quibla.net

   
 

Amerikkka : le premier Empire et son arrière-cour

 

Un rêve d'immigré, la réponse américaine, toile acrylique de Malaquías Montoya, 2003

Dossier "A desalambrar !" (Mettre à bas les barrières)

 

Nouvelle journée de mobilisation pour les immigrés


Des dizaines de milliers de personnes ont commencé à défiler lundi aux Etats-Unis, où plus d'un million de manifestants étaient attendus dans plus de 125 villes pour réclamer une vaste réforme de l'immigration et la régularisation des sans-papiers.
Tout au long de la journée, dans tout le pays, les manifestants étaient appelés à déferler, vêtus de blanc en signe de paix et brandissant des drapeaux américains, pour demander aux élus de ne pas se contenter d'accroître la répression contre les clandestins.
A Washington, plusieurs dizaines de milliers de personnes, "anciens Américains, nouveaux Américains, futurs Américains", selon les termes du sénateur démocrate Edward Kennedy venu les soutenir, se sont rassemblées dans l'après-midi devant le Capitole, où siège le Congrès. "Nous sommes une nation d'immigrants", a rappelé à la tribune, en espagnol, le cardinal Theodore McCarrick, archevêque de Washington.
Plusieurs dizaines de manifestants sont également descendus lundi après-midi dans les rues de New York à l'appel d'une centaine d'organisations locales. "L'économie de ce pays va bien grâce à la main d'oeuvre bon marché des immigrés. Nous ne sommes pas des délinquants, nous sommes de la main d'oeuvre bon marché", a expliqué l'un d'eux, Joel Nieto, Mexicain de 43 ans installé aux Etats-Unis depuis une décennie.
Le principal rassemblement était attendu en fin d'après-midi à Los Angeles, où une manifestation avait déjà réuni entre 500.000 et un million de personnes le 25 mars.
Source : L'Echo, mardi 11 avril 2006

 

 

« Nous sommes l'Amérique : Aujourd'hui nous marchons, demain nous voterons ! »


Le lundi 10 avril a été une journée de grand beau temps à travers tout le continent nord-américain. Et jamais on n'avait vu autant de bannières étoilées s'agiter au vent, brandies par autant de manifestants basanés. Ouvriers agricoles et du bâtiment, cuisiniers et jardiniers, femmes de ménage et étudiants, avocats et entrepreneurs : à travers tous les USA, ce sont plusieurs centaines de milliers d'immigrés, avec ou sans papiers, étrangers ou citoyens US mêlés, qui ont défilé dans un très grand nomùbre de villes pour protester contre les projets actuellement concoctés au Sénat et au Congrès et qui mettent en danger douze millions d'immigrés sans papiers.
Même si la majorité des manifestants étaient des Latinos, on notait une incroyable diversité ethnique dans les défilés, et toute la planète était représentée. Bien sûr, les Mexicains sont, comme toujours, les premiers menacés, à cause des liens historiques, de la proximité géographique et du deal concocté entre Républicains et démocrates, au terme duquel seraient expulsés tous les Mexicains entrés illégalement dans le pays depuis moins de cinq ans. Ce ne serait pas la première fois : de 1928 à 1941, durant la Grande dépression, 350 000 Mexicains furent expulsés. Et après la Guerre de Corée et le retour des "boys", 1 300 000 Mexicains furent expulsés en 1954-1955 au cours de l'Operation Wetback (Opératiopn Dos Mouillés). Mais cette fois-ci, ça risque de ne pas se passer en douceur : les églises catholiques et évangéliques ont déjà annoncé qu'elles ouvriraient leurs locaux comme sanctuaires aux sans-papiers menacés d'expulsion et des muncipalités risquent de suivre l'exemple de celle de Maywood, en Californie, qui est devenue la capitale du mouvement des santuaires. Dans cette commune, peuplée en très grande majorité de Latinos, les immigrés sans-papiers sont accueillis et protégés contre toute intervention policière. Les organisateurs de la "Gran Marcha" de Los Angeles du 25 mars vont y annoncer aujourd'hui les prochaines initiatives. Il est question de faire du Premier Mai (qui n'est pas férié aux USA) le jour du "Grand Boicot" et certains parlent d'organiser une "Marche d'un million de Latinos" sur Washington en juin ou juillet prochain. Bush a du souci à se faire, sur le front intérieur aussi. Si les projets de loi passent, ils risquent de faire face quelques milliers de chapelles Saint-Bernard.
Source : Quibla, 12 avril 2006, avec New York Times & La Voz de Aztlan

 

Le Sénat rejette un compromis sur l'immigration


Le Sénat américain a rejeté vendredi un compromis qui aurait ouvert la voie à la naturalisation de millions d'immigrés clandestins travaillant aux Etats-Unis, bien que le président George Bush ait exprimé son soutien à une telle mesure. Le dossier devrait peser sur les élections législatives de mi-mandat présidentiel à l'automne.

Ce projet que ses partisans pensaient voir adopté à une large majorité n'a recueilli que 38 des 60 voix qui l'auraient protégé d'amendements atténuant sa portée. Les Républicains se sont prononcés à l'unisson mais l'opposition démocrate, qui ne voulait pas d'amendements, a vu six de ses sénateurs la lâcher.

Une proposition alternative du chef de la majorité à la chambre haute, Bill Frist, candidat potentiel à la présidentielle de 2008, qui ne prévoyait pas la légalisation du séjour des clandestins mais au contraire de fortes amendes pour ceux qui les emploieraient, n'a quant à elle obtenu que 36 voix pour et 62 voix contre.

Républicains et démocrates, qui se rejettent la responsabilité de l'impasse, estiment désormais qu'il ne faut probablement pas escompter d'issue au débat avant le retour de vacances du Congrès dans deux semaines.

Pour le chef de la Maison Blanche, "un système d'immigration qui force les gens à (vivre) dans l'ombre de (la) société ou en fait les proies de criminels est un système qui doit être changé". Il s'est déclaré certain qu'il était possible de réformer la législation afin "d'assurer la sécurité (des) frontières, respecter la loi et, c'est tout aussi important, préserver la décence (des Etats-Unis)".

Le président de la commission judiciaire sénatoriale, le républicain Arlen Specter, a estimé que le compromis avait été rejeté "car les démocrates ont intérêt politiquement à ne pas avoir de loi sur l'immigration". Ils voudraient selon lui rester sur la proposition des représentants républicains qui criminalise le séjour irrégulier aux Etats-Unis et qui a déclenché d'importantes manifestations dans tout le pays. On a ainsi vu 500.000 personnes défiler à Los Angeles, près de la frontière mexicaine, le mois dernier.

