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Dossier CIA - 2007
Propos recueillis par Georg Mascolo et Holger Stark, 29 janvier
2007
SPIEGEL: M. Drumheller, osez-vous encore voyager en Europe ?
Des mandats d'arrêt ont
été délivrés en Europe contre un certain nombre de vos anciens collègues.
Ils sont soupçonnés d'implication dans des enlèvements illégaux de suspects
de terrorisme dans le cadre de ce qu'on appelle le programme de transferts
extraordinaires. Cela vous inquiète-t-il? Non. Je ne suis pas inquiet, mais je n'ai
pas le droit de discuter de cette affaire. Une des affaires est celle
du désormais fameux enlèvement de Khaled El Masri, un Germano-Libanais
qui avait été arrêté fin 2003 en Macédoine avant d'être expédié en Afghanistan.
Comment Je ne suis autorisé par Dans ce qu'on appelle
le programme de transferts extraordinaires, on a vu des enlèvements
d'extrémistes islamistes qui ont été emmenés dans des pays tiers. Étiez-vous
impliqué dans ce programme? Je mentirais si je disais non. J'ai des
sentiments très partagés sur toute cette affaire. Je comprends bien
les objectifs des transferts s’ils sont faits de manière adéquate. Des
types qui discutent tranquillement de la préparation d'attentats tout
en fumant la pipe à leur aise dans une capitale européenne risquent
bien se s'ôter cette idée de la tête s'ils apprennent qu'un individu
dans les mêmes dispositions d'esprit s'est fait retirer cette sécurité
et a été envoyé ailleurs pour payer ses crimes. Mais n'éprouvez-vous pas
au moins la nécessité d'être certain que les cibles de ces transferts
ne sont pas des gens innocents? C'est le vice-président Dick Cheney qui
a parlé du « côté sombre » vers lequel nous devons aller.
Quand il a tenu ces propos, il définissait une politique qui se résumait
à « allez-y et prenez-les. » Ses remarques étaient une preuve
de ce qui sous-tendait l'approche de l'administration, et qui consistait
pour l'essentiel à laisser les mains libres à l'armée et à Il n'y avait donc pas
de consigne claire sur ce qui est autorisé dans ce qu’on appelle la
guerre contre le terrorisme? Tout responsable de Ce n'était pas du tout la bonne manière
de mener une politique d'actions secrètes. Si Peut-être Réfléchissions de manière générale : du
point de vue de Les enquêtes de divers
responsables européens cherchent à évaluer l'ampleur de la coopération
des gouvernements européens avec Très étroites en matière de terrorisme – nous avons
fait de très bonnes choses avec les Européens. Deux semaines après le
11 septembre, August Hanning [le chef des services de renseignements
extérieurs allemands, le BND] était venu avec une délégation pour discuter
de la façon d'améliorer notre coopération. Des membres de l'administration
Bush avaient mis en avant l'idée que les législations européennes de
protection de la vie privée étaient en cause d'une manière ou d'une
autre, que les Européens étaient trop lents. Travailler avec nous peut
être très irritant. J'ai toujours dit : « Arrêtons de leur
faire Quelle importance a l'Europe
pour La seule manière qui nous permettra jamais
de pouvoir nous protéger nous-mêmes correctement, c'est de pouvoir nous
occuper de la menace en Europe du moment que c'est le continent où des
fanatiques peuvent le mieux se former à quelque chose de crucial pour
eux : comment se fondre dans la masse occidentale. L'Europe est devenue
la première ligne de défense des USA. Elle est devenue un terrain d'entraînement
pour les terroristes, particulièrement depuis que la guerre en Irak
a encouragé l'organisation d'un réseau militant clandestin pour se rendre
là bas et combattre. Il permet à de jeunes fanatiques en Europe d'être
acheminés en Irak pour combattre les Américains et, en admettant qu'ils
survivent, de rentrer chez eux où ils constituent alors une plus grave
menace qu'avant leur départ. Comme les chances de pénétrer la hiérarchie
d'Al Qaïda sont extraordinairement faibles, nous devons nous en prendre
aux simples soldats. Mais, compte tenu du tollé
de l'opinion publique à travers l'Europe, ces pays continueront-ils
à coopérer pleinement avec Les gars qui ont attaqué le World Trade
Center ne s'étaient pas envolés de Kaboul pour New-York. Ils venaient
de Hambourg. L'intérêt de relations amicales avec les services de renseignements
européens plutôt que de se les mettre à dos est donc évident : nous
devons nous assurer qu'ils nous disent tout ce qu'ils savent. Mais c'est votre agence
qui avait donné toutes les informations fausses au sujet des soit disant
armes de destruction massive de Saddam Hussein. Quelle est la part de
responsabilité de Un des éléments d'information
décisifs que l'administration Bush a utilisé pour justifier l'invasion
était l'existence supposée de laboratoires mobiles de production d'armes
biologiques. Cette information émanait d'une source du BND allemand,
connue sous le nom de code Curveball. Une enquête officielle aux USA
