Et vous appelez ça une civilisation
? La justice US est devenue un grand jeu de Bingo
Les gagnants des STELLA Awards 2005 viennent d'être annoncés.La
moisson de
cette année est particulièrement gratinée. Les
Stella Awards tirent leur nom de Stella Liebeck, cette dame de 81
ans qui s'était renversé du café sur elle et
qui avait subséquemment intenté un procès à
MacDonalds, qu'elle avait gagné !
Ce cas retentissant a inspiré la création des prix Stella
qui récompensent les procès gagnants les plus grotesques
et les plus ridicules d'Amérique.
6e place
Carl Truman, un jeune homme de 19 ans de Los Angeles (Californie)
s'est vu
attribuer 74 000 dollars de dédommagement de frais médicaux
après que son voisin lui eut roulé sur la main avec
sa Honda Accord. Apparemment Mr Truman ne s'était pas rendu
compte qu'il y avait quelqu'un au volant quand il a entrepris d'essayer
de voler les enjoliveurs.
5e place
Terrence Dickson de Bristol (Pennsylvanie) quittait la maison qu'il
venait de cambrioler en sortant par le garage. Mais il ne réussit
pas à ouvrir la porte du garage car le système de commande
automatique était défectueux. Il ne put pas non plus
retourner dans la maison car la porte de communication qu'il avait
tirée derrière lui s'était refermée avec
un loquet automatique. La famille qui habitait la maison étant
partie en vacances, il se retrouva bloqué dans le garage pendant
huit jours. Il survécut grâce à un carton de bouteilles
de Pepsi et à un sac de croquettes pour chien qu'il trouva
sur place. Il porta plainte contre la compagnie d'assurance de la
maison arguant que la situation l'avait placé dans un état
de détresse psychologique. Le jury lui attribua 500 000 dollars.
4e place
Jerry Williams de Little Rock (Arkansas) a reçu 14 500 dollars
de dédommagement après avoir été mordu
aux fesses par le chien de son voisin, un Beagle. Le chien était
attaché à une chaîne et le jardin était
clôturé. La somme accordée a été
inférieure à celle demandée car il a été
estimé que le Beagle avait été quelque peu provoqué
: en effet Mr Williams avait sauté par-dessus la clôture
dans le jardin de son voisin et avait tiré sur le chien à
plusieurs reprises avec un pistolet à billes plastique.
3e place
Un restaurant de Philadelphie s'est vu condamner à payer la
somme de 113500 dollars à Amber Carson de Lancaster (Pennsylvanie)
après qu'elle se fut cassé le coccyx en glissant dans
une flaque de boisson gazeuse renversée par terre. Si la boisson
était par terre, c'est parce que Miss Carson l'avait elle-même
jetée à la figure de son ami trente secondes auparavant
au cours d'une dispute.
2e place
Kara Walton of Claymont, Delaware, a fait un procès à
un night-club près de chez elle après être tombée
de la fenêtre des toilettes de l'établissement, se cassant
deux dents de devant. Cela se produisit alors qu'elle tentait de passer
par la fenêtre des toilettes dames du night-club pour éviter
de payer les 3,50 dollars d'entrée. Elle s'est vue accorder
12 000 dollars et le remboursement de ses frais dentaires.
Première place
Et le grand gagnant de l'année est Mr. Merv Grazinski d'Oklahoma
City.
Mr Grazinski s'était acheté un motor-home Winnebago
tout neuf. En rentrant chez lui après un match de football,
il prit l'autoroute, mit le véhicule en vitesse automatique
à 100 km/h et quitta tranquillement le volant pour aller se
faire un café dans la cabine arrière.
Chose peu étonnante, le véhicule dévia de sa
course, quitta la chaussée et fit un tonneau. Mr Grazinski
fit un procès à Winnebago au motif que rien, dans le
manuel du propriétaire, n'indiquait qu'il était >
dangereux de quitter le volant. Le jury lui a accordé 1 750
000 dollars (un million sept cent cinquante mille dollars !!!) et
un Winnebago tout neuf. La compagnie a depuis modifié les manuels
de ses véhicules, au cas où un autre de leurs clients
serait un abruti du même genre!
10/09/06 - Le syndrome de l’Irak poursuit
Bush
par Carmen Carrasco, Correspondencia Internacional n°
22 septembre 2006
(Source : www.uit-ci.org, publié sur www.aporrea.org/internacionales/a24941.html
Traduit de l’espagnol en français par Gérard
Jugant, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la
diversité linguistique ((www.tlaxcala.es). Cette traduction
est en Copyleft : elle est libre de toute reproduction, à condition
de respecter son intégrité et de mentionner son auteur
et sa source.
Pour la seconde fois dans son histoire, les USA sont, aujourd’hui
en Irak, au bord d’une déroute politique et militaire,
comme il y a trente ans au Vietnam, déroute qui aurait des
conséquences étendues.
Il y a une trentaine d’années, s’est installé
ce qu’on a appelé le "syndrome du Vietnam",
à savoir le refus du peuple usaméricain d’appuyer
les sanglantes guerres qui laissaient des milliers de victimes pour
les intérêts obscurs des multinationales et du Pentagone.
A la suite des attaques du 11 septembre 2001, le président
George W. Bush a cru que le "syndrome" était passé
et que le peuple usaméricain, blessé, apporterait à
nouveau son soutien à ses aventures belliqueuses. Ce fut effectivement
le cas... pour une brève période, laquelle a désormais
pris fin.
Au début de l’année 2005, alors que le nombre
de morts usaméricains atteignait les 1.500, le pourcentage
de l’opinion qui considérait la guerre comme une erreur
— presque la moitié — était alors le même
qu’en 1968 lors de la guerre du Vietnam, durant l’offensive
du Têt, alors que 20.000 soldats avaient déjà
trouvé la mort (1).
Avec des pertes usaméricaines s’élevant à
2.500 et le coût des guerres en Irak et en Afghanistan atteignant
les 500 milliards de dollars, la popularité de Bush est tombée
en chute libre, comme ce fut le cas pour le président Richard
Nixon il y a trente ans. Les généraux critiquent le
ministre de la Défense, les officiers critiquent les généraux,
les soldats critiquent les officiers, la population rejette les crimes
de guerre comme le massacre d’Haditha (2), les scandales de
corruption se multiplient, le prix de l’essence s’envole,
le mouvement de masse fait irruption par la mobilisation des immigrants,
le Parti Républicain au pouvoir s’enfonce dans la division,
et la possibilité augmente qu’il perde le contrôle
du Parlement aux élections de novembre, alors que Bush a encore
deux bonnes années et demi de mandat.
Le rejet croissant de la guerre aux USA est parallèle au rejet
dans les pays alliés. La coalition qui avait commencé
l’invasion de l’Irak a volé en éclats, les
associés de Bush sont tombés en disgrâce, comme
Silvio Berlusconi, défait électoralement en Italie,
et Tony Blair, qui vit ses pires moments en Grande-Bretagne. La majorité
des troupes des autres pays s’est déjà retirée
et on annonce le retrait des troupes italiennes et japonaises. Aux
USA, le puissant sentiment contre la guerre en Irak met aussi à
l’ordre du jour le retrait des troupes. Le mot d’ordre
du mouvement pacifiste durant la guerre du Vietnam, "Ramenez
les garçons à la maison", est la priorité
et est devenu le sujet obligatoire des candidats qui se présentent
aux élections parlementaires de novembre 2006.
Crise au sein des Forces Armées
Les fantômes du Vietnam sont revenus. Le résultat désastreux
des opérations en Irak a ouvert une crise au sein des Forces
Armées. Plusieurs généraux se sont prononcés
publiquement contre le ministre de la Défense Donald Rumsfeld,
l’artisan de cette guerre. Le 19 mars le général
de division en retraite Paul Eaton, qui a eut en charge l’entraînement
de l’armée irakienne, a déclaré que Rumsfeld
était "incompétent stratégiquement, opérationnellement
et tactiquement"(3). Le 2 avril le général en retraite
Anthony Zinni, ex-chef du Commandement Central, a indiqué :
"On a fait des analyses militaires très faibles pour cette
opération". Le 9 avril, le général de corps
d’armée en retraite Gregory Newbold a écrit :
"Je déplore qu’on n’ait pas débattu
ouvertement avec ceux qui étaient déterminés
à envahir un pays dont les actions étaient périphériques
à la menace réelle - Al Qaïda". Le 13 avril,
le général en chef en retraite John Riggs et le général
Charles Swannack, ex-commandant de la 82e Division Aéroportée,
ont accusé Rumsfeld de solliciter des conseils quand ça
l’arrange et l’ont rendu responsable des tortures dans
la prison d’Abou Ghraïb.
