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Ouzbékistan

01/07/04 - Ruslan Sharipov en liberté surveillée
Au terme d'un procès à huis clos, le 23 juin, la cour du district de Khamzincki (région de Tachkent) a condamné Ruslan Sharipov à deux ans de travaux d'intérêt général dans la ville de Boukhara (centre du pays).
Reporters sans frontières a dénoncé "la violation grave des droits de la défense lors de cette mascarade de procès", dans un courrier adressé au président Islam Karimov.
" Ce qui est présenté comme un aménagement de la peine du journaliste ne vise en réalité qu'à l'isoler davantage et à l'empêcher de faire entendre sa voix. Nous demandons qu'il soit libre de ses mouvements et qu'il puisse reprendre ses activités de journaliste et de défenseur des droits de l'homme", a déclaré l'organisation.
La cour a ordonné le transfert de Ruslan Sharipov vers Boukhara, ville située à 600 kilomètres de la capitale, dans laquelle il n'a pas de famille. Il doit y purger le reste de sa peine en effectuant des travaux d'intérêt général et reverser un quart de son salaire à l'Etat. Il ne pourra pas quitter la ville sans autorisation préalable de la police. L'audience s'est tenue à huis clos, en l'absence des avocats de l'accusé. Aucun de ses proches n'avait été prévenu. Ruslan Sharipov a été transféré à Boukhara le 25 juin.
Une commission s'était réunie, le 12 juin 2004, pour examiner la possibilité de réduction de la peine de Ruslan Sharipov. Le journaliste, ayant purgé le tiers de sa peine, aurait pu bénéficier d'une amnistie.
Le 25 septembre 2003, Ruslan Sharipov, âgé de 25 ans, avait été condamné en appel à quatre ans de prison pour homosexualité (art. 120 du code pénal) et relations sexuelles avec un mineur (art. 128). A l'occasion d'une amnistie générale, en décembre 2003, sa peine avait été réduite à un peu plus de trois ans. Les autorités avaient alors indiqué qu'il pourrait être libéré en juin 2004.
Ancien président du Syndicat des journalistes d'Ouzbékistan UIJU et correspondant de l'agence de presse russe Prima, il avait été arrêté le 26 mai 2003. Le 8 août, il avait, sous la contrainte, plaidé coupable, demandé pardon au président Karimov pour tous ses articles critiques et renoncé à être défendu par un avocat. Le 5 septembre, il avait adressé un courrier au secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, dans lequel il expliquait avoir été obligé de plaider coupable après avoir subi des tortures physiques et psychologiques.
Ruslan Sharipov, qui n'a jamais nié sa bisexualité, avait affirmé ne pas connaître les victimes présumées. Celles-ci avaient également été interpellées le 26 mai et gardées en détention pendant trois ou quatre jours. Selon la défense de Ruslan Sharipov, les adolescents auraient été battus et menacés par la police pour les convaincre de comparaître devant la cour. De fait, le procès avait dû être ajourné à plusieurs reprises en raison de leur absence à la barre.
Depuis plusieurs années, Ruslan Sharipov fait l'objet de multiples pressions visant à lui faire abandonner ses activités de défenseur des droits de l'homme et à l'empêcher de critiquer les autorités dans ses articles.
Source : RSF, 28 juin 2004

19/06/04 - En Ouzbékistan, une répression féroce jette dans les bras de l'islamisme une partie de la population
par Natalie Nougayrède, Le Monde, 18 juin 2004
Dans ce pays misérable d'Asie centrale, le régime dictatorial d'Islam Karimov emprisonne à tout-va au nom de la guerre contre le terrorisme et Al-Qaida..

Tachkent de notre envoyée spéciale - Assise en tailleur sur un tapis multicolore, dans une cour traditionnelle, une "mahalla" du vieux Tachkent, Farida porte un voile très serré, épinglé sous le menton. Cela n'a rien à voir avec la tenue habituellement plus souple, foulard noué dans la nuque, des femmes ouzbèkes. Ancienne institutrice, éduquée à l'époque soviétique, Farida a adopté les règles de l'islam radical, diffusé notamment par le mouvement clandestin Hizb-ut-Tahrir.
Ses deux fils sont en prison. Sa s¦ur aussi. Elle a été raflée par la police du président Islam Karimov aux lendemains des attaques armées et explosions qui ont secoué le pays, fin mars. Cette série d'attentats mystérieux, aussitôt attribués par les autorités ouzbèkes à des groupes "liés à Al-Qaida", avait fait 47 morts, à Tachkent et dans la région de Boukhara.
Le fils aîné de Farida, Delshot, âgé de 24 ans, n'était pas un de ces déshérités des campagnes, un de ces innombrables pauvres que compte l'Ouzbékistan, pays le plus peuplé d'Asie centrale (23 millions d'habitants), enfoncé dans la crise, ni un illettré qu'une secte radicale aurait recruté. Il travaillait dans un des départements de la Banque centrale d'Ouzbékistan. Il avait un bureau, de l'argent, des entrées.


Situation prérévolutionnaire

" Lorsque j'ai pu lui rendre visite en prison, là où il croupit depuis quatre ans, au milieu des tortures, de la syphilis, de la tuberculose, dit Farida avec des sanglots, il a refusé que je vende la maison afin de payer pour le faire libérer. Il m'a dit : "Allah m'aidera. Je refuse de signer le moindre papier. Je porterais ce péché sur moi. Même si Karimov en personne venait me demander pardon, je ne lui accorderais rien !""
Une féroce répression politique, la pratique endémique de la torture dans les prisons (dénoncée en 2002 par un rapporteur spécial de l'ONU), et la misère sociale et sanitaire qui emporte le pays, dont l'économie est étranglée par le régime... Tels sont les facteurs habituellement avancés pour expliquer que l'Ouzbékistan, selon le mot d'un diplomate occidental à Tachkent, "se trouve dans une situation critique, prérévolutionnaire, une sorte de bombe à retardement pour toute la région".
Un sourd mécontentement monte au sein de la population, épuisée par le chômage, les privations, la peur des arrestations et du sadisme de l'appareil de sécurité d'Etat, qui font le terreau des radicaux. L'organisation Human Rights Watch a récemment lancé un cri d'alarme en publiant un rapport tirant le bilan des cinq dernières années de répression.
L'islam fondamentaliste serait véhiculé en Ouzbékistan par deux organisations. Le Hizb-ut-Tahrir, un mouvement fondé dans les années 1950 au Proche-Orient, vise à l'établissement d'un "califat" dans l'ensemble du monde musulman et prône officiellement la "non-violence".
Le Mouvement islamique d'Ouzbékistan est, lui, apparu dans les années 1990, avec des soutiens en Afghanistan et au Pakistan. Il aurait toutefois été considérablement affaibli par l'intervention armée américaine contre les talibans, et ses résidus seraient aujourd'hui réfugiés dans la province pakistanaise du Waziristan.
Dans cette cour abritée de la chaleur étouffante, non loin du vieux marché Tchor Sou de Tachkent où, selon les autorités, une "shahidka", femme kamikaze, s'est fait exploser, le 30 mars, tuant plusieurs policiers, une amie de Farida, elle aussi voilée de façon stricte, tend une simple feuille blanche dactylographiée. C'est un tract du Hizb-ut-Tahrir.
" Le régime criminel du juif Karimov, connu pour sa haine des musulmans, répand la terreur et a adopté les méthodes d'Israël en collaborant avec les pays infidèles, dont les Etats-Unis, dit le texte, écrit en russe. Le peuple de l'Ouzbékistan est témoin du fait que le nombre de martyrs, traîtreusement emprisonnés et torturés par les forces de sécurité de ce régime cruel, ne fera que grandir. Le Hizb-ut-Tahrir se bat pour les libérer et établir un mode de vie respectueux de l'islam."
Il reste très difficile d'évaluer le degré de pénétration du mouvement dans cette République ex-soviétique enclavée, frontalière de l'Afghanistan. Le Hizb-ut-Tahrir aurait - comme tend à le montrer l'histoire de Delshot - commencé à s'infiltrer au sein d'une partie de l'élite à Tachkent, sortant de son "ghetto" de la vallée de Ferghana, région que le régime de Karimov cherche à isoler du reste du pays, en tout cas de sa capitale, notamment au moyens de "postes de contrôle" à l'allure militaire, déployés sur les routes.
" La montée du fondamentalisme est exagérée par le régime, qui s'empare de ce thème pour détourner l'attention de ces crimes ! Les attaques meurtrières du mois de mars ont été en réalité provoquées par le SNB -services secrets ouzbeks-. L'islam extrémiste ici est une invention du pouvoir !" Calotte noire brodée sur la tête, chemise blanche, Talib Iakoubov, président de la Société des droits de l'homme d'Ouzbékistan, se dit persuadé, comme de nombreux observateurs, que les événements de la fin mars ne relevaient en rien d'Al-Qaida.

