L’événement

La valse des Don : Negroponte au Département d’État, Khalilzad à l’ONU

 

« Don », c’est ce titre de chef mafieux que méritent les deux hommes que Bush vient de nommer à des postes-clés, dans ses efforts désespérés de sauver les meubles après quatre ans d’occupation de l’Iraq qui s’est avérée être un véritable bourbier, sans doute encore pire que le Vietnam.

 

Le premier est John Negroponte, qui va devenir le numéro deux du Département d’État, où il va seconder Condoleeza Rice, privée de bras droit depuis que Robert Zoellick a préféré aller travailler à la banque Goldman Sachs. John Negroponte, 67 ans, a un pedigree très lourd de spécialiste de la guerre contre-insurrectionnelle, bref de la « guerre sale ». Il a exercé ses talents du Vietnam et du Cambodge à l’Iraq, en passant par le Mexique, les Philippines et le Honduras

 

Né dans une famille d’armateurs d’origine grecque de la Nouvelle-Angleterre en 1939, Dimitri John Negroponte a étudié dans les meilleures universités : Exeter et Yale. Il a commencé sa carrière diplomatique à Hong Kong, poste d’observation privilégié de la Chine (alors) communiste avant de devenir l’un des exécuteurs des basses œuvres du Doktor Heinrich Kissinger en Indochine. Installé à l’ambassade US à Saïgon en 1970, c’était lui qui désignait les cibles à bombarder au Cambodge pour les B52 décollant de la base de Guam aux Philippines.  Il poursuit une carrière obscure aux Philippines après la défaite US au Vietnam en 1975, avant d’être repêché par Reagan et nommé ambassadeur au Honduras en 1981. C’est là qu’il donne pendant quatre ans la pleine mesure de son savoir-faire. Il fonde la base militaire d’El Aguacate, centre de détention et de torture administré par la CIA et des militaires argentins, qui y entraînent des membres de la « Contra », les contre-révolutionnaires combattant le régime sandiniste du Nicaragua.

En août 2001, des fouilles sur le site de cette base permettent de découvrir les restes de 185 personnes, dont deux citoyens usaméricains, qui y avaient été torturées et exécutées. Negroponte a aussi contribué à la création du Bataillon 316, de sinistre mémoire, chargé de la « guerre sale ».

En 1982, 32 religieuses salvadoriennes se réfugient au Honduras après l’assassinat de Mgr Oscar Romero. Selon le témoignage de Jack Binns, un diplomate US, ces religieuses furent séquestrées, violées et jetées depuis des hélicoptères, avec la bénédiction de Negroponte, qui collaborait étroitement avec le chef d’État-major hondurien, le général Gustavo Álvarez Martínez dans la « guerre sale » : kidnappings, tortures et exécutions de centaines d’opposants et de résistants honduriens et salvadoriens, par le Bataillon 316. Negroponte réussit à faire passer l’aide militaire US au Honduras de 4 à 77 millions de $.

Après avoir été ambassadeur US à L’ONU, il a  été le second proconsul de l’Iraq occupé après Paul Bremer. Bref, un vrai tueur. Il avait été nommé l’année dernière à un nouveau poste créé par Bush pour coordonner les 17 agences US de renseignement. Sa nomination au Département d’État devra être avalisée par le Sénat à majorité démocrate, mais cela ne devrait pas poser de problème. Negroponte sera remplacé au poste de Directeur fédéral du Renseignement par l’amiral à la retraite John McConnell, actuellement vice-président d’une entreprise de consultants de Washington, Booz Allen Hamilton et ancien directeur de l’Agence nationale de sécurité. Les commentateurs de Washington se perdent en conjectures pour savoir si sa nomination représente une promotion ou une dégradation.


Le second est Zalmay Khalilzad l’Afghan. Actuellement ambassadeur US à Bagdad, il doit devenir ambassadeur US à l’ONU, en remplacement de John Bolton, qui a démissionné après les élections de mi-mandat au Congrès et au Sénat. Khalilzad, qui fut un étudiant gauchiste dans sa lointaine jeunesse à l’Université américaine de Beyrouth, a été le vice-roi d’Afghanistan après l’occupation US de ce pays, dictant la loi de Washington à la marionnette Hamid Karzaï. Pour remplacer Khalilzad à Bagdad, Bush devrait nommer l’actuel ambassadeur au Pakistan, Ryan Crocker.

Autres nominations en vue : l’amiral William Fallon, commandant suprême des forces US du Pacifique, devrait remplacer le général  John Abizaid à la tête du Commandement central US, qui coordonne les opérations de guerre en Iraq et en Afghanistan.

