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Amériques

 
 

30/05/06 - La Bolivie, le Venezuela et Cuba vont signer huit accords de collaboration


par Granma Internacional, La Havane, 26 mai 2006.
Huit accords de collaboration dans différents domaines vont renforcer lAlternative Bolivarienne pour les Amériques (ALBA), et ils seront signés lors dune réunion entre la Bolivie, Cuba et le Venezuela. [Lire : Laube vénézuélienne : ALBA contre ALCA., et aussi : LALBA : une alternative réelle pour lAmérique latine.]
Les accords, a déclaré le porte-parole présidentiel Alex Contreras, seront signés vendredi prochain, a rapporté Prensa latina.
Le porte-parole a précisé quune partie des accords déjà négociés concernent la coopération en matière de santé et déducation, points forts de Cuba que ce pays partage avec la Bolivie et le Venezuela.
Des ententes vont également être signées entre La Paz et Caracas, pour développer des projets communs, pris en charge par les entreprises publiques dhydrocarbures.
En vertu de ces accords, on va implanter des usines dexploitation du gaz naturel, ce qui va permettre, dit Contreras, que la Bolivie cesse dêtre un simple vendeur de gaz et exporte des dérivés, et installer trois fabriques dasphalte.
Un accord sera également signé pour la constitution de lentreprise binationale Minière du Sud (Minersur), qui selon le ministre de lindustrie minière, Walter Villarroel, va développer des projets dans diverses régions.
Villarroel a laissé ouverte la possibilité que MINESUR opère dans le gigantesque gisement du Mutun, près de la frontière avec le Brésil et où le gouvernement met en place un appel doffre international pour établir une industrie sidérurgique.
Le ministre du Développement agricole et rural, Hugo Salvatierra, a souligné à son tour limportance dun accord de crédit de 100 millions de dollars que le Venezuela apportera à un fonds dappui aux petits producteurs et qui sera décisif pour lagriculture.
Dautres accords rendront possible linstallation de centres dindustrialisation de la feuille de coca à des fins licites et permettront de développer des projets agro-industriels dans les domaines du café, du thé et du soja a-t-il ajouté.

 

 

Grandes manoeuvres militaires des USA dans les Caraïbes pour menacer le Venezuela et Cuba


par Jorge Martin, Hands Off Venezuela, 30 mars 2006

Selon un communiqué du U.S. Southern Command lundi le 27 mars, «une flotte d'attaque de la marine américaine, déployée à partir de la côte est des États-Unis, sera dans la mer des Caraïbes pour l'Opération Partnership of the Americas du début avril jusqu'à la fin mai 2006». Le groupe d'attaque sera composé du porte-avion USS George Washington, du croiseur USS Monterey, du destroyer USS Stout et de la frégate USS Underwood. La marine américaine enverra donc quatre navires, dont l'un transportant 60 avions de combat, et au total 6 5000 soldats prendre part à un imposant exercice militaire dans les Caraïbes dans quelques semaines.

Le but déclaré de l'exercice est de «renforcer les rapports militaires avec les partenaires régionaux, améliorer la préparation opérationnelle et encourager la bonne volonté». «Encourager la bonne volonté» veut dire envoyer un message au Venezuela et à Cuba. Le commandant du Southcom, le général Bantz Craddock, s'en est pris plusieurs fois au gouvernement du Venezuela.

La décision d'envoyer cette force d'envergure hors de l'ordinaire dans les Caraïbes a été annoncée à peine deux semaines après que le général Craddock ait déclaré devant un comité sénatorial que le gouvernement vénézuélien est un «facteur de déstabilisation» à cause de son activité sur la scène internationale et sa volonté d'acheter des armes, notamment de la Chine. «L'achat d'équipement militaire n'a pas été un processus transparent. C'est un facteur de déstabilisation dans une région où différents pays s'efforcent conjointement de faire face aux menaces internationales, plutôt que de se combattre les uns les autres», a-t-il dit. Il a ajouté: «Nous ne sommes pas tout à fait convaincus que ces nombreux et imposants achats soient justifiés par une volonté de défense nationale du Venezuela.»

