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Amerikkka : le premier Empire et son arrière-cour

 

Equateur

 

Le candidat Marcelo Larrea défend Hugo Chavez, attaque Alan Garcia et prône une "fédération des républiques bolivariennes"


par Albanoticias, Quito, 4 mai 2006, publié sur le site www.indicerojo.mexico.com

 

Traduit de l'espagnol par Maria Poumier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.


« Si par la volonté du peuple équatorien je deviens président de la république, il n'y aura pas Traité de Libre Commerce avec les USA ; il s'agit là d'un modèle pervers de colonisation, de privatisation et de dénationalisation de notre économie », a déclaré Marcelo Larrea, dans une interview sur la chaîne Canal Uno.

Albanoticias, 4 mai, Quito - Équateur. Le candidat à la présidence équatorienne Marcelo Larrea, interrogé au journal télévisé de Canal UNO (très large audience), l'un des plus importants d'Équateur, a commenté les déclarations formulées par le candidat à la présidence du Pérou Alan Garcia, en ces termes : « Alan Garcia est responsable des massacres de Lurigancho et El Frontón, il n'est pas qualifié pour condamner Hugo Chávez ; le danger ce n'est pas Ollanta Humala, mais Alan Garcia. »
Il a ajouté que l'Accord Frontalier signé entre Fujimori et Mahuad lèse la souveraineté de l'Équateur. « L'ancienne Quito' est une nation millénaire qui s'est étendue de l'Océan pacifique à l'Atlantique ; sa mutilation territoriale, au même titre que les lignes de frontière artificielles, n'ont été utiles qu'au colonialisme étranger et à l'oppression de nos peuples. La décolonisation de notre nation de nations suppose non de déplacer les limites vers le haut ou vers le bas, mais d'effacer les frontières fratricides qui n'ont servi qu'à mettre en place l'oppression coloniale, et d'aller vers une puissante fédération de républiques bolivariennes », a-t-il souligné.
Il a précisé que le contexte équatorien est comparable à celui du président Hugo Chávez. « La révolution bolivarienne au Venezuela est née de l'échec du néolibéraisme et elle revendique la perspective anticoloniale de Simon Bolivar. L'Équateur affronte aujourd'hui le même dilemme, à un moment où son économie et sa société ont été détruites par le néolibéralisme, responsable de l'expulsion de plus de 3 millions d'Équatoriens à l'étranger, ce qui constitue le plus grand exode de son histoire ; notre pays exporte sa richesse en direction des créanciers d'une dette externe qui est illégale, et au détriment de toute la population, plongée dans la pauvreté. Le chemin pour sortir de ce drame est celui de l'émancipation et de l'indépendance, selon le projet de Simon Bolivar. »

Le TLC et la CAN
« Si par la volonté du peuple équatorien je deviens président, il n'y aura pas de Traité de Libre Commerce avec les USA ; il s'agit là d'un modèle pervers de colonisation, de privatisation et de dénationalisation de notre économie, absolument inacceptable. Les chefs d'entreprise équatoriens doivent ouvrir les yeux et ils découvriront que le monde ne se borne pas aux USA, la carte s'étend bien au-delà ! Nous maintiendrons des relations commerciales avec tous les pays en termes de justice, d'équité et de respect pour notre souveraineté, y compris avec les USA, à qui nous ne volerons pas un centime, comme nous ne permettrons à personne de le faire », a-t-il prévenu.
Il a signalé qu'il tient grand compte des raisons pour lesquelles le président Chavez a décidé de quitter la Communauté Andine des Nations, car cette instance n'a certes pas servi les populations, et le fait que la Colombie et le Pérou aient souscrit au TLC porte atteinte au processus d'intégration régionale, mais il constate que l'élan même de la CAN est une _expression de la volonté instinctive de nos peuples, et du besoin qu'ont leurs économies d'avancer vers l'intégration. Le chemin a été difficile entre autres parce que les USA n'ont jamais vraiment accepté son existence, et ont toujours prétendu détruire la CAN en fonction de leurs intérêts hégémoniques. « La CAN doit être réformée selon l'intérêt des populations des pays concernés, en vue d'une authentique intégration des nations andines, il ne faut pas y renoncer ».

