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Amerikkka : le premier Empire et son arrière-cour |
Equateur |
Le candidat Marcelo Larrea défend Hugo Chavez, attaque Alan Garcia et prône une "fédération des républiques bolivariennes"
Traduit de l'espagnol par Maria Poumier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.
Albanoticias, 4 mai, Quito - Équateur. Le candidat
à la présidence équatorienne Marcelo Larrea, interrogé
au journal télévisé de Canal UNO (très large
audience), l'un des plus importants d'Équateur, a commenté
les déclarations formulées par le candidat à la
présidence du Pérou Alan Garcia, en ces termes : «
Alan Garcia est responsable des massacres de Lurigancho et El Frontón,
il n'est pas qualifié pour condamner Hugo Chávez ; le
danger ce n'est pas Ollanta Humala, mais Alan Garcia. » Le TLC et la CAN L’état d’urgence n’arrête pas le soulèvement populaire
Le mouvement indigène équatorien relève la tête
Devant le rejet par plusieurs gouvernements et mouvements populaires
latino-américains de la Zone de libre-échange des Amériques
[1], les Etats-Unis ont opté pour négocier des accords
bilatéraux avec les plus faibles et serviles régimes de
la région. C’est le cas en Amérique du Sud avec
la Convention andine de promotion du commerce, un instrument avec lequel
le colosse du Nord a fissuré la libre intégration sud-américaine,
enchaînant à la fois la Colombie, le Pérou et l’Equateur
avec les ainsi dénommés traités de libre-échange
(TLC, sigles en espagnol). Le mouvement n’exige pas seulement la suspension immédiate des négociations du traité, mais aussi que Quito se distancie des desseins de George W. Bush et d’Alvaro Uribe [le président colombien] d’impliquer l’Equateur dans le conflit colombien et l’annulation de l’accord sur la présence militaire états-unienne sur la base aérienne de Manta [4], ainsi que l’expulsion de l’entreprise pétrolière Occidental (Oxy) - accusée de violer les lois et les normes contractuelles -, la nationalisation du pétrole et la convocation urgente d’une assemblée nationale constituante [5]. La Conaie est sorti très affaiblie de son appui à Lucio Gutierrez comme candidat présidentiel. Cela l’a empêchée de jouer un rôle actif dans son renversement, quand la trahison de ses promesses de campagne et son alliance avec Washington sont devenues évidentes [6]. Mais la déjà ancienne organisation indigène, dirigée maintenant par Luis Macas [7], a mené à bien une restructuration et semble être confiante quant à la récupération de son pouvoir de veto contre les gouvernements « anti-populaires », une capacité reconnue antérieurement et manifeste depuis qu’elle a fait chuter Jamil Mahuad [8] de son siège présidentiel. Elle pourrait même aller au-delà de ce pouvoir de veto et influer sur le destin national. Ce qui est certain, c’est que la Conaie a annoncé que les manifestations s’étendraient sur tout le territoire et se radicaliseraient si elle n’obtient pas satisfaction. Un de ses principaux dirigeants, Humberto Cholango, a expliqué ainsi ce que signifierait un traité de libre-échange avec les Etats-Unis : « Il ne détruira pas seulement le secteur agricole national mais il s’agit d’un vol du savoir ancestral des peuples indigènes et un embargo sur les richesses du peuple équatorien qui en moins de deux ans n’aura plus accès à la santé, à l’alimentation, aux services sociaux de base et ne pourra plus profiter de ses richesses ». Cela, dans un pays où la moitié des enfants indigènes souffrent déjà de dénutrition infantile. Macas a averti que si le président Palacios approuve le traité, il devra rentrer chez lui, une menace traduite dans la consigne reprise de plus en plus : « TLC firmado, Palacios derrocado » (« TLC signé, Palacios renversé ») : Les revendications de la Conaie vont dans le sens de la défense de la souveraineté, l’indépendance et le bien-être pas seulement des indigènes mais de tout le peuple équatorien. On sait que Washington essaie d’impliquer l’armée équatorienne dans la lutte contre la guérilla colombienne, dont la base de Manta est un premier pas. L’exigence d’expulsion d’OXY et la nationalisation du pétrole symbolise le rejet par les peuples indigènes équatoriens du vol et de la déprédation écologique de leurs terres par les transnationales pétrolières et minières, mais cela reflète aussi leur conscience que l’usufruit des ressources naturelles doit bénéficier à la collectivité. L’Assemblée constituante est l’instrument conçu par le mouvement indigène et des secteurs populaires équatoriens pour refonder l’Etat national sur des bases authentiquement démocratiques, sur lesquelles seraient reconnus le caractère plurinational de l’Equateur et donc les droits culturels, politiques et sociaux des peuples indigènes et des grandes majorités du pays.