a conclu que parmi toutes les déclarations fausses qui ont été faites,
celle-ci a été la plus préjudiciable. Je pense que c'est, que c'était, la clef
de voûte. Curveball était un Irakien qui disait être un ingénieur travaillant
pour le programme d'armes biologiques. Quand il est venu demander l'asile
politique en Allemagne, le BND l'a interrogé et a produit de nombreux
rapports qui nous ont été transmis par l'intermédiaire de Plus d'une voix critique
à Washington a affirmé que les Allemands, à cause de Curveball, portent
une grande part de responsabilité dans le dysfonctionnement du renseignement. Au départ, les Allemands n'avaient pas
l'intention d'influencer quiconque. De très hauts responsables du BND
avaient exprimé leurs doutes et dit que l'informateur posait sans doute
problème. Ils ont été très professionnels. Je sais qu'il y a des gens
à Le gouvernement allemand
était convaincu que « Curveball » ne serait pas utilisé dans
la désormais fameuse présentation que le Secrétaire d'Etat de l'époque,
Colin Powell, avait faite en 2003 devant le Conseil de Sécurité de l'ONU. J'avais assuré mes amis allemands que ce
ne serait pas le cas dans le discours de Powell. Je pensais vraiment
avoir eu le dernier mot sur ce point. J'avais prévenu John Mc Laughlin,
le sous-directeur de Mais il s'est trouvé être
la pièce maîtresse de l'exposé de Powell – et personne ne lui avait
parlé de doutes. J'ai allumé la télé dans mon bureau, et
c'était ça. La première chose que j'ai pensée alors, ayant travaillé
pour le gouvernement toute ma vie, était que nous n'avions probablement
pas tenu à Powell le bon discours. Nous avons vérifié nos dossiers et
découvert qu'ils l'avaient délibérément ignoré. Donc La politique avait été décidée. La guerre
en Irak était en route et ils cherchaient des informations correspondant
à cette politique. Juste avant la guerre, j'avais dit à un officier
de très haut rang de Dans votre livre, vous
citez une source de très haut niveau qui avait informé Je n'ai pas le droit de dire de qui il
s'agit. Au départ, l'administration était très excitée d'avoir infiltré
le haut niveau [du gouvernement irakien], et le président en était informé.
Je pense que personne d'autre ne disposait d'une source à l'intérieur
du cabinet de Saddam. Il nous avait dit que l'Irak n'avait pas d'armes
biologiques, seulement de Que s'est-il passé alors? Il y a eu beaucoup de coups du sort dans
toute cette histoire. Nous étions dans une sorte de course poursuite
à travers le monde derrière ce type et, en fin de compte, il se trouvait
dans un endroit et notre officier dans un autre pays, demandant l'autorisation
de voyager. J'avais appelé les gens chargés du contrôle des opérations
et ils m'avaient dit : « Ne vous tracassez pas pour ça, c'est trop
tard maintenant. La guerre est décidée. La prochaine fois que vous verrez
ce gars, ce sera au tribunal pour criminels de guerre. » Auriez-vous du faire pression
de manière plus ferme? Nous avons fait des erreurs. Et ça arrange
peut-être Source : http://www.spiegel.de/international/spiegel/0,1518,462782,00.html Tyler Drumheller, 54 ans,
a passé 25 ans au service de Traduit de l’anglais par Al Djazaïri et
révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de
traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en
Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction,
à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et
auteurs. « Les pays européens
eux aussi doivent respecter le droit international » Propos
recueillis par Sabine Bitter, 23 janvier 2007
Il y a cinq ans les USA ont transporté les premiers
détenus de la guerre au terrorisme à Guantánamo. Le service secret américain,
Sabine Bitter: Depuis 2005 vous avez reçu le mandat
du Conseil de l’Europe d’enquêter sur cette affaire de Dick Marty: L’affaire est devenue actuelle au début de novembre 2005 au moment
où le Washington Post et Human Rights Watch ont publié
un rapport selon lequel des centres de détention secrets pour des terroristes
présumés existaient en Europe. Des centres de détention secrets représentent
naturellement une grave infraction à Je venais d’être nommé président de Le Conseil de l’Europe a prolongé votre mandat. Est-ce
que vos conditions de travail se sont entretemps améliorées? J’ai réussi,
au début de l’année dernière, en février 2006, qu’un jeune Ecossais
de 28 ans soit engagé spécialement pour cette tâche. C’est un excellent
jeune homme disposant d’expériences faites en Afrique du Sud dans Il y a un an vous avez présenté un premier rapport d’étape,
puis un second en été. On a émis la critique que ces rapports présentaient
des indices mais très peu de preuves. Un parlementaire a dit que votre
rapport avait plus de trous que le fromage suisse. Est-ce que vous pouvez
entre-temps indiquer les lieux de ces détentions secrètes, est-ce que
vous pouvez les identifier? Il faut souligner que même le président des États-Unis
a avoué au début de septembre l’existence de tels centres de détention.
