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Birmanie

Kouchner n'a pas vu d'esclaves mais Total les indemnise par Maxime Vivas, écrivain, 30 novembre 2005

Afin d'éviter un procès, la société Total accepte de verser 10 000 euros à chacun des sept Birmans qui l'accusent d'avoir été contraints de travailler gratuitement pour elle sous la menace de l'armée birmane en 1995. Ces exactions ont eu lieu en 1992-1998 sur le chantier du gazoduc Yadana, construit par Total et une compagnie américaine pour relier un gisement maritime birman à la Thaïlande. Total accepte aussi de consacrer 5,2 millions d'euros à l'indemnisation d'autres personnes qui pourraient justifier d'un emploi comme travailleur forcé et à des «actions humanitaires collectives pour l'habitat, la santé et l'éducation».

En 2002, Total avait fait appel à Bernard Kouchner pour la cautionner. Dans un rapport payé 25 000 euros, Kouchner avait affirmé que la compagnie pétrolière, contrairement à ce que certains esprits «mal informés» ont pu supputer, avait en réalité lutté contre le travail forcé en Birmanie

Cette volte-face du pétrolier ne surprendra pas ceux qui ont lu ce que j'écrivais il y a presque deux ans. Au contraire, ils trouveront que bien des informations sont toujours occultées par la presse et que le rôle de Kouchner est singulièrement édulcoré au moment même où les colonnes dégoulinent de ses dernières déclarations : « Je suis prêt pour les présidentielles de 2007. »

Pardon de me citer ci-dessous, mais il importe de rafraîchir les mémoires et de compléter le dossier.

Kouchner et les tyrans sanguinaires par Maxime Vivas, 7 janvier 2004

Bernard Kouchner, défend le droit des peuples, traque l'oppression, partout et sans se tromper. Ami des pauvres, il vit chichement avec son épouse, Christine Ockrent. Le tarif de celle-ci pour animer une demi-journée de réunion est seulement de 18 000 €. Lui (Le Monde du 6 janvier), déclare se contenter de 12 500 € pour une conférence.

Militant de la guerre en Irak et du PS, Kouchner était, le 29 septembre 2003, à la soirée anticubaine organisée par l'officine « Reporters sans frontières » au théâtre des Champs-Elysées.

Quelques mois plus tôt, empochant 25 000 € versés par Total, il avait pondu un rapport affirmant que ce groupe pétrolier ne pouvait aucunement être mis en cause pour son comportement en Birmanie.

Or, la terrible vérité est la suivante si l'on en croit la presse, des témoins directs, d'autres compagnies pétrolières, divers groupes multinationaux, la Fédération Internationale des Droits de l'Homme, l'Organisation Internationale du travail, l'Union Européenne, l'ONU et la Commission des Affaires Etrangères de l'Assemblée Nationale française. Cette dernière a publié un rapport d'information (N° 1859 du 13 octobre 1999) sur « Le rôle des compagnies pétrolières dans la politique internationale et son impact social et environnemental ».

La junte birmane, parvenue au pouvoir après un coup d'Etat qui a renversé en 1988 le gouvernement démocratiquement élu, est couramment décrite comme une narco-dictature, La Birmanie est un lieu de non-droit propice à toutes les violences, tortures, arrestations arbitraires, viols, fabrication et commercialisation de drogue, rackets, blanchiment d'argent (Lire F. Christophe « Total entre marée noire et blanchiment » éd. Golias).

En 1990, les généraux se risquent à organiser une consultation électorale. Hélas ! pour eux, elle consacre la victoire de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), dirigée par Mme Aung San Suu Kyi. Aux 82% des voix obtenues par l'opposition, la junte militaire répond par un nouveau coup d'Etat, suivi d'une féroce répression avec emprisonnement de milliers de démocrates et assassinats de chefs de l'opposition.

L'opposition birmane demande à la communauté internationale de ne pas aider les généraux putschistes à se maintenir au pouvoir. Comment ? En coupant les pompes à finances. Il faut en effet savoir que l'armée birmane absorbe 40 % du budget du pays. Elle compte 400 000 hommes et ne cesse de se moderniser. Pourquoi une armée si importante, alors que la Birmanie ne se connaît pas d'ennemi extérieur ? Pour mater l'ennemi intérieur, son propre peuple.