NOTES: [1] [NDLR] Área de Libre Comercio de las Américas - ALCA
; Free Trade Area of the Americas - FTAA ; Zone de libre-échange
des Amériques - ZLEA. [2] [NDLR] Lire Ernesto Tamara, Le Pérou entre le nationalisme indigéniste et le retour de la droite, RISAL, 10 mars 2006. [3] [NDLR] Ancien président équatorien à la tête d’une « révolution » libérale et anticléricale (1897 - 1901 et 1906 - 1911). [4] [NDLR] En 1999, les gouvernements équatorien et états-unien signaient une convention octroyant, pour une période de 10 ans renouvelables, l’usage de la base militaire de la côte pacifique de Manta à l’armée nord-américaine. Les bases navale et aérienne de Manta, en Équateur, sur la côte, à une heure de vol de la frontière colombienne sont sous la juridiction exclusive de Commandement Sud (US SouthCom) des forces armées états-uniennes. Manta est un centre de commandement de la marine et de l’aviation, dirigeant notamment des opérations clés des mercenaires de la Dyncorp. [5] [NDLR] Consultez le dossier « L’Amazonie équatorienne, butin des entreprises pétrolières » sur RISAL. [6] [NDLR] Consultez le dossier « La trahison de Lucio Gutierrez » sur RISAL. [7] [NDLR] Raúl Zibechi, Equateur : vers une renaissance du mouvement indigène ?, RISAL, 18 janvier 2005. [8] [NDLR] Elu à la présidence de la République en 1998, ce démocrate-chrétien Jamil Mahuad sera renversé le 21 janvier 2000 par les mouvements indigènes alliés notamment à un secteur de l’armée.
Crise après crise
Les politiques d’ajustement imposées par le Fonds monétaire international (FMI), les luttes internes à la bourgeoisie et une intervention accrue et sans relâche du mouvement populaire qui a lutté contre le vol et la corruption, s’est battu pour le travail, le bien-être et la démocratie et a chassé trois présidents du pouvoir [1], ont été les principaux ingrédients de cette situation particulière. De 1997 jusqu’à aujourd’hui, huit présidents se sont succédé [2], ce qui place ce pays parmi les plus instables politiquement. Aux présidents expulsés du pouvoir par la lutte populaire, leur ont succédé des présidents intérimaires qui ont poursuivi les mêmes politiques et défendu les mêmes intérêts : l’ambassade nord-américaine et la bourgeoisie locale s’en sont assuré. Après la chute de Lucio Gutiérrez, en avril de cette année [3], et l’ascension au pouvoir d’Alfredo Palacio, les attentes étaient faibles et se sont vite transformées en mécontentement. Le nouveau président était pris entre les pressions et les exigences des partis bourgeois (Gauche démocratique et Parti social chrétien) qui dominent le Congrès national et qui occupent des postes dans l’administration actuelle, et les pressions de l’ambassade yankee pour la poursuite du processus de négociation d’un traité de libre-échange (TLC en espagnol), du plan Colombie [4], pour le maintien de la présence des entreprises pétrolières nord-américaines et pour le paiement de la dette extérieure. La base sociale de Palacio, représentée dans le mouvement appelé des « hors-la-loi » [5], perdit peu à peu ses illusions et finit par se disperser. Plusieurs de ses dirigeants ont occupé des postes dans le gouvernement, d’autres ont créé une dizaine d’assemblées populaires qui n’existent quasiment plus aujourd’hui, d’autres personnages autoproclamés représentants de la « citoyenneté », liés à des ONG financées par l’USAID, ont continué à exiger du gouvernement une réforme politique. Sans cette base sociale le gouvernement s’est retrouvé très affaibli. Mais le gouvernement s’est heurté en plus à la pression populaire constante pour exiger des réponses aux revendications et aux besoins non satisfaits : les enseignants et les travailleurs du secteur de la santé pour une hausse de salaires, les étudiants pour une augmentation du budget de l’éducation, les paysans pour la prise en compte de leur situation critique, les municipalités pour des ressources leur permettant de satisfaire les besoins de leurs populations, l’opposition à la signature du TLC, l’opposition au Plan Colombie. Tous ces secteurs, avec