 

 

L’état d’urgence n’arrête pas le soulèvement populaire


L’état d’urgence décrété par le gouvernement de Quito le emrcredi 22 mars n’a de toute évidence pas mis un coup d’arrêt au véritable soulèvement lancé au début de la semaine par la majorité des organisations sociales équatoriennes, à la pointe desquelles se trouve la CONAIE, la Confédération des organisations d’indigènes, qui organsie des marches vers la capitale, avec quatre revendications :
1° - Non au Traité de libre-échange (TLC/NAFTA) avec les USA.
2° - Annulation du contrat signé avec la compagnie pétrolière US Oxy pour l’exploitation ds rssources pétrolières du pays.
3° - Fermeture de la base militaire US de Manta.
4° - Convocation d’une Assemblée constituante.
Plusieurs provinces sont paralysées par ce soulèement pacifique, qui communique par le biais d’un réseau de radios libres privées qui émettent en continu pour alimenter le mouvement. De nombreux manifestants o, été blessés ou arrêtés.

 

Le mouvement indigène équatorien relève la tête


par Angel Guerra Cabrera, La Jornada (www.jornada.unam.mx/), 16 mars 2006.
Traduit par Frédéric Lévêque, pour RISAL (www.risal.collectifs.net/).

 

Devant le rejet par plusieurs gouvernements et mouvements populaires latino-américains de la Zone de libre-échange des Amériques [1], les Etats-Unis ont opté pour négocier des accords bilatéraux avec les plus faibles et serviles régimes de la région. C’est le cas en Amérique du Sud avec la Convention andine de promotion du commerce, un instrument avec lequel le colosse du Nord a fissuré la libre intégration sud-américaine, enchaînant à la fois la Colombie, le Pérou et l’Equateur avec les ainsi dénommés traités de libre-échange (TLC, sigles en espagnol).
Les gouvernements des deux premiers pays ont déjà conclu les négociations. Il ne reste plus qu’à leurs congrès respectifs à marquer leur approbation et à signer, des aspects considérés comme purement formels.
L’Equateur, pour sa part, est sur le point de conclure les négociations. Cependant, tant dans ce pays qu’au Pérou, la fête pourrait être gâchée pour Washington. Au Pérou, car les possibilités de triomphe aux prochaines élections du candidat présidentiel Ollanta Humala [2], qui se dit être un ferme opposant au traité avec les Etats-Unis, sont chaque jour plus grandes. Et dans la patrie de Eloy Alfaro [3], à cause de la mobilisation populaire, convoquée par la Confédération des nationalités indigènes de l’Equateur (Conaie, principal mouvement indigène), qui s’est amplifiée ces derniers jours. Plus de 15 provinces se sont jointes au mouvement. Des blocages de routes paralysent la région andine, le centre et le nord du pays. Le désapprovisionnement sur les marchés se fait déjà ressentir.

Le mouvement n’exige pas seulement la suspension immédiate des négociations du traité, mais aussi que Quito se distancie des desseins de George W. Bush et d’Alvaro Uribe [le président colombien] d’impliquer l’Equateur dans le conflit colombien et l’annulation de l’accord sur la présence militaire états-unienne sur la base aérienne de Manta [4], ainsi que l’expulsion de l’entreprise pétrolière Occidental (Oxy) - accusée de violer les lois et les normes contractuelles -, la nationalisation du pétrole et la convocation urgente d’une assemblée nationale constituante [5].

