quibla.net

   
 

Amerikkka : le premier Empire et son arrière-cour

 

Mexique - Chiapas - Oaxaca

 

Appel à la solidarité internationale avec les enseignant(e)s de la section 22 du Syndicat national de l’éducation (SNTE-CNTE) et avec le peuple de Oaxaca



Le mouvement des enseignant(e)s de la section 22 du syndicat national de l’éducation et du peuple de Oaxaca se trouve dans un terrible situation.

Le Secretario de Gobernación (ministre de l’Intérieur) avec la signature de tous les gouverneurs des partis du PRI, PAN et du PRD[1] appelle le Président Fox à « agir dans le strict respect de la loi contre toutes les tentatives de déstabilisation qui par la voie directe prétendent porter préjudice à l’ordre constitutionnel », c’est-à-dire appelle le gouvernement fédéral à utiliser la force contre le mouvement.
Les patrons, les représentants de l’Église, les medias et quelques maires et députés locaux de tous les partis appellent également le gouvernement à envoyer une force d’intervention vers l’État de Oaxaca.

Le mouvement de grève des 70 000 enseignants de l’État de Oaxaca a commencé sur la base d’une revendication salariale des enseignant(e)s de la section 22 du SNTE le 22 mai dernier. Ils demandaient que l’ensemble des salaires soit rééquilibré pour atteindre le même niveau pour tous, dans toutes les circonscriptions de l’état de Oaxaca. Le 14 juin, le gouvernement Ulises Ruiz Ortiz, du PRI, a ordonné une attaque brutale contre les campements (piquets de grève) installés par les enseignants dans le centre de la ville de Oaxaca. Mais les enseignants ont contraint les forces de Police à battre en retraite, après cinq heures d’affrontements.

Comme réponse, les communes, les syndicats, les quartiers et leurs habitants, les organisations paysannes et indigènes ont mis en place l’Assemblée populaire de Oaxaca (APPO) qui a appelé à cinq grandes manifestations centrales et avec la participation décisive des enseignants a édifié des barricades dans toute la ville, renforcées en particulier la nuit. Les enseignants et la population se sont constitués en tribunal politique dont le verdict a été que la plainte commune soit satisfaite : « Que le gouverneur Ulises Ruiz s’en aille ! ». Les enseignants et l’APPO ont occupé les sièges des trois pouvoirs de l’État (exécutif, judiciaire et législatif), ainsi que les locaux des radios privées et de la chaîne de télé provinciale.

Le gouverneur incapable de lancer une attaque massive contre les enseignants et la population a utilisé des méthodes de gangsters en envoyant des individus armés avec des pistolets pour tirer contre ceux qui se trouvaient sur les barricades et les manifestations. Quatre personnes ont trouvé la mort dans ces circonstances et il y a eu des dizaines de blessés. Quatre personnes ont été arrêtées, parmi eux Elangelio Mendoza Gonzalez, ancien secrétaire général de la section 22 du SNTE-CNTE.

Actuellement, par décision de l’AG de la section 22 du SNTE et les représentants de l’APPO, 5 000 enseignants, travailleurs de la santé, paysans, etc. marchent sur la ville de Mexico pour faire connaître leur protestation dans la capitale du pays.
Ils devront parcourir plus de 500 km (du sud au nord du pays, traversant la chaîne de montagne de la Sierra Madre Occidental donc des dénivelés et de fortes variations de températures - NDT). Ils auront aussi à faire face aux agressions de l’État. Pour sa part le Secretario de Gobernación a convoqué à une réunion « tous les secteurs intéressés à trouver une solution au problème de Oaxaxa », mercredi prochain. En même temps il déclare que « à Oaxaca, on est arrivé à la limite » et menace d’envoyer 10 000 policiers fédéraux. Au moment même où nous écrivons ces lignes, plusieurs hélicoptères de la marine patrouille le ciel de Oaxaca. L’assaut de la police pourrait se solder par un bain de sang. Les enseignants et la population sont prêts à résister. Eux veulent vivre pacifiquement, eux veulent que la démocratie soit respectée, que la volonté de la majorité soit entendue : qu’Ulises Ruiz, gouverneur, s’en aille.

C’est pourquoi nous faisons appel aux syndicats du monde entier, en particulier aux syndicats enseignants, pour qu’ils s’adressent à Carlos Abascal Carranza (Secretario de Gobernación) et à Vicente Fox (Président des États-Unis mexicains) pour leur dire :

? Non à la répression contre les enseignants et la population de l’État de Oaxaca (Mexique) !
? Satisfaction de l’exigence fondamentale du mouvement : Que le gouverneur Ulises Ruiz Ortiz soit démis de ses fonctions !

Premiers signataires appelant à la solidarité internationale :
Professeur Ezequiel Carreño Rosales, secrétaire d’organisation de la section 22 du SNTE-CNTE ; professeur Fernando Mendoza Perez, membre de l’instance de coordination nationale de la section 22 du SNTE-CNTE ; Augusto Fernando Reyes Medina, membre du Comité exécutif de la section 22 du SNTE-CNTE ; professeur Luis Vasquez Villalobos, délégué du syndicat des travailleurs de l’Université nationale autonome du Mexique (STUNAM) ; Javier Brena Alfaro, délégué syndicat du STUNAM ; Gustavo Grajales, président de la Caisse d’épargne de la section 40 du SNTE-CNTE ; Misael Palma Lopez, membre de la section 7 du SNTE (Chiapas) ; Russel Aguilar Brindis, membre du comité de lutte des écoles secondaires techniques, section 7 du SNTE (Chipas) ; Humberto Martinez Bizuela, professeur de l’Institut polytechnique national, Armando Pasos Cabrera, membre du syndicat indépendant des travailleur de l’Université autonome métropolitaine (SITUAM) ; Gema Lopez Limon, professeur de l’Université autonome de Basse Californie.

Envoyer vos messages à :
Vicente Fox Quesada, Président des États-Unis mexicains : vicente.fox.quesada@presidencia.gob.mx
Carlos Abascal, Secrétario de gobernación :
segob@rtn.net.mx
Copie pour Fernando Mendoza Perez,
membre de l’instance de coordination nationale
de la section 22 du SNTE-CNTE :
Alborotador_oax@hotmail.com


[1] PRI : Parti révolutionnaire institutionnel ; PAN : Parti d’action nationale ; PRD : Parti de la révolution démocratique.

 

02/09/06 - Déclaration du peuple d’Oaxaca


Par l’Assemblée populaire du peuple d’Oaxaca, 9 août 2006.


Original

Traduit de l’espagnol en français par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de toute reproduction, à condition de respecter son intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.

Le peuple d’Oaxaca vit des temps difficiles. Néanmoins, ces difficultés ne sont pas nouvelles. En effet depuis plusieurs années nous assistons avec inquiétude et tristesse à l’accentuation de la violence politique, de la violation permanente des droits humains et de la vague féminicide dans notre État. Devant les problèmes innombrables et les demandes de justice de la population, la situation s’aggrave par le silence, l’indifférence et l’action impunie du gouvernement, lequel est devenu le responsable direct de l’ingouvernablité dans l’Etat.

Le peuple oaxaqègne a pris conscience et ce sont des milliers de voix qui ne cessent de clamer leur indignation lors de manifestations de masse. Les événements du 14 juin dernier, au cours desquels il a été fait un usage irrationnel de la force publique, ont servi de détonateur pour mettre en lumière le régime autoritaire et la crise d’ingouvernabilité de l’Etat. Nous ne voulons pas continuer à garder le silence, nous voulons des solutions aux problèmes de Oaxaca.

Nous nous rebellons contre le gouvernement d’Ulises Ruiz Ortiz, car nous ne voulons plus d’un gouvernement qui gère les ressources du peuple au profit d’un secteur privilégié de la société. Nous ne voulons plus d’institutions qui ne remplissent pas leur mission et qui sont utilisées pour faire taire la voix du peuple au profit de partis politiques. Nous ne voulons plus de discours faits de mots creux, reposant sur le cynisme et le mensonge.

Nos propos s’appuient sur la mémoire historique d’événements et d’injustices commis à l’abri du pouvoir et qui demeurent impunis.

Faisons un récapitulatif :
Depuis 2004 nous devons déplorer des assassinats politiques qui demeurent non élucidés. Depuis, les violations des droits humains ont été permanentes ; on réprime la liberté d’expression ; on achète les syndicats et on empêche leur vie indépendante ; à l’intérieur de l’État, on renforce les pouvoirs des caciques. La justice s’applique de manière discrétionnaire et les institutions en charge de faire appliquer les lois se sont transformées en instruments de pouvoir, par lesquels on réprime les leaders politiques oppositionnels.

Des centaines de fois n’a t-on pas entendu que l’État d’Oaxaca est une des régions les plus riches du pays pour sa diversité culturelle et environnementale. Pourtant, aucune politique ne reconnaît l’interaction entre les peuples indigènes et les ressources naturelles, pour contribuer à leur développement. Les programmes qui sont réalisés ont détérioré la production rurale, endommagent l’environnement et excluent la population, qui devant cette situation se voit contrainte à émigrer ; les ressources vitales comme l’eau sont données en concession à des entreprises transnationales, pour le profit de ces dernières.

Les institutions en charge de la santé publique ne remplissent pas leurs fonctions. Il y a du retard dans le traitement de maladies aussi graves que le cancer cervico-utérin (ou du col de l’utérus) et nous observons une augmentation dramatique de la mortalité maternelle. Les hôpitaux de l’État n’ont pas suffisamment de médicaments et manquent des équipements minimums nécessaires. Dans le domaine éducatif l’État présente de sérieuses carences, non seulement en termes budgétaires, mais aussi en matière d’orientation et de contenus. En revanche, le gouvernement gaspille les ressources de la population en travaux somptuaires et non nécessaires, comme la rénovation du Centre Historique de la Cité, qui porte atteinte au patrimoine culturel des Oaxaqègness.

