Un rêve d'immigré, la réponse
américaine, toile acrylique de Malaquías Montoya,
2003 |
Dossier "A desalambrar !" (Mettre à
bas les barrières)
Nouvelle journée de mobilisation pour
les immigrés
Des dizaines de milliers de personnes ont commencé à
défiler lundi aux Etats-Unis, où plus d'un million de
manifestants étaient attendus dans plus de 125 villes pour
réclamer une vaste réforme de l'immigration et la régularisation
des sans-papiers.
Tout au long de la journée, dans tout le pays, les manifestants
étaient appelés à déferler, vêtus
de blanc en signe de paix et brandissant des drapeaux américains,
pour demander aux élus de ne pas se contenter d'accroître
la répression contre les clandestins.
A Washington, plusieurs dizaines de milliers de personnes, "anciens
Américains, nouveaux Américains, futurs Américains",
selon les termes du sénateur démocrate Edward Kennedy
venu les soutenir, se sont rassemblées dans l'après-midi
devant le Capitole, où siège le Congrès. "Nous
sommes une nation d'immigrants", a rappelé à la
tribune, en espagnol, le cardinal Theodore McCarrick, archevêque
de Washington.
Plusieurs dizaines de manifestants sont également descendus
lundi après-midi dans les rues de New York à l'appel
d'une centaine d'organisations locales. "L'économie de
ce pays va bien grâce à la main d'oeuvre bon marché
des immigrés. Nous ne sommes pas des délinquants, nous
sommes de la main d'oeuvre bon marché", a expliqué
l'un d'eux, Joel Nieto, Mexicain de 43 ans installé aux Etats-Unis
depuis une décennie.
Le principal rassemblement était attendu en fin d'après-midi
à Los Angeles, où une manifestation avait déjà
réuni entre 500.000 et un million de personnes le 25 mars.
Source : L'Echo, mardi 11 avril 2006
« Nous sommes l'Amérique : Aujourd'hui
nous marchons, demain nous voterons ! »
Le lundi 10 avril a été une journée de grand
beau temps à travers tout le continent nord-américain.
Et jamais on n'avait vu autant de bannières étoilées
s'agiter au vent, brandies par autant de manifestants basanés.
Ouvriers agricoles et du bâtiment, cuisiniers et jardiniers,
femmes de ménage et étudiants, avocats et entrepreneurs
: à travers tous les USA, ce sont plusieurs centaines de milliers
d'immigrés, avec ou sans papiers, étrangers ou citoyens
US mêlés, qui ont défilé dans un très
grand nomùbre de villes pour protester contre les projets actuellement
concoctés au Sénat et au Congrès et qui mettent
en danger douze millions d'immigrés sans papiers.
Même si la majorité des manifestants étaient des
Latinos, on notait une incroyable diversité ethnique dans les
défilés, et toute la planète était représentée.
Bien sûr, les Mexicains sont, comme toujours, les premiers menacés,
à cause des liens historiques, de la proximité géographique
et du deal concocté entre Républicains et démocrates,
au terme duquel seraient expulsés tous les Mexicains entrés
illégalement dans le pays depuis moins de cinq ans. Ce ne serait
pas la première fois : de 1928 à 1941, durant la Grande
dépression, 350 000 Mexicains furent expulsés. Et après
la Guerre de Corée et le retour des "boys", 1 300
000 Mexicains furent expulsés en 1954-1955 au cours de l'Operation
Wetback (Opératiopn Dos Mouillés). Mais cette fois-ci,
ça risque de ne pas se passer en douceur : les églises
catholiques et évangéliques ont déjà annoncé
qu'elles ouvriraient leurs locaux comme sanctuaires aux sans-papiers
menacés d'expulsion et des muncipalités risquent de
suivre l'exemple de celle de Maywood, en Californie, qui est devenue
la capitale du mouvement des santuaires. Dans cette commune, peuplée
en très grande majorité de Latinos, les immigrés
sans-papiers sont accueillis et protégés contre toute
intervention policière. Les organisateurs de la "Gran
Marcha" de Los Angeles du 25 mars vont y annoncer aujourd'hui
les prochaines initiatives. Il est question de faire du Premier Mai
(qui n'est pas férié aux USA) le jour du "Grand
Boicot" et certains parlent d'organiser une "Marche d'un
million de Latinos" sur Washington en juin ou juillet prochain.
Bush a du souci à se faire, sur le front intérieur aussi.
Si les projets de loi passent, ils risquent de faire face quelques
milliers de chapelles Saint-Bernard.
Source : Quibla, 12 avril 2006, avec New York Times & La Voz de
Aztlan
Le Sénat rejette un compromis sur l'immigration
Le Sénat américain a rejeté vendredi un compromis
qui aurait ouvert la voie à la naturalisation de millions d'immigrés
clandestins travaillant aux Etats-Unis, bien que le président
George Bush ait exprimé son soutien à une telle mesure.
Le dossier devrait peser sur les élections législatives
de mi-mandat présidentiel à l'automne.
Ce projet que ses partisans pensaient voir adopté à
une large majorité n'a recueilli que 38 des 60 voix qui l'auraient
protégé d'amendements atténuant sa portée.
Les Républicains se sont prononcés à l'unisson
mais l'opposition démocrate, qui ne voulait pas d'amendements,
a vu six de ses sénateurs la lâcher.
Une proposition alternative du chef de la majorité à
la chambre haute, Bill Frist, candidat potentiel à la présidentielle
de 2008, qui ne prévoyait pas la légalisation du séjour
des clandestins mais au contraire de fortes amendes pour ceux qui
les emploieraient, n'a quant à elle obtenu que 36 voix pour
et 62 voix contre.
Républicains et démocrates, qui se rejettent la responsabilité
de l'impasse, estiment désormais qu'il ne faut probablement
pas escompter d'issue au débat avant le retour de vacances
du Congrès dans deux semaines.
Pour le chef de la Maison Blanche, "un système d'immigration
qui force les gens à (vivre) dans l'ombre de (la) société
ou en fait les proies de criminels est un système qui doit
être changé". Il s'est déclaré certain
qu'il était possible de réformer la législation
afin "d'assurer la sécurité (des) frontières,
respecter la loi et, c'est tout aussi important, préserver
la décence (des Etats-Unis)".
Le président de la commission judiciaire sénatoriale,
le républicain Arlen Specter, a estimé que le compromis
avait été rejeté "car les démocrates
ont intérêt politiquement à ne pas avoir de loi
sur l'immigration". Ils voudraient selon lui rester sur la proposition
des représentants républicains qui criminalise le séjour
irrégulier aux Etats-Unis et qui a déclenché
d'importantes manifestations dans tout le pays. On a ainsi vu 500.000
personnes défiler à Los Angeles, près de la frontière
mexicaine, le mois dernier.
