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Groupe de Shanghaï

 
Ouïghouristan
 
Au Far West chinois, un Tibet musulman
 
Un dossier original  de Quibla sur une oppression coloniale et une résistance inconnues qui font des Ouïghours les “Palestiniens de Chine”
 
Un peuple ancien,
une foi enracinée,
une culture millénaire,
un combat pour la survie
 
Sommaire
Fiche pays
La résistance ouïghoure
Un exemple de l’opportunisme chinois
Résultats : mise hors la loi du MITO
Ismail Kadir, victime de la collusion USA-Pakistan-Chine
Le but des manœuvres du groupe de Shanghaï
Bin Tuan, l’ instrument principal de la colonisation chinoise
Génocide par substitution
Discrimination scolaire et chômage
Xishan, une mine qui tue au Far West chinois
Exécutions publiques et Laogai
Ils brûlent les livres !
Répression de l’Islam et mesures cosmétiques
Naissance du Congres Mondial Ouïghour
À lire pour en savoir plus
Petite remarque polémique de vocabulaire
Avis aux lecteurs
 
 
Présentation
 
Il existe dans le Nord-Ouest de l’immense Chine un pays inconnu des Occidentaux et de la plupart des Chinois eux-mêmes, où sévit depuis plus de 50 ans une oppression digne de celle qui tient sous la botte chinoise le Tibet ou, sous la botte indienne, le Cachemire. Un pays où on peut être condamné à 20 ans de prison pour avoir traduit dans la langue locale la Déclaration universelle des droits de l’homme ! Ce pays, grand comme trois fois la France ou quatre fois la Californie, a divers noms. D’abord son nom officiel : Région autonome du Xinjiang ouïghour. Puis son nom militant : Turkestan oriental. On peut aussi l’appeler Ouïghouristan, c’est-à-dire pays des Ouïghours. Pendant 1008 ans, ce pays échappa au contrôle chinois, depuis la défaite de l’armée de l’Empire Tang face aux armées musulmanes, composées d’Arabes, de Tibétains et d’Ouïghours près de la rivière Talas au Kazakhstan (en 751 après Jésus-Christ) jusqu’à la conquête mandchoue de 1759. Cette conquête marqua la fin du Royaume ouïghour du Turkestan oriental. L’occupation mandchoue dura jusqu’en 1862 mais ces 63 ans d’occupation furent marqués par ... 42 révoltes ouïghoures.
La dernière révolte, en 1863, réussit à chasser les Mandchous et un nouveau royaume indépendant vit le jour. Il fut reconnu par l’Empire ottoman, l’Empire russe et le Royaume Uni. Mais les Anglais, craignant une expansion russe vers l’Est, persuadèrent la cour mandchoue de reconquérir le pays. Les banques anglaises financèrent la reconquête. L’armée mandchoue sous les ordres du général Zho Zhung Tang attaquèrent l’Ouïghouristan en 1876. Le Turkestan oriental, rebaptisé Xinjiang (autrefois transcrit Sinkiang), ce qui signifie en chinois “nouveau territoire” ou “nouvelle possession”, fut annexé à l’Empire mandchou des Qing le 18 novembre 1884. La Chine nationaliste, après le renversement du “dernier Empereur” en 1911, maintint le Xinjiang dans la République de Chine. Les Ouïghours se soulevèrent à nouveau.
À deux reprises, en 1933 et en 194r, ils réussirent à proclamer une république du Turkestan oriental. Mais chaque fois, ces républiques indépendantes furent renversées par l’intervention militaire et les intrigues politiques de l’URSS de Staline.
En 1933 fut proclamée à Kashgar la République islamique du Turkestan oriental. Elle fut écrasée par les Soviétiques. En 1944, nouvelle tentative à Yili, plus au Nord. Celle-là dura 5 ans, pendant lesquelles les Ouïghours administrèrent une région semi-autonome tolérée par le Kuomintang. Fin de l’expérience en 1949.
 En 1950, un an après la victoire des communistes sur le Kuomintang de Chang Kaï Chek, l’Ouïghouristan passa sous la domination communiste chinoise, qui dure donc depuis 53 ans.
Un soulèvement en 1954 à Hotan échoua face à l’armée chinoise. Pour les Chinois, l’Ouïghouristan, c’est le Far West. Ils y ont procédé à une politique systématique de colonisation d’une telle ampleur que les Ouïghours musulmans sont en train de devenir minoritaires dans leur propre pays. On comprend qu’ils résistent, par tous les moyens, à cette domination coloniale. L’enjeu est de taille pour le régime chinois. C’est que l’Ouïghouristan, régulièrement frappé par des tremblements de terre, recèle les plus importantes réserves de pétrole et de gaz naturel de l’Empire chinois. La lutte des Ouïghours pour leur indépendance et leurs droits, recommencée dans les années 90, sera encore très longue et très dure. Elle mérite le soutien international. Mais encore faut-il qu’on la connaisse. Nous allons nous attacher à la faire connaître.
 
 
 
Fiche pays
 
Nom officiel : Région autonome du Xinjiang ouïghour
Nom officieux : Turkestan oriental
Superficie : 1,6 millions de km2 (1/6ème du territoire chinois)
Population : 14 millions selon le recensement officiel chinois de 1990, dont officiellement 7,2 millions d’Ouïghours. de 14 à 30 millions selon les estimations des organisations ouïghoures à l’étranger. Il existe aussi des minorités mongoles, kazakhes, kirghizes, tatares et 41 autres. Les colons chinois sont aujourd’hui plus de 6 millions. Ils n’étaient que 300 000 en 1949
Ouïghours à l’étranger : 500 000 dans le Turkestan occidental (Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizistan, Turkménistan et Tadjikistan). Environ 150 000 Ouïghours sont en diaspora au Pakistan, en Afghanistan, en Arabie saoudite, en Turquie, en Europe occidentale et aux USA.
Religion : parlant une langue du groupe altaïque parente du turc, les Ouïghours sont musulmans sunnites depuis le 10 siècle après J.-C., ainsi que la plupart des minorités vivant dans le pays, à l’exception des Mongols, qui sont bouddhistes. L’interdiction d’utiliser l’alphabet arabe - qui avait remplacé l’alphabet ouïghour utilisé pendant des siècles par les Ouïghours mais aussi par les Mongols et les Chinois, édictée par le régime communiste au profit de l’alphabet latin, a été levée officiellement en 1983.
Capitale : Urumchi (Urumqui)
Villes principales : Kashgar, Khotan, Yarkend, Aksu, Kuchar, Korla, Turpan, Chochek.
Montagnes principales : Altaï (Nord), Tangri Tagh (Centre), Karakorum, Altun, Kunlun (Sud).
Point le plus haut : Chogori (8 611 mètres)
Point le plus bas : dépression de Turpan (155 mètres sous le niveau de la mer)
Principaux lacs : Lopnor, Sayram, Boghda, Baghrash.
Principaux fleuves : Tarim (2 137 km), Ili, Irtish
Les 3 déserts : Taklimakan (bassin du Tarim), Gurbantunggut (bassin du Junggar), Gumtay (Est)
 
 
La résistance ouïghoure
 
Inconnue à l’étranger, si ce n’est qu’on a vaguement entendu parler d’un Mouvement islamique du Turkestan oriental au profil plutôt flou et obscur (il a été mis sur la liste des “organisations terroristes par le gouvernement US et l’ONU en septembre 2002), la résistance populaire ouïghoure d’aujourd’hui remonte à la fin des années 1980. Voici ce qu’on peut en savoir.
En avril 1990, un soulèvement a lieu dans la ville d’Akto. Plus de 1 000 habitants descendent dans la rue pour protester contre le refus des autorités chinoises d’autoriser la construction d’une mosquée. Les troupes chinoises tirent dans la foule. Plus de 60 morts. En juillet 1990, les autorités du Xinjiang annoncent l’arrestation de 7 900 personnes au cours d’une opération visant à arrêter “les activités criminelles de séparatistes ethniques et autres délinquants criminels” (sic).
La campagne contre le crime lancée sous le nom de “Frapper fort” par le gouvernement chinois en 1996, si elle entendait répondre aux inquiétudes de la population devant l’expansion de la criminalité et de la délinquance, a été l’occasion pour la police chinoise de s’en prendre aux militants politiques et religieux du Xinjiang, dont un certain nombre, accusés d’être favorables à l’indépendance, ont été exécutés publiquement à grands renforts de publicité. Plus de 10 000 personnes accusées de “séparatisme” ont été arrêtées au cours de cette campagne.
 
