L’Empire
contre l’humanité
La Mésopotamie est fatale aux Empires...
Irak: L’hécatombe des «faiseurs de guerre»
Par René Naba, 1er juillet 2007
Sur
l'auteur
• Vingt quatre des principaux protagonistes occidentaux de l’intervention
anglo-américaine sont déjà passés à
la trappe de l’histoire.
• Cinq proconsuls américains en Irak en quatre ans (Général
Jay Garner, Paul Bremer, John Negroponte, Zalmay Khalil Zadeh, Ray Crocker)
et quatre commandants en chef, (Tommy Francks, Ricardo Sanchez , John
Abizaid et William Fatton), record mondial absolu de rotation, sans
compter les dommages collatéraux.
• Tony Blair, nouvel émissaire du Quartet au Moyen-Orient,
nouveau Lord Balfour du XXIème siècle ?
Le dégagement quasi-simultané de la scène internationale
de deux artisans majeurs de l’invasion de l’Irak, le premier
ministre britannique Tony Blair et le président de la Banque
Mondiale , Paul Wolfowitz, fin juin 2007, signe symptomatiquement l’échec
de l’aventure américaine en Mésopotamie.
Au terme de dix ans de pouvoir (1997-2007, l’ancien jeune premier
de la politique britannique quitte la scène publique affligé
du quolibet accablant de «caniche anglais du président
américain» et d’un jugement peu flatteur sur son
action , «le plus mauvais bilan travailliste depuis Neville Chamberlain,
en 1938, (responsable des accords défaitistes de Munich face
à l’Allemagne hitlérienne), et Anthony Eden, (maître
d’oeuvre du fiasco de Suez, l’agression anglo-franco-israélienne
contre l’Égypte nassérienne), en 1956» (1),
selon l’expression du journaliste anglais Richard Gott.
Fatale à son destin, la désinvolture avec laquelle George
Bush a traité Tony Blair au sommet des pays industrialisés
de Saint-Pétersbourg en pleine guerre d’Israël contre
le Liban, en juillet 2006, -le «Yo Blair» asséné
par Bush, la bouche pleine, mâchonnant un croissant, au Premier
ministre britannique venu lui demander l’autorisation d’effectuer
une mission diplomatique au Moyen-Orient, une image amplifiée
par les télévisions transcontinentales-, a achevé
de discréditer le meilleur allié européen de l’Amérique
et fait apparaître rétrospectivement l’ingratitude
comme un châtiment mérité à l’égard
des courtisans au zèle excessif. Sa nomination comme nouvel émissaire
du Quartet pour le Moyen-orient apparaît comme un lot de consolation
de la part du fidèle allié américain, mais l’activisme
belliciste qu’il a déployé tout au long de son mandat
(Guerre du Kosovo, Guerre d’Afghanistan, Guerre d’Irak)
et sa nouvelle implication dans le conflit israélo-arabe, lui
a valu de la part de l’opinion arabe le sobriquet du «nouveau
Lord Balfour du XXIème siècle», par référence
au rôle joué par son prédécesseur anglais
dans le surgissement du problème palestinien.
En cinquante mois de guerre en Irak, de mars 2003 à juillet 2007,
vingt-trois (23) personnalités de premier plan ayant joué
un rôle majeur dans la préparation et la conduite de l’intervention
anglo-américaine, sont déjà passées à
la trappe de l’histoire.
À chaque mois sa victime expiatoire, avec une régularité
de métronome. Le premier dans l’ordre des disparus est
le général Jay Garner, premier gouverneur militaire américain
de l’Irak, relevé de son poste en mai 2003 pour avoir manqué
de diplomatie, suivi trois mois plus tard, en juillet 2003, par le Général
Tommy Franks, le commandant en chef du CENTCOM, le commandement central
de la zone intermédiaire entre l’Europe et l’Asie,
qui englobe les théâtres d’opération d’Afghanistan
et d’Irak. L’homme, couvert de gloire pour avoir mené
à bien ses deux guerres, a demandé sa mise à la
retraite anticipée, dépité d’avoir échoué
dans la stabilisation de l’Irak de l’après-guerre.
Deux autres généraux ont payé le prix du scandale
des tortures à la prison d’Abou Ghraïb, à Bagdad:
le général Janis Karpinkski, une femme, responsable en
chef des prisons, qui a supervisé les tortures et passible de
ce fait de sanctions disciplinaires, ainsi que le général
Ricardo Sanchez, commandant opérationnel pour l’Irak, qui
a demandé sa mutation vers l’Allemagne, de crainte de servir
de fusible pour les bavures américaines. Sanchez a quitté
son poste en Août 2004, un mois après le départ
anticipé de Paul Bremer III, le deuxième proconsul américain
en Irak, qui a cédé sa place le 28 juin 2004 à
John Negroponte. Le 3eme commandant en chef, le libano-américain
John Abizaid, victime du rapport Baker-Hamilton, critique sur les revers
militaires américains en Irak, a cédé la Place
à l’Amiral William Fatton, début 2007,
Le spectacle affligeant de l’évacuation de Paul Bremer
renvoie aux pires images de la débandade du Vietnam. Le départ
précipité du proconsul américain, s’engouffrant
à bord d’un hélicoptère moteurs allumés,
rotors en action, a propulsé dans l’opinion l’image
d’un homme pressé de se décharger de ses responsabilités.
Pour un homme réputé pour sa fermeté dans la lutte
anti-terroriste, c’est l’image contraire qui a prévalu.
