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USA
Le 25 novembre, un jeune
Noir ; Sean Bell, 23 ans, était abattu par la police new-yorkaise
de 50 balles lors d’une fusillade. Cette « bavure » n’est
que la dernière en date, et la pratique de répression « préventive »
dans les quartiers noirs est officiellement justifiée par la guerre
« contre le terrorisme », définie dans les termes de « l’amendement
Sensebrenner » récemment voté par l’administration Bush. Il y a
quelques mois, de gigantesques manifestations de sans papiers venant
de l’Amérique latine et des Caraïbes, et ne distinguant nullement les
protestataires ou les sympathisants selon leur couleur de peau, interrogeaient
la classe politique, complètement déroutée devant une mobilisation ne
correspondant plus au cadre fixé par les générations précédentes en
termes de droits civils et de minorités raciales. Les nouvelles relations
qui se tissent entre communautés d’immigrants en provenance du sud et
minorité noire « grassroots », c'est-à-dire enracinée, commencent
à redéfinir la barrière entre privilégiés et défavorisés ; l’Afro-Amérique
ne se trouve plus comme une minorité assiégée au milieu de l’Euro-Amérique :
l’Amérique subtropicale redéfinit toutes les appartenances, et l’initiative
est dans son camp. L’engagement du prêtre portoricain de New York Luis
Barrios en est un flambeau vivant : il appelle à la manifestation
du 6 décembre prochain à New York (16h 30, Headquarters One Police Plaza,
Downtown NYC), convoquée par le « Mouvement du 12 décembre »
pour résister à la fascisation de la société américaine, protester contre
le ciblage de la jeunesse noire par la police, et contre l’occupation
de leurs quartiers, mais aussi contre les atteintes à l’habeas corpus,
les atteintes aux droits civils et la guerre d’Irak pour le pétrole
[1]. 1. Causes
sociales de l’assassinat de Sean Bell Par Luis Barrios
Et pourtant,
on va nous sortir des explications et des justifications, et si un procès
a lieu, on s’en remettra à une communauté soi disant plus neutre, pour
juger la police ; voilà comment on garantit les procès « démocratiques »
pour les assassins, et on envoie paître les victimes. Vous vous
souvenez du cas de Amadou Diallo ? Et d’Anthony Baez ? Deux
cas d’une liste alarmante de cas où des policiers criminels ont été
lavés de toute accusation après avoir assassiné de sang froid des citoyens,
au mépris de leurs familles et du reste de la communauté. Voilà pourquoi
il faut se poser la question des causes sociales du crime continuellement
pratiqué par la police de New York. Il faut dépasser les explications
individuelles qui ont été invoquées, telles que dépression, frustration,
stress, épuisement physique etc. Ceci est bien
plus grave, il faut en prendre conscience, pour faire mieux que de nous
répéter, à coup de manifestations et de pétitions pour demander la démission
des responsables. Dans notre
système de justice pénale, il y a un processus de criminalisation, et
c’est par là que se fait le tri sélectif dans l’application de la loi,
selon l’appartenance sociale. D’un autre
côté, pour expliquer ce que nous appelons des conflits, dans notre société
néolibérale capitaliste, il faut bien comprendre que crime, criminalisation
et loi pénale forment un ensemble à resituer dans le contexte des inégalités
sociales. Ceux qui appartiennent au groupe qui a le contrôle des institutions
recrutent d’autres personnes dans la police pour protéger leurs intérêts.
