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Groupe de Shangaï - Chine

 
 

Le PC chinois organise la purge d'Internet


Au moins 20 000 «cyberpoliciers» traquent sur la Toile la moindre contestation du régime et tentent d'isoler du monde cent millions d'internautes.
par Jean-Jacques Mével, Le Figaro, 11 octobre 2005

LORSQUE DES MILLIONS DE CHINOIS ont choisi cet été une étudiante ébouriffée du Sichuan comme la Super Girl («super nana») de leur émission préférée, les censeurs auraient pu s'inquiéter d'une commercialisation excessive de l'image de la femme, voire d'une dérive contestable sur le mode occidental.


Les patrons du Parti communiste chinois (PCC) connaissent leurs points faibles. A la différence du président Hu Jintao, la sympathique Mlle Li Yuchun a été élue, avec 3,52 millions de voix recueillies par textos (SMS), contre 3,27 millions à sa concurrente la plus directe. La censure, inquiète de ce précédent dangereux dans un pays qui ignore le suffrage universel, a réagi sans tarder. Ordre a été donné aux médias et surtout aux grands portails Internet «de taire tout commentaire de nature politique» sur l'élection concurrentielle de la Super Girl.


L'anecdote vaudrait à peine le sourire si elle n'avait été suivie trois semaines plus tard d'une vigoureuse reprise en main d'Internet. Elle désole tous les Chinois ­ le pays compte cent millions d'internautes ­ qui comptaient sur l'essor de la Toile, des courriels, des forums et des blogs pour desserrer l'étau de la pensée unique. «L'opinion publique va rester bâillonnée, regrette l'un des responsables d'un grand portail à Pékin. Peut-être faudra-t-il attendre la génération suivante.»


L'espoir demeure que la cyberrévolution finira par apporter à la Chine ce que les réformes économiques, engagées depuis plus de vingt ans, n'ont pas déclenché : l'éclosion d'une société civile, échappant au contrôle de l'Etat-Parti, à défaut de multipartisme. Dans l'immédiat, le pouvoir s'emploie plutôt à perfectionner une surveillance qui «ferait mourir de jalousie les maîtres du 1984 de George Orwell», écrivait récemment l'écrivain exilé Ma Jian dans les colonnes du South China Morning Post (Hongkong).


Grâce à de puissants logiciels de filtrage, Pékin a réussi à dresser tout autour du pays une sorte de bouclier idéologique qui permet d'isoler l'Internet chinois du reste du monde. Dès le départ, le but était de limiter l'accès des Chinois ­ déjà handicapés par leur méconnaissance des langues étrangères ­ aux informations gênantes pour le régime, qu'elles traitent de la démocratie ou de la répression.


La nouvelle réglementation, divulguée fin septembre par le gouvernement central et par le département de la Propagande (nom officiel de la censure), vise un autre objectif : il s'agit de limiter l'aptitude des Chinois à exprimer publiquement des opinions personnelles, notamment dans les forums de discussion et sur les blogs, voire par courriel. «Après avoir canalisé l'information, il s'agit de bloquer le commentaire», résume un spécialiste chinois.

Bloquer le commentaire
C'est à peu près au moment où Hu Jintao a pris les rênes, il y a deux ans, que le pouvoir a commencé à s'inquiéter sérieusement d'une dynamique incontrôlée entre la presse, l'Internet et l'opinion, le tout assorti d'un pouvoir inégalé de sensibilisation aux tares reconnues du système : le creusement des inégalités, la corruption de l'Etat-Parti et l'absence de contre-pouvoir.


Fin 2003, un sombre fait divers met la Chine en effervescence plusieurs mois durant : une marchande de poireaux périt sous les roues d'une puissante BMW X53.0 Diesel Sport, berline qu'elle n'aurait jamais pu s'offrir, même si elle y avait consacré tous ses revenus en vivant jusqu'à 150 ans. La conductrice, elle, vit de l'autre côté du miroir. Elle est l'épouse d'un entrepreneur prospère et sûrement bien introduit au Parti. Elle s'évite la détention en invoquant des «maux de tête». La presse crie au scandale. L'Internet joue la caisse de résonance. Pékin fait le gros dos.

Cet automne, une controverse similaire a été tuée dans l'oeuf. Forte de son pouvoir renforcé, la censure a intimé l'ordre à la presse et surtout aux portails Internet de passer sous silence ce qui menaçait de devenir une autre cause célèbre : le cas de Wang Binyu, travailleur migrant condamné à mort après avoir assassiné son patron (et trois membres de sa famille) parce qu'il n'était pas payé depuis deux ans, en dépit d'une injonction de justice. «Cette fois-ci, le département de la Propagande a tout verrouillé en 72 heures», précise le responsable d'un des grands portails.