La révolte de 1997
Le 5 février 1997, à la veille du Ramadan, 30 leaders religieux prestigieux sont arrêtés par la police à Ghulja (en chinois : Yining). 600 jeunes Ouïghours descendent dans la rue et vont réclamer leur libération devant le siège local du gouvernement. Ils sont attaqués par la police et les troupes paramilitaires et violemment dispersés à coups de matraques électriques, de canons à eau et de gaz lacrymogènes. Cela suscite le lendemain une manifestation massive de protestation. Les policiers et les paramilitaires tirent sur les manifestants. Bilan : 167 morts. Dans les heures qui suivent, 5 000 personnes sont arrêtées, dont des personnes âgées, des jeunes femmes et des enfants. On les accuse d’avoir l’intention de diviser la patrie, d’avoir une activité criminelle et fondamentaliste religieuse, bref d’être des “éléments contre-révolutionnaires”.
Le gouvernement chinois décide alors d’appliquer le principe maoïste de “tuer les poulets pour effrayer les singes” et décide l’exécution publique de 7 Ouïghours. Les 7 martyrs exécutés d’une balle dans la nuque (facturée à leurs familles!) sont chargés sur un camion découvert et promenés à petite vitesse à travers a foule qui fréquente le bazar ouïghour et les quartiers environnants. Lorsque les Ouïghours qui pleurent les martyrs s’approchent trop près des camions, les soldats ouvrent le feu. Bilan : 9 nouveaux martyrs.
Le 15 octobre 2001, 2 participants au soulèvement de 1997 furent exécutés, 3 autres furent condamnés à des peines de mort suspendues pour 2 ans et 6 autres à des peines de prison, dont 2 à vie.
 
Profiter du 11 septembre
Le gouvernement chinois a profité du 11 septembre pour vendre son programme anti-terroriste à l’étranger (voir document ci-dessous : “un exemple de propagande chinoise”). Il a obtenu l’extradition de militants ouïghours de plusieurs pays, dont le Pakistan, le Kazakhstan et le Kirghizistan. Il négocie actuellement le transfert d’une douzaine d’Ouïghours capturés en Afghanistan et détenus à guantanamo. Le seul sort imaginable qui attend ces détenus en Chine, c’est la mort par exécution.
Des organisations clandestines ouïghoures sont actives à l’intérieur du pays. On ne sait pas grand chose d’elles. On en connaît au moins deux : le Mouvement islamique du Turkestan oriental, accusé d’une série d’attentats au Xinjiang, et la Jeunesse du foyer du Turkestan oriental, qualifiée de “Hamas du Xinjiang”. Ce groupe radical qui lutte pour l’indépendance du Turkestan oriental, aurait environ 2 000 militants, dont certains se seraient entraînés à la guérilla en Afghanistan et dans d’autres pays musulmans. Mais il existe une multitude d’autres groupes et mouvements, seulement connus par ce qu’en dit le gouvernement chinois. Informations à prendre évidemment avec des pincettes et en se bouchant le nez.
À l’étranger, les Ouïghours sont actifs au Kazakhstan, en Turquie, en Allemagne, en Suède, en Suisse et aux USA.
Au Kazakhastan se trouve une des plus anciennes organisations ouïghoures, le Comité pour le Turkestan oriental, basé à Almaty, la capitale. Il aurait intensifié ces activités ces derniers temps. Il a été formé à l’origine par d’anciens guérilleros qui avaient combattu l’occupation chinoise en 1944-1949. Le leader des indépendantistes ouïghours, Aysa Beg, s’est réfugié en Turquie après la prise de pouvoir communiste chinoise en 1949.
 
Un exemple de l’opportunisme chinois
 
Le 29 novembre 2001, les Chinois, saisissant avec l’opportunisme qui les caractérise, la “magnifique occasion” du 11 septembre, ont publié un document qui est une bonne illustration de leurs capacités propagandistes. Quibla s’est fait un plaisir de traduire ce document.
 
Mission permanente de la République populaire de Chine aux Nations unies
Activités terroristes perpétrées par les organisations du “Turkestan oriental” et leurs liens avec Oussama Ben Laden et les Talibans
29 novembre 2001
 
« I. Activités terroristes commises par des éléments du “Turkestan oriental” dans et hors du territoire chinois
La force du “Turkestan oriental” compte un total de plus de 40 organisations. Elles se sont engagées dans la violence terroriste à divers degrés, à la fois ouvertement et clandestinement. Parmi ces organisations, huit d’entre elles prônent ouvertement la violence dans leurs plateformes politiques. Il s’agit de : “Mouvement de résistance islamique du Turkestan oriental” en Turquie; “Organisation de libération du Turkestan oriental”, “Comité international du Turkestan oriental”, “Comité unifié des organisations ouïghoures” en Asie centrale, et “Hezbollah ouïghour d’Asie centrale” au Kazakhastan; “Parti du Turkistan” au Pakistan; “Mouvement islamique du Turkestan oriental” en Afghanistan et “Ligue de la jeunesse du Turkestan oriental” en Suisse.
1) Les principaux actes de violence terroriste perpétrés par des éléments du “Turkestan oriental” sur le territoire chinois ces dix dernières années sont  les suivants :
Le 5 avril, ils ont tué et blessé plus de 100 civils et soldats dans la cité de Barin, préfecture kirghize autonome de Kizilsu;
Le 5 février 1991, le “Parti réformiste islamique” a commandité un attentat à l’explosif dans un bus à Urumqi, tuant et blessant plus de 20 personnes;
Entre juin et septembre 1993, le “Parti démocratique islamique du Turkestan oriental” a commis une série d’attentats à la bombe dans le Sud du Xinjiang, qui ont fait plus de morts et blessés (sic: ils ont oublié de marquer le chiffre NDT);
Le 15 juillet 1996, le “Parti islamique de la justice du Turkestan oriental” a fomenté une révolte dans la prison du Comté de Xayar, tuant 15 personnes et une émeute à Yining (en ouïghour : Ghulja, NDT) le 5 février 1997, qui a fait plus de 300 victimes;
Le 25 février 1997, l’ “Union nationale solidaire du Turkestan oriental” a commis un horrible attentat à l’explosif à Urumqi qui a fait presque 100 victimes et au début de 1998, le même groupe a été responsable de 25 cas d’empoisonnement dans le Sud du Xinjiang, faisant plus de 40 victimes, dont 4 morts;
En janvier 2001, Akbelbek Timour, un terroriste du “Turkestan oriental” aujourd’hui détenu, a acheté des explosifs au Kazakhstan et les a introduits clandestinement au Xinjiang dans l’intention de commettre des activités terroristes.
2) Principaux actes de violence terroriste perpétrés par des éléments du “Turkestan oriental”  ces dernières années hors du territoire chinois :
En février 1997, des terroristes du “Turkestan oriental” ont ouvert le feu sur l’ambassade chinoise en Turquie, ont donné l’assaut au Consulat général chinois d’Istanbul et ont brûlé des drapeaux nationaux chinois;
Le 5 mars 1998, des terroristes du “Centre national du Turkestan oriental” ont mené des attaques à la bombe contre le Consulat général chinois d’Istanbul;
En novembre 1999 et en août 2000, des éléments du “Turkestan oriental” ont participé à l’insurrection et à l’invasion armées dirigées par le “Mouvement islamique ouzbek” respectivement dans les régions méridionales de l’Ouzbékistan et au Kirghizistan;
En mai 2000, des terroristes de l’ “organisation de libération du Turkestan oriental” ont mis le feu au marché de produits chinois de Bichkek et ont assassiné une personne envoyée du Xinjiang au Kirghizistan pour enquêter sur l’affaire;
Le 28 septembre (2000), des terroristes aux ordres de l’ “Organisation de libération ouïghoure” ont tué deux policiers à Alma-Ata;
En mai 2001, des terroristes de l’ “Association de la jeunesse ouïghoure du Kazakhstan” ont dévalisé un véhicule bancaire qui transportait des fonds.
 