Celle d’un homme qui bat en retraite, l’image d’un
sauve-qui-peut, d’une Amérique encore assommée par
la virulence de l’opposition populaire irakienne à sa présence.
Une image qui renvoie aux pires images de la Guerre du Vietnam, surtout
à la plus célèbre d’entre elles, celle de
l’hélicoptère s’élançant du
toit de l’ambassade américaine avec le personnel de la
mission diplomatique à bord, le jour de la chute de Saigon, le
30 avril 1975. L’Amérique a raté sa sortie symbolique
d’Irak, tout comme elle avait auparavant perdu sa guerre psychologique
dans la bataille de l’opinion, tout comme elle patauge militairement
dans sa guerre contre le terrorisme.
La photo du proconsul américain conversant, dans une sorte de
comédie imposée, avec des affidés bedonnants et
sans âme, avachis sur un fauteuil, tel premier ministre Iyad Allaoui,
l’agent patenté de la CIA, promu par le fait du prince,
Premier ministre fantoche d’un pays fantôme, va gommer dans
la mémoire collective celle du déboulonnage de la statue
de Saddam Hussein sur la Place Fardaous , à Bagdad, le 8 avril
2003, jour de l’entrée des troupes américaines dans
la capitale irakienne. Autant la mise en scène de la destitution
de la statue présidentielle était une mystification, autant
le transit du pouvoir du 28 juin a été une réalité.
Cruelle. A la mesure des déboires des États-Unis en Irak.
Son successeur John Negroponte, l’homme de la déstabilisation
du Nicaragua sandiniste et du blocus du port de Managua, tiendra lui
aussi un an avant de réfugier dans le confort douillet des Nartions
Unies en tant qu’ambassadeur des États-Unis auprès
de l’organisation internationale.
2004 a également vu la démission de David Key, le chef
du corps des inspecteurs américains, qui a voulu renoncer à
ses responsabilités en signe de protestation contre les défaillances
de son service dans la recherche des armes de destruction massive. Le
corps des inspecteurs américains comptait 1.400 membres. Key
a estimé que son service et l’ensemble de l’administration
républicaine avaient failli dans sa mission. Il en a tiré
les conséquences, les autres dirigeants américains ont
été conduits à assumer leurs responsabilités
ou servir de fusible pour masquer les défaillances de l’administration
Bush ou ses mensonges.
Il en été ainsi de Georges Tenet, ancien chef de la CIA
(service de renseignements américains) qui se targuait de fournir
des preuves en béton, sur les armes de destruction massive (ADM)
a été relevé de son poste en juin 2004, ainsi que
son adjoint pour les opérations spéciales clandestines,
James Javitt.
Parmi les autres protagonistes de l’invasion américaine,
l’ONU paiera, la première, son lourd tribut de sang avec
l’attentat aussi spectaculaire que meurtrier contre le brésilien
Sergio Vieira de Mello, Haut Commissaire aux Droits de l’Homme
des Nations Unies, le 20 Août 2003, qui a ravagé le siège
de l’organisation internationale dans la capitale irakienne, faisant
22 morts, dont 16 fonctionnaires internationaux.
Au niveau de la coalition, deux des fleurons de la coalition, José
Maria Aznar (Espagne) et Silvio Berlusconi (Italie) ont été
désavoués par le corps électoral. L’Espagnol
a été éliminé de la vie politique pour cause
de mensonge.pour avoir mis en cause l’ETA, l’organisation
séparatiste basque dans les attentats de Madrid, qui avaient
fait, le 14 mars 2004, 200 victimes, et non les islamistes, afin de
détourner l’attention sur sa responsabilité dans
l’implication de son pays dans la guerre d’Irak.
Partenaire privilégié de l’aventure américaine
en Irak, le Royaume-Uni en a lui aussi payé le prix fort: Outre
l’attentat de Londres et le suicide du scientifique David Kerry,
Alistair Campbell, ancien conseiller du Premier ministre britannique
Tony Blair, le «spin doctor» par excellence, le plus en
vogue des manipulateurs de l’opinion, a été sacrifié
par son mentor, en 2004, avant que le Premier ministre lui–même
ne cède la place à son rival travailliste Gordon Brown,
en juillet 2007.
En Irak, le sort de Ahmad Chalabi illustre le statut singulier des supplétifs
des forces d’occupation et mérite à ce titre réflexion.
Opposant notoire au régime baasiste, partisan farouche de la
guerre, protégé de l’ultra-faucon, Paul Wolfowitz,
secrétaire adjoint à la Défense, premier responsable
de l’autorité transitoire, Chalabi, le propagateur des
thèses américaines sur la présence d’armes
de destruction massive en Irak, sera sacrifié sur l’autel
de la raison d’État en vue de donner satisfaction à
la Jordanie , un des piliers de l’Amérique dans la zone,
qui lui vouait une hostilité absolue.
L’homme-lige des Américains a été dépouillé
de ses attributs de pouvoir d’une manière humiliante, avec,
en prime, l’imputation de tous les revers de ses alliés
anglo-américains: l’éradication du parti Baas, ossature
de l’administration, le démantèlement de l’armée,
la seule force réglementaire du pays en mesure de le stabiliser,
ainsi que l’absence d’armes de destruction massive. Comme
si un simple autochtone pouvait dicter sa conduite à la première
puissance militaire du monde.