Les démocrates reprochent de leur côté aux sénateurs
républicains d'avoir insisté pour passer des amendements
qui auraient dilué le compromis salué par les chefs
de groupe jeudi soir.
La nouvelle loi doit régulariser la situation des quelque
11 ou 12 millions de travailleurs étrangers en séjour
irrégulier sur le territoire américain.
Ils seraient ainsi séparés en trois catégories.
Ceux présents depuis plus de six ans pourraient demander la
régularisation définitive de leur séjour sans
avoir à quitter le pays; ceux présents depuis plus de
deux ans devraient se présenter à la frontière
au cours des trois prochaines années pour obtenir un visa de
travailleur temporaire; ceux présents depuis moins de deux
ans devraient quitter les Etats-Unis et demander un visa pour y revenir.
Le projet de loi forcerait par ailleurs les employeurs à s'assurer
qu'ils embauchent des travailleurs dûment enregistrés
et permettrait l'installation d'un "mur" virtuel de caméras,
capteurs et autres technologies afin de surveiller les quelque 3.200km
de frontière séparant les Etats-Unis du Mexique.
Des manifestations de soutien au compromis étaient prévues
pour lundi dans tout le pays, et notamment à Washington, où
les organisateurs attendent 100.000 personnes.
La chambre des représentants a quant à elle adopté
une loi concernant la sécurité à la frontière
mais son président, le républicain Dennis Hastert, ainsi
que d'autres élus, ont souhaité ces derniers jours élargir
le champ de ce texte en négociant un compromis avec le Sénat.
A cela, le représentant républicain Tom Tancredo a rétorqué
qu'aucune "loi d'amnistie" n'obtiendrait la majorité
chez les représentants.
Si les autorités américaines affirment n'avoir pas
évalué le coût d'une éventuelle expulsion
des immigrés clandestins, le Centre pour le progrès
américain, un organisme de recherche sans couleur politique,
l'estime à 215 milliards de dollars (176,5 mds d'euros) sur
cinq ans, en partant du principe que neuf millions d'hommes, femmes
et enfants ne partiraient pas volontairement.
Source : AP, 8 avril 2006
Une journée sans immigrés !
L’Union hispanique de Telluride, dans le Colorado, propose de
faire de la prochaine journée d’action nationale du 10
avril contre les nouvelles lois prévus pour crimnaliser l’immigration
une “journée sans immigrants”. Elle appelle les
immigrés à faire grève du travail, des études,
des courses, des achats d’essence et au lieu de cela, d’arborer
un ruban blanc, de s’habiller de blanc ou au moins d’arborer
un ruban blanc, d’organiser des défilés et d’interpeller
les élus locaux et nationaux. L’enjeu est de taille puisque
les lois actuellement discutées à Washington mettent
en danger la vie de 12 millions de sans-papiers aux USA !
Source : UNION HISPANA DE TELLURIDE, 325 Coonskin Court Suite F12,
P.O.Box 3278 Telluride, Co. 81435. Phone: (970)-417-9634. unhite@hotmail.com
Les États-Unis divisés sur l'immigration
par Stéphanie FONTENOY, La Croix, 5 avril 2006
Un projet de loi criminalisant l'immigration illégale provoque
de nombreuses critiques, notamment au sein de l'Église catholique.
George W. Bush ne maîtrise plus ses troupes au Congrès
Les Américains semblent avoir découvert récemment
qu’ils avaient un éléphant dans leur salon. Cet
éléphant, c’est l’immigration illégale.
Fait rare dans une société qui privilégie la
réussite individuelle, la masse autrefois sans visage des travailleurs
illégaux, rejointe par les défenseurs des droits civiques
et par les étudiants, descend maintenant dans la rue en plein
jour et sous l’œil des caméras.
À Los Angeles, le 25 mars dernier, 500 000 manifestants ont
réclamé des droits pour les sans-papiers, soit la plus
grande manifestation qu’ait connue l’Amérique depuis
les protestations contre la guerre du Vietnam. « Je n’ai
jamais été aussi fier, en tant que maire de Los Angeles,
d’avoir l’honneur d’accueillir un demi-million de
défenseurs de nos valeurs communes et des meilleures traditions
de l’Amérique », a déclaré le maire
démocrate de la « Cité des Anges », Antonio
Villaraigosa, lui-même fils d’immigrés dans une
ville qui compte, selon les estimations, deux millions de résidents
sans permis.
Si les pas de l’éléphant résonnent plus
fort aujourd’hui, c’est que la masse des clandestins a
triplé en quinze ans. Le bureau américain de l’immigration
estime à 11,1 millions le nombre d’illégaux aux
États-Unis, mais certaines sources avancent des chiffres supérieurs.
Ces travailleurs de l’ombre représentent 4,9 % de la
main-d’œuvre américaine, présents notamment
dans l’agriculture, le nettoyage, la construction, et la restauration.
Très polémique, ce vote a réveillé un
débat complexe Ceux-ci obtiennent facilement des permis de
conduire, inscrivent leurs enfants dans les écoles publiques
et la plupart paient des impôts. « Le système a
ses contradictions, constate Hiram Pinto, avocat spécialisé
dans le droit de l’immigration. D’un côté,
les États-Unis veulent de cette population, d’un autre
côté, ils n’en veulent pas. Cela dure depuis des
décennies, et maintenant, la situation est devenue difficile
à gérer. »
Dans ce contexte, la réforme de l’immigration, actuellement
débattue au Congrès (lire repères ci-dessous),
est aussi brûlante et épineuse que le désert de
l’Arizona, barrière naturelle franchie par des milliers
de candidats à l’exil venant d’Amérique
latine au péril de leur vie. La Chambre des représentants
a voté, en décembre dernier, un projet de loi répressif
qui fait de l’immigration clandestine un crime et propose la
construction d’un mur de 1 100 kilomètres entre les États-Unis
et le Mexique. Très polémique, ce vote a réveillé
un débat complexe, qui oblige à faire la lumière
sur le visage caché de l’Amérique, celui de la
main-d’œuvre illégale et exploitée venue
effectuer les basses tâches de la plus grande puissance capitaliste.
Prise malgré elle dans ce flot d’immigrés sans
permis, Claudia Bernal, une jeune Colombienne aux cheveux noirs bouclés
et au sourire d’enfant, jongle avec les petits boulots : quelques
traductions, baby-sitter pour quatre familles, le ménage chez
un célibataire, serveuse dans un restaurant le week-end, elle
donne aussi des cours d’espagnol. Un visa d’étudiant
lui a été refusé, un mois après le 11
septembre 2001. « La Colombie est le pays qui connaît
le plus grand taux de refus en matière d’entrées
aux États-Unis », explique-t-elle.