II. Relations entre les terroristes du “Turkestan oriental” et les Talibans en Afghanistan et Oussama Ben Laden
Oussama Ben Laden et les Talibans en Afghanistan ont fourni des équipements et des ressources financières aux organisations terroristes du “Turkestan oriental” et ont entraîné leur personnel. Les faits de base sont les suivants :
1) Le “Mouvement islamique du Turkestan oriental” (ci-après appelé MITO) est une composante majeure du réseau terroriste dirigé par Oussama Ben Laden. Hasan Mahsoum, le chef du MITO, se cache à Kaboul, Afghanistan et est détenteur d’un passeport afghan délivré par les Talibans. Oussama Ben Laden a demandé au MITO de déclencher des troubles dans un avenir proche dans les pays d’Asie centrale, à savoir l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan, puis de déclencher une infiltration organisée dans le Xinjiang de Chine. L’ “Armée du Turkistan” dépendant du MITO combat aux côtés des Talibans en Afghanistan. Cette “Armée” a un “bataillon chinois” spécial comprenant environ 320 terroristes du Xinjiang. Le bataillon est sous les ordres directs de l’adjoint de Hasan Mahsum, Kabar.
2) Les éléments armés du MITO sont entraînés dans des camps d’entraînement de terroristes à Kabul, Mazar-i-Sharif, Kunduz, Vardak, Kandahar, Heart, Sheberghan et d’autres lieux. Certains de ces camps sont sous le contrôle direct d’Oussama Ben Laden et des Talibans, tandis que d’autres sont des bases militaires du “Mouvement islamique ouzbek”. Le “Hezbollah ouïghour d’Asie centrale” est réputé avoir une force d’un millier d’hommes et avoir des camps d’entraînement en Afghanistan. L’ “Armée nationale ouïghoure” a reçu une formation militaire dans les bases talibans d’Afghanistan en juillet et août 1999. Ils ont utilsé des armes conventionnelles à balles réelles et ont appris les techniques de guérilla et terroristes des Talibans telles que l’assassinat, l’attentat à l’explosif et la diffusion de poisons. Après leur formation, les éléments du “Turkestan oriental” ont participé à des combats en Afghanistan, en Tchétchènie et en Ouzbékistan, ou bien sont retournés au Xinjiang pour des activités terroristes et violentes.
3) Au début de 1999, Oussam Ben Laden a rencontré Hasan Mahsum, le chef du MITO, et s’est engagé à lui fournir une assistance financière. Depuis octobre 2000, Oussama Ben Laden et les Talibans ont fourni au MITO la somme de 300 000 dollars par diverses voies et se sont engagés à couvrir tous les frais d’activité du MITO pour 2001. Les activités du “Hezbollah ouïghour d’Asie centrale” sont aussi partiellement financées par Oussama Ben Laden. »
 
Résultats : mise hors la loi du MITO
Sous l’effet des efforts chinois, le 11 septembre 2002, le Comité des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies a ajouté le Mouvement islamique du Turkestan oriental à la liste établie par la résolution 1267 de 1999 des entités et individus terroristes soumis à un blocus financier total. cela implique que tous les États membres sont tenus de geler les avoirs financiers de ce mouvement et d’interdire à leurs ressortissants de fournir des fonds ou toute autre ressource à ce groupe. La demande d’inscription émanait conjointement de la Chine, de l’Afghanistan d’hamid Karzaï, du Kirghizistan et...des USA, qui ont aussi inscrit le MITO sur la liste des organisations terroristes soumises à un gel financier.
 
Ismail Kadir, victime de la collusion USA-Pakistan-Chine
Lors d’une visite à Pékin en décembre 2001, le président pakistanais, le général Musharraf, avait promis que son pays soutiendrait “de tout son cœur” la guerre menée par le gouvernement chinois contre les “séparatistes” ouïghours. Et on peut faire confiance à Musharraf pour tenir ses promesses, surtout quand elles sont faites au grand voisin qui lui fournit une aide militaire et policière non négligeable.  Selon les autorités chinoises, les forces spéciales US ont arrêté 400 combattants ouïghours en Afghanistan. Quelques centaines d’autres se seraient réfugiés au Pakistan ou auraient été arrêtés à leur retour au Turkestan oriental.
Selon Amnesty International, « en février 2002, deux hommes ouïghours ont été arrêtés à Rawalpindi et, selon des informations non confirmées, immédiatement renvoyés en Chine. En 1997, un groupe de 14 étudiants en religion avaient été interpellés à Gilgit et livrés aux autorités chinoises sans que leur cas ait été examiné dans le cadre d'une procédure régulière. D'après les informations recueillies, ils avaient été sommairement exécutés peu après avoir été emmenés de l'autre côté de la frontière sino-pakistanaise. »
Mais l’affaire qui a fait le plus de bruit, a été la livraison par le Pakistan à la Chine d’Ismaïl Kadir en mars 2002, mais seulement révélée par les Chinois en mai 2002, lors d’une tournée publicitaire organisée au Xinjiang pour des journalistes étrangers. Ismaïl Kadir, présenté par les Chinois comme le “numéro 3” du Mouvement islamique du Turkestan oriental, a été arrêté au Cachemire pakistanais (Azad Kashmir) alors qu’il venait de rencontrer des militants musulmans cachemiris. Il a été remis sans un autre forme de procès aux Chinois. Dans ce cas aussi, comme pour les 350 ressortissants de divers pays remis aux forces US et déportés à guantanamo, le Pakistan a violé sa propre législation de 1972 sur l’extradition, qui stipule qu’une extradition doit être décidée par un tribunal et qui exclut les personnes recherchées pour des raisons politiques par leur pays de l’extradition.
Ismaïl Kadir n’est pas le seul Ouïghour victime de la collusion entre les USA, le Pakistan et la Chine. Une douzaine d’Ouïghours capturés en Afghanistan sont actuellement détenus à guantanamo et les Chinois réclament avec insistance leur extradition. Reste à savoir où sont passés les centaines d’Ouïghours capturés par les USA en Afghanistan. Une partie sont sans doute enfermés dans des prisons afghanes ou dans des bases US comme Bagram et les autres ont peu-être déjà été remis à la Chine, à moins qu’ils aient fait l’objet des attentions particulières de la CIA et mis à l’abri, pour servir d’embryon d’une “armée de libération du Xinjiang” sous contrôle US, à mettre en oeuvre un jour ou l’autre, quand les USA le jugeront utile à leur stratégie asiatique.
 