La révolte des généraux se nourrit du profond
mécontentement des militaires à l’égard
des politiques de réduction des coûts mises en oeuvre
par le gouvernement Bush, en vertu de la "doctrine Rumsfeld"
dont le baptême du feu — et l’enterrement —
ont eu pour cadre l’Irak : réduire l’armée,
opérer avec des petites unités plus légères
pourvues d’armes et d’instruments de haute technologie
- produites par les entreprises amies du Pentagone - et tertiariser
ou privatiser la majorité des services nécessaires à
l’armée, quel magnifique négoce pour les alliés
de Bush, comme Halliburton !
La rébellion des généraux est la partie visible
de l’iceberg constitué par le profond mécontentement
des jeunes soldats vis-à-vis de la guerre. Après la
guerre du Vietnam, les USA ont supprimé la conscription. Leur
armée est formée de volontaires salariés qui
sont à la recherche d’un meilleur salaire et de quelques
prébendes. Pour cette raison, les Forces Armées sont
pleines de pauvres, de noirs et de latinos. En 2004, 16,4% des recrues
étaient noires alors qu’ils ne composent que 14,3 % de
la population. Quelque 70% des soldats noirs et 64% des soldats latinos
viennent de milieux dont le revenu est inférieur au revenu
national moyen, à comparer aux 57% de recrues blanches.
Au fur et à mesure que la guerre est devenue plus impopulaire,
les chiffres du recrutement ont chuté, car les noirs et les
latinos sont les secteurs où le rejet de la guerre en Irak
est le plus fort (4). Le plus préoccupant pour le haut commandement
militaire est que de plus en plus de jeunes officiers, y compris un
nombre croissant de capitaines, démissionnent le plus vite
possible.
Pour trouver une solution au manque d’hommes, les officiers
se sont faits moins exigeants, recrutant des soldats qui en d’autres
temps étaient exclus pour des problèmes de drogue, d’alcoolisme,
ou de bas rendement. C’est pourquoi aussi le Ministère
de la Défense a dû recourir aux services de plus de 30
000 mercenaires privés, qui gagnent six fois plus que les recrues
classiques.
Selon le quotidien USA Today, il y a au moins 8.000 déserteurs
et le 7 juin le lieutenant Ehren Watada est devenu le premier officier
à refuser publiquement d’aller en Irak en estimant que
la guerre est illégale.
Les militaires désapprouvent de plus en plus les méthodes
génocidaires, les assassinats de civils comme à Haditha
en novembre et Ishaki en mars, qui ont été dénoncés
par les soldats eux-mêmes et qui font resurgir dans la mémoire
l’assassinat de centaines de civils dans le village de My Lai,
au Vietnam, en 1968, qui constitua le moment décisif de la
guerre, du fait de l’énorme rejet qu’il provoqua
au sein de la population et des soldats. Selon un sondage de l’Institut
Zogby International, 72% des soldats interrogés pesent que
l’armée usaméricaine devrait faire ses valises
dès cette année (5).
Crise au sommet
Le désastre en Irak a provoqué la dégringolade
de la popularité de Bush. Toutes les enquêtes donnent
37% d’approbation et 58% de désapprobation. Le sentiment
qui domine est résumé comme suit par un analyste conservateur
: "Auparavant Bush était perçu comme un homme qui
contrôlait les événements et aujourd’hui
il est perçu comme quelqu’un qui ne dirige plus rien.
Le dur mot incompétence s’entend ici et là. Si
on prend la politique extérieure, les problèmes du président
ne sont pas seulement l’Irak, mais de savoir s’il a le
contrôle des prix du carburant" (6).
De hauts membres de l’administration Bush sont éclaboussés
par des scandales et le mot corruption est de plus en plus utilisé.
Le vice-président Dick Cheney est compromis dans l’affaire
Lewis Libby, son ex-chef de Cabinet, qui a révélé
l’identité de Valerie Plame, agente de la CIA, par vengeance
contre son époux, un des premiers à démentir
que l’Irak avait des armes de destruction massive.
Porter Gross, chef de la CIA, a démissionné très
rapidement. En un peu plus d’un an, trois patrons se sont succédés
à la tête de la CIA. Un des principaux lobbyistes républicains
au Congrès, Jack Abramoff, a été emprisonné
pour corruption, ce qui a eu pour conséquence la démission
de Tom DeLay de sa fonction de chef du groupe républicain à
la Chambre des Représentants, assénant un rude coup
au parti de Bush au Parlement. Enfin, Kenneth Lay, ce dirigeant d’Enron
coupable de la plus grande faillite frauduleuse de l’histoire
usaméricaine, qui a escroqué des millions d’actionnaires,
a été condamné. Or il faut savoir que DeLay était
un ami intime de Bush et l’un des principaux donateurs des campagnes
du Parti républicain.
La crise du Parti républicain
Bush a gagné deux élections présidentielles grâce
à l’appui militant des conservateurs purs et durs, qui
se proposaient de réduire au minimum la dépense publique,
une politique ferme contre les immigrants, la tolérance zéro
sur des sujets comme l’avortement ou les mariages de personnes
du même sexe. C’est ce secteur qui aujourd’hui le
laisse tomber, mécontent de l’augmentation colossale
des dépenses, de l’échec à contenir l’immigration
illégale et de l’abandon des principes républicains
essentiels.
L’explication de cette érosion est dans le dégoût
consécutif à "l’abandon complet du gouvernement
restreint", selon le Républicain Pat Toomey. L’engagement
de faire un gouvernement plus petit avait été une idée
unificatrice pour la majorité des conservateurs sous la présidence
de Ronald Reagan (7), mais depuis que Bush a accédé
au pouvoir, la dépense publique a augmenté de plus de
25%, le plus fort pourcentage depuis l’administration du président
démocrate Lyndon B. Johnson.
D’après une enquête d’Associated Press, 52%
des conservateurs ont une opinion favorable de Bush et 33% seulement
du Congrès à majorité républicaine.
Selon Zogby Interactive, seulement un quart des conservateurs approuvent
la gestion par Bush de la question de l’immigration (8).
Plusieurs des plus importants alliés religieux chrétiens
s’éloignent toujours plus de Bush, menaçant de
ne pas voter pour les candidats républicains aux prochaines
élections. Les religieux exigent que Bush oppose son veto à
la loi qui autorise les mariages homosexuels, mais le président
usaméricain, qui a perdu son énorme pouvoir, n’a
pas réussi à empêcher l’adoption de la loi,
suscitant l’écoeurement de la droite religieuse (9).
La responsabilité des Démocrates
Bien que les Démocrates escomptent gagner les élections
parlementaires en novembre, ils payent eux aussi le coût de
leur soutien à la guerre. Ils ont voté en faveur de
l’Acte Patriotique (Patriot Act) qui a réduit les libertés
démocratiques des Usaméricains pour poursuivre d’éventuels
terroristes et ont approuvé l’invasion de l’Irak,
et aujourd’hui le parti est divisé sur la meilleure issue
à la guerre. Alors que la sénatrice Hillary Rodham Clinton,
probable candidate présidentielle pour 2008, se refuse à
fixer une date pour le retrait des troupes, d’autres dirigeants,
comme John Kerry, l’ex-candidat présidentiel en 2004,
s’autocritiquent publiquement pour avoir approuvé la
guerre. Dans une mégaconférence démocrate réalisée
destinée à lancer la campagne pour les élections
parlementaires de novembre, Hillary Clinton a été conspuée
pour son refus de fixer une date pour le retour des troupes, tandis
que Kerry reconnaissait que la guerre était une erreur et qu’il
s’était trompé en votant pour la guerre (10).