L'exemple géorgien
" Les attaquants, qui ont utilisé des armes et peut-être des explosifs - mais les détails sont difficiles à établir tant les forces de l'ordre ont verrouillé l'information -, ne s'en sont pris qu'à des postes de police, symboles détestés du régime. Ils ne se sont pas fait exploser au milieu de la foule", note cet ancien militant de la première vague démocrate, celle de la fin des années 1980, articulée autour du mouvement national ouzbek antisoviétique "Berlik".
C'est la suppression sans pitié, par le régime Karimov, de ce mouvement plutôt modéré et laïque, dont les dirigeants ont été poussés à l'exil, qui a préparé le terrain à des formes violentes, armées, de contestation en Ouzbékistan, souligne Talib Iakoubov. "L'opinion publique est aujourd'hui excédée par le pouvoir en place, dit-il. La situation est potentiellement très instable. Karimov sait que tout relâchement de sa terreur pourrait déboucher sur des conséquences imprévisibles."
La hantise d'Islam Karimov serait une réédition, en Ouzbékistan, de la "révolution de la rose" qui renversa en Géorgie, avec l'aide notamment de la Fondation Soros, le régime d'Edouard Chevardnadze. "Chevardnadze a contacté son ami Karimov pour le mettre en garde, raconte une source diplomatique, et ce dernier a aussitôt ordonné, en avril, la fermeture à Tachkent des bureaux de Soros."
Islam Karimov, âgé de 64 ans, souffrirait d'une leucémie et se serait enfermé dans une sorte de paranoïa, obsédé par l'idée d'autarcie. Il a ainsi entrepris de verrouiller les frontières avec les pays voisins, plongeant les réseaux commerciaux locaux dans le désarroi. Il serait, selon un expert français de la région, sur le point de "suivre l'exemple du Turkmenbachi", Saparmourat Niazov, le dictateur du Turkménistan, qui fait de son pays une sorte de "Corée du Nord" au c¦ur de l'Asie centrale, coupé du monde extérieur.
" Le facteur-clé, dit cet expert, est l'attitude des Occidentaux. Karimov a récemment commencé à essuyer de discrètes critiques de la part des Etats-Unis, pour son bilan en matière de droits de l'homme. Il voit bien que personne ne s'en prend, en revanche, à Niazov, qui bloque tout accès des étrangers. Sa conclusion est de l'imiter, dans l'enfermement total." Pendant ce temps, la population ouzbèke, privée de perspectives, deviendra de plus en plus la proie de réseaux clandestins qui pour la première fois, en mars, ont montré qu'ils étaient prêts à passer à l'action armée.

17/06/04 - Le président chinois à Tachkent
Pour marquer l'importance accordée par la Chine au sommet du Groupe de Shanghaï, qui s'ouvre le 17 juin à Tachkent, le président chinois Hu Jintao est arrivé dans la capitale ouzbèke dès le 15 juin. Il a aussitôt rencontré le président Islam Karimov avec lequel il a signé une déclaration d'engagement à développer des relations amicales et un accord de coopération contre le trafic de stupéfiants. Karimov a déclaré que les deux pays sont unis dans le combat contre les trois "maux", qui sont, selon l'_expression standard utilisée par le Groupe de Shanghaï, le "terrorisme international, le séparatisme et l'extrémisme". Le volume du commerce entre les deux pays a été durant les quatre premiers mois de 2004 de 220 millions de $, soit une augmentation de 134% par rapport à l'année précédente.
Source : Télévision ouzbèke, 15 juin 2004

 

12/06/04 - Promesses alléchantes pour les sportifs ouzbeks
Le gouvernement ouzbek a décidé de récompenser ceux des 71 sportifs ouzbeks qui concourront aux JO d’Athènes dans 15 disciplines différentes et décrocheront des médailles, selon le barème suivant :
- médaille d’or : 100 000 $ [83 200 €]
- médaille d’argent : 50 000 $ [41 600 €]
- médaille de bronze : 25 000 $ [20 800 €]
Source : Télévision ouzbèke, 7 juin 2004

Nouvelle mort suspecte en détention
Une nouvelle mort suspecte en détention donne du grain à moudre aux défenseurs des droits humains en Ouzbékistan. Ilkhom Umarov, 28 ans, avait été arrêté le 29 mai, avec un complice présumé, suspecté d’avoir tué deux moutons. Ils ont été enfermés au commissariat de police d’Arnasay, dans la province de Jizzak, dans le centre du pays. le lendemain, Umarov est mort, officiellement des suites d’une crise d’épilepsie. Quelques jours plus tard, les autorités ouzbèkes ont promis à l’organisation Freedom House qu’elle pourrait être pleinement associée à l’enquête sur cette mort suspecte. Le mois dernier, Tachkent avait autorisé des médecins légistes US et canadiens à autopsier le corps d’Andrei Shelkovenko, mort en détention le 19 mai à Gazalkent. Les experts avaient conclu qu’il s’était bien pendu et n’était pas mort sous la torture.
Source : www.irinnews.org

11/06/04 - Limogeage du chef de la police des frontières
Ç a n'a pas traîné. Le président Islam Karimov a limogé le 4 juin le chef de la police des frontières et vice-président du Service national de sécurité, Gafurjon Tishaev. Ce limogeage est intervenu trois jours après un incident au cours duquel des garde-frontières ouzbeks ont tué dans des circonstances obscures un ressortissant kazakh. Le 3 juin, une rencontre pour parler de l'incident avait eu lieu entre le secrétaire du Conseil de sécurité kazakh Bulat Utemuratov et son homologue ouzbek Ruslan Mirzaev. Ce dernier a déclaré que les garde-frontières allaient prendre des mesures pour éviter de tels "incidents" à l'avenir.
Source : Radio Free Europe/Radio Liberty, 4 juin 2004

01/06/04 - Des médecins légistes étrangers autorisés à enquêter sur une mort suspecte
Dans une démarche inhabituelle, les autorités ouzbèkes ont autorisé des médecins légistes US et canadiens à autopsier le corps d’Andrei Shelkovenko, 36 ans, mort dans des conditions suspectes le 19 mai dernier dans un commissariat de police à Gazalkent, à 40 km de la capitale Tachkent. L’explication officielle de cette mort a été le suicide par pendaison, mais le groupe Human Rights Watch, qui a pu voir le corps, a constaté des blessures ouvertes à la tête et à la nuque et des hématomes à l’aine. La mère du défunt, Lyudmila Bochkaryova, a refusé de l’enterrer sans enquête indépendante. Simultanément, les autorités ouzbèkes ont constitué une équipe d’enquête spéciale sur ce décès suspect.
L’équipe de médecins légistes est dirigée par un professeur de Washington, Michael Pollanen, qui a travaillé au cambodge et à Timor-Est. S’il contradisent la version officielle de la pendaison de Shelkovenko, cela jettera une suspicion sur toutes autres morts en détention au “Karimovland”.
Apparemment, le gouvernement Karimov a tiré des enseignements de l’affaire Fatima Mukhadirova. Cette femme de 62 ans avait été libérée en février dernier, à la veille d’une visite de Donald Rumsfeld, suite aux protestations qui avaient suivi sa condamnation à 6 ans de travaux forcés. Fatima était la mère de Muzafar Avazov, un détenu musulman mort sous la torture [il avait été ébouillanté] en août 2002. Réclamant qu'une enquête impartiale soit menée sur cette mort, elle avait été accusée d'être membre du même parti que son fils, le Hizb ut-Tahrir (Parti de la libération), dont 4 000 membres et sympathisants, réels ou supposés, sont emprisonnés en Ouzbékistan. Lyudmila Bochkaryova a donc de bonnes chances de connaître la vérité sur la mort en détention de son fils, sans avoir à être emprisonnée. Elle bénéficiera ainsi des obligations de respect des droits humains qu’implique pour l’Ouzbékistan l’alliance militaire avec les USA. Car il est clair que Washington a suffisamment d’ennuis avec ses guerre en Iraq et en Afghanistan pour ne pas avoir besoin que l’opinion trouve une nouvelle raison de critiquer l’administration Bush et le Pentagone pour leur allaince avec une dictature tortionnaire. Une autopsie contre une base militaire, ce n’est pas trop cher payé.
Source : BBC News et www.irinnews.org

21/05/04 - L'armée ouzbèke en voie de professionnalisation
par Rustam Temirov, http://www.eurasianet.org , 14 mai 2004. Traduit de l'anglais par BB pour Quibla
L'auteur est un journaliste d'Asie centrale écrivant sous pseudonyme