Mariée à un Colombien en attente d’une carte
de séjour, elle a été autorisée à
s’inscrire à l’université mais doit débourser
8 000 dollars (6 800 €) par semestre, soit trois fois plus qu’un
résident ou qu’un étudiant titulaire d’un
visa. Sans statut légal, cette diplômée en psychologie
est passée à côté de nombreuses opportunités
: offres d’emplois dans son domaine, bourse d’études.
Dans l’attente de ses papiers aux États-Unis, Claudia
ne peut pas travailler légalement, ne peut pas sortir du pays,
n’a pas d’assurance de santé et court le risque
d’être expulsée.
«J’ai nettoyé Ground Zero» Au pays du melting-pot
et du rêve américain, l’opinion publique affiche
une position ambiguë quant au sort à réserver aux
derniers arrivants. Selon un sondage du magazine Time, 68 % des Américains
considèrent ainsi que l’immigration illégale est
un problème sérieux ou très sérieux, et
82 % estiment que le gouvernement n’agit pas suffisamment le
long de la frontière pour endiguer le flot des migrants.
Pourtant, l’idée d’un statut légal de «
travailleur invité » pouvant déboucher sur la
citoyenneté est retenue par 72 % des personnes interrogées.
Seule l’aile dure des républicains favorise une politique
radicale de bouclage de la frontière et d’expulsions,
justifiée selon elle par le coût que font peser les illégaux
sur l’éducation et la santé publiques, mais aussi
par des craintes liées à la sécurité du
pays et à son identité culturelle.
Autant de raisons avancées aussi par les « Minutemen
», ces milices civiles qui s’improvisent gardes-frontières.
Ces hommes et ces femmes, armés, se tiennent en faction dans
le désert pour faire le boulot, disent-ils, que Washington
ne fait plus : bouter le clandestin hors du pays.
Même si le chef de la majorité au Sénat, Bill
Frist, entend obtenir un vote avant la fin de la semaine, le débat
sur l’immigration illégale n’est pas près
de s’éteindre. Les manifestations s’étendent
depuis deux semaines à tout le pays. Ils étaient ainsi
10 000 manifestants dimanche dernier à New York à scander
des slogans comme « Nous sommes des travailleurs, pas des terroristes
», ou « J’ai nettoyé Ground Zero ».
Angel Estillo, patron d’un restaurant mexicain dans le quartier
de Harlem à New York, considère le mouvement actuel
comme le signe d’une prise de conscience collective positive
pour la communauté immigrée. « L’heure du
changement a sonné, pour le bien de ce pays », déclare
cet entrepreneur colombien. Pour Daniel Erikson, chercheur au centre
du Dialogue interaméricain de Washington, le climat actuel
montre plutôt que les Hispaniques, qui représentent pourtant
12 % de la population américaine, ont encore un bon bout de
chemin à faire pour se faire entendre de Washington.
***
Nouvelle journée de mobilisation lundi 10 avril Une journée
d’action nationale « pour une politique d’immigration
plus juste » est prévue lundi 10 avril à travers
les États-Unis. « Les communautés immigrées
vont se retrouver pour déclarer fièrement “Nous
sommes américains” et dire que la réforme de l’immigration
ne doit pas violer les valeurs américaines que nous chérissons
», expliquent les organisateurs de l’événement.
Une autre journée d’action est prévue le 1er mai,
avec un appel à la grève lancé pour mettre en
évidence le rôle des clandestins dans l’économie
américaine.
***
Repères Les projets de réforme examinés au Congrès
américain
Plusieurs projets sont en cours de discussion au Congrès américain.
En décembre, la Chambre des représentants a adopté
un texte criminalisant l’immigration illégale et ceux
qui viennent en aide aux clandestins, provoquant la forte mobilisation
des associations d’immigrés et de l’Église
catholique. C’est aujourd’hui au tour du Sénat
de se pencher sur la question.
Principaux points en débat : contrôle des frontières
(construction d’un mur le long de la frontière entre
le Mexique et les États-Unis, « clôture virtuelle
» le long de la même frontière, avec notamment
le déploiement de drones, ces avions sans pilote) ; sort des
clandestins (création d’un visa pour les immigrants non
qualifiés d’une durée de 3 ans et renouvelable
une fois, leur permettant de faire venir leur famille, de se rendre
dans leur pays d’origine pour des vacances, révocable
en cas de chômage de plus de 60 jours).
Selon l’ONU, l’immigration ralentit au niveau mondial
Depuis quinze ans, les flux migratoires dans le monde se sont ralentis
sensiblement, le nombre de migrants n’ayant augmenté
que de 36 millions durant cette période pour atteindre en 2005
un total de 191 millions (dont près de la moitié sont
des femmes), selon un rapport de l’ONU rendu public cette semaine.
Par comparaison, durant la période 1975-1990, le nombre des
migrants internationaux avait augmenté de 41 millions, pour
atteindre 175 millions à la fin de cette période.
Les pays industrialisés, États-Unis en tête,
restent le principal point de destination des migrants. Près
des deux tiers y ont été admis, contre 53 % en 1990.
En 2005, précise l’étude, 64 millions de migrants
vivaient en Europe, 44,5 millions en Amérique du Nord, 4,7
millions en Australie et en Nouvelle-Zélande et 2 millions
au Japon. Selon ce rapport, une part importante des flux de migrants
vers l’Amérique du Nord et l’Europe est à
mettre au compte du regroupement familial, mais ceux des travailleurs
spécialisés ont également augmenté.
"J'ai nettoyé Ground Zero"
: nouvelles manifestations contre la loi sur l'immigration
De nouvelles manifestations étaient prévues ce dimanche
aux USA pour protester contre un projet de loi renforçant la
lutte contre l'immigration, au lendemain de protestations qui ont
rassemblé plus de 15.000 personnes à travers le pays.
Plus de 10.000 personnes ont ainsi formé un cortège
d'au moins un kilomètre et demi sur le pont de Brooklyn à
New York samedi, agitant des drapeaux d'une dizaine de pays.
Munie de trompettes, sifflets et tambours, la foule composée
en majorité de Latino-américains habillés aux
couleurs du Mexique, de l'Uruguay, de l'Equateur ou des USA a traversé
un quartier établi par les Hollandais, un pont dessiné
par un Allemand et fini sur une place en lisière de Chinatown
du côté de l'ancien quartier pauvre irlandais dépeint
dans le film "Gangs of New York" (2002, Martin Scorcese).
Ils ont croisé la statue de la Liberté, des vendeurs
moyen-orientaux de hot dogs, des chauffeurs de taxi russes et des
policiers parlant chinois.
"En causant du tort aux immigrés, vous en causez à
l'Amérique", "Nous sommes votre économie"
ou "J'ai nettoyé Ground Zero", le site des tours
du World Trade Center détruit par les attentats du 11 septembre
2001, pouvait-on lire sur les pancartes.