Le sort des supplétifs n’est jamais enviable. Tous ceux
qui seraient tentés de jouer la carte de la collaboration feraient
bien d’y penser, notamment les Kurdes, en songeant à la
douloureuse et ingrate expérience des Harkis, les collaborateurs
de la France durant la guerre d’Algérie, ou encore aux
miliciens de l’armée du Sud-liban, lamentablement abandonnés
à leur sort par leurs protecteurs israéliens au moment
du dégagement militaire israélien du Liban.
À la veille de l’intervention américaine en Irak,
George Bush Jr, renouant avec les vieilles habitudes des cow-boys américains,
avait édité un jeu de cartes de 52 cartes consignant les
52 dirigeants irakiens les plus recherchés par ses services.
Ivre de sa victoire et fier de leur capture, Bush n’avait pas
prêté attention au fait que ce jeu de cartes se jouait
désormais à contresens et qu’il portait désormais
sur les protagonistes américains de la guerre.
Beaucoup d’ailleurs au sein de la haute administration républicaine
sont passés à la trappe: Colin Powell, premier secrétaire
d’État afro américain, s’est désolidarisé
de l’équipe néo-conservatrice, inconsolable d’avoir
été piégé par l’éprouvette
de farine qu’il avait brandie en guise de preuves quant à
l’existence de produits nucléaires en Irak, une prestation
qui demeurera, de son propre aveu, une «tache» dans son
parcours auparavant exemplaire.
Ronald Rumsfeld, un des deux architectes de cette guerre avec le vice-président
Dick Cheney, a été évincé de son poste de
secrétaire à la Défense après la déroute
électorale républicaine de novembre 2006, de même
que l’ultra-faucon John Bolton de son poste d’ambassadeur
aux Nations Unies, ainsi que Scott Libby, du cabinet du vice-Président,
coupable de coupable d’avoir cherché à discréditer
et de déstabiliser un diplomate américain, John Watson,
qui avait conclu à l’absence de transaction atomique entre
le Niger et l’Irak, en révélant l’identité
professionnelle de son épouse (une agente de la CIA), crime fédéral
par excellence. L’Affaire «Valerie Palme» du nom de
l’épouse de l’ambassadeur à l’activité
dévoilée, a valu à Scott Libby une condamnation
à trente mois de prison, en juin dernier.
Larry Franklin, un des collaborateurs des ultra-faucons, le tandem Paul
Wolfowitz et Douglas Faith, respectivement N° deux et trois du ministère
de la défense, soupçonné d' espionnage pour le
compte du lobby juif américain et d'Israël dans la préparation
de la guerre, a été sanctionné, de même que
Benjamin Ginsberg, avocat républicain et membre du comité
pour la réélection de George Bush, en 2004, sanctionné
aussi pour avoir conseillé les auteurs d'un spot publicitaire
anti-John Kerry, le rival démocrate de Bush, mettant en doute
sa bravoure durant la guerre du Vietnam (1960-1975).
Fin juin 2007, coup sur coup, outre Tony Blair, le Premier ministre
britannique, Paul Wolfowitz, gouverneur de la Banque Mondiale , a été
contraint de dégager son poste contraint à la démission
pour népotisme. La photo de l’un des grands acteurs internationaux
les mieux rémunérés de la planète visitant
une mosquée de Turquie, les chaussettes trouées, a accentué
le discrédit occidental dans le tiers monde. Victime du syndrome
irakien, le chef d’État-major inter-armes américain,
le Général Peter Pace, un homme proche de Donald Rumsfeld
et qui a participé activement aux guerres d’Afghanistan
et d’Irak, cessera ses fonctions en septembre, «par crainte
d’une nouvelle controverse sur l’Irak », à
la reprise des travaux du Congrès américain pour la dernière
année du mandat du président.
Auparavant, l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri a
été assassiné à Beyrouth, le 14 février
2004, victime d’un dommage subséquent résultant
du retournement proaméricain de son ami le Président français
Jacques Chirac, le principal opposant occidental à l’invasion
de l’Irak, alors que l’un des principaux alliés régionaux
de l’Amérique, le Premier ministre israélien Ariel
Sharon, maître d’œuvre de la colonisation rampante
de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, l’homme des assassinats
extrajudiciaires contre les dirigeants islamistes Cheikh Ahmad Yassine
et Abdel Aziz Rantissi et de la mise en séquestration du président
démocratiquement élu de la Palestine Yasser Arafat, sombrait
dans le coma, en janvier 2004, illustration symbolique de l’échec
d’une politique de force.
Dans le camp adverse, la famille de Saddam Hussein a été
littéralement décapitée, lui-même et son
frère Barzane, pendus dans des conditions hideuses, alors que
ses deux fils Ouddai et Qossaï et son petit fils, Moustapha, étaient
auparavant tués lors d’un raid dans le nord de l’Irak,
en 2003. Dans cette rubrique figure aussi l’élimination,
en juin 2006, d’Abou Moussab Al Zarkaoui, chef opérationnel
d’Al Qaîda en Irak, une organisation inexistante dans ce
pays du temps du régime baasiste. Maigre bilan.
Certes la zone est durablement déstabilisée par les conflits
interethniques entre Kurdes et Arabes, Chiites et Sunnites, et leur
exacerbation par leur prolongement régional, l’implantation
américaine à l’épicentre du monde arabe,
Bagdad, l’ancienne capitale des Abbassides a accentué la
dépendance arabe à l’égard de l’Amérique,
mais les déboires quasi-quotidiens de l’hyperpuissance
planétaire ont considérablement entamé sa crédibilité
et sa capacité dissuasive au point que se pose la question du
maintien de son leadership mondial à moyen terme.
