Interdiction d'un ordre soufi et vague d'arrestations
de Chinois musulmans
Cette fois-ci ce ne sont pas Ouïghours qui ont été
frappés, mais des Huis - c'est-à-dire des Chinois Han
de religion musulmane - dans la préfecture autonome d'Ili-Kazakh,
au Xinjiang. L'ordre soufi de Sala, proche de la Qadiriya, fondé
au début du XXème siècle dans la province du Qinghai,
s'est progressivement étendu dans d'autres provinces, dont celle
du Gansu. Au mois d'août, l'ordre a été interdit
par les autorités chinoises et 179 de ses adeptes ont été
arrêtés, selon le Congrès mondial ouïghour.
Plusieurs mosquées ont été fermées, dont
l'une suite à la conversion à l'Islam de trois Chinois.
Une des raisons de ces arrestations seraient que les autorités
chinoises sont disposées à reconnaître que l'Islam
est la religion de certaines minorités non-chinoises turcophones
- ouïghours, kazakhs et kirghizes - mais ne verraient pas du tout
d'un bon oeil la diffusion de l'Islam chez les Han, l'ethnie majoritaire
au pouvoir à Pékin.
Le premier août 2005, une enseignante de religion ouïghoure,
Aminan Momixi, a été arrêtée ainsi que 37
de ses élèves, pour "possession illégale de
matériel religieux et d'informations historiques subversives"
(sic!). Le 20 juillet, dans le centre du Xinjiang, 3 Ouïghours
ont été arrêtés pour possession du Michkat
Al Misabih, un livre relatant la vie et l'oeuvre du Prophète.
De quoi leur valori au moins dix ans de travaux forcés, comme
pour cet Ouïghour qui avait traduit la déclaration universelle
des droits humains en ouïghour. "Informations historiques
subversives" : on croit rêver ...
Source : www.forum18.org
La colonisation à la baguette des Ouïgours musulmans
par Pierre HASKI, Libération, 7 septembre 2005
A l'extrême ouest du pays, la région autonome du Xinjiang,
riche en pétrole et en minerais, aiguise les appétits
du pouvoir central. L'installation en masse de l'ethnie chinoise dominante
Han, soutenue par une répression policière, marginalise
peu à peu la culture des Ouïgours.
Khotan, envoyé spécial - Le soir venu, la chaleur étouffante
de l'été commence à décliner, et les habitants
de Khotan, une oasis située au coeur de l'ancienne route de la
soie, sortent prendre l'air plus frais. Il y a quelques siècles
ou même encore quelques années, c'est dans les rues du
vieux bazar que les familles se seraient retrouvées. Aujourd'hui,
le bazar est en décrépitude, et on se rend place de l'Union,
sous le regard du président Mao, dont la sculpture géante
vient d'être érigée au coeur de la ville nouvelle
chinoise.
Khotan est tout un symbole : située entre le désert du
Taklamakan et le début des montagnes tibétaines, cette
ville du Xinjiang, dans l'extrême ouest de la Chine, a une histoire
vieille de plus de deux mille ans. Etape importante sur la route des
caravanes qui faisaient le commerce Est-Ouest au cours du premier millénaire,
elle a été un royaume souverain, d'abord bouddhiste puis
musulman, a été conquise par tous les empires qui se sont
affrontés pour ces arpents de sable, et est demeurée jusqu'à
ce jour frondeuse et rebelle.
Le spectacle de la place de l'Union, en cette soirée estivale,
est frappant. Des centaines de Chinois Han, l'ethnie dominante de l'ex-Empire
du milieu, se promènent en famille au milieu des vendeurs de
jade, de maïs ou de fruits secs ouïgours, l'ethnie principale
du Xinjiang. Une grande avenue à trois voies de chaque côté
longe la grande place, qui évoque immanquablement Tiananmen,
celle de Pékin. Tout autour, des centres commerciaux, des boutiques
de vêtements ou de téléphones portables, des restaurants
du Sichuan ou du Henan... Là où il n'y avait, il y a quelques
années, que quelques fonctionnaires et soldats venus du reste
de la Chine, il existe aujourd'hui une vraie population variée
et active, qui s'est installée dans la durée aux marches
occidentales de l'empire.
La modernité est arrivée à Khotan, ou plutôt
à Hetian, son nom chinois. Mais cette modernité est façonnée
et modelée par l'empire victorieux, qui est bien décidé
à ne plus jamais perdre le contrôle de cette terre si longtemps
convoitée. Une stratégie de «colonisation interne»
est mise en oeuvre avec de gros moyens financiers, afin de changer,
à tout jamais, la géographie physique et humaine de ce
territoire grand comme trois fois la France, riche en pétrole,
gaz et minerais, aux frontières ultrasensibles de l'Afghanistan,
de l'Asie centrale ex-soviétique, et de la Russie elle-même.
Lire la suite sur http://www.liberation.fr
|