Le gouvernement agit sans aucune transparence et sans rendre de comptes. Pour l’attribution des commandes publiques, est privilégiée la dissimulation et la manipulation afin de favoriser les entreprises de parents et personnes proches du gouverneur ; de plus les programmes sociaux — fédéraux comme de l’État — sont utilisés par le gouvernement de l’État à des fins politiques partisanes.

Le gouvernement porte atteinte à nos traditions. Il commercialise notre culture d’une manière grossière et insultante pour la population et intervient ouvertement dans les municipalités et communautés qui ne se plient pas à ses consignes. De la même manière, il entrave et violente la vie communale des peuples indigènes, qui cherchent dans leurs traditions des formes de vie en commun et qui élisent leurs autorités conformément à leurs systèmes normatifs. Le gouvernement méconnaît la volonté populaire et impose des administrateurs municipaux, ce qui fracture la vie des communautés.

Tout ce qui précède met en évidence l’ "état d’exception de fait" que vit notre État. C’est pourquoi le peuple d’Oaxaca s’unit, non seulement pour exiger un Jugement Politique et la Révocation du Mandat du Gouverneur, mais aussi pour jeter les bases des gouvernements qui nous représenteront dans le futur.

Nous avons besoin d’un vrai gouvernement, un gouvernement qui représente le peuple d’Oaxaca dans toute sa diversité : peuples indigènes, habitants des villes, paysans, travailleurs, entrepreneurs, femmes, hommes, enfants, jeunes et les communautés lesbiennes et gays. Un gouvernement dont la priorité sera d’établir les passerelles de dialogue permettant l’inclusion de toutes les voix ; qui établira des institutions, des lois et des politiques qui s’accordent à la diversité culturelle et à l’autonomie des peuples et communautés d’Oaxaca ; qui respecte la liberté d’expression et encourage le droit à la communication dans un cadre de pluralité culturelle. Un gouvernement qui génère des conditions de participation afin que la société toute entière construise le développement, la démocratie et la gouvernance au sein de l’État. Un gouvernement qui inclue, qui travaille à la recherche de solutions aux problèmes politiques, sociaux, économiques de Oaxaca et qui travaille à la construction d’institutions qui représentent le peuple, nourri de la transparence, qui rende des comptes et respecte la volonté populaire.

Pour avancer dans la construction de cette nouvelle forme de gouvernement nous appelons à l’élaboration d’un Programme Politique Unitaire ; nous appelons à un Nouveau Pacte basé sur le dialogue de tous les secteurs du peuple d’Oaxaca. Nous appelons à construire de Nouvelles Conditions Politiques, qui respectent les droits humains ; qui respectent la vie des communautés et l’autonomie des conseils municipaux ; qui se conduisent avec égalité, équité et transparence. En somme, nous appelons à rétablir l’État de droit, la démocratie et la gouvernance avec l’instauration d’une nouvelle Constitution pour notre État, laquelle inclura les voix et l’avis du peuple oaxaquègne.

La "Déclaration du peuple d’Oaxaca" est un document ouvert à l’avis et aux demandes des hommes et des femmes : paysans, communautés et peuples indigènes, entrepreneurs, syndicats indépendants, travailleurs, enseignants, étudiants et professionnels ; aux personnes aux capacités différentes ; aux personnes de diverses croyances religieuses et aux libres penseurs ; aux personnes de différentes préférences sexuelles et à tous ceux qui croient qu’il est possible non seulement de rêver d’un Oaxaca meilleur, mais de s’engager à travailler à la construction d’une société plus juste, d’un gouvernement qui nous représente vraiment et travaille à nos côtés et avec nous pour faire d’Oaxaca le lieu que nous voulons. Une terre où l’on vive dans la dignité et la justice.

Oaxaca de Juárez, août 2006.

Signatures de soutien à envoyer à :
declaraciondelpueblodeoaxaca@yahoo.com.mx

Autres articles en français sur la "Commune de Oaxaca" aux liens suivants :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=613&lg=fr
http://www.narconews.com/otroperiodismo/oaxaca/fr.html
http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=1861
http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=6828
http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=68830
http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=68861
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-806596,0.html
http://french.epochtimes.com/article.asp?id=4777
www.humanite.presse.fr/journal/2006-06-30/2006-06-30-832646

 

Pour comprendre le sens de cette déclaration et l'importance de la "Commune dOaxaca"


par Gérard Jugant, 2 septembre 2006

LÉtat dOaxaca et la capitale du même nom qui est une de principales villes touristiques du Mexique, sont situés à 550 km au sud de Mexico. Dune superficie de 93 952 km2 (au 5ème rang des 31 Etats qui composent le Mexique et trois fois la taille de la Belgique) pour une population de 3,5 millions dhabitants (10ème rang national), lÉtat d Oaxaca est lun des plus pauvres du pays (avec le Chiapas et le Guerrero), et celui qui compte la plus forte proportion dindiens soit 20% de sa population (ce chiffre correspond précisément à celui de la population de lÉtat qui ne parle pas lespagnol).

Beaucoup dhabitants de lÉtat descendent des Mixtèques et des Zapotèques, mais il existe 15 autres groupes indigènes qui maintiennent vivantes leurs traditions et leurs modes de vie. Cest à Oaxaca quest né en 1806 le premier indigène président du Mexique, Benito Juarez, qui était un authentique indien zapotèque parvenu à faire des études de droit tout en exerçant le métier de cordonnier.

La vallée dOaxaca a été de tous temps une terre de résistance. Elle létait déjà aux premiers temps de la Conquête espagnole, les Indiens leur opposant une résistance acharnée. Dans la période actuelle, lOaxaca indien résiste au plan Puebla-Panama (PPP) annoncé en 2001 par le président mexicain Vicente Fox, en application de laccord de libre-échange nord-américain (NAFTA/Alena). Pour mettre en place cette politique, la militarisation des terres indigènes dÉtats comme le Chiapas, le Guerrero et lOaxaca est la seule réponse apportée aux résistances des populations. Ce plan, qui affecte également les pays centraméricains, accentue un phénomène migratoire aux conséquences dramatiques (1). Le plan Puebla-Panama prévoit aussi lexploitation des ressources considérables en minerai de fer ("200 millions de tonnes de bonne qualité", selon la firme Grupo Acero del Norte) que recèle le sous-sol de la région, ce qui nécessite l'expropriation de milliers dindigènes et la vente de leurs terres aux transnationales. Pour cela les puissances économico-politiques ont recours à deux pratiques : les massacres de populations par des hommes de main, quon appelle pistoleros, et lexploitation ou le montage de différends intercommunautaires, attisés par les caciques (à l'origine, chefs coutumiers chez les Taïnos de Haïti et des Caraïbes, exterminés par les Espagnols. Désigne aujourd'hui des chefs autoritaires, corrompus et exerçant un pouvoir de fait sur les communautés) et par les massacres par des pistoleros et autres paramilitaires.

Un autre volet du modèle de développement du PPP, ce qui nest pas une nouveauté pour les indigènes, est le tourisme. Pour édifier des paradis à touristes, sept communautés de paysans et de pêcheurs zapotèques ont été, depuis 1984, expulsées de 21 000 hectares, contre des indemnités dérisoires. Ceux qui se sont opposés à ces expulsions ont souvent été assassinés.

Depuis plusieurs années, sur la place centrale de la ville dOaxaca, les protestations sont quotidiennes : pour se faire entendre les communautés campent devant le palais du gouverneur, et ce malgré la répression. Mais unir les communautés pour la reconnaissance des peuples indigènes et la défense de leurs droits a toujours été difficile. Difficile également de se débarrasser des potentats locaux, les caciques, qui en combinant corruption, usure et force, contrôlent les indigènes avec la complicité des autorités. Difficile encore dunir métis et indigènes, alors que souvent, dans les villages, quelques familles métisses sont propriétaires de lessentiel du commerce et tiennent les indigènes par lusure (prêts à 30%... par mois !).

Mais depuis quelques mois, on assiste à une nouvelle donne dans les luttes sociales. Cela a commencé le 22 mai dernier par la traditionnelle lutte des enseignants pour la satisfaction de leurs revendications. A priori, il ny avait rien de bien nouveau. Sauf que cette fois le gouvernement de lÉtat dOaxaca a voulu en finir au plus vite avec le mouvement par une répression brutale le 14 juin 2006, qui a eu pour effet de le radicaliser. Les enseignants ont alors exigé la démission du gouverneur, le sénateur Ulises Ruiz Ortiz, membre du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), le parti qui a été au pouvoir 71 ans au Mexique, et qui était jusquici particulièrement implanté dans les États du sud. Une grande partie de la société sest jointe à la lutte des enseignants. Révoltés tant par la fraude électorale grâce à laquelle Ruiz était devenu gouverneur que par la violence gouvernementale contre une multitude dorganisations communautaires et régionales, des centaines de milliers dhabitants de lÉtat dOaxaca ont occupé la rue et une trentaine de mairies. Plus de 380 organisations (communautés indigènes, syndicats et associations civiles), ont formé lAssemblée Populaire du Peuple dOaxaca (APPO). Chaque organisation a un représentant à lAPPO.

Les protestations ont pris de lampleur avec les élections fédérales du 2 juillet. Les insoumis ont décidé de sanctionner les deux partis successifs de gouvernement, le PRI et le PAN (Parti dAction Nationale, conservateur). Le PRI, qui détenait la quasi-totalité des mandats parlementaires fédéraux, a été balayé. La coalition "Pour le Bien de Tous" a obtenu 9 des 11 sièges de députés à pourvoir et les 2 sièges de sénateurs. En outre, lÉtat dOaxaca a placé largement en tête Manuel Lopez Obrador le candidat Coalition-PRD à lélection présidentielle.

