes de la prise
d'otages de Beslan en se rendant, avec son épouse, au chevet
d'enfants blessés soignés à l'hôpital pédiatrique
de Moscou et de répondre aux questions d'étudiants du
collège universitaire français.
A ces derniers qui l'interrogeaient sur le terrorisme et les attentats
tchétchènes en Russie, M. Sarkozy a répondu : "Tous
les Etats ont le droit et le devoir de se défendre contre le
terrorisme. Vous êtes les victimes." Mais il a aussitôt
mis en garde : "Aucun problème ne peut trouver de solution
durable uniquement avec la force."
Il n'en dira guère plus. Pendant tout son voyage, il a d'ailleurs
refusé de trop s'étendre sur la gestion de la tragédie
de Beslan par les autorités russes. "J'ai eu à gérer
des crises et je me suis promis de ne jamais juger la façon dont
les autres géraient ces situations" , s'est-il justifié.
Il s'est montré tout aussi prudent sur la politique russe. "Le
processus de démocratie est engagé, avec des hauts et
des bas, depuis 1991. Le chemin parcouru est immense" , s'est-il
contenté d'indiquer, rappelant à chacun de ses interlocuteurs
: "Il convient de ne pas oublier que la démocratie russe
n'a que 14 ans."
Même prudence quant aux relations entretenues par l'UMP avec le
parti de Vladimir Poutine, Russie unie. En juillet 2003, Alain Juppé,
président de l'UMP, avait annoncé un accord de partenariat
qui avait surpris, avec cette organisation, plus proche d'un parti unique
que d'un parti politique occidental. M. Sarkozy le reprendra-t-il à
son compte une fois président de l'UMP ? Il ne répond
pas. Coopération économique
Il a néanmoins rencontré le président du Parlement
russe, Boris Gryzlov, par ailleurs coordonnateur de Russie unie. Mais
c'était avant tout, a-t-il insisté, parce que celui-ci
avait été, lui aussi, ministre de l'intérieur.
"Il était à ce poste quand nous avons démantelé
la filière tchétchène de Romainville" , qui
projetait un attentat contre l'ambassade russe à Paris, a rappelé
M. Sarkozy.
Ce voyage était surtout placé sous le signe du renforcement
de la coopération économique. Auprès de ses homologues
russes, il s'est fait l'avocat des entreprises françaises : Renault,
qui demande une baisse des droits de douane sur les composants ; Total,
qui a un litige sur l'exploitation d'un champ de pétrole.
Il a annoncé que l'Etat français débloquera des
avances remboursables pour financer le développement par Snecma
du moteur qui doit équiper un futur avion régional russe
construit par Sukhoi. Il a, lui aussi, promis d'aider la Russie à
trouver une solution pour rembourser par anticipation, éventuellement
avec une décote, la dette de l'ancienne URSS.
07/09/04
- Dossier : Après le massacre
de Beslan
1 - Deuil et critiques en Russie
La Russie a mis ses drapeaux en berne lundi, premier jour d'un deuil
national qui devait se poursuivre mardi, en hommage aux victimes de
la prise d'otages de Beslan, la plus meurtrière jamais perpétrée
au monde.
Beslan, en république d'Ossétie du Nord (Caucase russe),
s'est réveillée sous la pluie. Les obsèques d'un
grand nombre de victimes devaient avoir lieu ce lundi, après
l'enterrement de 18 personnes la veille, dans un champ préparé
à la va-vite dans le cimetière de la ville où les
pelleteuses continuaient de creuser de nouveaux trous.
Le bilan officiel de cette prise d'otages, menée par un commando
pro-tchétchène, se monte désormais à 335
morts et quelque 400 blessés toujours hospitalisés lundi
matin. Il pourrait encore s'alourdir. Les corps de 31 des ravisseurs
ont en outre été retrouvés, et un membre du commando
a été arrêté, ont assuré les autorités
lundi.