La Conaie est sorti très affaiblie de son appui à Lucio Gutierrez comme candidat présidentiel. Cela l’a empêchée de jouer un rôle actif dans son renversement, quand la trahison de ses promesses de campagne et son alliance avec Washington sont devenues évidentes [6]. Mais la déjà ancienne organisation indigène, dirigée maintenant par Luis Macas [7], a mené à bien une restructuration et semble être confiante quant à la récupération de son pouvoir de veto contre les gouvernements « anti-populaires », une capacité reconnue antérieurement et manifeste depuis qu’elle a fait chuter Jamil Mahuad [8] de son siège présidentiel. Elle pourrait même aller au-delà de ce pouvoir de veto et influer sur le destin national. Ce qui est certain, c’est que la Conaie a annoncé que les manifestations s’étendraient sur tout le territoire et se radicaliseraient si elle n’obtient pas satisfaction. Un de ses principaux dirigeants, Humberto Cholango, a expliqué ainsi ce que signifierait un traité de libre-échange avec les Etats-Unis : « Il ne détruira pas seulement le secteur agricole national mais il s’agit d’un vol du savoir ancestral des peuples indigènes et un embargo sur les richesses du peuple équatorien qui en moins de deux ans n’aura plus accès à la santé, à l’alimentation, aux services sociaux de base et ne pourra plus profiter de ses richesses ». Cela, dans un pays où la moitié des enfants indigènes souffrent déjà de dénutrition infantile. Macas a averti que si le président Palacios approuve le traité, il devra rentrer chez lui, une menace traduite dans la consigne reprise de plus en plus : « TLC firmado, Palacios derrocado » (« TLC signé, Palacios renversé ») :

Les revendications de la Conaie vont dans le sens de la défense de la souveraineté, l’indépendance et le bien-être pas seulement des indigènes mais de tout le peuple équatorien. On sait que Washington essaie d’impliquer l’armée équatorienne dans la lutte contre la guérilla colombienne, dont la base de Manta est un premier pas. L’exigence d’expulsion d’OXY et la nationalisation du pétrole symbolise le rejet par les peuples indigènes équatoriens du vol et de la déprédation écologique de leurs terres par les transnationales pétrolières et minières, mais cela reflète aussi leur conscience que l’usufruit des ressources naturelles doit bénéficier à la collectivité. L’Assemblée constituante est l’instrument conçu par le mouvement indigène et des secteurs populaires équatoriens pour refonder l’Etat national sur des bases authentiquement démocratiques, sur lesquelles seraient reconnus le caractère plurinational de l’Equateur et donc les droits culturels, politiques et sociaux des peuples indigènes et des grandes majorités du pays.

 

NOTES:

[1] [NDLR] Área de Libre Comercio de las Américas - ALCA ; Free Trade Area of the Americas - FTAA ; Zone de libre-échange des Amériques - ZLEA.
Consultez le dossier « L’ALCA en panne » sur RISAL.

[2] [NDLR] Lire Ernesto Tamara, Le Pérou entre le nationalisme indigéniste et le retour de la droite, RISAL, 10 mars 2006.

[3] [NDLR] Ancien président équatorien à la tête d’une « révolution » libérale et anticléricale (1897 - 1901 et 1906 - 1911).

[4] [NDLR] En 1999, les gouvernements équatorien et états-unien signaient une convention octroyant, pour une période de 10 ans renouvelables, l’usage de la base militaire de la côte pacifique de Manta à l’armée nord-américaine. Les bases navale et aérienne de Manta, en Équateur, sur la côte, à une heure de vol de la frontière colombienne sont sous la juridiction exclusive de Commandement Sud (US SouthCom) des forces armées états-uniennes. Manta est un centre de commandement de la marine et de l’aviation, dirigeant notamment des opérations clés des mercenaires de la Dyncorp.

[5] [NDLR] Consultez le dossier « L’Amazonie équatorienne, butin des entreprises pétrolières » sur RISAL.

[6] [NDLR] Consultez le dossier « La trahison de Lucio Gutierrez » sur RISAL.

[7] [NDLR] Raúl Zibechi, Equateur : vers une renaissance du mouvement indigène ?, RISAL, 18 janvier 2005.

[8] [NDLR] Elu à la présidence de la République en 1998, ce démocrate-chrétien Jamil Mahuad sera renversé le 21 janvier 2000 par les mouvements indigènes alliés notamment à un secteur de l’armée.

 

Crise après crise


par Ramiro Vinueza, Por La Libre (http://www.porlalibre.org/), 21 décembre 2005. Traduit par Catherine Goudounèche pour RISAL (http://www.risal.collectifs.net/).
Les événements politiques des dix dernières années de l’histoire de ce petit pays andin sont l’exemple vivant de l’échec des démocraties latino-américaines basées sur les dogmes néolibéraux imposés pendant presque trois décennies et qui ont conduit à classer l’Equateur comme le troisième pays le plus inégalitaire derrière le Brésil et le Chili.

