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Vénézuéla

 

Chávez : agitateur maladroit ou champion de l’anti-impérialisme ?


par Gregory Wilpert, 21 octobre 2006

 

Traduit par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice


Caracas-A l’heure qu’il est il semble que le Venezuela et le Guatemala devront renoncer à leurs prétentions et convenir d’un candidat de compromis pour le Conseil de Sécurité de l’ONU. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi le Venezuela et le Guatemala poursuivent-ils cette bataille inhabituelle pour un siège au Conseil de Sécurité ? Quel est l’enjeu ? La dernière fois que pareille empoignade a eu lieu, c’était il y a plus d’un quart de siècle, en 1979, quand Cuba et la Colombie avaient entraîné les délégués onusiens dans un véritable marathon, qui s’était achevé au 155e tour de scrutin.

Nord contre Sud
Les ambassadeurs des USA, du Guatemala et du Mexique allèguent que le Venezuela devrait jeter l’éponge au motif qu’il n’a pas obtenu la majorité nécessaire des deux tiers à l’Assemblée Générale des Nations unies. Pourtant, pareilles arguties pro domo cherchent à détourner l’attention de ce qui s’est réellement passé, à savoir qu’une énorme brèche s’est ouverte entre le Nord et le Sud. C’est que le Venezuela, faute de remporter la majorité des votes aux Nations unies, a obtenu le soutien très déterminé de 77 à 82 pays face à la pression US massive (à laquelle s’ajoute probablement celle des pairs) pour que le siège latino-américain à pourvoir soit attribué à son favori guatémaltèque. La fermeté de l’appui au Venezuela est un signe net de la volonté d’un nombre important de gouvernements et de peuples du monde de mettre des freins à la domination US du monde et des Nations unies.

Le vote pour le siège au Conseil de Sécurité de l’ONU est ainsi tout à fait similaire à la façon dont le discours de Chávez à l’ouverture de la 61e session de l’Assemblée Générale a été accueilli. Quand Chávez a appelé George Bush "le diable" il a profondément choqué et dégoûté la plupart des gens du premier monde alors qu’il a été applaudi dans le tiers monde. Les libéraux aux USA, comme Charles Rangel [1] ou Nancy Pelosi [2] semblent ne pas être conscients ou ne veulent pas se soucier du fait que la réception dichotomique du discours de Chávez à l’ONU montre précisément comme ils semblent se fiche pas mal du fossé qui s’est creusé entre les deux mondes, entre le Nord et le Sud. Tant pour les conservateurs du premier monde que pour les libéraux, ce qui importe c’est d’être diplomatique (et ils ont perfectionné l’art d’envahir diplomatiquement les pays). La diplomatie est sans doute importante, mais si elle sert simplement à enterrer l’abîme Nord-Sud, il se peut alors qu’un anti-diplomate comme Chávez soit nécessaire, afin de braquer un projecteur sur un sérieux problème, comme parfois seulement des mots durs peuvent le permettre.
Le discours de Chávez et le soutien sans faille qu’il a reçu pour le vote au Conseil de Sécurité de l’ONU montrent bien combien sa ligne de résistance à l’Empire US est appréciée dans le monde. Un de mes amis à Alger me rapportait qu’immédiatement après le discours de Chávez à l’ONU un nombre incalculable de nouveaux-nés ont été prénommés "Chávez" cette semaine-là en Algérie. Au préalable, le soutien inflexible de Chávez au Liban à la suite de l’implacable agression d’Israël avait sensiblement boosté sa popularité dans cette région du monde. Cependant Chávez est devenu populaire non seulement au Moyen-Orient mais dans l’ensemble du tiers monde où les peuples sont au courant de ses positions anti-Bush. Il n’est dès lors pas surprenant que même un gouvernement conservateur et d’ailleurs pro-Bush comme l’est celui de l’Inde, soutienne le Venezuela pour le Conseil de Sécurité de l’ONU. Si l’on voulait faire le compte des populations des pays soutenant le Venezuela, comme la Russie, la Chine et l’Inde, ainsi que la plupart des plus grands pays d’Amérique latine (Brésil, Argentine, Bolivie, Équateur), on verrait probablement que le Venezuela bénéficie du soutien de plus des deux tiers de la population mondiale. Le fait que ni les libéraux aux USA ni même un seul gouvernement nominalement socialiste du Nord, tel l’Espagne, n’aient déclaré soutenir le Venezuela, montre que l’adhésion au club des privilégiés prévaut sur l’idéologie affichée de défense de l’opprimé.
Bien entendu, certains se demandent si le Venezuela lutte vraiment pour les opprimés du monde ou s’il cherche tout simplement à faire prévaloir ses propres intérêts. Son soutien catégorique à un gouvernement comme celui d’Iran, qui tabasse les femmes, ou aux gouvernements autoritaires plutôt véreux de la Biélorussie et du Zimbabwe, indique que Chávez privilégie les références anti- impérialisme US de ces pays sur leurs résultats internes en matière de droits humains.