Sur fond de scandales récurrents du pillage du musée de
Bagdad, des tortures de la prison d’Abou Ghraïb, des mensonges
sur les armes de destruction massive, de l’espionnage du siège
de l’ONU à New York, Tony Blair a supprimé du lexique
politique le terme de «guerre contre le terrorisme», tandis
que les néo-conservateurs renonçaient, dans l’ordre
symbolique, à imposer le nouveau drapeau irakien aux couleurs
israélo-kurdes (bleu et jaune) et jeter aux oubliettes la démocratisation
de la zone au sein d’un « grand Moyen-Orient» (GMO),
rétablissant sous la pression populaire, suprême infamie,
le drapeau saddamien, reprenant même langue avec les anciens baasistes
pour faire pièce aux Chiites, les vainqueurs par défaut
de cette guerre.
En guise d’épilogue provisoire à ce cataclysme figurent
deux vedettes de la communauté médiatique, témoin
sinon complice du moins passive de ce déchaînement de mensonges
et de violences: Judith Miller, célèbre journaliste du
New York Times, qui passe pour avoir joué un rôle actif
dans la désinformation sur la présence d’armes de
destruction massive en Irak, ainsi que Jean-Marie Colombani, victime
tout à la fois de sa trop grande proximité avec le conseillers
des princes de la finance, Alain Minc, et des dérives de la financiarisation
extrême de la vie publique, dont l’ancien patron désavoué
le 22 mai 2007 du journal Le Monde, fut le chantre dans l’une
des plus célèbres fanfaronnades de la première
décennie du XXIème siècle «Nous sommes tous
américains».
Fin 2007, l’Irak aura coûté aux États-Unis
500 milliards de dollars (378 milliards d’euros) et le montant
total pourrait atteindre voire dépasser les 1.000 milliards (600
milliards d’euros). Ni la Corée ni le Vietnam n’avaient
coûté autant, alors que la guerre du Vietnam (1960-1975)
avait duré quinze ans et que le corps expéditionnaire
américain s’élevait à cinq cent mille soldats
(2). Si la guerre d’Irak devait se prolonger, ce qui est probable,
elle aura coûté davantage que la Seconde Guerre mondiale
(1940-1945), la plus chère à ce jour (2.000 milliards
de dollars en dollars constants/1.500 milliards d’euros).
Le corps expéditionnaire américain en Irak s’élevait,
en juin 2007, à 150.000 soldats, secondés par 100.000
mercenaires, une flotte de onze bâtiments dont deux porte-avions
et neuf bâtiments d’escorte, 16.000 marins, 140 avions de
combats, ainsi que des contingents anglais, australiens etc.) et une
ambassade transformée en bunker dans l’enceinte de l’ancien
palais présidentiel irakien la «Zone Verte». Au 10
juin, 3.500 soldats américains avaient été tués
dans des attentats en Irak, soit en moyenne 2,5 soldats par jour depuis
cinquante mois.
L'enrôlement massif de mercenaires, l'appât du gain, l'ivresse
de l'aventure militaire hors norme, les sanctions économiques
infligées à la Syrie pour la contraindre à freiner
les infiltrations des Djihadistes, les pressions sur l’Iran, suffiront-ils
pour assurer la victoire d’un pays à la dérive de
ses principes moraux ? D’une armée perçue comme
occupante même par l’un des meilleurs alliés des
États-Unis dans le monde arabe, le Roi Abdallah d’Arabie
saoudite?
La décapitation massive au sein du leadership occidental intervient
à la veille d’un mois plus que tout chargé de symbole
pour l’Irak, le mois de juillet, mois de toutes les commémorations,
un des temps forts du rituel baasiste irakien pendant 36 ans, qui commémore,
coup sur coup sur l’anniversaire de l’abolition de la monarchie
(14 juillet 1958), l’arrivée au pouvoir à la faveur
d’un contre-coup d’État du parti Baas (17 juillet
1968), ainsi que, depuis 2004, l’anniversaire du transfert du
pouvoir américain à l’Irak post-Saddam.
Au vu de cette hécatombe et de ce tragique bilan stratégique,
ce qui devrait hanter l’Amérique désormais en Irak,
ce n’est pas tant le spectre du Vietnam mais plutôt un sort
identique à l’empire d’Alexandre le Grand, dont la
Mésopotamie fut le fossoyeur.
Notes
1- «Départ sans gloire pour M. Anthony Blair», par
Richard Gott, Le Monde diplomatique, juin 2007
2- « The Price of Liberty: Paying for America’s Wars »
("Le Prix de la liberté: le coût des guerres de l’Amérique")
par Robert Hormats, haut responsable de la banque d’affaires Goldman
Sachs.
Irak, le plus important champ de mercenariat
du monde
par
René Naba, Paris, 28 Mai 2007
Les mercenaires occidentaux constituent
le plus gros contingent après le contingent américain
6.000 dollars pour la protection rapprochée
d'un entrepreneur, 8.000 dollars pour une personnalité
Les États-Unis et l’Iran se retrouvent
le 28 mai à Bagdad pour tenter de convenir d’un mode opératoire visant
à la stabilisation de l’Irak, avec en toile de fond un agenda diplomatique
soutenu par un important déploiement naval américain dans le Golfe.