Le projet gazier « Yadana », du nom du lieu où se trouve le gisement, rapportera aux militaires plusieurs centaines de millions de dollars par an. Mais ils n'ont pas les moyens financiers et techniques permettant de le mener à bien. La junte cherche un partenaire capable d'épauler la compagnie d'Etat : la Myanmar Oil & Gas Entreprise (la MOGE). Total signe un contrat avec la junte en 1992. Mais l'exploitation du gisement nécessite d'autres capitaux. C'est ainsi, que les militaires vont contacter la compagnie américaine UNOCAL (l'Union Oil of CALifornie corporation). C'est la même compagnie qu'on retrouvera en Afghanistan pour y construire un gazoduc. Ce projet nécessitait un pays pacifié et « tenu » par un pouvoir fort. De là, l'aide accordée à l'époque par les USA aux Talibans pour la conquête du pouvoir.

Bon, les compagnies pétrolières ont la puissance financière et technique suffisante pour exploiter le gaz. Reste la question des débouchés. Par bonheur, un pays voisin, la Thaïlande, recherche une source d'énergie pour alimenter une centrale électrique dans la région de Kanchanaburi. Un accord va être passé entre Total, UNOCAL, MOGE et la compagnie thaïlandaise PTT-EP (PeTroleum authority of Thaïland Exploration Production public). Le consortium a désormais pour tâche prioritaire de construire un gazoduc qui traversera la Birmanie d'est en ouest sur soixante kilomètres. Gros travaux. Et gros problème.

En effet, le tracé du gazoduc traverse une zone de guérillas. Sur leur territoire, deux ethnies, les Mons et les Karens sont en rébellion depuis des décennies contre le pouvoir de Rangoon. Le consortium pétrolier exige une « sécurisation » de la zone.

Des observateurs affirment que les pétroliers auraient apporté un soutien logistique aux militaires pour le transport des troupes par hélicoptères.

Il semblerait en tout cas qu'un des sous-traitants, la compagnie Héli-Union qui accomplissait ces missions pour Total sur les plates formes pétrolières, a rendu ce service aux militaires birmans. Elle a effectué des vols de transport pour l'armée birmane et pas forcément dans la zone du gazoduc. L'armée birmane n'étant pas solvable, Total aurait réglé les notes d'Héli-Union.

Toujours est-il que le nombre de bataillons en territoire Mon et Karen, à proximité immédiate du gazoduc, est passé de trois à quinze. Le gouvernement en exil dénonce alors une flagrante immixtion politico-militaire du consortium dans les affaires intérieures birmanes.

Mais il y plus grave encore. Tandis que le consortium et les militaires oeuvrent de concert, l'Organisation Internationale du Travail (L'O.I.T) enquête sur place. Les découvertes s'avèrent assez graves pour que la Birmanie soit exclue de l'O.I.T. De quoi s'agit-il ? De violations constantes aux droits de l'homme, du recours au « travail forcé ». L'O.I.T. écrit que cet abus est « massif et systématique ». D'autres organisations de défense des droits de l'homme soutiennent que Total et UNOCAL ont bénéficié du travail forcé des villageois raflés dans leurs villages par l'armée. Est-ce à dire que le consortium a directement utilisé des esclaves ? Il semble tout au moins établi que le portage des armes, la construction et l'entretien des baraquements militaires ont été dévolus aux villageois. Or, à quoi servait cette infrastructure ? Au consortium pétrolier. Mieux, John Imle, qui n'est rien moins que le président UNOCAL, affirme que le partage des tâches, pour être tacite, n'en était pas moins réel. Des témoins affirment que des porteurs utilisés par l'armée étaient payés par Total.

Mieux, une mission parlementaire française est envoyée sur place pour enquêter. Extraits de son rapport : « Il apparaît factice de séparer la construction du Gazoduc, qui nécessitait l'embauche d'une main-d'ouvre qualifiée et des moyens techniques considérables, des mesures prises par le régime birman pour assurer sa sécurité. Or, ce sont ces mesures de sécurité qui ont généré du travail forcé et des déplacements de population dans la zone. [.] Total et UNOCAL n'ont pas volontairement utilisé du travail forcé pour la construction du gazoduc, mais en ont indirectement bénéficié, en raison de la militarisation de la zone».