Anti-impérialisme contre droits humains
Le dilemme n’est pas contestable. Quelle est la priorité : se battre contre l’impérialisme US ou se battre pour les droits humains ? Étant donné que les questions de droits humains ont été si souvent perverties par les USA et par les ONG internationales, par la condamnation exclusive des pays qu’ils n’aiment pas et par le refus de dénoncer les violations de ceux qu’ils aiment, il est difficile de blâmer Chávez de vouloir accorder la primauté à la lutte contre l’impérialisme sur celle pour les droits humains. Somme toute, sur l’arène internationale, le Venezuela a beaucoup été critiqué alors même que la situation des droits humains au Venezuela est meilleure que dans la plupart des autres pays de la région ou que du temps des gouvernements précédents. Ce n’est pas pour autant que l’on devrait ignorer les violations commises par le Venezuela en matière de droits humains (en particulier le nombre encore énorme d’exécutions extrajudiciaires par la police de présumés criminels). Cependant, l’incapacité des observateurs internationaux à considérer le bilan vénézuélien des droits humains dans leur contexte historique et régional et la stigmatisation fréquente de ce pays, font que le gouvernement du Venezuela est peu disposé à prendre en compte des critiques auxquelles il aurait pu autrement être sensible. Cela incite aussi Chávez à ne pas accorder une grande attention au respect par ses alliés anti-impérialistes des droits humains domestiques, estimant que leurs bilans sont déformés autant que le sien l’a été [par l’impérialisme, NdT].

Malheureusement, dans le monde imparfait dans lequel nous vivons, le nombre de pays anti-impérialistes respectant les droits humains peuvent se compter sur les doigts de la main. Il ne fait pas de doute que leur nombre ne sera jamais suffisant pour s’opposer sérieusement à l’impérialisme US. Ce n’est donc pas trop tiré par les cheveux d'alléguer que d’abord il faudrait s’opposer au monde unipolaire sous domination US pour ensuite se centrer sur la lutte globale simultanée des droits humains politiques et sociaux. Aussi longtemps que les pouvoirs dominants peuvent abuser des questions de droits humains pour leurs propres desseins, ces droits ne servent qu’à appuyer leur domination, et c’est donc l’échec d’une véritable promotion des droits humains sociaux et politiques.