Le Sénat débat en ce moment d'un projet de loi qui donnerait
une chance aux immigrés clandestins, dont le nombre est estimé
à quelque 11 millions, d'obtenir la naturalisation, alors que
la Chambre des représentants a déjà approuvé
un texte criminalisant le séjour irrégulier sur le sol
des USA. Le 26 mars dernier, une manifestation avait rassemblé
plus d'un demi-million de personnes à Los Angeles.
A Costa Mesa, en Californie, un millier de personnes ont manifesté
samedi contre le renforcement de la lutte conter l'immigration. Des
centaines d'autres ont marché dans le calme dans le centre
de Los Angeles. A Oklahoma City, les manifestants étaient plus
de 5.000 au Capitole (Parlement) et ils entendaient recommencer dimanche.
Pendant ce temps, des membres du groupe Minuteman Civil Defense Corps
préoccupés par l'immigration clandestine s'installaient
avec chaises longues, jumelles et téléphones mobiles
le long de la frontière mexicaine pour un séjour d'un
mois destiné à attirer l'attention sur la question.
Ils avaient déjà mené une opération similaire
l'an dernier.
Au Nouveau-Mexique, ils ont fait arrêter un groupe de sept clandestins
par les patrouilles frontalières samedi. Dans l'après-midi,
au moins 200 personnes, âgées pour la plupart et parmi
lesquelles des hommes politiques et activistes, ont manifesté
dans un ranch du sud de l'Arizona contre l'immigration clandestine
et pour le renforcement des contrôles aux frontières.
Source : AP, 2 avril 2006
Qui sont ces millions de clandestins de Californie?
Si, se puede, la révolte de Los Angeles
par Lula Celada, il manifesto, 28 mars 2006. Original : http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/28-Marzo-2006/art31.html
.
Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio
Le demi-million de manifestants (estimations officielles), mais ils
étaient beaucoup plus, qui est descendu dans la rue à
Los Angeles le samedi 25 mars a fait voler en éclats tous les
records de la capitale californienne, même ceux qui remontaient
aux grandes manifestations pour les droits civiques et contre la guerre
au Vietnam. Samedi dernier, Broadway était comme un fleuve
en crue, la foule bruyante, festive et en colère, qui marchait
sous tous les frontons art déco des édifices du centre
ville historique, était tout simplement trop nombreuse pour
être contenue dans le plus grand boulevard de la ville : et
quantité de petits ruisseaux de gens avec des pancartes, des
trompettes, des mégaphones et des dizaines de milliers de drapeaux,
se sont détachés du corps du cortège, en allant
grossissant, jusqu'à remplir aussi les parallèles :
Hill Street et Main, puis Olive Street, qui se sont rapidement remplies,
et le cortège s'est démultiplié jusqu'à
devenir quatre fleuves parallèles qui ont littéralement
submergé le centre-ville et les patrouilles de la LAPD qui
ont assisté sans voix à la reprise de leur ville par
ses citoyens invisibles.
Habitués à les voir dans les cuisines des restaurants,
les hall des hôtels, les ateliers de mécaniques des garages
et les sweat shop, sur les chantiers du bâtiment et dans leurs
propres maisons à faire le ménage, les Angelinos (habitants
de Los Angeles) ont vu pendant tout au long de la journée le
million de Mexicains (et Guatémaltèques, Honduriens,
Salvadoriens et Nicaraguayens) qui vivent comme des fantômes
dans leur cité, sous les traits d'une majorité qui a
réclamé, pour la première fois, en véritable
« superpuissance populaire » le droit d'appartenance et
la dignité qu'on leur refuse depuis toujours.
Selon les données du Bureau de recensement, ils seraient au
moins 3 millions et demi, ces illegal aliens (étrangers illégaux)
presque tous d'origine mexicaine et centraméricaine, qui habitent
en Californie. Une force de travail invisible et indispensable au
système économique, des gens qui travaillent sans permis
et sous-payés, en dehors de toute protection et minimum syndical,
à la merci de leurs propres employeurs, qui ne peuvent pas
voter et qui conduisent sans permis parce qu'ils ne peuvent pas le
demander (comme a décrété le gouverneur Schwarzenegger),
qui restent à l'écart des hôpitaux quand ils tombent
malades et évitent les recours en justice quand ils sont, régulièrement,
victimes d'abus.
Une exploitation endémique qui va bien au-delà de la
précarité, de gens qui payent les impôts et les
factures d'électricité et qui sont sans cesse soumis
au chantage de l'illégalité ; une population «
souterraine » égale à 10 % de celle de l'État,
passive en théorie à tout moment de déportation
sommaire. Mais dans une ville comme Los Angeles, où 49, 7 %
de la population est hispanique (contre 27 % et des poussières
de blancs) il n'y aucun doute sur qui alimente « au noir »
la cinquième économie mondiale, ces enfants non désirés
de la « mondialisation interne », qui pour la première
fois, aujourd'hui, sont sortis à découvert. Sous le
gratte-ciel de la mairie, c'est Antonio Villaraigosa qui les a accueillis,
premier citoyen de la ville la plus hispanique, dont les parents ont
fait, en leur temps, le pèlerinage à travers la frontière
mexicaine. Le maire a offert à la marée humaine sa solidarité
et celle de la ville.
Une barrière de 1000 kilomètres
La mobilisation sans précédent a été provoquée
par le projet de réforme sur l'immigration qui, après
avoir été approuvée en sourdine par la chambre
en décembre, est passée depuis aujourd'hui à
l'examen du Sénat. Le projet de loi HR4437, présenté
par le sénateur conservateur du Wisconsin, George Sensenbrenner,
propose une barrière renforcée de 1000 kilomètres
sur la poreuse frontière mexicaine, et prévoit d'élever
l'immigration au rang de felony : c'est-à-dire un délit
grave, applicable aussi à ceux qui emploient des travailleurs
« illégaux » ou à ceux qui, tout simplement,
apportent une aide à ceux qui ne sont pas en règle.
Cette dernière clause a suscité l'indignation, et la
promesse de désobéissance civile, même chez le
cardinal catholique Roger Mahony. Le prélat de Los Angeles
a dénoncé la récente hystérie anti-immigrés
- à base de rondes de volontaires sur la frontière,
organisées par les Minutemen, et groupes analogues de vigilance,
qui ferment en personne la frontière « étant donné
que le gouvernement refuse de le faire ».
En réalité la stratégie des payrouilles frontalières
a été, pendant ces dernières années, de
fermer la frontière dans ses passages « les plus visibles
», en Californie et au Texas, avec l'effet de pousser les passages
clandestins vers l'Arizona. Dans le territoire hostile et reculé
du fragment central de la frontière, le terrible « Tucson
sector », il est nécessaire de parcourir quelquefois
100 kilomètres à pied et sans eau, ce qui a provoqué
une inflation des décès chez les gens, femmes et enfants
compris, qui tentent la périlleuse traversée. Plus de
trois cents en sont morts, chacune des trois dernières années.