En conséquence, la mission parlementaire recommande (en vain) que Total « fige » ses activités en Birmanie.

Quant à UNOCAL, elle fait l'objet d'un recours en justice aux Etats-Unis. L'avocat des plaignants remarque que les villageois ont été obligés de travailler et ont été payés par les étrangers. Cela démontre que l'armée birmane était impliquée dans le projet de gazoduc et qu'elle était présente dans les opérations de nettoyage préalable à la construction des infrastructures nécessaires au chantier (routes, héliports).

Les exactions militaires dans une douzaine de villages à l'occasion de ce chantier ont également été dénoncées par la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) et par plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) qui font état de déplacements de populations manu militari et même d'exécutions sommaires. Le scandale est tel que le gouvernement belge a alors décidé de ne pas renouveler un contrat de six cents millions de francs français avec la compagnie Total pour cause de « collusion » avec le régime de Rangoon.

Dans une déclaration au quotidien Le Monde en juillet 1996, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, place Total au premier rang des soutiens dont bénéficie le régime de Rangoon

Enfin, l'Union Européenne, l'ONU et même les Etats-Unis, ont dû prendre des résolutions à l'encontre de la junte. Plusieurs multinationales, craignant d'être éclaboussées (ce qui nuit au bisness), quittent la Birmanie en invoquant le « manque de démocratie ». Citons : Texaco, Atlantic Richfield, Arco, Pepsi Cola, Levi's, Interbrew, Carlsberg, Heineken, Reebok, C & A, Hewlett Packard, Eastman Kodak. D'autres, comme Unilever ont cité la Birmanie comme étant un pays où ils ne feraient pas commerce. Il en va de même de Shell et Exxon. Total reste sur place.

Et que dit l'ONU ? Une déclaration de son Rapporteur spécial en avril 1999, reprend les mêmes accusations avec des éléments aggravants :

« La situation des droits de l'Homme à l'Est de la « Birmanie » est extrêmement préoccupante. La stratégie d'affrontement poursuivie par les militaires à l'encontre des minorités conduira inexorablement à une véritable catastrophe humanitaire. Un demi million de personnes ont été déplacées et plus de 100 000 personnes se sont réfugiées en Thaïlande. »

Tous les faits rapportés plus haut sont connus et dénoncés depuis des années dans le monde entier. Kouchner, lui, enquête en Birmanie en 2002 aux frais de Total et il nous rassure : aucun esclavagisme. « Je suis sûr à 95 % que les gens de Total ne sont pas capables de faire ça ». Des enfants esclaves ? Que nenni car « les tuyaux des pipe-lines sont trop lourds pour être portés par des enfants » (sic). Mais voici que Total reconnaît avoir dû protester contre les méthodes de l'armée birmane, que lors d'un débat dans une FNAC à Paris, le pétrolier confesse tardivement avoir indemnisé 400 birmans, forcés au travail par l'armée sur le gazoduc. Voici qu'un témoin affirme avoir vu l'armée obliger des villageois à déminer le terrain avec leurs pieds et sauter sur des mines.(1) Kouchner ne sait rien de tout cela.

Impitoyable pourfendeur de Cuba où jamais l'armée ne s'est tournée contre son peuple, ni ne pratique la torture, le viol, le racket, où les paysans ne sont pas utilisés comme chair à mines, où les enfants sont à l'école et pas sur des chantiers, où les richesses ne sont pas confisquées par une minorité ou bradée à une autre puissance, où les opposants ne sont pas assassinés aux coins des rues, où l'espérance de vie est la plus longue de tous les pays pauvres, Kouchner, tout seul contre le reste du monde, absout Total au pays des tyrans sanguinaires.

Voici que la Fédération Internationale des Droits de l'Homme regrette son comportement dans cette affaire au moment où le groupe (un des plus riches du monde) « doit enfin rendre des comptes à la justice ».

Peu lui chaut ! L'homme brigue l'Elysée et il n'est pas impossible, si ses compromissions honteuses ne sont pas dénoncées partout, qu'il devienne un jour, pour notre plus grande honte, notre président (au terme d'une campagne électorale dont on se demande bien qui la financera).