Comme de juste, cette classe dominante veut nous faire croire que le
but de la police est de protéger la population. C’est faux, et c’est
pour cela que cette classe protège leurs crimes et les fait absoudre
par les tribunaux. Il y a donc
des causes qui expliquent l’assentiment [à la répression] de certains,
et la délinquance s’explique par l’absence de cause qui justifierait
l’assentiment des autres. Il nous faut
donc rejeter les explications de la criminologie traditionnelle, et
nous estimons qu que la criminologie culturelle nous offre une méthode
plus appropriée pour percevoir le lien entre la politique, la construction
du sens, et le processus de criminalisation. Tout cela explique qu’aux
USA, le pays qui a le plus de prisons, et la population carcérale la
plus grande au monde, si on se penche sur les catégories sociales, on
découvre que seuls les pauvres vont en prison, tandis que les riches
sont de plus en plus riches. C’est pourquoi il faut voir que ce schéma,
auquel obéit la police newyorkaise, est un schéma systémique et cohérent,
parce que justifié et protégé par certaines autorités, en particulier,
ici, le chef de la police Richard Kelly et le maire de la ville Michael
Bloomberg. Il faut bien
comprendre aussi qu’il y a une violence structurelle à l’œuvre, qui
se manifeste et se niche dans l’institution que nous appelons Police
de New York. Les arrestations arbitraires et détentions font donc partie
de modèles de contrôle social, et ne relèvent pas de la violation d’une
loi ou des lois : au contraire cela correspond à des décisions
politiques sans rapport avec le problème de la délinquance. Continuons
à dénoncer l’injustice et à la combattre par la paix AVEC la justice. [1] Pour se rendre
au lieu de rendez-vous : One block east of One
Centre Street Municipal Buiulding, corner
Chambers and Centre Streets Original : http://www.eldiariony.com/noticias/ColumnistasDetail.aspx?SectionId=51 2. Dans le débat entre Usaméricains
noirs et Latinos, les immigrants des îles caraïbes [dits « Caribbeans »]
sont aux côtés des Latinos hispanophones [dits « Hispanics»] par Louis E. V. Nevaer, News Feature,
Pacific News Service, 4 décembre 2003 Note de la rédaction : les immigrants
noirs en provenance des Caraïbes se définissent souvent d’abord par
la culture ou la nationalité, et seulement ensuite par la race, ce qui
complique et infléchit les notions d’identité raciale en noir et blanc
qui caractérisent les USA.
« Je me perçois comme dans un entre-deux,
dit Pat White, née aux USA, employée de bureau dont les parents sont
venus des Caraïbes ; je ne vois pas comme une Africaine-américaine,
même si les gens voient en moi une femme noire ; je suis jamaïcaine,
et à la fois une américaine noire mais je ne me sens pas à l’aise avec
l’étiquette africaine-américaine ». L’ascendance « West Indies »,
c'est-à-dire en fait une douzaine de nationalités caribéennes
bien précises, qui supplante la monolithique Afro-Amérique, est
en passe de modifier le concept « Black » aux USA. La hausse du nombre des Latinos, et la
façon dont ils se définissent, par la culture et non pas par la race,
est en train de forger un nouveau sentiment identitaire. Les recensements
disent que maintenant les Latino sont plus nombreux que les Noirs aux
USA . Si tu peux être noir et Dominicain, ou noir et Portoricain, dit
Brian Oakes, qui est propriétaire d’une bijouterie ethnique à Brooklyn’s
Park Slope, pourquoi ne pourrais-tu pas être un immigré, un « Caribéen »
sans avoir besoin de rentrer dans la catégorie Afro-Américain » ? Le rapport flou des Latinos à la notion
de race (les Latinos noirs peuvent très bien se qualifier de Cubains,
Mexicains ou Latinos avant de se reconnaître comme Noirs) touche directement
les dirigeants de la communauté africaine-américaine. « Les Africains-Américains
et leurs dirigeants communautaires sont en train de connaître une crise
identitaire, et nous ne savons pas encore sur quoi cela va déboucher »,
dit Henry Louis Gates Jr., président du Département d’Etudes afroaméricaines
à l’université de Harvard, lors d’une rencontre à Harlem avec des collègues
réunis pour faire le point sur les « Black Studies », mais
déstabilisés par les nouvelles données démographiques. « Pendant
200 ans, les termes de race ou de minorité ont été indissociables des
rapports entre Noirs et Blancs aux USA , et voilà que brusquement les
mêmes termes s’appliquent à des Noirs, des Blancs, des Latinos. Certains Africains-Américains ont critiqué
d’autres Noirs qui se définissaient eux-mêmes comme hispaniques, avant
toute chose, tels que la chanteuse cubaine Celia Cruz ou le grand joueur
