Venezuela
Chávez
a gagné !
Notre ami Juan Kalvellido avait raison : "Ils ne reviendront pas".
"Ils", ce sont ces représentants de l'oligarchie défaite,
le "social-démocrate" Manuel Rosales et son ami, le
renégat Teodoro Petkoff, ancien guérillero repenti. Ce
sont les tenants de la démocratie made in Washington. Ce sont
les habitants des beaux quartiers, qui passent leurs week-ends à
Miami. Ce sont les nostalgiques de l'ancien régime, pétris
de mépris pour le peuple et son leader "populiste".
Hugo Chávez remporte donc largement l'élection présidentielle
vénézuélienne. Il a six ans devant lui pour consolider
cette étonnante révolution bolivarienne et continuer à
inventer le "socialisme du XXIème siècle". Hugo
Chávez, premier dirigeant non-arabe à avoir fait adhérer
son pays à la Ligue arabe, a du pain sur la planche. Il devra
mobiliser toutes les énergies pour déjouer les complots
de l'Empire et consolider le front de résistance constitué
par le Vénézuéla, Cuba, le Nicaragua, la Bolivie
et l'Équateur.
Hugo Chávez en route vers un second mandat présidentiel
Par
Salim Lamrani, 27 novembre 2006
Les élections présidentielles
vénézueliennes du 3 décembre 2006 déboucheront probablement sur la victoire
de Hugo Chávez. Le candidat de l’opposition, Manuel Rosales, n’a effectivement
que très peu de chances de l’emporter sur l’homme le plus populaire
d’Amérique latine. Les sondages annoncent une avance de 20 points pour
l’actuel président, quasiment certain de remporter l’élection dès le
premier tour [1].
L’opposition, consciente
de cette réalité, multiplie les accusations contre le gouvernement bolivarien.
L’organisation Súmate, financée par les Etats-Unis par le biais
de la Fondation nationale pour la démocratie (National
Endowment for Democracy), reproche aux autorités l’augmentation
spectaculaire du nombre d’électeurs qui est passé de 11 millions en
2003 à 16 millions en 2006, suite à la campagne lancée pour le gouvernement
encourageant la population à s’inscrire sur les listes électorales.
La plupart des nouveaux électeurs sont issus des couches populaires
qui ont grandement bénéficié des politiques sociales du gouvernement,
et il est fort probable qu’ils renouvellent leur confiance à Hugo Chávez.
Súmate a également stigmatisé le système de vote automatisé [2].
Les adversaires du gouvernement
dénoncent également « un déséquilibre dans la campagne électorale ».
Alejandro Plaz, président de Súmate, a fustigé les augmentations
de salaires des fonctionnaires, la modernisation du pays et les apparitions
réitérées de Hugo Chávez sur les chaînes de télévision publiques. Plaz
omet cependant de signaler que l’ensemble des médias privés, qui représentent
90% du paysage médiatique vénézuelien, soutiennent le candidat de l’opposition
[3].
La présidente du Conseil
national électoral, Tibisay Lucena, a rejeté les doutes émis par les
représentants de l’oligarchie vénézuelienne et a assuré que le Pouvoir
électoral « garantit l’intégrité du processus, garantit les
résultats électoraux [et] garantit le fait qu’ils seront le fidèle reflet
de la volonté populaire [4] ».
Manuel Rosales, gouverneur
de l’Etat pétrolier de Zulia, a quitté temporairement ses fonctions
pour se consacrer à la campagne. Il a déclaré son opposition aux programmes
sociaux entrepris par Chávez, et a proposé en échange de créer une carte
de débit gouvernemental destinée aux pauvres afin de leur reverser directement
20% des revenus pétroliers. Mais Rosales a peu de chances d’attirer
le vote des couches modestes qui voient en lui un représentant de la
vieille classe politique discréditée. En effet, son association avec
le secteur oligarchique du pays et l’administration Bush est notoire
et suscite un rejet populaire manifeste. Il avait d’ailleurs participé
au coup d’Etat éphémère contre Hugo Chávez le 11 avril 2002 en signant
le décret qui nommait Pedro Carmona nouveau Président de la République [5].