Rébellion intérieure
Profitant du rejet des attentats du 11 Septembre, le gouvernement
de Bush a accompagné les guerres contre l’Irak et l’Afghanistan
d’une offensive contre les libertés démocratiques
du peuple usaméricain — détentions sans jugement
ni procès, écoutes téléphoniques, espionnage
de courrier électronique — et un énorme dispositif
policier et de renseignement, pendant que les troupes yankees recouraient
aux méthodes génocidaires, comme les massacres de Falloujah,
Haditha et Ishaki, aux tortures comme dans la prison d’Abou
Ghraib et aux détentions illégales à Guantanamo,
ainsi qu’aux détentions dans des prisons secrètes
localisées dans neuf pays européens avec des vols charter
illégaux, s’agissant de prisonniers de guerre.
La grande contradiction de l’impérialisme usaméricain
est que, si d’un côté il incarne la plus puissante
machine contre-révolutionnaire de la planète, d’un
autre côté il se fonde sur un régime de considérables
libertés démocratiques, qui sont la principale conquête
de son peuple.
Quand les Usaméricains constatèrent que Bush avait menti
en assurant que l’Irak avait des armes de destruction massive,
la mémoire du Vietnam revint à la surface avec plus
de force que jamais et le soutien à la guerre se mit à
baisser. Avec les premières pertes, le mécontentement
ouvrit la voie à la mobilisation, qui parvint à prendre
une dimension nationale. Un mouvement contre le recrutement se propagea
dans les collèges secondaires et dans les universités
: les étudiants expulsaient les recruteurs de l’armée
des campus universitaires, la contestation s’étendant
à tout le pays, pendant que la mobilisation des vétérans
et des familles de soldats et de victimes croissait, symbolisée
par Cindy Sheehan, la mère d’un soldat mort, qui campa
au cours de l’été dernier devant le ranch de Bush
au Texas.
Dans les principales villes du pays il y a eu de grandes mobilisations
au cours de toute l’année 2005 et depuis le début
de l’année en cours.
L’irruption du mouvement de masse par l’action des immigrants
La raison de fond du rapide désappointement contre la guerre
est l’appauvrissement de larges secteurs de la population, en
particulier ceux qui alimentent les forces armées en soldats.
C’est pourquoi le mouvement contre la guerre s’enchaîna
pratiquement sans problème de continuité au mécontentement
face aux effets désastreux de l’ouragan Katrina et se
poursuivit par la mobilisation de millions d’immigrants en mars
et avril suivie de la grande manifestation du Premier Mai, qui pour
la première fois fut célébré massivement
aux USA(11).
Avant, il y a eu d’importantes actions ouvrières, comme
la grève des travailleurs des transports de New York, qui paralysa
cette grande ville durant plusieurs jours. A tout cela s’ajoute
la sensation de malaise collectif résultant de l’une
des plus graves et délicates conséquences de la guerre
pour l’Usaméricain moyen : l’augmentation du coût
de l’essence, dont le prix a doublé depuis que Bush est
président, passant de 1,46 dollars le gallon à 2, 91
— ce qui se fait sentir dans le budget de tous les foyers (12).
La tâche immédiate : le retrait d’Irak
La question incontournable de ces élections est le retrait
des troupes. Le 15 juin, pour la première fois en quatre ans,
la Chambre des Représentants a abordé le sujet, et bien
que le gouvernement ait promis de maintenir les forces en Irak, il
y a plusieurs plans qui parlent de retrait. Parmi ceux en circulation,
un texte des dirigeants du Parti démocrate. Le plan, élaboré
par deux auteurs républicains du Center for American Progress,
propose le départ de 60 000 soldats pour la fin de l’année
et de la totalité pour la fin 2007 (13).
En novembre 2005, un sénateur démocrate très
lié aux conservateurs, John Murta, a fait scandale en présentant
une résolution pour le retour immédiat de toutes les
troupes usaméricaines.
Les élections étant traversées par la question
de la guerre, la perspective d’une victoire démocrate
affaiblit encore plus Bush, qui a encore à assumer deux années
et demie de mandat. Aussi, pour se maintenir au pouvoir, Bush doit
mettre de côté sa base conservatrice pure et dure en
recherchant, dans les faits, un accord avec les Démocrates,
comme on l’a vu lors du vote décisif de la Loi sur l’Immigration.
A la demande de la Maison Blanche, les Démocrates et une partie
des Républicains ont fait voter en mai au Sénat un projet
pour s’opposer à la loi adoptée par la Chambre
des Représentants fin 2005, qui criminalisait l’immigration
et a déclenché la vague de mobilisations. Le projet
légalise la situation des immigrants qui justifient de plus
de cinq années de présence dans le pays, s’efforçant
de la sorte de désactiver les grandes mobilisations. Seulement
32 Républicains votèrent contre alors que 23 ont voté
avec les Démocrates en faveur du projet.
L’autre défaite pour Bush a été la décision
du Sénat du 7 juin de rejeter l’amendement demandé
par la Maison Blanche qui prohibait le mariage entre personnes de
même sexe, un recul clair pour les conservateurs purs et durs
qui le portèrent au pouvoir, et le 15 juin le Sénat
vota une loi dans laquelle s’il approuve bien une nouvelle ligne
budgétaire pour la guerre, il limite les dépenses militaires
du Pentagone.
Le syndrome de l’Irak
On ne sait toujours pas quand les troupes vont rentrer, mais on parle
déjà du "syndrome de l’Irak". La différence
avec le Vietnam est que le géant impérialiste est plus
fragile qu’alors, quand l’existence de l’Union Soviétique
le protégeait de l’ascension révolutionnaire mondiale.
La première victime du "syndrome de l’Irak"
est la doctrine Bush qui consiste à lancer des guerres préventives
contre l’Afghanistan, alors qu’on ne répond à
aucune agression, de manière unilatérale, en passant
par-dessus tous les organismes internationaux, afin de venger l’orgueil
usaméricain blessé par les attaques du 11 septembre.
Pour la revue conservatrice Foreign Affairs, "le scepticisme
va croître concernant plusieurs notions fondamentales : l’obligation
des USA d’engager des actions militaires préventives
unilatérales pour corriger des situations ou renverser des
régimes qui les contrarient mais qui ne sont pas une menace
immédiate, la possibilité et la nécessité
d’apporter la démocratie à d’autres nations,
la tâche de délivrer le monde du mal, le fait que le
plus gros budget mondial pour la défense est nécessaire
et profitable, la coopération internationale présente
très peu d’intérêt et les Européens
et les autres étrangers sont naïfs et décadents
(14).
C’est pourquoi, pour la revue, "la probabilité d’une
application de la puissance militaire ou même d’une menace
militaire focalisée contre l’un ou l’autre des
pays figurant sur la liste des ennemis de Bush, a diminué de
manière substantielle... En fin de compte, les principaux bénéficiaires
de la guerre en Irak vont être les compagnons de l’Irak
sur la liste de l’ "axe du mal" (15).
La défaite politique et militaire des USA en Irak, qui a été
possible grâce à la mobilisation du peuple usaméricain
et au rejet mondial de la guerre, offre aux travailleurs usaméricains
les meilleures conditions pour développer leurs luttes contre
le gouvernement et les patrons. Les peuples du monde, cette fois,
se réjouissent de cette nouvelle défaite impérialiste
: la bête est blessée. C’est le moment d’en
profiter.
(1) John Mueller, professeur de Sciences Politiques à l’Université
de l’Ohio, revue Foreign Affairs, article intitulé "The
Irak Symptome" novembre-décembre 2005, www.foreignaffairs.org
Additif du traducteur : c’est le diagnostic lui-même de
John Mueller qui est foncièrement critiqué par Christopher
Gelpi, professeur de Sciences Politiques à Duke University,
dans un article intitulé "The Cost of War", à
la même source, édition de janvier/février 2006.