de base ball Sammy Sosa. « Je refuse complètement le droit pour
un Noir de se définir autrement que comme Noir », dit le militant
d’ Harlem contre le sida, Andrew Wilson, qui se présente comme afro
américain. Mais de plus en plus de Noirs suivent
l’exemple Latino et se définissent en termes de culture et d’ethnicité,
et non plus de race. « Hispanic », c'est-à-dire Latino, n’est
nullement une dénomination raciale. « C’est une question de positionnement »,
dit Milton White, cadre à la télévision, de 41 ans. Je me sens proche
de l’identité caribéenne parce que cela évoque la mentalité de l’immigrant,
et ça ne comporte pas la revendication à un titre particulier. Je ne
me sens pas comme si on me devait
Milton Vickerman, auteur de Crosscurrents : West Indian Immigrants
and Race a étudié la relation complexe entre identité ethnique et
raciale parmi les Jamaïcains de New York : « les gens des
îles viennent de sociétés où les Noirs sont majoritaires, de sorte que
leur expérience est très différente », dit-il ; aussi la notion
de race perd de sa pertinence. « Nous avons une mentalité d’immigrants »,
dit Milton White. Et les immigrants africains en Amérique
du Nord, comme les immigrants caribéens à New York « se battent
pour affirmer leur identité ethnique contre un Etat et une société civile
qui voudraient leur imposer une « identité black » rigide »,
explique Vickerman. A New York, certains Noirs qui ont des attaches
à Porto Rico et en République dominicaine font de même, et refusent
de se trouvés déclassés de fait par une désignation en tant qu’Africains-Américains. « Ce que j’aime avec les Latinos »,
dit Pat White, c’est que leurs communautés sont fondées sur une culture
et des valeurs, et non pas la race. Leur identité repose sur leur nationalité,
leur langue maternelle, leur histoire ». Cette leçon n’est pas perdue pour les
Afro-Aaméricains qui réussissent dans leur carrière. Katherine Newman,
anthropologue qui étudie les classes laborieuses a dit sur www.salon.com que dans le quartier très noir de Harlem, les
Afro Américains sont écartés sur le marché de l’emploi, même par des
employeurs noirs, au profit des Latino noirs, souvent immigrants récents,
et en provenance d’autres quartiers. « Il ne s’agit pas de barrière
raciale, mais de préférence », dit Newman. Les employeurs ont une
bonne impression des demandeurs d’emploi immigrés. Même s’ils sont noirs
eux mêmes, ils ont une mauvaise opinion des travailleurs noirs
autochtones. Certains patrons ont même dit à Newman
qu’ils préféraient les immigrants à peine arrivés, ceux qui « ont
grandi dans des pays vraiment pauvres, et qui considèreront un emploi
au tarif local comme « une récompense royale en comparaison avec
ce qu’ils trouveraient en Haïti ou en République dominicaine ». Louis E. V. Nevaer est économiste
et auteur de l’ouvrage « Narta’s second Decade : Assessing
Opportunities in the Mexicain and Canadian Markets. » Original : http://news.pacificnews.org/news/view_article.html?article_id=524a919cf3f2101954cff10de9f11e96# 3. Les Africains-Américains, le bien-être
économique et l’immigration Par Chaka A. K. Uzondu
En tant que groupe, les Africains-Américains
continuent à affronter une société blanche suprématiste dont l’économie
capitaliste a parallèlement créé enrichissement et disparité
croissants, tandis qu’un nombre disproportionné d’Africains-Américains
restent pauvres. La société USaméricaine est au 3ème rang
des pays industrialisés inégalitaires.
Le « fossé racial » en matière de revenus, entre Noirs
et Blancs, est évalué en moyenne à $116.000. Et cela n’a rien à voir
avec le blabla sur la culture de la pauvreté et autres inepties. C’est un fossé qui provient de politiques
sociales qui ont créé la richesse pour les Blancs, en empêchant les
Noirs et d’autres communautés « racialisées » d’y accéder.
Le ministère des Affaires sociales qui a fourni $120 milliards d’aide
pour l’accès à la propriété entre 1934 et 1968, en donne un bon exemple :
98% des fonds sont allés aux Blancs. La communauté noire continue à connaître
les niveaux les plus élevés de chômage. Officiellement, on parle de
9%, mais nous savons tous que c’est un chiffre qui laisse de côté les
prisonniers et ceux qui ont cessé de chercher du travail. Pour l’accès
au logement, la discrimination raciale reste implacable. Une étude récente
a montré qu’un Blanc avec un casier judiciaire chargé pouvait trouver
plus facilement un emploi qu’un Afro-Américain au casier judiciaire
vierge. Quand on tient compte de ces réalités,
on comprend pourquoi les Afro- Américains ont des raisons de redouter
les conséquences de l’immigration sur le niveau de vie de leurs communautés.