Les politiques d’ajustement imposées par le Fonds monétaire international (FMI), les luttes internes à la bourgeoisie et une intervention accrue et sans relâche du mouvement populaire qui a lutté contre le vol et la corruption, s’est battu pour le travail, le bien-être et la démocratie et a chassé trois présidents du pouvoir [1], ont été les principaux ingrédients de cette situation particulière.

De 1997 jusqu’à aujourd’hui, huit présidents se sont succédé [2], ce qui place ce pays parmi les plus instables politiquement. Aux présidents expulsés du pouvoir par la lutte populaire, leur ont succédé des présidents intérimaires qui ont poursuivi les mêmes politiques et défendu les mêmes intérêts : l’ambassade nord-américaine et la bourgeoisie locale s’en sont assuré.

Après la chute de Lucio Gutiérrez, en avril de cette année [3], et l’ascension au pouvoir d’Alfredo Palacio, les attentes étaient faibles et se sont vite transformées en mécontentement. Le nouveau président était pris entre les pressions et les exigences des partis bourgeois (Gauche démocratique et Parti social chrétien) qui dominent le Congrès national et qui occupent des postes dans l’administration actuelle, et les pressions de l’ambassade yankee pour la poursuite du processus de négociation d’un traité de libre-échange (TLC en espagnol), du plan Colombie [4], pour le maintien de la présence des entreprises pétrolières nord-américaines et pour le paiement de la dette extérieure.

La base sociale de Palacio, représentée dans le mouvement appelé des « hors-la-loi » [5], perdit peu à peu ses illusions et finit par se disperser. Plusieurs de ses dirigeants ont occupé des postes dans le gouvernement, d’autres ont créé une dizaine d’assemblées populaires qui n’existent quasiment plus aujourd’hui, d’autres personnages autoproclamés représentants de la « citoyenneté », liés à des ONG financées par l’USAID, ont continué à exiger du gouvernement une réforme politique. Sans cette base sociale le gouvernement s’est retrouvé très affaibli.

Mais le gouvernement s’est heurté en plus à la pression populaire constante pour exiger des réponses aux revendications et aux besoins non satisfaits : les enseignants et les travailleurs du secteur de la santé pour une hausse de salaires, les étudiants pour une augmentation du budget de l’éducation, les paysans pour la prise en compte de leur situation critique, les municipalités pour des ressources leur permettant de satisfaire les besoins de leurs populations, l’opposition à la signature du TLC, l’opposition au Plan Colombie. Tous ces secteurs, avec d’autres, ont exprimé leurs revendications par des mobilisations, des barrages routiers, des grèves et d’autres actions.

En décembre 2005, en huit mois seulement, le gouvernement d’Alfredo Palacio se trouve non seulement affaibli mais connaît un fort rejet, encore plus grand que celui vécu par Lucio Gutiérrez les derniers jours de son mandat. Dans son édition du 7 décembre, le quotidien Expreso a dévoilé les résultats d’un sondage qui montre que 73,9% de la population qualifie de mauvaise et très mauvaise la gestion d’Alfredo Palacio ; alors que seulement 12,3% considère que les choses vont mieux que sous le gouvernement de Lucio Gutiérrez. Ce discrédit du gouvernement a certainement augmenté ces jours-ci, après l’échec de la convocation à la consultation populaire devant définir la mise en place d’une assemblée constituante et après la mise en évidence de manière très claire que Palacio n’avait pas pleinement intérêt à concrétiser cette proposition, qu’il l’avait utilisée comme planche de salut pour contrecarrer sa faiblesse manifeste et comme rideau de fumée pour cacher le contenu antinational et antipopulaire de sa gestion politique.