En conférence de presse durant sa visite en Uruguay en juin dernier, il a été encore plus précis: «Je ne vois pas Cuba comme une menace militaire pour les États-Unis, mais j'y vois une influence en Amérique latine qui crée, ou peut créer, l'instabilité et l'incertitude, parce que Cuba, évidemment, est un État totalitaire, un État communiste, et au Venezuela il semble que les processus et institutions démocratiques soient en péril. Cela peut créer, encore une fois, l'instabilité et l'incertitude dans toute la région si ces processus sont exportés. Nous sommes donc préoccupés et nous croyons que nos voisins dans la région devraient l'être aussi.» Il a laissé planer une menace à peine voilée d'intervention militaire en disant: «Le volet militaire est pour créer les conditions pour la réussite des autres solutions, les solutions économiques, politiques et sociales.» [1]

Dans son récent document Strategy for National Security 2006, Washington perçoit clairement le Venezuela comme une cible: «Au Venezuela, un démagogue les poches pleines d'argent du pétrole sape la démocratie et cherche à déstabiliser la région.» [2]

Il est claire que les exercices militaires doivent être vus dans ce contexte. Un article de la revue Virginian Pilot abonde dans le même sens: «La présence d'un groupe de porte-avions américain dans les Caraïbes sera nul doute interprétée comme un signal par les gouvernements cubain et vénézuélien», a dit Loren Thompson de l'Institut Lexington, qui ajoute: «Le fait que nous le faisons maintenant sera interprété par Castro et Chavez comme l'indication d'un plan ou d'une initiative de quelque sorte de la part des États-Unis.» [3]

Le Southcom dispose déjà de plusieurs bases militaires à portée du Venezuela. Cela comprend de petites «zones de sécurité coopérative» à Aruba et Curaçao, près des côtes du Venezuela, à Manta en Équateur et un autre au Salvador, en plus des bases plus grandes à Soto Cano au Honduras, Guantanamo à Cuba et plusieurs en Colombie. Le Southcom a récemment établi une nouvelle «stratégie de théâtre d'opérations» dont une partie est rendue publique. Son objectif premier est de garantir que «les approvisionnements régionaux d'énergie circulent librement sur les marchés internationaux et ne soient pas la cible d'agression». Pour atteindre cet objectif, dit le Southcom, il est essentiel d'améliorer la capacité des «forces de sécurité des pays partenaires à protéger les infrastructures névralgiques» de l'industrie de l'énergie dans la région. Cela touche de toute évidence le Venezuela, qui est le troisième plus grand fournisseur de pétrole des États-Unis.

Plusieurs des objectifs de cette nouvelle stratégie demeurent classifiés, mais l'objectif numéro six est d'«empêcher les États délinquants de soutenir des organisations terroristes». Puisqu'il n'y a pas d'États «délinquants» en Amérique latine, il ne peut s'agir que du Venezuela, que Washington accuse, sans preuve à l'appui, de soutenir les guérillas des FARC en Colombie (qualifiées par le général Craddock de «narco-terroristes»).

Habituellement, les médias monopolisés boycottent les avertissements du président Chavez à propos du danger d'intervention militaire américaine contre la révolution bolivarienne au Venezuela. Mais selon des informations, il s'agit d'un danger très réel. Il est peu probable que Washington déclenche une guerre ouverte contre le Venezuela en cette conjoncture particulière où l'armée américaine est embourbée dans une guerre qu'elle ne peut remporter en Irak, mais il ne fait pas de doute qu'il s'y prépare. Cela pourrait se faire en suscitant artificiellement des revendications autonomistes dans le Zulia, un État du Venezuela riche en pétrole situé près de la frontière colombienne. Des politiciens de la région, un des deux seuls États dont le gouverneur est contre le gouvernement central, s'affairent depuis quelques temps à demander un référendum sur l'autonomie. On pourrait envisager un scénario dans lequel ils déclarent l'indépendance unilatéralement et demandent l'intervention étrangère pour garantir leurs «droits démocratiques». Ce type d'intervention serait plus facile à justifier et pourrait même se faire sous prétexte de «maintien de la paix» (comme on le fait présentement pour l'intervention impérialiste en Haïti).