Historiquement, l’immigration a déjà eu des conséquences négatives pour
eux. Ainsi l’afflux d’immigrants amène souvent les employeurs à relâcher
leur vigilance dans la lutte contre la discrimination envers les Africains-Américains.
Ce débat est lié aussi aux tensions raciales
qui existent entre ceux-ci et les immigrants. La plupart des immigrants,
même s’ils arrivent d’Afrique ou font partie de la diaspora noire, en
viennent à considérer les Africains-Américains selon le prisme de la
suprématie blanche. Nous sommes tous bombardés par les stéréotypes négatifs
sur les Africains-Américains qui abondent dans la culture pop et commerciale.
C’est ainsi que les immigrants sont souvent encouragés à ne pas s’identifier
aux Africains-Américains. Comme l’a signalé Toni Morrison, les immigrants
apprennent très vite à contourner le handicap des autochtones noirs
dans leurs démarches pour devenir américains à part entière. D’ailleurs, les immigrants oublient bien
souvent de reconnaître que toutes les chances qui leurs sont offertes,
ils les doivent largement aux combats pour la justice raciale et sociale
que les Africains-Américains ont livrés et continuent à livrer. Les
immigrants ne réalisent pas que ce sont les Africains-Américains qui
ont bâti les échelons sur lesquels prendre appui dans l’ascension sociale,
à laquelle nous aspirons tous. Les Africains-Américains ne sont certainement
pas parfaits, mais les possibilités qui s’ouvrent aux populations « racialisées »
par le système, qu’il s’agisse d’immigrants ou non, relèvent de la dette
que nous avons tous envers les Africains-Américains. En fait, les Africains-Américains ont
tout intérêt à défendre les droits des immigrants. D’abord, parce que c’est cohérent avec
le Mouvement pour la libération noire. Ce combat, commencé par les premiers
Africains amenés contre leur volonté, pour une démocratie juste et non
réservée à une race, pour lequel Fannie Lou Hamer et Ella Baker ont
donné leur vie, ce combat reste actuel. Ensuite, l’immigration n’est pas la cause
des problèmes économiques qu’affrontent les Africains-Américains. Le
défi, c’est la combinaison des forces de la suprématie blanche et de
son économie capitaliste, qui privilégie l’intérêt des multinationales
et des super-riches pardessus tous les intérêts du reste de la population. Par exemple, ce ne sont pas les immigrants
qui provoquent le chômage des Africains-Américains. Les immigrants Latinos
ne sont pas des employeurs, dans leur majorité, si bien que même si
parmi eux certains pratiquent une certaine préférence ethnique, ils
ne sont guère en mesure d’embaucher un grand nombre d’Africains-Américains.
Ce sont plutôt les patrons qui choisissent d’embaucher les gens les
plus faciles à exploiter parce que sans papiers, et donc plus vulnérables.
Et les grands patrons préfèrent les immigrants, parce que le racisme
anti-noir joue toujours, et que les Africains-Américains sont les plus
susceptibles de défendre leurs droits dans le monde du travail. En outre, les immigrants ne sont pour
rien dans l’appauvrissement des communautés afro. C’est plutôt le résultat
de la discrimination raciale qui dure, de la désindustrialiation des
USA depuis les années 1970, du désinvestissement dans les zones urbaines,
de la fuite des Blancs et donc du déficit des impôts locaux, et de la
délocalisation des emplois en direction des banlieues plus blanches,
qui sont responsables de cet appauvrissement. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas
parfois une rivalité réelle entre immigrants et Afros, pour certains
emplois. Et ne vaut-il pas mieux de se battre contre les emplois sous-payés,
alors que ceux du CEO ont incroyablement surpayés ? Selon le journal
USA Today, le CEO dirige les 100 plus grandes
sociétés des USA, et reçoit comme salaire moyen environ $17,9 millions
de dollars. Est-ce que vraiment, les politiques de soutien à la police
dressée pour réprimer le peuple et protéger les multinationales, défendues
par l’extrême droite, peuvent améliorer les réalités économiques telles
que les vivent les Africains-Américains ou n’importe qui d’autre ?