En prévision de ce calendrier diplomatique,
marqué en outre par les débats du Conseil de Sécurité de l’Onu en vue
de l’adoption d’une résolution contraignante sur la création d’un tribunal
international chargé de définir les responsabilités dans l’assassinat
de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri (14 février 2005)
et par la réunion jeudi 1er juin à Madrid entre l’Iran et
l’Agence atomique de Vienne, les États-Unis ont dépêché cette semaine
neuf bâtiments de la flotte en appui aux deux porte-avions déjà présents
aux larges des côtes iraniennes.
Trois jours avant la réunion de Bagdad,
les États-Unis ont envoyé, en urgence, vendredi 25 mai, au Liban huit
avions cargos chargés de renforts militaires en soutien à l’armée libanaise
en confrontation contre les combattants du «Fatah Al-Islam», groupe
radical se réclamant d’AL-Qaïda dans le nord du Liban, et débloqué 80
millions de dollars au président palestinien Mahmoud Abbas pour équiper
sa garde rapprochée et la renforcer face à ses rivaux du Hamas, dont
las combattants, à Gaza, sont pourchassés par les hélicoptères israéliens.
.
Les États-Unis paraissent avoir voulu mettre
une pression maximale pour tenter de sortir du guêpier irakien dans
lequel ils se sont placés au prétexte de «la guerre contre le terrorisme».
Signe indiscutable de la détermination américaine, la décision de la
majorité démocrate du Congrès américain de renoncer à conditionner le
financement de l’effort de guerre américain à la fixation d’une date
de retrait des troupes américaines d’Irak. Au total, les Etats-UInis
comptent 120.000 soldats américains soutenus par la flotte du Golfe,
deux portes-avions, neuf bâtiments d’escorte, soit 16.000 marins et
140 avions de combats.
Toutefois, l’Iran, pour l’Irak, la
Syrie, pour le Liban, sont régulièrement pointés du doigt, mais cette
accusation quand bien même est fondée occulte toutefois la responsabilité
des pays occidentaux dans la déstabilisation régionale, notamment
à travers leurs mercenaires.
A intervalles réguliers, en effet, les
médias occidentaux pointent du doigt les infiltrations transfrontalières,
en provenance tant de Syrie que d'Iran, pour expliquer les difficultés
militaires occidentales en Irak, imputant la recrudescence des opérations
anti-américaines, tantôt à la jonction entre les partisans du mouvement
«Al-Qaîda» d’Oussama Ben Laden et les résistants irakiens, tantôt à
la guerilla chiite, occultant le phénomène majeur de la guerre d'Irak,
le mercenariat à vaste échelle de type occidental.
En 48 mois de guerre (quatre ans),
l'Irak, le plus important champ de tir de l'époque contemporaine, est
devenu le plus important champ de mercenariat du monde. Près de
cent mille gardes privés (100.000), le terme pudique employé pour désigner
les mercenaires des temps modernes, sont en mission dans ce pays, au
point de constituer le deuxième contingent par ordre d'importance opérant
en Irak, derrière les États-Unis, surpassant de loin l'ensemble des
autres forces de la coalition (britanniques, polonais, australiens etc.),
selon les estimations occidentales (1).
Le recours au mercenariat se justifie
pour de multiples raisons:
-une commodité comptable d'abord, car en
cas de décès, les mercenaires ne figurent pas sur la liste des bilans
officiels américains ou anglais,
-une commodité opérationnelle ensuite car
les mercenaires ne sont pas soumis aux astreintes militaires et disposent
d'une plus grande marge de manoeuvre. En cas de scandale, comme c'est
le cas avec les tortures de la prison d’Abou Ghraïb, l'honneur d’un
pays n’est pas entaché dans la mesure où la responsabilité de la forfaiture
en incombe aux sous-traitants.
Le maître d'oeuvre de l'opération mercenariat
en Irak est la firme américaine Blackwater, une firme de "prestataires
de service", créée en 1997, par Erik Prince, héritier
d'une riche famille de chrétiens ultraconservateurs du Michigan et ancien
membre des commandos de marine, les «Navy Seal».
Blackwater, -étymologiquement l'eau noire
qui signifie en langage imagé les eaux d'égouts transportant les matières
fécales des toilettes non recyclables-, connaîtra un développement fulgurant
avec "la guerre contre le terrorisme" lancé par le président
George Bush en riposte aux attentats anti-américains du 11 septembre
2001.
En 2002, dans la foulée de l'invasion de l'Afghanistan, Erik Prince
fait des offres de service au Pentagone. Donald Rumsfeld, soucieux
de restructurer la machine de guerre américaine. développe la sous-traitance
de certaines opérations à des forces spéciales dotées d' armes de haute
technologie. Blackwater obtient, sans appel d'offres, son premier contrat, en
avril 2002, d'une valeur de cinq millions de dollars pour la protection
du siège de l'agence à Kaboul.
Un an plus tard, la société décroche le gros lot avec le contrat
de protection du proconsul américain en Irak, Paul Bremer, un
contrat emporté toujours sans mise en concurrence. A partir de
ce moment, Blackwater recrute sa propre armée privée sur le Tigre et
l'Euphrate, et les commandes pleuvent.
