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1 decembre 2006 - Couriel : redactionquibla@yahoo.fr

Équateur

Rafael Correa et Lenin Moreno élus à la tête du pays : encore un mauvais coup pour l’Empire

NDLR Quibla : En élisant le jeune économiste Rafael Correa président et Lenin Moreno, un handicapé comme vice-Président, les Équatoriens ont enfin fait basculer leur pays dans le camp anti-impérialiste, aux côtés du Venezuela, de la Bolivie et de Cuba. Correa a d’emblée annoncé qu’il ne signerait pas le Traité de libre-ommerce avec les USA et qu’il ne renouvellerait pas en 2008 le contrat permettant aux USA d’avoir une base militaire à Manta. C’est à partir de cette base que les USA interviennent en Colombie. Et justement à propos de la Colombie, Correa a été clair : il ne considère pas la guérilla des FARC comme une « organisation terroriste ». Bref, encore une source de migraines pour la Maison blanche et le Pentagone. Nous publions un article de Jaime Galarza Zavala, écrit à la veille de la victoire de Correa, qui explique bien ce à quoi les Équatoriens ont échappé en ne votant pas pour l’oligarque Noboa.

À la veille du déluge
La Patrie contre l’Anti-Patrie

Par Jaime Galarza Zavala, 25 novembre 2006



 « Qu’ils s’en aillent tous », par Juan Kalvellido, Tlaxcala

Équateur : Victoire électorale du candidat Rafael Correa avec 57% des voix. Dès 17h, à la clôture des bureaux de vote, trois grands instituts de sondages : CEDATOS/GALLUP, MARKET et RTS/TELEAMAZONAS ont annoncé la victoire de Rafael Correa, de même que les chaînes de télévision qui soutenaient ouvertement le candidat Noboa. Le comptage réel des voix l’a confirmé : L’Equateur a décidé de changer de trajectoire au XXIème siècle.

 

« Les ouragans s’abattront sur la terre. Les fleuves sortiront de leur lit. La mer engendrera des vagues gigantesques. Des orages électriques secoueront la jungle. Devant la catastrophe qui s’approche, la faune tremble et cherche une arche salutaire, car c’est le déluge universel qui s’en vient ».

 

Il s’agit d’un déluge à notre mesure, celle de cette colonie prétentieuse qu’on appelle République de l’Equateur. C’est ce que certains nous annoncent au nom de la soi-disant démocratie, qui doit abriter demain, 26 novembre 2006, le choix du président qui gouvernera la population pendant quatre ans, à partir du 15 janvier 2007.

 

De mémoire d’Équatorien, jamais une élection  présidentielle n’avait été aussi hargneuse et menaçante, aussi lourde d’entourloupes politiques, de manœuvres pour corrompre certains secteurs sociaux, d’hystérie pesudo-religieuse, de démence antédiluvienne. C’est que l’enjeu n’est pas banal : il s’agit du choc entre le passé, qui refuse de disparaître, et l’avenir qui cherche à naître, entre la tombe et l’espérance, entre l’esclavagiste et le serf qui rêve de briser ses chaînes.

 

 

 

 

 

Les deux options

 

 


Rafael Correa, Président élu

En apparence, la situation se réduit à deux options : immobilisme et recul, incarnés par Alvaro Noboa Ponton, ou changement, incarné par Rafael Correa Delgado. Derrière Noboa, roi de la banane, font bloc les secteurs les plus belliqueux de la droite, grands patrons, commerçants en symbiose avec le commerce USaméricain, banques, détenteurs de bons des emprunts d’État, capos en tout genre et intermédiaires dans tout ce qui touche à l’industrie et à la commercialisation des hydrocarbures.

 

 

 

Rafael Correa a le soutien d’une grande partie des classes moyennes, de la jeunesse, des femmes et de la paysannerie.

 

 

 

Alvaro Noboa possède officiellement 120 entreprises, et il est le premier des exportateurs de bananes de l’Équateur, premier producteur mondial ; il a le monopole de la farine de blé, la flotte marchande la plus importante du pays, une banque en plein essor, le « Banco del Litoral », des affaires dans l’immobilier et l’assurance, etc. C’est l’homme le plus riche du pays, dont la fortune couvrirait pendant 5000 ans les dépenses d’une personne à raison de 1000 dollars par jour ! Il dispose de 25% des députés récemment élus, dont son épouse Anabell Azín ; son employé Vicente Tajano serait son vice-président, et un autre de ses employés, Wilson Sanchez, serait son député pour la région andine en cas de victoire. Son neveu Ricardo Ponce Noboa est président du bureau électoral de Gauyas ; avec Guayaquil, capitale de la province du même nom, c’est la section géographique la plus grande, qui compte le plus d’électeurs.