Comme la récente visite du ministre russe de la défense Sergei Ivanov à Tachkent l'a souligné, l'Ouzbékistan souhaite amplifier la coopération stratégique avec la Russie. Néanmoins, les dirigeants ouzbeks considèrent toujours les USA comme le partenaire stratégique clef du pays. Un programme de formation financé par les USA à l'intention des sous-officiers ouzbeks illustre le rôle essentiel joué par le Pentagone dans la modernisation des forces armées du pays.
L'Ouzbékistan s'efforce de réorganiser son armée forte de 65 000 hommes pour qu'elle ne soit plus basée essentiellement sur la conscription. Les responsables de la défense ouzbeks espèrent que vers fin 2005, l'armée du pays sera constituée majoritairement de soldats professionnels. Actuellement, l'axe prioritaire est le développement d'un solide corps de sous-officiers, de sergents notamment, selon le ministère de la défense. "Le service militaire sera maintenu," indique Kamil Jabarov, le porte-parole du ministère, "mais les professionnels sous contrat constitueront la majorité de l'effectif de l'armée. Les sergents en seront l'épine dorsale."
Quatre centres de formation de sous-officiers ont été construits avec l'aide des USA et d'autres donateurs étrangers. Bien que la mauvaise situation des droits de l'homme en Ouzbékistan ait parfois gêné la coopération bilatérale, l'aide militaire des USA à Tachkent a augmenté de 1 800 pour cent environ depuis 2001. L'administration Bush considère aujourd'hui le Président ouzbek Islam Karimov comme un partenaire majeur en Asie centrale.
Dans le cadre d'un accord de partenariat stratégique signé en 2002, des sous-officiers ouzbeks triés sur le volet ont suivi une formation dans des bases militaires aux USA. Nombre de ces sous-officiers sont rentrés en Ouzbékistan, où à leur tour, ils assurent la formation de base d'autres sous-officiers.
Dans une école de sous-officiers de Samarcande, l'instructeur Utkir Mamatov met ses cadets à l'épreuve. "L'armée US attache beaucoup d'importance aux mesures de sécurité, même si en gros, sa méthodologie est semblable à la nôtre," dit Mamatov aux cadets. "Ils courent, ils tirent en l'air... en d'autres termes, ils font comme nous."
Selon un observateur diplomatique à Tachkent, la formation des sous-officiers à permis à l'armée ouzbèke de devenir "inter-fonctionnelle" avec celle des USA. La formation met l'accent sur l'aptitude au commandement. Plutôt que de compter sur des officiers pour contrôler les unités militaires de base - une technique en faveur chez les militaires soviétiques - les sergents ouzbeks sont formés pour assumer une plus grande responsabilité dans l'exécution des ordres, laissant "les grandes lignes" aux officiers supérieurs, précise cette source diplomatique.
La même source ajoute que des difficultés ont été rencontrées dans la transition vers une armée reposant sur les sous-officiers. "Car pour les jeunes officiers, cesser de se comporter comme des sergents pour permettre à ces derniers de faire leur travail peut être difficile". "Quant aux officiers supérieurs qui ont fait leur carrière avec un système différent, il y aura certainement des problèmes."
La langue est une autre source potentielle de difficultés. Alors que la plupart des soldats s'expriment en ouzbek, beaucoup d'officiers supérieurs parlent seulement russe. Tandis qu'est prévue pour cette année l'adoption d'uniformes au modèle de l'OTAN, la dépendance vis-à-vis d'armes et de matériels russes dépassés reste forte.
Concilier les efforts de rapprochement de son armée avec l'OTAN et ses tentatives récentes de partenariat militaire plus étroit avec la Russie risque d'être un défi de plus pour l'Ouzbékistan. Depuis les attentats de mars qui ont tué 45 personnes environ à Tachkent et à Boukhara, la Russie a réintroduit l'Ouzbékistan au c¦ur de sa vision stratégique, après des années de froideur dans les relations. Au moment où la Russie annonce le retrait de ses troupes de la frontière du Tadjikistan, un tel partenariat pourrait s'avérer de plus en plus important pour le Kremlin qui tente de contrer l'influence croissante des USA dans la région.
Venu rencontrer Karimov le 12 mai, le ministre russe de la Défense, Ivanov, a déclaré à la télévision d'état ouzbèke qu'une plus grande coopération était indispensable pour combattre "la maladie du terrorisme" qui afflige l'Asie centrale et la Russie. Des manoeuvres militaires communes avec la Russie sont prévues pour 2005, et l'Ouzbékistan a été invité à titre d'observateur aux man¦uvres de cette année de l'armée russe avec celles du Kazakhstan et du Kirghizistan. Des plans pour un système commun de défense aérienne attendent actuellement leur ratification par la Douma russe.
En attendant, les réformes dans le cadre du rapprochement avec l'OTAN continuent. Au cours des cinq dernières années, l'effort gouvernemental a porté avec constance sur la réduction des effectifs militaires et sur l'accroissement du contrôle de l'armée par le pouvoir civil. Le ministre de la défense, Kadir Gulyamov, un physicien avec peu d'expérience militaire, a été le premier civil d'un État de la CEI à contrôler l'armée. Il reste le seul civil responsable de l'institution militaire dans un pays d'Asie centrale.
Conformément à la doctrine de défense formulée en 2000, la réduction des effectifs de l'armée ouzbèke ­la plus importante d'Asie centrale- pourra atteindre jusqu'à 15.000 hommes conservant ainsi une force d'environ 53.000 hommes. La durée du service militaire est passée de deux ans au milieu des années 90 à un an, et seulement neuf mois pour ceux qui ont un niveau de formation universitaire. Un projet de loi pour les troupes de réserve pourrait diminuer encore cette durée.
La doctrine de défense de l'Ouzbékistan prévoit que le ministère de la Défense agit en tant qu'administrateur global et planificateur financier des forces armées, avec un conseil d'état-major calqué sur le modèle US de l'état-major interarmes chargé de coordonner les actions de l'armée de terre, de l'aviation du ministère de l'intérieur et des gardes frontières. L'accent a été mis sur la mise en place de petites unités adaptables plutôt que sur le maintien des brigades blindées et d'aviation sur le modèle soviétique. L'objectif fondamental de ces réformes est présenté de manière sacralisée et les sergents nouvellement promus en Ouzbékistan sont désignés comme "les vrais patriotes de la mère patrie." C'est un discours de relations publiques que les sergents eux-mêmes répètent sans se faire prier. "Nul n'est plus professionnel que moi," claironne l'instructeur Mamatov aux cadets en formation à Samarcande. "Je suis un sergent, chef des soldats."

La rédaction de Quibla prend l'entière responsabilité de la qualité de la traduction de ce texte dont l'original est paru sur le site http://www.EurasiaNet.org/.

05/05/04 - Karimov contre Soros
Parlant au Parlement ouzbek le jeudi 29 avril, le président Islam Karimov a défendu la mesure de rétorision prise à l'encontre de l'Open Society Institute du milliardaire USGeorge Soros, dont lles actvités ont été suspendues en Ouzbékistan. Selon Karimov, l'Institut violait la loi et la constitution. Cette mesure a été critiquée par Washington. D'autre part, la Banque européenne pour la reconstrcution et le développement a annoncé qu'lle réduisait ses activités en Ouzbékistan, suite à l'absence de réformes positives. Soros, qui se trouvait au même moment au Kirghizistan, a déclaré que l'Ouzbékistan était maintenant engagé dans une "spirale descendante de répression accrue et de déclin économique" et qu'il était difficile d'envisager qu'il puisse inverser cette spirale.
Source : http://www.irinnews.org, 30 avril 2004

 

23/04/04 - Qu'est-il arrivé à ces jeunes femmes "de bonne famille" ?
Les parents de Dilnoza Holmuradova, 19 ans, n'en sont pas encore evenus. Le 8 avril, ils ont enterré leur fille de 19 ans, dont le corps leur avait été remis par la police, qui leur a dit qu'elle était l'auteur de la première opération-martyre du 28 mars, au marché de Chorsu, dans le centre de Tachkent. Le portrait de leur autre fille, Shahnoza, 22 ans, s'affiche sur les avis de recherche placardés dans toute la capitale ouzbèke. Dilnoza et Shanoza sont-elles vraiment devenues des terroristes ? Dilnoza était programmatrice en informatique et avait suivi les cours de l'académie de police en 2001. Elle parlait l'ouzbek, le russe, l'anglais, le turc et l'arabe. Shahnoza était en deuxième année d'économie à l'Institut d'irrigation de Tachkent. Les deux filles avaient suivi des cours d'arabe au centre culturel égyptien de Tachkent et étaient devenues de pieuses musulmanes, mais de là à se faire sauter ? La mère de Dilnoza a vu le corps de sa fille et il était intact, à part une brûlure sur l'estomac : «Elle ne s'est pas fait sauter », dit-elle, « elle a été tuée. »
Les parents de deux autres jeunes femmes ont aussi été avisés de la mort de leurs filles, sans pouvoir voir leurs corps. Mais qu'ont donc manigancé les services secrets du président Karimov ?
Source : http://www.iwpr.net


Un journaliste menacé pour sa couverture de la lutte antiterroriste
Reporters sans frontières dénonce les menaces dont a fait l'objet Tulkin Karaev, correspondant pour l'organisation britannique IWPR et la radio La Voix de la République Islamique d'Iran, de la part du service de la sécurité nationale (SNB). Le journaliste a été averti qu'il serait accusé de collaboration avec des extrémistes s'il ne modifiait pas sa couverture des actions entreprises par les autorités après les attentats qui ont secoué le pays fin mars 2004.
" Preuve est faite que le pouvoir emploie des moyens illégaux pour faire pression sur les journalistes qui bravent la censure en Ouzbékistan. Tulkin Karaev n'a fait que rapporter des faits et des témoignages sur les méthodes violentes employées par les forces de l'ordre contre des musulmans. Ce comportement souligne l'opacité dangereuse dont les autorités ouzbèkes entourent tant la lutte antiterroriste que les actes terroristes eux-mêmes", a déclaré Reporters sans frontières.
Le 15 avril, Tulkin Karaev, correspondant à Kachdaria pour l'organisation britannique d'aide au développement des médias IWPR et pour le service ouzbek de la radio La Voix de la République Islamique d'Iran, a reçu un appel d'un homme dénommé "Gouyam", se présentant comme un membre du SNB. Ce dernier a menacé de lancer à l'encontre du journaliste des poursuites judiciaires pour collaboration avec des extrémistes islamistes s'il n'arrêtait pas de diffuser de "fausses informations".
Début avril, le journaliste avait, dans plusieurs reportages pour la radio iranienne, fait état des arrestations massives de musulmans accusés d'être des fondamentalistes et des terroristes. Il avait rapporté des témoignages sur les méthodes illégales et violentes des forces de l'ordre, dont le cas d'un imam sur qui la police aurait délibérément placé de la drogue lors de son arrestation.
Fin mars 2004, une série d'explosions, attaques et attentats-suicides, suivis d'opérations policières à Tachkent et à Boukhara, ont fait 47 morts. Les incidents ont été attribués par les autorités à des islamistes radicaux et notamment au groupe Hizb-ut Tahrir, qui a démenti toute implication.
Plusieurs journalistes se sont plaints de la pauvreté des informations données par les autorités, au détriment de l'intérêt public. La population a pris connaissance des explosions du 29 mars grâce aux chaînes de télévision russes et à des sites Internet, les chaînes et les radios ouzbèkes ayant tantôt retardé la diffusion de plusieurs heures, tantôt ignoré l'information.
Source : RSF, 22 avril 2004

20/04/04 -Le gouvernement ferme la fondation de George Soros
Le gouvernement ouzbek vient de refuser de renouveler l'agrément à la Fondation dirigée par le milliardaire US George Soros, l'Open Society Institute, le plus important donateur privé du pays. L'OSI, installé à Tachkent depuis 1996, a distribué 22 millions de $, notamment en équipements informatiques pour les universités et les écoles. Le motif avancé par les autorités ouzbèkes est que l'Institut est engagé dans des activités qui "sapent" l'autorité gouvernementale. Le milliardaire a réagi par une déclaration virulente accusant le gouvernement ouzbek d'avoir emprisonné des milliers de citoyens, de les avoir faits torturer et de refuser d'autoriser la plupart des groupes locaux de droits humains et des partis politiques d'opposition. On verra si le coup contre Soros va amener le Congrès US à refuser le certificat autorisant l'aide officielle US à l'Ouzbékistan. Celle-ci devrait se monter cette année à plus de 48 millions de $, dont 10,5 en asssistance militaire et sécuritaire.
Source : http://www.eurasianet.org