La Russie entière était invitée à accompagner
les familles dans leur douleur.
Les chaînes nationales ont consacré, dès les premières
heures de la matinée, des émissions spéciales au
drame qui a mis le pays en état de choc.
La présentatrice de la tranche du matin de la première
chaîne était sobrement vêtue de noir, et la chaîne
diffusait régulièrement un montage d'images de victimes,
au ralenti, sur fond de musique classique.
Dès dimanche, le patriarche de l'Eglise orthodoxe russe Alexis
II avait demandé aux prêtres de faire prier pour les victimes.
Lundi, des cérémonies étaient également
prévues dans certaines églises.
Les autorités locales de Saint-Pétersbourg, deuxième
ville du pays, ont convié les habitants à manifester "contre
la terreur" lundi après-midi. A Moscou, un rassemblement
similaire est prévu mardi après-midi. L'appel à
manifester dans la capitale est diffusé sous forme d'un clip
vidéo, régulièrement en boucle sur les chaînes
gouvernementales.
A Beslan, les écoles sont restées fermées "jusqu'à
nouvel ordre". Au petit matin, une équipe d'artificiers
de l'armée russe a contrôlé le cimetière
à la recherche d'éventuelles mines. Munis de détecteurs
de métaux et aidés par deux chiens, les artificiers ont
inspecté les excavations destinées à accueillir
les cercueils, ainsi que le parcours que devaient emprunter les processions.
Selon une source proche de la cellule de crise, les familles des victimes
ont émis le voeu de créer une commission indépendante
qui pourrait assister aux travaux de la commission d'enquête officielle.
Cette commission non gouvernementale demanderait notamment à
connaître la transcription des pourparlers avec les preneurs d'otages
afin de savoir quelles étaient leurs revendications, une information
qui n'a fait l'objet que de fuites fragmentaires jusqu'à présent.
Tandis que la télévision jouait sur le registre de l'émotion
et du deuil, la presse moscovite, lundi matin, se montrait toujours
très critique envers le pouvoir, accusé de fuir ses responsabilités.
La référence à "Al-Qaïda et au terrorisme
international permet désormais à tous les gouvernements
du monde de ne pas assumer leur responsabilité pour la mort de
leurs citoyens", déplorait le quotidien économique
Kommersant.
"Comme si les enfants russes n'étaient pas morts à
cause de la guerre en Tchétchénie qui dure depuis dix
ans, mais parce que le terrorisme international attaque", poursuit
le journal, développant un thème largement repris par
ses concurrents.
La presse revient également sur le chaos total lors du dénouement
de l'opération et se demande qui a véritablement dirigé
les opérations durant la prise d'otages, notant que les plus
hauts responsables russes "étaient invisibles".
"Tout le monde et n'importe qui dirigeait l'opération à
Beslan: responsables locaux, régionaux et les forces de l'ordre"
alors que la responsabilité aurait dû incomber au FSB,
le Service fédéral de sécurité, souligne
une source proche du Kremlin sous couvert de l'anonymat, cité
par le journal Vedomosti.
"La télévision a montré que les dirigeants
des ministères responsables des forces de l'ordre s'apprêtaient
à partir pour Beslan. Mais personne ne les a vu arriver, ni n'a
vu ce qu'ils ont fait sur place", écrit aussi Nezavisimaïa
Gazeta.
Dans le même quotidien, le député indépendant
Vladimir Rijkov écrit : "Si nous évoquons une responsabilité
politique, alors il ne peut y avoir d'autre opinion: les plus hautes
autorités, notamment le président, le FSB et le ministère
de l'Intérieur doivent porter la responsabilité"
.
"Nous sommes complètement vulnérables dans les airs,
dans le métro, dans notre capitale et en dehors (...) Il a été
élu sur la base d'un contrat de rétablissement de l'ordre
dans notre pays, de garantie de sécurité pour la population.