La zone s'est ainsi transformée en far-west post-mondialisation
croisé de migra avec hélicoptères, chevaux et
camionnettes de cages porte clandestins, vigiles volontaires avec
jumelles et chapeaux de cow-boy (au lieu du classique Smith &
Wesson) et, de l'autre côté, patrouilles d'auxiliaires
pour les clandestins, qui laissent des réservoirs d'eau signalés
et fournissent une aide médicale volontaire quand ils trouvent
des gens qui en ont besoin.
Deux d'entre eux, Shanti Sellz et Daniel Strauss, appartenant au
groupe « No more deaths » sont actuellement en attente
de jugement, accusés de complicité pour avoir tenté
de transporter à l'hôpital trois Mexicains trouvés
gravement déshydratés dans le désert C'est le
genre de criminalisation qui serait officiellement autorisé
par la loi HR4437, contestée par les immigrés de L.A.
au rythme de "Si se puede" ("Oui, cest possible"), le slogan traditionnel
des braceros (ouvriers agricoles) en grève. Une scène
qui renvoyait à l'occupation pacifique de Washington conduite
par Martin Luther King il y a quarante ans, et qui s'est déroulée
dans ces mêmes quartiers vidés pendant la grande dépression,
quand des dizaines de milliers d'hispanos furent « rapatriés
» au Mexique, sans trop de manières, pour « désépaissir
» la masse des chômeurs. Tendance inversée ensuite,
pendant la seconde guerre mondiale quand, pour faire face au problème
opposé, le manque de main-d'¦uvre, ils furent «
réinvités », dans le programme des braceros qui
dura de 1948 à 1964, au moment où les récoltes
du paradis californien furent officiellement « sous-traitées
» à la main d'¦uvre mexicaine saisonnière
qui avait cependant l'obligation de rentrer chez elle dès la
fin des travaux.
Le piquet des vigiles
Un projet analogue est à présent réchauffé
par Georges Bush et l'aile corporatiste du Parti républicain,
attentive aux exigences de l'industrie étasunienne (on connaît
les habitudes même de Wal-Mart d'embaucher des travailleurs
« clandestins ») mais doit, en même temps, faire
face à la recrudescence xénophobe et populiste de la
droite intégriste. Depuis un an, de ce côté-là
par exemple, des groupes de vigiles comme Save Our State (SOS) organisent
des piquets réguliers devant les lieux où les man¦uvres
journaliers se rassemblent pour trouver du travail, d'habitude les
parkings des grands centres de bricolage où contremaîtres,
chefs de chantier et gens ordinaires les embauchent pour des menus
travaux en dehors de toute protection. Les inlassables porteurs de
drapeaux américains qui les dirigent assurent qu'ils ne font
que réclamer l'application des lois, mais les couleurs racistes
du mouvement sont manifestes dans la rhétorique sur la défense
de « souveraineté et culture nationale », exploitée
par les démagogues comme le parlementaire Tom Tancredo, le
présentateur conservateur de CNN, Lou Dobbs, et le fondateur
des Minutemen, Jim Gilchrist, qui, le mois dernier, a perdu de justesse
une élection au Sénat en présentant un programme
de « protection des frontières » contre les trafiquants,
contrebandiers et le danger d' « infiltration terroriste ».
Et par Sensenbrenner, l'auteur de la 4437.
Comme sont en train de le démonter les manifestations de protestation
de ces jours derniers à Los Angeles, San Francisco, New York,
Atlanta, Phoenix, Chicago et dans nombre d'autres villes, le «
problème immigration » risque d'exploser dans les mains
des Républicains ; et le réveil du « géant
latino » assoupi pourrait être un vrai risque de décomposition
pour le parti qui risque la rupture entre la fraction pragmatique
et la droite idéologique, outre l'éloignement d'un électorat
crucial en vue des élections parlementaires de novembre. Derrière
les drapeaux, les rondes, les piquets, et maintenant la contre-offensive
hispanique se cèle en effet la réalité d'une
économie de service mondialisée, désormais entièrement
dépendante de la présence et de la disponibilité
massive d'une main d'¦uvre à bas prix, une réalité
économique objective que les défenseurs de la souveraineté
n'ont aucun moyen de changer (à moins, comme a écrit
Marc Cooper, de vouloir se contenter de récolter fraises et
tomates dans les champs californiens à 2$ sans assurances ni
pause repas). A Los Angeles les étrangers, en plus, constituent
autant le bras le plus dynamique du plus grand diocèse catholique
des Etats-Unis que d'un mouvement syndical qui a trouvé dans
leur organisation une vitalité jamais vue depuis des années,
grâce aussi aux attaques comme celle menée actuellement
par la proposition Sensenbrenner.
La manifestation de Los Angeles s'est terminée avec le projet,
si nécessaire, d'une grève générale des
travailleurs invisibles. Démonstration de ce que deviendrait
la Californie si, comme l'avait imaginé il y a quelques années
la polémique de fiction-politique de Sergio Arau, arrivait
vraiment le « Day without a mexican », le jour sans Mexicain.
"Cette terre de Californie est volée"
- L'Amérique lacérée par les barbelés
par Alessandro Portelli , il manifesto , 30 mars 2006. Original :
http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archvio/30-Marzo-2006/art98.html
. Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio
L'auetur est enseignant de littérature anglo-américaine
à l'Université La Sapienza à Rome ; il est l'auteur,
entre autres, de Canzone politica e cultura popolare in America. Il
mito di Woody Guthrie (DeriveAprodi, avril 2004).Il intervient régulièrement
dans il manifesto sur les thèmes des aspects culturels de la
révolte populaire dans l'histoire étasunienne.
"Cette terre de Californie est voléee, dénoncent
les manifestants de Los Angeles. L'Histoire cachée des guerres
d'agression et pourquoi, aujourd'hui encore, "le Premier Monde
a besoin de bras, pas de personnes".
A la fin de Almanach of the dead, le roman fleuve de Leslie Marmon
Silko, des centaines de milliers de personnes affluent de tous les
points cardinaux vers Tucson, Arizona. Ce sont les peuples natifs
des Amériques, des Esquimaux aux Quechua, qui viennent récupérer
leur continent, avec les chicanos, les afro-américains, les
pauvres et les marginaux de toutes couleurs qui les peuplent. C'est
une vision internationalement mythique, mais Leslie Marmon Silko a
la manie d'inventer des mythes qui ensuite font l'histoire : Almanach
of the dead (1991) commence par une révolte indienne imaginaire
au Chiapas, un an avant que les zapatistes armés n'apparaissent
vraiment... Et maintenant, de Evo Morales en Bolivie au demi-million
et plus de manifestants à Los Angeles (et des milliers d'autres
dans tous les Etats-Unis) contre les lois racistes anti-immigration,
l'histoire se répète peut-être une autre fois
: peut-être que les marginaux ne vont pas récupérer
leur amérique (peut-être pas tout de suite) mais du moins
revendiquent-ils le droit de s'y déplacer et de la traverser.