Note : (1) Le chef de la sécurité du gazoduc, un ancien capitaine de la Légion étrangère, Jean-Claude Knappe, avait révélé au Figaro en décembre 2003 la pratique du «déminage humain» : «L'armée birmane forçait les villageois à marcher dans le corridor du gazoduc truffé de mines antipersonnel». Par ailleurs, ayant lu mon article, Francis Christophe auteur de l'excellent et courageux « Total entre marée noire et blanchiment » aux éditions Golias) m'a téléphoné et m'a expliqué la raison de cette pratique barbare : l'Armée birmane rafle les animaux et les vend. Pour elle, un animal vaut donc plus qu'un paysan. (Cette note est ajoutée ce jour à mon texte initial. MV).

 

 

La France accusée de faire obstacle aux sanctions contre la junte birmane


Les sanctions "renforcées" adoptées par l'Union européenne contre la Birmanie sont inefficaces et la France en est en partie responsable, dénonce dans un rapport un collectif qui milite pour le retrait du groupe pétrolier français Total de ce pays accusé de bafouer les droits de l'homme.
Les sanctions adoptées en octobre 2004 et renouvelées pour un an le 25 avril dernier n'ont en réalité "aucun impact réel ou significatif", estime ce rapport publié lundi à Paris par le collectif "Total pollue la démocratie". Ce collectif regroupe différentes associations, dont la Fédération internationale des droits de l'homme, la Ligue des droits de l'homme, France libertés et Info Birmanie. "Les secteurs qui rapportent le plus au régime birman, à savoir le pétrole, le bois de construction et le gaz, ne sont pas concernés par les sanctions adoptées", déplore le document.


PARIS FAIT OBSTACLE AUX SANCTIONS

L'Union européenne a élargi la liste des ressortissants birmans interdits d'entrée dans l'Union européenne et a interdit aux entreprises de ses Etats membres les nouveaux investissements ou prises de participations dans des sociétés d'Etat birmanes. Mais cette interdiction ne frappe pas les investissements en cours, épargnant notamment Total, premier groupe français.
Paris a "fait obstacle à tout renforcement de la position commune de l'Union européenne concernant la Birmanie" et, "épaulé il est vrai par d'autres pays tels que l'Allemagne ou l'Autriche, est parvenu à épargner les secteurs-clés de l'industrie birmane du champ des sanctions", affirme le document.
"La relation étroite entre Total", principal soutien financier de la junte birmane, selon le collectif, et le gouvernement français explique la "détermination" de ce dernier à "protéger les intérêts de Total en Birmanie, en affaiblissant la position commune de l'Union européenne", estime le rapport.
Un porte-parole du groupe, présent en Birmanie depuis 1992, a expliqué de son côté que "Total est convaincu qu'une politique de sanctions est pénalisante pour les populations et ne fait pas avancer le débat" et que "les avancées des droits de l'homme sont liées au développement économique d'un pays".
Selon le pétrolier, la position de la France est "cohérente avec la tradition diplomatique française qui pratique une politique de l'engagement de préférence à une politique de sanction. Elle le fait indépendamment des groupes en présence".


TOTAL EXONÉRÉ EN BELGIQUE

La Cour de cassation belge a mis un terme mercredi 29 juin à une enquête concernant l'éventuelle complicité du groupe Total dans des pratiques de travail forcé en Birmanie, estimant non recevable une plainte d'opposants au régime de Rangoon.
La plainte, initiée en 2002 par quatre Birmans, dont un bénéficie du statut de réfugié politique en Belgique, visait Total, ainsi que son PDG, Thierry Desmarest, pour "complicité de crimes contre l'humanité". Les plaignants reprochaient à la compagnie pétrolière française et à ses dirigeants d'avoir apporté un soutien logistique et financier aux militaires de la junte birmane responsables, à leurs yeux, de travail forcé, de déportations, de meurtres, d'exécutions arbitraires et de tortures.
Chargée d'examiner la recevabilité des plaintes déposées en vertu de la loi dite de "compétence universelle" avant que celle-ci ne soit abrogée en 2003, la Cour de cassation, la plus haute juridiction du royaume, a jugé que les plaignants birmans ne peuvent être assimilés à des Belges.
Source : AFP, 4 juillet 2005

 