Est-ce que le soutien aux mesures explicitement favorables à la suprématie
blanche et qui criminalisent les immigrants peuvent être bénéfiques
pour les Africains-Américains, qui restent sous la menace permanente
de l’injustice criminelle du système ? Ou encore, est-ce mieux de combattre
pour des boulots sous-payés, alors que les PDG sont extraordinairement
surpayés ? D’après USA Today, les PDG des 100 plus grandes sociétés
des USA touchent des salaires moyens de 17,9 millions de dollars. Est-ce
que le soutien à une politique antipopulaire et pro-patronale propagé
par la droite peut améliorer les conditions économiques des Africains-Américains
ou, d’ailleurs, de qui que ce soit d’autre ? Est-ce que le soutien explicite
à une politique suprématiste qui criminalise les immigrés peut profiter
aux Africains-Américains, qui restent assigés par un système injuste
et criminel ? Certes, il est de l’intérêt de tous que
la sécurité soit renforcée. Et c’est bien pour cela que les Afros, les
immigrants et tous les travailleurs ont à gagner à des politiques qui
garantissent des revenus décents à tous les travailleurs, qui consolident
le droit des travailleurs à s’organiser, et qui garantissent des offres
d’emploi pour tous. Les marches de soutien aux immigrants
et le soutien multiracial qu’elles ont obtenu prouvent qu’il y a en
ce moment une possibilité d’alliance puissante entre Afros et immigrants,
Pas seulement parce que les Afros ont toujours été à l’avant-garde des
luttes pour des transformations sociales positives, mais parce que tous
nous partageons le même intérêt à créer une société plus juste. La justice
économique en termes de races devrait être déterminante. Cela bénéficierait
à d’autres groupes marginalisés sur des critères raciaux, et prendrait
en compte les droits des immigrants ; et cela viserait le cœur
de l’inégalité économique USAméricaine. Il est donc crucial que les Afros soutiennent
les immigrants et bâtissent un mouvement noir-cuivré, qui brise la barrière
raciale, mais qui soit uni contre la suprématie blanche et l’inégalité
économique. Les immenses manifestations dans tout le pays font découvrir
les occasions qui s’ouvrent aux patriotes pour transformer ce pays dans
le sens de ses promesses envers le reste du monde. L’histoire montre
que les Afros ont toujours honoré cette responsabilité. Ils ont toujours
été à l’avant garde de la bataille pour l’égalité complète. Pourquoi
devrait-il en être autrement aujourd’hui ? Original : www.blackcomentator.com n° 181, 27 avril 2006. 4. La latinoïsation
de la politique aux USA Par Roberto Lovato, New York, New America Media, 10 avril 2006 Note de la rédaction: Les manifestations
pour les droits des immigrants ressemblent aux grandes mobilisations
de masse habituelles en Amérique latine, plus qu’aux marches d’autrefois
pour les droits civils (aux USA).