Le général David Petraeus devrait quant à lui remplacer le général  George Casey à la tête des troupes au sol en Iraq.
On saura la semaine prochaine ce qu’aura décidé Bush pour l’Iraq : il doit prononcer un discours pour annoncer la « nouvelle stratégie ». Mais aucun Negroponte ne pourra sauver l’Empire du désastre.
Quibla.net, 6 janvier 2007

La monnaie de réserve mondiale : L’Euro supplante le dollar dans les transactions internationales en cash


Par Ron Paul, 1er janvier 2007


La presse financière a rapporté la semaine dernière que l'Euro, la nouvelle devise créée depuis seulement 5 ans et utilisée par plusieurs pays européens, a supplanté le dollar US comme monnaie la plus largement utilisée dans les transactions en espèces au niveau international. Il y a maintenant plus d'Euros en circulation dans le monde que de dollars.


Ce fait n'est pas nécessairement préoccupant en soi, puisque le dollar demeure la monnaie de réserve la plus importante au monde. Autour de 65% des réserves de change des banques centrales étrangères sont toujours détenues en dollars, contre seulement 25% en Euros. Par ailleurs, la Banque centrale européenne fait face à la même pression inflationniste à laquelle font face les gouverneurs de la Federal Reserve Bank (Banque fédérale de réserve), y compris un accroissement des charges de l’État-providence qui fait planer le spectre de la ruine économique, dans la mesure où nos deux sociétés vieillissent. Les politiciens européens souhaitent dépenser de l'argent tout aussi mal que les politiciens usaméricains et assurément, ils demanderont d'accroître la circulation de l'Euro - et ainsi le dévaluer – pour financer leurs systèmes de protection sociale qui sont en train de craquer.

Il demeure que l'ascension de l'Euro au niveau international est un autre signe que le dollar US n'est plus ce qu'il était. Il y a une augmentation de la pression sur les nations pour acheter et vendre le pétrole en Euro et il y a des preuves anecdotiques que les trafiquants de drogue et les blanchisseurs d'argent préfèrent maintenant les Euros aux dollars. Historiquement, l'économie souterraine en cash a toujours cherché à faire des affaires avec les devises les plus stables et de la plus grande valeur.

Plus important encore, nos plus grands bienfaiteurs au cours des 20 dernières années – les banques centrales d'Asie – ont perdu leur appétit pour les dollars US. La Chine, le Japon et l'Asie en général ont été heureux de détenir des instruments de la dette US au cours des dernières décennies, mais ils ne soutiendront pas éternellement nos habitudes de dépense. Les banques centrales étrangères comprennent que les dirigeants usaméricains n'ont pas la discipline pour maintenir une monnaie stable. Lorsque le reste du monde abandonnera finalement les dollars à titre de monnaie de réserve mondiale, autant le Congrès que les consommateurs usaméricains découvriront qu'emprunter de l'argent est une affaire plus onéreuse.

Rappelez-vous que les USA ne peuvent maintenir un grand déficit commercial que si les banques étrangères continuent de détenir un grand nombre de dollars comme monnaie de réserve. Toute notre économie de consommation est basée sur le bon vouloir des étrangers à détenir des dettes US. Nous faisons face à une réorganisation de l'ensemble de l'économie mondiale si le gouvernement fédéral ne peut pas imprimer, emprunter et dépenser l'argent à un rythme qui satisfasse ses appétits sans fin pour les dépenses déficitaires.

Jusqu'à un certain point, les Usaméricains doivent réaliser que le Congrès et le système de la Federal Reserve, en permettant la création de nouveaux billets par décret, sont les vrais coupables de l'érosion de nos épargnes personnelles et de notre pouvoir d'achat. Impitoyablement, le Congrès dépense plus que le Trésor Public perçoit en taxes et en impôts chaque année, ce qui signifie que le gouvernement des USA doit soit emprunter soit imprimer de l'argent pour opérer – et les deux sont la cause de la baisse de la valeur du dollar. Alors que nous empruntons un milliard de dollars chaque jour pour faire fonctionner le gouvernement et alors que la Federal Reserve augmente la masse monétaire de plusieurs billions de dollars en à peine 15 ans, nous pouvons difficilement nous attendre à ce que nos dollars gagnent en valeur.
Original : http://www.house.gov/paul/
Gynécologue de profession, Ron Paul est représentant élu Congrès des USA, où il représnte la 14ème Circonscription du Texas.
Traduit de l’anglais par Danny Quirion et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1863&lg=fr