Unocal dédommage les victimes de travail forcé pour éviter un procès
Unocal, un groupe pétrolier domicilié aux Etats-Unis, va dédommager les villageois birmans victimes de travail forcé lors de la construction de son gazoduc dans les années 1990. Evoquant en 1997 le rôle joué par l'armée birmane dans le débroussaillage du tracé du pipeline et de sa sécurisation, un tribunal états-unien statuait que le groupe pétrolier « savait ou aurait dû savoir que l’armée commettait ces abus » et jugeait recevable une plainte déposée par quatorze villageois birmans. Unocal faisait alors appel de cet avis. Aujourd'hui, Unocal préfère donc payer afin de mettre un terme aux poursuites engagées. Le montant des fonds débloqués n'a toutefois pas été rendu public. Aux Etats-Unis en 1996 et en France en 2002, deux plaintes ont été déposées à l'encontre de son partenaire Total pour « enlèvement et séquestration » de villageois birmans. Elles sont encore en cours d'instruction.
Source : Les Barons Marqués n°7, 23 décembre 2004

 

08/12/04 - Aung San Suu Kyi, citoyenne d'honneur de la Ville de Paris
Bertrand Delanoë, maire de Paris, en présence de Pierre Schapira, son adjoint chargé des relations internationales et de la francophonie, remettra symboliquement le titre de Citoyenne d'honneur de la Ville de Paris, décerné à Aung San Suu Kyi, au Docteur U Sein Win, Premier ministre du Gouvernement de coalition nationale de l'Union birmane en exil, le vendredi 10 décembre à 10h à l'Hôtel de Ville
Cette cérémonie se déroulera le jour de la date anniversaire de la remise à ses enfants du Prix Nobel de la Paix à Aung San Suu Kyi, le 10 décembre 1991.
En juin 2004, sur proposition du groupe « Les Verts », le Conseil de Paris avait décidé d'élever Aung San Suu Kyi à la dignité de Citoyenne d'honneur de la Ville, afin d'honorer son combat pacifique en faveur de la démocratie en Birmanie.
A ce jour, Aung San Suu Kyi, est toujours assignée à résidence à Rangoon
Source : Ville de Paris, 6 décembre 2004

 

01/12/04 - L'assignation à résidence de l'opposante Aung San Suu Kyi prolongée d'un an
L'assignation à résidence de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi a été prolongée d'un an, a annoncé hier son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Mme Suu Kyi avait été arrêtée après une violente embuscade dans laquelle était tombé son convoi lors d'une tournée politique dans le nord de la Birmanie, en mai 2003. Elle avait été placée au secret, puis assignée à résidence en septembre 2003 après une importante intervention chirurgicale, tandis qu'une vague de répression s'abattait sur la Ligue.
La prolongation de son assignation à résidence a également été signifiée à l'icône du mouvement démocratique birman au lendemain de la libération de 9 000 prisonniers, a précisé le porte-parole de la LND.
Mais, assure l'opposition, seule une poignée des 1.300 à 1.400 détenus politiques a bénéficié de cette mesure d'élargissement, dont Min Ko Naing, ancien leader étudiant aujourd'hui âgé de 42 ans qui était en détention depuis la répression militaire de 1988.
En importance, il était considéré comme le deuxième détenu politique de Birmanie après Aung San Suu Kyi.
Source : Reuters, 29 novembre 2004