Nous constatons aujourd'hui que ce contrat a été rompu."
Les autorités d'Ossétie du Nord ont présenté
leurs excuses, le ministre régional de l'Intérieur a proposé
sa démission, mais l'attention en Russie se porte uniquement
sur l'attitude que va désormais adopter Poutine.
Après le drame de Beslan, le président russe n'a pas laissé
entrevoir d'évolution dans son approche du conflit tchétchène.
Dans son allocution à la nation samedi, il a affirmé que
la Russie était victime de sa faiblesse à l'égard
du "terrorisme international" et il a annoncé une réforme
des services de sécurité.
"Devons-nous réformer les services spéciaux? Poutine
n'a-t-il pas signé il y a seulement deux mois un décret
sur une restructuration du FSB? (...) Désormais il dit que nous
avons besoin d'un système de sécurité plus efficace",
s'interroge le quotidien le plus lu de Russie, Moscovski Komsomolets.
"La tragédie de Beslan prouve au pays entier l'impuissance
de nos services spéciaux."
Source : AFP & Reuters, 6 septembre 2004
2
- Censure, silences et mensonges
par François Bonnet, le Monde, 7 septembre 2004
L'épouvante et la stupéfaction provoquées par l'ampleur
du carnage de Beslan - plus d'un millier de morts et blessés
- n'ont rien changé aux habitudes du pouvoir russe. Plus de deux
jours après le dénouement du drame, les principales questions
n'ont donné lieu à aucune explication officielle circonstanciée.
M. Poutine, samedi, ne s'y est pas attardé. Aucun ministre,
aucun responsable des forces de sécurité impliquées,
aucun enquêteur du parquet général de Russie n'a
donné une version détaillée des événements.
Cette prise d'otages, la plus meurtrière jamais survenue et que
M. Poutine semble assimiler à une sorte de 11-Septembre de la
Russie, demeure ainsi un incompréhensible mystère pour
une opinion russe traumatisée. Les divers bilans officiels sont
démentis par les témoignages sur le terrain qui font état
de 500, peut-être 600 morts. Le chiffre officiel du nombre d'otages
- 354 personnes -, donné jeudi par les autorités, n'a
été que le plus visible d'une longue séries de
mensonges.
Il en est de même quant à la composition du commando terroriste.
A ce jour, aucune information crédible n'a été
délivrée par les autorités, aucune image des terroristes
tués n'a été montrée. Un silence de plomb
avait été imposé sur le détail de leurs
revendications, dont on ne sait que par les témoignages des ex-otages
qu'ils demandaient la libération de prisonniers et le retrait
des forces russes de Tchétchénie.
Le rôle et le mandat des quelques négociateurs, ou présentés
comme tels, a aussi été tenu secret, la "cellule
de crise" ne s'est pas exprimée. Enfin et surtout, aucune
explication plausible n'a été fournie sur les conditions
de l'assaut des diverses forces russes, leur coordination, l'élaboration
de plans d'intervention, la mise en place de secours.
Comme lors de la tragédie du sous-marin Koursk et de la prise
d'otages du théâtre de la Doubrovka à Moscou, silence
et désinformation dominent. Les télévisions, contrôlées
par l'Etat, ont reconnu appliquer des consignes de censure. D'ordinaire
peu critique, le quotidien Izvestia a qualifié de "honte
nationale" la couverture télévisée du drame.
Enfin, samedi, Moscou rabrouait la présidence néerlandaise
de l'Union européenne qui envisageait seulement de "demander
des explications" .
3 - Sharon et Poutine “unis dans la douleur” : Lavrov
se précipite à Tel Aviv
Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a entamé lundi
en Israël des discussions avec les dirigeants israéliens
qui offrent à Moscou leur coopération en matière
de lutte antiterroriste après la tragédie de Beslan.