Le but des manœuvres du groupe de Shanghaï
Les premières manœuvres militaires de l’Organisation de coopération de Shanghaï ont eu lieu du 6 au 12 août 2003, associant un millier de militaires de 5 des 6 États membres, à l’exclusion de l’Ouzbékistan. But des manœuvres, baptisées “Coalition 2003”: appliquer les dispositions de la Convention de Shanghaï de 2001 pour la lutte commune contre “le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme religieux”. Même si le but du groupe de Shanghaï est surtout politique, il ne faut pas négliger son aspect militaire, même si pour l’instant, il paraît modeste, comparé aux effectifs déployés par les USA en Afghanistan, en Iraq, dans les Balkans et en Asie.
La première étape des manœuvres a eu lieu du 6 au 11 août dans la région de Taldy-Qorghan, dans le district [“Oblast”] d’Almaty, capitale du Kazakhstan. Déclenché près de la ville d’Ush-Aral, l’exercice engage une unité d’infanterie russe, une unité de parachutistes de l’Agence kirghize de renseignements et des forces aériennes kazakhes. Les soldats chinois n’y participent pas. Les Tadjiks n’ont que des observateurs militaires. But de l’exercice : “isoler et éliminer des groupes terroristes”.
La seconde phase des manœuvres a eu lieu les 11 et 12 août dans le Xinjiang sous occupation chinoise, près de la ville d’Inyin. Des troupes chinoises et kirghizes se sont entraînées à détruire un camp terroriste simulé et à libérer des otages.
Ces manœuvres sont les deuxièmes du genre. En 2002, la Chine et le Kirghizistan avaient mené des premières manœuvres conjointes.
Selon les experts, ces manœuvres ont un but plus politique que militaire : il s’agit pour la Chine et pour la Russie d’offrir une aternative à la coopération avec les USA et, pour la Chine, d’envoyer un avertissement sérieux aux turbulents Ouïghours.
 
Bin Tuan, l’ instrument principal de la colonisation chinoise
Depuis son entrée en Ouïghouristan en 1950, l’Armée populaire de libération de la Chine communiste a joué un rôle fondamental dans la colonisation du pays. L’instrument de cette entreprise systématique colonisation s’appelle Bin Tuan. “Bin” signifie soldat et “Tuan” groupe. Bin Tuan est l’acornyme du Corps de construction et de production du Xinjiang.
Composé par des membres de l’armée populaire et de l’ancienne armée nationaliste qui s’étaient autonomisés par rapport au régime de Chang Kaï Chek à Nankin, le Bin Tuan devait à l’origine surveiller les frontières du pays nouvellement conquis. Mais son rôle s’est étendu pour deux raisons : la résistance de la population locale et les tensions frontalières et idéologiques avec l’Union soviétique voisine. Le Bin Tuan a donc connu un développement monstrueux pour devenir une force militaro-économique demi-secrète unique en Chine.
Depuis le milieu des années 1990, il s’est attaqué à la colonisation des terres agricoles du Sud du Xinjiang, la région la plus peuplée du pays. Il occupe de vastes espaces depuis Aksu au Sud jusqu’à Ili (Yili) au Nord. Chacun de ses membres doit apprendre à se servir de diverses armes à feu. Ses écoles dispensent une formation mi-militaire, mi-académique. Les colons qui deviennent ses membres sont aussi bien traités et favorisés que les colons juifs qui s’installent à Gaza ou en Cisjordanie.
À la mi-mai 1962, environ 3 000 autochtones déclenchèrent à Ghulja (Yining)  une manifestation de rue pour portester contre le fait que le Bin Tuan accaparait de plus en plus de terres et de ressources hydrauliques dans la région. Lorsque les manifestants firent le siège du siège du Comité local du Parti communiste, le commandant du district militaire du Xinjiang, Whang Zhen donna l’ordre aux troupes de l’APL et du Bin Tuan d’ouvrir le feu sur les manifestants pacifiques. Il y eut des milliers de morts.
Suite à ce massacre, 200 000 Ouïghours, Kazakhs, Ouzbeks, Mongols, Tatars et Kirghizes se réfugièrent en Union soviétique, abandonnant leurs terres et leurs maisons. Leurs biens meubles et immeubles furent  tout simplement accaparés par le Bin Tuan, qui força les quelques paysans qui n’avaient pas pris la fuite à entrer dans la nouvelle organisation.
La majorité des membres du Bin Tuan sont des colons chinois venus des provinces de l’intéreur. Le parti communiste encourage des jeunes Han à venir s’installer dans ce Far West chinois qu’est devenu le Xinjiang.
Officiellement, le Bin Tuan compte 2,4 millions de colons mais leur nombre réel s’élève à 4 ou 5 millions. Dans son expansion, le Bin Tuan a été amené à embrigader aussi des Ouïghours selon les convenances. Ainsi la 4ème Division agricole du 64ème régiment basée à Il (Yili) est composée principalement d’Ouïghours.
Aujourd’hui plus de la moitié ds terres cultivables du Xinjiang sont sous le contrôle du Bin Tuan, qui échappe à la jurdiction de la Région autonome. La plupart des zones restantes ont à leur tour organisées en préfectures et comtés “autonomes”. C’est une opération de cosmétique destinée à montrer au monde que la Chine respecte la population autochtone de la Région autonome. L’un des buts de l’administration coloniale chinoise, c’est de diviser la population selon des clivages ethniques en suscitant des conflits d’intérêts et de réduire au silence les Ouïghours, qui souffrent de la colonisation qui les prive de leurs terres, de leurs ressources. Mais ces structures autonomes sont de façade. Aussi bien dans la Préfecture autonome kirghize de Kizilsu que dans la Préfecture autonome mongole de Korla, tous les postes administratifs sont détenus par des Chinois “pur sang”. Les Kirghizes et les Mongols vivent même une situation encore pire que les Ouïghours. Ils n’ont par exemple même pas leurs propres écoles.
 
Désastre écologique
Un des effets de la colonisation militaro-agricole opérée par le Bin Tuan, c’est la désertification. Le Bin Tuan a en effet détourné les ressources d’eau pour ses propres projets agroicoles, laissant à sec les fermes ouïghoures. Encore un point commun avec la colonisation sioniste de la Palestine. De plus les colons déversent leurs déchets dans les fleuves et rivières qui ont abreuvé les Ouïghours depuis des millénaires. Et ceux qui osent protester sont réprimés et taxés de “séparatisme”. Un exemple :
en 1988 un fermier ouïghour de Yanduma se présente au siège local du gouvernement avec une bouteille d’eau puisée à la rivière où il s’abreuve et demande aux fonctionnaires de la faire analyser et de la boire eux-mêmes s’ils la jugent potable. Et il rentre chez lui. Résultat : on viendra bientôt le chercher pour le soumettre à des séances d’autocritique et de rééducation communiste, assorties de menaces et de violences, pendant des mois.
Chaque été, l’eau polluée provoque des épidémies de malaria, d’hépatite et de choléra parmi les villageois ouïghours obligés de la boire. Alors que l’Ouïghouristan battait les records de longévité dans toute la Chine, comptant la plus forte proportion de centenaires, cette tradition est en train de disparaître au profit d’autres records. Le Xinjiang est maintenant numéro 1 en matière de cancers, de leucémies, de maladies contagieuses, de maladies inconnues, de mortalité infantile, de nombre d’habitants sans accès à un traitement médical, de nombre de pauvres...
Lorsqu’ils sont nommés dans des villages ouïghours, les fonctionnaires chinois font venir leur eau potable par camions-citernes. Par exemple, dans la ville de Payziwat (Jiashi), sujette à de très fréquents tremblements de terre, tous les habitants chinois sont approvisionnés en eau potable transportée depuis Kachgar, tandis que les Ouïghours sont condamnés à boire l’eau polluée locale.
Autre aspect du désastre écologique provoqué par les colonies agricoles du Bin Tuan installées autour du désert de Taklamakan, le plus beau désert du monde : une série d’espèces animales vivant uniquement dans ce désert ont entièrement disparu. Un scientifique chinois qui avait étudié l’impact écologique du Bin Tuan sur le Taklamakan concluait son étude en recommandant la fermeture de quelques complexes militaro-agricoles du Bin Tuan. Résultat : il a été muté à Pékin...
 