Les démocrates reprochent de leur côté aux sénateurs républicains d'avoir insisté pour passer des amendements qui auraient dilué le compromis salué par les chefs de groupe jeudi soir.

La nouvelle loi doit régulariser la situation des quelque 11 ou 12 millions de travailleurs étrangers en séjour irrégulier sur le territoire américain.

Ils seraient ainsi séparés en trois catégories. Ceux présents depuis plus de six ans pourraient demander la régularisation définitive de leur séjour sans avoir à quitter le pays; ceux présents depuis plus de deux ans devraient se présenter à la frontière au cours des trois prochaines années pour obtenir un visa de travailleur temporaire; ceux présents depuis moins de deux ans devraient quitter les Etats-Unis et demander un visa pour y revenir.

Le projet de loi forcerait par ailleurs les employeurs à s'assurer qu'ils embauchent des travailleurs dûment enregistrés et permettrait l'installation d'un "mur" virtuel de caméras, capteurs et autres technologies afin de surveiller les quelque 3.200km de frontière séparant les Etats-Unis du Mexique.

Des manifestations de soutien au compromis étaient prévues pour lundi dans tout le pays, et notamment à Washington, où les organisateurs attendent 100.000 personnes.

La chambre des représentants a quant à elle adopté une loi concernant la sécurité à la frontière mais son président, le républicain Dennis Hastert, ainsi que d'autres élus, ont souhaité ces derniers jours élargir le champ de ce texte en négociant un compromis avec le Sénat. A cela, le représentant républicain Tom Tancredo a rétorqué qu'aucune "loi d'amnistie" n'obtiendrait la majorité chez les représentants.

Si les autorités américaines affirment n'avoir pas évalué le coût d'une éventuelle expulsion des immigrés clandestins, le Centre pour le progrès américain, un organisme de recherche sans couleur politique, l'estime à 215 milliards de dollars (176,5 mds d'euros) sur cinq ans, en partant du principe que neuf millions d'hommes, femmes et enfants ne partiraient pas volontairement.
Source : AP, 8 avril 2006

 

Une journée sans immigrés !


L’Union hispanique de Telluride, dans le Colorado, propose de faire de la prochaine journée d’action nationale du 10 avril contre les nouvelles lois prévus pour crimnaliser l’immigration une “journée sans immigrants”. Elle appelle les immigrés à faire grève du travail, des études, des courses, des achats d’essence et au lieu de cela, d’arborer un ruban blanc, de s’habiller de blanc ou au moins d’arborer un ruban blanc, d’organiser des défilés et d’interpeller les élus locaux et nationaux. L’enjeu est de taille puisque les lois actuellement discutées à Washington mettent en danger la vie de 12 millions de sans-papiers aux USA !
Source : UNION HISPANA DE TELLURIDE, 325 Coonskin Court Suite F12, P.O.Box 3278 Telluride, Co. 81435. Phone: (970)-417-9634. unhite@hotmail.com

 

Les États-Unis divisés sur l'immigration par Stéphanie FONTENOY, La Croix, 5 avril 2006

 

Un projet de loi criminalisant l'immigration illégale provoque de nombreuses critiques, notamment au sein de l'Église catholique. George W. Bush ne maîtrise plus ses troupes au Congrès

Les Américains semblent avoir découvert récemment qu’ils avaient un éléphant dans leur salon. Cet éléphant, c’est l’immigration illégale. Fait rare dans une société qui privilégie la réussite individuelle, la masse autrefois sans visage des travailleurs illégaux, rejointe par les défenseurs des droits civiques et par les étudiants, descend maintenant dans la rue en plein jour et sous l’œil des caméras.

À Los Angeles, le 25 mars dernier, 500 000 manifestants ont réclamé des droits pour les sans-papiers, soit la plus grande manifestation qu’ait connue l’Amérique depuis les protestations contre la guerre du Vietnam. « Je n’ai jamais été aussi fier, en tant que maire de Los Angeles, d’avoir l’honneur d’accueillir un demi-million de défenseurs de nos valeurs communes et des meilleures traditions de l’Amérique », a déclaré le maire démocrate de la « Cité des Anges », Antonio Villaraigosa, lui-même fils d’immigrés dans une ville qui compte, selon les estimations, deux millions de résidents sans permis.

Si les pas de l’éléphant résonnent plus fort aujourd’hui, c’est que la masse des clandestins a triplé en quinze ans. Le bureau américain de l’immigration estime à 11,1 millions le nombre d’illégaux aux États-Unis, mais certaines sources avancent des chiffres supérieurs. Ces travailleurs de l’ombre représentent 4,9 % de la main-d’œuvre américaine, présents notamment dans l’agriculture, le nettoyage, la construction, et la restauration.

Très polémique, ce vote a réveillé un débat complexe Ceux-ci obtiennent facilement des permis de conduire, inscrivent leurs enfants dans les écoles publiques et la plupart paient des impôts. « Le système a ses contradictions, constate Hiram Pinto, avocat spécialisé dans le droit de l’immigration. D’un côté, les États-Unis veulent de cette population, d’un autre côté, ils n’en veulent pas. Cela dure depuis des décennies, et maintenant, la situation est devenue difficile à gérer. »

Dans ce contexte, la réforme de l’immigration, actuellement débattue au Congrès (lire repères ci-dessous), est aussi brûlante et épineuse que le désert de l’Arizona, barrière naturelle franchie par des milliers de candidats à l’exil venant d’Amérique latine au péril de leur vie. La Chambre des représentants a voté, en décembre dernier, un projet de loi répressif qui fait de l’immigration clandestine un crime et propose la construction d’un mur de 1 100 kilomètres entre les États-Unis et le Mexique. Très polémique, ce vote a réveillé un débat complexe, qui oblige à faire la lumière sur le visage caché de l’Amérique, celui de la main-d’œuvre illégale et exploitée venue effectuer les basses tâches de la plus grande puissance capitaliste.

Prise malgré elle dans ce flot d’immigrés sans permis, Claudia Bernal, une jeune Colombienne aux cheveux noirs bouclés et au sourire d’enfant, jongle avec les petits boulots : quelques traductions, baby-sitter pour quatre familles, le ménage chez un célibataire, serveuse dans un restaurant le week-end, elle donne aussi des cours d’espagnol. Un visa d’étudiant lui a été refusé, un mois après le 11 septembre 2001. « La Colombie est le pays qui connaît le plus grand taux de refus en matière d’entrées aux États-Unis », explique-t-elle.