Candidats de compromis
Quel pays, alors, serait à la fois un soutien anti-impérialiste et un défenseur des droits humains pour le Conseil de Sécurité de l’ONU ? Le Venezuela, semble t-il, a perdu et n’est donc plus une option. Le Guatemala, à la fois parce qu’il est un larbin des USA et parce que son bilan en matière de droits humains est bien plus mauvais que celui du Venezuela, est assurément disqualifié. Il ne semble pas non plus que des petits pays sur lesquels les USA peuvent aisément faire pression par des menaces économiques, comme pratiquement tous les pays des Caraïbes, puissent faire de bons candidats, quels que soient éventuellement leurs principes et la force de leur opposition à la politique extérieure usaméricaine.
Restent les plus grands pays d’Amérique latine. Néanmoins, du fait de l’élection de gouvernements de gauche dans la région, les divisions idéologiques entre ces pays sont devenues très fortes ces dernières années, ce qui veut dire qu’il est presque impossible d’espérer y trouver un candidat consensuel. L’Uruguay a bien été cité comme le candidat consensuel le plus vraisemblable, mais il semblerait que l’Argentine fasse opposition du fait du conflit entre ces deux pays à propos d’usines de papier voulues par l’Uruguay à proximité de la frontière argentine [3].
Le Brésil semble le meilleur choix en raison de sa politique extérieure plutôt indépendante, de sa capacité à résister à la pression US et du fait qu’il n’a pratiquement aucun opposant sur le continent.

Notes
[1] Charles Rangel (Démocrate-New York) a dit : "Ne venez pas dans mon pays, ne venez pas dans mon district de congressiste et ne condamnez pas mon président".

[2] Nancy Pelosi (Démocrate-Californie) a qualifié Chávez de "voyou ordinaire".

[3] Ce conflit dit "guerre du papier" peut sembler dérisoire. Il a pour origine la décision du gouvernement uruguayen d’autoriser des entreprises européennes de cellulose à construire et exploiter 2 usines sur la rive orientale du fleuve Uruguay. D’autres intérêts sont évidemment en jeu. Par contre le problème écologique est une réalité... (NdT)
• Original : http://www.venezuelanalysis.com/articles.php?artn=1857
• Gregory Wilpert est un sociologue et journaliste résidant à Caracas
• Traduit de l'anglais par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs. URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1408&lg=fr

 

14/06/06 - Chávez exige des excuses du Pérou


Le Venezuela ne rétablira pas ses relations diplomatiques avec le Pérou avant que le président élu, Alan Garcia, présente des excuses pour les propos insultants qu'il a tenus pendant sa campagne présidentielle, a affirmé hier le président Hugo Chávez.
Caracas et Lima ont rappelé leurs ambassadeurs respectifs en mai, les autorités péruviennes ayant accusé Chávez de s'être ingéré dans la campagne présidentielle par son soutien au candidat Ollanta Humala, que le second tour opposait à Garcia.
«La seule possibilité qui puisse amener le Venezuela à rétablir des relations avec le nouveau gouvernement du Pérou, c'est que le président élu du Pérou présente les explications et les excuses nécessaires au peuple du Venezuela», a dit Chávez dans son allocution radiophonique hebdomadaire.
Au cours de sa campagne, Garcia avait jugé le dirigeant vénézuélien «sans vergogne», ce à quoi Chávez avait répondu en le traitant de «canaille» et de «voleur» et en menaçant de rompre les liens diplomatiques si Garcia l'emportait.
Hier, Hugo Chávez a dit que le Venezuela reconnaissait «mais sans l'applaudir» la victoire de Garcia, ajoutant que «les relations avec le Pérou, avec le gouvernement du Pérou, sont au congélateur le plus profond où nous pouvions les mettre».
Hugo Chávez, ancien parachutiste acquis à une politique socialiste de type populiste, est la figure dominante d'une résurgence de la gauche latino-américaine liée à un climat d'antiaméricanisme. Mais ses efforts pour nouer des alliances régionales contre le libéralisme économique ne lui ont pas permis de se concilier des pays comme la Colombie et le Pérou.
Le département d'État américain a accusé le Venezuela, cinquième exportateur de pétrole mondial, d'utiliser ses ressources pour déstabiliser la démocratie dans la région.