Je crois que si l’on lit le rapport de manière sérieuse – pas comme
ce député anglais – , on est pourtant étonné, vu les moyens modestes,
de voir comment il a été possible de recueillir tant d’informations.
Ceci me permet de dire que si les gouvernements européens avaient eu
la volonté de connaître la vérité, ceci aurait été très facile et l’on
aurait pu recueillir davantage d’informations. Je sais – cependant il
est dificile d’en donner les preuves –, que ces centres de détention
secrets étaient situés jusqu’en automne en Europe de l’Est et ensuite
ils ont été transférés en Afrique du Nord. Et ces prisons – ce n’est
pas le seul scandale! Tout ce qui y est lié, les vols par exemple, les
transports, les arrestations arbitraires qui ne sont pas des arrestations
au vrai sens du terme, car il n’y avait pas d’autorité compétente qui
les ordonnait–, il s’agissait de prises d’otage: Ceci a été toléré partout.
Cependant c’est inacceptable, même si tout ceci se fait au nom de la
guerre au terrorisme. Je prétends, et avec moi beaucoup d’autres spécialistes,
que le terrorisme ne peut être combattu de cette manière, bien au contraire. Vous venez de mentionner que Bush a admis que ces centres
de détention secrets avaient existé. Est-ce que vous en étiez satisfait
ou comment est-ce que vous avez réagi? C’était une surprise et je dois admettre un soulagement.
Je l’ai appris par un SMS de ma fille qui vit en Tanzanie et qui a l’habitude
d’écouter CNN; c’est elle qui m’a tout de suite envoyé un SMS: Tu as
obligé Bush à passer aux aveux. Au premier moment je n’ai pas compris
ce qu’elle voulait dire mais quand j’ai reçu des coups de téléphone
des journalistes j’ai tout de suite compris. Depuis ce moment-là mon
rapport et moi-même sommes de nouveau entrés dans les mœurs. Vous venez de mentionner les pays de l’Europe de l’Est
et vous avez dit qu’on a transféré ces lieux de détention secrets vers
l’Afrique du Nord. Si vous parlez de l’Europe de l’Est – on parle de
Je peux confirmer On m’a reproché d’être anti-américain– ce n’est pas du
tout vrai. Ceci également pour des raisons personnelles, mon frère a
un passeport américain, mon neveu est Américain, il a fait son service
à l’ US Air Force. – Non, je crois que les premières réactions venaient
des États-Unis. Ce qui m’a rassuré dans mon travail, c’est que j’ai pu
consulter le 5 janvier 2006 tous les dossiers du ministère public italien
à Milan. Ceci concerne l’enlèvement d’un Égyptien Abu Omar. Après avoir
étudié ces dossiers je me suis rendu compte que c’est impossible que
de telles choses puissent se passer sans que les services secrets locaux
les tolèrent, ou y collaborent même. Ceci a été confirmé quelques mois
plus tard en Italie, actuellement même le chef du service secret militaire
italien passe en jugement. Ce procès vient de commencer. Parlons de Ce ne sont certainement pas des prisons au sens classique
du terme, telles que nous les imaginons normalement. Ce sont des personnes
qu’on a détenues à l’isolement, elles n’étaient pas nombreuses en même
temps et, ce qui est également clair, c’est que ces gens-là ont été
torturés. Même les Américains avouent qu’on a pratiqué certaines méthodes. Certes, ils disent qu’il ne s’agit pas de torture, mais
selon les standards internationaux il s’agit de torture. Louise Arbour, le Haut-commissaire
des droits de l’homme de l’ONU dit que seul le fait qu’on enlève des
personnes, qu’on les enferme dans des lieux de détention secrets et
qu’elles soient privées de tout contact, est déjà une forme de torture
inacceptable. Ce sont des méthodes qui ne contribuent pas du tout à
la sécurité des citoyens, bien au contraire. De telles méthodes provoquent
qu’on sympathise avec les détenus, et le fait qu’on éprouve de la sympathie
pour des terroristes est très dangereux. Il faut ajouter que beaucoup
de détenus étaient totalement innocents. Il y a des prisonniers qui ont été libérés sans excuse,
sans indemnisation. Cela arrive au XXIe siècle, dans une des plus anciennes
démocraties du monde. C’est effrayant. Le fait que ces prisons secrètes de Bien sûr que non. Ce sont des pays qui viennent de sortir
d’une très lourde expérience historique, ils se tournent vers l’Amérique
avec respect et reconnaissance, ceci certainement pour de bonnes raisons.