A Los Angeles, les pancartes des manifestants disaient « Cette
terre est volée », ou « Les immigrants c'est eux
», ou « Mais Georges Washington, il l'avait, son permis
de séjour ? ». Les promoteurs et fauteurs de la loi anti-immigration,
aux noms de Tancredo et Sensenbrenner (et ajoutons-y aussi Schwarzenegger),
sont eux même un témoignage vivant de l'histoire de migrations
et prévarications qui ont fait un continent, chaque couche
d'immigrés repoussant les nouveaux arrivants. Le slogan le
plus efficace de ces dernières semaines à Los Angeles
était « We didn't cross the border, the border crossed
us », un chiasme qui aurait plu à Malcolm X : ce n'est
pas nous qui avons traversé la frontière, c'est la frontière
qui nous a traversés. C'est une vérité historique,
et plus profonde encore que l'histoire.
La guerre d'agression
Jusqu'en 1848, les États où les Mexicains ne peuvent
pas immigrer maintenant étaient le Mexique, et les noms en
témoignent Los Angeles, San Francisco, Albuquerque, Colorado,
Nevada, Las Vegas... Ensuite, avec une guerre d'agression, les Etats-Unis
arrachèrent au Mexique la moitié de son territoire et
déplacèrent la frontière là où
elle est maintenant, sur le Rio Grande ou Rio Bravo, que les wetbacks
(les « dos mouillés », los mojados) et les alambrados
(les lacérés par le barbelé) traversent en cachette,
malgré le risque d'y mourir comme dans « Matamoros blancos
», du dernier disque de Bruce Springsteen, ou d'être tués
par des vigilantes, ou par la soif dans le désert qu'ils traversent
à pied, ou étouffés dans les camions des coyotes,
ou même (comme dans une chanson mémorable de Dave Alvin
et Tom Russell), par cette « neige de la Californie »
dont personne ne parle mais qui peut tuer en hiver autant que le soleil
l'été. Dans le livre d'histoire que j'avais quand j'étais
boursier dans un lycée de Los Angeles, le chapitre sur cet
épisode s'intitulait « Les Etats-Unis sont venus à
nous » : le mythe archétype de l'expansion impériale
comme don de démocratie, de l'invasion comme motif présumé
de gratitude et reconnaissance de la part des envahis. Les Etats-Unis
sont venus à eux et, comme l'a raconté plusieurs fois
Bruno Cartosio (De New York à Santa Fe, Paysans et ouvriers
en révolte. Les Gorras Blancas du Nouveau Mexique), la première
chose qu'ils ont fait a été de les exproprier de leurs
terres et de leur interdire l'usage de leur langue, transformant de
paisibles paysans en bandits rebelles, les Joaquim Murieta et les
Gregorio Corez des corridos de la frontière.
Mais la frontière traverse plus profondément
A Los Angeles et dans tous les Etats-Unis, sont descendus dans la
rue ceux que l'écrivain chicana Gloria Anzaldua appelait los
atraversados, les divisés, ceux qui sont des deux côtés
et d'aucun des deux. « La frontière entre Etats-Unis
et Mexique », continuait Anzaldua, « est une herida apierta
(blessure ouverte) où le Tiers monde se frotte avec le premier
et saigne ». Sur cette blessure, le Premier Monde met le pansement
d'un mur de frontière à faire pâlir Berlin et
la Cisjordanie, mais le sang continue à couler, sang littéral
des tués, sang immatériel et douloureux des sans droits.
La journée de protestation d'hier a été quelque
chose de plus que la sacro-sainte affirmation des droits : elle a
été une grande revendication de dignité, une
proclamation d'égalité humaine qui concerne les Etats-Unis
mais nous concerne nous aussi directement et durement, nous qui regardons
toujours cette Amérique pour en prendre le pire.
La ville des mille ghettos
Et puis il y a Los Angeles même, ville des mille ghettos et
mille frontières. Après le 11 septembre, le barrio (quartier
espagnol, NDT) était le quartier où flottaient le plus
de drapeaux américains : une façon pour les immigrés
et les chicanos de se défendre du soupçon implicite
de faible patriotisme, qui tombait sur quiconque n'avait pas la peau
de la bonne couleur et ne parlait pas anglais ave le bon accent. Mais
sur les murs des maisons populaires du barrio se détachent
encore les murales colorés aux images de Zapata et de Chavez,
entre guerriers imaginaires et divinités aztèques, un
poing fermé et l'inscription « Chicano Power »,
ou un Che Guevara au doigt pointé on trouve contre l'oncle
Sam qui prévient : « We are not a minority », nous
ne sommes pas une minorité. Et on trouve au marché du
barrio des CD intitulés American sin fronteras : « Los
Angeles est une cage dorée, mais le fait d'être dorée
n'empêche pas que ça reste une cage ». Ou bien
: « Le Mexique est beau, mais moi je l'ai traversé à
pied et sans papiers depuis le Salvador, et ces cinq mille kilomètres
je m'en souviens un à un ».
Ce sont les deux fondements du projet de loi en discussion aux Etats-Unis.
Le premier définit comme délit grave (felony) non seulement
le fait de se trouver sans permis sur le sol des Etats-Unis, mais
aussi toute forme d'assistance et aide apportés à cette
nouvelle masse de délinquants clandestins : leur donner un
travail ou un plat de soupe devient un délit aussi grave et
condamnable. Et d'ailleurs, il est juste que dans le glorieux nouveau
monde que nous construisons la solidarité et la charité
deviennent hors la loi : ce n'est pas par hasard que des devoirs de
désobéissance civile ont déjà été
annoncés par des secteurs syndicaux et par l'Eglise.
La deuxième base est celle qui reconnaît, au moment même
où on traite les immigrants de délinquants et de sous
hommes, qu'ils sont nécessaires et prévoit donc leur
utilisation temporaire et saisonnière, à condition de
les réexpédier chez eux dès que le contrat arrive
à échéance. C'est une réédition
du tristement célèbre bracero program qui, de l'après-guerre
jusqu'aux années 60, importait des saisonniers du Mexique :
« certains de nous sont illégaux, d'autres indésirables
», chantait Woody Guthrie, « le contrat de travail est
arrivé à échéance et nous devons partir,
sept cent mile jusqu'à la frontière mexicaine, chassés
comme des bandits, comme des voleurs, comme des hors la loi ».