 

Visite en Iran et en Corée du Nord
Par ailleurs, le président vénézuélien Hugo Chávez a annoncé hier qu'il se rendrait en Iran et en Corée du Nord, deux pays en froid avec les États-Unis en raison de leurs ambitions nucléaires.
«Bientôt nous serons en Corée du Nord, bientôt nous serons à Téhéran, pour renforcer nos [...] alliances stratégiques», a déclaré Chávez lors de son allocution télévisée hebdomadaire.
Il a ajouté que sa tournée comprendrait des étapes en Chine et en Russie. Le Venezuela compte signer des accords de coopération militaire avec Moscou, en réaction aux mesures prises par Washington pour empêcher le Venezuela d'acquérir de armes auprès d'autres pays.
Source : Reuters, 12 juin 2006


08/06/06 - Hugo Chávez


par Vincent Fournier, Jeune Afrique, 4 juin 2006


Visionnaire ou fou dangereux, populiste ou authentique homme de gauche, le président vénézuélien aura en tout cas réussi à bouleverser le paysage politique de l'Amérique latine et à bousculer les vieux équilibres.

« On n'a pas de pétrole, mais on a des idées ! » claironnaient les Français en 1973, comme pour se donner du courage après le premier choc pétrolier. Du pétrole et des idées, Hugo Chávez, lui, en a à revendre. Sa dernière idée en date, il l'a formulée quelques jours seulement avant d'accueillir, le 1er juin, à Caracas, la réunion extraordinaire de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Elle est simple. Il propose au cartel d'adopter, comme nouvelle norme internationale, un prix plancher du baril à 50 dollars. C'est tout Chávez ça, une bonne dose de dirigisme, au c¦ur même du marché mondial.

« Le pétrole évolue déjà dans une tranche située entre 50 dollars et l'infini », a-t-il expliqué à la presse, avant de préciser qu'il ne souhaitait pas, évidemment, que le prix du brut « atteigne l'infini ». L'idée est lancée. Fera-t-elle son chemin ? Pour l'heure, en tout cas, point n'est besoin de prix plancher. La guerre en Irak et les craintes suscitées par le dossier nucléaire iranien (l'Iran est le deuxième exportateur de brut de l'Opep) suffisent amplement à soutenir les cours. C'est pourquoi Rafael Ramírez, le ministre vénézuélien de l'Énergie, a pu se montrer compréhensif en laissant entendre que, cette fois, son pays s'abstiendrait de réclamer une baisse de la production.

C'est donc le statu quo qui prévaudra à Caracas entre les pays désireux d'augmenter les quotas pour ménager l'Occident consommateur et les partisans, Chávez en tête, d'un pétrole plus cher. Mais cela n'empêchera pas le leader bolivarien (du nom de son héros, Simón Bolívar, qui libéra une grande partie de l'Amérique latine du joug colonial espagnol) de délivrer son message politique, que le Financial Times se plaît à résumer en ces termes : « Le pétrole cher, c'est bon ; le président Bush, c'est mauvais. » Un raccourci pour le moins simpliste, certes, mais qui souligne à quel point Chávez parvient à faire du cartel à la fois un instrument de sa politique internationale et une tribune. Rappelons que c'est lui qui a réveillé l'Opep d'un long sommeil en réunissant, en 2000, à Caracas, un sommet de chefs d'État, alors qu'ils ne s'étaient plus rencontrés depuis le sommet d'Alger en 1975. Du coup, l'Opep a retrouvé cohésion et discipline, et les quotas fixés à chaque pays sont globalement respectés.