d’autres, ont exprimé leurs revendications par des mobilisations, des barrages routiers, des grèves et d’autres actions. En décembre 2005, en huit mois seulement, le gouvernement d’Alfredo Palacio se trouve non seulement affaibli mais connaît un fort rejet, encore plus grand que celui vécu par Lucio Gutiérrez les derniers jours de son mandat. Dans son édition du 7 décembre, le quotidien Expreso a dévoilé les résultats d’un sondage qui montre que 73,9% de la population qualifie de mauvaise et très mauvaise la gestion d’Alfredo Palacio ; alors que seulement 12,3% considère que les choses vont mieux que sous le gouvernement de Lucio Gutiérrez. Ce discrédit du gouvernement a certainement augmenté ces jours-ci, après l’échec de la convocation à la consultation populaire devant définir la mise en place d’une assemblée constituante et après la mise en évidence de manière très claire que Palacio n’avait pas pleinement intérêt à concrétiser cette proposition, qu’il l’avait utilisée comme planche de salut pour contrecarrer sa faiblesse manifeste et comme rideau de fumée pour cacher le contenu antinational et antipopulaire de sa gestion politique. La crise politique est de telle nature que ce qui se présente comme une alternative conjoncturelle devient facteur d’une nouvelle crise et s’étend à toute l’institution bourgeoise, qui souffre du manque de crédibilité et du rejet de la population. Le Congrès, les forces armées, les partis politiques, les grands médias, les organes de justice, etc. traversent de graves problèmes internes et ont une image écornée dans l’opinion publique. Les pouvoirs exécutif et législatif se disputent pied à pied le discrédit et l’impopularité, tandis que les forces armées suivent le même chemin, après leur responsabilité dans l’assaut contre le cambriolage des bureaux du notaire José Cabrera, aujourd’hui décédé, pour récupérer l’argent que des militaires et des officiers de haut rang, y compris des généraux de la République, avaient investi dans ce commerce illicite. L’assemblée constituante est un autre épisode de la crise politique en Equateur. En définitive, le bras de fer entre le gouvernement et le Congrès n’a pas vraiment eu lieu, car dans le fond tous deux étaient d’accord sur le fait qu’une réforme politique devait assurer leur domination et la gouvernabilité bourgeoise ; toutes les propositions présentées étaient orientées vers la restriction des droits et des libertés démocratiques, l’élimination et la restriction de l’action des organisations sociales et politiques du mouvement populaire. En réalité, cette épreuve de force entre Congrès et exécutif, qui a sapé la possibilité d’une assemblée constituante, ne fut rien d’autre qu’une alliance pour l’éviter. La peur que les aspirations et les velléités de changement se renforcent face à l’attente de millions d’Equatoriens qui voyaient dans la Constituante une voie pour introduire des changements a été un élément qui a aussi pesé dans ce résultat. Les perspectives pour 2006 resteront critiques. Comme on le sait, dans le capitalisme les crises ont un caractère général, elles s’expriment dans la politique mais aussi dans l’économie, et cette dernière traverse de graves problèmes, qui vont se répercuter sur les conditions de vie déjà précaires des travailleurs et de la population. Les affirmations de début 2005 selon lesquelles l’économie équatorienne croîtrait de 3,5% sont aujourd’hui démenties par les mêmes « experts » gouvernementaux qui la situent en dessous de 2,9%, c’est-à-dire très en deçà de la moyenne de l’Amérique du Sud. Le plus sûr est que l’inflation atteigne près de 4%, ce qui est grave dans un système dollarisé. Selon l’analyste Guido Proaño : « La croissance de l’économie est un mirage, car elle est nourrie non par une augmentation de la production mais par les exportations pétrolières -dont 70% sont aux mains d’entreprises étrangères - qui génèrent des revenus significatifs grâce au prix élevé du brut sur le marché international. Mais si nous ne prenons pas en compte le secteur pétrolier, nous trouvons qu’en 