L'entreprise ouvre des bureaux à Bagdad, mais aussi à Amman, Koweït
City et McLean, en Virginie, à équidistance du Pentagone, de la
Maison Blanche et de la CIA. 450 experts répartis dans deux succursales de la firme à Bagdad
et à Kuwait City, sont affectés au recrutement, à la centralisation
des candidatures, les contrats de mission et les lieux d’affectation,
ainsi qu'au ravitaillement.
Blackwater connaîtra la notoriété à Falloujah
(Irak) où elle s'est tristement illustrée avec la capture de quatre
de ses membres, révélant aux États-Unis et au reste du monde ses méthodes
expéditives. La capture de ses "prestataires de service",
le 31 Mars 2004, -quatre jeunes gens d'une trentaine d'années,
en tenue civile, sans grade ni uniformes-, ainsi que le démembrement
de leur dépouille à coups d'armes contondantes après leur décès dans
les combats, puis leur exposition sur le pont de l'Euphrate, va déclencher
l'un des combats les plus meurtriers de la guerre d'Irak, la bataille
de Falloujah qui réduira cette ville sunnite en cité fantôme.
En ce mois d'avril 2004, qui passe
pour avoir été l'un des points les plus chauds de la confrontation américano-irakienne,
80 mercenaires seront tués dans les batailles de Falloujah, de Bagdad
et de Nadjaf, dont 14 dans la première quinzaine d'avril. C’est d'ailleurs
la capture et la mutilation de quatre mercenaires à proximité de Falloujah,
dans le secteur sunnite de l'Irak, qui a déclenché les batailles d'avril.
Récidiviste, Blackwater s'illustrera trois mois plus tard dans la
deuxième grande bataille d'Irak, la bataille de Najaf, dans le sud de
l'Irak, lieu saint chiite et fief du chef radical Moqtada Sadr.
La firme avait assuré la protection du quartier général de la
coalition provisoire irakienne à Najaf. Le Washington Post avait affirmé à l'époque que
la défense du bâtiment avait été assurée par des hommes de Blackwater
et qu'au plus fort de la bataille, les mercenaires s'étaient fait ravitailler
en munitions par trois de leurs propres hélicoptères, s'attirant les
félicitations publiques du général en charge des opérations de
sécurité en Irak, alors que les mercenaires ne font traditionnellement pas partie
de la chaîne de commandement de l'armée américaine.
Depuis lors Blackwater est devenu le supplétif indispensable de l'armée
américaine, Armée fantôme, Blackwater est une multinationale prospère,
fonctionnant en toute opacité.
En quelques années, la firme passe d'une poignée d'employés à 2 300
personnes déployées dans neuf pays, et développe une base de donnée
de 21 000 candidats: anciens militaires américains et soldats étrangers,
tous alléchés par l'idée d'empocher quatre à dix fois leur solde, avec
moins de contraintes. Les revenus bondissent de quelques millions de
dollars à plus d'un milliard uniquement grâce à des contrats avec
le gouvernement des États-Unis.
En tête du hit parade des « PMC » (private military contractors),
Blackwater ne rend en effet aucun compte au public. Ses contrats sont
classés secret défense et ses opérations sur le terrain se déroulent
dans une discrétion absolue.
Les hommes de terrain sont fournis par diverses agences privées notamment
DSL (Defence Systems Limited). Fondée par Allistair Morisson,
un ancien de la SAS (special
air services), les troupes d’élite de l’armée de l’air britannique,
DSL dispose d’une armée privée de vingt mille hommes et se présente
comme l’une des plus grandes compagnies militaires privées.
Rachetée en 1997 par Armor Holdings
Inc, DSL assure la fourniture de la gamme de services allant de
la répression des émeutes (gaz lacrymogènes, matraques, véhicules blindés,
gilets pare-balles) à la protection à distance des personnalités (système
d’alerte, limousines blindées). En France, Armor-DSL est propriétaire
de la société Labbé, spécialiste de la construction des fourgons blindés
utilisés par le convoyeur de fond «Brinks».
Armor-DSL
s’est rendue célèbre dans ses interventions en Angola aux côtés du chef
sécessionniste Jonas Savimbi, président de l’UNITA, ainsi qu’en Colombie
contre les narco-trafiquants. Elle dispose de dix centres régionaux
d’opération à Londres, Washington, Bogota, Johannesbourg, Moscou, Hong
Kong ainsi qu’à Harare (Zimbabwe) et au Bahreïn.
Le recrutement se fait aussi par Internet,
au su et au vu de tout le monde. Le tarif est variable selon l’importance
de la cible potentielle: Six mille dollars par mois pour un garde du
corps chargé de la protection rapprochée des hommes d’affaires, entrepreneurs,
en quête de richesse et de gloire (BG/CP body guard close protection),
huit mille dollars pour la protection d’une personnalité importante.
Les recrues proviennent des pays réputés
pour la rudesse de leur formation militaire: Afrique du sud, Ukraine,
Russie, Anglais, Américains, les ressortissants d’Amérique latine, notamment
des Chiliens ainsi que des Népalais –qui ont une longue tradition de
mercenariat, qu’on se rappelle les fameux gurkhas de l’Empire britannique
- et pour leur teint davantage en harmonie avec les caractéristiques
du type arabe, ainsi que naturellement, les ressortissants du Moyen-Orient
et de l’ensemble arabe pour des taches d’interprétariat et de décryptage
d’informations.
Une répartition des tâches semble s’être
opérée entre les firmes américaines et britanniques. Si les Anglais
sont présents dans leur ancienne zone d’influence, notamment les émirats
pétroliers du Golfe, l’Amérique a la haute main sur l’Arabie Saoudite
et le reste du Moyen-Orient.