Génocide par substitution
La poltique démographique de Pékin en Ouïghouristan a toutes les caractéristiques d’un “génocide par substitution”, pour reprendre le concept forgé par les indépendantistes des colonies françaises des Caraïbes et de Guyane.
Selon les chiffres officiels, les Chinois constituaient 5% de la population du Xinjiang en 1950. En 1992, ils étaient 40%. En 2002, leur proportion s’élevait au moins à 50%, si ce n’est plus. Cette suprématie démographique a été obtenue par deux moyens : l’immigration massive de Han (le peuple majoritaire en Chine : 90% des 1,3 milliards d’habitants), encouragée par le gouvernement, et la politique de contrôle des naissances appliquée avec une rigueur extrême aux non-Chinois de la région. Les pénalités pour avoir enfreint la loi qui limite le nombre des naissances sont lourdes : saisies sur salaires, amendes, refus de citoyenneté et d’accès à l’école pour les enfants “illégaux”, perte du logement et même du travail. Et de plus, tous les moyens sont bons pour stériliser les femmes ouïghours, y compris les méthodes qui mettent en danger la santé.
En un mot, en Ouïghouristan, les Ouïghours, habitants autochtones depuis des millénaires, sont en train de devenir une minorité, en quelque sorte les “Palestiniens de la Chine”.
 
Discrimination scolaire et chômage
L’objectif principal de la politique scolaire chinoise est clair : il s’agit de maintenir dans l’ignorance et de barrer l’accès à des emplois qualifiés pour tous ceux qui ne sont pas chinois dans la région. Résultat : le chômage est répandu parmi les Ouïghours et les membres des autres communautés, alors qu’il est pratiquement inconnu chez les colons chinois. La politique scolaire obéit d’abord à des critères de “préférence nationale”. Un exemple : les écoles chinoises de Kashgar bouffent 65% du budget scolaire alors que les Chinois ne sont que 10% de la population. Un faible nombre d’Ouïghours sont admis dans les établissements d’enseignement supérieur et uniquement dans ceux, mal équipés, de la région. Alors que les Chinois peuvent poursuivre leurs études n’importe où en Chine. De toute façon, à qualification égale, la préférence est donnée à un Chinois. Les Ouïghours se sont donc retrouvés exclus de l’emploi dans les secteurs industriels et commerciaux en développement. Ils doivent se contenter de boulots de merde, et encore. Un exemple : les 7 mineurs tués dans l’inondation de la mine de charbon de Xishan, près de la capitale Urumqi, en octobre dernier, étaient des immigrants provenant du Sechouan, dans le sud-ouest de la Chine, où ils étaient ouvriers agricoles. Ils ont fui la misère pour trouver la mort. Cette affaire est tout à fait typique de la gestion chinoise dans ce Far West.
 
Xishan, une mine qui tue au Far West chinois
La nouvelle étonnante est tombée le 4 décembre 2003. L’agence Chine nouvelle a annoncé l’arrestation de Qin Changyin, représentant légal,  et de  Feng Jun, directeur de la mine de charbon de Xishan. Les deux responsables sont soupçonnés de négligence criminelle ayant conduit à la mort de 7 mineurs le 19 octobre 2003. Explication offcielle : le puits où l’accident a eu lieu avait été fermé 3 jours avant l’accident par la direction pour éviter une visite de contrôle de sécurité du ministère des Terres et ressources. La veille de l’accident, le superviseur de la sécurité avait averti le directeur d’une présence inhabituelle d’eau dans le puits, qui avait été creusé de 200 mètres supplémentaires au-delà de la profondeur autorisée. Le directeur avait quand même ordonné de reprendre les travaux d’extraction. Sur les 14 mineurs travaillant dans le puits, sept ont pu être secourus, sept y sont morts et on n’a retrouvé leurs corps que 2 mois plus tard. Circonstance aggravante : la mine avait été fermée après une explosion dûe au gaz - un coup de grisou - qui avait tué un mineur et blessé 3 autres le 19 juillet. Les travaux avaient repris malgré l’absence d’autorisation du Bureau régional de supervision de la sécurité des mines de charbon. On se croirait dans la France ou l’Angleterre du XIXème siècle. En Russie, les communistes, pour rester au au pouvoir, ont abandonné leur étiquette etse sont transformés en businessmen mafieux; en Chine, les mafieux au pouvoir ont préféré garder l’étiquette - et surtout l’organisation - communiste. Mais sous cette étiquette, ils pratiquent le capitalisme sauvage le plus archaïque.
 
Exécutions publiques et Laogai
Un exemple de la politique chinoise à l’égard des Ouïghours musulmans qui se battent pour leurs droits et pour la liberté : le dimanche 11 novembre 2001, dans le cadre d’une grande campagne “contre le crime et pour l’éducation du peuple” qui a conduit à l’arrestation de centaines de milliers de personnes à travers tout le territoire chinois, 28 personnes ont subi un procès public suivi d’une exécution publique de deux d’entre elles dans la ville d’Uch Turfan (Wushi). Selon les déclarations officielles, il s’agissait de “criminels de droit commun accusés de meurtre et de vol à main armée”, mais selon des militants ouïghours à l’étranger, 21 d’entre eux étaient des militants de la cause ouïghoure. Ils ont tous été condamnés à mort. 20 autres militants ont été condamnés à des peines de prison entre 8 et 20 ans. L’un d’eux a été condamné à 20 ans de prison pour avoir traduit en ouïghour et diffusé la Déclaration universelle des droits de l’homme. Une manière pour Pékin de répondre aux déclarations de la Haute commissaire des droits humains de l’ONU, Mary Robinson, qui, au cours d’une visite en Chine la semaine précédente, avait demandé au gouvernement chinois de ne pas utiliser la lutte mondiale contre le terrorisme pour justifier la répression au Xinjiang. Dilxat Raxit, porte-parole du Centre d’information du Turkestan oriental, basé en Allemagne, a condamné fermement les exécutions et a appelé la communauté internationale à exercer des pressions sur la Chine pour qu’elle mette un terme à l’oppression.
Il est impossible de connaître le nombre exact d’exécutions puisque, depuis août 2001, le gouvernement a pratiquement interdit la diffusion d’informations sur les exécutions en dehors de l’endroit où elles ont eu lieu. On a pu en recenser 25 en 2001. Amnesty International en a recensé 190 pour la période allant de janvier 1997 à avril 1999, soit une moyenne de deux exécutions par semaine.
Un journaliste du New York Times a rapporté un procès public tenu au stade de Hotan en octobre 2001, au cours duquel un homme de 34 ans, Metrozi Mettohti, a été condamné à mort et six autres à des peines jusqu’à 12 ans de prison pour “activités séparatistes”. Après avoir crié : “Vive le Turkestan oriental”, Mettohti a été encagoulé, chargé sur un camion et emmené dans un village proche où il a été exécuté d’une balle dans la nuque (la balle est ensuite facturée à la famille). Le journaliste a rencontré un jeune Ouïghour dont le frère venait de purger une dizaine d’années de prison pour avoir diffusé des tracts “séparatistes”, qui lui a dit : “La police secète est partout. il est impossible de les identifier.”
Impossible aussi de connaître le nombre exact de prisonniers de conscience. Le ministère de la Justice chinois reconnaît l’exstence de 2 000 “séparatistes” emprisonnés. Mais ceux-ci ne sont que la partie émergée de l’iceberg. La partie immergée , ce sont, comme en Palestine, les détenus administratifs, “condamnés” sans jugement par la police de sécurité publique à être enfermés dans des camps de travail et même dans des “maisons d’hôtes” du Parti communiste. Combien d’Ouïghours sont-ils enfermés dans le Laogai - le Goulag chinois ? Sans doute plusieurs dizaines de milliers.
 
