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Amerikkka : le premier Empire et son arrière-cour |
Pérou |
16/06/06 - Pour Humala Ollanta, l'action concrète commence
A Piura, dans le nord du Pérou, en ce 6 juin 2006, les discussions dans la rue tournent autour d'une grève annoncée des élus du secteur de Huancabamba, la partie montagneuse de la région. Les travaux devant goudronner le tronçon de route entre Canchaque et Buenos Aires (pas celui dArgentine) sont pour la cinquième fois reportés. La décision, tombée juste après le vote, ne fera pas les titres de la presse, une presse qui dans l'ensemble préfère se réjouir de la victoire de leur candidat Alan Garcia. Le candidat largement en tête au premier tour, Ollanta Humala, est largement battu au second en faisant cependant des résultats spectaculaires dans 14 régions sur 24. Il est battu par l'électorat de Lima, Trujillo et Piura qui représente 47% de l'électorat total du pays. Il est battu par une union sans faille entre la droite et les bastions classiques de l'APRA, le vieux parti d'Alan Garcia qui a obtenu le soutien d'un de ses adversaires les plus durs, Mario Vargas Llosa. Cependant, avec 45 élus au Congrès, Ollanta Humala va pouvoir s'activer concrètement et se préparer de manière plus solide et plus claire pour les futures échéances. Le second tour a été transformé par la presse en vote contre Chavez. La moindre déclaration du président vénézuélien a été martelée comme atteinte à la souveraineté nationale et, Ollanta Humala avait beau rappeler que la colonisation actuelle du pays était plus le fruit des politiques néo-libérales chères à Alan Garcia, qu'aux déclarations sans doute trop tapageuses de son soutien numéro 1, il eut du mal à contourner cet ultime piège des médias. D'autant que Montesinos, de sa prison, a volé au secours du même Alan Garcia, au moment où les autorités chiliennes libéraient Fujimori ! Dans un second tour qui aurait opposé Lourdes Flores, la candidate affichée de l'oligarchie, et Ollanta Humala, ce dernier aurait gagné. Mais, Alan Garcia ayant supplanté Lourdes Flores d'un cheveu, il a pu rogner sur une partie du vote de gauche et reprendre donc la direction de son pays, un pays plus divisé que jamais entre la montagne et la côte. La leçon servira-t-elle la gauche latino-américaine ? Humala, par la nouveauté de sa présence, par les inquiétudes que soulevaient son parcours, laissait planer un doute sur la nature vraiment de gauche de son nationalisme. Des années dans lopposition lui seront peut-être plus bénéfiques quune élection surprise quil risquait de mal gérer. Pour les leçons à tirer de lépreuve, Hugo Chavez serait peut-être le plus concerné. Même si le scrutin ne sest pas joué sur ses interventions (« si Alan Garcia est élu, le Venezuela rompra ses relations avec le Pérou »), elles contribuèrent à brouiller les cartes et à détourner lattention des situations concrètes. Pour comprendre limportance de la question péruvienne aux yeux de Chavez, il faut se souvenir quen 1974, à Lima, le jeune militaire vénézuélien tomba en admiration devant le président dalors, Velasco Alvarado qui lui confia une de ses erreurs : ne pas avoir su susciter, autour de son gouvernement, lenthousiasme populaire, leçon qui marqua définitivement le jeune Hugo. En 1968, au moment où les militaires latino-américains tiraient sur leurs peuples, ceux du Pérou prenaient le pouvoir par un coup dEtat, pour nationaliser le pétrole, et développer un nationalisme da gauche ! Malheureusement Chavez na pas lu les livres décoles qui forment les enfants péruviens depuis des lustres. Il aurait été surpris dapprendre comment on y présente son autre référence : Simon Bolivar. Dans un tableau en 14 points qui compare San Martin et Bolivar, San Martin est le héros parfait et Bolivar le héros douteux. Simple exemple : « San Martin est simple, sincère, discipliné en tout. Bolivar est arrogant, vaniteux, exibitionniste et aime le faste ». Je méloigne, sans doute à tort, des problèmes de la route Canchaque Buenos-Aires, cette route où les habitants voudraient pouvoir faire circuler aisément leurs riches productions : le riz, la canne à sucre, le café, le maïs, les moutons, les citrons. Une route merveilleuse où, pour le moment, les camions circulent à 10 km à lheure pour arriver à Huancabamba où les attendent les chamans et leurs lagunes miraculeuses. Pour aujourdhui, ce sont plus exactement des gens en colère qui occupent les rues car leau, en guise de miracle, narrive plus dans la ville. Des tuyaux ont été détruits et pendant 5 jours leau se fit rare ! Certains penseront que pour préserver ce paradis, il faudrait lui éviter le goudron, or, pour le moment, à cause en partie du manque de communications, lexil conduit les habitants de cette infinie verdure, vers le désert de Piura ! Des ONG allemandes ont installé des panneaux solaires pour faire fonctionner le téléphone mais tout ça ne suffit pas pour assurer une vie digne des temps présents. Alan Garcia va-t-il concevoir enfin un projet de développement
qui réussisse à inverser la tendance lourde qui porte
les habitants vers la côte où des tonnes de problèmes
se concentrent ? Cest impossible car les critères de rentabilité
qui fonctionnent sur les bases du FMI et qui sont les siens, ont,
des territoires, une vision sommaire : « Vive les plaines et
mort aux montagnes ». Le mouvement social, les forces dHumala
qui viennent des montagnes devront sans doute approfondir leurs objectifs
pour imposer un Pérou plus humain, plus juste et donc débarassé
des autorités qui le conduisent à lasphyxie. Le résultat
électoral indique que ce projet peut susciter beaucoup dadhésions.
Ne pouvant sortir des urnes, il a de lavenir dans des luttes que parfois
les Péruviens conduisirent à la victoire. Des luttes
qui devraient se pencher sur létat de leur télévision
et de leur presse. La Republica est un quotidien de centre-gauche
face au Comercio qui appuie les pouvoirs en place. Va-t-il saisir
loccasion pour sancrer davanatge à gauche ? A suivre... 14/06/06 - Le courant progressiste endigué?
Nationaliste avant tout L'inconnue Alan García Reste l'inconnue Alan García. Elu une première fois
en 1985 sur un programme réformateur de gauche, le leader «apriste»
avait échoué à juguler l'inflation et la corruption.
Le FMI qu'il avait défié au début de son mandat
avait fini par pousser son gouvernement dans la tombe en coupant les
lignes de crédit. Ce premier quinquennat avait en outre été
entaché de graves violations des droits humains commises au
nom de la lutte contre le Sentier lumineux. Alternative en construction
Dossier Quibla : Pérou, 4 juin : deuxième tour de l'élection présidentielle - Ollanta Humala a perdu, mais ce n'est que partie remise
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