"Le processus de paix, des questions d'ordre régionales,
et les répercussions du terrible attentat dans l'école
(de Beslan) au sud de la Russie seront abordés lors des rencontres
que tiendra le chef de la diplomatie russe", a indiqué le
ministère israélien des Affaires étrangères
dans un communiqué.
M. Lavrov devait d'abord rencontrer à Jérusalem le président
israélien Moshe Katzav. Il devait avoir ensuite un déjeuner
de travail avec son homologue israélien Sylvan Shalom, avant
de rencontrer le Premier ministre Ariel Sharon à 16H00 locales
(13H00 GMT).
MM. Shalom et Lavrov signeront lors de leur rencontre "une déclaration
commune portant sur les consultations entre leur deux ministères"
et la coopération entre les deux pays à la suite du massacre
de Beslan, a indiqué le bureau de M. Shalom.
Israël devrait notamment offrir une assistance psychologique aux
enfants traumatisés de Beslan qui ont survécu au massacre,
un domaine dans lequel Israël a acquis une longue expérience.
M. Lavrov doit également s'entretenir avec le numéro deux
du gouvernement israélien, le ministre de l'Industrie et du Commerce
Ehud Olmert et le chef de l'opposition travailliste Shimon Peres.
Depuis son dénouement tragique vendredi, la tragédie de
Beslan est toujours au premier plan de l'actualité israélienne,
les responsables israéliens soulignant la communauté de
destin des pays libres confrontés au "terrorisme barbare".
L'affaire qui a réveillé dans le pays le cauchemar d'un
"méga-attentat" palestinien auquel les dirigeants israéliens
préparent psychologiquement la population depuis longtemps, fait
depuis deux jours la "une" des grands quotidiens.
"Beslan, une ville sans enfants", titrait le Maariv. "La
Russie pleure", titre le Yediot Aharonot. Le journal publie en
"une" la photo d'une mère en deuil montrant celle de
ses deux fillettes tuées dans l'école de Beslan avec,
en arrière plan, les corps alignés de plusieurs enfants.
Dès samedi, M. Shalom avait affirmé qu'il n'y avait aucune
différence entre ce qui s'est passé à Beslan et
à Beersheva, la localité du sud d'Israël frappée
mardi par un double attentat suicide palestinien revendiqué par
le Hamas et qui avait fait 16 morts, outre ses deux auteurs.
Le Premier ministre israélien a appelé à deux reprises,
samedi et dimanche, le président russe Vladimir Poutine, pour
lui exprimer son soutien et offrir une coopération renforcée
d'Israël dans le domaine de la lutte anti-terroriste.
MM. Sharon et Poutine "sont convenus de poursuivre la coopération
dans les domaines de la sécurité, du renseignement et
de l'humanitaire", a indiqué la présidence du Conseil
israélien.
"M. Sharon a souligné qu'il fallait concentrer les efforts
dans les domaines politique et du renseignement pour éradiquer
le terrorisme", a-t-on ajouté.
"Le peuple russe apprécie la fermeté dont fait preuve
Israël pour empêcher les attaques terroristes contre lui",
a dit de son côté M. Poutine évoquant les récentes
attaques qui ont frappé l'Etat hébreu.
"Le terrorisme est un fléau qui ne connaît pas de
frontières" et il est "temps pour le monde libre de
s'unir", avait affirmé dimanche M. Sharon en ouvrant la
réunion hebdomadaire de son cabinet.
D’autre part, le Yediot Aharonot annonce lundi que la Russie envisage
d'envoyer en Israël, suite à une proposition du chef de
la diplomatie israélienne Sylvan Shalom, des écoliers
blessés de Beslan. Le but : la prise en charge de leur convalescence
par des médecins qui ont l'expérience de ce type de traumatisme
et qui, souvent, parlent russe.