19/04/04 - Paroles d'expert ...
L'Organisation de coopération de Shanghaï a installé il y a quelques mois son "centre antiterroriste" à Tachkent. Son directeur Vyacheslav Kasymov vient de déclarer qu'une organisation se trouvait derrière les attentats et les affrontements qui ont fait au moins 47 morts en Ouzbékistan du 28 mars au 1er avril dernier. Selon Kasymov, l'organisation s'appellerait "Jamoat" (la Société) et compterait de 350 à 400 membres, dont un quart auraient suivi un entraînement militaire. Ils seraient favorables à la création de califats dirigés par des émirs. Kasymov a dit ignorer les liens entre cette "Jamoat" et d'autres organisations islamiques. Tout cela est bien maigre et mérite à peine un salaire, Monsieur Kasymov...
Source : AP, 17 avril 2004

17/04/04 -La répression provoque un exode
La répression qui a suivi la vague d'attentats et d'affrontements de fin mars début avril à Tachkent et Boukhara a provoqué un exode de nombreux Musulmans, notamment des jeunes, vers le Kazakhstan et le Kirghizistan voisins. On ignore le nombre de personnes qui ont pris la fuite mais un chiffre peut indiquer l'ampleur du mouvement : les garde-frontières kazakhs ont dit avoir refoulé en deux semaines 500 Ouzbeks dépourvus de passeports.
Source : http://www.eurasianet.org

15/04/04 -Bilan officiel des arrestations
Selon le Procureur général Rachid Kadyrov, 54 suspects ont été arrêtés suite aux événements du 28 mars au 1er avril et 45 ont été formellement inculpés. Les autorités ont saisi une grande quantité d'armes à feu et d'explosifs artisanaux. Selon Kadyrov, les terroristes présumés appartenaient à un groupe actif à Tachkent et Boukhara depuis l'an 2000. Ce groupe se serait inspiré des idées du Hizb ut-Tahrir et aurait intégré des éléments du Mouvement islamique du Turkestan, qui serait le nouveau nom du Mouvement islamique d'Ouzbékistan.
Source : http://www.EurasiaNet.org

14/04/04 - Répression tous azimuts
La vague d'attentats et d'affrontements qu'a connu l'Ouzbékistan fin mars début avril a été le nouveau prétexte pour une vague répressive conduite selon la méthode ouzbèke. La police n'hésite pas en effet à "planter" des preuves chez les suspects interpellés, telles que tracts de groupes d'opposition, drogues ou armes. Les premiers ciblés sont les croyants musulmans, mais les croyants d'autres religions ne sont pas épargnés, tels que les témoins de Jéhovah, les protestants et les adpetes d'Hare Krishna. Parmi les musulmans arrêtés, on cite le cas de l'imam Rustam Kilichev, dont on ignore les raisons de l'arrestation. Pourtant cet imam s'était signalé en tentant de dissuader des musulmans détenus de suivre le parti interdit Hizb ut-Tahrir. Cet imam est responsable de la mosquée centrale Navo à Karshi, dans le sud du pays. On signale aussi que 25 femmes ont été interpellées pendant 24 heures à Pskent, près d'Almalyk. Leur seul crime : elles portaient le hijab. Des arrestations sont signalées dans toutes les régions du pays. Des musulmans arrêtés à Fergana ont entamé une grève de la faim tandique que leurs mères ont organisé une protestation publique, dispersée par la police, le 5 avril dernier. A Tachkent, des fonctionnaires ont recommandé aux femmes de ne pas porter de hijab en public si elles ne voulaient âs être suspectées d'être des candidates au martyre.
Dimanche 11 avril, la responsabilité des attentats a été assumée par un groupe jusqu'ici inconnu, le Groupe du Jihad islamique, qui a déclaré vouloir ainsi répondre à « l'injustice et (à ) la brutalité pratiquées par les dirigeants infidèles de ce pays. »
Source : http://www.forum18.org et AP, 12 avril 2004

10/04/04 -448 interpellations...
Les terroristes présumés à l'origine de la récente vague de violences en Ouzbékistan ont été formés par des instructeurs arabes qui ont également entraîné des combattants d'Al Qaïda, a déclaré vendredi le procureur général ouzbek Rachid Kadyrov.
Il a également expliqué que les militants opéraient sous l'influence du groupe islamiste Hizb ut-Tahrir et du Mouvement islamique du Turkestan -qui serait né des cendres d'un groupe terroriste ouzbek décimé dans des opérations antiterroristes menées en Afghanistan sous la direction des Américains après les attentats du 11 septembre 2001.
Selon des responsables, au moins 47 personnes, dont 33 terroristes présumés et dix policiers, sont morts durant quatre jours d'explosions et d'attaques contre les autorités en Ouzbékistan. Ces attaques, qui ont commencé le 28 mars, constituaient les premières violences majeures depuis que l'Ouzbékistan s'est allié aux Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001 et a autorisé des centaines de soldats américains à utiliser une base militaire dans le sud du pays.
D'après le procureur général Rachid Kadyrov, 45 personnes ont été arrêtées et neuf autres font l'objet d'une enquête suite à ces violences. Quelque 403 autres personnes ont été interpellées dans le cadre des investigations avant d'être remises en liberté, a-t-il expliqué.
Source : AP, 9 avril 2004

05/04/04 - Une police brutale haïe de la population
La veille du double attentat-suicide de lundi à Tachkent a eu lieu dans la capitale ouzbèke une autre sorte de violence beaucoup plus courante ici: la police a semble-t-il battu à mort un marchand d'ail de 60 ans.
Accusée de recourir à la torture par les défenseurs des droits de l'homme, la police ouzbèke est détestée et redoutée de la population pour sa brutalité et son rôle dans la répression tous azimuts infligée par le régime autoritaire du président Islam Karimov.
Lundi une femme kamikaze s'est fait sauter sur le marché de Chorsu. La veille, le marchand d'ail a été tué apparemment par la police sur ce même bazar après s'être plaint du harcèlement des forces de l'ordre à l'égard d'un porteur, ont rapporté des témoins, des défenseurs des droits de l'homme et des membres de l'opposition.
Depuis dimanche, des attentats-suicides et des attaques à l'arme à feu ont fait au moins 44 morts dans le pays, dont neuf policiers, qui apparaissent comme une cible privilégiée des assaillants. Les autorités dénoncent des actes de terrorisme qu'elles attribuent à des militants islamistes liés à Al Qaïda.
Aux yeux de beaucoup d'Ouzbeks, les policiers sont l'incarnation d'un régime répressif. Appelés "grenouilles" ou "crocodiles" à cause de leur uniforme vert, ils sont omniprésents dans les rues de Tachkent. Leur employeur, le ministère de l'Intérieur, est l'institution la plus puissante de l'Etat.
Citant des avocats indépendants et des militants des droits de l'homme, l'International Crisis Group (Groupe de crise internationale, ICG) estime qu'environ 200 000 personnes travaillent pour le ministère, dont 25 000 sont chargées du maintien de l'ordre dans la capitale, une ville de 2,5 millions d'habitants.
La police joue un rôle clé dans la campagne lancée à la fin des années 90 contre ce que les autorités considèrent comme de l'extrémisme religieux. Elle a capturé et jeté en prison plus de 6 000 musulmans accusés de comploter contre le gouvernement.
Les brutalités policières ont fait du pays un des plus mauvais élèves de la région sur le plan des droits de l'homme. Après une visite en 2002, un émissaire de l'ONU a rapporté que la torture était systématique dans les prisons ouzbèkes. Deux détenus auraient été tués après avoir été plongés dans l'eau bouillante dans la tristement célèbre prison de Jaslyk la même année.
Les autorités n'ouvrent pas d'enquêtes sur les morts en détention. "Les policiers ont été habitués par l'Etat à (...) torturer pour extorquer des aveux et à réprimer", souligne Allison Gill, de l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch.
Les automobilistes sont quotidiennement victimes d'extorsion par les agents de la circulation, et la crainte des policiers est telle que les Ouzbeks ne leur signalent pas toujours lorsque leur maison est cambriolée.
" Il y a un sentiment de frustration face à l'arbitraire et à la brutalité de la police et des forces de l'ordre en général", souligne M. Gill. Dans un récent rapport, l'ICG souligne que "les abus sont devenus partie intégrante du contrôle policier de la société" en Ouzbékistan.
Source : AP, 1er avril 2004

 

03/04/04 - " Kamikazes" à Tachkent et Boukhara
Alors que le gouvernement ouzbek déclare que les violences déclenchées dimanche dernier en Ouzbékistan sont à attribuer à "Al Qaïda", une femme s'est grièvement blessée et a tué un homme en déclenchant sa bombe jeudi dans la région de Boukhara, dans le centre du pays. la femme est dans un état critique.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, un terroriste présumé poursuivi par les forces de l'ordre s'est fait exploser au bout de cinq heures de siège par une centaine de policiers dans une maison du quartier Sabidrakhimovski, dans la vieille ville, dans le sud-ouest de la capitale ouzbèke.