LAPPO a entamé le 11 juin, avec succès, une campagne de désobéissance civile et pacifique qui tend à démontrer lingouvernabilité et labsence dautorité de lÉtat. Le mouvement assume le contrôle politique de la ville dOaxaca, et procède ponctuellement à des actions de blocages ciblées (hôtels de luxe, établissements appartenant à des multinationales, aéroport, grandes artères, édifices publics, palais gouvernemental, etc.). Le gouvernement officiel est tellement affaibli quil a été contraint dannuler la traditionnelle fête de la "Guelaguetza", dorigine indigène zapotèque, mais enseignants et citoyens ont réalisé une fête alternative populaire.

A mesure que le temps passe, la situation saggrave. Le 22 juillet, un groupe dune vingtaine d inconnus a fait usage darmes à feu de gros calibre contre les installations de Radio Universidad, une radio qui sest transformée en un important instrument dinformation et de mobilisation sociale. Dans les jours qui ont suivi, des dirigeants syndicaux ont été menacés ou molestés.

Pour autant, la désobéissance civile, loin de se tarir, na fait que samplifier et se radicaliser jour après jour. Le mouvement a cessé dêtre une lutte traditionnelle de protestations pour devenir un embryon de pouvoir alternatif au travers dassemblées populaires, alors que les institutions gouvernementales nont cessé de se déliter pour apparaître comme des coquilles vides.

Néanmoins, la répression est plus que jamais à craindre. Ainsi le 21 août, des policiers et des paramilitaires ont attaqué des stations de radio communautaires et une chaîne de télévision, faisant des blessés et des disparus. Le photographe du quotidien Noticias, Mario Jimenez Leyba, a été grièvement blessé. Létat de siège a été décrété.

Pour le quotidien Noticias, le plus important de la région, des paramilitaires sont arrivés, qui travaillent de pair avec les policiers déguisés en civil. Ce qui fait craindre au journal, dans son éditorial du 16 août, un retour à la "guerre sale", en référence aux opérations violentes extrajudiciaires et clandestines (enlèvements, tortures, assassinats-disparitions) commises dans toute lAmérique latine dans les années 70 et 80 du siècle dernier. Si lon veut empêcher cela, qui narrive pas "quaux autres", et donner à chacun sa chance de pouvoir choisir vraiment ses formes dorganisation et de vie sociale, il incombe à chacun dentre nous, individus et organisations, dapporter, dune manière ou dune autre, notre soutien à la population dOaxaca, dont la déclaration ci-dessus est une des expressions.


(1) Cf. larticle de Cédric Gouverneur, Le Monde Diplomatique de juillet 2003, "Sur lautel du libre-échange, au Mexique, lOaxaca indien résiste".

 

27/07/06 - Incertitudes post-électorales


Bulletin du SIPAZ n°3, juillet 2006
Des élections fédérales ont eu lieu au Mexique le 2 juillet dernier. Cependant, ce soir-là, l’Institut Fédéral Electoral – autorité électorale chargé de compter les votes – s’est
déclaré incapable de nommer le vainqueur, du fait de la marge de différence extrêmement limitée existant entre les deux premiers candidats, et a retardé l’annonce des
tendances. En dépit de ce fait, cette même nuit, autant Andrés Manuel López Obrador (AMLO, candidat de l’Alliance pour le Bien de Tous qui regroupait plusieurs partis du
centre et de la gauche : le Parti de la Révolution Démocratique, PRD ; le Parti du Travail, PT; et Convergence) que Felipe Calderón (Parti Action Nationale, PAN, de droite) se
sont déclarés vainqueurs. Les jours suivants, un calcul électoral district électoral par district électoral donna la victoire à Calderón avec une marge de différence inférieure à
1%. Plusieurs recours légaux furent présentés auprès du Tribunal Electoral du Pouvoir Judiciaire de la Fédération (TEPJF), qui a jusqu’au 31 août pour les résoudre. Le 6
septembre prochain est la date limite pour qu’il déclare s’il y a un président élu ou pas.
Lire la suite à http://www.sipaz.org/fini_fra.htm

 

11/07/06 - Memín Piinguín : simple héros de bande dessinée ou représentation iconographique stéréotypée du Noir dans l'imaginaire du Blanc au Mexique ?


par Louis Fulbert NGUEMA ONGBWA, juillet 2006

 

 

L'auteur, Gabonais, est titulaire d'un Doctorat d'Études Ibériques et Latino-américaines. Il est actuellement membre de l'équipe de recherche du GRENAL-CRILAUP (Université de Perpignan). Ses travaux portent généralement sur la politique, l'économie et la société en Amérique latine, notamment au Mexique, depuis les indépendances. Cet article doit paraître dans Les Cahiers de l'Harmattan à l'automne prochain

RÉSUMÉ DE L'ARTICLE
En juin 2005, les États-Unis d'Amérique demandent aux États-Unis du Mexique de retirer de la vente les timbres à l'effigie de Memín Pinguín qu'ils jugent racistes. Ce personnage est le héros de la bande dessinée du même nom, l'une des bandes dessinées les plus lues au Mexique. Memín et sa mère y sont caricaturés de façon à mettre en relief les stéréotypes raciaux du Noir, alors que les Blancs sont dessinés avec beaucoup de réalisme, ce qui crée un contraste interrogateur. S'agit-il d'un style particulier ou cela n'est-il que le résultat du reflet de la représentation du Noir dans l'imaginaire du Blanc au Mexique ?


ABSTRACTS
In June 2005, the United States of America requires of the United States of Mexico to withdraw from sale the stamps with the effigy of Memín Pinguín which they consider racist. This character is the hero of the comic strip of the same name, one of the comic strip most read in Mexico. Memín and his mother are caricatured in order to highlight the racial stereotypes of the Black people, whereas the white peoples are drawn with much realism, which creates an interrogative contrast. Does it act of a particular style or is that only the result of the reflection of black peoples' representation in white peoples' imaginary?


MOTS CLÉS
Memín Pinguín ­ Afro-mexicains ­ bande dessinée ­ stéréotypes raciaux ­ clichés raciaux

 

 

Le 6 juillet 2005, L'Humanité faisait état des tensions diplomatiques entre Washington et Mexico. L'administration Bush, qui se faisait l'écho des mouvements de défense des droits civiques aux États-Unis d'Amérique, reprochait au gouvernement mexicain d'avoir permis l'émission de timbres à caractère raciste. Il s'agissait d'une série de cinq timbres-poste commémoratifs de la bande dessinée mexicaine ; ils étaient tous à l'effigie de Memín Pinguín, le jeune héros noir de la bande dessinée du même nom qui paraît depuis les années quarante. Il m'a semblé paradoxal que le fait de représenter un Noir sur un timbre soit perçu comme un acte raciste, d'autant plus que cela venait de la part d'un pays que Amnesty International a souvent condamné, notamment pour les exactions policières et d'autres multiples injustices dont sont régulièrement victimes la minorité noire et la « communauté latino ». A priori, le bon sens aurait commandé que cette initiative fût perçue comme une sorte d'hommage et qu'elle fût accueillie avec beaucoup de satisfaction par les populations noires du Mexique et des États-Unis. Cela aurait normalement constitué un juste retour des choses pour cette communauté dont beaucoup croient qu'elle a disparu avec la fin de l'esclavage1. En effet, comme le révèle Sébastien Lefèvre, « pour la plupart des personnes il est possible de parler de populations afro-américaines dans le cas du Brésil, de Cuba ou encore de la Colombie mais pas du Mexique »2.

Pour essayer de comprendre les raisons profondes de l'indignation que les timbres à l'effigie de Memín Pinguín avait soulevée, et pour ne pas me contenter des seules explications fournies par L'Humanité, je me suis procuré huit numéros de cette bande dessinée3 : il s'agit des numéros 24 à 31 parus en 2002. Ce qui frappe d'entrée de jeu le lecteur de Memín Pinguín4 c'est l'accent mis sur les traits physiques grossièrement représentés du personnage principal et de sa mère. Ce sont les seuls Noirs5 et les seuls acteurs de la bande dessinée à être caricaturés. L'Humanité n'exagère pas lorsqu'il écrit que le personnage de Memín Pinguín est « à mi-chemin entre l'indigène qui a fait la fortune de Banania en France et les populations noires représentées dans Tintin au Congo »6. Dès lors, il devient aisé d'apprécier l'indignation suscitée par l'émission des timbres en question chez plusieurs défenseurs de la cause noire. La décision du Service postal mexicain (Sepomex) d'émettre les timbres Memín Pinguín intervenait en outre deux mois seulement après que Vicente Fox, le président de la République du Mexique, avait fustigé le racisme dont est quotidiennement victime la communauté mexicaine établie au nord du Río Bravo : « aux États-Unis, avait-il déclaré à l'endroit de l'administration Bush, on donne aux Mexicains des boulots que même les Noirs refusent »7.

Afin de bien mesurer l'ampleur du problème, j'allai sur le site Internet de la bande dessinée8 et dans bien d'autres sites qui s'étaient attardés sur cette polémique. Je me rendis alors compte de l'énorme popularité dont jouit ce personnage au Mexique. Nombreux furent les lecteurs mexicains qui réagissaient pour témoigner leur soutien à leur gouvernement et pour récuser les accusations de racisme d'État. Pour eux, Memín Pinguín appartient à l'héritage culturel mexicain. Depuis plusieurs décennies que cette bande dessinée existe, personne n'a jamais trouvé à la taxer de négrophobe. Ils ne comprenaient donc pas qu'il ait fallu attendre l'année 2005 pour que les mouvements nord-américains de défense des droits civiques se rendent compte de son caractère prétendument raciste.