La crise politique est de telle nature que ce qui se présente comme une alternative conjoncturelle devient facteur d’une nouvelle crise et s’étend à toute l’institution bourgeoise, qui souffre du manque de crédibilité et du rejet de la population. Le Congrès, les forces armées, les partis politiques, les grands médias, les organes de justice, etc. traversent de graves problèmes internes et ont une image écornée dans l’opinion publique. Les pouvoirs exécutif et législatif se disputent pied à pied le discrédit et l’impopularité, tandis que les forces armées suivent le même chemin, après leur responsabilité dans l’assaut contre le cambriolage des bureaux du notaire José Cabrera, aujourd’hui décédé, pour récupérer l’argent que des militaires et des officiers de haut rang, y compris des généraux de la République, avaient investi dans ce commerce illicite.

L’assemblée constituante est un autre épisode de la crise politique en Equateur. En définitive, le bras de fer entre le gouvernement et le Congrès n’a pas vraiment eu lieu, car dans le fond tous deux étaient d’accord sur le fait qu’une réforme politique devait assurer leur domination et la gouvernabilité bourgeoise ; toutes les propositions présentées étaient orientées vers la restriction des droits et des libertés démocratiques, l’élimination et la restriction de l’action des organisations sociales et politiques du mouvement populaire.

En réalité, cette épreuve de force entre Congrès et exécutif, qui a sapé la possibilité d’une assemblée constituante, ne fut rien d’autre qu’une alliance pour l’éviter. La peur que les aspirations et les velléités de changement se renforcent face à l’attente de millions d’Equatoriens qui voyaient dans la Constituante une voie pour introduire des changements a été un élément qui a aussi pesé dans ce résultat.

Les perspectives pour 2006 resteront critiques. Comme on le sait, dans le capitalisme les crises ont un caractère général, elles s’expriment dans la politique mais aussi dans l’économie, et cette dernière traverse de graves problèmes, qui vont se répercuter sur les conditions de vie déjà précaires des travailleurs et de la population.

Les affirmations de début 2005 selon lesquelles l’économie équatorienne croîtrait de 3,5% sont aujourd’hui démenties par les mêmes « experts » gouvernementaux qui la situent en dessous de 2,9%, c’est-à-dire très en deçà de la moyenne de l’Amérique du Sud. Le plus sûr est que l’inflation atteigne près de 4%, ce qui est grave dans un système dollarisé.

Selon l’analyste Guido Proaño : « La croissance de l’économie est un mirage, car elle est nourrie non par une augmentation de la production mais par les exportations pétrolières -dont 70% sont aux mains d’entreprises étrangères - qui génèrent des revenus significatifs grâce au prix élevé du brut sur le marché international. Mais si nous ne prenons pas en compte le secteur pétrolier, nous trouvons qu’en 2004 la véritable croissance de l’économie du pays a été de 2,5%, à quoi il faut ajouter que la population a crû de 2,1%, c’est-à-dire que la véritable croissance a été de 0,4%. Dans le même ordre d’idées, nous observons ce qui se passe avec les exportations non pétrolières et nous trouvons que celles effectuées en 2004 sont similaires au niveau atteint en 1997. Dans les dernières années, la balance commerciale [6] du secteur non pétrolier a été négative, et la balance commerciale (secteurs pétrolier et non pétrolier) a vu son solde net chuter depuis 1999 -selon l’ex-gérant de la Banque centrale, Eduardo Valencia- et se trouve aujourd’hui devant un déficit qui dépasse les 3 milliards de dollars. Il n’y a aucun indicateur qui permette de croire que les choses changeront, ce qui augure d’un futur difficile pour le pays. L’existence d’une réserve monétaire de 1,6 milliards de dollars est un sujet de satisfaction pour les « kikuyos » [7]de la Banque centrale et le ministère de l’Economie mais elle s’avère être inférieure de 300 millions de dollars à celle qui existait six ans auparavant. En assumant la dollarisation, ses défenseurs ont raconté qu’elle mettrait fin à la dévaluation monétaire, à la hausse des prix, et on disait même que ceux-ci baisseraient. En 2000, le coût du panier de base de la ménagère était de 218 dollars ; aujourd’hui il atteint les 435 dollars, ce qui revient à dire que pendant ces années les prix des produits ont augmenté de 100%. Début 2005, des fonctionnaires gouvernementaux ont indiqué que l’inflation annuelle ne serait pas supérieure à 2% ; ensuite ils ont « réajusté » le calcul et ont fixé l’inflation à 2,7%, la vérité est que nous sommes arrivés en décembre avec une inflation cumulée de 4%, la plus élevée parmi les pays qui ont le dollar comme monnaie ».