Des dissidents musulmans emprisonnés et torturés
Sous ce titre, l'association Human Rigths Watch communique en date du 30 mars 2004 :
Le gouvernement ouzbek a arrêté et torturé des milliers de dissidents musulmans non-violents qui pratiquent leur religion en dehors du cadre établi par l'Etat. C'est ce que révèle aujourd'hui un rapport de Human Rights Watch portant sur cette campagne de persécutions religieuses.
Ce rapport de 319 pages intitulé "Creating Enemies of the State: Religious Persecution in Uzbekistan" décrit en détail l'arrestation et les tortures subies par les détenus dans le cadre de la campagne actuelle qui a abouti à l'incarcération de quelque 7.000 dissidents musulmans. Les cibles des autorités sont les Musulmans indépendants qui pratiquent leur foi en dehors des mosquées et madrassas dirigées par l'Etat ou en dehors des limites strictes fixées par le gouvernement dans les lois relatives à la religion.
" Le gouvernement ouzbek mène une campagne impitoyable à l'égard des dissidents musulmans pacifiques" a déclaré Rachel Denber, directrice exécutive par intérim de la Division Europe et Asie centrale de Human Rights Watch. "L'ampleur et la violence des opérations dirigées contre les Musulmans indépendants montrent clairement qu'il s'agit d'une campagne de persécutions religieuses concertée et soigneusement orchestrée".
Le mois dernier, Fatima Mukhadirova, 62 ans, a été condamnée pour extrémisme religieux après avoir dénoncé la torture et le décès de son fils en détention. Son fils, emprisonné pour "extrémisme religieux", est décédé en prison en août 2002 après avoir apparemment été plongé dans de l'eau bouillante. Mukhadirova a été libérée suite aux protestations de la communauté internationale mais les rafles policières et les arrestations se poursuivent sans relâche et au moins 26 Musulmans indépendants ont été condamnés depuis le mois de janvier.
Le 14 mars, un Musulman indépendant de 44 ans, Abdurahman Narzullaev, est décédé en prison dans des circonstances suspectes, après avoir participé à une grève de la faim.
Le rapport de Human Rights Watch est le résultat de cinq années de recherches effectuées à travers tout le territoire ouzbek. A cette occasion, quelque 200 Musulmans indépendants victimes d'exactions, leurs proches, ainsi que d'autres témoins, des défenseurs des droits humains et des fonctionnaires du gouvernement ont été interviewés. Pour étayer ses recherches, l'organisation des droits de l'homme a également assisté à des dizaines de procès, elle a rassemblé des documents émanant de la police et des tribunaux et se rapportant aux dossiers de plus de 800 personnes, elle a examiné des centaines de documents accessoires tels que des dossiers médicaux, des certificats de décès, des lettres rédigées par des victimes et les réponses des organes gouvernementaux.
Le gouvernement ouzbek qualifie les Musulmans indépendants "d'extrémistes" ou de "wahhabites" ­ un terme péjoratif que les autorités du pays utilisent pour faire passer ces personnes pour des "fondamentalistes" et non pour se référer aux véritables adeptes du wahhabisme tel qu'il est pratiqué en Arabie Saoudite. Ils sont incarcérés pour "subversion", "transgression de l'ordre constitutionnel" ou "activités anti-gouvernementales". Ils sont arrêtés, jugés au cours de procès absolument iniques et sont condamnés à des peines pouvant aller jusqu'à vingt ans d'emprisonnement. Ces arrestations visent également les personnes que l'Etat estime "trop pieuses", notamment celles qui prient chez elles ou qui portent une barbe ­ ce qui apparaît comme un signe de piété.
Le rapport réfute l'argument fréquemment invoqué par le gouvernement ouzbek selon lequel l'arrestation des dissidents musulmans non-violents est nécessaire pour contrer le terrorisme. En 1999 et 2000, un groupe militant connu sous le nom de Mouvement Islamique d'Ouzbékistan a mené des opérations armées dans la région. Les autorités ouzbèkes ont accusé le MIO d'une série d'attentats à la bombe qui ont eu lieu à Tachkent en février 1999. Toutefois, les personnes dont le cas est abordé dans le rapport ­ à l'instar de milliers d'autres visées par la répression gouvernementale ­ n'ont pas été inculpées d'implication dans ces attentats ni d'appartenance au MIO; elles ont été emprisonnées pour leurs convictions et pratiques religieuses pacifiques.
" L'Ouzbékistan est un proche allié des Etats-Unis et d'autres puissants Etats occidentaux, mais il ne peut se retrancher derrière la guerre globale contre le terrorisme pour justifier la répression religieuse," a encore déclaré Denber.
La torture est monnaie courante en Ouzbékistan mais la police réserve un traitement particulièrement dur aux détenus religieux afin de leur arracher des aveux ou d'autres témoignages. Le rapport de Human Rights Watch présente des informations étayées à propos de 10 décès sous la torture sur une période de cinq ans. Il décrit en détail le cas de nombreuses autres personnes ayant subi diverses formes de torture, notamment le passage à tabac, les chocs électriques, l'asphyxie, la suspension par les poignets ou les chevilles, le viol, les brûlures de cigarettes ou les brûlures au moyen d'un journal enflammé.
Les exactions se poursuivent alors que les prisonniers religieux purgent leurs peines dans des conditions carcérales atroces. Les gardiens les battent et les violent, ils les mettent en isolement cellulaire pour les punir d'avoir prié ou pratiqué leur religion d'une autre manière.
Lors de dénonciations publiques de masse qui rappellent l'ère stalinienne, les agents du gouvernement exhibent les Musulmans indépendants ou leurs proches devant les membres de leur communauté et ils les traitent de "traîtres" ou "d'ennemis de l'Etat". La police arrête et torture les proches des prétendus extrémistes et elle les retient parfois en prison comme otages jusqu'à ce que le suspect se rende aux autorités.
Plus de la moitié des cibles gouvernementales sont des membres du groupe islamique non-violent Hizb ut-Tahrir (Parti de la libération). Ce groupe, à la fois religieux et politique, prône l'instauration d'un Califat ­ une sorte d'Etat islamique ­ en Ouzbékistan et dans d'autres pays de tradition musulmane.
Plusieurs pays, dont la Russie et l'Allemagne, ont interdit le Hizb ut-Tahrir. L'interdiction allemande était motivée par le contenu antisémite des écrits du groupe. Par contre, le gouvernement ouzbek voit dans la dissidence du groupe une menace subversive. Les membres du Hizb ut-Tahrir, les participants aux cercles d'études du groupe ainsi que ceux qui diffusent ou simplement possèdent des écrits du groupe sont condamnés à de longues peines d'emprisonnement.
Human Rights Watch appelle les alliés de l'Ouzbékistan, notamment les Etats-Unis et les pays de l'U.E., à dénoncer la persécution des Musulmans indépendants dans ce pays et à exiger de mettre un terme aux arrestations massives et aux tortures.
" Il est honteux que la communauté internationale assiste à cette campagne sans réagir et la laisse continuer," a déclaré Denber. "Si les alliés de l'Ouzbékistan veulent que le monde croit en leur opposition à la persécution des dissidents musulmans, ils devront prendre des mesures montrant clairement leur position."
En avril, l'administration Bush devra décider si elle peut certifier que l'Ouzbékistan a opéré "des progrès considérables et continus" sur le plan des droits humains, cette certification étant nécessaire pour débloquer quelque 50 millions de dollars destinés à aider ce pays d'Asie centrale, entre autres militairement. Le bilan du gouvernement ouzbek en matière des droits de l'homme sera également examiné attentivement par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement qui, dans les prochains jours, devra décider du niveau d'engagement qu'elle prendra envers l'Ouzbékistan. Les membres de la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU, réunis actuellement à Genève, détermineront par ailleurs l'action à mener face au mépris continu que le gouvernement ouzbek affiche envers le droit international. Human Rights Watch appelle tous les membres de la communauté internationale à saisir chaque occasion qui se présente pour exprimer leur mécontentement devant les atteintes aux droits humains commises par le gouvernement ouzbek.
Les trois cas repris ci-dessous illustrent la cruauté de la campagne menée contre les Musulmans indépendants et les obstacles auxquels sont confrontées les victimes dans leur quête de justice:
Maruf Makhkamov a été arrêté le 30 octobre et accusé de "wahhabisme". Cet homme de 25 ans a été retenu pendant deux mois dans une cellule se trouvant au sous-sol du quartier général de la police de Tachkent. Les policiers le battaient chaque jour jusqu'à ce qu'il perde connaissance. La police a appréhendé le frère de Makhkamov et a déclaré qu'il ne serait libéré que si Maruf avouait qu'il était "extrémiste". Les policiers l'ont également menacé d'arrêter sa femme et de lui faire subir un viol collectif sous ses yeux. Il a alors signé des aveux et le 23 février, il a comparu aux côtés de six parfaits étrangers pour appartenance à un groupe "extrémiste" clandestin. Le juge a admis comme preuve les aveux extorqués à Makhkamov sous la contrainte, il a ignoré son témoignage à propos des tortures endurées et l'a condamné à sept ans d'emprisonnement. Dans une lettre écrite en prison le 1er mars, Maruf Makhkamov supplie de l'aider à recouvrer la liberté et il demande aux associations des droits de l'homme de parler de son histoire à l'extérieur du pays.
En janvier 2000, des agents des forces de l'ordre ont arrêté Gairat Sabirov sous l'inculpation de "wahhabisme". Ils l'ont mis au secret pendant cinq mois dans une cellule en sous-sol. Au cours des premiers jours de sa détention, les agents du SNB (l'ancien KGB) l'ont maintenu dans un "sauna" ou pièce humide, ils lui ont brûlé des parties du corps avec des cigarettes allumées et l'ont ensuite violé. Lors de son procès, le juge a ignoré les accusations de torture de Sabirov et l'a condamné à 14 ans de prison. Le ministère public l'a inculpé, lui et 16 autres hommes, d'appartenance à un "groupe extrémiste", faisant valoir que leurs études religieuses privées indiquaient qu'ils faisaient partie d'un groupe organisé qui diffusait des textes contenant des idées "fondamentalistes" et "extrémistes". Il a même avancé que la participation de ces hommes à des matchs de football organisés assez régulièrement dans un stade du centre de la ville faisait partie de leur "préparation à la construction d'un Etat islamique". A ce jour, Sabirov et les autres sont toujours en prison.
Un membre du Hizb ut-Tahrir, Nakhmiddin Juvashev, s'est livré lui-même à des agents du SNB en 1999 après avoir entendu le gouvernement promettre que les personnes qui reconnaissaient avoir suivi la "mauvaise" voie religieuse seraient pardonnées. En lieu et place d'un pardon, il a été arrêté et torturé. Les plaintes déposées par Juvashev auprès des autorités locales à propos des tortures endurées n'ont fait que conduire à de nouvelles exactions: des agents l'ont déshabillé, ne lui laissant que son sous-vêtement, ils l'ont menotté et suspendu à une barre horizontale. Ils l'ont ensuite battu jusqu'à ce qu'il accepte de signer une déclaration disant qu'il n'avait jamais été torturé. Juvashev a été condamné, mis en liberté conditionnelle, puis à nouveau arrêté par la police en août 2000. Il a subi de nouvelles tortures, et a été jugé et condamné pour "extrémisme religieux". Il purge actuellement une peine d'emprisonnement de 14 ans.