Mariée à un Colombien en attente d’une carte de séjour, elle a été autorisée à s’inscrire à l’université mais doit débourser 8 000 dollars (6 800 €) par semestre, soit trois fois plus qu’un résident ou qu’un étudiant titulaire d’un visa. Sans statut légal, cette diplômée en psychologie est passée à côté de nombreuses opportunités : offres d’emplois dans son domaine, bourse d’études. Dans l’attente de ses papiers aux États-Unis, Claudia ne peut pas travailler légalement, ne peut pas sortir du pays, n’a pas d’assurance de santé et court le risque d’être expulsée.

«J’ai nettoyé Ground Zero» Au pays du melting-pot et du rêve américain, l’opinion publique affiche une position ambiguë quant au sort à réserver aux derniers arrivants. Selon un sondage du magazine Time, 68 % des Américains considèrent ainsi que l’immigration illégale est un problème sérieux ou très sérieux, et 82 % estiment que le gouvernement n’agit pas suffisamment le long de la frontière pour endiguer le flot des migrants.

Pourtant, l’idée d’un statut légal de « travailleur invité » pouvant déboucher sur la citoyenneté est retenue par 72 % des personnes interrogées. Seule l’aile dure des républicains favorise une politique radicale de bouclage de la frontière et d’expulsions, justifiée selon elle par le coût que font peser les illégaux sur l’éducation et la santé publiques, mais aussi par des craintes liées à la sécurité du pays et à son identité culturelle.

Autant de raisons avancées aussi par les « Minutemen », ces milices civiles qui s’improvisent gardes-frontières. Ces hommes et ces femmes, armés, se tiennent en faction dans le désert pour faire le boulot, disent-ils, que Washington ne fait plus : bouter le clandestin hors du pays.

Même si le chef de la majorité au Sénat, Bill Frist, entend obtenir un vote avant la fin de la semaine, le débat sur l’immigration illégale n’est pas près de s’éteindre. Les manifestations s’étendent depuis deux semaines à tout le pays. Ils étaient ainsi 10 000 manifestants dimanche dernier à New York à scander des slogans comme « Nous sommes des travailleurs, pas des terroristes », ou « J’ai nettoyé Ground Zero ».

Angel Estillo, patron d’un restaurant mexicain dans le quartier de Harlem à New York, considère le mouvement actuel comme le signe d’une prise de conscience collective positive pour la communauté immigrée. « L’heure du changement a sonné, pour le bien de ce pays », déclare cet entrepreneur colombien. Pour Daniel Erikson, chercheur au centre du Dialogue interaméricain de Washington, le climat actuel montre plutôt que les Hispaniques, qui représentent pourtant 12 % de la population américaine, ont encore un bon bout de chemin à faire pour se faire entendre de Washington.

***

Nouvelle journée de mobilisation lundi 10 avril Une journée d’action nationale « pour une politique d’immigration plus juste » est prévue lundi 10 avril à travers les États-Unis. « Les communautés immigrées vont se retrouver pour déclarer fièrement “Nous sommes américains” et dire que la réforme de l’immigration ne doit pas violer les valeurs américaines que nous chérissons », expliquent les organisateurs de l’événement. Une autre journée d’action est prévue le 1er mai, avec un appel à la grève lancé pour mettre en évidence le rôle des clandestins dans l’économie américaine.

***

Repères Les projets de réforme examinés au Congrès américain

Plusieurs projets sont en cours de discussion au Congrès américain. En décembre, la Chambre des représentants a adopté un texte criminalisant l’immigration illégale et ceux qui viennent en aide aux clandestins, provoquant la forte mobilisation des associations d’immigrés et de l’Église catholique. C’est aujourd’hui au tour du Sénat de se pencher sur la question.

Principaux points en débat : contrôle des frontières (construction d’un mur le long de la frontière entre le Mexique et les États-Unis, « clôture virtuelle » le long de la même frontière, avec notamment le déploiement de drones, ces avions sans pilote) ; sort des clandestins (création d’un visa pour les immigrants non qualifiés d’une durée de 3 ans et renouvelable une fois, leur permettant de faire venir leur famille, de se rendre dans leur pays d’origine pour des vacances, révocable en cas de chômage de plus de 60 jours).

Selon l’ONU, l’immigration ralentit au niveau mondial

Depuis quinze ans, les flux migratoires dans le monde se sont ralentis sensiblement, le nombre de migrants n’ayant augmenté que de 36 millions durant cette période pour atteindre en 2005 un total de 191 millions (dont près de la moitié sont des femmes), selon un rapport de l’ONU rendu public cette semaine. Par comparaison, durant la période 1975-1990, le nombre des migrants internationaux avait augmenté de 41 millions, pour atteindre 175 millions à la fin de cette période.

Les pays industrialisés, États-Unis en tête, restent le principal point de destination des migrants. Près des deux tiers y ont été admis, contre 53 % en 1990. En 2005, précise l’étude, 64 millions de migrants vivaient en Europe, 44,5 millions en Amérique du Nord, 4,7 millions en Australie et en Nouvelle-Zélande et 2 millions au Japon. Selon ce rapport, une part importante des flux de migrants vers l’Amérique du Nord et l’Europe est à mettre au compte du regroupement familial, mais ceux des travailleurs spécialisés ont également augmenté.

 

"J'ai nettoyé Ground Zero" : nouvelles manifestations contre la loi sur l'immigration