Avec 80% de la population vivant dans la pauvreté, un taux de chômage de 11% et un sous-emploi de 44%, une migration qui a expatrié plus de 2 millions d’Equatoriens, des salaires gelés, un Etat qui consacre 35% de son budget au paiement de la dette extérieure et réduit fortement les dépenses sociales, et la menace de la signature du traité de libre-échange qui achèverait de liquider l’économie nationale, c’est ainsi que s’achève 2005 et commence 2006.

Une année se termine, qui confirme l’échec fracassant du néolibéralisme et où l’on prend toujours plus conscience que les peuples n’ont pas d’avenir dans le cadre du système capitaliste ; une nouvelle année commence durant laquelle le peuple verra à coup sûr la force de ses luttes et mobilisations pour ses droits prendre le pas sur ses frustrations et ses désespoirs, et où, face à l’ « entreguisme » [8] et à l’exploitation, il fortifiera ses propositions, son unité et son organisation pour la souveraineté et l’indépendance.

 

NOTES:

[1] [NDLR] Abdalá Bucaram Ortiz en 1997, Jamil Mahuad en 2000 et Lucio Gutierrez en 2005.

[2] [NDLR] A. Bucaram 1997 ; Fabian Alarcon 1997 ; Rosalia Arteaga 1997 ; Fabian Alarcon 1997 - 1998 ; Jamil Mahuad 1998 - 2000 renversé par une rebellion militaire indienne ; Gustavo Noboa B. 2000 - 2003 ; Lucio Gutierrez 2003 - 2005 renversé par une rébellion civile ; Alfredo Palacio 2005 - 2007.

[3] [NDLR] Consultez le dossier « La trahison de Lucio Gutierrez » sur RISAL.

[4] [NDLR] Consultez le dossier « plan Colombie / Initiative andine » sur RISAL.

[5] [NDLR] Lire Francisco Hidalgo Flor, « Equateur : potentialités et limites de la rébellion des hors-la-loi », RISAL, 30mai 2005.

[6] [NDLR] La balance commerciale d’un pays mesure la différence entre ses ventes de marchandises (exportations) et ses achats (importations). Le résultat est le solde commercial (déficitaire ou excédentaire).

[7] [NDLR] Terme désignant en Equateur les bureaucrates et défenseurs de l’establishment.
Voir : http://www.neoliberalismo.com/pipon....

[8] [NDLR] l’ « entreguisme » (entreguismo) : tendance pour un gouvernement à livrer (entregar) ses richesses à des intérêts étrangers.

 

État d'urgence dans la province de Napa


Pour faire face à une grève générale dans la privince de Napa, au sud-est de la capitale Quito, les autorités ont décrété le 22 février l'état d'urgence, avec couvre-feu de 20 heures à 5 heures. Toutes les libertés garanties par la Constitution sont suspendues. Les grévistes réclament des investissements dans les secteurs routier, de l'éducation et de la santé. La grève, qu a commencé le 20 février, s'est heurtée à une grande violence des forces de sécurité, qui ont attaqué les manifestations à coups de lacrymogènes et de balles en caoutchouc, faisant trois blessés. Le 21 février, les organisations sociales ont occupé la station de pompage de l'oléoduc OCP, interrompant l'acheminement du pétrole. Le 23 février, au lendemain de l'instauraion de l'état d'urgence, la police a arrêté 11 manifestants, dont les maires de Tena et Santa Clara e plusieurs journalistes et responsables communautaires. À Baeza, 800 militaires ont occupé la zone, chargeant les manifestants, dont 35 ont été blessés, parmi eux quatre par armes à feu. 5 000 persnnes ont manifesté à Tena. Dans les autres provinces, comme celle de Pastaza, située au sud du Napa, les organisations sociales se sont réunies pour décider du soutien à apporter aux grévistes du Napa et demander au gouvernement la levée de l'état d'urgence.
Source : www.asud.net, 25 février 2006. Traduit de l'italien par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en copyleft.