Outre Defense Systeme Ltd, la
Grande-Bretagne dispose d’une deuxième compagnie privée de mercenariat,
«Watchguard», dont le siège est à Guernesey, îles britanniques.
Fondée en 1967 par David Sterling, un ancien des commandos de l’air
britanniques (Special Air Services), Watchguard passe pour être un instrument
d’influence de la diplomatie britannique.
A son palmarès figurent la protection
de Cheikh Zayed Ben Sultan Al-Nahyane, Cheikh d’Abou Dhabi et président
de la Fédération des Émirats du Golfe, ainsi que l'encadrement des troupes
omanaises dans la répression de la guérilla marxiste du Dhofar, dans
les années 1965-1970.
Outre Blackwater, les
États-Unis comptent, eux, deux grandes sociétés privées
militaires: Vinnell Corp, dont le siège est à Fairfax, en Virginie,
et BDM international. Toutes deux filiales de la multinationale
Carlyle, elles apparaissent comme les bras armés privilégiés de la politique
américaine en Arabie et dans le Golfe. Vinnel corp, dont la mission
saoudienne a fait l’objet d’un attentat à Khobbar en 1995, a la haute main sur la formation de la
Garde nationale saoudienne, tandis que BDM gère la formation du personnel
de l'armée de l'air, de la marine et des forces terrestres saoudiennes.
L'establishment militaire américain ne
se cache d'ailleurs pas des liens qu'il entretient avec le mercenariat
privé: ainsi le groupe Carlyle est dirigé par Franck Carlucci, ancien
directeur adjoint de la
CIA et ancien assistant de Caspar Weinberger, secrétaire à la Défense dans l'administration Reagan,
alors que John Deutsch, ancien directeur de la CIA, est membre du conseil d’administration de
CMS Energy Corporation, firme chargée de la protection des installations
énergétiques (pétrole, nucléaire, électricité).
Le lien le plus manifeste de la collaboration
entre le mercenariat privé et le Pentagone est l'existence de MPRI
(Military Professionnal Resources Incorporated), le plus grand groupe
d'expertise militaire dans le monde. Son fichier dispose de deux mille
noms d’officiers du Pentagone, utiles tant pour le lobbying que pour
l'expertise.
La France a adopté un profil bas depuis la disparition
de Bob Denard, le célèbre baroudeur africain et ses déboires français
tant en Irak que sur le continent noir. En l’absence d’un chef charismatique
capable de fédérer des soldats aussi récalcitrants à la discipline,
elle a opéré une modeste percée en Irak à l’aide d’une petite structure
«EARTHWIND HOLDING CORPORATION». Première et unique société militaire
privée francophone opérationnelle dans le monde, EARTHWIND Holding dispose
de 30 à 40 anciens militaires et policiers français en Irak pour la
sous-traitance des missions auparavant imparties aux officiers anglophones.
La France dispose en outre
d’une structure paritaire, la DCI (Defense Compagnie internationale),
dont l'État français possède 50 pour cent du capital et le reste
est réparti entre les industries françaises de l’armement (Thales, Dassault
etc..) avec une structure pour chaque discipline. La Cofras (Compagnie française d’assistance
spécialisée), pour l'armée de terre, Navco, pour la marine,
Airco pour l'armée de l'air. Au capital de 21,3 millions d'euros et
1200 employés, Defense compagnie internationale (DCI) a eu en charge
la formation des servants saoudiens du contrat Sawari, de fourniture
du matériel militaire français à l'Arabie Saoudite.
Le
panorama du mercenariat international serait incomplet si l'on omettait
de faire figurer l'Afrique du sud et Israël, les anciens partenaires
de la période coloniale: Les anciens officiers et militaires de race
blanche du temps de l'apartheid, déçus par la tournure politique prise
par leur pays gouverné désormais par la majorité noire, se sont lancés
dans un rôle de super-gendarmes privés du continent noir, faisant de
la firme sud-afriaine «EXECUTIVE OUTCOMES» la forme la plus achevée
du mercenariat moderne.
Fort d'un vivier permanent de 2.000 hommes
solidement formés et encadrés, «Executive outcomes» passe contrat «guerre
clefs en main» prenant en charge la formation et l'équipement des forces
locales, leur ravitaillement, ainsi que la riposte militaire en cas
de revers militaire de manière à assurer la victoire au cocontractant.
Ses titres de gloire sont respectivement le Sierra Leone ou en coopération
avec les forces britanniques elle a évincé le président Charles Taylor,
ainsi qu'en Angola, où elle a contribué à la consolidation du régime
Dos Santos, s'incrustant au passage dans le trafic des pierres précieuses.
Israël, enfin, dispose de LEV-DAN, filiale de Kardan
Investment, firme spécialisée dans le commerce du diamant en Angola
et au Zaïre, qui lui sert d'ailleurs de couverture dans ces deux pays,
véritable plaque tournante de la contrebande internationale des pierres
précieuses. Lev-Dav a aidé l'ancien président congolais Pascal Lissouba
dans sa bataille pour le contrôle de Brazzaville contre son rival Sassou
Nguesso à la fin des années 1990. Fondée par le général Zeev Zakron, Lev DAN a
mis sur pied la milice de l'officier libanais dissident Saad Haddad,
à qui elle a confié le contrôle de la zone de sécurité durant la guerre
civile libanaise (1975-1990).