Et ils sont prêts à tout accepter. Ce n’est pas par hasard, que l’armée
américaine va beaucoup investir en Roumanie les années à venir. Qu’est-ce qu’elle investit? Elle va y construire une nouvelle base militaire qui
sera l’une des plus importantes de cette région. Par conséquent des
milliers d’emplois seront créés. Il était par conséquent facile d’en
obtenir la permission. Une douzaine de pays ont été exhortés par la commission
d’enquête du parlement européen à examiner maintenant d’éventuelles
infractions de leurs gouvernements. La commission suppose des infractions
au droit dans plusieurs pays: on parle de l’Allemagne, de C’est un peu mon devoir maintenant, il s’agit de savoir
ce qui se passe dans les différents pays. En Allemagne par exemple,
le Bundestag a établi une commission d’enquête qui est chargée d’obtenir
des précisions sur cette affaire. Nous espérons que dans différents
pays une telle dynamique de la vérité se développera; ceci parce que
je suis complètement convaincu que dans une démocratie les citoyens
ont droit à la vérité. De terribles choses se sont passées en Europe – inacceptables
–, de claires infractions à Ce n’est pas par hasard qu’en Allemagne le seul parti
qui se prononce pour la recherche de la vérité soit celui du PDS parce
qu’il ne faisait pas partie du gouvernement à cette époque-là. Le CDU,
le SPD, les Verts cependant en faisaient tous partie à un moment donné
et ils portent leur part de responsabilité dans cette affaire. Vous avez dit qu’une de vos sources était le Service
secret, Oui, avec d’anciens détenus, des gens qui ont été arrêtés
en Afghanistan ou qui ont été à Guantánamo pendant presque trois ans.
Et je dois souligner ce sont d’ horribles histoires. Si l’on se rend
compte que les gens ont été enlevés de leur vie de tous les jours, ils
sont emprisonnés, ils n’ont jamais reçu une accusation, on ne leur a
jamais fait de procès. C’est l’arbitraire absolu, j’en suis scandalisé.