Cependant, dans cette affaire, il n'y eut pas que des arguments en faveur de l'émission desdits timbres-poste et contre les protestations nord-américaines. Ce problème avait également suscité l'indignation de la communauté noire du Mexique. Le journal L'Humanité (édition du 6 juillet 2005) révèle, à cet effet, que l'association « México Negro » (mouvement noir qui lutte pour la reconnaissance des Noirs et leur droit à une identité culturelle au Mexique) avait exigé des excuses officielles de la part du chef de l'État, Vicente Fox. Cette exigence laisse supposer que Memín Pinguín n'a jamais rencontré une large audience auprès des Noirs du Mexique et que l'affaire des timbres n'a fait que renforcer chez eux une amertume latente.

Cela me met donc face à deux visions contradictoires de la bande dessinée. La réaction de Washington à l'émission des timbres fut-elle ou non exagérée, disproportionnée ? Les lecteurs assidus de Memín Pinguín avaient-ils des raisons de s'interroger sur l'indignation que cette affaire avait suscitée tant aux États-Unis que chez les Noirs du Mexique ? Comme le lecteur le remarquera, ces questions soulèvent le problème de la réception des produits culturels, même les plus populaires. En d'autres termes, la réception d'une bande dessinée est indissociablement liée aux capacités du lecteur à utiliser, à décoder le message reçu. Ce décodage dépend lui-même de son environnement familial, des contextes sociaux, politiques, culturels et imaginaires. Il va donc sans dire qu'il est normal que la position des Mexicains blancs et de celle des Mexicains noirs et des défenseurs des droits civiques aux États-Unis divergent.

Cette étude croise les préoccupations théoriques et éthiques du GRENAL visant à décrypter et à interroger l'inscription des Noir(e)s dans le formation sociale et culturelle de l'Amérique latine et de la Caraïbe. La question est de savoir si le personnage de Memín Pinguín est un simple héros de bande dessinée pour enfants et adultes ou bien s'il aussi le reflet de l'image du Noir dans l'imaginaire blanc au Mexique ?



La série de timbres par laquelle le scandale est arrivé

I- Memín Pinguín : un personnage de bande dessiné adulé au Mexique

 

L'avalanche de soutiens que la maison d'édition de Memín Pinguín a reçue à l'annonce de la demande de Washington enjoignant le gouvernement mexicain de retirer de la vente les timbres-poste représentant ce petit personnage de bande dessinée montre à suffisance à quel point ce héros occupe une place sinon privilégiée du moins importante, chez les Mexicains. Avant de donner un bref aperçu des réactions et des messages de sympathie en faveur de Memín Pinguín, je vais d'abord présenter brièvement cette bande dessinée ainsi que les principaux personnages qui la composent pour que le lecteur puisse mieux suivre par la suite ma démarche analytique.


I. A- Présentation de Memín Pinguín

Les avis divergent légèrement quant à la date de création de Memín Pinguín. Les années que l'on avance oscillent entre 1945, 1946 et 1947 ; j'ai même déjà lu qu'il fut créé en 1942, mais 1945 est l'année qui revient le plus. Cette incertitude tient peut-être au fait que la bande dessinée n'a pas toujours existé sous la forme que nous lui connaissons aujourd'hui et que sa publication n'a pas toujours été constante. En effet, entre 1945 et 1947, le personnage de Memín Pinguín apparaissait régulièrement dans la revue Pepín, et ce, pendant seulement un peu plus d'une année, sous la plume de Yolanda Vargas Dulché9. Puis il a fallu attendre jusqu'en février 1964 pour assister à la création d'une bande dessinée entièrement consacrée à ce héros. Son succès fut immédiat, à en juger par le caractère croissant de ses tirages hebdomadaires : trois mois après son lancement, la bande dessinée était publiée à 30 000 exemplaires ; en peu temps, Memín Pinguín tirait à 100 000 exemplaires ; au moment de son apogée, dans les années 70 et 80, il dépassait le million d'exemplaires.

Aujourd'hui, le succès de Memín Pinguín est tel que rares sont les Mexicain(e)s qui ne l'ont jamais feuilleté, au moins une fois. Ce succès a même dépassé les frontières nationales puisque, selon Notimex10 (25 juin 2005), depuis 1985, le ministère philippin des l'Éducation nationale a rendu obligatoire la lecture de cette bande dessinée dans les écoles, compte tenu du fait qu'elle incite les élèves à avoir du respect pour la famille et pour les institutions. Au Costa Rica, cette bade dessinée est aussi très populaire. Qu'est-ce qui peut justifier un tel succès ?

Pour essayer de comprendre pourquoi Memín Pinguín a marqué et continue à marquer des générations entières de Mexicains, je vais sommairement présenter le personnage principal et ses amis, puis je résumerai succinctement quelques-unes des histoires relatées dans les huit numéros que je me suis procurés grâce à Marlène Marty, elle aussi membre du GRENAL.

 


La BD Memín Pinguín est souvent en prise sur l'actualité. Voici "Memín président" : l'album lancé trois mois avant l'élection présidentielle, accompagné d'un CD où le "candidat" chante. Un autre album récent de Memín Pinguín s'intitule "Memín va au Mondial".

Memín Pinguín est un jeune Noir de petite taille. Probablement le seul Noir ­ au Mexique ou ailleurs ­ à figurer comme personnage principal d'une bande dessinée représentant presque exclusivement un univers de Blancs. C'est un garçon intelligent, honnête, serviable et sentimental. Sa mère, qu'il surnomme affectueusement « Ma' Linda », l'élève seule dans la pauvreté, certes, mais dans la dignité. Le gamin est scolarisé, s'habille décemment ­ bien que ce soit avec des vêtements bon marché ­, ne mendie pas et ne vole pas. Il a toujours l'air joyeux et, quand il lui arrive quelques mésaventures, il prend les choses avec philosophie. Les compagnons de jeux de Memín Pinguín sont les mêmes dans les exemplaires que j'ai lus11. Il s'agit de Carlos Carlangas, un enfant qui a préféré renoncer au confort matériel que lui offre son riche père pour continuer à vivre aux côtés de sa mère ; de Ernestillo, le fils d'un modeste charpentier veuf ; et de Ricardo, le seul des quatre gamins à habiter avec ses deux parents, le seul aussi à vivre dans l'opulence. Il y a aussi le voisinage intime de Memín avec certains animaux, notamment les singes.

Memín Pinguín est un véritable hymne à l'amitié et à l'amour maternel et paternel. Il met en scène quatre jeunes gens d'origines sociales diverses mus par le désir de partager des moments de complicité. Les parents conseilleraient volontiers leur progéniture à lire cette bande dessinée dans la mesure où ils aimeraient qu'elle s'inspire du comportement de Memín et de ses amis. En effet, ce sont des enfants respectueux non seulement vis-à-vis de leurs parents auxquels ils sont très attachés, mais aussi à l'égard de n'importe quel adulte. Tous sont scolarisés et adorent l'école, bien que Carlos ait envisagé un moment d'abandonner les études pour chercher du travail dans le but d'aider sa pauvre mère à faire face aux dépenses liées à leur survie. En période de vacances scolaires, Memín et ses amis font de petits boulots pour se faire un peu d'argent. Afin de ne pas se démarquer de ses copains, Ricardo, qui vit pourtant à l'abri du besoin, demande à Ernestillo de lui prêter des vêtements moins voyants pour qu'il aille lui aussi cirer des chaussures dans la rue. Avec la complicité de son père, ce même Ricardo a préféré continuer à fréquenter une école publique au lieu d'intégrer la prestigieuse école privée que sa mère (une jeune dame attachée aux principes de la ségrégation sociale) lui avait choisie. Si j'ajoute cet acte au fait que Carlos Carlangas avait refusé d'aller habiter dans la riche demeure de son père pour continuer à vivre auprès de sa mère dans le dénuement, je peux dire que Memín Pinguín constitue une vraie leçon d'humilité. Il y a donc une intentionnalité éducative dans cette bande dessinée.

Memín Pinguín traite de la plupart des problèmes que n'importe quel individu, Mexicain ou pas, peut rencontrer dans la vie. Un certain nombre d'histoires ont retenu mon attention, dont celle relative aux problèmes d'argent (exemple de la mère de Carlos Carlangas) ; des rapports de classe (ne pas se marier à plus pauvre que soi), de l'abnégation comme gage d'authenticité, etc.

Il est à noter que les histoires contenues dans cette bande dessinée sont racontées avec une touche d'humour. Cette technique a peut-être pour but de les rendre moins dramatiques auprès des jeunes lecteurs. C'est certainement pourquoi certains parents incitent leurs enfants à la lecture de cette bande dessinée.


I. B- Prises de position en faveur de Memín Pinguín

Le communiqué de la Maison Blanche qui demandait au gouvernement de Vicente Fox de retirer du marché les timbres postaux à l'effigie de Memín Pinguín réveilla un certain élan nationaliste au Mexique. La plupart des réflexions que j'ai lues émanaient de jeunes étudiants qui réagissaient spontanément à une attitude qu'ils considéraient comme une atteinte flagrante à la souveraineté nationale mexicaine.