Paradoxalement, c'est Chávez qui détonne aujourd'hui. Non pas parce qu'il a dépensé 5 millions de dollars - un record ! - pour accueillir ses hôtes, mais parce que sa rhétorique est souvent jugée provocante. Elle tranche, en tout cas, avec le style d'une organisation soucieuse d'apparaître comme apolitique. Même l'Iran adopte en son sein un style plus feutré. Si bien que la posture éminemment politique du président vénézuélien est de plus en plus mal perçue. Selon certains observateurs, elle aurait même fini par entamer l'influence de Caracas dans l'Opep, d'autant que la production vénézuélienne a baissé. Après la grève générale de 2002-2003, qui avait pour but de le renverser, le Comandante bolivarien a repris en main l'industrie pétrolière, à commencer par la gigantesque entreprise nationale, Petroleos de Venezuela SA (PDVSA), dont il fit licencier la direction, les cadres, les ingénieurs et tous ceux qui avaient répondu à l'appel du syndicat patronal. « Aujourd'hui, souligne Ramírez, elle est au service de l'État, et non plus un État dans l'État. » Reste qu'après plus de deux ans d'efforts, le pays n'a toujours pas retrouvé son niveau de production d'avant la grève. Selon l'Opep, il ne produirait que 2,6 millions de barils par jour (mb/j), alors que son quota est de 3,2 mb/j. Et cela nuit au Venezuela. Car son influence au sein du cartel est avant tout proportionnelle à sa capacité de production, et à sa capacité non utilisée. On s'attend donc à ce que Chávez, pour compenser la mise en veilleuse de son projet de baisse des quotas, se livre à un baroud d'honneur. En particulier, en faisant une série de propositions très bolivariennes - un fonds de développement Opep, une université Opep, une banque Opep - destinées à signifier à tous que l'argent du pétrole doit servir avant tout au développement. Autant d'idées auxquelles les conférenciers ne prêteront probablement qu'une oreille polie, mais qui s'inscrivent dans le droit fil de l'action de Chávez en Amérique latine.

C'est ainsi qu'une véritable transnationale sud-américaine des hydrocarbures a vu le jour en 2005, qui projette de construire une raffinerie au Brésil, un oléoduc vers l'Argentine et de prospecter le bassin de l'Orénoque. Et si certains pays des Caraïbes peuvent désormais acheter du pétrole à bas prix et à très faible taux de crédit, c'est parce que Chávez a créé, en 2005, en coopération avec neuf petits pays de la région, une société, Petrocaribe, qui supprime les intermédiaires entre pays producteurs et pays consommateurs. Une manière efficace d'aider les plus pauvres à ne pas alourdir leur dette quand les prix flambent. Comme il a aidé l'Argentine et l'Équateur en achetant des bons sur leur dette, au moment où ces derniers négociaient avec le FMI. Toutes ces initiatives, et bien d'autres, n'ont d'autre but que de promouvoir une intégration régionale débarrassée des recettes ultralibérales. Avec l'arme du pétrole, Chávez tisse sa toile en Amérique latine, et combat l'hégémonie américaine. Après avoir sauvé du désastre une économie cubaine mise à mal par quatre décennies de bureaucratie castriste et d'embargo américain, en lui fournissant du pétrole à prix discount, le Comandante au béret rouge élargit son influence dans les Caraïbes. C'est ainsi que René Préval, le nouveau président haïtien, a signé, en mai, un accord lui permettant de faire partie de Petrocaribe, et qu'une convention du même type a été signée entre PDVSA et les mairies sandinistes du Nicaragua. Pour Daniel Ortega, le vieil ennemi des Américains, c'est un sérieux coup de pouce à six mois de la présidentielle.

Même plus au Sud, Chávez avance ses pions. On sait aujourd'hui, puisque Celso Amorim, le ministre brésilien des Affaires étrangères, s'en est plaint ouvertement, le rôle important qu'ont joué les fonctionnaires de PDVSA dans la décision du président bolivien Evo Morales de nationaliser le gaz. Deux jours plus tôt, à La Havane, il avait signé avec Caracas un accord portant sur les hydrocarbures, dans le cadre de l'Alternative bolivarienne des Amériques (Alba). L'Alba, « aube » en espagnol, c'est le projet concurrent de celui de George W. Bush, l'Alca, qui vise à faire de toutes les Amériques une vaste zone de libre-échange. Mais l'Alba ne comprend à ce jour que le Venezuela et Cuba. Du coup, Chávez a fait entrer la Bolivie dans son mégaprojet de gazoduc reliant le Venezuela au Brésil et à l'Argentine. Même les autorités équatoriennes, pourtant peu suspectes de sympathies pour l'homme fort de Caracas, se tournent maintenant vers PDVSA pour un éventuel partenariat avec Petroecuador, après avoir annulé celui de l'américaine Oxy.