C'est une tentation qui pointe aussi chez nous, dans plus d'un projet
de loi : le Premier Monde a besoin de bras, pas de personnes ; quand
les bras arrivent attachés à des personnes, il sépare
les personnes en les traversant avec une frontière sanglante
entre ce qui nous sert d'eux et ce qui, en eux, est illégal,
indésirable, à renvoyer.
Le réseau des nouvelles frontières
Et puis il y a un autre réseau de frontières, toujours
plus sanglantes, qui divisent les « indigènes »
des « migrants », « nous » de « eux
», et « eux »-même en mille fragments. Sur
la fanzine Rock & Rap Confidential, le journaliste hip-hop Davey
D avertit : « ne pensez pas que cette histoire de l'immigration
ne touchera que les Brown folks (c'est-à-dire les « latinos
» avec la peau sombre). Souvenez-vous que si cette loi passe,
elle écrasera aussi une quantité de noirs, par exemple
les haïtiens ».
Les gens et les groupes de pression peuvent se diviser, mais le racisme
est indivisible : s'il touche maintenant les Salvadoriens immigrés,
les Irakiens récalcitrants ou les Arabes a priori terroristes,
quand c'est utile il est prêt à toucher les citoyens
noirs ou les peuples indigènes qui sont ici depuis dix mille
ans et garde toujours en réserve, latente mais immanquable,
la sale bête de l'antisémitisme. Pour cela, écrivait
Davey D : « le problème maintenant est : comment le peuple
du hip-hop pourra-t-il s'unir aux millions d'immigrants qui ont manifesté
dans tant de villes des Etats-Unis la semaine dernière ? Ceci
est un moment important parce que si nous laissons les Mexicains seuls
pour mener cette bataille, ils perdront et la pression contre nous
aura toujours plus de force ». Dans le fond, la vision de Davey
D n'est pas différente de celle de Leslie Marmon Silko : trouver
ce qui unit, et reprendre la parole, la dignité, la vie, la
citoyenneté, la terre. Victor Jara, avant d'être assassiné
appelait « a desalambrar ! », à mettre à
bas les barrières et les barbelés. A Los Angeles et
alentour, ces jours ci, los alambrados, los mojados, los atraversados
ont commencé à le faire.
Du Mexique au rêve américain, un
long chemin de croix
par Joëlle Stolz, Le Monde, 1er avril 2006
NUEVO LAREDO (ETAT DE TAMAULIPAS, MEXIQUE) ENVOYÉE SPÉCIALE
- Du coin de l'oeil, ils observent les remous du fleuve, mesurent
la force du courant. Les pieds dans l'eau, une famille au grand complet
profite de la douceur de l'après-midi. A côté,
sac à dos minimal, vêtements légers, deux garçons
peu loquaces ont une tenue qui ne trompe pas : ce sont des candidats
à l'émigration illégale vers les Etats-Unis -
thème principal, avec la sécurité frontalière,
du sommet organisé jeudi 30 et vendredi 31 mars à Cancun,
au Mexique, entre le président américain George Bush,
son homologue mexicain, Vicente Fox, et le premier ministre canadien,
Stephen Harper.
Sur les 1 700 km que parcourt le Rio Grande, le long de la frontière
avec le Texas, Nuevo Laredo est le point où le lit du fleuve
est le plus étroit. Il n'en est que plus surveillé.
Moins de 10 mètres nous séparent de l'autre rive, paisible
en apparence, mais équipée de senseurs électroniques
pour détecter ceux qui se risquent à traverser. Depuis
1993, selon les statistiques du Centre d'études de la frontière
et de promotion des droits de l'homme, basé à Reynosa,
dans l'Etat mexicain de Tamaulipas, 1 323 migrants se sont noyés
dans le Rio Grande. Près de la moitié d'entre eux n'ont
pu être identifiés, sans doute parce qu'ils étaient
originaires de pays d'Amérique centrale ou même d'Amérique
du Sud, et qu'on leur avait volé leurs papiers, avec le reste,
sur le long chemin qui mène vers le rêve américain.
"Les voleurs connaissent toutes les cachettes où l'on
peut glisser quelques billets : derrière l'étiquette
de ton jean ou de ton T-shirt, dans les chaussures, rien ne leur échappe
! Ils sont armés de fusils et de machettes. Ils m'ont même
pris la carte téléphonique avec laquelle j'appelais
ma famille", raconte Nestor Gonzalez, 29 ans, un électricien
venu d'une petite ville du Honduras, qui a mis un mois pour traverser
le Mexique. Accueilli à la Maison du migrant de Nuevo Laredo,
un centre catholique, il a pu enfin coucher dans un lit, se doucher,
manger dignement.
Ce fils de charpentier était prêt à tout affronter
pour aller travailler aux Etats-Unis : des marches de dix-huit heures
par jour, un voyage sur le toit des wagons du "train de la mort"
- sans dormir, car "si tu dors, tu tombes" -, les pièges
du Chiapas (sud du Mexique), les bandits de Lecheria , près
de la capitale, et, à Saltillo, dans le Nord, les policiers
ferroviaires qui repoussent à coups de bâton tous ceux
qui ne peuvent leur graisser la patte. "Le Mexique, c'est le
plus dur, confie Nestor Gonzalez. Toutes les filles se font violer.
Il y a quand même des gens, à Tampico, qui nous ont lancé
de l'eau et de la nourriture depuis leurs maisons, au bord de la voie
ferrée."
Ceux qui parviennent à la frontière nord du Mexique
"sont les plus forts, les plus chanceux : il y a une très
forte sélection naturelle ", observe le Père Francisco
Pellizzari, missionnaire italien de l'ordre de Scalabrini, voué
à l'assistance aux migrants. "Il en arrive quand même
un millier par mois, rien qu'à Nuevo Laredo, ajoute-t-il. Ici,
nous parlons de la "frontière verticale" que ces
jeunes, des hommes dans leur grande majorité, remontent sur
des milliers de kilomètres. Ils sont souvent seuls, alors que,
plus à l'ouest, vers le Nouveau-Mexique ou l'Arizona, ils sont
toujours pris en charge par des passeurs."
Les pateros, humbles intermédiaires des vrais trafiquants,
les coyotes ou polleros, rôdent en permanence autour du centre
d'accueil. Le plus facile, c'est de passer le fleuve : 1 000 dollars.
Le plus difficile, de franchir ensuite la ligne fatidique, à
75 miles (120 km) à l'intérieur du territoire américain,
sur laquelle les autorités des Etats-Unis ont établi
des postes de contrôle qu'il faut contourner, au prix de marches
épuisantes au milieu des épineux. Pour aller jusqu'à
Dallas ou Houston, il en coûte au moins 3 000 dollars. "Les
polleros ont, au Texas, des caves où ils cachent les migrants,
jusqu'à 200 personnes en un seul endroit, jusqu'à ce
que les familles leur aient fait parvenir la somme convenue, explique
Omar Muñiz, du Centre d'études de la frontière
et de promotion des droits de l'homme, qui a ouvert, depuis octobre
2005, une antenne à Nuevo Laredo. Si cela tarde trop, ils les
font travailler clandestinement dans les exploitations agricoles de
la région, pour 2 dollars de l'heure. C'est de l'esclavage."