Parmi les réactions d'intellectuels mexicains que j'ai répertoriées, il y a d'abord la mise au point ­ prévisible ­ de Sixto Valencia Burgos, collaborateur de Yolanda Vargas Dulché et dessinateur de Memín Pinguín12, réaction parue dans le journal La Jornada et publiée sur l'Internet (cf. supermexicanos.com). Pour lui, les accusations de racisme sont dénuées de tout fondement : « Cela m'amuse et je ne me reproche rien, déclare-t-il, je n'ai commis aucun délit. Jesse Jackson, le prêtre et ses dérivés qui se sont plaints, n'ont jamais lu un seul numéro de Memín. Je fais la bande dessinée pour que tout le monde adore le petit Noir. Ceux qui se plaignent parlent sans connaître la série, car leurs arguments sont nuls »13. Comme pour appuyer les arguments de Valencia Burgos, Daniel Sada, écrivain, s'indigne : « Memín Pinguín est une caricature, il ne dérange personne, il ne peut pas être vu comme un thème raciste. Cela aurait pu affecter la communauté afro-américaine si l'on avait pas expliqué qui était Memín Pinguín au Mexique. Ce timbre-poste est une commémoration. Dans les années soixante Memín était très célèbre au Mexique ». Abondant dans le même sens, Eduardo Monteverde, journaliste et écrivain, s'étonne que ce soient les États-Unis d'Amérique qui traitent un autre pays de raciste : « Au Mexique, écrit-il, il n'y a pas de problèmes raciaux comme aux États-Unis. C'est pourquoi il ne faut pas voir en Memín Pinguín un symbole racial, c'est un personnage inoffensif. () Le gouvernement des États-Unis est hypocrite et susceptible. Il n'y a qu'à voir les milliers de détenus noirs et innocents qui croupissent dans leurs prisons pour savoir qui sont les racistes »14. Force est de reconnaître la pertinence de ces derniers propos.

En effet, il semble difficilement concevable que ce soit le pays du Ku Klux Klan, celui-là même qui a souvent vu d'un mauvais ¦il la montée des associations de défense des droits des minorités raciales (les Black Panthers, par exemple), qui donne des leçons de convivialité raciale à un pays comme le Mexique dont les faits de racisme ne sont connus que des mexicanistes et des Mexicains noirs qui en font les frais au quotidien. Les terribles inondations qui frappèrent la Nouvelle-Orléans en été 2005, où il fallait être blanc pour faire partie des premiers secourus, sont là pour témoigner que beaucoup de choses restent encore à entreprendre pour prétendre à l'égalité entre toutes les composantes raciales des États-Unis15.

D'autres réactions méritent d'être relevées ici aussi, car non partisanes. Il y a celle de José Agustín, un écrivain. Selon lui, la réaction des États-Unis relève de la folie, certes, « mais, ajoute-t-il, il en est de même pour l'idée d'émettre ce timbre. Si à la Maison Blanche ils disent que Memín est raciste parce qu'il véhicule des stéréotypes sur les Noirs, cela signifie que "l'âne est entrain de parler des oreilles". Il n'y a qu'à voir comment ils traitent nos émigrés. () Memín n'est pas raciste, mais il reflète un environnement raciste, sexiste, machiste qui existait au Mexique à cette époque. Très raciste. Mais je ne pense pas que cela ait été un acte délibéré de la part de Yolanda Vargas Dulché. Le plus curieux est que personne ne s'était plainte lorsque le bande dessinée atteignit son apogée dans les années soixante. »16 La deuxième réflexion, qui va dans le même sens, est celle de Raquel Tibol, critique d'art et essayiste. Pour elle, il y a bel et bien quelqu'un d'offensé dans cette bande dessinée, mais la victime c'est le Noir mexicain et non le Noir nord-américain : « Le Mexique a sa propre population noire. De ce point de vue, la caricature de Memín Pinguín est grotesque, car elle donne au Noir mexicain les traits d'un singe. »17


II- Memín Pinguín : produit d'un racisme inconscient ?


Raciste ? Oh, juste un peu ...

D'après Ruth Amossy et Anne Herschberg Pierrot, « les enfants et les adolescents prennent connaissance de certaines réalités à travers les séries télévisées, la bande dessinée. »18 Memín Pinguín peut-il permettre aux jeunes Mexicains de bien connaître leurs compatriotes noir(e)s ? Quelles images donne-t-il de cette minorité ? Les lignes qui vont suivre tenteront de trouver des justifications aux accusations de Jesse Jackson et des mouvements de défense des droits civiques aux États-Unis qui avaient taxé de raciste l'initiative du Service postal mexicain d'émettre des timbres postaux Memín Pinguín.


II. A- Présupposés racistes dans Memín Pinguín

 

Ce qui pousse à la réflexion lorsque l'on a déjà lu Memín Pinguín et que l'on examine attentivement les timbres qui furent l'objet de discorde entre la Maison Blanche et "Los Pinos" (le palais présidentiel mexicain), c'est cette mention écrite au bas du timbre de façon à attirer l'attention du lecteur dès le premier coup d'¦il : « La caricatura en México » (la caricature au Mexique). Ce détail soulève la question de savoir qui de Memín Pinguín ou de la bande dessinée est une caricature. Il est évident qu'il ne saurait s'agir de cette dernière, car la bande dessinée obéit à certaines normes. En d'autres termes, si Memín Pinguín était une caricature, tous les personnages et tous les décors de la bande dessinée l'auraient été19. Cela revient donc à dire que le terme « caricature » dont il est question sur le timbre renvoie prioritairement au personnage principal et, accessoirement, à sa mère. Dès lors, une question s'impose : pourquoi ne caricaturer que les membres d'une même famille, en l'occurrence Memín Pinguín et « Ma' Linda », qui se trouvent être les seuls Noirs, et représenter normalement tous les autres personnages, quels qu'ils soient ? En outre, alors que tout le monde est dessiné dans un style d'un réalisme saisissant, le héros, lui, est représenté sous forme de caricature de façon à bien mettre en relief les traits stéréotypés qu'on assigne généralement aux Noirs (petite taille, lèvres charnues, nez écrasé, etc.). Pourquoi une telle différence de traitement ? Ne s'agit-il pas là d'une forme de racisme ?

Lorsque nous nous référons à tout ce qui a été écrit sur Yolanda Vargas Dulché, la créatrice de la bande dessinée, nous apprenons que le personnage de Memín Pinguín lui fut inspiré par des Noirs qu'elle avait connus durant son séjour à Cuba dans les années 1940. Or l'image que Cuba donnait du Noir avant la révolution castriste était chargée de clichés et de préjugés visant à le diaboliser. Selon Aline Helg, au début du siècle dernier, la presse cubaine, dans ses colonnes, décrivait les Afro-Cubains comme des êtres inférieurs prédisposés au crime. Les caricatures les présentaient comme des gens incapables d'agir avec discernement comme les Blancs20. Il est probable que Vargas Dulché se soit laissée influencer par cette vision des choses et qu'elle ait peut-être cherché à embellir l'image du Noir en faisant de Memín Pinguín quelqu'un d'assez intelligent, quelqu'un doté de capacités à s'intégrer et à s'affirmer dans un monde dominé par les Blancs. Cependant, la façon dont le jeune héros noir apparaît dans la bande dessinée laisse entrevoir une forme de racisme, peut-être inconscient.

En effet, dans la bande dessinée dont il est pourtant le héros, Memín Pinguín donne l'impression de quelqu'un tout droit sorti d'une autre planète. Il est pourvu d'yeux en forme d'¦ufs de canard ; ils sont si grands qu'ils arrivent à la lisière de son cuir chevelu. Par conséquent, il ne fut pas jugé utile de le doter d'un front comme tout le monde. Sa tête est tellement énorme qu'elle semble disproportionnée par rapport au reste du corps. Ses oreilles, également démesurées, rappelle les éléphanteaux des livres de contes illustrés pour enfants. Ses lèvres sont si charnues que, même fermée, sa bouche attire l'attention. Tout se passe comme si l'auteure de la bande dessinée avait expressément choisi la caricature pour bien mettre en évidence les stéréotypes raciaux du Noir. Cela a pour conséquence de faire de Memín Pinguín un personnage au physique hors norme. Or tout ce qui sort de la norme est, par définition, anormal. Lorsque Memín Pinguín apparaît dans un cadre donné, le lecteur a tout de suite l'impression que sa présence rompt l'harmonie du dessin, dans la mesure où il y a une caricature au milieu d'un décor qui se veut réaliste. Dès lors, notre héros apparaît, sinon comme le chaînon manquant entre l'homme et l'animal, du moins comme un être humain de catégorie inférieure. D'où, peut-être, l'idée de le dessiner d'une manière tout à fait distincte. Quand nous voyons la façon dont Vargas Dulché représente le Noir par rapport au Blanc, nous ne pouvons nous empêcher de penser à Hegel pour qui le Noir en est « au stade de l'immédiateté : on ne peut rien trouver dans son caractère qui s'accorde à l'humain, écrit-il. C'est précisément pour cette raison que nous ne pouvons nous identifier, par le sentiment, à sa nature, de la même façon que nous ne pouvons nous identifier à celle d'un chien »21


En voyage aux USA, Memin et ses amis se heurtent au refus de servir des Noirs "

Du fait de la couleur de sa peau, Memín Pinguín est représenté comme un être anormal. Je pense que l'on peut s'autoriser à dire que s'il était considéré comme ses compagnons de jeux blancs, il aurait bénéficié du même traitement qu'eux aux yeux de Vargas Dulché, en ce sens qu'on l'aurait dessiné de manière tout aussi réaliste. De plus, l'auteure lui aurait attribué une stature en rapport avec celle de ses camarades, car sa trop petite taille accentue la supposée infériorité du Noir vis-à-vis du Blanc : il est obligé de regarder constamment vers le haut pour s'adresser à ceux-ci. Le fait d'avoir délibérément opté d'attribuer une taille exagérément minuscule à Memín obéit au cliché selon lequel les Noirs sont généralement courts, à l'instar des pygmées22. D'ailleurs, dans un passage de la bande dessinée, Ernestillo lui rappelle qu'il est « nain » au moment où il veut faire du vélo avec eux23.