02/04/04 -Nouvelle explosion à Tachkent
Une nouvelle explosion est survenue mercredi lors d'une opération « antiterroriste » à Tachkent, la capitale de l'Ouzbékistan placé sous un contrôle policier renforcé, et où une trentaine de personnes ont été interpellées après les attentats de ces derniers jours, attribués par les autorités aux extrémistes islamistes.
Selon le correspondant sur place de l'agence russe Ria-Novosti, citant un officier de police, un terroriste présumé poursuivi par les forces de l'ordre a déclenché un engin explosif avant de se retrancher dans une maison du quartier Sabidrakhimovski, dans la vieille ville au sud-ouest de la capitale ouzbèke. L'explosion aurait fait deux blessés parmi les policiers, selon la même source, qui a indiqué que le terroriste présumé avait pris deux otages. « Il y a eu des tirs puis deux explosions » dans une maison d'habitation, a déclaré Aziz, un habitant du quartier. Un autre témoin a assuré lui aussi que l'explosion était survenue lors d'une opération policière.
Les forces de l'ordre ont bloqué la zone et il était impossible dans l'immédiat d'obtenir des précisions sur place.
Le procureur général de l'Ouzbékistan Rachid Kadyrov a pour sa part annoncé que trente personnes avaient été interpellées, soupçonnées d'être impliquées dans les attentats et attaques qui ont touché ces derniers jours ce pays d'Asie centrale allié des États-Unis. Policiers et militaires, lourdement armés, patrouillaient en force hier dans les rues de Tachkent, contrôlant notamment chaque véhicule entrant dans la capitale.
« La police a contrôlé tout le monde, y compris les vieux et les femmes. Elle a vérifié les sacs et les poches de chacun », a raconté Saïd Ourinov, étudiant de 21 ans, arrivé par train de Samarkand.
La frontière avec le Tadjikistan, d'où les autorités craignent l'infiltration de groupes extrémistes, était toujours fermée hier, de même que celle avec le Kirghizstan, selon des médias de ce pays. Les portes des écoles et des universités devraient aussi rester closes pour un temps encore indéterminé.
Source : L'Orient-Le Jour, Beyrouth, 1er avril 2004

01/04/04 - État de guerre à Tachkent
C'est un véritable état de guerre qui règne à Tachkent, la capitale ouzbèke, où les forces de sécurité se sont déployées tous azimuts depuis lundi, lorsque deux bombes ont explosé près du plus grand marché de la ville. Les écoles et universités ont été fermées, les frontières bouclées et des rafles ont eu lieu un peu partout pour arrêter des "suspects". Mardi, des combats ont opposé pendant cinq heures les forces de sécurité et des inconnus retranchés dans un immeuble de Ialangatch, un quartier du nord de la capitale. "Au moment d'être arrêtés, 20 terroristes se sont faits exploser. Par ailleurs, trois policiers sont morts et cinq autres ont été blessés à divers degrés de gravité", a annoncé dans un communiqué le ministère de l'Intérieur. Selon une habitante de Ialangatch, Farida, les islamistes armés, qui ont opposé une farouche résistance tout au long de la journée, ont en outre tué un civil, le prenant apparemment pour un policier. Le même témoin a précisé avoir vu une femme portant une ceinture d'explosifs se faire sauter après avoir été touchée au pied par la police qui craignait de l'approcher. Un policier a confirmé que plusieurs des "terroristes" s'étaient fait exploser pour échapper à la capture.
D'autres combats ont eu lieu près de l'usine de tracteurs TTZ, au cours desquels 16 "insurgés" et 3 policiers auraient été tués. Une série d'autres échanges de coups de feu et d'explosions ont été entendus dans et autour de Tachkent. Selon une source indépendante, les engins explosifs utilisés étaient rudimentaires et une partie des "insurgés" se sont armés en attaquant des policiers et en leur dérobant leurs armes. Une hypothèse vraisembalble qui circule est que les "insurgés" appartiennent à un nouveau mouvement qui ne serait lié ni au Mouvement islamique d'Ouzbékistan ni au Hizb-ut-Tahrir et qui aurait été constitué par des citoyens révoltés par la dictature d'Islam Karimov, au pouvoir depuis 14 ans dont un seul chiffre résume la nature : 6 500 prisonniers politiques et d'opinion. Quoiqu'il en soit, l'ex-communiste, meilleur allié de Washington en Asie centrale, peut compter sur ses amis : Colin Powell lui a téléphoné mardi pour lui proposer l'aide US dans son combat contre les énigmatiques "terroristes".
" Ils se sont précipités pour lier ces attaques au terrorisme islamiste international, plutôt que de chercher d'éventuels mécontentements à l'intérieur du pays", souligne pour sa part Acacia Shields, de l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW). "Mais nous n'avons aucune information véritable sur les éléments d'enquête". "Nous craignons une intensification des arrestations contre les musulmans dissidents pacifiques, comme cela s'était passé en 1999", ajoute Mme Shields.

 

31/03/04 - Confusion et désinformation après les attentats de Tachkent
Il est impossible de connaître la vérité sur les événements qui ont eu lieu en Ouzbékistan depuis dimanche soir 28 mars et qui auraient fait au moins 19 morts et 26 blessés. Voici ce que l'on peut savoir en recoupant plusieurs sources : lundi matin 29 mars, à 50 minutes d'intervalle, deux femmes se sont faites sauter avec des bombes près de la gare routière qui jouxte le grand marché de Chorsu. Sur ce même marché, la veille, des policiers auraient battu à mort un vendeur. de manière générale, la tension est vive entre la police et une grande partie des marchands de ce marché, qui sont dans l'illégalité, n'ayant pas les moyens de satisfaire à toutes les conditions requises pour vendre des produits sur le marché. D'autre part, une explosion dans un appartement de Boukhara aurait fait 10 morts et 26 blessés. De sources officielles, cet appartement était une fabrique d'explosifs utilisée par des terroristes. Enfin mardi, les forces de sécurité ouzbèkes auraient tué 24 personnes lors du "siège" d'une maison hébergerant des terroristes près de la résidence officielle du président Islam Karimov. D'autres affrontements auraient lieu en divers lieux de la capitale Tachkent. Les autorités ouzbèkes ont accusé, sans preuves, le Mouvement islamique ouzbek (MIO) et le Hizb-ut-Tahrir (Parti de la libération). Ce qu'on peut constater à ce sujet, c'est que le Mouvement islamique ouzbek, actif dans la guerre civile au Tadjikistan de 1992 à 1997, s'était replié en Afghanistan, puis au Pakistan, où il semble que ses combattants aient été la cible principale de l'offensive de l'armée pakistanaise déclenchée le 16 mars au Waziristan-Sud. Il semble curieux qu'il réapparaisse soudain à Tachkent. Quant au Hizb-ut-Tahrir, il a toujours prôné des méthodes non-violentes. Son porte-parole à Londres, Imran Wahid, a démenti toute implication dans les explosions de Tachkent : "Il faut blâmer pour ces attentats le régime tyrannique ouzbek qui a déjà orchestré dans le passé de tels événements afin de supprimer toute opposition politique islamique légitime,", a-t-il ajouté.

30/03/04 - Attentat à Tachkent
Une bombe a explosé lundi matin à l'entrée du magasin "Le monde des enfants", à côté du plus grand marché de la capitale ouzbèke, le Tchorsou. Le premier bilan annoncé a été de 2 morts, mais il pourrait s'avérer plus lourd. Selon des informations non confirmées un autre attentat aurait eu lieu à Boukhara. Les derniers attentats ayant eu lieu à Tachkent remontent à février 1999, lorsque six bombes avaient explosé. Plus de 100 personnes avaient été accusées de ces attentats, dont Mohamed Solih - aujourd'hui exilé en Europe occidentale - et Tahir Yuldash - aujourd'hui signalé au Waziristan-sud. Ils avaient été condamnés à mort par contumace avec plusieurs dizaines d'autres accusés.
Sources : Itar-Tass, AFP, AP, IRNA, 29 mars 2004

25/03/04 - Karimov réclame la peau de l'ours avant même qu'il soit pris
Le Président Islam Karimov vient de déclarer que si les forces pakistanaises arrêtaient des militants islamistes ouzbeks au Sud-Waziristan, elles devaient ls remettre à la justice ouzbèke, car "c'est une norme internationale". Après avoir entretenu pendant une semaine des rumeurs selon lesquelles Ayman Al Zawahiri était encerclé dans le sud-Waziristan, l'armée pakistanaise, en effet, laisse désormais entendre que le "gros poisson" encerclé serait le militant ouzbek Tahir Yuldash, dirigeant du Mouvement islamique ouzbek (MIO). Karimov a lancé : "Yuldash est un criminel parmi d'autres qui doit être traduit en justice." Condamné à mort par contumace, Tahir Yuldash a quitté l'Ouzbékistan dans les années 90 pour participer à la guerre civile au Tadjikistan. Il a créé le MIO, qui regroupe des militants ouzbeks, tadjiks, kirghizes et ouïghours. Après la mort au combat de son frère d'armes Juma Namangani, il aurait dirigé la résistance afghane aux forces US durant l'Opération Anaconda au printemps 2002. Puis il se serait retiré avec ses hommes au Waziristan. Selon le journaliste pakistanais Ahmed Rashid, il s'est rendu populaire dans les zones tribales par ses très belles récitations du Coran. Ses hommes se seraient fondus dans la population locale. L'agence Reuters a reçu cette semaine une cassette vidéo où on voit Tahir Yuldash, barbu et enturbanné, exhortant ses hommes en ouzbek et en arabe. Son groupe est constitué, selon l'armée pakistanaise, de "combattants professionnels".
Source : The News, Jang Group, 23 mars 2004

 