Un seul des treize journalistes emprisonnés a été libéré par la junte militaire
Malgré les espoirs entretenus par la libération de milliers de prisonniers et les promesses de la junte militaire birmane, un seul professionnel des médias, Ko Sein Ohn, a été relâché après huit ans et deux mois d'emprisonnement. Les autorités ont déclaré que les libérations étaient désormais " achevées ".
Reporters sans frontières et la Burma Media Association se réjouissent de la remise en liberté de Ko Sein Ohn, mais déplorent le maintien en détention de douze autres journalistes. Les autorités birmanes n'ont pas tenu leurs engagements et se moquent ouvertement de la communauté internationale. La libération massive de prisonniers n'a été qu'un trompe-l'¦il. Les deux organisations demandent à l'Union européenne de maintenir ses sanctions tant que tous les prisonniers d'opinion, notamment les journalistes, ne seront pas libérés et tant que la censure préalable ne sera pas abolie.
Le 26 novembre 2004, Ko Sein Ohn, cameraman, est sorti de la prison de Mandalay (centre du pays). Il avait été arrêté le 20 septembre 1996 et condamné, au cours d'un simulacre de procès, à dix ans de prison. Les autorités lui reprochaient d'avoir réalisé et distribué des cassettes vidéo contenant un enregistrement d'un discours public d'Aung San Suu Kyi, sans qu'elles aient été visionnées auparavant par le bureau de la censure.
A sa libération, Ko Sein Ohn a révélé que les services secrets militaires l'avaient d'abord accusé d'avoir filmé une cérémonie au domicile d'un policier haut gradé. Ne trouvant aucune preuve, la junte militaire l'a ensuite accusé d'avoir filmé Aung San Suu Kyi. " J'avais la permission du Major Thura et j'ai filmé à l'occasion de l'anniversaire d'Aung San Suu Kyi devant les militaires ", a-t-il expliqué.
Il a également déclaré à Reporters sans frontières avoir des problèmes de tension artérielle et ressentir des douleurs aux genoux. En 2000, il avait dû être soigné pendant plusieurs mois à l'hôpital de la prison pour de graves troubles digestifs.
"Il ne me reste plus rien. J'ai montré les certificats pour mon matériel, mais on ne m'a rien rendu. Mon travail est complètement anéanti", a-t-il confié à l'organisation.
Plus de 9 000 détenus birmans auraient été récemment relâchés, mais seulement moins d'une cinquantaine d'entre eux, selon des membres de l'opposition démocratique, seraient des prisonniers politiques. "Je suis vraiment déçu, mais j'espère toujours que d'autres annonces de libérations (Š) vont suivre, en particulier de prisonniers politiques. Si la junte ne libère pas plus de politiques, tout cela n'aurait aucun sens", a déclaré à l'Agence France-Presse le porte-parole de la LND, U Lwin.
Au moins douze journalistes restent à l'heure actuelle derrière les barreaux : Aung Pwint, Myint Thein, Thaung Tun, Win Tin, Monywa Aung-Shin, Ohn Kyaing, Sein Hla Oo, Thein Tan, Nay Min, Lazing La Htoi, Zaw Thet Htwe et Aung Myint. Reporters sans frontières et la Burma Media Association réitèrent leur appel en faveur de leur libération immédiate.
Source : www.rsf.fr, 30 novembre 2004

 

27/11/04 - 9 248 prisonniers libres vendredi soir
Les 9 248 prisonniers dont la Birmanie a annoncé la libération seront tous libres d'ici à vendredi soir, a affirmé à la presse un haut responsable pénitentiaire.
"Tout ceux dont nous avons dit qu'ils seraient libérés seront libérés ce soir", a déclaré le directeur général du Département des prisons, Zaw Win, "nous avons déjà relâché la première vague de 3 937" détenus. Il a précisé que 10 prisonniers politiques figuraient parmi les prisonniers libérés de 41 prisons dans tout le pays.
Le responsable a refusé de communiquer leur identité mais a indiqué que Win Tin, un journaliste et écrivain de premier plan âgé de 74 ans, ne figurait pas parmi les politiques libérés. La radio officielle birmane avait annoncé jeudi que 5.311 prisonniers allaient être libérés dans tout le pays, en plus des 3.937 détenus dont la libération avait été rendue publique une semaine plus tôt.
Ces libérations, qui avaient provoqué la surprise des analystes, avaient toutefois semblé se faire à un rythme très lent jusqu'à ce vendredi, lorsque l'opposition et des témoins ont fait état de la libération d'un millier de détenus à la seule prison d'Insein, la plus grande du pays. Un correspondant de l'AFP a vu 20 camions sortir de la prison d'Insein à Rangoun, transportant chacun environ 50 détenus libérés.
Tous ces prisonniers ont été incarcérés "à tort" par un organe des renseignements militaires qui vient d'être dissous, a expliqué la junte sans aucune autre précision. Le chef des renseignements militaires et Premier ministre, le général Khin Nyunt, a été brutalement limogé le mois dernier.
Ce mouvement massif de libération interviennent avant l'ouverture, lundi, au Laos du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Asean, l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est, dont certains membres auraient fait savoir à Rangoun qu'il était temps de faire des concessions en matière de droits de l'homme.
Source : AFP, 26 novembre 2004

 