Ils brûlent les livres !
330 livres jugés “problématiques” figurent sur une liste de livres interdits émise par les autorités d’occupation chinoise de l’Ouïghouristan. Mais les autorités ne se contentent pas d’interdire des livres, elles les brûlent même. Ainsi, au début de l’été 2002, la Maison d’édition ouïghoure de Kashgar, qui appartient à l’État, a été obligée de procéder à l’autodafé de 128 exemplaires du livre “Brève histoire des Huns et de la littérature ouïghoure ancienne” et de 32 320 exemplaires du livre “Artisanat ouïghour ancien”. Ce livre, publié en 1998, documentait des techniques centenaires développées par les Ouïghours pour la fabrication du papier, de chandelles, de tapis, le tissage de la soie et la charpenterie. Les livres interdits, bien qu’autorisés à la publication par les autorités chinoises, ont par la suite été étiquetés “séparatistes”. Il s’agit pour les autorités coloniales d’effacer progressivement le très riche patrimoine ouïghour. Des exilés ouïghours aux USA, regroupés dans la Uyghur American Association, ont lancé un projet de sauvetage des livres ouïghours menacés d’interdiction en les scannant, en les mettant sur CD et en les rendant disponibles sur Internet, pour “garantir que le plan chinois d’une solution finale pour le peuple ouïghour échouera”.
 
Répression de l’Islam et mesures cosmétiques
L’Ouïghouristan compte 23 700 mosquées recensées. Alors que le régime chinois, dans sa campagne contre les pratiques religieuses musulmanes, notamment contre le jeûne du Ramadan - interdit dans les écoles, les hôpitaux et les locaux administratifs -, fait fermer celles qui sont proches d’établissements scolaires pour empêcher leur “mauvaise influence” sur les élèves, il annonce d’autre part un “ambitieux” programme de reconstruction ou de rénovation de plus de 400 mosquées détruites ou endommagées par le tremblement de terre du 24 février 2002. D’une magnitude de 6,8, ce séisme a frappé la région de Kashi, dans l’ouest de l’Ouïghouristan, faisant 258 morts officellement et détruisant des dizaines de milliers de bâtiments. En septembre 2003, la préfecture du Kashi a annoncé qu’elle avait décidé d’un programme de reconstruction aux normes sismiques des mosquées détruites. Le directeur des Affaires ethniques et religieuses du gouvernement local de Yopurga, dans la préfecture de Kashi, a ainsi déclaré que 54 mosquées étaient sur la liste de reconstruction, avec un budget par bâtiment de 30 000 yuans (3 600$). À ce prix, on se demande à quoi ressembleront ces mosquées....
Ces mesures cosmétiques n’empêchent pas que la répression contre les pratiques islamiques prend toutes les formes possibles , depuis les amendes infligées aux restaurants qui refusent de servir à manger pendant le Ramadan jusqu’à la persécution des rares fidèles autorisés à faire le hajj de la Mecque, en passant par les fermetures fréquentes de mosquées et les arrestations d’imams jugés “séparatistes” et “contre-révolutionnaires”.

La Chine intensifie la répression dans l'Ouest musulman
par Frédéric Bobin, Le Monde, 8 août 2004
Au nom de la lutte contre le "terrorisme", le gouvernement de Pékin mène une sévère campagne d'éradication à l'encontre des activistes séparatistes ou religieux. Il a obtenu des voisins de la région du Xinjiang qu'ils expulsent les Ouïgours qui s'y étaient réfugiés. Le sentiment d'aliénation des Ouïgours, forcés au silence, s'aiguise.
Yining (région du Xinjiang) de notre envoyé spécial - Il pleut sur Yining. Des gouttes d'eau filtrent au travers de la bâche en plastique bleu tendue sur l'étal de pastèques. Les vendeurs de brochettes de mouton ont replié leur caisson de charbons ardents. Ce soir, les trottoirs de la rue Hanren Jie se vident plus tôt que d'ordinaire. Sous la bâche détrempée, les jeunes Ouïgours se sentent comme rassurés. La foule dissoute, c'est autant d'oreilles indiscrètes en moins.
Alors ils parlent. Ils ne craignent même pas d'élever la voix. "Vous aimez le Xinjiang ?", interroge l'un deux. Poliment, on répond par l'affirmative. "Non, le Xinjiang, ce n'est pas bien", enchaîne le jeune questionneur ouïgour. "Il y a trop de monde, il y a trop de Hans -Chinois-, précise-t-il. On ne trouve pas de travail. Les jeunes ne vont même plus à l'école. A quoi cela sert-il ? Les diplômés ne trouveront pas de travail."
Assis à ses côtés sur un tabouret, Abdullah, vendeur de brochettes d'une trentaine d'années, se fait plus politique : "Historiquement, le Xinjiang nous appartient. Mais, maintenant, il est occupé par les Chinois, qui s'installent ici de plus en plus nombreux. On en souffre." Abdullah veut fuir le Xinjiang à tout prix. Il aspire à d'autres horizons. Il rêve de vendre des brochettes "à Paris, à New York, à Tokyo..." Aussi loin du Xinjiang que possible.
Le quartier de la rue de Hanren Jie, bazar de Yining aux mille senteurs, est hanté par un souvenir, celui des sanglantes émeutes du 5 février 1997. Des dizaines de morts, des centaines de blessés - Ouïgours abattus par la police armée, mais aussi Hans victimes de représailles ethniques -, des milliers d'arrestations, le couvre-feu imposé : les événements de Yining, ville située à proximité de la frontière avec le Kazakhstan, ont été les plus graves, depuis les années 1960-1970, ayant secoué la région musulmane du Xinjiang, appelée aussi Turkestan chinois (les Ouïgours sont turcophones).

 