Jusqu'à 3 000 euros d'amende

Après une brève période d'effervescence brouillonne, l'Internet chinois se retrouve ainsi soumis à la même coupe réglée que la presse, quatrième pouvoir «à nouveau réduit au rôle de courroie transmission», comme le regrette un journaliste pékinois. Seule l'information sanctionnée par le régime et par l'agence d'Etat Chine nouvelle peut désormais s'afficher à l'écran. Quant à ceux que tenteraient un commentaire de travers, ils s'exposent à des amendes dissuasives de 10 000 à 30 000 yuans par infraction (1 000 à 3 000 euros), à la suspension de leur compte, voire à de plus graves ennuis.

Le contrôle s'exerce grâce à l'autocensure, celle des internautes d'abord et puis celle des webmestres. Le troisième rempart reste plus mystérieux : c'est l'armée des cybercenseurs, fonctionnaires dotés du pouvoir de gommer les pages d'un forum d'un coup de souris, de faire disparaître les courriels inappropriés, voire d'accumuler les preuves avant poursuites.

Le chiffre de 20 000 à 50 000 policiers rivés à l'écran 24 heures sur 24 a pu paraître exagéré jusqu'à ce que la municipalité de Pékin annonce la couleur cet été : elle recherchait 4 000 diplômés de l'université pour en faire des cyberagents chargés d'éliminer «les informations malsaines» dans la seule capitale chinoise.

 

 

ESK (Wittisheim) délocalise en Chine: 39 licenciements


... La société chinoise EKSà Wittisheim arrête sa production ce jeudi soir et la délocalise en Chine et en Suède. 39 salariés- sur 61-sont licenciés.
Près de quatre ans après le rachat d’EKS à Wittisheim par un groupe chinois, sa production de balances et de pèse-personnes s’achève ce jeudi. 39 salariés, essentiellement des femmes, sont licenciés. 22 autres resteront sur le site pour la logistique (stockage et transport).
Pour les salariés d’EKS Wittisheirn, le cauchemar de l’année 2001 revient dans tous les esprits. En effet, en 2001, les propriétaires suédois vendent EKS à un groupe chinois. L’entreprise qui fabrique des pèse-personnes et des balances de ménage (1) licencie alors 70 personnes.

Depuis 18 ans
Depuis cette date, la production va petit à petit être délocalisée: «Nous avons subi la fermeture d’un atelier, le ralentissement de la production, la diminution des heures de travail >, raconte une déléguée du personnel, «puis les Chinois ont acquis facilement nos techniques. En avril 2004, nous avons débrayé symboliquement a plusieurs reprises pour alerter la direction. En vain. Aujourd’hui, nous sommes devant le fait accompli».
EKS est installé depuis 18 ans à Wittisheim: «En rachetant EKS aux Suédois, les Chinois, qui fabriquent également des balances chez eux, ont acquis notre savoir-faire et nos carnets de commandes au niveau européen. Aujourd’hui, tout est délocalisé», constate amèrement Christine Vermeulen, déléguée CFDT du personnel. A l’époque, l’entreprise comptait au moins 170 salariés. En août 2005, il n’en restait plus que 61.
Les négociations ont commencé en août: «39 licenciements économiques, en majorité pour des femmes de 35 a 55 ans, ont été décidés. Une cellule de reclassement a été mise en place et une indemnité globale de licenciement va être répartie entre les salaries concernés».
22 employés vont rester sur le site du Centre-Alsace et travailleront dans l’administration et à la logistique:
«Les bureaux de Colmar seront fermés aussi et la dizaine de personnes qui y travaillent seront transférées a Wittisheim», assure Mme Vermeulen. Ph.G.
(1) Ikea, Lidi et Carrefour sont des clients d’EK5.
Source : Dernières Nouvelles d’Alsace, 14 septembre 2005

Le commentaire


Les Chinois ont une stratégie


par Manfred Stricker, 15 septembre 2005
Dans les relations économiques entre l’Europe et la Chine commence une nouvelle phase. Au début la Chine accueillait de grosses entreprises de pays développés voulant économiser des frais de main-d’oeuvre (par comparaison avec le coût de la main-d’oeuvre, on peut dire que les délocalisations arrivaient à quasi supprimer les coûts de main-d’oeuvre tout en maintenant les prix de vente européens; avec des bénéfices fantastiques; avec en prime la fuite devant l’impôt puisque grâce aux connaissements qui concentrent la propriété d’un bien dans un papier, ou effet, ce qui le rend transférable facilement à travers des paradis fiscaux où les marchandises ne transiteront jamais, les produits peuvent arriver à la frontière européenne à un prix assez proche du prix de vente final).
Aujourd’hui des entreprises chinoises achètent elles-mêmes, dans les pays développés les entreprises qui les intéressent. La rachat et la délocalisation de ESK, entreprise fabriquant des balances, illustre bien ce processus. Avec ESK les Chinois acquièrent non seulement des emplois – ce qui devient maintenant secondaire – mais aussi les autres éléments d’un fonds de commerce ou d’entreprise : la clientèle, un réseau, une partie d’un maché et, surtout, les brevets et, surtout le savoir-faire. Le savoir-faire n’est pas comptabilisé comme actif dans un bilan, mais il a une valeur énorme lorsqu’un pays veut implanter une activité nouvelle chez lui; et lorsqu’un pays perd cette activité. Et ce genre de pertes vont s’accroître pendant que le produit du suffrage universel discute du renouvellement des présidents et des chanceliers, de réforme fiscale et, comble, de lutte contre le chômage.
Les Chinois peu à peu s’emparent aussi de secteurs complets de marché. Il paraît que 30% de la sauce tomate consommée par les Italiens provient de Chine. Et les Chinois ont acquis d’importants moyens de production en France.
Sur le plan de la politique économique nous avons là, face à face, un gouvernement non issu du suffrage universel, et réellement intelligent, et des gouvernements issus du suffrage universel, sans exception stupides. On peut dire que le gouvernement chinois a, pour la Chine et le peuple chinois, une stratégie de développement. Alors que la seule préoccupation de la classe politique dans les démocraties est de rester au pouvoir. On peut se demander si la classe politique française, par exemple, a remarqué que les Chinois ont une stratégie pour dépouiller la France, et que cette stratégie marche comme sur des roulettes.
Un jour les Chinois auront nos emplois, notre savoir, et pourront se payer le luxe de la liberté. Alors que nous perdons peu à peu nos emplois et nos libertés. Et l’élite ne remarque rien. Mais les peuples remarquent.