Ce ne serait évidemment pas une tâche facile. Chavez a déjà déclaré, avec raison, que si les États-Unis s'aventuraient déclencher une intervention militaire contre le Venezuela, tout le continent serait embrasé dès le lendemain. L'Amérique latine vit un virage à gauche depuis quelque temps, comme en témoignent les mouvements de masse, les grèves générales, les insurrections, les élections de gouvernements perçus comme étant de gauche par les masses, etc.

Les États-Unis sont très inquiets de l'impact de la révolution vénézuélienne sur le reste de l'Amérique latine. Ils accusent Chavez d'ingérence dans les élections au Pérou et au Mexique, comme ils l'ont accusé d'ingérence dans les élections de décembre en Bolivie, élections qui ont porté au pouvoir Evo Morales avec une victoire écrasante. L'accusation que le gouvernement vénézuélien finance directement des candidats dans d'autres pays est évidemment sans fondement. Mais il est tout à fait vrai que la révolution bolivarienne créent l'espoir parmi les masses ouvrières et paysannes du continent et bien au-delà. Elle montre qu'il est possible de défier les politiques imposées par Washington. Dans le passé, le cours des événements suivait un modèle bien précis en Amérique latine. Les masses ouvrières et paysannes se mobilisaient et élisaient un gouvernement progressiste qui était aussitôt renversé par un coup d'État militaire orchestré par les États-Unis. Cela avait un effet démoralisateur sur les mouvements de masse du continent. La révolution bolivarienne a changé la donne lorsque le mouvement populaire a fait échec aux tentatives de coup d'État militaire contre le gouvernement Chavez en avril 2002.

Et l'effet se fait ressentir non seulement en Amérique latine, mais aux États-Unis où vivent et travaillent des millions de Latino-Américains, qui maintiennent souvent des liens avec leur pays d'origine. Les centaines de milliers d'immigrants latino-américains qui manifestent présentement aux États-Unis et qui font la grève pour leurs droits ne resteraient certainement pas les bras croisés si les États-Unis s'aventuraient à lancer une provocation militaire contre le Venezuela.

Tout cela fait que la révolution bolivarienne est d'autant plus dangereuse pour la classe dominante aux États-Unis. Celle-ci se prépare soigneusement à y mettre fin. Elle exerce entre autres une pression incessante, par la voix des médias, par la diplomatie et le sabotage économique, pour empêcher le Venezuela de se procurer des armes. Et les exercices militaires dans les Caraïbes font clairement partie de ces préparatifs, à la fois à titre de menace et à titre de préparatif concret pour une intervention militaire future.

Pour ces raisons, il est plus important que jamais que le mouvement de solidarité redouble d'efforts. Pas touche au Venezuela!

Notes
1. http://montevideo.usembassy.gov/usaweb/paginas/431-00EN.shtml
2. http://www.whitehouse.gov/nsc/nss.html
3. GW strike group will head south for training, Jack Dorsey, Virginian Pilot, March 28, 2006

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)
Source : http://www.cpcml.ca/francais/Lmlq2006/Q36032.htm#1

 

 

Un prêtre américain demande la fermeture de l'École des tortionnaires - Entretien avec Roy Bourgeois


par Werner Pertot, Página 12, Buenos Aires, 31 mars 2006
Traduit de l'espagnol par Maria Poumier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.

 

Le prêtre catholique Roy Bourgeois est l'un des fondateurs de l'organisation des droits humains usaméricaine SOAW [Schhol of the Americas Watch] ; il sillonne la planète en demandant la fermeture de l'École des Amériques, « école d'assassins et de tortionnaires » où ont été entraînés les agents de la répression. Reportage par Werner Pertot


« C'est une des manières possibles de dire Œplus jamais ça', de fermer cette école d'entraînement militaire, et d'en finir avec l'impunité ». Cette école fonctionne toujours aux USA. Roy Bourgeois est un ancien combattant du Viet Nam, il a été expulsé de Bolivie sous la dictature de Hugo Banzer, a été prisonnier politique aux USA, et il raconte les origines de cette école tristement célèbre en Amérique latine. Les généraux argentins Roberto Viola et Leopoldo Galtieri s'y étaient formés. Roy Bourgeois fait en ce moment une tournée au Venezuela ; il a obtenu d'Hugo Chavez que son pays n'y enverrait plus d'officiers en formation ; en Bolivie, il a été reçu par Evo Morales ; il est passé par l'Uruguay, et en Argentine il a rencontré Hebe de Bonafini (présidente des Mères de mai) ainsi que le ministre de la Défense, Mme Nilda Garré, à qui il a demandé de ne plus envoyer de recrues là-bas.