Certains groupes radicaux
de l’opposition, liés à l’extrême droite cubaine de Floride, ont déjà
élaboré plusieurs projets de déstabilisation. Ainsi, Rafael Poleo, directeur
du quotidien El Nuevo País, a d’ores et déjà lancé un appel à
une manifestation le 4 décembre 2006 pour protester contre « la
fraude électorale », confirmant les craintes des autorités
sur l’existence d’un plan B destiné à provoquer le chaos. Le gouvernement
a découvert un plan élaboré par l’organisation terroriste New Cuba
Coalition, basée à Washington, qui prévoit de déclencher une guérilla
urbaine en cas de victoire de Chávez. Le groupuscule incite les Vénézueliens
à s’organiser en cellules d’autodéfenses, à poster des francs-tireurs
et à préparer des explosifs [6].
Le ministre de l’Intérieur
et de la Justice, Jesse
Chacón, a garanti pour sa part que l’Etat ne se laisserait pas déborder,
et que les élections se dérouleraient dans un climat de paix. « On
ne permettra pas que se renouvelle ce qui est arrivé [en 2002] »,
a-t-il assuré. Il a exhorté la population à participer massivement au
vote et à attendre patiemment le verdict officiel qui sera émis par
le Conseil national électoral [7].
De son côté, le vice-président
de la République,
José Vicente Rangel, a averti l’opposition des conséquences de tels
actes. « Nous n’accepterons en aucune manière des comportements
antidémocratiques. Le processus électoral est plein de garanties [et]
nous offrons un climat de participation à tous les secteurs de la vie
nationale. L’opposition ne surprendra pas une nouvelle fois le
gouvernement bolivarien », a-t-il déclaré, en référence au
coup de force d’avril 2002. Il a également rappelé que le sabotage pétrolier
en décembre 2002 avait coûté 20 milliards de dollars à la nation [8].
Le Président Chávez a également
été clair à cet égard. L’industrie pétrolière et les Forces armées sont
des institutions « révolutionnaires », en réponse aux
dénonciations émises par l’opposition au sujet du ministre de l’Energie,
Rafael Ramírez, qu’elle accuse d’influencer le vote des employés de
l’entreprise pétrolière nationale PDVSA. Chávez a immédiatement rejeté
ces propos accusateurs : « Ce sont les mêmes qui ont déclenché
le blocage criminel et terroriste entre décembre 2002 et février 2003 »,
en vue de le renverser. Il en a profité pour lancer un appel au Tribunal
suprême et dénoncer l’impunité des saboteurs. « Ils devraient
être en prison en train de payer le mal qu’ils ont fait au pays. Près
de 20 milliards de pertes. Quelle grève pétrolière ? C’était du
sabotage, du terrorisme », a-t-il noté. L’opposition « a
le droit de prétendre » l’évincer du pouvoir, mais « elle
n’a pas le droit d’utiliser des méthodes distinctes de celles établies
par la Constitution »,
a-t-il conclu [9].
William Lara, Coordinateur
général du Movimiento Quinta República (MVR), le parti du Président,
a également mis en garde l’opposition. « On commence déjà à
avancer l’idée de fraude, principalement élaborée par le candidat Rosales,
et beaucoup de ses partisans. S’il continue à promouvoir la campagne
de déstabilisation même après les résultats, ce serait un suicide politique
»[10].
Hugo Chávez est persuadé
que le 3 décembre constituera « un triomphe révolutionnaire
écrasant ». Il a déjà fixé les objectifs de son gouvernement
jusqu’en 2021. « Les 14 prochaines années permettront de construire
le grand projet national de Simon Bolivar », a-t-il souligné,
en référence au Libérateur latino-américain [11].
La certitude du Président
vénézuelien s’explique, en grande partie, par le succès de sa politique
sociale et sa politique de modernisation du pays. L’une des priorités
du gouvernement a été d’améliorer le niveau de vie des retraités. Le
revenu moyen d’un retraité qui était de 32 dollars en 1999 est passé
à 232 dollars en 2006. Longtemps délaissés par les administrations antérieures,
près de 120 000 retraités n’avaient pas reçu les prestations sociales
auxquelles ils avaient droit. Le Président Chávez a donc décidé de procéder
au paiement des pensions non versées par ses prédécesseurs aux travailleurs
du secteur public, et a débloqué la somme de 60 millions de dollars
à cet effet [12].
