L’Empire contre l’humanité


La Mésopotamie est fatale aux Empires...
Irak: L’hécatombe des «faiseurs de guerre»


Par René Naba, 1er juillet 2007

Sur l'auteur


• Vingt quatre des principaux protagonistes occidentaux de l’intervention anglo-américaine sont déjà passés à la trappe de l’histoire.
• Cinq proconsuls américains en Irak en quatre ans (Général Jay Garner, Paul Bremer, John Negroponte, Zalmay Khalil Zadeh, Ray Crocker) et quatre commandants en chef, (Tommy Francks, Ricardo Sanchez , John Abizaid et William Fatton), record mondial absolu de rotation, sans compter les dommages collatéraux.
• Tony Blair, nouvel émissaire du Quartet au Moyen-Orient, nouveau Lord Balfour du XXIème siècle ?
Le dégagement quasi-simultané de la scène internationale de deux artisans majeurs de l’invasion de l’Irak, le premier ministre britannique Tony Blair et le président de la Banque Mondiale , Paul Wolfowitz, fin juin 2007, signe symptomatiquement l’échec de l’aventure américaine en Mésopotamie.
Au terme de dix ans de pouvoir (1997-2007, l’ancien jeune premier de la politique britannique quitte la scène publique affligé du quolibet accablant de «caniche anglais du président américain» et d’un jugement peu flatteur sur son action , «le plus mauvais bilan travailliste depuis Neville Chamberlain, en 1938, (responsable des accords défaitistes de Munich face à l’Allemagne hitlérienne), et Anthony Eden, (maître d’oeuvre du fiasco de Suez, l’agression anglo-franco-israélienne contre l’Égypte nassérienne), en 1956» (1), selon l’expression du journaliste anglais Richard Gott.


Fatale à son destin, la désinvolture avec laquelle George Bush a traité Tony Blair au sommet des pays industrialisés de Saint-Pétersbourg en pleine guerre d’Israël contre le Liban, en juillet 2006, -le «Yo Blair» asséné par Bush, la bouche pleine, mâchonnant un croissant, au Premier ministre britannique venu lui demander l’autorisation d’effectuer une mission diplomatique au Moyen-Orient, une image amplifiée par les télévisions transcontinentales-, a achevé de discréditer le meilleur allié européen de l’Amérique et fait apparaître rétrospectivement l’ingratitude comme un châtiment mérité à l’égard des courtisans au zèle excessif. Sa nomination comme nouvel émissaire du Quartet pour le Moyen-orient apparaît comme un lot de consolation de la part du fidèle allié américain, mais l’activisme belliciste qu’il a déployé tout au long de son mandat (Guerre du Kosovo, Guerre d’Afghanistan, Guerre d’Irak) et sa nouvelle implication dans le conflit israélo-arabe, lui a valu de la part de l’opinion arabe le sobriquet du «nouveau Lord Balfour du XXIème siècle», par référence au rôle joué par son prédécesseur anglais dans le surgissement du problème palestinien.


En cinquante mois de guerre en Irak, de mars 2003 à juillet 2007, vingt-trois (23) personnalités de premier plan ayant joué un rôle majeur dans la préparation et la conduite de l’intervention anglo-américaine, sont déjà passées à la trappe de l’histoire.


À chaque mois sa victime expiatoire, avec une régularité de métronome. Le premier dans l’ordre des disparus est le général Jay Garner, premier gouverneur militaire américain de l’Irak, relevé de son poste en mai 2003 pour avoir manqué de diplomatie, suivi trois mois plus tard, en juillet 2003, par le Général Tommy Franks, le commandant en chef du CENTCOM, le commandement central de la zone intermédiaire entre l’Europe et l’Asie, qui englobe les théâtres d’opération d’Afghanistan et d’Irak. L’homme, couvert de gloire pour avoir mené à bien ses deux guerres, a demandé sa mise à la retraite anticipée, dépité d’avoir échoué dans la stabilisation de l’Irak de l’après-guerre.


Deux autres généraux ont payé le prix du scandale des tortures à la prison d’Abou Ghraïb, à Bagdad: le général Janis Karpinkski, une femme, responsable en chef des prisons, qui a supervisé les tortures et passible de ce fait de sanctions disciplinaires, ainsi que le général Ricardo Sanchez, commandant opérationnel pour l’Irak, qui a demandé sa mutation vers l’Allemagne, de crainte de servir de fusible pour les bavures américaines. Sanchez a quitté son poste en Août 2004, un mois après le départ anticipé de Paul Bremer III, le deuxième proconsul américain en Irak, qui a cédé sa place le 28 juin 2004 à John Negroponte. Le 3eme commandant en chef, le libano-américain John Abizaid, victime du rapport Baker-Hamilton, critique sur les revers militaires américains en Irak, a cédé la Place à l’Amiral William Fatton, début 2007,