20/11/04 - Libération de près de 4 000 prisonniers
La junte birmane a annoncé hier la libération de 3 937 personnes qui ont pu être emprisonnées à tort par un organe des services de renseignements récemment dissous.
« Il a été conclu que le Bureau national du renseignement a pu utiliser des moyens irréguliers et impropres pour les emprisonner », a expliqué la radio officielle. Aucune indication n'a été fournie sur les personnes concernées, ni les motifs ni la durée moyenne de leur incarcération.
Le gouvernement birman a annoncé le 22 octobre la dissolution du NIB, organe qui comprenait parmi ses diverses branches les renseignements militaires, quatre jours après le limogeage de son chef, le général Khin Nyunt, également Premier ministre depuis 2003. Le NIB avait des pouvoirs très étendus et pouvait intervenir dans toutes les couches de la société. Sa suppression avec effet immédiat avait été perçue comme une nouvelle initiative du numéro un de la junte, le généralissime Than Shwe, pour dépouiller les renseignements militaires de leurs pouvoirs après la disgrâce de Khin Nyunt, arrêté le 18 octobre et placé en résidence surveillée pour des présomptions de corruption.
Source : L'Orient-Le Jour, 19 novembre 2004


04/06/03 - Selon la junte, Aung San Suu Kyi "va bien" : Suite à l'avalanche de protestations internationales contre l'arrestation de la dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie, la junte militaire birmane s'est contentée de déclarer qu'Aung San Suu Kyi "va bien" et que les mesures de répression contre son parti ne sont que "temporaires". Tous les autres dirigeants de la LND ont été placés en résidence surveillée et les permanences du parti ont été fermées dans tout le pays.
Le gouvernement démocratique birman en exil en Thaïlande avait affirmé que Mme Suu Kyi avait été sérieusement blessée à la tête lors des affrontements qui ont fait officiellement quatre morts et 50 blessés dans le nord du pays entre ses partisans et ceux de la junte vendredi dernier. Le fait que Mme Suu Kyi, ramenée de force à Rangoun et détenue depuis par les renseignements militaires, n'ait pas été vue en public a contribué aux inquiétudes sur son état de santé, qu'ont officiellement exprimées plusieurs gouvernements occidentaux.
Dans un communiqué diffusé à Charm el-Cheikh (Egypte), le président George Bush, "profondément préoccupé", a demandé à Rangoun "de libérer immédiatement Aung San Suu Kyi et ses partisans et d'autoriser la réouverture du siège de leur parti".

03/06/03 - Aung San Suu Kyi à nouveau emprisonnée : La dirigeante de l'opposition démocratique birmane Aung San Suu Kyi, qui avait récemment retrouvé sa liberté, a de nouveau été interpellée vendredi 30 mai dans le nord du pays et transférée dans la capitale Yangon (ex-Rangoon). La lauréate du prix Nobel de la paix, qui fait officiellement l'objet d'une mesure de "détention protégée", a été enfermée dans un "pavillon pour hôtes" du gouvernement militaire. La junte au pouvoir a également décidé la fermeture pour une durée indéterminée des universités et collèges.

27/12/02 Viols collectifs commis par l'armée : Des femmes et des jeunes filles appartenant à des minorités ethniques ont été systématiquement violées par des membres de l'armée birmane, confirme le département d'Etat américain dans un rapport cité par le Washington Post.
Après les informations diffusées en juin par plusieurs mouvements thaïlandais de défense des droits humains au sujet de 625 viols commis dans l'Etat de Shan, le département d'Etat a dépêché en août un enquêteur à la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar (ex-Birmanie) pour y rencontrer des réfugiés.
" En seulement trois jours, nous avons été en mesure de localiser de nombreuses victimes et avons recueilli de nouvelles histoires terrifiantes au sujet de viols et autres atrocités", déclare l'enquêteur. "Toutes les victimes ont subi des viols collectifs commis par des soldats birmans au cours des cinq dernières années", poursuit-il, citant le cas d'une fillette de 13 ans, victime d'abus deux mois avant son arrivée.
" La communauté internationale ne peut laisser impunis ces crimes odieux commis par l'armée birmane. Nous devons continuer à faire pression sur le régime pour qu'il mette fin à cette violence et punisse les responsables", conclut-il.