Résolu à créer autour de lui un bloc de résistance à l'hégémonisme américain, Chávez n'hésite plus à intervenir dans la vie politique de ses voisins. Pour adouber ses candidats, ou pour vilipender les autres. Si Morales était son homme en Bolivie, Manuel Lopez Obrador est le sien au Mexique, face au président sortant libéral Vicente Fox, qu'il a traité de « petit toutou de l'impérialisme ». Au Nicaragua, Chávez vote pour le sandiniste Daniel Ortega, et au Pérou, qui doit élire son président le 4 juin, il soutient l'ancien militaire nationaliste Ollanta Humala, traitant son rival social-démocrate, Alan García, d'« irresponsable », de « bandit » et de « menteur ». Il a même promis de rompre toute relation diplomatique avec le Pérou « si, par la main du démon, García parvenait à être président ». Une tension qui s'ajoute à celle créée, fin avril, par le retrait du Venezuela de la Communauté andine des nations (CAN) après que le Pérou eut signé un accord de libre-échange avec les États-Unis. On viendrait presque à se demander si Alejandro Toledo, l'actuel président péruvien, ne se trompe pas quand il déclare que « Chávez a été élu à la tête du Venezuela, pas de l'Amérique latine ».

Visionnaire ou fou dangereux, populiste avide de pouvoir ou authentique homme de gauche, force est de constater que plus personne ne voit en lui un clown tropical. En quelques années, il a bouleversé le paysage politique du sous-continent et bousculé les vieux équilibres. Jamais, en tout cas, les États-Unis n'avaient subi de tels revers dans leur arrière-cour depuis la fin de la guerre froide. Comme le souligne un hebdomadaire colombien, il reste à savoir si Chávez, grisé par ses succès et porté par son excès d'assurance, se gardera de « franchir une ligne qu'il n'a pour l'instant fait que mordre, et qui marque le passage sur le terrain de l'autoritarisme pur et simple ».
Source : http://www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/article_jeune_afrique.asp?art_cle=LIN04066hugoczevhco0

 

 

05/06/06 - « Si on nous menace, on le regrettera » : première livraison de fusils russes au Venezuela


Le Venezuela a reçu samedi une première livraison de 30 000 fusils d'assaut russes, en vertu du contrat selon lequel la Russie doit livrer un total de 100 000 armes à l'Etat sud-américain.
"Nous renouvelons nos défenses", a déclaré le président vénézuélien Hugo Chávez. "Nous n'allons pas nous brouiller avec qui que ce soit, mais si on nous menace, on le regrettera."
Les 70.000 armes restantes devraient être livrées en deux fois, en août puis en octobre, a expliqué le ministre de la Défense, Orlando Maniglia.
Ces nouveaux fusils devraient remplacer les armes achetées à la Belgique dans les années 1950, selon un communiqué du cabinet du vice-président.
Face à l'interdiction usaméricaine de vente d'armes, le Venezuela prévoit de construire de nouvelles usines afin de produire davantage de Kalachnikov et de munitions.
Hugo Chávez, qui accuse les USA de préparer l'invasion de son pays, a signé des contrats pour un montant qui avoisinerait 2,7 milliards de dollars (2,1 milliards d'euros) afin de moderniser l'équipement militaire de son pays. Ses fournisseurs sont, notamment, l'Espagne et la Russie.
Washington a annoncé en mai qu'il bloquerait les ventes de nouvelles armes usaméricaines au Venezuela, prétextant que Chávez a des liens étroits avec l'Iran et Cuba.
Source : AP, 4 juin 2006

 

 

 

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