Le Yediot cite, par ailleurs, le cas d'une famille juive, les Tzeldaïev
qui vivait, il y a quatre mois encore, à Beslan et qui a depuis
émigré en Israël : « Si nous étions
restés à Beslan, nous aurions été dans l'école »,
a déclaré le père de famille Igor avant de préciser
que l'institutrice de sa fille et bon nombre de ses amis ont péri.
Source : AFP et Yediot Aharonot , 6 septembre 2004
4 - Deubelyou se frotte les mains
Le dénouement sanglant de la prise d'otages à Beslan dans
la république russe d'Ossétie du nord renforce l'idée
que les USA ne cèderont jamais aux terroristes, a lancé
samedi le président américain George W. Bush.
"La journée d'hier vient cruellement rappeler la nature
des terroristes auxquels nous faisons face", a-t-il dit lors d'un
déplacement électoral à Broadview Heights, dans
la banlieue de Cleveland (Ohio). "C'est pourquoi (la Russie) doit
se montrer déterminée, forte et ne jamais céder.
Il faut les traduire en justice".
Source : AP, 4 septembre 2004
5 - Mort subite et suspecte d’Anna Politovskaïa
La journaliste russe Anna Politovskaïa, grand reporter au journal
indépendant au journal indépendant Novaïa Gazeta,
est morte subitement à Moscou après avoir bu une tasse
de thé. Elle s’apprêtait à se rendre à
Beslan pour enquêter sur le massacre. Elle n’avait que 43
ans. Sa mort est plus que suspecte. Ses reportages sur les guerres de
Tchétchènie l’ont faite très mal voir du
Kremlin. Elle avait servi de médiatrice lors de la prise d’otages
du théâtre de la Doubrovka en octobre 2002. Ses reportages
sont parus en français : Voyage en enfer : journal de Tchétchénie,
éditions Robert Laffont , 2000, 209 p., 15.79 € et Tchétchénie
: Le déshonneur russe, éditions Buchet-Chastel, 2003,
185 p., 20 €.
6 - Maskhadov : « Les Tchétchènes qui s'en
prennent à des femmes et à des enfants se mettent au même
niveau que les forces russes »
Aslan Mashkadov juge que Vladimir Poutine est le seul responsable de
la situation actuelle.
Caché dans les montagnes du Sud tchétchène depuis
la chute de Grozny en janvier 2000, Aslan Maskhadov, l'ancien président
élu de la Tchétchénie a, dans le texte d'une déclaration
publié sur le site en langue russe chechenpress.org, dimanche
5 septembre, condamné la récente vague d'attentats terroristes
perpétrés en Russie. "Les Tchétchènes
qui s'en prennent à des femmes et à des enfants se mettent
au même niveau que les forces russes" , a-t-il indiqué.
Tout en condamnant fermement les attentats, le chef modéré
a désigné la politique menée par Vladimir Poutine
en Tchétchénie comme la seule responsable de la situation
actuelle. "Dans son adresse à la nation , - le 4 septembre
-, le président Poutine a voulu jeter le blâme sur des
forces externes. Mais les causes de la tragédie de Beslan et
du cycle infernal des violences en Tchétchénie et autour
sont à rechercher dans la politique de Poutine. Lui et son régime
sont responsables des pires crimes contre l'humanité depuis la
seconde guerre mondiale" , était-il écrit dans la
déclaration.
L'ancien président - il avait été élu en
1997 sous l'égide de l'OSCE - a par ailleurs invité la
communauté internationale à "condamner la politique
qui a rendu ces tragédies non seulement possibles mais inévitables"
.
Il a aussi rappelé les pertes endurées par la population
tchétchène (à peine 1 million de personnes selon
le recensement soviétique effectué en 1989) indiquant
que "40 000 enfants" avaient péri durant les deux conflits,
de 1994 à 1996 et de 1999 à aujourd'hui.
Selon Akhmed Zakaev, l'un des représentants de la diaspora tchétchène
en Europe, qui s'exprimait samedi sur les ondes de la radio russe Echos
de Moscou, des membres de la famille de la femme du président
tchétchène ont été arrêtés
jeudi dans leur village de Znamenskoe.
