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Mexique
Le
dernier texte du caméraman assassiné par la police à Oaxaca
Mort à Oaxaca
Par
Brad Will, 16 octobre 2006
Traduit par Fausto Giudice
NdT : Brad Will était un jeune caméraman indépendant de New York,
appartenant au réseau altermondialiste Indymedia, qui se trouvait à Oaxaca
depuis le début du mois d’octobre. Cet ancien squatter anarchiste du Lower East
Side avait découvert le journalisme alternatif en travaillant bénévolement sur
une radio libre locale, Steal this Radio. Il avait fait des reportages de New
York au Brésil en passant par
À l’aube du
16 octobre 2006
Hier je me
suis baladé avec les braves gens de Oaxaca – je me suis baladé toute la journée
en fait – dans l’après-midi ils m’ont montré où les balles étaient entrées
dans le mur – ils ont compté celles qu’ils avaient pu localiser – ça m’a rappelé
l’entrée de l’appartement d’Ahmadou Diallo (un Guinée tué par la police à
New York, NdT) – mais ici les graffitis étaient là avant que les coups de
feu éclatent – une balle qu’ils n’ont pas compté était encore dans sa tête
– il avait 41 ans - alejandro garcia hernandez – sur la barricade du quartier
chaque soir – ce soir-là, il est sorti avec sa felme et ses fils, pour laisser
passer une ambulance – puis un pick-up a tenté de passer – il a pris leur
balle quand il leur a dit qu’ils ne pouvaient pas passer – ils n’ont pas obéi
– ces militaires en civil se sont frayés leur chemin à coups de feu.
Un jeune homme qui veut seulement être appelé marco était avec eux quand les
coups de feu ont éclaté – une balle lui a traversé l’épaule – il était clairement
sous el choc quand on s’est rencontrés – 19 ans – il a dit qu’il n’avait encore
rien dit à ses parents – a dit qu’il était sur la barricade chaque nuit –
dit qu’il y retournera aussitôt que la blessure se sera refermée – absolument.
Dans les jours précédents il y a eu une visite d’une délégation de sénateurs
venus déterminer l’ingouvernabilité de l’État – ils en ont pu en avoir un
avant-goût – l’appel a été lancé à fermer le reste du gouvernement – des douzaines
de personnes sont parties du zocalo, au centre-ville, avec de grands bâtons
et une caisse de bombes de peinture – ils ont pris le contrôle de trois autobus
urbains et ils ont fait la tournée de tous les bâtiments du gouvernement local
pour les informer qu’ils étaient fermés – et nous apprécions votre coopération
volontaire – et ils sont sortis perturbés mais continuant à toucher leurs
salaires – fermé – lorsqu’ils partaient de leur dernière étape 3 pistoleros
sont sortis et ont commencé à tirer – 2 bus étaient déjà repartis – pagaille
– dix minutes de bataille avec des pierres, des frondes et des cris – un blessé
à la tête – un autre à la jambe – ils ont filé vers l’hôpital pendant que
le combat continuait – alerte à la radio et des gens sont arrivés de partout
– les pistoleros étaient au coin du bâtiment – ils sont aprtis – ils étaient
à l’intérieur – personne n’était sûr – vigilants – des policiers en civil
étaient signalés rôdant autour de l’hôpital et des gens se sont précipités
pour aller monter la garde auprès des blessés.