20/03/04 - RSF alerte Chris Patten sur le sort de cinq journalistes emprisonnés
Reporters sans frontières s'est adressée à Chris Patten, commissaire européen aux Relations extérieures, qui doit rencontrer les 18 et 19 mars à Tachkent le président Islam Karimov au cours d'une tournée en Asie centrale, afin qu'il aborde la question de la liberté de la presse et le sort de cinq journalistes emprisonnés.
L'organisation a particulièrement insisté sur le cas du journaliste et défenseur des droits de l'homme Ruslan Sharipov, emprisonné depuis le 26 mai 2003 et condamné à quatre ans de prison pour homosexualité et relations sexuelles avec mineurs. Reporters sans frontières considère que l'objectif de ce procès inique était de faire taire une voix dissidente et de mettre en garde les autres journalistes et défenseurs des droits de l'homme ouzbeks.
Ancien président de l'organisation de défense de la liberté de la presse UIJU (Union of journalists of Uzbekistan) et correspondant de l'agence de presse russe Prima, Ruslan Sharipov fait l'objet, depuis plusieurs années, de multiples pressions qui visent à lui faire abandonner ses activités de défense des droits l'homme et à l'empêcher de critiquer les autorités dans ses articles.
Au début de sa détention, le journaliste a déclaré à plusieurs reprises avoir subi des pressions physiques et psychologiques. En raison de la peine déjà purgée et de sa bonne conduite, Ruslan Sharipov bénéficie, depuis le 12 mars 2004, de conditions de détention plus souples. Il pourrait, selon les autorités, être libéré en juin.
RSF a signalé au commissaire européen que quatre autres journalistes sont actuellement emprisonnés en Ouzbékistan :
Jusuf Ruzimuradov, rédacteur en chef du journal d'opposition Erk, a été condamné le 18 août 1999 à une peine de huit ans de prison. Des menaces de viol à l'encontre des membres de sa famille, ainsi que des tortures et des pressions psychologiques ont été utilisées afin d'obtenir ses aveux. Il est accusé d'avoir voulu "renverser le pouvoir par la force", de "participation à une organisation illégale" et d'"insulte par voie de presse" au Président.
Le même jour et pour les mêmes motifs, Mohammed Bekjanov, également journaliste de Erk, a été condamné à une peine de quinze ans de prison.
Madjid Abduraimov, de l'hebdomadaire Yangi Asr, a été arrêté le 10 mars 2001 et condamné, quelques mois plus tard, à treize ans de prison pour corruption. Il est connu pour ses articles critiques vis-à -vis des autorités politiques et judiciaires.
Gayrat Mekhliboyev a été condamné le 18 février 2003 à sept ans de prison pour "appartenance au parti islamiste interdit Hizb ut-Tahrir", "activités anticonstitutionnelles", et "agitation religieuse", un mois après avoir terminé ses études de journalisme à l'Université de Tachkent. Il est accusé d'avoir utilisé ses activités journalistiques pour faire de la propagande religieuse.
Source : www.rsf.org

07/03/04 - Ouverture du Centre antiterroriste de l'OCS à Tachkent
Le Centre antiterroriste de l'Organisation de Coopération de Shanghaï a été inauguré le 3 mars à Tachkent par le président ouzbek Islam Karimov, qui a appelé les pays membres de l'organisation à partager les informations sur le terrorisme. « Nous avons un but commun. Pour l'atteindre, il ne devrait y avoir aucune hésitation ni aucun secret entre nous.» Les six pays membres de l'OCS sont la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan.

Protestations contre l'arrestation à Moscou d'un opposant ouzbek
Au cours d'une conférence de presse à Moscou le 2 mars, Vitaliy Ponomarev, directeur du Programme de surveillance des droits humains en Asie centrale et des représentants du Hizb ut-Tahrir al Islami (Parti islamique de la libération) ont dénoncé l'arrestation, à moscou, à la mi-février, de Yusuf Qosimokhunov, considéré comme l'un des dirigeants du Parti de la libération, dont l'Ouzbékistan aurait deamndé l'extradition. les orateurs se sont également élevés contre la décision de la Cour suprême russe de considérer le parti comme une "organisation terroriste", n'y voyant là qu'une concession à l'Ouzbékistan, "afin de pouvoir persécuter des Ouzbeks et de na pas leur accorder l'asile politique en Russie. d'après sa femme, Qosimokhunov a été enlevé par les services de sécurité russes "sans doute le 13 février" et sa famille ignore toujours où il est détenu. L'été dernier, 55 Ouzbeks avaient été arrêtés en Russie, suspectés d'être des "terroristes". Il s'était avéré qu'ils étaient de simples travailleurs immigrés et ils avaient donc tous été relâchés.
Source : Kommersant, Moscou, 3 mars 2004

27/02/04 - Rumsfeld à Tachkent
La commutation de la peine infligée à Fatima Mukhadyrova suffira-t-elle à débloquer les 10 millions de $ d'aide militaire US promise à l'Ouzbékistan et suspendue à la délivrance d'un certificat par le département d'État de "progrès dans le domaine des droits humains" ? C'est encore trop tôt pour le dire, mais Rumsfeld, en visite à tachkent, s'est dit satisfait de cette libération. Il a précisé que les USA, qui utilisent l'Ouzbékistan comme base arrière pour leurs opérations en Afghanistan, n'ont pas l'intention d'établir des bases militaires permanentes dans ce pays mais souhaitent disposer "occasionnellement" de "sites opérationnels". Il a précisé que les relations militaires avec l'Ouzbékistan "sont fortes" et "deviennent chaque mois plus fortes". Quant à la torture, utilisée systèmatiquement et de manière routinière dans les prisons ouzbèkes, où sont détenus 6 000 prisonniers de conscience, elle ne semble pas trop déranger les maîtres de Washington. Après tout, ce ne sont jamais que des musulmans que l'on torture au royaume de M. Karimov...
Source : Reuters, 24 février 2004


Fatima Mukhadirova libérée à la veille d'une visite de Donald Rumsfeld
Devant la vague de protestations qui avaient accueilli la condamnation à 6 ans de travaux forcés de Fatima Mukhadirova et à la veille d'une visite à Tachkent de Donal Rumsfeld, le régime ouzbek a fait marche arrière. Le 24 février, une cour d'appel a commué la peine en une amende correspndant à 8 mois de salaire moyen (230 euro). Fatima Mukhadirova, 62 ans, n'a cependant pas été déclarée innocente. Condamnée le 12 février dernier, Fatima était la mère de Muzafar Avazov, un détenu musulman mort sous la torture en août 2002. Réclamant qu'une enquête impartiale soit menée sur cette mort, elle avait été accusée d'être membre du même parti que son fils, le Hizb ut-Tahrir (Parti de la libération), dont 4 000 membres et sympathisants, réels ou supposés, sont emprisonnés en Ouzbékistan.
Source : www.forum18.org

 

18/02/04 - Condamnation à mort à Tachkent
Azizbek Karimov, 25 ans, a été condamné à mort lundi 16 février par la Cour suprême ouzbèke. Accusé de faire partie du Mouvement islamique d'Ouzbékistan (MIO), il a été reconnu coupable de deux attentats commis au Kirghizistan, le premier contre un marché de Bichkek en décembre 2002 et le second contre un bureau de la Western Union à Osh en mai 2003. 8 personnes étaient mortes dans ces attentats et de nombreuses autres blessées. Des membres kirghizes de son groupe ont été arrêtés au Kirghizistan, où ils attendent leur jugement.
Selon le juge Nuritdin Tuhliyev, qui a annoncé le verdict, Karimov s'était rendu en Tchétchènie en 1998, où il avait été formé au maniement des explosifs et à la topographie. De mars 1999 à la fin de 2001, il se trouvait en Afghanistan, sous les ordres de Tahir Yuldash, dirigeant du MIO, activiement recherché par la police ouzbèke. Karimov va se pourvoir en cassation contre sa condamnation.
Source : AP, 17 février 2004

17/02/04 - Elle voulait savoir qui avait tué son fils : elle est condamnée à six ans de travaux forcés !
Muzafar Avazov était l'un des six mille Musulmans indépnedants détenus dans les prisons ouzbèkes. En août 2002, il est mort en prison. Selon le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, il avait été immergé par ses tortionnaires dans de l'eau bouillante. Tous ses ongles avaient été arrachés. Sa mère a commencé à se battre pour connaître la vérité. Mal lui en a pris. Fatima Mukhadirova, 62 ans, vient d'être condamnée, le 12 février, par un tribunal de Tachkent, à six ans de travaux forcés. Son plus jeune fils est aussi emprisonné, accusé d'être membre du Hizb ut-Tahrir (Parti de la libération). Pour calmer les critiques des organisations nationales et internationales de défense des droits humains, le gouvernement ouzbek avait annoncé, la veille du verdict, qu'il était d'accord pour que le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture revienne en Ouzbékistan pour enquêter sur les "améliorations" apportées par le régime, qui a inclus la torture comme un délit dans le Code pénal et a fait condamner 15 tortionnaires.
Sources : Human Rights Watch et IRINnews

 

07/02/04 - 5806 détenus libérés par l'amnistie
Selon la radio d'État ouzbèke, c'est un total de 5 806 détenus qui ont pu être remis en liberté à ce jour, en application du décret d'amnistie signé en décembre par le président Karimov. Le décret d'amnistie s'est appliqué à ce jour à plus de 13 000 détenus. Les autorités ont aidé 3 355 détenus "pardonnés" à trouver du travail.