Pour ce chercheur, Mueller utilise les sondages de manière
décontextualisée : il ne tient compte ni du niveau d’acceptation
des pertes par la population usaméricaine, variable en fonction
du rapport coûts-avantages de la guerre, ni des avancées
technologiques, ni de l’appréciation que porte l’opinion
sur les chances de succès, une opinion qui peut avoir plus
la "phobie de la défaite" que la "phobie des
pertes", ceci toujours en fonction du contexte et des différents
facteurs, objectifs et subjectifs. Le point de vue de Gelpi est suivi
de la réponse de Mueller, également bien argumentée.
(2) Très bref rappel des faits : Les Marines sont accusés
d’avoir massacré, le 19 novembre 2005, dans la ville
irakienne d’Haditha, une vingtaine de civils désarmés,
dont des vieillards, des femmes et des enfants. Plusieurs médias,
usaméricains et arabes, ont révélé l’affaire,
notamment grâce à une vidéo tournée par
un jeune étudiant en journalisme irakien. L’armée
est en outre soupçonnée d’avoir voulu dissimuler
cette "bavure", et même d’avoir détruit
des preuves, selon l’édition du New York Times du 18
août 2006. On considère qu’Haditha est le "My
Lai" irakien, par référence au massacre de centaines
de civils villageois commis au Vietnam en 1968. Pour de plus amples
informations, voir notamment les articles publiés sur le site
Quibla en juin 2006, ainsi que l’article "La propagande
et la guerre" traduction de Jean-Marie Flémal à
partir d’un texte de Dahr Jamal et de Jeff Pflueger, en ligne
sur le site Agir contre la guerre http://agir contre la guerre.free.fr/article.php3?id_article=477
Les conclusions du Service d’Enquête criminelle de la
Navy se font toujours attendre. (NdT).
(3) Paul Eaton a fait connaître son opinion dans un article
intitulé "For his failures, Rumsfeld must go" ("En
raison de ses défaillances, Rumsfeld doit partir") paru
dans le New York Times et l’International Herald Tribune du
20-03-2006. Plus généralement, sur ce qu’on appelé
la "révolte des généraux", d’une
ampleur publique inédite, on pourra lire, en français,
la traduction d’un article de Bill Van Auken, paru le 25-04-2006
sur le site www.mondialisation.ca, sous le titre "La révolte
des généraux et le déclin de la démocratie
américaine" (NdT).
(4) Le même phénomène a été constaté
en Angleterre où cette année l’objectif de recrutement
accuse un déficit de 3.000 soldats.
(5) Quotidien français Libération du 17 avril 2006.
(6) Interview de James M. Lindsay, réalisée par Bernard
Gwertzman, sous le titre "Lindsay : Irak Has Largely Shattered
Bush’s Popularity", qu’on peut traduire par "Lindsay
: l’Irak a en Grande Partie fait Voler en Eclats la Popularité
de Bush", in Council on Foreign Relations (ce think tank —
"groupe d’experts" — est généralement
reconnu comme bi-partisan, Républicain et Démocrate),
11 mai 2006, www.cfr.org
(7) Cela n’était là que paroles car en réalité
les déficits budgétaires gigantesques ont commencé
avec Reagan et son projet de guerre des Etoiles. Paradoxalement, c’est
Clinton qui a rétabli un excédent budgétaire.
(8) The Washinton Post, 11 mai 2006.
(9) The New York Times, 15 mai 2006.
(10) The Washington Post, 14 juin 2006.
(11) Il peut sembler paradoxal que les travailleurs des USA aient
cessé de manifester massivement le Premier mai, alors que ce
pays est à l’origine de cette célébration
universelle. C’est en effet à la suite de la mobilisation
massive de Chicago en mai 1886 et d’une provocation (une explosion
d’origine incertaine qui tua une dizaine de policiers et en
blessa de nombreux autres) que les chefs du mouvement furent accusés,
arrêtés et pour 5 d’entre eux finalement pendus
(5 anarchistes, comme par hasard immigrés récents, dont
4 en fait ont été pendus et le 5e trouvé "suicidé"
dans sa prison après un procès inique). Depuis, les
martyrs de Chicago appartiennent au prolétariat international
et la célébration du Premier mai commémore le
crime atroce perpétré aux USA par les paladins de la
"libre-entreprise" (pour reprendre les propos de Daniel
Guérin, in "Le mouvement ouvrier aux Etats-Unis, 1867-1967",
FM/Petite collection Maspero, 1968). Aux USA il faut distinguer le
Premier Mai, du "jour des travailleurs", le Labor Day, jour
férié qui est célébré chaque année
le premier lundi de septembre (pour 2006, le Labor Day vient d’être
célébré, le lundi 4 septembre).
Pour un point de vue sensiblement différent, mais plus fourni,
voir aussi le texte de Gabriel Deville, en date d’avril 1896,
"Historique du Premier Mai" : www.marxists.org/francais/deville/works/1896/04/deville_18960400.htm
— 64k - Pour cet auteur, si la date du Premier Mai vient effectivement
des Etats-Unis, l’idée vient de France
[NDT].
(12) Ce n’est pas pour rien que Bush est un représentant
de l’industrie pétrolière qui fixe les prix du
carburant. Durant son mandat, la dépendance à l’égard
du pétrole importé a augmenté à raison
de 1.000 millions de barils, pendant que la guerre en Irak a privé
le marché de 900.000 barils qui provenaient de ce pays.
(13) "La proposition centrale du document établi par le
CAP (Center for American Progress) rcommandee un retrait quasi-complet
des troupes US dans les 18 mois qui viennent. Il faut pour cela :
- Diminuer immédiatement notre présence militaire à
un niveau de 9.000 par mois pour aboutir au total de 60.000 à
la fin 2006 et "virtuellement à zéro" pour
la fin de 2007.
- Ramener dès cette année toutes les troupes de la Garde
Nationale.
- Doubler la quantité de troupes US en Afghanistan, positionner
une division de l’Armée au Koweit, et une force expéditionnaire
dans le Golfe arabo-persique ainsi qu’ajouter 1000 hommes des
Forces Spéciales en Afrique et en Asie.
- Déplacer le paradigme central de la politique en Irak. Il
ne doit plus s’agir de "construire une nation" mais
de "solutionner le conflit".
(Tom Hayden, "Hawks for Withdrawal" qu’on traduira
par "Des Faucons pour le Retrait", Hebdomadaire The Nation,
édition en ligne du 29-05-2006, www.thenation.com).
(14) John Mueller, Idem.
(15) Id.
 |
Nation pirate, par Alex Cherry, Hollywood, Californie, 2005
06/09/06 - Des dissidents
usaméricains à la recherche d’alternatives à
l’ « American way »
Votre extinction étouffera votre confusion morale et
intellectuelle
Par Jason Miller, 1er septembre 2006
Marquant continuellement les précieuses secondes du «
compte à rebours de l'extinction » de l'humanité,
l'Horloge du Jugement Dernier du Bulletin des Scientifiques Atomiques
a avancé minuit de sept minutes. Pourtant, en dépit
de la terreur nucléaire lâchée sur le Japon, d’une
course aux armements de proportion monumentale, l'effondrement de
l'Union Soviétique, et la prolifération nucléaire
largement répandue, d'une façon ou autre, l'humanité
est parvenue à échapper à l'apocalypse nucléaire
depuis 60 ans. Peut-être la certitude virtuelle « de la
destruction mutuelle assurée » bloquera le doigt de l'Horloge
du Jugement Dernier et prolongera le sursis à exécution
de l'humanité.
Comme si la possibilité de dévastation nucléaire
n'était pas une source suffisante d’inquiétude,
Donald Rumsfeld nous a récemment informés que ceux qui
s'opposent à l'occupation de l’Iraq et à l'abrogation
de la loi constitutionnelle manquent de courage et sont confus moralement
et intellectuellement. Le « terrorisme » est une menace
existentielle pour le « monde civilisé » et l'administration
Bush est justifiée dans toutes ses mesures « d'anti-terrorismes
», selon Rumsfeld. Se souvenir que, si la guerre nucléaire
ne nous réduit pas à néant, les « terroristes
» le feront.