 

 

 Les tentatives de fraude


Lenín Moreno, vice-Président élu

Au premier tour, de nombreuses irrégularités ont été constatées dans ce fief. Et il y a lieu de redouter pire, des fraudes, dans la mesure où c’est une entreprise multinationale qui gère le comptage des voix ; cette entreprise « E-vote » a déjà fait scandale, à cause de ses liens avec l’ex-chancelier argentin Rafael Bielsa, chef de la mission des observateurs de l’OEA dont l’objectif à peine camouflé était de s’opposer à la victoire de Rafael Correa. Devant l’indignation qu’a soulevé son intention de reprendre un rôle officiel dans le contrôle de ce deuxième tour, l’OEA elle-même l’a destitué, et lui a ordonné de ne pas remettre les pieds en Équateur.

 

Au premier tour, on a beaucoup parlé de la présence de hackers ou pirates informatiques ; cette fois-ci, la rumeur fait état de l’arrivée du Mexique de six jeunes gens spécialisés dans ce genre de manipulations, et qui ont pris part à la fraude informatique contre le candidat López Obrador chez eux. Ils seraient répartis dans plusieurs hôtels pour ne pas attirer l’attention sur leurs manigances, tout à fait plausibles selon les techniciens des Écoles polytechniques d’Equateur.

 

 

L’importance géostratégique de l’Équateur

 

 

 

On s’étonne de par le monde de l’importance subite qu’acquiert notre petit pays, délaissé par l’ONU et par l’OEA dans les épisodes successifs de ses conflits territoriaux avec les voisins. En général, on ne connaît guère de l’Équateur que ses îles exotiques, les Galapagos. Or l’Équateur a des ressources en pétrole et en gaz, dans toute sa part de l’Amazonie, dans la région côtière et aussi sous ses eaux territoriales. En dépit des efforts d’occultation, on estime ces réserves exploitables pendant un quart de siècle encore, à raison d’un million de barils journaliers.

 

 

 

Géopolitiquement, le pays est convoité pour l’installation de bases militaires, telle celle du port de Manta, contrôlée par les USA, qui convoitent aussi les Galapagos et qui ont tenté d’en ouvrir une autre à Archidona en 1987, sous le gouvernement de León Febres Cordero, allié décisif de Noboa et autrefois cadre très important dans ses entreprises.

 

 

 

L’Équateur a des ressources minières importantes, encore peu exploitées, sur plus d’1 million 600 000 hectares, d’après les chiffres officiels récents. Il y a de l’or, mais aussi le métal convoité plus que tous par les USA, Israël et d’autres puissances : l’uranium.

 

 

 

Au Nord, l’Équateur partage sa frontière avec la Colombie ; tant le président colombien Alvaro Uribe que Bush ont essayé d’impliquer l’Équateur dans la guerre civile colombienne, d’y envoyer des soldats équatoriens, là où la Colombie n’a pas les moyens de protéger sa frontière sud de la guérilla.

 

 

 

L’Équateur a donc un caractère hautement stratégique dans les plans de domination continentale et mondiale de Washington, qui peut parfaitement décider d’y répandre la terreur à travers la mystérieuse Légion blanche, organe conjoint de la CIA, des paramilitaires colombiens et de secteurs corrompus des forces répressives internes.

 

 

 

Dans sa campagne, Alvaro Noboa a brandi les vielles rengaines de l’anticommunisme, et prétendu effrayer par l’évocation de Hugo Chavez et de Fidel Castro. Dans les années 1960, les escadrons de la mort armés par la CIA brûlaient vifs des hommes et des femmes accusés d’être des communistes, dans nos campagnes. Voilà pourquoi il nous annonce le déluge universel en cas de victoire d’Afredo Correa ; mais c’est sa barque à lui qui pourrait bien couler, avec toute une faune périmée et caduque en Équateur.



Source : Altercom

Jaime Galarza Zavala est auteur d’une vingtaine d’ouvrages littéraires, et il a été le premier ministre de l’Environnement de l’Équateur.

 

Adapté de l’espagnol par Maria Poumier et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de toute reproduction, à condition de respecter son intégrité et de mentionner auteurs et sources.
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