"Plus de 30 personnes, des femmes, des enfants et des vieillards
ont été amenés dans une direction inconnue par
des hommes cagoulés et en tenue de camouflage arrivés
en blindés" , a-t-il indiqué.
Aslan Maskhadov s'était dit prêt, jeudi, à aider
"sans aucune condition" à chercher une issue pacifique
à la prise d'otages par un commando protchétchène
tout en affirmant ne pas avoir de "relations avec les preneurs
d'otages" .
Le commanditaire de la tragédie de Beslan est désigné
par la presse russe comme étant Chamil Bassaev, un ancien vice-premier
ministre du gouvernement d'Aslan Maskhadov entre 1997 et 1999. Mais
alors que la prise d'otages de Beslan n'a pas été revendiquée,
rien ne prouve qu'il en ait été le commanditaire.
Quant aux "Brigades Islambouli" qui avaient revendiqué,
via un site islamiste en langue arabe, leur participation aux attentats
ayant conduit aux crashs simultanés de deux avions de ligne russes
le 24 août, elles ont indiqué, toujours sur le site, n'être
pour rien dans la prise d'otages de Beslan.
Resté jusque-là silencieux, Chamil Bassev, 39 ans, représente
le courant radical des chefs de guerre tchétchènes. Accusé
par le Kremlin d'être lié au réseau terroriste Al-Qaida,
il reconnaît diriger une "Brigade islamique des Martyrs"
et compte plusieurs prises d'otages à son actif, comme celle
de l'hôpital de Boudionnovsk à l'été 1995,
à laquelle il avait personnellement participé.
Plus récemment il a revendiqué en 2002 celle du théâtre
de la Doubrovka ainsi qu'un attentat-suicide sur un hôpital militaire
à Mozdok (Ossétie du nord) et enfin la dernière
attaque sur l'Ingouchie, en juin 2004.
Né le 14 janvier 1965 à Vedeno, un bourg du sud-est de
la Tchétchénie, il a commencé sa carrière
en luttant en Abkhazie aux côtés des séparatistes
prorusses contre les Géorgiens. De retour en Tchétchénie
en 1994, il a participé à la première guerre tchétchène,
prenant une part décisive à la reconquête éclair
de Grozny, en août 1996.
Personnalité controversée, Chamil Bassaev a lancé
en août 1999 une incursion armée au Daghestan, qui a servi
de prétexte au déclenchement de la seconde guerre tchétchène
à l'automne 1999.
Se réclamant alors de l'islam wahhabite (un courant radical venu
d'Arabie saoudite), il était très lié à
Khattab, un Jordanien installé en Tchétchénie depuis
la fin de la première guerre. En avril 2002, Khattab est mort
en Tchétchénie dans des circonstances restées obscures.
En août 2003, les Etats-Unis ont placé Chamil Bassaev sur
leur liste noire des terroristes.
Source : AFP et AP, 6 septembre 2004
7
- Qui étaient les membres du commando ?
L'identité et l'origine des preneurs d'otages restent confuses,
à l'image de la situation régionale
par Marie Jégo, Le Monde, 7 septembre 2004
La composition du commando pourrait refléter la contagion du
conflit tchétchène dans le Caucase.
Qui se cache derrière le commando qui a retenu en otages trois
jours durant les écoliers de Beslan, leurs enseignants et leurs
parents ? Le plus grand flou était toujours de mise, lundi 6
septembre, quant à l'identité, l'origine et même
le nombre - évalué successivement à 26, 32 ou 35
- des preneurs d'otages.
La plupart d'entre eux ont été tués lors de l'assaut,
disent les autorités. Mais contrairement à ce qui s'était
passé lors de la prise d'otages du théâtre de la
Doubrovka à Moscou en novembre 2002, lorsque les caméras
de télévision s'étaient longuement attardées
sur les cadavres des 41 preneurs d'otages achevés d'une balle
dans la tête, aucune image n'a été montrée
cette fois-ci.