 

03/02/04 - Les prisonniers entre amnistie et torture


Selon les services du procureur général de Tachkent, l'amnistie décrétée par le président Karimov le 1er décembre dernier a permis de qualifier pour la libération au 1er janvier 2004 3 853 condamnés et la libération effective de 3 381 détenus, dont 391 qui avaient été condamnés pour "sabotage de l'ordre constitutionnel". Au total, depuis 1997, 199 000 détenus ont été libérés au gré des diverses amnisties.
Le chef de la prison de Tovoqsoy dans la région de Tachkent, Mirmahmud Mirazimov, a déclaré au journal Toshkent Haqiqati qu'environ 200 détenus, dont 34 "saboteurs de l'ordre constitutionnel" avaient été libérés à la faveur de l'amnistie, la plupart d'entre eux étant des jeunes.
Cette amnistie élastique - elle s'applique à certaines catégories de détenus - s'accompagne de dénonciations des tortures et mauvais traitements subis par les prisonniers, surtout les prisonniers de conscience musulmans. Le 20 janvier, le Groupe d'initiative des militants indépendants des droits humains d'Ouzbékistan a organisé une rencontre avec des femmes de Samarcande et Tachkent dont les parents sont des prisonniers religieux. La soeur d'un prisonnier a rapporté que deux douzaines de détenus avaient été mis à l'isolement les 7 et 8 janvier pour les punir d'avoir prié. "Les détenus ont été violés et battus avec des bâtons cloutés jusqu'à ce qu'ils s'évanouissent", a-t-elle dit, ajoutant que le gouverneur de la prison avait bloqué une lettre de plainte adressée par les détenus au procureur général. D'autres femmes ont dénoncé les mauvais traitements contre leurs proches détenus à Zarafshan, dans le centre du pays et à Zhazlyk, dans la République autonome du Karakalpakstan, au nord du pays.
De son côté, l'Association pour la démocratie en Ouzbékistan, basée à Amsterdam, a publié l'interview d'un ancien prisonnier amnistié en janvier. Celui-ci a rapporté que des détenus du Hizb ut-Tahrir (le Parti de la libération) du pénitentier de Qiziltepa dans le district de Navoiy avaient été sévèrement battus et violés par des gardiens. Sur les 2027 détenus, 202 avaient été condamnés en vertu de l'article 159 du Code pénal, qui punit les tentatives de sabotage de l'ordre constitutionnel. « Ce pénitentcer est gouverné par la loi de la jungle. Tout dépend du bon vouloir du gouverneur de la prison. Nous avons envoyé des plaintes au procureur régional et au procureur général. Au lieu d'améliorer les conditions, ils nous ont trasnférés dans un établissement avec un régime encore plus strict.» Les détenus ont donc entamé une grève de la faim le 12 mai 2003 pour revendiquer le droit de prier et de ne pas être mis à l'isolement sans raison. Ce jour-là, ils purent prier sans problèmes. Mais le 17 mai, alors qu'ils commençaient à prier après le réveil, ils furent mis à l'isolement et ceux qui poursuivaient leur grève de la faim furent torturés. Leurs plaintes à la justice ne donnant aucun résultat, les détenus se sont alors tournés vers les groupes internationaux de défense des droits humains et les journalistes étrangers. En riposte, les gardiens se sont mis à les harceler : «Ce sont les infidèles qui travaillent pour la BBC et Radio Liberty. Vous êtes des Musulmans, comment pouvez-vous demander de l'aide à ces infidèles ?»
Une femme a raconté lors d'une conférence de presse le 21 janvier son calvaire et celui de son fils, emprisonné depuis 4 ans, pendant lesquels elle n'a reçu que deux ou trois lettres de lui, tandis qu'il n'a reçu aucune des lettres qu'elle lui avait écrites. « J'ai pu voir son état quand je lui ai rendu visite. Je pouvais à peine le regarder : il était tout noir et bleu. Il m'a dit que 20 gardiens lui avaient donné la bastinado (bastonnade) jusqu'à ce qu'il s'évanouisse. »
Les parentes de détenus disent enfin que les responsables gouvernementaux, quand elles vont se plaindre chez eux, leur demandent de donner les noms des détenus qui se plaignent de mauvais traitements. Ce qu'elles refusent de faire, car elles savent qu'ensuite les détenus seraient soumis à de nouveaux mauvais traitements, en représailles.
Ainsi va la vie dans la démocratie d'Islam Karimov le mal-prénommé.
Source : EurAsiaNet, 1er février 2004

 

29/01/04 - Ouzbékistan : La chasse aux témoins de Jéhovah


La police ouzbèke, même si elle concentre sa chasse à l'homme sur les Musulmans, qui constituent la totalité des 6500 prisonniers de conscience du pays, n'oublie pas pour autant les autres, comme par exemple les Témoins de Jéhovah, qui sont plutôt inoffensifs. C'est ainsi que deux femmes appartenant à cette secte, Gulya Boikova et Parakhat Narmanova, ont été arrêtées le 20 décembre à Karsh, dans le sud du pays, alors qu'elles prêchaient dans la rue. Retenues au commissariat de police plus de 11 heures, elles ont été insultées et menacées de viol. Le 22 janvier, elles ont comparu devant le juge Abdukadyr Boibilov, qui a ordonné un complément d'enquête. En juillet 2002, un témoin de Jéhovah de Tachkent, Marat Mudarisov, était arrêté pour être condamné à une peine de prison en novembre 2002. En octobre 2003, sa condamnation a été abrogée sous les pressions internationales.
Source : www.forum18.org

25/01/04 - Ouzbékistan : Comment se débarrasser de George Soros ?

Instruit par l'expérience géorgienne, où le président Chevernadzé a été balayé par une "révolution de velours" financée et appuyé par des organisations "démocratiques" US, le président ouzbek Karimov, ancien apparatchik communiste, ne veut pas connaître le même sort que son ami de Tbilissi. Il vient donc de décider que les organisations étrangères opérant en Ouzbékistan devront, à  compter du 1er mars prochain, être enregistrées auprès du ministère de la Justice et non plus, comme auparavant, auprès du ministère des Affaires étrangères. Craignant de ne pas obtenir l'agrément, les organisations US poussent de hauts cris et dénoncent les "violations des droits de l'homme". Les organisations qui se sentent le plus visées sont l'Open Society Institute, le National Democratic Institute and l'International Republican Institute, les mêmes qui ont aidé l'oppoisition géorgienne à  renverser Chevernadzé et qui, en Ouzbékistan, "travaillent" avec les groupes d'opposition. Alisher Ilkhamov, qui dirige l'Open Society Institute à  Tachkent, déclare ainsi : "Après les évènements en Géorgie, le gouvernement ouzbek a réalisé que la présence des organisations internationales pouvait le miner de l'intérieur, par son travail auprès des jeunes visant à  changer leur esprit" (sic). L'Open Society Institute n'est autre que l'arme de déstabilisation fondée par le spéculateur milliardaire US George Soros, issu d'une famille hongroise juive et présente dans tous les pays de l'ancien bloc soviétique et communiste. L'institut a à  son actif notamment le renversement de Milosevic en Serbie. Le National Democratic Institute and l'International Republican Institute sont les instituts des partis démocrate et républicain US chargés d'exporter la démocratie "made in USA" chez les arriérés. Le problème pour Karimov est maintenant : comment se maintenir au pouvoir en continuant à  satisfaire à  la fois Moscou et Pékin - auxquels il est lié au sein du groupe de Shanghaï, mais qui ne lui donnent pas un sou  - et Washington, à  qui il a accordé une base aérienne pour lancer la guerre contre l'Afghanistan en 2001 et dont il a reç u depuis 1991 800 millions de $, dont 86 en 2003 ?
Source : AP, 22 janvier 2004

11/12/03 - encore une amnistie publicitaire

Le régime autoritaire du président Islam Karimov a pris l’habitude depuis septembre 2000 de proclamer régulièrement des amnisties de prisonniers pour calmer les critiques internes et externes. Ainsi, à l’occasion du Jour de la Constitution, le 8 décembre, une quatrième amnistie a été proclamée. L’un de ses objectifs est de satisfaire aux conditions posées à l’octroi de crédits par la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD). Reste à savoir quels prisonniers exactement vont pouvoir en bénéficier. De source officielles, on laisse entendre qu’environ 7 000 détenus pourraient ainsi être élargis, mais de nombreux observateurs émettent des doutes sur ce chiffre. Ce qui est sûr, c’est que les prisonniers de conscience en seront certainement exclus, à quelques exceptions près. Selon les chiffres officiels, lors de la précédente amnistie, en décembre 2002, 4 092 détenus, dont 923 “extrémistes”, avaient été libérés. C’est peu rapporté au chiffre de 200 000 détenus dans tout le pays, dont, selon les sources, de 3 400 à 6 000 prisonniers de conscience, détenus pour des motifs politiques ou religieux, ce qui est beaucoup plus qu’à l’époque soviétique. Selon Tolib Yokubov, président de la Société des droits humains d’Ouzbékistan, “le gouvernement est sous pression internationale depuis que des milliers de Musulmans ont été injustement poursuivis et emprisonnés suite à des procès inéquitables.” Selon le décret portant amnistie, pourraient bénéficier de l’amnistie les petits délinquants, les femmes, les hommes de plus de 60 ans, les étrangers et les malades graves, mais aussi les membres d’ “organisations religieuses extrémistes” purgeant une première peine de moins de 10 ans à condition qu’ils se repentent. Selon Yokubov, seulement une douzaine des plus de 800 prisonniers de conscience de la prison de Chirchick bénéficieraient de l’amnistie. “Le gouvernement se moque non seulement de la société ouzbek mais aussi de la communauté internationale.” Un des moyens trouvés par le régime Karimov pour exempter les prisonniers de conscience de l’amnistie est de les accuser d’avoir enfreint les règlements internes des prisons, explique Matilda Bogner, qui dirige le bureau de Human Rights Watch de Tachkent. Elle explique aussi que les autorités obligent les détenus d’opinion à demander le pardon aux autorités: “En cas de refus, ils sont punis en étant battus, placés dans des cellules punitives d’isolement ou autres.” Vasila Inoyatova, qui dirige la Société des droits humains d’Ouzbékistan à Ezgulik révèle par ailleurs que certains prisonniers ont du débourser jusqu’à 1 000 $ pour pouvoir bénéficier de l’amnistie ou pour voir leur peine réduite.
 
pour les droits des Musulmans “indépendants”
Une dizaine de défenseurs des droits humains ont organisé le 2 décembre un rassemblement de protestation devant le siège de l’administration de la capitale Tachkent pour demander la démission du ministre de l’Intérieur ouzbek. Les manifestants ont dénoncé l’arrestation et la torture de Musulmans “indépendants” durant le Ramadan et les festivités de l’Aid El Fitr et exigé le droit au libre enregistrement des partis politiques d’opposition et des organisations de défense des droits humains.
D’autre part, pour protester contre la violation de leurs droits professionnels, 400 avocats ont déclenché le 3 décembre une grève fixée jusqu’au 13 décembre. Ils dénoncent les entraves à leur activité de la part des autorités et le faible taux fixé pour leurs honoraires par le gouvernement.