Les experts constatent que le durcissement des mesures de protection
de la frontière sud des Etats-Unis, depuis dix ans, a entraîné
une criminalisation des "passeurs" et une hausse considérable
des risques pour les migrants. L'homme connu de son village, qui mettait
son point d'honneur à amener ses clients à bon port,
disparaît au profit de convoyeurs sans scrupules qui abandonnent
leurs victimes en plein désert, quand ils ne les tuent pas
après les avoir détroussées, comme le prouvent
les traces de violences sur les cadavres. Des narcotrafiquants se
reconvertissent dans cette activité qui rapporte jusqu'à
30 000 dollars pour un seul "passage", et qui est beaucoup
moins sévèrement réprimée. Tout cela ne
décourage pas Nestor Gonzalez : "Là-bas, en deux
ans, si tu économises bien, tu gagnes de quoi revenir vivre
décemment au Honduras."
Le Sénat vote pour la moralisation
de ses pratiques
Le Sénat américain s'est massivement prononcé
mercredi en faveur de la moralisation de ses pratiques, en adoptant
un projet de loi encadrant les pratiques contestées du lobbying,
alors que nombre d'élus sont menacés par les aveux à
la justice d'un ex-lobbyiste sulfureux.
La "loi sur la transparence et la responsabilité"
a été adoptée par 90 voix contre 8, le jour même
où l'ex-lobbyiste républicain Jack Abramoff était
condamné à 5 ans et 10 mois de prison.
"Aujourd'hui nous disons qu'il n'y a pas de pancarte +à
vendre+ sur la pelouse du Capitole", a dit le démocrate
Chris Dodd, "nous disons que nos valeurs de base et nos principes
démocratiques ne seront pas vendus au plus offrant".
Ce texte introduit plus de transparence dans le processus législatif,
particulièrement opaque au dernier stade de la rédaction
des lois, afin d'éviter qu'un lobbying efficace fasse passer
des mesures trop discrètement.
Il édicte ou renforce aussi toute une série de règlements
parlementaires, comme l'interdiction pour les anciens élus
devenus lobbyistes de se rendre en séance plénière
du Sénat, interdiction de recevoir des cadeaux, invitations
en voyage strictement encadrées...
Cet effort de moralisation, qui devra encore faire l'objet d'un accord
avec la Chambre des représentants, est engagé à
sept mois d'élections parlementaires où les scandales
de corruption risquent de coûter cher à la majorité
en place.
Le microcosme politique attend avec nervosité les révélations
de M. Abramoff, qui, dans un accord conclu avec la justice en janvier,
a promis d'exposer le système de corruption active qu'il avait
mis en place au Congrès.
Plusieurs élus, y compris le président George W. Bush,
ont reversé ces derniers mois des fonds de campagne qu'ils
avaient reçus de Jack Abramoff.
Les sénateurs ont rejeté ou éludé plusieurs
propositions visant à renforcer les dispositifs anti-corruption:
ainsi tous les voyages sur fonds privés ne sont pas interdits,
les élus pourront continuer à voyager en jet privé
au prix d'un billet première classe, ils pourront toujours
se faire inviter à déjeuner par des sociétés...
Ils ont surtout massivement refusé, par 67 voix contre 30,
de créer un bureau d'éthique indépendant, pour
le plus grand regret de la républicaine Susan Collins.
"Je continue à penser que, quelle que soit l'intégrité
(des sénateurs siégeant à) la commission d'éthique
- et leur intégrité est grande - (..) le public n'a
pas confiance dans un système où nous fixons nos propres
règles, nous sommes nos propres conseillers, nous menons des
enquêtes sur nous-mêmes, nous sommes nos propres juges
et nos propres jurés", a-t-elle dit.
"Le Sénat laisse le renard garder le poulailler",
a résumé l'ancien candidat à la présidentielle
John Kerry, qui pour cette raison a voté contre le texte.
La Chambre n'a pas encore entrepris de réformer les pratiques
de lobbying, mais son état-major s'y est engagé, avec
un enthousiasme sensiblement moins marqué que le Sénat.
L'ancien chef de la majorité à la Chambre, Tom DeLay,
est l'un des parlementaires considérés comme les plus
menacés par les révélations de M. Abramoff, et
il a reçu par le passé plusieurs réprimandes
de la commission d'éthique de la Chambre.
Son successeur John Boehner avait promis de changer le statu quo,
et il a affiché son désir d'assainir le système
pour "regagner la confiance des électeurs".
Source : AFP, 29 mars 2006
Hit parade des yankees les plus bêtes
de l'année : Mickael Jackson, Dick Cheney, Paris Hlton, George
Bush et Tom Cruise
Michael Jackson a été sacré "Américain
le plus bête" de l'année pour la quatrième
fois consécutive, battant de peu le vice-président Dick
Cheney, dans un sondage annuel publié à la veille du
1er avril, jour traditionnellement consacré à l'humour
et aux blagues.
69% des 1.045 personnes interrogées dans cette étude,
menée chaque année par une société de
relations publiques, ont estimé que Michael Jackson, 47 ans,
qui vit à Bahrein depuis son acquittement en juin dans une
affaire d'attouchements sexuels sur mineur, avait commis quelque chose
de stupide dans l'année.
La dernière fois que le chanteur a été vu en
public, il était en train de faire du shopping à Dubaï
et portait des vêtements de femme, a souligné l'organisateur
du sondage, Jeff Barge. Durant le procès, qui a duré
cinq mois, il s'était un jour présenté à
l'audience en pyjama.
"Michael Jackson semble avoir s'être sécurisé
la place de numéro un pour l'avenir proche", a ajouté
M. Barge. "Si les actes de M. Cheney n'ont pas suffi" à
détrôner Michael Jackson, "il est difficile d'imaginer
qui pourrait y parvenir", a-t-il dit en référence
à la tragique méprise du vice-président américain
qui a tiré par erreur sur un de ses amis durant une partie
de chasse à la caille. M. Cheney (59%) arrive deuxième,
ex-aequo avec l'héritière Paris Hilton, qui fait régulièrement
la une des gazettes people.
Le président George W. Bush est en troisième position
(57%) et l'acteur Tom Cruise en quatrième (54%) devant l'ex-patron
des Républicains à la chambre des représentants,
Tom Delay, qui a dû abandonner son poste pour régler
ses ennuis avec la justice (41%).
Le sondage a été mené par la société
Opinion Research Corp et comporte une marge d'erreur de trois pour
cent.
Source : AFP, 1er avril 2006