Trois "suspects" ont été interpellés,
a ajouté, sans plus précision, dimanche, un responsable
du ministère ossète de l'intérieur, Ismail Chaev,
tandis que la télévision montrait les images d'un homme
emmené sans ménagement par des policiers cagoulés.
"Le commando comprenait des Kazakhs, des Ingouches, des Tchétchènes,
des Arabes, des Slaves, toute l'internationale du terrorisme y était
représentée" , a indiqué Sergueï Fridinski,
procureur adjoint de Russie, interrogé dimanche sur la première
chaîne de la télévision. Dix d'entre eux étaient
"originaires de pays arabes" , avait révélé
samedi le chef des services ossètes de sécurité,
Valeri Andreev. "Ils parlent très bien russe" , avait
expliqué quelques jours auparavant le ministre ossète
de l'intérieur, Kazbek Djantiev, selon lequel "des Tchétchènes
et des Ingouches" en faisaient partie. Enlèvements et disparitions
Citant des "sources anonymes" au sein des services de sécurité,
la presse russe pointe du doigt le chef de guerre tchétchène
Chamil Bassaev, auteur et commanditaire de plusieurs prises d'otages
ces dernières années. Selon la version livrée aux
journalistes, le chef de l'opération serait l'un des lieutenants
de l'extrémiste tchétchène, un certain Magomed
Evloev, dit "Magas", dont le nom avait déjà
été cité comme l'organisateur de l'incursion d'un
commando armé de plusieurs centaines d'hommes en Ingouchie dans
la nuit du 21 au 22 juin. Rien de tel, affirmait samedi le site ingushetiya.ru,
puisque Magomed Evloev n'existe pas. Sous le pseudonyme de "Magas"
se cacherait en fait un ancien policier ingouche, Ali Taziev.
Quoi qu'il en soit, le fait que les preneurs d'otages de l'école
de Beslan, en Ossétie, aient demandé à voir le
président de l'Ingouchie voisine, Mourat Ziazikov, peut signifier
que des Ingouches se trouvaient parmi eux. L'une des revendications
du commando était en outre de voir intervenir la libération
d'une trentaine d'Ingouches arrêtés après le raid
du mois de juin.
Le raid, opéré par plusieurs centaines de combattants
sur trois villes ingouches, avait fait 90 morts dont des responsables
de haut rang - le ministre de l'intérieur ingouche Abukar Kostoev,
son adjoint Ziaoudine Kotiev, le procureur général Moukharbek
Bouzourtanov et d'autres.
Jamais jusque-là l'Ingouchie, petite république contiguë
à la Tchétchénie mais restée à l'écart
de la guerre, n'avait connu ce genre d'incursion.
Pourtant les signes d'un chaos total régnant au sein des services
de sécurité et de la police sont apparus ces derniers
mois. En fait, depuis l'arrivée au pouvoir du président
Ziazikov - un officier du FSB (ex-KGB) proche du Kremlin -, les enlèvements
et les disparitions de civils se sont multipliés en Ingouchie,
comme l'ont souligné Amnesty International (action urgente du
10 août) et la Fédération d'Helsinki pour les droits
de l'homme (le 4 août). "Une guerre civile"
En mai, le site ingushetiya.ru avait publié la confession d'un
ancien des "escadrons de la mort" locaux, chargés d'enlever
et de tuer des civils ingouches soupçonnés de sympathie
envers les combattants, et de régler quelques comptes au sein
du ministère de l'intérieur. Quelque mois auparavant,
un enquêteur du parquet ingouche, Rachid Ozdoev, qui travaillait
sur l'existence de ces groupes, avait disparu sans laisser de trace.
