18/06/06 – Oublié de tous et
impuni, l’ex-dictateur Stroessner, « el gran Rubio »
est mort dans son lit à 93 ans

Alfredo Stroessner le Sanguinaire avec
son ami Karol Woytila, pape catholique, en 1998 |
« Tous les jours, à 18 heures, Stroessner appelait le
président de la Banque centrale et lui demandait : combien
avons-nous fait ajourd’hui ? »
Eduardo Galeano, Mémoires de feu»
Alfredo Stroessner, qui fut le dictateur sanglant du Paraguay de
1954 à 1989, est mort mercredi 16 août dans un hôpital
de Brasilia où il avait été admis fin juillet.
Stroessner, alias « el grand Rubio » (le grand rouquin)
était un véritable vampire. Ainsi, on raconte encore
dans les campagnes du Paraguay, un petit pays (tout est relatif :
le pays compte 5,5 millions d’habitants pour une superficie
de 406 000 km2] enclavé entre le Brésil, l’Argentine
et la Bolivie, qu’il prenait des bains de sang d’enfants
spécialement tués pour cela, afin de soigner une maladie
de peau. Vrai ou faux ? En tout cas, cela donne une idée de
l’image qu’il a laissé de son long règne,
qui fut terrible pour ce pays, qui ne s’en est pas encore relevé.
Commandant des forces armées, Alfredo Stroessner prend le pouvoir
le 4 mai 1954. À 36 ans, en 1948, ce fils d’un brasseur
de bière bavarois qui s’était distingué
dans la guerre du Chaco, était le plus jeune général
d’Amérique du sud. Il se fait élire président
sous les couleurs du Partido Colorado (le parti rouge – conservateur
malgré son nom) en juillet 1954 et se fera réélire
sept fois, un score que lui envient aussi bien l’Égyptien
Moubarak que le Tunisien Ben Ali.
Son règne fut une longue litanie de répression, de tueires,
de tortures, d’emprisonnement, qui vida le pays de centaines
de milliers de ses habitants, qui préfèrèrent
l’exil à la prison
Stroessner fut le pivot de l’Opération Condor pilotée
par la CIA dans les années 70 contre les oppositions révolutionnaires
(nom de code : « les forces négatives ») en Argentine,
au Chili, en Uruguay, au Brésil, en Bolivie, au Pérou
et en Équateur. Le bilan officiel de cette opération
pour le seul Paraguay est de 900 disparus (30 000 pour l’Argentine,
3 500 pour le Chili et plusieurs milliers pour l’Uruguay). La
construction du gigantesque barrage hydroélectrique d’Itaipu,
financée par les USA, permit au pays de connaître une
période d’apparente prospérité économique
et rendit le régime Stroessner « respectable ».
Puis commencèrent les querelles pour la succession. Alfredo
avait prévu de passer la main à son fils Gustavo, colonel
de la fantomatique aviation paraguayenne, presque aussi inexistante
que la marine bolivienne. Mais les caciques de son régime ne
l’entendaient pas ainsi. Une guerre de succession s’engagea
donc. Le beau-père de Stroessner, le général
Andrés Rodríguez, le renversa le 2 février 1989
et Stroessner s’enfuit la queue basse, sans demander son reste.
Il s’était installé dans une banlieue chic de
Brasilia, en compagnie de son fils Gustavo, menant une existence plus
que discrète, craignant les bengeances de ses trop nombreuses
victimes.
S’il a pu échapper à la justice des humains, le
vampire d’Asuncion n’a pu échapper aux lois de
la nature. Son fantôme hantera encore longtemps les Paraguayens.
http:/ /quibla.net, 18 août 2006