Pendant que vous réfléchissez à la menace du
« terrorisme », n'oubliez pas de considérer que
les nombreuses invasions montées par les militaires des USA
et de l'IDF [Ndt : Forces de Défense Israéliennes] ont
tué plus de millions de civils innocents que la guerre asymétrique
faite par les victimes vaincues de l'oppression impériale.
Tuer des civils est un crime de guerre, que le meurtrier endosse
un uniforme et vole sur un avion de plusieurs milliards de dollars
pour faire une « frappe de précision », ou qu'il
porte des vêtements civils et pose de grossières bombes
en bord de route pour faire sauter les passants. (Et ordonner de tels
meurtres est aussi un crime de guerre, M. Rumsfeld).
Et pour ce qui est du courage, Rumsfeld a envoyé à
la mort plus de 2600 soldats US sans s'être engagé une
minute au combat.
De qui parlait donc le Secrétaire de la Défense lorsqu’il
évoquait ceux qui manquent de courage et sont moralement et
intellectuellement confus ?
Une recherche au tréfonds de l'âme apporte souvent des
solutions aux dilemmes posés par la « confusion morale
et intellectuelle ». Peut-être une transaction avec Méphistophélès
a-t-elle immunisé Monsieur Rumsfeld contre de tels dilemmes.
Souffrance volontaire
La dévastation nucléaire rendant le monde pratiquement
inhabitables,des crimes de guerre d’une cruauté insondable
annihilant des êtres humains innocents, les imminentes inondations
côtières, les sécheresses, la météo
violente, et les désastres écologiques dus au changement
climatique, sont des possibilités et des réalités
poignantes auxquelles nous autres humains faisons face quotidiennement.
Triste ironie, le dénominateur commun de ces grandes menaces
à la perpétuation de la vie sur Terre est le fait que
nous les avons créées.
Malheureusement, l'espèce bénie, avec des lobes frontaux
et des pouces opposables, menace d'éteindre encore d'une autre
façon la vie sur Terre. Bien que moins immédiates, les
conséquences d'une humanité s'accrochant obstinément
à l'ordre socio-économique actuel seront aussi désastreuses
que la guerre nucléaire, que l'escalade du massacre des populations
civiles ou que le changement climatique. Tout simplement, la course
actuelle de l'humanité en bas au fond d’un cul-de-sac
nous mènera inévitablement à une impasse mortelle,
littéralement.
Rêver le rêve américain
Et bien qu’ils ne soient pas les seuls coupables, les USA portent
une grande partie de la responsabilité de cette menace supplémentaire
sur la perpétuation de l'espèce humaine. Cette nation
a de manière éhontée engendré et propagé
des pratiques et de nombreuses dynamiques socio-économiques
responsables des tensions incroyables que nous autres humains faisons
subir à la Terre en mettant cette planète à l'épreuve
bien au-delà de ses capacités.
Apparemment destinés à devenir le « refuge de
l'humanité » entrevu par Thomas Paine, les USA se libérèrent
d'un tyran, créèrent une république constitutionnelle,
absorbèrent des vagues d'immigrants, abolirent l'odieuse institution
de l'esclavage, concédèrent des droits aux travailleurs,
reconnurent le droit de vote des femmes, instituèrent de nombreux
programmes de services sociaux, et firent des progrès notable
en étendant les droits civiques aux minorités. Malgré
le génocide du peuple autochtone de l'Île de la Tortue,
le traitement brutal de sa population noire, et diverses autres transgressions
importantes, les USA accomplirent un remarquable progrès moral
au cours de leur existence relativement brève.
Malheureusement, pendant que les USA marchaient vers accomplissement
de leur riche promesse, les ennemis de la justice sociale et des droits
de l'homme léchaient leurs blessures et complotaient la restauration
du pouvoir de facto à l'aristocratie. Des hommes comme Goldwater,
Nixon, Reagan, Clinton, et les deux Bush, ont présidé
à un pervers et tragique renversement des événements
en tant qu'entités d'une corporation puissante et d'un relativement
petit nombre d'individus riches ayant détourné la plupart
des institutions sociales, économiques, et politiques des USA.
Ce sont de fait les fous qui gèrent l’asile. Et l'amélioration
de l'humanité n'est pas même sur leur écran radar.
Utilisant les moyens de l'éducation publique et des grands
médias, les PDG, les principaux actionnaires des grandes entreprises,
les individus scandaleusement riches, et les poids lourds politiques
des USA et d'Israël, travaillent inlassablement pour maintenir
les « autres » 99 pour cent de la population dans le «
mode américain (« American way ») : dépenser
et consommer.
Assujettissant les citoyens du reste du monde à son pervers
mélange de, capitalisme prédateur, de militarisme, d’égocentrisme,
de narcissisme, d’orgueil démesuré, de cupidité
et de paranoïa aiguë, la corporatocratie des États-Unis
d'Amérique utilise sa puissance militaire et économique
sans précédent pour enfoncer au fond de la gorge l’«
American way ».
Maudits soient le génocide culturel et l'établissement
d’oligarchies impitoyables ! « Les marchés libres
», la mentalité du gagner à tout prix, l'hédonisme
obsédant, la guerre perpétuelle, et la recherche acharnée
du profit aux dépens des êtres humains sont les cadeaux
des USA au monde.
Contrairement aux foutaises colportées par les historiens
révisionnistes et les grands médias, la superpuissance
« bienveillante » du monde n'a pas propagé un système
socio-économique éclairé et démocratique
autour du globe.
La réalité s'impose….Avec quelle indécence
!
Dans son essai intitulé Greed (avidité), Julian Edney
fournit une analyse de l'idée irritante de l'impact que l’American
way a eu sur la foule dans son pays d'origine.
Considérons cet extrait :
Les analystes modernes Cook et Frank montrent que la compétition
des marchés libres est devenue si absolue que nous sommes devenus
une société du « gagnant-rafle-la-mise ».
Dans une économie géante, l'acquisition agressive, l'avidité,
si répandue et populaire qu’elle est célébrée,
a eu comme conséquence des différences colossales, de
sorte que, autant nous sommes accoutumés à reprocher
aux Européens leurs inégalités, nous sommes maintenant
pris dans un mensonge. Nous sommes devenus plus inégalitaires.
Les USA sont la nation la plus riche. Mais son taux de 20,3 pour cent
d'enfants pauvres les classe loin derrière toutes les nations
européennes.
Les historiens Will et Ariel Durant ont estimé dans leur étude
que la différence entre les plus riches et les plus pauvres
aux USA est devenue la plus grande jamais connue depuis la Rome ploutocratique
impériale.
Et dégustons quelques finesses de Henry Giroux dans son article
The Politics of Disposability (la politique du jetable) (qui est récemment
paru sur The Toronto Star) :
Les corps qui sont à plusieurs reprises apparus partout, des
jours et des semaines après que la Nouvelle-Orléans
a été frappée par l'ouragan Katrina, ont aussi
révélé l'émergence d'un nouveau genre
de politique, un genre dans lequel des populations entières
sont maintenant considérées comme jetables, un fardeau
inutile pour les coffres de l'État, et livrées à
elles-mêmes. Les questions profondément existentielles
et matérielles de savoir qui va mourir et qui va vivre dans
cette société sont maintenant déterminées
essentiellement par la race et la classe. Katrina met à nu
ce que beaucoup de gens aux USA ne veulent pas voir : un grand nombre
de pauvres gens noirs et basanés luttant pour joindre les deux
bouts, bénéficiant très peu d'un système
social qui rend difficile l'obtention de l'assurance santé,
de l'assistance à l'enfance, de l'aide sociale, des voitures,
de l'épargne, et d’emplois à salaire minimum,
quand il y en a, et offre à la place de mauvaises écoles
à la jeunesse noire et basanée, des services publics
chétifs, et aucun futur, sauf une éventuelle période
au pénitencier. Comme Janet Pelz le soutenait à juste
titre, le 19 septembre 2005 dans le Post-Intelligencer de Seattle,
« Ce sont les gens que les Républicains nous ont appris
à dédaigner, sinon à haïr, depuis que le
Président Reagan a dénigré le laxisme moral des
mères célibataires bénéficiat de l’aide
sociale.»