Que dire de ce mouvement – ce moment révolutionnaire – tu sais qu’il est en
train de se construire, de grandir, de prendre forme – tu peux le sentir –
une tentative désespérée de démocratie directe – en novembre l’appo va tenir
une grande conférence pour former au niveau de l’état une assemblée d’état
du peuple de oaxaca (aepo) – il y a maintenant 11 états sur 33 au Mexique
qui ont déclaré la formation d’asembleas populares comme l’appo – plus quelques-uns
aux usa du côté de la otra – les marines sont retournés en mer même si les
policiers fédéraux qui ont ravagé atenco restent dans les parages – le nouveau
campement mexico a commencé une grève de la faim – le sénat peut expulser
URO – la suite, personne ne la connaît – c’est un point de lumière focalisé
à travers du verre – prêt à brûler ou à montrer le chemin – c’est clair que
c’est plus qu’une grève, plus que l’expulsion d’un gouverneur, plus qu’un
blocus, plus qu’une coalition de fragments – c’est une authentique révolte
populaire – et après des décennies de domination du pri par la corruption,
la fraude et les balles, les gens en ont marre – ils l’appellent le tyran
– ils parlent de détruire son autoritarisme – on ne peut pas se tromper :
il souffle un vent de jungle lacandone dans les rues – à chaque coin de rue,
ils décident de tenir ensemble – tu le vois sur leurs visages – indigènes,
femmes, enfants – si courageux – veillant chaque nuit – fiers et déterminés.
![]() Les
assassins de Brad Will, identifiés par le journal mexicain El Universal
: Juan Carlos Soriano Velasco (T-shirt rouge), officier de police surnommé
«
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Suis
reparti de la barricade d’alejandro avec un groupe de supporters qui venaient
d’un district à une demi-heure de là – je suis parti avec des gens en colère
en route vers la morgue – je suis entré et je l’ai vu – je n’ai pas vu beaucoup
de cadavres dans ma vie – ça te bouffe – un tas de cadavres anonymes dans
un coin – combien sont morts ? – pas de réfrigération – l’odeur – ils ont
du ouvrir son crâne pour extraire la balle – je suis reparti avec lui
et avec ses gens et maintenant alejandro attend sur le zocalo – comme les
autres sur leurs plantones – il est en train d’attendre une impasse, un changement,
une sortie, une issue, une solution – d’attendre que la terre tourne et s’ouvre
– d’attendre novembre pour être avec ses proches le jour des morts et partager
le manger et la boisson et une chanson – d’attendre que la plaza s’offre à
lui et éclate – il va attendre jusqu’au matin mais ce soir il s’attend à ce
que le gouverneur et sa bande partent pour ne jamais revenir – un mort de
plus – un martyr de plus dans une guerre sale – encore une fois le temps des
larmes et des blessures – encore une fois faire face a pouvoir et à sa sale
gueule – une balle de plus qui pète dans la nuit – une nuit de plus sur les
barricades – certains entretiennent le feu – d’autres se recroquevillent pour
dormir – mais tous sont avec lui, le veillant pour son dernier repos.
Notes
uro= Ulises Ruiz Ortiz, gouverneur de l’État d’Oaxaca
planton= sit-in, piquet, campement
zocalo= place centrale de la ville
Appel à une action urgente
28 octobre
2006
Des vols ininterrompus sont entrain d’atterrir à l’aéroport de la ville d’Oaxaca,
des centaines d’éléments de
Nous lançons un appel à toutes les organisations solidaires, à tous les fronts,
à la société civile de Mexico et du monde entier à entreprendre des mobilisations
pacifiques de poids afin d’éviter ce bain de sang auquel s’est rallié le gouvernement
Fédéral de Vincente Fox.
Nous lançons un appel à toutes les organisations nationales et internationales
des droits humains, à la presse nationale et internationale pour qu’elles
se rendent dans la ville d’Oaxaca afin de constater les faits violents provoqués
par le gouvernement d’Ulises Ruiz, auquel se sont joints Vicente Fox et Calderon.
TOUT LE POUVOIR AU PEUPLE
ASSEMBLÉE POPULAIRE DU PEUPLE D’OAXACA
Source : Assemblée Populaire
des Peuples de Oaxaca (APPO)
Sur Oaxaca,
lire aussi
Quand le vent d'en bas
souffle sur Oaxaca : http://www.quibla.net/chiapas/zapatiste2006.htm
Déclaration du peuple
d’Oaxaca : http://quibla.net/amerique2006/mexique2006.htm
Original : http://nyc.indymedia.org/en/2006/10/77343.shtml
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est
libre de reproduction à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner
sources et auteurs.URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1407&lg=fr