Quels résultats avez-vous obtenu de votre tournée en Amérique latine ?

Au Venezuela, Chavez nous a reçus, il considère cette école comme un scandale qui ne devrait pas exister ; nous avons eu confirmation au bout de trois semaines que ce pays n'enverrait plus de troupes. En Uruguay, c'est le vice chancelier Mme Belela Herrerea qui nous a reçus. Les dirigeants indigènes boliviens de El Alto et La Paz nous ont écoutés aussi, comme Evo Morales, et ils disent tous : il faut obtenir la fermeture de cette école. C'est pour cela que nous sommes ici.

Du Viet Nam à la Bolivie..

Comment avez-vous commencé à militer pour les droits humains ?

Il m'a fallu longtemps pour découvrir à quel point mon pays est responsable, à travers sa politique étrangère, de tant de souffrances, de tortures, de morts, de disparitions en Argentine et dans d'autres pays. Quand j'ai quitté l'université en Louisiane, je suis devenu officier de marine. Je croyais au Pentagone, je les ai crus quand ils nous ont dit qu'il fallait combattre le communisme au Viet nam, où j'ai passé quatre ans. J'ai vu mourir mes amis et beaucoup de civils, y compris des enfants brûlés au napalm. Cette expérience m'a ouvert les yeux, m'a fait remettre en question mon pays pour la première fois.

Quand avez-vous été ordonné prêtre ?

Quand je suis revenu du Viet Nam, j'ai été pendant six ans au séminaire de l'ordre de Maryhknoll, qui est au service des pauvres en Amérique latine. C'est à cette poque que le mouvement contre la guerre du Viet Nam a commencé. Je me suis joint aux anciens combattants qui manifestaient devant la Maison Blanche. Une fois ordonné prêtre, je suis parti en Bolivie, en 1971. J'ai vécu cinq ans dans la banlieue de La Paz. Les pauvres de Bolivie sont devenus mes maîtres, et surtout, ils m'ont montré ce qu'est la politique étrangère de mon paysŠ

Š avec la dictature du général Banzer

A cette époque, les USA envoyaient beaucoup d'aide militaire à la Bolivie. En 1977, le régime de Banzer était assez semblable à celui de l'Argentine : ils arrêtaient, torturaient et faisaient disparaître des étudiants, des dirigeants indigènes et des mineurs. J'ai pu pénétrer dans les prisons grâce à l'archevêque de La Paz. Nous avons fait des rapports sur les cas de torture, et je les ai présentés au Congrès, à Washington. Au retour, j'ai été arrêté, frappé et, au bout de deux semaines, expulsé.

Qu'avez-vous fait de retour aux USA ?

En 1980, l'archevêque monseigneur Romero et quatre religieuses ont été assassinés au Salvador. J'ai voyagé au Salvador et je dois dire que je n'ai jamais vu autant de brutalité envers les pauvres. C'était un massacre après l'autre, et à nouveau, les USA étaient impliqués : nous leur donnions les armes et nous les entraînions. Quelque 5054 soldats sont allés à Fort Benning, en Georgie, pour recevoir un entraînement. Cela se passait un an avant le déménagement de l'École des Amériques. Nous sommes allés dire : « pas en notre nom ». Et nous sommes entrés dans le fort, avec le père Larry Rosenbaugn et l'ex officier Linda Ventimiglia.

Comment avez-vous fait pour entrer ?