De nouvelles manifestations étaient prévues ce dimanche aux USA pour protester contre un projet de loi renforçant la lutte contre l'immigration, au lendemain de protestations qui ont rassemblé plus de 15.000 personnes à travers le pays.
Plus de 10.000 personnes ont ainsi formé un cortège d'au moins un kilomètre et demi sur le pont de Brooklyn à New York samedi, agitant des drapeaux d'une dizaine de pays.
Munie de trompettes, sifflets et tambours, la foule composée en majorité de Latino-américains habillés aux couleurs du Mexique, de l'Uruguay, de l'Equateur ou des USA a traversé un quartier établi par les Hollandais, un pont dessiné par un Allemand et fini sur une place en lisière de Chinatown du côté de l'ancien quartier pauvre irlandais dépeint dans le film "Gangs of New York" (2002, Martin Scorcese). Ils ont croisé la statue de la Liberté, des vendeurs moyen-orientaux de hot dogs, des chauffeurs de taxi russes et des policiers parlant chinois.
"En causant du tort aux immigrés, vous en causez à l'Amérique", "Nous sommes votre économie" ou "J'ai nettoyé Ground Zero", le site des tours du World Trade Center détruit par les attentats du 11 septembre 2001, pouvait-on lire sur les pancartes.
Le Sénat débat en ce moment d'un projet de loi qui donnerait une chance aux immigrés clandestins, dont le nombre est estimé à quelque 11 millions, d'obtenir la naturalisation, alors que la Chambre des représentants a déjà approuvé un texte criminalisant le séjour irrégulier sur le sol des USA. Le 26 mars dernier, une manifestation avait rassemblé plus d'un demi-million de personnes à Los Angeles.
A Costa Mesa, en Californie, un millier de personnes ont manifesté samedi contre le renforcement de la lutte conter l'immigration. Des centaines d'autres ont marché dans le calme dans le centre de Los Angeles. A Oklahoma City, les manifestants étaient plus de 5.000 au Capitole (Parlement) et ils entendaient recommencer dimanche.
Pendant ce temps, des membres du groupe Minuteman Civil Defense Corps préoccupés par l'immigration clandestine s'installaient avec chaises longues, jumelles et téléphones mobiles le long de la frontière mexicaine pour un séjour d'un mois destiné à attirer l'attention sur la question. Ils avaient déjà mené une opération similaire l'an dernier.
Au Nouveau-Mexique, ils ont fait arrêter un groupe de sept clandestins par les patrouilles frontalières samedi. Dans l'après-midi, au moins 200 personnes, âgées pour la plupart et parmi lesquelles des hommes politiques et activistes, ont manifesté dans un ranch du sud de l'Arizona contre l'immigration clandestine et pour le renforcement des contrôles aux frontières. Source : AP, 2 avril 2006


Qui sont ces millions de clandestins de Californie? Si, se puede, la révolte de Los Angeles


par Lula Celada, il manifesto, 28 mars 2006. Original : http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/28-Marzo-2006/art31.html .
Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio

 

Le demi-million de manifestants (estimations officielles), mais ils étaient beaucoup plus, qui est descendu dans la rue à Los Angeles le samedi 25 mars a fait voler en éclats tous les records de la capitale californienne, même ceux qui remontaient aux grandes manifestations pour les droits civiques et contre la guerre au Vietnam. Samedi dernier, Broadway était comme un fleuve en crue, la foule bruyante, festive et en colère, qui marchait sous tous les frontons art déco des édifices du centre ville historique, était tout simplement trop nombreuse pour être contenue dans le plus grand boulevard de la ville : et quantité de petits ruisseaux de gens avec des pancartes, des trompettes, des mégaphones et des dizaines de milliers de drapeaux, se sont détachés du corps du cortège, en allant grossissant, jusqu'à remplir aussi les parallèles : Hill Street et Main, puis Olive Street, qui se sont rapidement remplies, et le cortège s'est démultiplié jusqu'à devenir quatre fleuves parallèles qui ont littéralement submergé le centre-ville et les patrouilles de la LAPD qui ont assisté sans voix à la reprise de leur ville par ses citoyens invisibles.

Habitués à les voir dans les cuisines des restaurants, les hall des hôtels, les ateliers de mécaniques des garages et les sweat shop, sur les chantiers du bâtiment et dans leurs propres maisons à faire le ménage, les Angelinos (habitants de Los Angeles) ont vu pendant tout au long de la journée le million de Mexicains (et Guatémaltèques, Honduriens, Salvadoriens et Nicaraguayens) qui vivent comme des fantômes dans leur cité, sous les traits d'une majorité qui a réclamé, pour la première fois, en véritable « superpuissance populaire » le droit d'appartenance et la dignité qu'on leur refuse depuis toujours.

Selon les données du Bureau de recensement, ils seraient au moins 3 millions et demi, ces illegal aliens (étrangers illégaux) presque tous d'origine mexicaine et centraméricaine, qui habitent en Californie. Une force de travail invisible et indispensable au système économique, des gens qui travaillent sans permis et sous-payés, en dehors de toute protection et minimum syndical, à la merci de leurs propres employeurs, qui ne peuvent pas voter et qui conduisent sans permis parce qu'ils ne peuvent pas le demander (comme a décrété le gouverneur Schwarzenegger), qui restent à l'écart des hôpitaux quand ils tombent malades et évitent les recours en justice quand ils sont, régulièrement, victimes d'abus.

Une exploitation endémique qui va bien au-delà de la précarité, de gens qui payent les impôts et les factures d'électricité et qui sont sans cesse soumis au chantage de l'illégalité ; une population « souterraine » égale à 10 % de celle de l'État, passive en théorie à tout moment de déportation sommaire. Mais dans une ville comme Los Angeles, où 49, 7 % de la population est hispanique (contre 27 % et des poussières de blancs) il n'y aucun doute sur qui alimente « au noir » la cinquième économie mondiale, ces enfants non désirés de la « mondialisation interne », qui pour la première fois, aujourd'hui, sont sortis à découvert. Sous le gratte-ciel de la mairie, c'est Antonio Villaraigosa qui les a accueillis, premier citoyen de la ville la plus hispanique, dont les parents ont fait, en leur temps, le pèlerinage à travers la frontière mexicaine. Le maire a offert à la marée humaine sa solidarité et celle de la ville.

Une barrière de 1000 kilomètres
La mobilisation sans précédent a été provoquée par le projet de réforme sur l'immigration qui, après avoir été approuvée en sourdine par la chambre en décembre, est passée depuis aujourd'hui à l'examen du Sénat. Le projet de loi HR4437, présenté par le sénateur conservateur du Wisconsin, George Sensenbrenner, propose une barrière renforcée de 1000 kilomètres sur la poreuse frontière mexicaine, et prévoit d'élever l'immigration au rang de felony : c'est-à-dire un délit grave, applicable aussi à ceux qui emploient des travailleurs « illégaux » ou à ceux qui, tout simplement, apportent une aide à ceux qui ne sont pas en règle. Cette dernière clause a suscité l'indignation, et la promesse de désobéissance civile, même chez le cardinal catholique Roger Mahony. Le prélat de Los Angeles a dénoncé la récente hystérie anti-immigrés - à base de rondes de volontaires sur la frontière, organisées par les Minutemen, et groupes analogues de vigilance, qui ferment en personne la frontière « étant donné que le gouvernement refuse de le faire ».