Bien que les USA présentent l’American way comme une
offre que le reste du monde ne peut pas refuser, le nombre de nations
et de groupes qui s'y opposent avec succès est en augmentation.
Depuis que l'opposition menace sans rémission leur ordre du
jour avide de conquête, l'élite du pouvoir US diabolise
les dirigeants comme Hugo Chavez et les nations comme l'Iran. En réalité,
ceux qui rejettent les ordres de l'Empire US sont dignes de respect
pour leur refus de se soumettre à un fist-fuck (sodomisation
avec le poing, NDT) sans lubrifiant.
Des volontaires pour un petit jeu d'extinction humaine ?
Hormis la dépravation morale évidente et les nombreuses
injustices sociales associées au paradigme socio-économique
US conduit par l'avidité, il y a une conséquence pratique
particulièrement grave à laquelle aucun être humain
ne peut échapper. L’American way est un chemin vers l'extinction,
en particulier pour les citoyens des nations populeuses comme la Chine
et l'Inde, qui se bousculent pour se rassasier eux-mêmes dans
une orgie de consommation ostentatoire. La Terre ne peut pas supporter
6,5 milliards de personnes vivant selon le « mode américain
»
Comment pouvons-nous mesurer le caractère soutenable de la
vie sur terre ? Un moyen à notre disposition est d'examiner
les empreintes écologiques. Chaque nation a une empreinte écologique
qui (selon Wikipedia) est la somme des surfaces de terre et d'eau
dont a besoin une personne ou une population humaine pour lui fournir
les ressources requises afin de se maintenir de manière viable
et pour absorber ses déchets, en fonction de la technologie
actuelle.
Pour obtenir une perspective sur le caractère proprement insoutenable
du mode américain, il faut prendre en compte que le citoyen
moyen US exerce 52 fois la pression écologique du Somalien
moyen. À 9,57 hectares par habitant, les USA ont la plus grande
empreinte écologique du monde. (Les 0,5 hectare du Bangladesh
représentent l'autre extrémité de l'éventail.
Si chaque nation avait la même empreinte écologique globale
que les USA, nous aurions besoin de 5 Terres pour supporter la consommation
mondiale !
Comme nous épuisons rapidement les ressources non-renouvelables
(comme le pétrole) et utilisons les ressources renouvelables
plus vite que la nature peut les reconstituer, nous sommes dans un
état de plantage écologique.
Le déboisement, l’épuisement des nappes phréatiques,
et l'épuisement des populations de poissons ne sont QUE trois
exemples de disparition des ressources renouvelables.
L'extinction de la faune est un autre aspect profondément
inquiétant du plantage écologique. Renommé mondialement
pour son expertise sur l'impact de l'humanité sur l'environnement,
le professeur David Tillman de l'Université du Minnesota a
comparé le taux d'apparition des nouvelles espèces au
taux actuel des extinctions :
« C'est un processus courant sur une période de 1 à
millions d’années, mais nous sommes en train de provoquer
des pertes d'espèces à un taux 100 à 1000 fois
plus rapide. »
Aveuglés par l'orgueil démesuré, le narcissisme,
et la technologie, beaucoup de gens se perçoivent séparés
de la nature et des peuples existant « à l'extérieur
» de leur monde insulaire. La réalité est que
nous sommes chacun inextricablement lié avec les autres habitants
de la Terre (humains, animaux, ou plantes) dans un tissu complexe
de vie.
Albert Einstein nous a interpellé pour casser le carcan de
l'illusion de la séparation et pour épouser l'interdépendance
:
« Un être humain est une partie du tout, que nous appelons
l'univers, une partie limitée dans le temps et dans l'espace.
Il se ressent, ses pensées et ses sentiments, comme quelque
chose de séparé du reste, une sorte d'illusion d'optique
de sa conscience. Cette illusion est une sorte de prison, qui nous
limite à nos désirs personnels et à l'affection
pour les quelques personnes qui nous sont les plus proches. Notre
tâche doit être de nous libérer de cette prison
en élargissant notre cercle de compassion pour embrasser toutes
les créatures vivantes et la nature entière dans sa
beauté. »
Signes d'espoir à l'horizon
Bien qu'il soit probable qu’il faille encore du temps pour
que des mouvements moraux et humains supplantent le Duopoly ignoble
acheté et financé par les intérêts des
grandes entreprises et d’Israël, ceux-ci existent et prennent
leur élan. (1) Les populistes et les Proutistes (adeptes de
Prabhat Ranjan Sarkar, inventeur de la Théorie de l’utilisation
progressive) sont deux de ces mouvements.
Une vague montante de socialisme démocratique en Amérique
du Sud démontre que les nations du « monde en voie de
développement » se libèrent du joug de l'Empire
usaméricain, mais Goliath ne tombera ni vite ni facilement.
Au moment où des gens de conscience recherchent des manières
de créer des solutions de rechange viables contre l'inhumanité
brutale de la dictature des entreprises, beaucoup découvrent
que les efforts qui émanent de la base offrent des moyens efficaces
de grignoter le statu quo profondément enraciné. Les
Docteurs associés Timothy Wilkin et William Brandon Shanley
sont des exemples éclatants de deux Usaméricains travaillant
inlassablement à contrecarrer les effets délétères
du capitalisme prédateur.
Tim Wilken est un médecin et un scientifique qui s'est consacré
à l'amélioration de l'humanité. Son but déclaré
est d'essayer d'obtenir un monde exempt de haine et de violence. Dans
l'esprit de Buckminster Fuller, Wilken cherche à utiliser ses
forces et efforts pour amener un monde plus humain et plus viable.
À cette fin, il a fait œuvre de pionnier dans le domaine
de la synergie que le Dr. Wilken définit ainsi :
Nous croyons que nous devons apprendre à travailler ensemble.
Cela signifie que nous devons devenir des humains synergiques. Synergie
signifie travailler ensemble - travailler ensemble comme dans «
co-opérer » - peiner ensemble comme dans « col-laborer
» - agir ensemble comme dans « co-agir -. Le but de l'union
synergique est d'accomplir une tâche plus grande ou plus difficile
que des individus travaillant séparément. Nous sommes
engagés dans un monde où je gagne, vous gagnez, d'autres
gagnent et la Terre gagne. Gagner-Gagner-Gagner-Gagner.
Le Dr. Wilken gère le site Internet http://www.synearth.net,
consacré à la synergie, pour tenter d'enseigner l'humanité
:
Comment travailler en co-opération les uns avec les autres.
Comment entretenir la Terre et les enfants de la Terre. Comment être
une partie de la solution de demain plutôt qu'une partie des
problèmes d'aujourd'hui.
William Shanley collabore avec Wilken dans sa recherche pour améliorer
le sort de l'humanité. Shanley apporte une riche expérience
à l'association. Il a énormément travaillé
dans l'industrie des médias, avec des périodes comme
auteur pour CNN et comme producteur indépendant de documentaires.
Il a interviewé les Présidents Reagan et Carter en vue
de son documentaire appelé The Made for TV Election with Martin
Sheen (La mise en route des élections à la TV avec Martin
Sheen) et a travaillé pour le Président Carter. Il a
aussi publié et a contribué aux Lost Quantum Diaries
of Lewis Carroll (Les journaux quantiques perdus de Lewis Carroll).
Ensemble Wilken et Shanley ont récemment lancé une
entité appelée Give-Get Nation (Nation du Donner et
du Recevoir) : http://www.givegetnation.net. Sur le site Internet
Give Get Nation, on peut se connecter à d'autres [sites localisés]
pratiquement n'importe où dans le monde pour donner, recevoir,
ou échanger, des marchandises et des services à coût
monétaire nul. Démontrant que les gens peuvent influer
sur leurs valeurs, chercher l'accomplissement de leurs besoins et
se comporter de manière altruiste sans l'obstacle spirituel
des influences toxiques comme l'argent, les banques, ou les bourses
de valeurs, Give-Get Nation fournit une alternative revigorante au
marché économique « orthodoxe ».