L’éducation n’a pas été en
reste. En sept ans, 1 121 733 personnes ont intégré les universités,
a signalé Samuel Moncada, le ministre de l’Education supérieure. Dans
les années 90, seule une minorité de la population avait accès aux universités.
Depuis 1999, sept nouvelles universités ont vu le jour à travers le
pays. Près de 68 nouveaux programmes ont été élaborés en fonction des
besoins des nouveaux étudiants auxquels s’ajoutent 261 programmes doctoraux.
« Nous sommes en train de promouvoir un processus de municipalisation
des universités pour que les étudiants […] puissent disposer d’une institution
d’éducation supérieure dans leur propre municipalité », a expliqué
le ministre Moncada. « Au Venezuela, nous sommes persuadés que
l’instrument de libération de l’homme est l’éducation », a-il
ajouté [13].
Le Venezuela vient également
d’ouvrir une Ecole latino-américaine de médecine, située à Ciudad Guayana
dans l’Etat de Bolívar. Fondée sur le modèle cubain, elle est destinée
à former gratuitement des médecins en provenance du continent américain
et d’Afrique [14].
L’Opération Miracle lancée
par Cuba et soutenue par le Venezuela a permis à près de 485 000
patients, dont 290 000 Vénézueliens, de retrouver la vue. Atteints
de cataractes et autres maladies oculaires, ces personnes, aux revenus
modestes, en provenance de 28 pays différents, ont été opérées gratuitement
par des médecins cubains et vénézueliens. La campagne humanitaire et
sociale a pour but d’opérer un million de personnes par an. Un Vénézuelien
sur 87 et un Bolivien sur 213 ont reçu des soins de cette nature. Treize
centres ophtalmologiques ont été ouverts au Venezuela à cet effet. Près
de 31 000 jeunes Vénézueliens sont actuellement étudiants en médecine
[15].
L’économie vénézuelienne
se porte bien avec une croissance de 10,2% au troisième trimestre 2006.
Elle est florissante pour la 3ème année consécutive. La hausse
du pouvoir d’achat, les investissements publics et l’expansion du crédit
ont joué un rôle important dans cette embellie. Mais, il ne faut pas
négliger l’apport important du secteur privé dont le rôle a été fondamental,
selon la Banque centrale du Venezuela (BCV). Les importations
de biens ont atteint la somme de 8,5 milliards de dollars de janvier
à septembre 2006, soit une hausse de 30% par rapport à l’année précédente.
Le taux de chômage a baissé de 2 points pour s’établir à 9,5%. Même
l’inflation, qui est le talon d’Achille de l’économie nationale, a baissé
d’un demi point pour se stabiliser à 15,5% [16].
L’exemple offert par le Venezuela,
qui s’est lui-même inspiré dans une certaine mesure du modèle cubain,
parcourt le reste de l’Amérique latine. Après l’arrivée du pouvoir d’Evo
Morales en Bolivie et la réélection de Lula au Brésil, le Nicaragua
vient de choisir le sandiniste Daniel Ortega comme nouveau président.
Washington est alarmé par ses grands changements et voit sa marge de
manœuvre terriblement restreinte. En effet, ses deux moyens de pression
historiques – le chantage économique et la menace militaire – sont désormais
surannés. Aux Nations unies, les Etats-Unis n’ont pas réussi à imposer
leur candidat de service, le Guatemala, comme membre non permanent du
Conseil de sécurité, malgré 47 tours de scrutin face au Venezuela, et
ont été contraints finalement d’accepter le Panama comme candidat de
consensus[17].
Francis Fukuyama, le célèbre
idéologue étasunien ultraconservateur, qui avait décrété « la
fin de l’histoire » dans les années 1990 après la chute du
communiste et la victoire finale du capitalisme néolibéral, est revenu
sur ses propos. Il est subjugué par l’importance prise par le Révolution
bolivarienne dont les succès, en à peine huit ans, sont impressionnants.