Le spectacle affligeant de l’évacuation de Paul Bremer renvoie aux pires images de la débandade du Vietnam. Le départ précipité du proconsul américain, s’engouffrant à bord d’un hélicoptère moteurs allumés, rotors en action, a propulsé dans l’opinion l’image d’un homme pressé de se décharger de ses responsabilités. Pour un homme réputé pour sa fermeté dans la lutte anti-terroriste, c’est l’image contraire qui a prévalu. Celle d’un homme qui bat en retraite, l’image d’un sauve-qui-peut, d’une Amérique encore assommée par la virulence de l’opposition populaire irakienne à sa présence.


Une image qui renvoie aux pires images de la Guerre du Vietnam, surtout à la plus célèbre d’entre elles, celle de l’hélicoptère s’élançant du toit de l’ambassade américaine avec le personnel de la mission diplomatique à bord, le jour de la chute de Saigon, le 30 avril 1975. L’Amérique a raté sa sortie symbolique d’Irak, tout comme elle avait auparavant perdu sa guerre psychologique dans la bataille de l’opinion, tout comme elle patauge militairement dans sa guerre contre le terrorisme.


La photo du proconsul américain conversant, dans une sorte de comédie imposée, avec des affidés bedonnants et sans âme, avachis sur un fauteuil, tel premier ministre Iyad Allaoui, l’agent patenté de la CIA, promu par le fait du prince, Premier ministre fantoche d’un pays fantôme, va gommer dans la mémoire collective celle du déboulonnage de la statue de Saddam Hussein sur la Place Fardaous , à Bagdad, le 8 avril 2003, jour de l’entrée des troupes américaines dans la capitale irakienne. Autant la mise en scène de la destitution de la statue présidentielle était une mystification, autant le transit du pouvoir du 28 juin a été une réalité. Cruelle. A la mesure des déboires des États-Unis en Irak. Son successeur John Negroponte, l’homme de la déstabilisation du Nicaragua sandiniste et du blocus du port de Managua, tiendra lui aussi un an avant de réfugier dans le confort douillet des Nartions Unies en tant qu’ambassadeur des États-Unis auprès de l’organisation internationale.


2004 a également vu la démission de David Key, le chef du corps des inspecteurs américains, qui a voulu renoncer à ses responsabilités en signe de protestation contre les défaillances de son service dans la recherche des armes de destruction massive. Le corps des inspecteurs américains comptait 1.400 membres. Key a estimé que son service et l’ensemble de l’administration républicaine avaient failli dans sa mission. Il en a tiré les conséquences, les autres dirigeants américains ont été conduits à assumer leurs responsabilités ou servir de fusible pour masquer les défaillances de l’administration Bush ou ses mensonges.


Il en été ainsi de Georges Tenet, ancien chef de la CIA (service de renseignements américains) qui se targuait de fournir des preuves en béton, sur les armes de destruction massive (ADM) a été relevé de son poste en juin 2004, ainsi que son adjoint pour les opérations spéciales clandestines, James Javitt.


Parmi les autres protagonistes de l’invasion américaine, l’ONU paiera, la première, son lourd tribut de sang avec l’attentat aussi spectaculaire que meurtrier contre le brésilien Sergio Vieira de Mello, Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies, le 20 Août 2003, qui a ravagé le siège de l’organisation internationale dans la capitale irakienne, faisant 22 morts, dont 16 fonctionnaires internationaux.


Au niveau de la coalition, deux des fleurons de la coalition, José Maria Aznar (Espagne) et Silvio Berlusconi (Italie) ont été désavoués par le corps électoral. L’Espagnol a été éliminé de la vie politique pour cause de mensonge.pour avoir mis en cause l’ETA, l’organisation séparatiste basque dans les attentats de Madrid, qui avaient fait, le 14 mars 2004, 200 victimes, et non les islamistes, afin de détourner l’attention sur sa responsabilité dans l’implication de son pays dans la guerre d’Irak.


Partenaire privilégié de l’aventure américaine en Irak, le Royaume-Uni en a lui aussi payé le prix fort: Outre l’attentat de Londres et le suicide du scientifique David Kerry, Alistair Campbell, ancien conseiller du Premier ministre britannique Tony Blair, le «spin doctor» par excellence, le plus en vogue des manipulateurs de l’opinion, a été sacrifié par son mentor, en 2004, avant que le Premier ministre lui–même ne cède la place à son rival travailliste Gordon Brown, en juillet 2007.