Forces centrifuges
Sept ans après les faits, la ville a apparemment retrouvé sa sérénité. Apparemment, car le sentiment d'aliénation des Ouïgours face aux Hans toujours "plus nombreux" - et devenus majoritaires dans la région - s'aiguise chaque jour davantage bien qu'il soit forcé au silence. A l'instar de la plupart des villes "chinoises", le centre-ville offre le spectacle d'une scintillante modernité urbaine avec ses boulevards élargis et ses complexes commerciaux tapissés de publicités pour des marques de prestige.
Yining, en tout cas son centre-ville, bénéficie à l'évidence des flux financiers drainés par la politique de "l'ouverture vers l'Ouest" (xibu da kaifa) que Pékin a engagée à la fin des années 1990 dans un double but : désenclaver économiquement les provinces intérieures négligées par la croissance et, surtout, neutraliser les forces centrifuges de type séparatiste, au Tibet et au Xinjiang par exemple.
Le capital arrive. Des entreprises shanghaïennes - de nombreux Shanghaïens ont été envoyés au Xinjiang sous Mao - ont récemment investi à Yining. Et une petite minorité de nouveaux riches ouïgours émerge, à l'instar de Nuertai Aji, célèbre tycoon autochtone. "A Yining, les plus pauvres sont ouïgours, mais les plus riches sont aussi ouïgours", entend-on souvent en ville.
Mais l'économie n'explique pas tout. Si Yining n'a plus connu de soubresauts politiques depuis 1997, c'est surtout à cause de la poigne de fer que Pékin y a imposée. "Les Ouïgours se sont calmés, car leurs meneurs ont tous été emprisonnés, explique un restaurateur hui -musulman mais non ouïgour-. Ils n'osent plus bouger. Le gouvernement est d'une extrême sévérité à leur égard." Dernière illustration en date de cette sévérité, vingt jeunes Ouïgours viennent d'être condamnés dans l'extrême ouest du Xinjiang, autour de la région de Kashgar, en raison de leurs liens avec un prétendu "Parti de l'islam". L'un d'eux a été condamné à mort et exécuté le 19 juillet.
Le gouvernement chinois a conforté sa posture répressive au Xinjiang depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Il parvient plus aisément à la faire avaliser sur la scène internationale au nom de la lutte antiterroriste, confondant sans scrupule simples revendications ethniques et islamisme radical ou séparatisme violent.
Amnesty International vient de dénoncer ce mélange des genres dans un récent rapport : "La répression contre "les séparatistes, les terroristes et les religieux extrémistes" a continué ces trois dernières années alors qu'aucune "attaque terroriste" n'a été officiellement rapportée." On peine en effet à tenir la chronique de prétendues actions "terroristes" dans le Xinjiang.

Regards apeurés
Amnesty International s'inquiète en outre que la géopolitique régionale soit de plus en plus hostile aux réfugiés ouïgours. Un nombre croissant d'entre eux - même lorsque leur statut a été garanti par le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés - sont ainsi refoulés des Etats voisins d'Asie du Sud (Pakistan, Népal) ou d'Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan) où ils se sont exilés. De retour en Chine, ils sont sévèrement condamnés, voire exécutés.
Dans ce contexte, Amnesty demande aux Etats-Unis de ne pas rapatrier en Chine les 22 détenus ouïgours de Guantanamo. La base américaine de Cuba a reçu la visite, en septembre 2002, d'une délégation chinoise qui a longuement interrogé ces prisonniers ouïgours capturés en Afghanistan.
Ce renforcement de la pression pékinoise au Xinjiang se lit dans les réponses fuyantes et dans les regards inquiets, apeurés, des Ouïgours interrogés sur le climat politique ambiant. Appelons-la Adila. Agée de 27 ans, elle est étudiante à l'université d'Urumqi, la capitale provinciale du Xinjiang. Elle est passionnée de littérature, écrit des poèmes "romantiques".
Le restaurant kazakh de Yining où on la rencontre ne lui inspire aucune confiance. Elle est anxieuse. Elle se retourne constamment. Elle chuchote de peur d'être entendue. Ses propos ne sont pourtant guère subversifs. Si elle avoue avoir été quelques années plus tôt "politisée", "antichinoise", elle précise qu'elle a évolué depuis. "Si les Ouïgours se sentent exclus du marché du travail, c'est parce qu'ils ne travaillent pas assez, dit-elle. On ne peut pas en faire porter nécessairement la responsabilité aux Chinois."
Le pense-t-elle vraiment ? Le croit-elle alors qu'elle rapporte simultanément la marginalisation de la langue ouïgoure à l'université ? "Dans mon département, il n'y a guère qu'un tiers des cours dispensés en ouïgour, témoigne-t-elle. Le reste l'est en mandarin."
La vérité est qu'Adila est terrorisée et regrette presque d'avoir accepté cet entretien. "Vous savez, murmure-t-elle, il y a des espions partout. Je pourrais être arrêtée pour parler ainsi politique à un étranger. Je connais des gens autour de moi qui sont maintenant en prison pour avoir exprimé leurs opinions. J'ai peur..."

 

Manœuvres sino-pakistanaises "antiterroristes"
Les armées chinoises et pakistanaises ont commencé, vendredi 6 août, leurs premières manœuvres conjointes "antiterroristes" dans la région du Xinjiang, située dans l'extrême ouest de la Chine, a annoncé l'agence Chine nouvelle. Environ 200 soldats et officiers des deux pays participent à cet exercice - baptisé "Amitié 2004" - dans la zone de Taxkorgan, district à majorité tadjike localisé à proximité de la frontière avec l'Afghanistan. Le but de ces manœuvres est d'"améliorer la capacité à combattre ensemble le terrorisme et à contenir et réprimer les forces séparatistes, extrémistes et terroristes", écrit Chine nouvelle en citant des sources militaires chinoises. Ces exercices s'inscrivent dans le cadre d'un renforcement de la coopération entre la Chine et les gouvernements d'Asie du Sud ou d'Asie centrale afin d'étouffer les revendications identitaires des Ouïgours, population autochtone musulmane du Xinjiang. Pékin tente d'assimiler ces revendications à du "terrorisme" dans le contexte géopolitique ouvert par les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. - (Corresp.)
Source : Le Monde, 8 août 2004

 

Rapatriés contre leur gré, des exilés ouïghours risquent la torture et l'exécution, pratiquées au nom de la lutte contre le «terrorisme»
par Amnesty International, Londres, 7 juillet 2004
La Chine avance le prétexte de la « guerre contre le terrorisme » pour justifier la répression, entreprise de longue date, des droits de la minorité ouïghoure, indique Amnesty International dans un nouveau rapport. Un grand nombre d'Ouïghours se réfugient dans les pays voisins, mais ils sont chaque jour davantage à être renvoyés contre leur gré en Chine, où ils risquent d'être torturés et exécutés.
« La Chine présente désormais la répression des activités des Ouïghours comme une politique de lutte contre le "terrorisme"», a déclaré Amnesty International. «Depuis les attentats perpétrés le 11 septembre 2001 aux États-Unis, le gouvernement chinois utilise le prétexte de la lutte contre le "terrorisme" pour réprimer davantage toutes les formes d'opposition politique ou religieuse dans la région.»