 

La conquête du pétrole étranger par la Chine ne fait que commencer


Comme l'illustre l'acquisition de PetroKazakhstan par le géant chinois CNPC, l'approvisionnement en énergie de la Chine passe désormais inévitablement par l'étranger, et ce pour longtemps, prédisent les analystes.
La réussite probable de l'opération - annoncée lundi et qui nécessite encore le feu vert des actionnaires de la compagnie canadienne - ne fait pas oublier l'échec récent d'un autre groupe chinois, CNOOC, dans sa tentative de rachat de l'américain Unocal (NYSE: UCL - actualité) , mais elle rappelle en tout cas que la quête énergétique de la Chine ne fait que commencer.
"Il y a une impulsion très forte du gouvernement dans cette direction. Pour continuer à se développer, la Chine se doit de trouver de nouvelles sources d'approvisionnement", souligne David Zweig, universitaire et expert de la Chine, basé à Hong Kong.
Déjà importateur net de pétrole et deuxième consommateur derrière les Etats-Unis, doté de réserves médiocres aux perspectives peu encourageantes, selon les professionnnels, le pays plus peuplé au monde n'a guère le choix avec une économie qui devrait croître encore à plus de 8% l'an au cours des prochaines années.
"Il y a trois façons de résoudre la pénurie d'énergie en Chine. La première est de trouver du pétrole en Chine, la deuxième est d'acheter des compagnies à l'étranger ou d'y investir, la troisième est de développer l'exploitation pétrolifère sur notre sol", explique Wang Zhao, économiste du Centre de recherche du Conseil d'Etat (gouvernement).
"A court terme, la Chine va se concentrer sur la deuxième solution, acquérir davantage de sociétés à l'étranger et investir dans ces pays", affirme ce conseiller du gouvernement.
L'offre amicale de China National Petroleum Corporation (CNPC) sur PetroKazakhstan, société canadienne dont les activités sont situées dans la république d'Asie Centrale, n'a donc pas surpris les observateurs qui avaient considéré l'échec de la CNOOC comme un revers passager.
"Le secteur de l'énergie est un goulet d'étranglement qui va handicaper la croissance de l'économie. Les Etats-Unis ont le même problème et essaient aussi de s'implanter autant qu'ils peuvent à l'étranger. La Chine va faire comme les Etats-Unis", dit Wang Zhao.
Face à cet enjeu, les compagnies chinoises sont apparemment prêtes à acheter au prix fort.
Celui payé par la CNPC pour la compagnie canadienne est supérieur aux chiffres qui avaient circulé depuis que PetroKazakhstan s'était mis en vente.
"Nous avons discuté longtemps avec PetroKazakhstan afin d'arriver à notre but", indiquait mardi au China Daily Han Xuegong, un analyste travaillant pour la CNPC.
Au début de l'année, les groupes pétroliers chinois avaient montré jusqu'où ils étaient prêts à aller pour sécuriser leur approvisionnement en énergie, avec la bataille qu'ils se sont livrés pour acquérir une majeure partie des actifs du géant russe Youkos.
La Chine a également obtenu d'accéder à un pipeline transsibérien, pour lequel elle était en concurrence sévère avec le Japon, et flirte avec des pays aux ressources largement inexploitées comme la Birmanie et des pays d'Afrique et du Moyen-Orient, tels que le Soudan ou l'Iran.
Pour la banque d'affaires américaine JP Morgan, le rachat de Petrokazakhstan reflète la volonté du numéro un chinois et de sa filiale Petrochina de multiplier "les acquisitions modestes et prudentes".
"Le but de la CNPC n'est pas de grandir à toute allure mais de posséder des actifs à fort potentiel", estime la banque dans une première évaluation de l'accord annoncé lundi.
Source : AFP, 23 août 2005

 

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