En réalité la stratégie des payrouilles frontalières a été, pendant ces dernières années, de fermer la frontière dans ses passages « les plus visibles », en Californie et au Texas, avec l'effet de pousser les passages clandestins vers l'Arizona. Dans le territoire hostile et reculé du fragment central de la frontière, le terrible « Tucson sector », il est nécessaire de parcourir quelquefois 100 kilomètres à pied et sans eau, ce qui a provoqué une inflation des décès chez les gens, femmes et enfants compris, qui tentent la périlleuse traversée. Plus de trois cents en sont morts, chacune des trois dernières années. La zone s'est ainsi transformée en far-west post-mondialisation croisé de migra avec hélicoptères, chevaux et camionnettes de cages porte clandestins, vigiles volontaires avec jumelles et chapeaux de cow-boy (au lieu du classique Smith & Wesson) et, de l'autre côté, patrouilles d'auxiliaires pour les clandestins, qui laissent des réservoirs d'eau signalés et fournissent une aide médicale volontaire quand ils trouvent des gens qui en ont besoin.

Deux d'entre eux, Shanti Sellz et Daniel Strauss, appartenant au groupe « No more deaths » sont actuellement en attente de jugement, accusés de complicité pour avoir tenté de transporter à l'hôpital trois Mexicains trouvés gravement déshydratés dans le désert C'est le genre de criminalisation qui serait officiellement autorisé par la loi HR4437, contestée par les immigrés de L.A. au rythme de "Si se puede" ("Oui, cest possible"), le slogan traditionnel des braceros (ouvriers agricoles) en grève. Une scène qui renvoyait à l'occupation pacifique de Washington conduite par Martin Luther King il y a quarante ans, et qui s'est déroulée dans ces mêmes quartiers vidés pendant la grande dépression, quand des dizaines de milliers d'hispanos furent « rapatriés » au Mexique, sans trop de manières, pour « désépaissir » la masse des chômeurs. Tendance inversée ensuite, pendant la seconde guerre mondiale quand, pour faire face au problème opposé, le manque de main-d'¦uvre, ils furent « réinvités », dans le programme des braceros qui dura de 1948 à 1964, au moment où les récoltes du paradis californien furent officiellement « sous-traitées » à la main d'¦uvre mexicaine saisonnière qui avait cependant l'obligation de rentrer chez elle dès la fin des travaux.

Le piquet des vigiles
Un projet analogue est à présent réchauffé par Georges Bush et l'aile corporatiste du Parti républicain, attentive aux exigences de l'industrie étasunienne (on connaît les habitudes même de Wal-Mart d'embaucher des travailleurs « clandestins ») mais doit, en même temps, faire face à la recrudescence xénophobe et populiste de la droite intégriste. Depuis un an, de ce côté-là par exemple, des groupes de vigiles comme Save Our State (SOS) organisent des piquets réguliers devant les lieux où les man¦uvres journaliers se rassemblent pour trouver du travail, d'habitude les parkings des grands centres de bricolage où contremaîtres, chefs de chantier et gens ordinaires les embauchent pour des menus travaux en dehors de toute protection. Les inlassables porteurs de drapeaux américains qui les dirigent assurent qu'ils ne font que réclamer l'application des lois, mais les couleurs racistes du mouvement sont manifestes dans la rhétorique sur la défense de « souveraineté et culture nationale », exploitée par les démagogues comme le parlementaire Tom Tancredo, le présentateur conservateur de CNN, Lou Dobbs, et le fondateur des Minutemen, Jim Gilchrist, qui, le mois dernier, a perdu de justesse une élection au Sénat en présentant un programme de « protection des frontières » contre les trafiquants, contrebandiers et le danger d' « infiltration terroriste ». Et par Sensenbrenner, l'auteur de la 4437.
Comme sont en train de le démonter les manifestations de protestation de ces jours derniers à Los Angeles, San Francisco, New York, Atlanta, Phoenix, Chicago et dans nombre d'autres villes, le « problème immigration » risque d'exploser dans les mains des Républicains ; et le réveil du « géant latino » assoupi pourrait être un vrai risque de décomposition pour le parti qui risque la rupture entre la fraction pragmatique et la droite idéologique, outre l'éloignement d'un électorat crucial en vue des élections parlementaires de novembre. Derrière les drapeaux, les rondes, les piquets, et maintenant la contre-offensive hispanique se cèle en effet la réalité d'une économie de service mondialisée, désormais entièrement dépendante de la présence et de la disponibilité massive d'une main d'¦uvre à bas prix, une réalité économique objective que les défenseurs de la souveraineté n'ont aucun moyen de changer (à moins, comme a écrit Marc Cooper, de vouloir se contenter de récolter fraises et tomates dans les champs californiens à 2$ sans assurances ni pause repas). A Los Angeles les étrangers, en plus, constituent autant le bras le plus dynamique du plus grand diocèse catholique des Etats-Unis que d'un mouvement syndical qui a trouvé dans leur organisation une vitalité jamais vue depuis des années, grâce aussi aux attaques comme celle menée actuellement par la proposition Sensenbrenner.
La manifestation de Los Angeles s'est terminée avec le projet, si nécessaire, d'une grève générale des travailleurs invisibles. Démonstration de ce que deviendrait la Californie si, comme l'avait imaginé il y a quelques années la polémique de fiction-politique de Sergio Arau, arrivait vraiment le « Day without a mexican », le jour sans Mexicain.

 

 

"Cette terre de Californie est volée" - L'Amérique lacérée par les barbelés


par Alessandro Portelli , il manifesto , 30 mars 2006. Original : http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archvio/30-Marzo-2006/art98.html . Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio

L'auetur est enseignant de littérature anglo-américaine à l'Université La Sapienza à Rome ; il est l'auteur, entre autres, de Canzone politica e cultura popolare in America. Il mito di Woody Guthrie (DeriveAprodi, avril 2004).Il intervient régulièrement dans il manifesto sur les thèmes des aspects culturels de la révolte populaire dans l'histoire étasunienne.


"Cette terre de Californie est voléee, dénoncent les manifestants de Los Angeles. L'Histoire cachée des guerres d'agression et pourquoi, aujourd'hui encore, "le Premier Monde a besoin de bras, pas de personnes".