L’enregsitrement ne coûte rien si ce n’est quelques
moments de votre temps. En participant à Give-Get Nation les
gens ont les moyens et l'occasion d'essayer de donner ou d'obtenir
des biens ou des services selon leurs capacités, désirs,
ou besoins, à coût ou bénéfice nul.
Wilken et Shanley ont déclaré que Give-Get Nation :
« organise le monde des produits excédentaires illimités,
le travail, l'intelligence et le capital spirituel, et les rend disponibles
à tous gratuitement. Considérez-nous comme le National
Human Values Trust (Cartel national des valeurs humaines). »
Give-Get Nation est dans les limbes, mais il déborde de promesses.
Son approche désintéressée de l'échange
des marchandises et des services offre un accomplissement spirituel
alternatif à la foire d’empoigne à laquelle les
esclaves salariés du capitalisme rapace sont livrés
en permanence. À mesure que les adhésion se multiplient
et que le nombre des transactions commence à s’élever,
un nombre de plus en plus importants de gens relèveront le
défi d'Einstein par l'élargissement de leurs cercles
de compassion. Et peut-être d'une manière plus importante,
l'échange des marchandises en surplus aidera à pousser
la Terre vers un développement durable. (Give Get Nation est
en effet une abomination aux yeux des capitalistes prédateurs).
Des lecteurs me demandent souvent par courriel ce qu'ils peuvent
faire face aux forces apparemment omnipotentes de l'avidité
et de la malveillance qui orchestrent de nombreux aspects de nos vies.
L'occasion se présente maintenant : saisissez-là ! Devenez
membre actif de Give Get Nation. C'est libre, légal et subversif
face à la domination des grandes entreprises (Que demander
de plus ?)
En outre, Give Get Nation représente un important changement
de valeurs et de priorités. Souvenez-vous que l'espèce
humaine a déjà causé l'extinction prématurée
de nombreux habitants de la Terre. Si nous autres humains ne changeons
pas collectivement nos valeurs, NOUS LES HUMAINS pourrions être
la prochaine espèce à disparaître.
Jason Miller, qui vit à Kansas City, est un esclave salarié
de l'Empire usaméricain qui s'est libéré intellectuellement
et spirituellement. Il écrit abondamment et ses essais paraissent
largement sur Internet. Il fait bon accueil à la correspondance
constructive sur willpowerful@hotmail.com ou par l'intermédiaire
de son blog, Thomas Paine'Corner, sur http://civillibertarian.blogspot.com
Original : http://civillibertarian.blogspot.com
Traduit de l’anglais par Pétrus Lombard, membre associé
et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le
réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
Cette traduction est en Copyleft : elle peut être librement
reproduite, à condition d'en respecter l’intégrité
et d’en mentionner sources et auteurs.
03/09/06 - Le mythe du « Destin manifeste
», rebelote
Par Rodrigue Tremblay, 28 août 2006
Original : thenewamericanempire
Traduit de l’anglais par Pétrus Lombard,
membre associé et révisé par Fausto Giudice,
membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft :
elle est libre de reproduction, à condition d’en respecter
l’intégrité et d’en mentionner sources et
auteurs.
« Dans le domaine de la politique mondiale je consacrerais cette
nation à la politique du bon voisin -- le voisin qui se respecte
résolument et, parce qu'il fait ainsi, respecte le droit des
autres. »
Franklin D. Roosevelt, 3ème Président US, allocution
inaugurale du 4 mars 1933
« Politiquement parlant, le nationalisme tribal insiste toujours
sur le fait que son propre peuple est entouré par « un
monde d'ennemis », « un contre tous », qu'une différence
fondamentale existe entre son peuple et tous les autres. Il prétend
que son peuple est unique, individuel, incompatible avec tous les
autres, et nie même la possibilité théorique d'une
humanité commune longtemps avant de se mettre à détruire
l'humanité de l'homme. »
Hannah Arendt, Les Origines du Totalitarisme
« Là où vous avez une concentration de pouvoir
dans quelques mains, fréquemment des hommes à la mentalité
de gangsters prennent le contrôle. »
Lord Acton (1834-1902)
En mars 1885, John Fiske écrivit un essai pour le magazine
Harper, appelé « Le destin manifeste », dans lequel
il affirma que la soi-disant « race anglaise » était
destinée à dominer l'ensemble du monde au cours du 20ème
siècle à venir. Ensuite, selon cette théorie
prétentieuse, il y aurait un millénaire de paix et de
prospérité. Ce fut cependant le rédacteur expansionniste
John L. O'Sullivan qui, en 1845, inventa l'expression célèbre
quand il écrivit sur « notre destin manifeste pour recouvrir
le continent, avec une tâche assignée par la Providence
: œuvrer au libre développement de nos millions (d’hommes)
se multipliant annuellement. «
Une telle pensée effrayante trouva son écho un demi-siècle
plus tard chez les fascistes allemands qui pensaient que leur Reich
fasciste durerait un millénaire et qu'ils pourraient contrôler
le monde. Il semblerait que les chimériques impérialistes
pensent souvent qu'ils ont découvert la recette magique pour
la domination « millénaire ». Ils revêtent
leurs folles ambitions de la notion d'Exceptionalisme allemand ou
usaméricain. Fondamentalement, tout « exceptionalisme
» chez les peuples est profondément enraciné dans
le racisme et la haine égoïste « de l'autre ».
L'Allemagne nazie impériale était préoccupée
par la race et elle en arriva à l'extermination des peuples
parce qu'ils étaient de la « mauvaise » race et
étaient déclarés « Untermensch »
(sous-hommes). Plus de cinquante millions d'individus ont du mourir
morts pour dissiper ces mythes dangereux.
Quand les excès religieux renforcent les instincts et l'idéologie
impérialiste, les choses peuvent devenir bien plus hallucinatoires.
Pour certains, « la doctrine divine » du Destin Manifeste
provient de la conviction moralisatrice selon laquelle le «
Dieu » chrétien projetait que le monde soit sous le contrôle
des chrétiens blancs, européens ou usaméricains.
C'est la vieille marotte colonialiste selon laquelle les peuples à
la peau sombre des terres étrangères ont besoin d'une
intervention externe pour se gouverner. Par exemple, selon le millénarisme
puritain, ou la théorie anglo-saxonne ou teutonne de la supériorité
raciale, quelques Usaméricains religieux du 19ème siècle,
se virent dans leur illusion en quelque sorte comme le « Nouvel
Israël », et ils se persuadèrent de devoir combattre
les sauvages dans l'intérêt d'une civilisation chrétienne
supérieure Selon cette théorie raciale de l’histoire,
populaire à la fin du 19ème siècle aux USA et
au début du 20ème siècle en Allemagne, les nations
teutonnes sont destinées « à porter la civilisation
politique du monde moderne dans ces parties du monde habitées
par des races barbares et a politique », comme l’a expliqué
l'historien John Burgess.
En 1886, une période féconde en auteurs chimériques,
Josiah Strong publia un livre intitulé « Notre pays »,
dans lequel il défendait l’opinion que les peuples parlant
anglais ont pour « mission » d'évangéliser
le monde. Quelques années plus tard, Brooks Adams publia une
théorie ethnocentrique semblable de l'histoire dans un livre
intitulé « La loi de la civilisation et le déclin
», dont la thèse principale était que les nations
oscillent historiquement entre barbarie et civilisation. Dans un développement
étonnant, l'auteur continuait ensuite en prônant la barbarie,
arguant du fait qu'elle était nécessaire pour développer
des empires et pour assujettir des colonies. Adams continuait en envisageant
l'apparition d'une alliance anglo-saxonne entre les USA et la Grande-Bretagne
qui dominerait le monde.
De telles idées excentriques ne sont pas sans importance,
parce que tôt ou tard les politiciens opportunistes pensent
à les utiliser comme tremplin vers le pouvoir. Par exemple,
un politicien US impérialiste, Theodore Roosevelt, écrivit
en 1889 un livre intitulés « Le vainqueur de l'Ouest
», dans lequel il disait que le massacre en 1864 de plusieurs
centaines de femmes et d'enfants Cheyennes avait été
«l’un des actes les plus vertueux et bénéfiques
qui ait été commis sur la frontière ?».