Lev-Dan agit de concert avec le Shin Beth,
les services de renseignements israéliens, et, s'agissant du Moyen-Orient,
en coordination avec le bureau des «minorités périphériques», le vocable
par lequel les services israéliens désignent les ressortissants des
pays arabes qu'ils croient susceptibles de collaborer avec eux,
comme ce fut le cas lors de la guerre du Liban avec les Forces Libanaises
(1975-2000), et comme c’est le cas dans la nouvelle guerre d' Irak avec
les supplétifs kurdes de l'armée américaine et d’anciens des « Forces
Libanaises» (miliciens chrétiens libanais, jadis dirigés par l’un des
chefs de la coalition pro-américaine libanaise Samir Geagea) recyclés
dans des sociétés militaires privées tant américaines qu’israéliennes.
En Irak, selon des informations de la chaîne britannique BBC 2, des
instructeurs israéliens formeraient des soldats kurdes. Le magazine
Newsnight du 19 septembre 2006 avait présenté des images exclusives
de vastes installations et de ces entraînements. Interop et Colosseum,
deux sociétés israéliennes de mercenariat serviraient de couverture
à cette activité de l'armée israélienne. Les officiers transiteraient
par Djibouti pour masquer leur origine.
Les
Israéliens auraient pris la succession de sociétés américains de mercenariat,
déjà présentes au Kurdistan irakien depuis la création de la zone de
non-survol, à l’issue de l’opération Tempête du désert, en 1991. La
présence d’instructeurs israéliens en Irak avait été révélée, il y a
plus d’un an, par la presse israélienne elle-même, mais les détails
de cette opération n’étaient pas connus. Les néo-conservateurs entendent
créer un Kurdistan indépendant en faisant exploser l’Irak et en amputant
à la fois la Turquie et la Syrie. Ce projet nécessite la création d’une
armée kurde. Constituée par d’anciens peshmergas, les maquisards kurdes,
l’armée du Kurdistan a dejà été sollicitée pour des opérations de maintien
de l’ordre à Bagdad au cours du premier semestre de 2007 dans le cadre
du plan de sécurisation de la capitale irakienne, suscitant en représailles
de sanglants attentats dans le nord kurdophone de l’Irak.
La
privatisation de la violence et sa marchandisation via des sociétés
militaires privées est un secteur en plein essor industrie en plein
essor générant un bénéfice annuel de plus de cent milliards de dollars
(2). A lui seul le gouvernement américain aurait dépensé en moins d’une
décennie (la période 1994-2002) quelque 300 milliards de dollars auprès
de telles sociétés présentes dans une trentaine de pays, principalement
dans le monde arabe et l’Afrique. Recrutés souvent dans les cercles
xénophobes de l’extrême-droite fascisante, ces «chiens de guerre» dont
l’honorabilité est recyclée dans le professionnalisme des sociétés militaires
privées et dans la défense des «valeurs de l’Occident» apparaissent
à bien des égards comme les gardiens de l’ordre économique, l’expression
moderne de l’impérialisme, l’instrument le plus efficace de la perpétuation
du joug colonial.
Fin 2007,
l’Irak aura coûté aux États-Unis 500 milliards de dollars (378 mds d’euros)
et le montant total pourrait atteindre voire dépasser les 1.000 milliards
(600 mds d’euros). Ni la Corée ni le Vietnam n’avaient coûté autant, alors que la guerre du
Vietnam (1960-1975) avait duré quinze ans et que le corps expéditionnaire
américain s’élevait à cinq cent mille soldats (3). Si la guerre d’Irak
devait se prolonger, ce qui est probable, elle aura coûté davantage
que la Seconde Guerre mondiale (1940-1945),
la plus chère à ce jour (2.000 mds dollars en dollars constants/1.500
mds d’euros).
L'enrôlement massif de mercenaires, l'appât du gain, l'ivresse de
l'aventure militaire hors norme, les sanctions économiques infligées
à la Syrie pour la contraindre
à freiner les infiltrations des djihadistes , les pressions sur l’Iran,
suffiront-ils pour assurer la victoire d’une armée perçue comme occupante
même par l’un des meilleurs alliés des États-Unis dans le monde arabe,
le Roi Abdallah d’Arabie? Et celle d'un pays à la dérive de ses principes
moraux?
Notes
1)-Blackwater
de Thomas d'EVRY, journal Libération 8 mai 2007 rubriques «grands angles»
2) « La privatisation de la violence:
mercenaires et sociétés militaires privées au service du marché» par
Xavier Renou en collaboration avec Philippe Chapleau, Wayne Madsen et
François-Xavier Verschave. Eddditions Agone (collection Dossiers
noirs, 4ème trimestre 2005
3)
"The Price of Liberty: Paying for America’s Wars" ("Le
Prix de la liberté : le coût des guerres de l’Amérique") par
Robert Hormats, haut responsable de la banque d’affaires Goldman Sachs.
*René Naba est notamment l'auteur des ouvrages suivants:
-"Aux origines de la tragédie arabe"- (Editions Bachari-Juin 2006)
-Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français (L’Harmattan-2002)
-Rafic Hariri, un homme d'affaires,
premier ministre (L’Harmattan-2000)
-«Guerre des Ondes ‑ Guerre
des Religions... La bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen»
(L'Harmattan‑Juin 1998), qui se présente comme le premier ouvrage
de langue française en matière de géostratégie de la communication dans
la sphère méditerranéenne.
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