A la fin de Almanach of the dead, le roman fleuve de Leslie Marmon Silko, des centaines de milliers de personnes affluent de tous les points cardinaux vers Tucson, Arizona. Ce sont les peuples natifs des Amériques, des Esquimaux aux Quechua, qui viennent récupérer leur continent, avec les chicanos, les afro-américains, les pauvres et les marginaux de toutes couleurs qui les peuplent. C'est une vision internationalement mythique, mais Leslie Marmon Silko a la manie d'inventer des mythes qui ensuite font l'histoire : Almanach of the dead (1991) commence par une révolte indienne imaginaire au Chiapas, un an avant que les zapatistes armés n'apparaissent vraiment... Et maintenant, de Evo Morales en Bolivie au demi-million et plus de manifestants à Los Angeles (et des milliers d'autres dans tous les Etats-Unis) contre les lois racistes anti-immigration, l'histoire se répète peut-être une autre fois : peut-être que les marginaux ne vont pas récupérer leur amérique (peut-être pas tout de suite) mais du moins revendiquent-ils le droit de s'y déplacer et de la traverser. A Los Angeles, les pancartes des manifestants disaient « Cette terre est volée », ou « Les immigrants c'est eux », ou « Mais Georges Washington, il l'avait, son permis de séjour ? ». Les promoteurs et fauteurs de la loi anti-immigration, aux noms de Tancredo et Sensenbrenner (et ajoutons-y aussi Schwarzenegger), sont eux même un témoignage vivant de l'histoire de migrations et prévarications qui ont fait un continent, chaque couche d'immigrés repoussant les nouveaux arrivants. Le slogan le plus efficace de ces dernières semaines à Los Angeles était « We didn't cross the border, the border crossed us », un chiasme qui aurait plu à Malcolm X : ce n'est pas nous qui avons traversé la frontière, c'est la frontière qui nous a traversés. C'est une vérité historique, et plus profonde encore que l'histoire.

La guerre d'agression

Jusqu'en 1848, les États où les Mexicains ne peuvent pas immigrer maintenant étaient le Mexique, et les noms en témoignent ­Los Angeles, San Francisco, Albuquerque, Colorado, Nevada, Las Vegas... Ensuite, avec une guerre d'agression, les Etats-Unis arrachèrent au Mexique la moitié de son territoire et déplacèrent la frontière là où elle est maintenant, sur le Rio Grande ou Rio Bravo, que les wetbacks (les « dos mouillés », los mojados) et les alambrados (les lacérés par le barbelé) traversent en cachette, malgré le risque d'y mourir comme dans « Matamoros blancos », du dernier disque de Bruce Springsteen, ou d'être tués par des vigilantes, ou par la soif dans le désert qu'ils traversent à pied, ou étouffés dans les camions des coyotes, ou même (comme dans une chanson mémorable de Dave Alvin et Tom Russell), par cette « neige de la Californie » dont personne ne parle mais qui peut tuer en hiver autant que le soleil l'été. Dans le livre d'histoire que j'avais quand j'étais boursier dans un lycée de Los Angeles, le chapitre sur cet épisode s'intitulait « Les Etats-Unis sont venus à nous » : le mythe archétype de l'expansion impériale comme don de démocratie, de l'invasion comme motif présumé de gratitude et reconnaissance de la part des envahis. Les Etats-Unis sont venus à eux et, comme l'a raconté plusieurs fois Bruno Cartosio (De New York à Santa Fe, Paysans et ouvriers en révolte. Les Gorras Blancas du Nouveau Mexique), la première chose qu'ils ont fait a été de les exproprier de leurs terres et de leur interdire l'usage de leur langue, transformant de paisibles paysans en bandits rebelles, les Joaquim Murieta et les Gregorio Corez des corridos de la frontière.

Mais la frontière traverse plus profondément
A Los Angeles et dans tous les Etats-Unis, sont descendus dans la rue ceux que l'écrivain chicana Gloria Anzaldua appelait los atraversados, les divisés, ceux qui sont des deux côtés et d'aucun des deux. « La frontière entre Etats-Unis et Mexique », continuait Anzaldua, « est une herida apierta (blessure ouverte) où le Tiers monde se frotte avec le premier et saigne ». Sur cette blessure, le Premier Monde met le pansement d'un mur de frontière à faire pâlir Berlin et la Cisjordanie, mais le sang continue à couler, sang littéral des tués, sang immatériel et douloureux des sans droits. La journée de protestation d'hier a été quelque chose de plus que la sacro-sainte affirmation des droits : elle a été une grande revendication de dignité, une proclamation d'égalité humaine qui concerne les Etats-Unis mais nous concerne nous aussi directement et durement, nous qui regardons toujours cette Amérique pour en prendre le pire.

La ville des mille ghettos

Et puis il y a Los Angeles même, ville des mille ghettos et mille frontières. Après le 11 septembre, le barrio (quartier espagnol, NDT) était le quartier où flottaient le plus de drapeaux américains : une façon pour les immigrés et les chicanos de se défendre du soupçon implicite de faible patriotisme, qui tombait sur quiconque n'avait pas la peau de la bonne couleur et ne parlait pas anglais ave le bon accent. Mais sur les murs des maisons populaires du barrio se détachent encore les murales colorés aux images de Zapata et de Chavez, entre guerriers imaginaires et divinités aztèques, un poing fermé et l'inscription « Chicano Power », ou un Che Guevara au doigt pointé on trouve contre l'oncle Sam qui prévient : « We are not a minority », nous ne sommes pas une minorité. Et on trouve au marché du barrio des CD intitulés American sin fronteras : « Los Angeles est une cage dorée, mais le fait d'être dorée n'empêche pas que ça reste une cage ». Ou bien : « Le Mexique est beau, mais moi je l'ai traversé à pied et sans papiers depuis le Salvador, et ces cinq mille kilomètres je m'en souviens un à un ».
Ce sont les deux fondements du projet de loi en discussion aux Etats-Unis. Le premier définit comme délit grave (felony) non seulement le fait de se trouver sans permis sur le sol des Etats-Unis, mais aussi toute forme d'assistance et aide apportés à cette nouvelle masse de délinquants clandestins : leur donner un travail ou un plat de soupe devient un délit aussi grave et condamnable. Et d'ailleurs, il est juste que dans le glorieux nouveau monde que nous construisons la solidarité et la charité deviennent hors la loi : ce n'est pas par hasard que des devoirs de désobéissance civile ont déjà été annoncés par des secteurs syndicaux et par l'Eglise.
La deuxième base est celle qui reconnaît, au moment même où on traite les immigrants de délinquants et de sous hommes, qu'ils sont nécessaires et prévoit donc leur utilisation temporaire et saisonnière, à condition de les réexpédier chez eux dès que le contrat arrive à échéance. C'est une réédition du tristement célèbre bracero program qui, de l'après-guerre jusqu'aux années 60, importait des saisonniers du Mexique : « certains de nous sont illégaux, d'autres indésirables », chantait Woody Guthrie, « le contrat de travail est arrivé à échéance et nous devons partir, sept cent mile jusqu'à la frontière mexicaine, chassés comme des bandits, comme des voleurs, comme des hors la loi ». C'est une tentation qui pointe aussi chez nous, dans plus d'un projet de loi : le Premier Monde a besoin de bras, pas de personnes ; quand les bras arrivent attachés à des personnes, il sépare les personnes en les traversant avec une frontière sanglante entre ce qui nous sert d'eux et ce qui, en eux, est illégal, indésirable, à renvoyer.