Pour lui, Hugo Chávez symbolise « le retour de l’histoire »
et la fin de l’hégémonie étasunienne sur le continent [18].
Chantre du « socialisme
du XXIe siècle », une idéologie émancipatrice, Hugo Chávez
est devenu l’un des hommes les plus influents d’Amérique latine. En
moins d’une décennie, il a réussi à consolider un processus révolutionnaire
au sein de la société vénézuelienne qui semble désormais irréversible.
Inexistants sous les gouvernements antérieurs, les Vénézueliens, acteurs
principaux du nouveau projet de société mis en place depuis 1999, ne
sont pas prêts à abandonner leur dignité retrouvée.
Notes
[1] Victor Flores, « El desafío
de construir una alternativa ante Chávez », El Nuevo Herald,
17 novembre 2006; Agencia Bolivariana de Noticias, « Medios
internacionales destacan victoria de Chávez en encuestas », 17
novembre 2006.
[2] Fabiola Sánchez, « Denuncian
fallas en proceso electoral en Venezuela », Associated Press,
16 novembre 2006 ; Rui Ferreira, « Firma de máquinas de votación
niega nexos con Chávez », El Nuevo Herald, 31 octobre 2006.
[3] Ibid.
[4] Ibid.
[5] Christopher Toothaker, « Venezuela :
Rosales, la piedra en el zapato de Chávez », Associated Press,
15 novembre 2006.
[6] Nahilce Martínez, « Descubiertos
planes de desestabilización en Venezuela », Agencia Bolivariana
de Noticias, 8 novembre 2006. Granma, « Nuevos detalles
de plan subversivo en Venezuela », 7 novembre 2006.
[7] Agencia Bolivariana de Noticias,
« MIJ garantizó clima de paz para elecciones presidenciales »,
9 novembre 2006.
[8] Agencia Bolivariana de Noticias,
« No aceptaremos comportamientos antidemocráticos de la oposición »,
3 novembre 2006.
[9] EFE, « Chávez admite
que PDVSA es sólo para ‘revolucionarios’ », 4 novembre 2006.
[10] Agencia Bolivariana de Noticias,
« Lara: 3D podría terminar de separar a la oposición venezolana »,
16 novembre 2006.
[11] Juan Barreto, « Chávez quiere
triunfo que lance el socialismo », El Nuevo Herald, 8 novembre
2006.
[12] Agencia Bolivariana de Noticias,
« Gobierno Nacional canceló prestaciones a ex trabajadores públicos »,
6 novembre 2006.
[13] Agencia Bolivariana de Noticias,
« En siete años 1 millón 121 mil 733 personas ingresaron a universidades »,
3 novembre 2006.
[14] Ibid.
[15] Agencia Bolivariana de Noticias,
« Más de 485 mil pacientes beneficiados por Operación Milagro »
19 novembre 2006.
[16] Fabiola Sánchez, « Crece economía
en Venezuela », Associated Press, 16 novembre 2006. Associated
Press, « Baja la inflación en Venezuela », 1 novembre
2006 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Economía
del país mantiene crecimiento a lo largo de tres años consecutivos »,
15 novembre 2006.
[17] Diego A. Santos, « ONU :
Panamá será candidato de consenso de Guatemala y Venezuela », El
Nuevo Herald, 1 novembre 2006.
[18] Nestor Ikeda, « Fukuyama :
‘Hugo Chávez es retorno de la historia’ », Associated Press,
10 novembre 2006.
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Aporrea et ENcontrARTE, frères vénézuéliens
de Tlaxcala sur
la Toile, sont présents et actifs dans la "marée
rouge" de fin de campagne.
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Salim Lamrani est chercheur
français à l'Université Denis Diderot (Paris VII), spécialiste des relations
entre Cuba et les USA. Auteur de Cuba face à l'empire : Propagande,
guerre économique et terrorisme d'état, Éditions Timéli, 2006, et de
Washington contre Cuba, Éditions Le Temps des Cerises, 2005.
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