En Irak, le sort de Ahmad Chalabi illustre le statut singulier des supplétifs des forces d’occupation et mérite à ce titre réflexion. Opposant notoire au régime baasiste, partisan farouche de la guerre, protégé de l’ultra-faucon, Paul Wolfowitz, secrétaire adjoint à la Défense, premier responsable de l’autorité transitoire, Chalabi, le propagateur des thèses américaines sur la présence d’armes de destruction massive en Irak, sera sacrifié sur l’autel de la raison d’État en vue de donner satisfaction à la Jordanie , un des piliers de l’Amérique dans la zone, qui lui vouait une hostilité absolue.


L’homme-lige des Américains a été dépouillé de ses attributs de pouvoir d’une manière humiliante, avec, en prime, l’imputation de tous les revers de ses alliés anglo-américains: l’éradication du parti Baas, ossature de l’administration, le démantèlement de l’armée, la seule force réglementaire du pays en mesure de le stabiliser, ainsi que l’absence d’armes de destruction massive. Comme si un simple autochtone pouvait dicter sa conduite à la première puissance militaire du monde.


Le sort des supplétifs n’est jamais enviable. Tous ceux qui seraient tentés de jouer la carte de la collaboration feraient bien d’y penser, notamment les Kurdes, en songeant à la douloureuse et ingrate expérience des Harkis, les collaborateurs de la France durant la guerre d’Algérie, ou encore aux miliciens de l’armée du Sud-liban, lamentablement abandonnés à leur sort par leurs protecteurs israéliens au moment du dégagement militaire israélien du Liban.


À la veille de l’intervention américaine en Irak, George Bush Jr, renouant avec les vieilles habitudes des cow-boys américains, avait édité un jeu de cartes de 52 cartes consignant les 52 dirigeants irakiens les plus recherchés par ses services. Ivre de sa victoire et fier de leur capture, Bush n’avait pas prêté attention au fait que ce jeu de cartes se jouait désormais à contresens et qu’il portait désormais sur les protagonistes américains de la guerre.


Beaucoup d’ailleurs au sein de la haute administration républicaine sont passés à la trappe: Colin Powell, premier secrétaire d’État afro américain, s’est désolidarisé de l’équipe néo-conservatrice, inconsolable d’avoir été piégé par l’éprouvette de farine qu’il avait brandie en guise de preuves quant à l’existence de produits nucléaires en Irak, une prestation qui demeurera, de son propre aveu, une «tache» dans son parcours auparavant exemplaire.


Ronald Rumsfeld, un des deux architectes de cette guerre avec le vice-président Dick Cheney, a été évincé de son poste de secrétaire à la Défense après la déroute électorale républicaine de novembre 2006, de même que l’ultra-faucon John Bolton de son poste d’ambassadeur aux Nations Unies, ainsi que Scott Libby, du cabinet du vice-Président, coupable de coupable d’avoir cherché à discréditer et de déstabiliser un diplomate américain, John Watson, qui avait conclu à l’absence de transaction atomique entre le Niger et l’Irak, en révélant l’identité professionnelle de son épouse (une agente de la CIA), crime fédéral par excellence. L’Affaire «Valerie Palme» du nom de l’épouse de l’ambassadeur à l’activité dévoilée, a valu à Scott Libby une condamnation à trente mois de prison, en juin dernier.


Larry Franklin, un des collaborateurs des ultra-faucons, le tandem Paul Wolfowitz et Douglas Faith, respectivement N° deux et trois du ministère de la défense, soupçonné d' espionnage pour le compte du lobby juif américain et d'Israël dans la préparation de la guerre, a été sanctionné, de même que Benjamin Ginsberg, avocat républicain et membre du comité pour la réélection de George Bush, en 2004, sanctionné aussi pour avoir conseillé les auteurs d'un spot publicitaire anti-John Kerry, le rival démocrate de Bush, mettant en doute sa bravoure durant la guerre du Vietnam (1960-1975).


Fin juin 2007, coup sur coup, outre Tony Blair, le Premier ministre britannique, Paul Wolfowitz, gouverneur de la Banque Mondiale , a été contraint de dégager son poste contraint à la démission pour népotisme. La photo de l’un des grands acteurs internationaux les mieux rémunérés de la planète visitant une mosquée de Turquie, les chaussettes trouées, a accentué le discrédit occidental dans le tiers monde. Victime du syndrome irakien, le chef d’État-major inter-armes américain, le Général Peter Pace, un homme proche de Donald Rumsfeld et qui a participé activement aux guerres d’Afghanistan et d’Irak, cessera ses fonctions en septembre, «par crainte d’une nouvelle controverse sur l’Irak », à la reprise des travaux du Congrès américain pour la dernière année du mandat du président.