Le réseau des nouvelles frontières
Et puis il y a un autre réseau de frontières, toujours plus sanglantes, qui divisent les « indigènes » des « migrants », « nous » de « eux », et « eux »-même en mille fragments. Sur la fanzine Rock & Rap Confidential, le journaliste hip-hop Davey D avertit : « ne pensez pas que cette histoire de l'immigration ne touchera que les Brown folks (c'est-à-dire les « latinos » avec la peau sombre). Souvenez-vous que si cette loi passe, elle écrasera aussi une quantité de noirs, par exemple les haïtiens ».
Les gens et les groupes de pression peuvent se diviser, mais le racisme est indivisible : s'il touche maintenant les Salvadoriens immigrés, les Irakiens récalcitrants ou les Arabes a priori terroristes, quand c'est utile il est prêt à toucher les citoyens noirs ou les peuples indigènes qui sont ici depuis dix mille ans ­ et garde toujours en réserve, latente mais immanquable, la sale bête de l'antisémitisme. Pour cela, écrivait Davey D : « le problème maintenant est : comment le peuple du hip-hop pourra-t-il s'unir aux millions d'immigrants qui ont manifesté dans tant de villes des Etats-Unis la semaine dernière ? Ceci est un moment important parce que si nous laissons les Mexicains seuls pour mener cette bataille, ils perdront et la pression contre nous aura toujours plus de force ». Dans le fond, la vision de Davey D n'est pas différente de celle de Leslie Marmon Silko : trouver ce qui unit, et reprendre la parole, la dignité, la vie, la citoyenneté, la terre. Victor Jara, avant d'être assassiné appelait « a desalambrar ! », à mettre à bas les barrières et les barbelés. A Los Angeles et alentour, ces jours ci, los alambrados, los mojados, los atraversados ont commencé à le faire.

 


Du Mexique au rêve américain, un long chemin de croix


par Joëlle Stolz, Le Monde, 1er avril 2006
NUEVO LAREDO (ETAT DE TAMAULIPAS, MEXIQUE) ENVOYÉE SPÉCIALE - Du coin de l'oeil, ils observent les remous du fleuve, mesurent la force du courant. Les pieds dans l'eau, une famille au grand complet profite de la douceur de l'après-midi. A côté, sac à dos minimal, vêtements légers, deux garçons peu loquaces ont une tenue qui ne trompe pas : ce sont des candidats à l'émigration illégale vers les Etats-Unis - thème principal, avec la sécurité frontalière, du sommet organisé jeudi 30 et vendredi 31 mars à Cancun, au Mexique, entre le président américain George Bush, son homologue mexicain, Vicente Fox, et le premier ministre canadien, Stephen Harper.
Sur les 1 700 km que parcourt le Rio Grande, le long de la frontière avec le Texas, Nuevo Laredo est le point où le lit du fleuve est le plus étroit. Il n'en est que plus surveillé. Moins de 10 mètres nous séparent de l'autre rive, paisible en apparence, mais équipée de senseurs électroniques pour détecter ceux qui se risquent à traverser. Depuis 1993, selon les statistiques du Centre d'études de la frontière et de promotion des droits de l'homme, basé à Reynosa, dans l'Etat mexicain de Tamaulipas, 1 323 migrants se sont noyés dans le Rio Grande. Près de la moitié d'entre eux n'ont pu être identifiés, sans doute parce qu'ils étaient originaires de pays d'Amérique centrale ou même d'Amérique du Sud, et qu'on leur avait volé leurs papiers, avec le reste, sur le long chemin qui mène vers le rêve américain.
"Les voleurs connaissent toutes les cachettes où l'on peut glisser quelques billets : derrière l'étiquette de ton jean ou de ton T-shirt, dans les chaussures, rien ne leur échappe ! Ils sont armés de fusils et de machettes. Ils m'ont même pris la carte téléphonique avec laquelle j'appelais ma famille", raconte Nestor Gonzalez, 29 ans, un électricien venu d'une petite ville du Honduras, qui a mis un mois pour traverser le Mexique. Accueilli à la Maison du migrant de Nuevo Laredo, un centre catholique, il a pu enfin coucher dans un lit, se doucher, manger dignement.
Ce fils de charpentier était prêt à tout affronter pour aller travailler aux Etats-Unis : des marches de dix-huit heures par jour, un voyage sur le toit des wagons du "train de la mort" - sans dormir, car "si tu dors, tu tombes" -, les pièges du Chiapas (sud du Mexique), les bandits de Lecheria , près de la capitale, et, à Saltillo, dans le Nord, les policiers ferroviaires qui repoussent à coups de bâton tous ceux qui ne peuvent leur graisser la patte. "Le Mexique, c'est le plus dur, confie Nestor Gonzalez. Toutes les filles se font violer. Il y a quand même des gens, à Tampico, qui nous ont lancé de l'eau et de la nourriture depuis leurs maisons, au bord de la voie ferrée."
Ceux qui parviennent à la frontière nord du Mexique "sont les plus forts, les plus chanceux : il y a une très forte sélection naturelle ", observe le Père Francisco Pellizzari, missionnaire italien de l'ordre de Scalabrini, voué à l'assistance aux migrants. "Il en arrive quand même un millier par mois, rien qu'à Nuevo Laredo, ajoute-t-il. Ici, nous parlons de la "frontière verticale" que ces jeunes, des hommes dans leur grande majorité, remontent sur des milliers de kilomètres. Ils sont souvent seuls, alors que, plus à l'ouest, vers le Nouveau-Mexique ou l'Arizona, ils sont toujours pris en charge par des passeurs."
Les pateros, humbles intermédiaires des vrais trafiquants, les coyotes ou polleros, rôdent en permanence autour du centre d'accueil. Le plus facile, c'est de passer le fleuve : 1 000 dollars. Le plus difficile, de franchir ensuite la ligne fatidique, à 75 miles (120 km) à l'intérieur du territoire américain, sur laquelle les autorités des Etats-Unis ont établi des postes de contrôle qu'il faut contourner, au prix de marches épuisantes au milieu des épineux. Pour aller jusqu'à Dallas ou Houston, il en coûte au moins 3 000 dollars. "Les polleros ont, au Texas, des caves où ils cachent les migrants, jusqu'à 200 personnes en un seul endroit, jusqu'à ce que les familles leur aient fait parvenir la somme convenue, explique Omar Muñiz, du Centre d'études de la frontière et de promotion des droits de l'homme, qui a ouvert, depuis octobre 2005, une antenne à Nuevo Laredo. Si cela tarde trop, ils les font travailler clandestinement dans les exploitations agricoles de la région, pour 2 dollars de l'heure. C'est de l'esclavage."
Les experts constatent que le durcissement des mesures de protection de la frontière sud des Etats-Unis, depuis dix ans, a entraîné une criminalisation des "passeurs" et une hausse considérable des risques pour les migrants. L'homme connu de son village, qui mettait son point d'honneur à amener ses clients à bon port, disparaît au profit de convoyeurs sans scrupules qui abandonnent leurs victimes en plein désert, quand ils ne les tuent pas après les avoir détroussées, comme le prouvent les traces de violences sur les cadavres. Des narcotrafiquants se reconvertissent dans cette activité qui rapporte jusqu'à 30 000 dollars pour un seul "passage", et qui est beaucoup moins sévèrement réprimée. Tout cela ne décourage pas Nestor Gonzalez : "Là-bas, en deux ans, si tu économises bien, tu gagnes de quoi revenir vivre décemment au Honduras."