D'autres républiques entourant la Tchétchénie ont
récemment donné des signes de tension tandis que surgit
la crainte de voir la guerre tchétchène se propager à
l'ensemble de la région.
Attentats et embuscades se sont ainsi multipliés (22 et 24 juillet,
17 et 28 août) cet été au Daghestan, un territoire
montagneux aux 36 ethnies différentes à l'est de la Tchétchénie.
Le fait n'est pas nouveau dans cette république agitée
par de nombreux attentats (à Bouiinaksk en 1999, à Kaspiisk
en 2002) et par des incursions meurtrières des combattants tchétchènes
(Kizliar en 1996, Karamakhi en 1999).
Mais la situation s'est brusquement tendue entre deux ethnies, les Avars
et les Darguiniens, autour de la dispute de deux de leurs chefs, le
maire avar de Khassaviourt, Saïdpacha Oumakhanov, et le président
darguinien Magomedali Magomedov. Le 25 août, dans une lettre à
Vladimir Poutine, des députés de l'assemblée locale
ont dit leur crainte de voir éclater "une guerre civile"
.
Plus à l'ouest, en Kabardino-Balkarie, une république
non limitrophe de la Tchétchénie jusque-là épargnée
par les combats et les attaques, une fusillade opposant des policiers
à des combattants avait fait quatre morts et cinq blessés
le 19 août.
8 - Le témoignage d’Elena Kassoumova, directrice
adjointe de l’École n°1 : Après l'explosion,
"on a commencé à courir. J'ai vu un enfant tomber,
puis un autre..."
par Natalie Nougayrède, Le Monde, 7 septembre 2004
La directrice adjointe de l'école fait le récit des deux
jours et demi passés aux mains du commando.
Beslan de notre envoyée spéciale - Directrice adjointe
de l'école N° 1, Elena Kassoumova a survécu à
la prise d'otages, au côté de son fils, Timour, âgé
de neuf ans. Assise dans la cour de sa maison située à
environ 300 mètres de l'établissement détruit,
un pansement blanc sur le front, Elena relate les deux jours et demi
passés aux mains du groupe terroriste.
Elle s'exprime posément, soucieuse de témoigner. Elle
désigne les preneurs d'otages par le terme "boeviki"
(combattants), utilisé couramment en Russie pour désigner
la guérilla tchétchène.
Le début. "On avait commencé l'alignement des écoliers
dans la cour, pour la cérémonie d'ouverture des classes,
quand une "Gazelle" -camionnette- aux vitres fumées
a surgi. Des hommes armés en sont sortis et ont commencé
à tirer. Les enfants ont paniqué, et couraient dans toutes
les directions. Les "grands" étaient les plus chanceux,
ils se tenaient près de l'entrée et ont pu s'enfuir. D'autres
enfants ont couru vers le bâtiment central pour se cacher dans
les classes, mais les boeviki les ont retrouvés et ramenés
vers le gymnase."
Les terroristes. "En tout, j'ai vu personnellement seize boeviki
. Mais il y en avait peut-être d'autres, ailleurs dans l'école.
La plupart portaient une barbe. Ils étaient masqués. Plus
tard, ils ont enlevé leur masque, sauf un. Celui-là avait
une vieille blessure à l'œil gauche. Il y avait parmi eux
des Tchétchènes et des Ingouches. Et au moins un Ossète.
Je l'ai entendu parler ossète. Son surnom était Abdoullah.
Aussi, il y avait un Russe, un type très calme."
"Je n'ai entendu parler de la présence d'Arabes qu'après
la fin de la prise d'otages, par les médias. Moi, je n'en ai
vu aucun. Mais ils étaient peut-être ailleurs dans l'école.
Tous les boeviki avaient une vingtaine d'années, sauf leur chef,
un Tchétchène, qui avait environ trente ans. A en juger
par leur vocabulaire -en russe-, ils n'étaient pas très
éduqués. Mais ils semblaient s'y connaître en armement,
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