La reproduction des clichés et des stéréotypes attribués aux gens de couleur fait que, à certains endroits, le lecteur critique peut avoir l'impression que l'image culturelle du Noir (celle que les Blancs du Mexique doivent s'en faire) informe la représentation picturale du personnage héros. Dans certaines situations, il est question de Memín Pinguín plaisantant sur sa condition de Noir. Dans l'un des numéros que je possède, on peut lire en effet :

Memín : Moi, je voudrais trois boules de glace ; une au chocolat, parce que ça me rappelle ma Ma' Linda ; une au coco, comme son âme blanche et une à la noix, comme ses yeux. () Moi, lorsque je ne sais pas ma leçon, je rougis et tout de suite après le maître se moque de moi.
Ricardo : Tu rougis ! Quel optimiste ! Avec cette peau en charbon, on ne remarque rien.
Memín : Ma Ma' Linda trouve ma couleur très jolie et elle est fière de moi. Elle est née tout comme moi. Il n'y a pas de doute qu'elle soit ma Ma' Linda.24

L'auteure a-t-elle choisi l'autodérision pour mettre en relief les « stigmates » du Noir ? Ce qui semble certain c'est qu'une analyse rapide du passage ci-dessus montre que Vargas Dulché oppose la couleur noire à la blanche. Le blanc est la couleur de l'âme pure. Même Memín semble en être convaincu. Cela revient donc à dire que, tout comme le sang est rouge chez tout le monde, même lorsque l'on est noir de peau, tout le monde devrait normalement avoir une âme blanche. Si elle est de couleur noire, c'est peut-être le signe qu'elle est maléfique25. D'ailleurs, dans le numéro 27 déjà cité, il se passe une scène qui confirme cette hypothèse. En effet, en voulant montrer à sa mère comment il manie une batte de base-ball, celle-ci échappe des mains de Memín et manque de peu de blesser sa mère. Devant la colère de Ma' Linda, Memín suppliera en disant : « Pardonne-moi, elle m'a échappé sans le vouloir. Crois-tu que ton saint noir cache une âme si noire ? » Intentionnellement ou inconsciemment, l'auteure est entrain d'orienter le jugement du lecteur en incitant ce dernier à considérer le noir comme la couleur du mal.

Normalement, le seul nom de Memín Pinguín devrait être qualifié de raciste. Dans le numéro 26, le héros explique à Carlos Arozamena, le père de Carlos Carlangas, qui lui demande son nom :

Pour tout le monde, je m'appelle Memín Pingüín Il y en a qui m'appellent Pinguín, qui vient de pingo, et d'autres Pingüín qui vient de je ne sais quoi. Et entre Pingüín et Pinguín, c'est Pinguín qui est resté. Certains m'appellent Memín Pinguín, mais cela tient au fait qu'ils ne savent pas lire. Mon nom s'écrit avec un tréma sur le U, et pour cela il se prononce Pingüín.26

Au vu des précisions qui précèdent, je m'étonne que Vargas Dulché continue d'écrire le patronyme de Memín sans le U tréma qui ferait qu'il se prononçât autrement. L'auteure préfère l'orthographier de façon à ce qu'il évoque le « pingo », qui, en langage familier, signifie diable, allant ainsi dans le sens des hagiographes et les peintres des images pieuses qui représentent tous les personnages bibliques aux rôles positifs (Marie, Joseph, Jésus, les prophètes, les anges et tous les saints) avec des traits occidentaux, et Lucifer avec une pigmentation rappelant l'Africain. D'ailleurs, dans un des numéros que je ne possède pas mais que j'ai découvert sur Internet, Memín Pinguín se préparait pour sa première communion lorsqu'il fit la connaissance d'un garçon qui lui dit que cela ne servait à rien, que les Noirs sont condamnés quoi qu'ils fassent, et que c'est la raison pour laquelle il n'existe pas d'anges noirs27. L'opposition noir / blanc se décèle également dans l'intervention de Ricardo. Celui-ci présente implicitement le fait d'avoir une peau blanche comme un privilège : elle seule a la particularité de rougir, et non une « peau couleur de charbon » comme celle de Memín Pinguín.

Lorsque l'on pense, comme Alain Chante, qu'une bande dessinée peut être éducative et servir de support pédagogique, quand on sait qu'elle peut être « un document sur lequel l'élève exerce sa sagacité »28, on s'étonnera de l'occurrence des termes « negro », « negrito », « negrillo ». La plupart du temps, ces termes sont employés pour désigner Memín. Dans la majorité des cas, en effet, tout le monde préfère le désigner par la couleur de sa peau (Nègre ou Noir). En partant de la théorie de Chante, le lecteur critique aura certainement du mal à comprendre ce qu'il y a d'éducatif ou de pédagogique à toujours mettre de l'accent sur la couleur du personnage principal et de sa mère alors que cela est déjà bien accentué par les images en couleurs de la bande dessinée. Or, tel que le rappelle Chante, « tout lecteur de BD, comme tout récepteur de message, recrée ce qu'il a reçu, l'adopte »29. Quelle attitude adopterait un jeune Blanc, lecteur assidu de Memín Pinguín et encore dépourvu d'esprit critique, face à un jeune Noir ? Au vu de tout ce qui précède, le traiterait-il comme son semblable ? Lorsque nous faisons une analyse profonde de Memín Pinguín, il devient aisé d'appréhender les rapports imaginaires contradictoires aux Noirs au Mexique.

 

II. B- Très bref aperçu de la situation des Noirs au Mexique

 


Nous ne servons pas les Noirs"

La protestation que Vicente Fox avait émise à l'endroit de Washington reprochant aux Nord-Américains de donner aux Mexicains « des boulots que même les Noirs refusent » devrait être révélatrice de la place qu'occupent les Afro-descendants dans la société mexicaine d'aujourd'hui. En dépit des explications qu'il tenta de donner pour justifier ses propos, cette déclaration signifie logiquement qu'il considère qu'il n'existe pas de Noirs au Mexique, et que, s'il en existe, ils ne sont certainement pas de nationalité mexicaine. Selon Sébastien Lefèvre, qui a mené une étude de terrain à la Costa Chica et qui s'appuie notamment sur l'article 4 de la Constitution politique des États-Unis du Mexique ­ celle-ci ne reconnaît au pays que deux cultures, la métis (découlant de l'union du Blanc et de l'Amérindien) et l'indigène qui a échappé à l'extermination et à l'assimilation ­, la position officielle du gouvernement mexicain est qu'il n'existe pas de Noirs dans le pays30. Ce constat semble donner raison à Victorien Lavou Zoungbo lorsqu'il soutient qu'en Amérique latine, « dans les imaginaires ou dans les discours autorisés (et donc légitimes) le Noir n'est pas. Il n'advient que pour potentialiser, marquer des différences. »31

Pourtant, au moment de l'Indépendance, la population mexicaine d'origine africaine représentait environ de 10 % de la population totale du Mexique. Or, aujourd'hui, en dehors des endroits comme la Costa Chica, dans les États du Guerrero et de Oaxaca, ainsi que dans certaines régions du Veracruz, il est difficile de rencontrer une forte concentration de Noirs au Mexique. Que sont donc devenus tous ces descendants d'esclaves africains ? La réponse que l'on avance le plus souvent est que beaucoup d'entre eux ont été, au même titre que les Blancs et les Amérindiens, impliqués dans le processus de métissage. Mais cela n'explique pas tout. En vérité, bien que en petit nombre, les Noirs sont toujours présents au Mexique, mais leur présence, leur actualité, leurs activités culturelles sont occultées par l'ordre du discours hégémonique. Cependant, selon Victorien Lavou Zoungbo, « il est illégitime et même tendancieux de justifier, comme on a tendance à le faire, la méconnaissance des Noirs dans les pays comme le Mexique, le Pérou, le Guatemala, le Venezuela, l'Argentine, etc. par leur nombre relativement faible ou par les bienfaits d'un métissage, finalement salvateur, parce que ayant permis l'assimilation-disparition des Noirs. () Le métissage n'a pas produit le nettoyage ethnique tant souhaité des Noirs »32 Il suffit de se référer à certains travaux de l'anthropologue mexicain Gonzalo Aguirre Beltrán pour s'en convaincre.

Au Mexique, il y a des orchestres entièrement composés d'afro-descendants ­ c'est le cas de "Los Negros Sabaneros", sur la Costa Chica ­, mais dont presque personne ne parle. La raison en est que, dans ce pays, l'héritage culturel africain a été systématiquement sacrifié sur l'autel du métissage racial : on tend à la dissoudre, à l'homogénéiser dans la culture officielle qui se veut métisse. S'il est vrai que l'Amérindien mexicain a déjà récupéré son histoire, le Noir, lui, ne s'est pas encore approprié la sienne. On sait seulement qu'il y a eu des esclaves africains sur le continent, il revient donc à chaque pays de reconnaître sa part d'héritage culturel noir ou amérindienne.

Comment comprendre qu'au XXIe siècle, à l'heure de l'Internet haut débit et de la télévision par satellite, il y ait encore des Mexicains qui ne croient pas en l'existence de communautés afro-descendantes dans leur pays ? La réponse, c'est encore Lavou Zoungbo qui la donne. Pour lui, cette situation tient au fait que, en Amérique latine, le Noir est comme un « différé des consciences et pratiques discursives ». « Différer, explique-t-il, c'est retarder, déplacer vers un ailleurs mais davantage vers un après, un plus tard (mesurable, quantifiable ou pas). Malgré ce la chose différée reste présente à travers la Trace ou des traces obsédantes qui viennent constamment hanter les consciences ou les pratiques d'écriture, les formations discursives. »33 Cette logique peut avoir agi dans le subconscient de Yolanda Vargas Dulché lorsqu'elle décida de créer le personnage de Memín Pinguín : elle n'a pas donné à son héros et à sa mère la part d'humanité qui leur revient au même titre que les autres personnages de la bande dessinée. Ne l'accusons cependant pas, sa bande dessinée n'est qu'un « analyseur » de l'imaginaire hégémonique mexicain hanté par le paradigme de la blancheur en dépit même d'un puissant discours sur le métissage qui serait fondateur du Mexique. Revendiquer officiellement la figure de l'Amérindien, l'un des vecteurs de ce métissage, où parler des Noirs, comme depuis peu, en tenant de « notre troisième racine » n'enlève rien à cette contradiction que le Mexique partage avec de nombreux autres pays de l'Amérique latine et de la Caraïbe.