 

 

Le Sénat vote pour la moralisation de ses pratiques


Le Sénat américain s'est massivement prononcé mercredi en faveur de la moralisation de ses pratiques, en adoptant un projet de loi encadrant les pratiques contestées du lobbying, alors que nombre d'élus sont menacés par les aveux à la justice d'un ex-lobbyiste sulfureux.
La "loi sur la transparence et la responsabilité" a été adoptée par 90 voix contre 8, le jour même où l'ex-lobbyiste républicain Jack Abramoff était condamné à 5 ans et 10 mois de prison.
"Aujourd'hui nous disons qu'il n'y a pas de pancarte +à vendre+ sur la pelouse du Capitole", a dit le démocrate Chris Dodd, "nous disons que nos valeurs de base et nos principes démocratiques ne seront pas vendus au plus offrant".
Ce texte introduit plus de transparence dans le processus législatif, particulièrement opaque au dernier stade de la rédaction des lois, afin d'éviter qu'un lobbying efficace fasse passer des mesures trop discrètement.
Il édicte ou renforce aussi toute une série de règlements parlementaires, comme l'interdiction pour les anciens élus devenus lobbyistes de se rendre en séance plénière du Sénat, interdiction de recevoir des cadeaux, invitations en voyage strictement encadrées...
Cet effort de moralisation, qui devra encore faire l'objet d'un accord avec la Chambre des représentants, est engagé à sept mois d'élections parlementaires où les scandales de corruption risquent de coûter cher à la majorité en place.
Le microcosme politique attend avec nervosité les révélations de M. Abramoff, qui, dans un accord conclu avec la justice en janvier, a promis d'exposer le système de corruption active qu'il avait mis en place au Congrès.
Plusieurs élus, y compris le président George W. Bush, ont reversé ces derniers mois des fonds de campagne qu'ils avaient reçus de Jack Abramoff.
Les sénateurs ont rejeté ou éludé plusieurs propositions visant à renforcer les dispositifs anti-corruption: ainsi tous les voyages sur fonds privés ne sont pas interdits, les élus pourront continuer à voyager en jet privé au prix d'un billet première classe, ils pourront toujours se faire inviter à déjeuner par des sociétés...
Ils ont surtout massivement refusé, par 67 voix contre 30, de créer un bureau d'éthique indépendant, pour le plus grand regret de la républicaine Susan Collins.
"Je continue à penser que, quelle que soit l'intégrité (des sénateurs siégeant à) la commission d'éthique - et leur intégrité est grande - (..) le public n'a pas confiance dans un système où nous fixons nos propres règles, nous sommes nos propres conseillers, nous menons des enquêtes sur nous-mêmes, nous sommes nos propres juges et nos propres jurés", a-t-elle dit.
"Le Sénat laisse le renard garder le poulailler", a résumé l'ancien candidat à la présidentielle John Kerry, qui pour cette raison a voté contre le texte.
La Chambre n'a pas encore entrepris de réformer les pratiques de lobbying, mais son état-major s'y est engagé, avec un enthousiasme sensiblement moins marqué que le Sénat.
L'ancien chef de la majorité à la Chambre, Tom DeLay, est l'un des parlementaires considérés comme les plus menacés par les révélations de M. Abramoff, et il a reçu par le passé plusieurs réprimandes de la commission d'éthique de la Chambre.
Son successeur John Boehner avait promis de changer le statu quo, et il a affiché son désir d'assainir le système pour "regagner la confiance des électeurs".
Source : AFP, 29 mars 2006

 

 

Hit parade des yankees les plus bêtes de l'année : Mickael Jackson, Dick Cheney, Paris Hlton, George Bush et Tom Cruise


Michael Jackson a été sacré "Américain le plus bête" de l'année pour la quatrième fois consécutive, battant de peu le vice-président Dick Cheney, dans un sondage annuel publié à la veille du 1er avril, jour traditionnellement consacré à l'humour et aux blagues.
69% des 1.045 personnes interrogées dans cette étude, menée chaque année par une société de relations publiques, ont estimé que Michael Jackson, 47 ans, qui vit à Bahrein depuis son acquittement en juin dans une affaire d'attouchements sexuels sur mineur, avait commis quelque chose de stupide dans l'année.
La dernière fois que le chanteur a été vu en public, il était en train de faire du shopping à Dubaï et portait des vêtements de femme, a souligné l'organisateur du sondage, Jeff Barge. Durant le procès, qui a duré cinq mois, il s'était un jour présenté à l'audience en pyjama.
"Michael Jackson semble avoir s'être sécurisé la place de numéro un pour l'avenir proche", a ajouté M. Barge. "Si les actes de M. Cheney n'ont pas suffi" à détrôner Michael Jackson, "il est difficile d'imaginer qui pourrait y parvenir", a-t-il dit en référence à la tragique méprise du vice-président américain qui a tiré par erreur sur un de ses amis durant une partie de chasse à la caille. M. Cheney (59%) arrive deuxième, ex-aequo avec l'héritière Paris Hilton, qui fait régulièrement la une des gazettes people.
Le président George W. Bush est en troisième position (57%) et l'acteur Tom Cruise en quatrième (54%) devant l'ex-patron des Républicains à la chambre des représentants, Tom Delay, qui a dû abandonner son poste pour régler ses ennuis avec la justice (41%).
Le sondage a été mené par la société Opinion Research Corp et comporte une marge d'erreur de trois pour cent.
Source : AFP, 1er avril 2006