Des amis qui
connaissent ses parents m’ont dit que Anthony Soltero, l’adolescent
qui est devenu le premier martyr du mouvement, n’était pas un étudiant
radical. Il devait purger trois ans de prison simplement parce qu’il
s’était joint à un cortège d’étudiants réclamant une politique d’immigration
saine et de meilleures écoles. Il y a un
problème de transmission à partir des sms en anglais et espagnol, qui
ressemble aux malentendus sur tout ce qui a trait aux plus de 136 marches
prévues pour le 10 avril. La plupart
des hommes politiques, universitaires, porte paroles et journalistes
ne savent pas comment interpréter ce qui se passe, parce qu’ils veulent
rendre compte du mouvement en termes de « droits civils »,
« progressistes » ou d’autres termes traditionnels aux USA,
mais c’est un « lit de Procuste » bien trop étroit pour
ce qui éclot maintenant et qui va peser d’un grand poids contre l’habitude
de tout ramener aux polémiques électoralistes : il s’agit de manifestants
qui estiment être trahis par la classe politique depuis trop longtemps. Mes anciens
collègues au Central American Resource Center (CARECEN=« ils manquent [de
papiers etc] », en espagnol) à Los Angeles, m’ont dit que le ralliement
des organisations se fait là-bas autour du slogan « Ahora actuamos
y mañana votamos » (ajourd’hui nous agissons et demain nous votons). Un bon nombre de gens
parmi les Salvadoriens et Guatemaltèques qui manifestent à Los Angeles
ont une trajectoire militante dans leurs pays, tout comme les Dominicains,
Colombiens, Mexicains, Equatoriens et autres, qui manifestent près des
buildings à colonnades romaines de City Hall, à New York. Au lieu de
chercher des références dans le cadre USAméricain, nous devrions regarder
ce qui se passe en Amérique latine, où la combinaison d’actions au niveau
électoral et de mobilisations de masse est en train de ruiner l’emprise
politique des USA, avec une mère célibataire agnostique comme président
au Chili et des indigènes au gouvernement en Bolivie. Le dirigeant
de la marche à New York , mon ami Miguel Ramirez, s’identifie tout à
fait avec les combats des Africains-Américains, mais ses racines politiques
se trouvent dans l’histoire des mouvements révolutionnaires au Salvador.
Les hommes politiques et leurs alliés potentiels obtiendront bien plus
de succès s’ils se souviennent que ces
manifestants sont des Américains au sens plein, parce que Latino-Américains,
et cela bien avant toutes les manifestations récentes contre l’immigration
où des drapeaux mexicains ont été brûlés ; et ce sont eux qui nous
obligent à redéfinir ce que nous entendons par « Américains ». C’était déjà
vrai en 1994, quand nous avons organisé dans des églises, des lycées
et des associations municipales les
plus grandes manifestations latino de l’histoire des USA. A cette époque,
nous nous opposions, mes collègues et moi, à la proposition 187, l’initiative
de l’Etat de Californie qui refusait les soins médicaux et la scolarisation
aux enfants d’immigrants sans-papiers. Avec les organisations mexicaines
du quartier de East Side à Los Angeles, nous étions (j’étais alors à
la tête de CARECEN) au cœur d l’opposition au gouverneur Peter Wilson.
J’ai vu comment l’élan de masse a amené l’organisateur Fabian Nunez
et le dirigeant des manifestations Antonio Villaraigosa à affronter
les positions les plus solides de Depuis 1994,
il a été intéressant de voir les mesures qui marquent des étapes dans
la latino-américanisation de la politique usaméricaine : lois pour
interdire la délivrance de permis de conduire aux sans-papiers, dans
plusieurs Etats, rafles sous prétexte de menaces contre la sécurité
publique, harcèlement policier, etc. Comme la proposition 187 en Californie,
le décret Sensenbrenner a été l’étincelle qui a donné le départ à l’embrasement
général, et la carte des USA ressemble de plus en plus aux différentes
teintes de brun cuivré insurgé de Samuel Cevallos,
Équatorien et Usaméricain, 53 ans, homme d’affaires de la ville de Jersey,
voit plus loin que la défense des immigrants. « J’ai été un sans-papiers »,
dit-il ; j’ai participé à la marche parce que la plupart de mes
amis ne peuvent pas le faire : ils ne peuvent pas aller à l’hôpital
parce qu’ils ont peur ; ils ne peuvent aller travailler en voiture,
parce qu’ils n’obtiennent pas de permis de conduire ; et ils ne
peuvent rien réclamer sur leur lieu de travail. » Et le même Cevallos,
évangéliste qui vote pour les Républicains, en voyant la foule autour
de l’Hôtel de Ville, comme s’il faisait lui-même partie d’une armée
d’invasion prête à saccager le forum à Rome, ajoute : « si
George Bush ne peut pas s’occuper de nous, nous nous saurons nous charger
de faire respecter nos intérêts. » Il parlait en espagnol, la langue
qui va faire changer le sens des mots comme « gauche », « droite »,
« progressiste » et « américain ». Original : http://news.pacificnews.org/news/view_article.html?article_id=809397a07522e852a65982b9bf5adeae# Photo de Roberto
Lovato : Bart Nagel
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