BIBLIOGRAPHIE

- Aguirre Beltrán G., 1989, La población negra en México : estudio etnohistórico, Mexico, Fondo de Cultura Económica.
- Amossy R. et Herschberg Pierrot A., 1997, Stéréotypes et clichés : langue, discours, société, Paris, Nathan.
- Bastide R., 2000, Le prochain et le lointain, Paris, L'Harmattan.
- Brink W. et Harris L., 1964, La Révolution noire aux USA, Traduit de l'américain par Fane Fillion, Paris, Denoël.
- Chante A., 1996, 99 réponses sur la bande dessinée, Montpellier, Centre Régional de la Documentation Pédagogique.
- Correa E., 2002, "Problemas y retos para los estudios de identidad en la población de origen africano de la Costa Chica de México", in Ngou-Mvé, N., Le Gabon et le monde ibérique, Actes du Colloque international de Libreville (08-12 octobre 2001): 91-100 Libreville, Les Éditions du CERAFIA.
- Huntington S., 2005, Qui sommes nous ? Identité nationale et choc des cultures, Traduit de l'Anglais (États-Unis) par Barbara Hochstedt, Paris, Odile Jacob.
- Kerjan L. (éd.), 1991, L'égalité aux États-Unis : mythes et réalités, Nancy, Presses Universitaires de Nancy.
- Lavou Zoungbo V., 2003, Du « migrant nu » au citoyen différé. « Présence-Histoire » des Noirs en Amérique Latine : discours et représentations, Perpignan, Presses Universitaires de Perpignan.
- Lefèvre S., 2006, "Afromexicanité: quelques pistes pour une nouvelle lecture des identités au Mexique", in Lavou Zoungbo V. (éd.), Représentation des Noir(e)s dans les pratiques discursives et culturelles en Caraïbes : 261-284, Perpignan, Presses Universitaires de Perpignan.
- West C., 2005, Tragicomique Amérique. Démocratie et impérialisme, Traduit de l'Anglais (États-Unis) par Françoise Bouillot, Paris, Payot/Rivage.


Notes

1- Il n'est pas rare de rencontrer des Mexicains qui ignorent qu'il y a des Noir(e)s au Mexique. Au cours de certaines rencontres internationales, j'ai eu l'occasion de discuter avec des collègues mexicains qui m'ont dit ne pas être certains qu'il existe encore de Noirs dans leur pays. Pour davantage d'informations sur le sujet, lire l'article de Sébastien LEFÈVRE, "Afromexicanité : quelques pistes pour une nouvelle lecture des identités au Mexique", in Victorien LAVOU ZOUNGBO (éd.), Représentations des Noir(e)s dans les pratiques discursives et culturelles en Caraïbes, Perpignan, Presses Universitaires de Perpignan, 2006, pp. 261-284.

2 - Sébastien LEFÈVRE, op. cit., p. 263.

3 - Ces numéros que j'ai réussi à me procurer n'ont pas été préalablement sélectionnés en fonction de tel ou tel thème pour ne pas faire une analyse partisane de la bande dessinée. Ils m'ont été prêtés par Marlène Marty, ma collègue, qui, elle même, les avait achetés à des fins documentaire.

4 - Pour éviter toute confusion entre le personnage principal et l'historiette, l'italique renverra, tout au long de cette étude, à la bande dessinée proprement dite.-
5 - En dehors des huit numéros qui forment le corpus de cette étude, j'ai contacté des connaissances au Mexique qui m'ont certifié n'avoir jamais vu d'autres personnages noirs dans cette bande dessinée en dehors de Memín Pinguín et de sa mère.

6 - On se souviendra que Tintin au Congo fut retiré des ventes après que l'on s'était rendu compte qu'il donnait une représentation des Noirs fondée sur des clichés, des stéréotypes et des idées reçues, notamment lorsque les Congolais sont présentés comme des anthropophages. De même, dernièrement, la marque Banania s'est vu obligée de se séparer de son logo polémique qui représentait un Noir aux lèvres très charnues et au nez épaté tenant en main un bol de chocolat en poudre et s'exclamant : « Y'a bon Banania ».

7 - La phrase en version originale est : « en Estados Unidos, los mexicanos hacen trabajos que ni los negros quieren hacer »; la traduction est de moi.

8 - http://www.mundovid.com. Cependant, beaucoup d'autres sites ont relayé les réactions des lecteurs de Memín Pinguín. Je les nommerai au fur et à mesure que je citerai les extraits que j'en ai tirés.

9 - L'auteure est aujourd'hui décédée, mais dans les numéros que je possède, les textes lui sont attribués, tandis que la paternité des dessins, elle, revient à Sixto Valencia Burgos.

10 - Il s'agit d'un site d'informations sur le Mexique. Le lecteur peut aussi y accéder à partir de google.com.

11 - Les Mexicains que j'ai interrogés sur le sujet m'ont confirmé la même chose. Par contre, ils m'ont informé que Memín a eu, un moment, un autre ami aujourd'hui décédé qui se nommait Trifón Godínez. J'ai vérifié cette information sur l'Internet, elle s'est révélée exacte. Le lecteur intéressé par la question pourra consulter le site http://members.tripod.com/gmoaguilera/memin.html

12 - Bien que les dessins de Memín Pinguín aient été faits par Sixto Valencia Burgos, les remarques et les critiques qui sont faites dans ce travail s'adressent à Yolanda Vargas Dulché en sa qualité de créatrice dudit personnage. C'est pourquoi le terme auteur porte partout la marque du féminin.

13 - À l'exception de l'article de L'Humanité cité plus en amont, toute la documentation consultée sur Memín Pinguín est en espagnol : les traductions sont donc de moi.

14 - En dehors de la réaction de Valencia Burgos, toutes ces interventions se trouvent sur www.notimex.com.mx

15 - À ce sujet, voir Liliane KERJAN (éd.), L'égalité aux États-Unis : mythes et réalités, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1991.

16 - C'est aussi un peu l'avis de Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Lire ce qu'il dit à ce sujet sur le site officiel de l'IRIS au http://www.iris-France.org/pagefr.

17 - Voir les site d'information gouvernemental : http://www.notimex.com.mx

18 - Ruth AMOSSY et Anne HERSCHBERG PIERROT, Stéréotypes et clichés : langue, discours, société, Paris, Nathan, 1997, p. 37.

19 - Pour une bande dessinée comme Asterix, personne ne s'offusquerait d'y voir les Indiens avec de jambes maigres et le ventre ballonné ; de même, cela n'a jamais dérangé personne que le Noir qui est dans Lucky Luck soit représenté avec des lèvres proéminentes. Et ce, parce que le lecteur est conscient qu'il ne s'agit que d'une caricature : tous les personnages, tous les décors y sont caricaturés.

20 - Aline HELG, "Políticas raciales en Cuba después de la independencia : Represión de la cultura negra y mito de la igualdad racial", in América negra. Expedición humana : a la zaga de la América oculta, Bogota, Pontificia Universidad Javeriana, junio 1996, N° 11, p. 74.

21 - Georg W.F. HEGEL, La raison dans l'Histoire. Introduction à la Philosophie de l'Histoire, Éditions 10/18, 2004, p. 251.

22 - L'origine de ce stéréotype est difficile à cerner. Elle doit peut-être remonter à l'exposition coloniale, lorsque des Noirs de petite taille avaient été ramenés d'Afrique centrale pour être exposés en Europe. Pourtant les Africains de petite stature sont une minorité et ne se rencontrent que dans certaines régions du Gabon, des deux Congo, du Cameroun et de Centrafrique.

23 - Memín Pinguín, N° 29, 4 novembre 2002, p. 21. La traduction est de moi.

24 - Memín Pinguín, N° 27, 2 octobre 2002, pp. 15-16. La traduction est de moi.

25 - Dans le discours doxique, la couleur noire a toujours été associée à tout ce qu'il y a de négatif, à l'exception notable de « l'or noir ». D'où les expressions « broyer du noir » ; « messe noire » ; « magie noire » (malfaisante), par opposition à « magie blanche » (ludique et parfois bénéfique) ; « marché noir » ; « travail au noir » ; « liste noire » ; « série noire » ; « jeudi noir » (jour du krach boursier qui entraîna la grave crise économique de 1929 ; « journée noire » ; « peste noire », etc. Les exemples de ce type sont nombreux.

26 - Memín Pinguín, N° 26, 14 octobre 2002, p. 18. La traduction est de moi. Si j'ai continué à écrire Pinguín sans le tréma, c'est pour respecter le choix de l'auteure, qui l'écrit partout ainsi.

27 - Cf. http://members.tripod.com/gmoaguilera/memin.html

28 - Alain CHANTE, 99 réponses sur la bande dessinée, Montpellier, Centre Régional de la Documentation Pédagogique, 1996, réponse 74.

29 - Ibid., réponse 67.

30 - Sébastien LEFÈVRE, op. cit., p. 264.

31 - Victorien LAVOU ZOUNGBO, "Le Noir ou le différé des consciences et pratiques discursives latino-américaines : ébauche d'une recherche à venir", in Du « migrant nu » au citoyen différé. « Présence-Histoire » des Noirs en Amérique Latine. Discours et représentations, Perpignan, Presses Universitaires de Perpignan, 2003, p. 180.

32 - Ibid., p. 184.

33 - V. LAVOU ZOUNGBO, op. cit., p. 179.