2004 la véritable croissance de l’économie du pays a été de 2,5%, à quoi il faut ajouter que la population a crû de 2,1%, c’est-à-dire que la véritable croissance a été de 0,4%. Dans le même ordre d’idées, nous observons ce qui se passe avec les exportations non pétrolières et nous trouvons que celles effectuées en 2004 sont similaires au niveau atteint en 1997. Dans les dernières années, la balance commerciale [6] du secteur non pétrolier a été négative, et la balance commerciale (secteurs pétrolier et non pétrolier) a vu son solde net chuter depuis 1999 -selon l’ex-gérant de la Banque centrale, Eduardo Valencia- et se trouve aujourd’hui devant un déficit qui dépasse les 3 milliards de dollars. Il n’y a aucun indicateur qui permette de croire que les choses changeront, ce qui augure d’un futur difficile pour le pays. L’existence d’une réserve monétaire de 1,6 milliards de dollars est un sujet de satisfaction pour les « kikuyos » [7]de la Banque centrale et le ministère de l’Economie mais elle s’avère être inférieure de 300 millions de dollars à celle qui existait six ans auparavant. En assumant la dollarisation, ses défenseurs ont raconté qu’elle mettrait fin à la dévaluation monétaire, à la hausse des prix, et on disait même que ceux-ci baisseraient. En 2000, le coût du panier de base de la ménagère était de 218 dollars ; aujourd’hui il atteint les 435 dollars, ce qui revient à dire que pendant ces années les prix des produits ont augmenté de 100%. Début 2005, des fonctionnaires gouvernementaux ont indiqué que l’inflation annuelle ne serait pas supérieure à 2% ; ensuite ils ont « réajusté » le calcul et ont fixé l’inflation à 2,7%, la vérité est que nous sommes arrivés en décembre avec une inflation cumulée de 4%, la plus élevée parmi les pays qui ont le dollar comme monnaie ». Avec 80% de la population vivant dans la pauvreté, un taux de chômage de 11% et un sous-emploi de 44%, une migration qui a expatrié plus de 2 millions d’Equatoriens, des salaires gelés, un Etat qui consacre 35% de son budget au paiement de la dette extérieure et réduit fortement les dépenses sociales, et la menace de la signature du traité de libre-échange qui achèverait de liquider l’économie nationale, c’est ainsi que s’achève 2005 et commence 2006. Une année se termine, qui confirme l’échec fracassant du néolibéralisme et où l’on prend toujours plus conscience que les peuples n’ont pas d’avenir dans le cadre du système capitaliste ; une nouvelle année commence durant laquelle le peuple verra à coup sûr la force de ses luttes et mobilisations pour ses droits prendre le pas sur ses frustrations et ses désespoirs, et où, face à l’ « entreguisme » [8] et à l’exploitation, il fortifiera ses propositions, son unité et son organisation pour la souveraineté et l’indépendance.
NOTES: [1] [NDLR] Abdalá Bucaram Ortiz en 1997, Jamil Mahuad en 2000 et Lucio Gutierrez en 2005. [2] [NDLR] A. Bucaram 1997 ; Fabian Alarcon 1997 ; Rosalia Arteaga 1997 ; Fabian Alarcon 1997 - 1998 ; Jamil Mahuad 1998 - 2000 renversé par une rebellion militaire indienne ; Gustavo Noboa B. 2000 - 2003 ; Lucio Gutierrez 2003 - 2005 renversé par une rébellion civile ; Alfredo Palacio 2005 - 2007. [3] [NDLR] Consultez le dossier « La trahison de Lucio Gutierrez » sur RISAL. [4] [NDLR] Consultez le dossier « plan Colombie / Initiative andine » sur RISAL. [5] [NDLR] Lire Francisco Hidalgo Flor, « Equateur : potentialités et limites de la rébellion des hors-la-loi », RISAL, 30mai 2005. [6] [NDLR] La balance commerciale d’un pays mesure la différence entre ses ventes de marchandises (exportations) et ses achats (importations). Le résultat est le solde commercial (déficitaire ou excédentaire). [7] [NDLR] Terme désignant en Equateur les bureaucrates et défenseurs
de l’establishment. [8] [NDLR] l’ « entreguisme » (entreguismo) : tendance pour un gouvernement à livrer (entregar) ses richesses à des intérêts étrangers. État d'urgence dans la province de Napa
Marcelo Larrea, candidat bolivarien à la présidence
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