Pour ce politicien enivré d’ idées millénaristes,
l'extermination ou le génocide des Amérindiens servait
à faire progresser la « civilisation ».
Quand en 1901 il devint président après l'assassinat
de William McKinley, Theodore Roosevelt appliqua ses théories
raciales sur la civilisation aux Philippines, où les USA combattirent
une insurrection nationaliste pendant quatorze ans, à la manière
de ce qu'est en train de faire aujourd'hui en Iraq, George W. Bush,
qui se considère comme investi d’une mission. Et il n’est
peut-être aps surprenant eut-être sans surprise, la presse
protestante usaméricaine fut le principal soutien à
la brutale guerre des Philippines (1899–1913), une guerre qui
fit des centaines de milliers de morts. Naturellement, au royaume
du génocide, Adolf Hitler surpassa tous les impérialistes
millénaristes quand dans les années 30 il s'engagea
à exterminer les juifs et les Tziganes en Allemagne, et dans
de nombreuses parties de l'Europe. Il fallut une guerre mondiale pour
arrêter cet imbécile aliéné.
Au début du 21ème siècle, un vent de folie semblable
souffle dans certains milieux.
En Israël, par exemple, la pensée du « destin manifeste
» fondé sur la religion est répandue. Par exemple,
la théorie du Sionisme généralement admise se
base, en grande partie, sur le mythe intéressé du peuple
« élu ». La bible judaïque est censée
avoir donné aux Israéliens d'aujourd'hui un droit divin
sur tout le territoire arabe de Palestine. Ce mythe est ensuite utilisé
pour justifier la construction et l'expansion de colonies israéliennes
illégales sur les terres arabes, de Gaza et de Cisjordanie.
On peut aussi mieux comprendre les causes de la guerre perpétuelle
au Moyen-Orient quand on sait que, selon la Halacha (loi religieuse
juive), le terme « êtres humains » se réfère
seulement aux juifs. En effet, une majorité décisive
de sages talmudiques regardent les goyim (terme péjoratif hébreu
pour les non-juifs -- un goy, des goyim) comme des animaux ou des
infra-humains. Avec des vues aussi extrémistes, il est compréhensible
que quelques rabbins orthodoxes en Israël considèrent
que les conventions internationales, comme la 4ème Convention
de Genève qui proscrit le massacre délibéré
des civils et la destruction des maisons et des propriétés,
font partie de la « moralité chrétienne »
et n'engagent pas Israël.
Aux USA, le puissant mouvement néo-conservateur est également
conduit par un sentiment de supériorité morale et par
la « bonne cause » comme excuse de l'impérialisme.
Le motif qui cache cette fois encore des intérêts terre
à terre est la diffusion de l'universalisme démocratique,
particulièrement au Moyen-Orient riche en pétrole. Irving
Kristol, l'un des premiers néo-conservateurs, avança
l'idée que les USA avaient besoin au d'une version 21ème
siècle du Destin Manifeste démocratique. Pour lui et
sa ribambelle de néo-conservateurs, exactement comme c'était
le Destin Manifeste des USA d'atteindre l'Océan Pacifique au
19ème Siècle, c'est aujourd'hui le Destin Manifeste
des USA de contrôler les régions riches en pétrole
comme le Moyen-Orient, sous prétexte de propagation de la «
démocratie » ou de lutte contre le terrorisme aux quatre
coins du monde. De cette façon est construite la base intellectuelle
pour édifier un empire impitoyable et ploutocratique sous l'apparence
de propagation d'une démocratie « à taille unique
».
La supposition branlante derrière une telle pensée
est que le peuple, et particulièrement les Usaméricains,
ne verront pas la contradiction fondamentale qu’il y a à
vouloir imposer la démocratie par des moyens antidémocratiques
(c'est-à-dire d'utiliser la puissance militaire pour répandre
la démocratie). Néanmoins, pour les missionnaires néo-conservateurs,
il est légitime d'utiliser la force pour convertir le monde
à une certaine sorte de « démocratie » dirigée
US. C'est la nouvelle religion. C'est, naturellement, un bobard ;
dans une démocratie, le pouvoir provient du peuple, pas des
envahisseurs étrangers armés, et la loi, non la force,
règle les interactions entre les individus et entre les nations.
De fait, l'impérialisme est l'antithèse même de
la démocratie.
Cependant, une telle fureur pleine de condescendance sème
les graines de nombreuses guerres impérialistes à venir
se cachent là les graines de nombreuses guerres impérialistes
à venir, des guerres qui pourront convenir aux ordres du jour
de quelques puissants intérêts particuliers. En effet,
la nouvelle version théologique néo-conservatrice du
Destin Manifeste est aussi une théologie de la guerre permanente.
En tant que telles, ces vieilles théories dans de nouveaux
habits représentent le plus grave danger pour la paix mondiale.
Et puisque George W. Bush souscrit à cette ancienne théorie
géopolitique déjantée, le monde devrait y prêter
une attention particulière.
Quant à Bush Jr. lui-même, à vrai dire, tout
en affirmant que les USA n'ont aucun plan pour rester longtemps en
Iraq, après la soi-disant « libération »
qu’il avait concocté illégalement de sa propre
initiative au printemps 2003, il prend beaucoup de soin à souligner
que la décision de la date du départ des troupes US
d'Iraq se posera aux « futurs présidents et aux futurs
gouvernements en Iraq », et pas à lui. C'est compréhensible
puisque son administration est actuellement occupée à
construire une place forte de type moyenâgeux à Bagdad,
déguisée en ambassade. Cette nouvelle Cité de
Carcassonne aura un mur de ronde de 4,5 mètres (15 pieds) d'épaisseur
et s'étendra sur un site d'environ 54 hectares (104 acres).
Le Pentagone est aussi occupé à construire 14 bases
militaires permanentes en Iraq occupé, capables d'accueillir
50 000 soldats US et leurs familles. Une expédition temporaire
! Comme le Général Anthony Zinni, ancien commandant
US au Moyen-Orient, l'a estimé, il ne pourrait pas y avoir
plus « stupide » provocation vis-à-vis du monde
musulman que de construire des bases militaires US permanentes dans
un pays arabe du Moyen-Orient. C'est une garantie certaine de décennies
de guerre et de troubles. -- Dans une répétition, à
cent ans de distance, de l'invasion des Philippines, les commandants
de guerre US pensent maintenant qu'un certain niveau de forces américaines
sera « nécessaire » en Iraq jusqu'en 2016. «
Plus ça change, plus c'est pareil» [en français
dans le texte, NDT].
Une telle duplicité n'échappe pas à l'attention
du monde, bien que de nombreux usaméricains gardent leur tête
profondément enterrée dans le sable, et refusent de
faire face à la réalité et aux conséquences
de leur gouvernement « impérial ». Par exemple,
un récent sondage réalisé en Grande-Bretagne
a constaté que les Britanniques n'ont jamais eu une opinion
aussi mauvaise sur les dirigeants US qu'à présent. En
effet, une étude du 26 au 28 juin 2006 a trouvé que
seulement 12 pour cent des Britanniques font confiance à l'administration
Bush-Cheney pour agir sagement sur la scène mondiale. C'est
la moitié du nombre de ceux qui avaient foi en une Maison Blanche
défigurée par le Vietnam en 1975, dans l’ère
post-Nixon. Aujourd'hui, une grande majorité de Britanniques
voient les USA comme une « société cruelle, vulgaire,
arrogante, déchirée par les classes et le racisme, rongée
par le crime, obsédée par l'argent et menée par
un hypocrite incompétent. » -- Gardons à l'esprit
que la Grande-Bretagne de Tony Blair est censée être
l'alliée la plus dévouée de George W. Bush. Il
est donc raisonnable de croire que dans d'autres pays la réputation
des USA sous Bush II est probablement encore plus mauvaise.