 

Calderón en tête


3 juillet, 01 h 00 / GMT 08 h 00 - Les résultats préliminaires de l'élection présidentielle, établis après dépouillement de 48% des bulletins de vote, donnent l'avantage à Felipe Calderón (37,85%), le candidat de droite (PAN) sur Lopez Obrador, le candidat de gauche (PRD). Dans le Distrcit fédéral (la capitale), le candidat du PRD Marcelo Ebrard (d'origine française) semble assuré de la victoire et de devenir le nouveau maire-gouverneur. Le PAn conserve les postes de gouverneurs dans les États de Jalisco, Guanajuato et Morelos.
Pour la Chambre des députés, les projections de Televisa donne une majorité relative de 35% au PAN, devant le PRD avec 31%, le PRI avec 28%, le parti de la Nouvelle alliance avec 5% et Alternative social-démocrate avec 1%.
Le PRI perd son statut de premier parti du pays et le président, quel qu'il soit, n'aura pas de majorité parlementaire.
le chiffre le plus significatf reste celui des abstentions : 41%.

 

30/06/06 - Le Mexique vote dimanche


Les 71 millions d'électeurs mexicains sont appelés aux urnes ce dimanche 2 juillet pour renouveler le président, les deux chambres du Congrès fédéral et 4 gouverneurs.
Pour la présidence, 5 candidats s'affrontent :
Felipe Calderón Hinojosa, pour le Partido Acción Nacional (PAN, droite). Slogan : « Valeur et passion pour le Mexique ! Pour vivre mieux »
Roberto Madrazo Pintado, pour l'Alliance pour le Mexique (PRI, PVEM). Slogan : « Roberto le peut ! Avec Roberto madrazo, ça ira très bien pour toi ! »
Andrés Manuel López Obrador, pour l'Alliance pour le bien de tus (PRD, PT, Convergencia = gauche unie). Slogan : «Accomplir est ma force ! Pour le bien de tous, en premier lieu les pauvres »
Patricia Mercado, pour le Parti Alternative Socialdémocrate et Paysanne. Slogan : «Ton choix est clair ! L'alternative est différente, ou elle n'en est pas une » Roberto Campa Cifrián, pour le Parti Nouvelle Alliance.
La partie se jouera entre le candidat du PAN, Felipe Calderón et celui du PRD, Andrés Manuel López Obrador, couramment appelé AMLO, donné favori par les derniers sondages.
Voici les commentaires de l'écrivain Carlos Monsiváis sur ces élections.

Carlos Monsiváis : "La gauche a un excellent candidat, mais pas de parti intéressant"
Propos recueillis par Juan Cruz, El País, Madrid et traduits par http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=64046

Carlos Monsiváis, né au Mexique en 1938, est un écrivain prolifique et engagé. Dans son ¦uvre, il aborde des thèmes aussi divers que la culture indienne, la pop et la politique. Il parle dans le quotidien espagnol El País de l'avenir de son pays quelques jours avant les élections du 2 juillet : présidentielle, législatives et locales.

Comment définiriez-vous le Mexique ?

Premièrement, il faut comprendre que la société mexicaine est profondément américanisée. Deuxièmement, il faut bien voir que toutes les idées concernant l'idiosyncrasie [de tel ou tel pays] traduisent un désir de rendre exotique ce qui ne l'est pas. Troisièmement, je dirais que le chômage a créé une psychologie sociale : chacun prend soin de son emploi, le garde jalousement. Quatrièmement, on a affaire à un pays doté d'une culture extraordinaire, mais qui ne cesse de vouloir exterminer les expressions culturelles. Et, en cinquième lieu, il s'agit d'une société profondément laïque que la droite tente, de manière aussi sotte que maladroite, de ramener au catéchisme.

L'espoir qu'a suscité la chute du PRI n'a pas tardé à retomber...

Dans l'émission diffusée par Televisa [la plus importante chaîne de télévision mexicaine] pour commenter l'élection perdue par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), en l'an 2000 [le conservateur Vicente Fox avait été élu président, mettant ainsi fin à soixante-dix ans d'hégémonie du PRI], l'un des participants avait affirmé que c'était une victoire pour la démocratie, et je me suis permis de dire que, même si c'était vrai, l'autre gagnant était Vicente Fox. Celui-ci s'est révélé un vigoureux antidote à tout triomphalisme, à la tentation de croire que la transition était un fait établi Cette victoire a porté au pouvoir le gouvernant le plus incapable, mais surtout elle l'a entouré d'une caste où la corruption le dispute à l'ineptie et au conservatisme le plus borné.

Quelles sont les conséquences d'un tel échec ?

L'élection de 2006 revêt une très grande importance : elle met en présence deux manières de concevoir la vie au bord de l'abîme, pour dire les choses de manière mélodramatique. La gauche, pour laquelle je pense voter, a un candidat excellent, Andrés Manuel López Obrador, mais il n'a pas derrière lui un parti intéressant [le Parti de la révolution démocratique, PRD]. Par ailleurs, aucun des camps n'a de programme clair en ce qui concerne la politique raciste des Etats-Unis, l'immigration, le chômage, la violence urbaine, ce malheur apocalyptique que constitue le narcotrafic

Une victoire prévisible de la gauche changerait les relations bilatérales avec les Etats-Unis, notamment sur le dossier migratoire

Oui, même si l'on est voué aux conjectures, parce que la gauche qui va voter pour Andrés Manuel López Obrador n'est pas organisée et qu'on ne peut pas dire que le PRD ait une position très claire vis-à-vis du phénomène migratoire. On a fétichisé l'émigration du fait qu'elle rapporte au Mexique 20 milliards de dollars par an, mais on n'a pas étudié ce que signifiait ce phénomène. Pourquoi tant de millions de Mexicains sont-ils partis pour les Etats-Unis ? Pourquoi y a-t-il une migration féminine aussi élevée ? Pourquoi l'exode rural traditionnel s'accompagne-t-il d'une fuite des cadres et des professions libérales ? L'angoisse du chômage multiplie l'émigration et cela oblige à s'interroger autrement sur ce qu'est le Mexique.

Vous pensez qu'un changement obligerait les Etats-Unis à repenser leur politique migratoire ?

Certainement. Le gouvernement Fox a été faible - et je le dis avec bienveillance - face au Congrès américain et aux mensonges éhontés de George W. Bush. Mais je ne crois pas qu'actuellement le gouvernement mexicain détienne la solution du problème. Cette solution doit venir non seulement du pouvoir législatif, mais aussi de la capacité de mobilisation des Latinos. Cet enthousiasme qui s'est déployé le 1er mai aux Etats-Unis [la communauté latino-américaine avait organisé une journée de grève nationale et des manifestations spectaculaires], cette intervention soudaine des Latinos dans l'histoire américaine, voilà un élément décisif Ils ne vont pas aux Etats-Unis combattre les Américains : ils y vont parce que le marché du travail a besoin d'eux

Ce qui n'empêche pas les Etats-Unis de construire un mur à la frontière

Symboliquement, ce mur est une humiliation, une offense. Il ne va pas couvrir les 10 000 kilomètres de la frontière, ce serait impossible. Il entend marquer le caractère indésirable des immigrants. L'Amérique latine paraît se rebeller face à ce que représentent les Etats-Unis Chaque pays a une gauche qui lui est propre, qui a sa propre histoire. J'ai apprécié le triomphe d'Evo Morales en Bolivie, mais je n'ai pas les connaissances suffisantes pour évaluer les potentialités de son gouvernement. L'attitude de défi systématique d'Hugo Chávez me déplaît. Je ne crois pas pouvoir affirmer preuves à l'appui, comme le fait une partie de la gauche mexicaine, que le régime de Fidel Castro est le plus démocratique du monde Un homme comme Ollanta Humala [nationaliste péruvien qui a perdu le second tour de l'élection présidentielle le 4 juin dernier], d'une famille [politique] si particulière, n'a rien à voir avec la gauche. Même chose en ce qui concerne Alan García [président péruvien élu le 4 juin sous l'étiquette sociale-démocrate] : il n'a rien de commun avec la gauche. Il me paraît inévitable que l'Amérique latine porte au pouvoir des gouvernements qui s'attaquent au problème numéro un : les inégalités.

 

 


30/06/06 - Boire ou voter, il faut choisir !


Ce vendredi soir à minuit et jusqu'à dimanche à la même heure, le pays va passer au refresco et à l'eau en raison des élections. La "Ley Seca" (Loi sèche), qui en interdisant la vente d'alcool entend faire arriver aux urnes des électeurs lucides et limiter l'abstentionnisme, fâche sérieusement consommateurs et commerçants.
Lire la suite sur
http://www.lepetitjournal.com/content/view/6985/310/

 

Un militant écologiste assassiné


Francisco Gabiño Quiñonez vient d'être assassiné à son domicile de Cuzalapa, dans l'État de Jalisco. Il était l'un des animateurs de la campagne menée contre le désastre écologique et social entraîné par l'exploitation de la mine de fer à ciel ouvert de Peña Colorada, située dans le même État, entre la Côte sud et la montagne de Manantlán. Cette mine, propriété de la multinationale italienne Ternium appartenant au groupe Techint, contamine la réseve de biosphère de Manantlán, qui, avec ses 140 000 hectares, est l'une des plus importantes zones protégées du Mexique. Cette mine met aussi en danger la survivance de cultures ancestrales comme celle des Nahua-Otomis. Les organisations sociales réunies dans le Collectif pro-Manantlán, dénoncent l'exploitation aveugle, le travail sous-payé, le désastre écologique et social provoqué par cette mine. Le collectif a formellement accusé la multinationale italienne de déverser des substances toxiques dans le fleuve Marabasco, devant le Tribunal latinoaméricain de l'eau. La société Ternium a fait l'objet d'autres accusations pour les dégâts causés à la population et à l'environnement par une autre mine de fer de sa propriété et située à Las Encinas, à San Miguel de Aquila, dans l'État de Michoacán.
Du 7 au 9 avril prochain, les organisations sociales se rencontreront à Jalisco pour établir un plan stratégique afin d'affronter un conflit qui dure depuis 84 ans.
Source : www.asud.net, 24 mars 2006. Traduit de l'italien par FG, membre de Tlaxcala, la réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft