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Amerikkka : le premier Empire et son arrière-cour

 

Pérou

 

16/06/06 - Pour Humala Ollanta, l'action concrète commence


par Jean-Paul Damaggio, 13 juin 2006.


Dans les élections péruviennes, la presse a joué à plein. Mais depuis, notamment au niveau international, pas grand chose sinon rien permettant d'apprécier réellement le rapport des forces sur le terrain.

A Piura, dans le nord du Pérou, en ce 6 juin 2006, les discussions dans la rue tournent autour d'une grève annoncée des élus du secteur de Huancabamba, la partie montagneuse de la région. Les travaux devant goudronner le tronçon de route entre Canchaque et Buenos Aires (pas celui dArgentine) sont pour la cinquième fois reportés. La décision, tombée juste après le vote, ne fera pas les titres de la presse, une presse qui dans l'ensemble préfère se réjouir de la victoire de leur candidat Alan Garcia.

Le candidat largement en tête au premier tour, Ollanta Humala, est largement battu au second en faisant cependant des résultats spectaculaires dans 14 régions sur 24.

Il est battu par l'électorat de Lima, Trujillo et Piura qui représente 47% de l'électorat total du pays. Il est battu par une union sans faille entre la droite et les bastions classiques de l'APRA, le vieux parti d'Alan Garcia qui a obtenu le soutien d'un de ses adversaires les plus durs, Mario Vargas Llosa. Cependant, avec 45 élus au Congrès, Ollanta Humala va pouvoir s'activer concrètement et se préparer de manière plus solide et plus claire pour les futures échéances.

Le second tour a été transformé par la presse en vote contre Chavez. La moindre déclaration du président vénézuélien a été martelée comme atteinte à la souveraineté nationale et, Ollanta Humala avait beau rappeler que la colonisation actuelle du pays était plus le fruit des politiques néo-libérales chères à Alan Garcia, qu'aux déclarations sans doute trop tapageuses de son soutien numéro 1, il eut du mal à contourner cet ultime piège des médias. D'autant que Montesinos, de sa prison, a volé au secours du même Alan Garcia, au moment où les autorités chiliennes libéraient Fujimori ! Dans un second tour qui aurait opposé Lourdes Flores, la candidate affichée de l'oligarchie, et Ollanta Humala, ce dernier aurait gagné. Mais, Alan Garcia ayant supplanté Lourdes Flores d'un cheveu, il a pu rogner sur une partie du vote de gauche et reprendre donc la direction de son pays, un pays plus divisé que jamais entre la montagne et la côte.

La leçon servira-t-elle la gauche latino-américaine ? Humala, par la nouveauté de sa présence, par les inquiétudes que soulevaient son parcours, laissait planer un doute sur la nature vraiment de gauche de son nationalisme. Des années dans lopposition lui seront peut-être plus bénéfiques quune élection surprise quil risquait de mal gérer. Pour les leçons à tirer de lépreuve, Hugo Chavez serait peut-être le plus concerné. Même si le scrutin ne sest pas joué sur ses interventions (« si Alan Garcia est élu, le Venezuela rompra ses relations avec le Pérou »), elles contribuèrent à brouiller les cartes et à détourner lattention des situations concrètes.

Pour comprendre limportance de la question péruvienne aux yeux de Chavez, il faut se souvenir quen 1974, à Lima, le jeune militaire vénézuélien tomba en admiration devant le président dalors, Velasco Alvarado qui lui confia une de ses erreurs : ne pas avoir su susciter, autour de son gouvernement, lenthousiasme populaire, leçon qui marqua définitivement le jeune Hugo. En 1968, au moment où les militaires latino-américains tiraient sur leurs peuples, ceux du Pérou prenaient le pouvoir par un coup dEtat, pour nationaliser le pétrole, et développer un nationalisme da gauche !

Malheureusement Chavez na pas lu les livres décoles qui forment les enfants péruviens depuis des lustres. Il aurait été surpris dapprendre comment on y présente son autre référence : Simon Bolivar. Dans un tableau en 14 points qui compare San Martin et Bolivar, San Martin est le héros parfait et Bolivar le héros douteux. Simple exemple : « San Martin est simple, sincère, discipliné en tout. Bolivar est arrogant, vaniteux, exibitionniste et aime le faste ».

Je méloigne, sans doute à tort, des problèmes de la route Canchaque Buenos-Aires, cette route où les habitants voudraient pouvoir faire circuler aisément leurs riches productions : le riz, la canne à sucre, le café, le maïs, les moutons, les citrons. Une route merveilleuse où, pour le moment, les camions circulent à 10 km à lheure pour arriver à Huancabamba où les attendent les chamans et leurs lagunes miraculeuses. Pour aujourdhui, ce sont plus exactement des gens en colère qui occupent les rues car leau, en guise de miracle, narrive plus dans la ville. Des tuyaux ont été détruits et pendant 5 jours leau se fit rare !

Certains penseront que pour préserver ce paradis, il faudrait lui éviter le goudron, or, pour le moment, à cause en partie du manque de communications, lexil conduit les habitants de cette infinie verdure, vers le désert de Piura ! Des ONG allemandes ont installé des panneaux solaires pour faire fonctionner le téléphone mais tout ça ne suffit pas pour assurer une vie digne des temps présents.

Alan Garcia va-t-il concevoir enfin un projet de développement qui réussisse à inverser la tendance lourde qui porte les habitants vers la côte où des tonnes de problèmes se concentrent ? Cest impossible car les critères de rentabilité qui fonctionnent sur les bases du FMI et qui sont les siens, ont, des territoires, une vision sommaire : « Vive les plaines et mort aux montagnes ». Le mouvement social, les forces dHumala qui viennent des montagnes devront sans doute approfondir leurs objectifs pour imposer un Pérou plus humain, plus juste et donc débarassé des autorités qui le conduisent à lasphyxie. Le résultat électoral indique que ce projet peut susciter beaucoup dadhésions. Ne pouvant sortir des urnes, il a de lavenir dans des luttes que parfois les Péruviens conduisirent à la victoire. Des luttes qui devraient se pencher sur létat de leur télévision et de leur presse. La Republica est un quotidien de centre-gauche face au Comercio qui appuie les pouvoirs en place. Va-t-il saisir loccasion pour sancrer davanatge à gauche ? A suivre...
Source : http://www.info-impartiale.net/article.php3?id_article=405

 

14/06/06 - Le courant progressiste endigué?


par BENITO PEREZ, Le Courrier, Genève, 10 juin 2006
• S’il a manqué la présidence, Ollanta Humala a ouvert la voie à une reconstruction de la gauche péruvienne.
La fin d'un cycle? En cet automne austral, la victoire du conservateur colombien Alvaro Uribe et la défaite du nationaliste péruvien Ollanta Humala exhalent un parfum de revanche pour les tenants de l'orthodoxie libérale. Le courant progressiste, qui ne cessait de se renforcer dans le sud du continent américain depuis une dizaine d'années, commence-t-il à refluer? Il est certain que les projets d'Hugo Chávez – qui s'était fortement investi dans la campagne de M. Humala – ont subi un sévère contretemps dimanche, avec la victoire d'Alan García. Après l'élection d'Evo Morales en Bolivie et le possible succès de la gauche équatorienne en octobre prochain, le président vénézuélien misait sur cet ancien militaire au discours sinueux pour compléter son alliance andino-amazonique. A mi-chemin entre Quito et La Paz, riche en minerais et hydrocarbures, pour le leader bolivarien, Lima, c'était le Pérou! Un Eldorado qui s'éloigne, tant le nouveau président García aime à se présenter comme l'anti-Hugo Chávez!

Nationaliste avant tout
Pour autant, identifier Ollanta Humala au processus qui a mené Morales, Lula, Kirchner ou Vásquez au pouvoir, c'est aller un peu vite en besogne. Contrairement à eux, le candidat d'Union pour le Pérou (UPP) n'a été porté par aucun mouvement social ou parti de masse.
Novice en politique, M. Humala provient d'une famille nationaliste et n'hésite pas à se présenter comme le champion de la loi et de l'ordre [1]. Son adhésion à la cause des plus pauvres est récente et idéologiquement floue, comme en témoignent ses appels à la concorde nationale mâtinés de promesses de redistribution des richesses qu'il sait inacceptables pour l'oligarchie.
S'il avait été élu, le lieutenant-colonel Humala aurait dû trancher. Aurait-il radicalisé son discours et mis la barre à gauche à l'instar du lieutenant-colonel Hugo Chávez? Ou aurait-il «trahi» les espoirs populaires, comme avant lui l'ancien président équatorien, le colonel Lucio Gutiérrez? La question reste entière...
Pourtant, face au gouffre social qui sépare les deux Pérou, ces incertitudes n'ont pas pesé bien lourd. L'immense majorité des démunis et la plupart des militants altermondialistes se sont regroupés – ouvertement ou tacitement – derrière le seul candidat qui prétendait redonner un rôle régulateur et redistributeur à l'État.
Cette force de frappe s'est révélée conséquente: le candidat identifié à la gauche a non seulement terminé le premier tour en tête, mais il a obtenu près de 48% des suffrages au second, malgré l'union de la presse, de la droite, du centre et de l'Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA) de M. García!
Nettement devancé à Lima et sur la côte, M. Humala est arrivé en tête dans quinze des vingt-quatre régions du pays, avec des pointes à 76% à Huancavelica – la plus pauvre – et respectivement 70% et 81% dans les bastions indigènes de Cuzco et Ayacucho. Rappelons, en outre, que l'UPP sera le parti le mieux représenté au nouveau parlement péruvien avec 45 sièges sur 120 contre 36 à l'APRA et 17 aux conservateurs de l'Unité nationale (UN).
Du coup, faire passer la droite péruvienne – dont la candidate Lourdes Flores n'est même pas arrivée au second tour – pour la grande gagnante des élections est une gageure... que la presse de Lima n'a pas manqué de réaliser: «Ce n'est pas un chèque en blanc, Monsieur García!» s'est empressé d'avertir Perú 21, reprenant le discours de l'UN qui parle de «victoire prêtée». Autrement dit: le nouveau chef de l'État ayant été élu grâce au report de voix conservatrices, la bourgeoisie entend imposer la continuité. «Maintenir la confiance des investisseurs», dit-on en novlangue néolibérale.

L'inconnue Alan García

Reste l'inconnue Alan García. Elu une première fois en 1985 sur un programme réformateur de gauche, le leader «apriste» avait échoué à juguler l'inflation et la corruption. Le FMI qu'il avait défié au début de son mandat avait fini par pousser son gouvernement dans la tombe en coupant les lignes de crédit. Ce premier quinquennat avait en outre été entaché de graves violations des droits humains commises au nom de la lutte contre le Sentier lumineux.
Malgré ces déboires et une certaine dérive clientéliste, l'APRA compte encore dans ses rangs des militants fidèles aux aspirations sociales-démocrates, qui pourraient voir d'un bon œil un rapprochement avec l'UPP de M. Humala. L'objectif étant de trouver une majorité parlementaire stable et surtout de répondre aux aspirations de cette majorité de Péruviens qui vivent sous le seuil de pauvreté.
Il est toutefois probable qu'Alan García poursuive son recentrage entamé entre les deux tours de la présidentielle, au risque de renforcer le mécontentement social qui s'est exprimé dans les urnes. D'aucuns n'hésitent pas à lui prédire le même destin qu'à Gonzalo Sánchez de Lozada, l'ex-président bolivien vainqueur d'Evo Morales en 2002, avant d'être chassé en 2004 par la vindicte populaire.
La comparaison paraît audacieuse. Faible numériquement et très fragmenté, le mouvement social péruvien ne ressemble en rien à son homologue bolivien. De même, l'UPP d'Humala n'a pas les racines populaires du MAS de Morales.

Alternative en construction
A plus long terme, le fort soutien exprimé dans les urnes aux thèses d'Ollanta Humala pourrait toutefois se révéler décisif. De crainte de rater le bon train, les divers courants anti-néolibéraux péruviens sont appelés à faire taire rapidement leurs divergences. La lutte contre le Traité de libre-échange avec les États-Unis – qu'Alan García s'apprête à ratifier – leur offre l'occasion rêvée de construire ce mouvement populaire, cohérent et articulé, qui fait cruellement défaut.
Paradoxalement, au Pérou comme en Colombie, les défaites de Carlos Gaviria et d'Ollanta Humala ont peut-être marqué la renaissance d'une alternative progressiste dans les deux pays.
Note : 1 Lire Le Courrier du 8 avril.
Source : http://www.lecourrier.ch

 

 

Dossier Quibla : Pérou, 4 juin : deuxième tour de l'élection présidentielle - Ollanta Humala a perdu, mais ce n'est que partie remise

 

 

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