Certes, il faut combattre le terrorisme, j’ai passé 15 voire 16 ans
à lutter contre la criminalité, autrefois j’ai collaboré également avec
la justice italienne en luttant contre les Brigades rouges, parce qu’en
Suisse se sont également passées certaines choses dans ce contexte. Mais on ne s’est jamais servi de telles méthodes, ces
méthodes sont contre-productives. Ce sont combien de détenus, d’anciens détenus à qui
vous avez pu parler? Moi, personnellement à deux et mon collaborateur a parlé
à d’autres, puis nous avons consulté également des avocats qui soutiennent
des détenus à Guantánamo. A vrai dire, la société américaine m’a étonné
de manière positive. Aujourd’hui il y a 500 avocats qui s’engagent volontairement
pour ces gens-là. Il ne s’agit pas de sympathie pour le terrorisme,
mais de la défense de l’État de droit. C’est un engagement pour la dignité
de l’homme, et je pense que si le crime est grand, il faut une punition
sévère. Mais la punition n’est sensée que si elle est le résultat d’un
procès juste selon les règles de l’tat de droit. Vous attendez depuis des mois la permission de visiter
Guantánamo. Comment expliquez-vous le fait que cela dure si longtemps? Probablement, il y a différentes opinions au sein de
l’administration américaine et il est clair que je ne veux pas faire
du tourisme. J’ irai seulement à Guantánamo si je peux parler à ces
14 détenus qui ont été dans des centres de détention secrets, ceux que
Bush a annoncés, ceux qui sont maintenant transportés à Guantánamo,
ceux qui ont été dans des prisons secrètes – si je peux parler librement
avec eux, sinon cela ne vaut pas la peine. S’agit-il de ceux qui étaient dans des prisons secrètes
en Europe? Le président Bush a admis l’existence de prisons secrètes
mais sans mentionner explicitement l’Europe. Ce qui est cependant intéressant,
c’est un discours de Madame Rice le 5 décembre
2005 à Bruxelles. Elle a explicitement dit que les États-Unis n’avaient
jamais ignoré la souveraineté des pays européens dans cette affaire. C’est-à-dire qu’ils avaient leur accord. Oui, et à cette époque-là je n’avais pas encore connaissance
de l’affaire italienne, et puis j’en ai étudié les dossiers, ce qui
m’a confirmé que ceci ne pouvait se passer qu’avec le soutien des services
secrets locaux, et je pense que beaucoup de choses en Europe ne pouvaient
se passer qu’avec l’accord actif ou passif des services locaux. Dans une interview accordée à Si l’on dit qu’on ignore tout, je trouve qu’il s’agit
d’un mensonge. Je pense que nous avons un problème immense. Ces gouvernements-
là mentent tout en étant convaincus qu’il en ont le droit parce qu’ils
pensent : Nous avons d’importants intérêts de l’État à défendre – les
fameux intérêts supérieurs de l’État. Ce sont des termes qui sont dangereux, qu’il ne faut pas accepter
sans réflexion et en particulier dans cette affaire. Je pense par contre
que les citoyens ont le droit d’apprendre la vérité. Monsieur, est-ce que Si quelqu’un est au courant dans cette affaire, ce sont
les Anglais, ce sont les alliés les plus proches des États-Unis et certes,
je ne prétends pas que tous les membres du gouvernement britannique
soient informés, mais quelques- uns certainement. Tout le monde n’approuve pas votre recherche de Pris en filature? J’en sais rien, je ne m’en soucie pas
parce que je n’ai rien à cacher. Ils peuvent même écouter mes entretiens
téléphoniques, ils ne seront pas plus intelligents après. Menacé? Je pense que dans ce milieu on n’est pas menacé.
Je ne peux imaginer que les services américains tentent d’entreprendre
n’importe quoi contre un rapporteur du Conseil de l’Europe. Ce serait
une bêtise par excellence. Je pense que ce sont des privés fanatiques,
voulant faire quelque chose de particulier, qui sont dangereux. Je ne
m’en suis jamais occupé. Un de ces enlèvement, effectué par ce service secret
américain sur le territoire européen concerne cet imam égyptien. Vous
venez de le mentionner, celui qui s’appelle Abou Omar et qui a été enlevé
en 2003 à Milan, transporté à travers l’espace aérien suisse en Allemagne
et à partir de là dans une prison où il a été torturé, semble-t-il.
Le parquet fédéral suisse a ouvert en 2005 une procédure pénale à ce
sujet. L’enlèvement d’Abou Omar à Milan en plein centre-ville
à midi en février 2003, c’est un acte criminel, c’est un enlèvement.
L’homme fut transporté à Aviano, d’Aviano à Ramstein et de Ramstein
au Caire. Et puisque l’aéronef a survolé On dit pourtant que A mon avis, il faudrait le faire jusqu’à ce que les Américains
donnent une réponse claire. On s’est contenté d’une explication orale d’un fonctionnaire
à Washington sans exiger une réponse écrite. Mais ceci est le point
où les intérêts se heurtent aux valeurs. Et l’on a décidé que dans ce
cas-là les intérêts prévalaient sur les valeurs. Il y a cette sécurité aérienne, Eurocontrol, qui dit
également qu’il y a eu des atterrissages en Suisse qui pourraient être
attribués à Non, certainement pas faire du ski à Zermatt. J’aurais
bien aimé le savoir. Mais, curieusement les Suisses ne s’y intéressent
pas. Il est étrange que des aéroplanes puissent atterrir en Suisse sans
que quelqu’un sache qui est à bord et pourquoi. Si l’on se rend compte
des contrôles qui existent dans d’autres domaines, j’en suis vraiment
étonné. Je ne peux imaginer que des avions suisses puissent atterrir
sous de telles modalités aux États-Unis. Le gouvernement suisse a fait dire par le conseiller
fédéral Pascal Couchepin, lui aussi membre du PRD, que Vous critiquez le Conseil fédéral en disant qu’il ne
voulait pas vraiment enquêter sur cette affaire, qu’il voulait éviter
des dificultés avec les Américains. Qu’est-ce que cela veut dire, exactement? Cela veut dire que les intérêts prévalaient sur les valeurs
et je pense que Est-ce que vous diriez que Ces intérêts économiques ont joué un rôle, voire un grand
rôle, j’en suis sûr. Pourriez-vous donner des exemples concrets? Par exemple, juste à ce moment-là on était en train de
négocier à Berne un traité de libre échange avec les États-Unis. Il
y a de grands intérêts financiers, nos banques en profitent beaucoup
et j’ai bien conscience qu’il faut défendre ces intérêts, mais pas à
tout prix. Vous critiquez également le parquet fédéral en disant
que les enquêtes n’avancent pas vraiment. Supposeriez-vous que le parquet
fédéral soit freiné politiquement? C’est-à-dire vous diriez qu’en Suisse la séparation
des pouvoirs ne joue pas vraiment en ce moment? Oui, pas seulement en Suisse mais aussi en Allemagne
et en France. L’exemple italien est particulièrement intéressant, ils
disposent d’un autre système. Et si l’Italie avait eu le système suisse
ou allemand mani pulite n’aurait pas
existé. Le cas actuel de Milan n’a été possible que grâce à l’indépendance
du ministère public. Diriez-vous qu’en Suisse c’est probablement le conseiller
fédéral Christoph Blocher qui freine les enquêtes du parquet fédéral? Non, je ne peux pas le prétendre. Mais le parquet fédéral
qui se sent freiné par la politique se trouve dans une situation particulière.
Notre système juridique pose quelques problèmes. – Vous savez bien que
les juges fédéraux doivent être réélus tous les 4 à 5 ans par l’Assemblée
fédérale. Ce sont des juges qui sont proposés par les partis politiques
– ce système est unique. Jusqu’alors il a bien fonctionné. Mais vous savez qu’après
certaines décisions du Tribunal fédéral, dans l’affaire des naturalisations
par exemple, le Tribunal fédéral n’a pas seulement été critiqué, mais
certains partis, des partis gouvernementaux ont menacé les juges de
ne plus les réélire. C’est effrayant. C’était l’UDC? Dans ce cas-là, il s’agit de l’UDC. Peut-on dire que Valentin Rorschacher est devenu victime
de cette affaire de Que veut dire parle-t-on avec moi? On s’est moqué un
peu de moi au début, on m’a regardé de haut – oui, ce nouveau Don Quichotte… L’atmosphère
a naturellement changé un peu après que le président Bush était passé
aux aveux et que la majorité en Amérique a changé. Tout à coup la chose
est considérée un peu différemment. Quels seraient selon vous les pas les plus importants
que les pays européens doivent faire s’ils ne veulent pas être complices
d’une pratique des services secrets qui est illégale et qui viole les
droits de l’homme ? Qu’est-ce que ces pays doivent faire? Je pense qu’il y a deux choses importantes. Tout d’abord
– ce qui m’a beaucoup impressionné – il n’y a pas de stratégie commune
contre le terrorisme et ceci est urgent. Comment combattre de manière
efficace le terrorisme international? Cela veut dire qu’il n’y pas de politique européenne
dans ce domaine-là? Il n’y en a pas, malheureusement. On a laissé faire les
Américains. Les Américains doivent coopérer et nous devons coopérer
sinon on ne va jamais réussir. Cependant la stratégie devrait être discutée
ensemble en tant que partenaires. Un autre aspect est la surveillance
des services secrets. Je pense que des points faibles existent dans
tous les pays. Dans beaucoup de pays les services secrets font ce qu’ils
veulent et les gouvernements en sont mal informés, et encore bien moins
les parlements.
Traduit de l’allemand par Horizons et débats N°
5, 8 février 2007 et révisé par Fausto Giudice,
membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial
: elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité
et d’en mentionner sources et auteurs. |
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