Ces trois dernières années, des dizaines de milliers de personnes auraient été arrêtées dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine) pour des motifs liés à la lutte contre le «terrorisme», bien que le chef du gouvernement de la région ait affirmé en avril qu'«aucune explosion ni aucun assassinat n'a eu lieu ces dernières années».
Les autorités chinoises continuent d'arrêter et de placer en détention, du seul fait de leurs opinions, des personnes qui n'ont jamais eu recours à la violence ni prôné son usage. L'existence de ces prisonniers d'opinion démontre que la politique de répression menée par le gouvernement dans la région va bien au-delà de la lutte contre la violence ou le «terrorisme».
 gée de cinquante-sept ans, la prisonnière d'opinion Rebiya Kadeer était une femme d'affaires que les autorités chinoises avaient jadis érigée en modèle ; elle faisait partie de la délégation officielle lors de la Conférence mondiale sur les femmes organisée par les Nations unies en 1995. En 2000, à l'issue d'un procès qui s'est déroulé en secret, cette mère de 11 enfants a été condamnée à huit années d'emprisonnement pour avoir «communiqué des informations secrètes à des étrangers». Il s'avère qu'elle avait envoyé à son mari, un ancien prisonnier politique exilé aux États-Unis, des journaux locaux que l'on peut se procurer librement en Chine. Rebiya Kaader souffre désormais d'une gastrite chronique et prend tous les jours des médicaments en prison. Amnesty International se réjouit de l'annonce, en mars dernier, de la réduction d'un an de la durée de sa peine, mais continue de demander sa libération immédiate et sans condition.
Imposant des restrictions toujours plus rigoureuses sur le droit à la liberté religieuse des Ouïghours, qui sont pour la plupart musulmans, le gouvernement a fermé des mosquées, mis hors la loi plusieurs écoles religieuses et interdit certaine pratiques. Les droits religieux, culturels et sociaux des Ouïghours ont été gravement restreints et, depuis des années, les «séparatistes, terroristes ou extrémistes religieux» présumés risquent la condamnation à mort ou à une peine d'emprisonnement au terme d'un procès inéquitable, la torture et la détention durant une longue période sans inculpation ni jugement et sans pouvoir consulter un avocat ni rencontrer les membres de leur famille.
« La répression est telle actuellement que l'espace pour l'_expression indépendante de l'identité culturelle ou religieuse ouïghoure se réduit dangereusement», a souligné Amnesty International.
Un grand nombre d'Ouïghours choisissent de s'exiler dans les pays voisins, par exemple au Kirghizistan, au Kazakhstan, au Népal ou au Pakistan. Mais même ceux-là ne trouvent pas la sécurité car les autorités chinoises font pression sur ces pays pour qu'ils rapatrient de force les demandeurs d'asile. De retour en Chine, ils sont en butte à de graves violations de leurs droits fondamentaux et risquent notamment d'être torturés, jugés lors d'un procès inéquitable et même exécutés.
Shaheer Ali a été récemment exécuté en Chine, où il avait été renvoyé contre son gré alors qu'il avait été reconnu réfugié par le bureau du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés au Népal. Ce militant ouïghour était en instance de réinstallation dans un pays tiers lorsqu'il a été arrêté par les services népalais de l'immigration. Selon un témoin oculaire, il a ensuite été emmené, en compagnie d'au moins une autre personne, par des fonctionnaires de l'ambassade de Chine au Népal.
Pendant son exil au Népal, Shaheer Ali a raconté ses huit mois de détention dans une prison de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, en 1994, et les tortures qu'il avait alors subies. Il a expliqué que, pour le contraindre à «avouer» plusieurs infractions, on l'avait frappé à coups de chaînes et soumis à des décharges électriques et on avait introduit des clous métalliques sous les ongles de ses orteils.
Un responsable américain a récemment déclaré qu'il était impossible de renvoyer en Chine 22 Ouïghours détenus sur la base militaire de Guantánamo Bay, apparemment parce que l'on craint qu'ils soient torturés, voire exécutés, à leur retour. Selon certaines allégations dignes de foi recueillies par Amnesty International, ces détenus ouïghours ont fait l'objet d'actes d'intimidation et de menaces et ont été soumis à des techniques de «pression et de contrainte» (telles que la privation de sommeil ou le maintien dans la position assise pendant de longues heures) lors de la visite d'une délégation chinoise à Guantánamo. Certains de ces mauvais traitements auraient été infligés à la demande des délégués chinois.

Informations générales
La passivité du gouvernement chinois face aux violations généralisées des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels des Ouïghours ne fait qu'exacerber les tensions ethniques persistantes dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. L'arrivée massive de Chinois Han dans la région provoque une hausse du taux de chômage ­ déjà élevé ­ chez les Ouïghours. Amnesty International reçoit un nombre croissant d'informations selon lesquelles des Ouïghours sont chassés de leurs terres par des promoteurs immobiliers han. Des dizaines de milliers de livres ouïghours ont été interdits et brûlés, et l'ouïghour n'est plus une langue d'enseignement pour la plupart des matières à l'université du Xinjiang.
Même s'ils ne sont pas parties à la Convention relative au statut des réfugiés, tous les pays sont tenus de respecter le principe de non-refoulement, en vertu duquel une personne ne peut être renvoyée dans un pays dans lequel elle risque d'être torturée ou dans lequel sa vie ou sa liberté sont menacées. Il s'agit d'un principe fondamental du droit international coutumier.
Vous pouvez prendre connaissance du rapport Uighurs fleeing persecution as China wages its "War on Terror" sur le site Internet d'Amnesty International : http://web.amnesty.org/library/index/engasa170212004
Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty International à Londres, au +44 20 7413 5566, ou consulter le site http://www.amnesty.org

 

07/07/04 - Au bout du chemin, la mort
Les autorités chinoises ont pris l'habitude de recruter des Chinois pauvres pour aller travailler ou s'établir comme colons dans le Xinjiang, dont la population autochtone, les Ouïghours musulmans, est de plus en plus marginalisée. Mais cette mogration se révèle parfois être un piège. Ainsi, dix-sept ouvriers chinois ont passé trois jours à errer dans un désert du Xinjiang après un différend sur leur paye avec leur employeur. L'un d'eux est mort mais les autres ont pu être sauvés, ont affirmé les médias nationaux mardi.
Les ouvriers ont quitté vendredi à pied le chantier d'irrigation sur lequel ils travaillaient dans la région du Xinjiang pour faire valoir leurs droits auprès des autorités de Karamay, à 200km de là, a annoncé l'agence de presse Chine nouvelle. Les températures avoisinent fréquemment les 50° dans les déserts du Xinjiang en cette saison. Karamay se trouve près de la frontière chinoise avec le Kazakhstan.
Les ouvriers ont été portés disparus dimanche matin et une vingtaine de véhicules avec une centaine de policiers à leur bord ont été envoyés à leur recherche, a affirmé Chine nouvelle citant Qin Junyi, un officier de police.
Un des hommes était mort et les autres ont été hospitalisés, selon Qin Junyi.
Les travailleurs étaient des migrants du Sichuan, une province qui se trouve à des centaines de kilomètres. Les travailleurs migrants se plaignent fréquemment de ne pas être payés et de subir diverses abus.
Source : AP, 6 juillet 2004

 

03/07/04 - Naissance du Congrès mondial ouïghour
Réunis à Munich, en Allemagne, au mois d’avril dernier, des délégués ouïghours venus de 13 pays ont créé le Congrès mondial ouïghour, dont le but principal est la défense des droits des Ouïghours musulmans dans le Xinjiang (Turkestan oriental) sous occupation chinoise. Les Ouïghours tentent ainsi de sortir de la souricière que constitue l’accusation de terrorisme, souricière tendue à la fois par Pékin, Moscou et Washington. Le leader du Congrès mondial ouïghour porte un nom célèbre dans tout le monde turcophone : Erkin Alptekin, 66 ans, est le fils de Isa Yusuf Alptekin, qui fut le président élu de l’éphémère république du Turkestan oriental, de 1944 à 1949. Un parc porte son nom à Istanbul, près de la mosquée Sultan Ahmet. Plus de 160 rues et monuments dans le monde portent son nom. Cette grande figure de lettré et de militant oïghour est connue de tous les Ouïghours, que ce soit les 8 millions qui vivent en Chine ou le million d’ exilés répandus dans le monde. Erkin avait 10 ans quand il fuit avec sa famille en Turquie. Il s’installe en Allemagne en 1970 et travaille à Radio Liberty, la radio anticommuniste financée par la CIA et installée à Munich. Il a été l’un des fondateurs et le secrétaire général de l’Organisation des nations et peuples non-représentés, une sorte d’ONU parallèle des peuples sans État, basée à la Haye. Les Ouïghours vont désormais s’inspirer du travail de lobbying des Tibétains. Et Alptekin cherche à s’inspirer du Dalaï Lama, même s’il n’a aucune fonction religieuse. La voie de la non-violence adoptée par le Congrès mondial ouïghour sera longue et difficile. Ils doivent faire face à un régime, celui de Pékin, qui ne connaît que la brutalité. Et ils se font des illusions s’ils croient que les USA peuvent les soutenir dans leur combat. Du Vietnam à L’Iraq, on a suffisamment d’exemples de la “liberté” apportée par Washington.
Source : Voice of America, 30 juin 2004