 

Marcelo Larrea, candidat bolivarien à la présidence


Dans la situation de précarité institutionnelle de l'Équateur, il est possible que le président intérimaire actuellement en place jette l'éponge et que nouvelles élections aient lieu. Dans cette perspectiven une nouvelle figure apparaît sur la scène politique. Comme Ollanta Hiumala au pérou, Marcelo Larrea pourrait profiter de la vague de libération qui souffle sur l'Amérique andine depuis l'élection d'Evo Morales en Bolivie. Comme Hugo Chávez au Vénézuela, Larrea se réclame du bolivarisme.
Marcelo Larrea appelle à l'élection d'une assemblée constituante, pour mettre fin à la Deuxième République équatorienne, qui est devenue, selon lui, une partitocratie, une foire d'empoigne pour les partis politiques, qui a accru la dépendance du pays, et les injustices sociales. Le dernier président élu Lucio Gutiérrez, sur qui la population indigène avait placé de grands espoirs, est actuellement en prison, et c'est son vice-président qui est à la tête du pays.
Marcelo Larrea est un journaliste respecté, connu pour une trajectoire solide dans la défense des travailleurs équatoriens, et son opposition à la vassalisation aux USA. En 1999, le gouvernement équatorien a cédé aux USA la base militaire de Manta, sous prétexte de constituer une base arrière contre le trafic de stupéfiants, en fait pour s'assurer le contrôle de toute l'Amérique latine. Larrea préconise la réappropriation de cette base, il qualifie son pays de « territoire occupé par les USA ».
Sa déclaration de candidature est soutenue par les deux millions d'Équatoriens chassés de leur pays par la misère, et qui forment des colonies solidaires dans les pays limitrophes, aux USA et en Espagne (première communauté latino-américaine en nombre à Madrid). Un facteur déclenchant de la grave crise sociale actuelle a été la dollarisation, avec abandon de la monnaie nationale, le Sucre (du nom du maréchal Antonio Sucre qui réalisa avec Bolivar l'indépendance de l'Amérique latine par rapport à l'Espagne). Ces travailleurs émigrés ne veulent plus être les « esclaves de l'Empire », et demandent l'arrêt des négociations en cours pour le Traité de Libre Commerce (TLC) que les USA veulent imposer à chaque pays d'Amérique latine.
Il s'agit pour l'Équateur de reprendre le contrôle sur les 500 000 barils de pétrole que l'Équateur produit chaque jour, dont le pays ne vend directement que 130 000 barils ; le manifeste publié sur internet après un grand meeting de Larrea qui s'est tenu à Quito le 25 janvier dernier revendique également le contrôle sur les eaux territoriales étendu à 200 milles, au lieu de 188, ce que propose le gouvernement actuel, pour satisfaire aux exigences du CONVEMAR. Le manifeste demande aussi à ce que la justice exige des comptes aux personnalités corrompues Mauricio Pozo, Ivan Rodríguez, Pablo Terán , Febres Cordero.
Le mouvement créé par Larrea s'appelle Alliance bolivarienne alfariste, du nom d'Eloy Alfaro (1842-1912) ; fils d'Espagnol, d'origine modeste, il fut général et président de la République ; on lui doit en grande partie l'infrastructure ferroviaire, les canalisations d'eau de Quito et Guayaquil, l'armée équatorienne et le système d'éducation de l'Équateur ; son courage, sa lucidité et son désintéressement en font le héros populaire par excellence du pays ; il fut assassiné alors que son successeur à la présidence l'avait fait emprisonner. L'Alliance bolivarienne alfariste se donne pour but de restaurer la souveraineté nationale, de participer à l'unification de l'Amérique latine, et de représenter les intérêts de la population la plus pauvre ; les communautés indienne et noire soutiennent ce mouvement.
Marcelo Larrea est journaliste et écrivain, directeur de El Sucre, correspondant de Adital en Équateur, collaborateur de Question au Venezuela et auteur de nombreux livres dont notamment La historia no termina, Hablar a través del tiempo et La triple victoria de Chávez o la guerra por otros medios. Il est collaborateur du Réseau Voltaire.