Nous avons trouvé des uniformes d'officiers. Ils nous ont fait le salut militaire, parce que nous portions un rang élevé. Nous nous sommes cachés dans les arbres, près des baraques des Salvadoriens. Et le soir, nous avons passé un enregistrement du dernier sermon de monseigneur Romero, où il dit : « Arrêtez la répression, désobéissez à ceux qui vous ordonnent de massacrer les paysans ; obéissez à une loi supérieure, celle qui dit : tu ne tueras point ». Sa voix inondait les baraques. C'était comme si on s'en était pris à un nid d'abeilles. Ils sont arrivés avec les projecteurs et les chiens, nous ont fait redescendre, nous ont battus et nous ont menottés. Le FBI nous a interrogés et nous avons été condamnés à un an et demi de prison. Mais nous avons compris qu'ils ne pouvaient pas nous réduire au silence.

C'était le début de SOAW ?

Oui, quand nous sommes sortis de là, ce fut le massacre des six jésuites au Salvador, le 16 novembre 1989. Une commission parlementaire usaméricaine a découvert que les assassins avaient été entraînés à Fort Benning. En 1990 je suis revenu en Géorgie pour enquêter. Et là s'est créé SOAW, avec un jésuite, un prêtre de République Dominicaine et d'autres anciens du Viet Nam. Nous avons fait une grève de la faim de 35 jours. Nous sommes retournés à Fort Benning pour l'anniversaire du meurtre des Jésuites. Nous avons lancé des bouteilles de notre propre sang (extrait par une infirmière) dans le hall célèbre de l'École. Et nous sommes retournés en prison encore un an et deux mois. En 1996 notre mouvement a pris de l'ampleur quand le Washington Post a publié les manuels de torture. Là le Congrès a dit au Pentagone : « c'est fini, nous ne pouvons pas garder le nom d'École des Amériques. Au lieu de la fermer, ils en ont changé le nom, elle est devenue Institut de Coopération pour la Sécurité de l'Hémisphère (Whisec). C'est comme si on essayait de parfumer une décharge toxique. Nous nous sommes retrouvés tous les mois de novembre devant les grilles du fort, où nous mettons les photos des assassinés, pour demander la fermeture. La dernière fois nous étions 90 000. « Monseñor Romero, presente ! ³était le cri de ralliement. Près de 180 militants ont fait un séjour en prison, mais nous avons fait savoir à Bush que nous ne sommes pas d'accord avec sa politique ni en Amérique latine ni en Irak.

École des assassins

Au Panama, l'École a entraîné des militaires envoyés par les dictatures du cône sud, mais peu de gens savent que l'institution fonctionnait déjà dans les années 1950. « Elle a été créée en 1946, et elle a formé plus de 60 000 soldats de 18 pays (dont près de 4 000 Argentins). Maintenant, la plupart viennent de Colombie, ajoute Bourgeois. L'Argentine a envoyé des militaires depuis le début.

Quel était l'objectif, au départ ?

Le Congrès a voté les crédits de l'École pour « apporter la stabilité à l'Amérique latine ». Mais les soldats qui sortaient de cette école n'avaient qu'une utilité : fournir la force pour imposer la politique extérieure des USA en Argentine, en Bolivie, partout. Henry Kissinger savait ce qu'impliquerait le soutien à Videla, et il savait qu'il devrait être jugé comme les généraux argentins, pour crimes contre l'humanité. En 1984, les médias de Panama titrèrent : « l'École des Assassins ». Face à la pression, Manuel Noriega dit que l'École devait déménager. C'est alors qu'elle a été transportée à Fort Benning, avec un budget de 20 millions de dollars annuels.

Comment se faisait l'instruction au Panama ?

Les manuels de l'École expliquaient les techniques de torture qu'ils enseignaient au Panama, sans donner de précisions. Nous avons pu questionner un Argentin qui sortait de l'École, et il nous a raconté qu'un médecin usaméricain leur apprenait comment garder en vie les prisonniers pendant les séances de tortures. Ils disent qu'on n'enseigne plus la torture et que nous enseignons la démocratie à l'Amérique latine et à l'Irak. Mais comment enseigner la démocratie dans une caserne ?

L'Argentine continue à envoyer des militaires ?

Oui, mais en petit nombre, 30 ou 40 par ans, c'est symbolique, bien moins que jadis. L'École est un symbole de la politique étrangère des USA en Argentine et en Amérique latine. Il est important que l'Argentine dise qu'elle ne s'associe plus à cette école d'assassins et de dictateurs.

Pour en savoir plus : http://www.soaw.org/new/