Auparavant, l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri a été assassiné à Beyrouth, le 14 février 2004, victime d’un dommage subséquent résultant du retournement proaméricain de son ami le Président français Jacques Chirac, le principal opposant occidental à l’invasion de l’Irak, alors que l’un des principaux alliés régionaux de l’Amérique, le Premier ministre israélien Ariel Sharon, maître d’œuvre de la colonisation rampante de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, l’homme des assassinats extrajudiciaires contre les dirigeants islamistes Cheikh Ahmad Yassine et Abdel Aziz Rantissi et de la mise en séquestration du président démocratiquement élu de la Palestine Yasser Arafat, sombrait dans le coma, en janvier 2004, illustration symbolique de l’échec d’une politique de force.


Dans le camp adverse, la famille de Saddam Hussein a été littéralement décapitée, lui-même et son frère Barzane, pendus dans des conditions hideuses, alors que ses deux fils Ouddai et Qossaï et son petit fils, Moustapha, étaient auparavant tués lors d’un raid dans le nord de l’Irak, en 2003. Dans cette rubrique figure aussi l’élimination, en juin 2006, d’Abou Moussab Al Zarkaoui, chef opérationnel d’Al Qaîda en Irak, une organisation inexistante dans ce pays du temps du régime baasiste. Maigre bilan.


Certes la zone est durablement déstabilisée par les conflits interethniques entre Kurdes et Arabes, Chiites et Sunnites, et leur exacerbation par leur prolongement régional, l’implantation américaine à l’épicentre du monde arabe, Bagdad, l’ancienne capitale des Abbassides a accentué la dépendance arabe à l’égard de l’Amérique, mais les déboires quasi-quotidiens de l’hyperpuissance planétaire ont considérablement entamé sa crédibilité et sa capacité dissuasive au point que se pose la question du maintien de son leadership mondial à moyen terme.


Sur fond de scandales récurrents du pillage du musée de Bagdad, des tortures de la prison d’Abou Ghraïb, des mensonges sur les armes de destruction massive, de l’espionnage du siège de l’ONU à New York, Tony Blair a supprimé du lexique politique le terme de «guerre contre le terrorisme», tandis que les néo-conservateurs renonçaient, dans l’ordre symbolique, à imposer le nouveau drapeau irakien aux couleurs israélo-kurdes (bleu et jaune) et jeter aux oubliettes la démocratisation de la zone au sein d’un « grand Moyen-Orient» (GMO), rétablissant sous la pression populaire, suprême infamie, le drapeau saddamien, reprenant même langue avec les anciens baasistes pour faire pièce aux Chiites, les vainqueurs par défaut de cette guerre.


En guise d’épilogue provisoire à ce cataclysme figurent deux vedettes de la communauté médiatique, témoin sinon complice du moins passive de ce déchaînement de mensonges et de violences: Judith Miller, célèbre journaliste du New York Times, qui passe pour avoir joué un rôle actif dans la désinformation sur la présence d’armes de destruction massive en Irak, ainsi que Jean-Marie Colombani, victime tout à la fois de sa trop grande proximité avec le conseillers des princes de la finance, Alain Minc, et des dérives de la financiarisation extrême de la vie publique, dont l’ancien patron désavoué le 22 mai 2007 du journal Le Monde, fut le chantre dans l’une des plus célèbres fanfaronnades de la première décennie du XXIème siècle «Nous sommes tous américains».


Fin 2007, l’Irak aura coûté aux États-Unis 500 milliards de dollars (378 milliards d’euros) et le montant total pourrait atteindre voire dépasser les 1.000 milliards (600 milliards d’euros). Ni la Corée ni le Vietnam n’avaient coûté autant, alors que la guerre du Vietnam (1960-1975) avait duré quinze ans et que le corps expéditionnaire américain s’élevait à cinq cent mille soldats (2). Si la guerre d’Irak devait se prolonger, ce qui est probable, elle aura coûté davantage que la Seconde Guerre mondiale (1940-1945), la plus chère à ce jour (2.000 milliards de dollars en dollars constants/1.500 milliards d’euros).


Le corps expéditionnaire américain en Irak s’élevait, en juin 2007, à 150.000 soldats, secondés par 100.000 mercenaires, une flotte de onze bâtiments dont deux porte-avions et neuf bâtiments d’escorte, 16.000 marins, 140 avions de combats, ainsi que des contingents anglais, australiens etc.) et une ambassade transformée en bunker dans l’enceinte de l’ancien palais présidentiel irakien la «Zone Verte». Au 10 juin, 3.500 soldats américains avaient été tués dans des attentats en Irak, soit en moyenne 2,5 soldats par jour depuis cinquante mois.


L'enrôlement massif de mercenaires, l'appât du gain, l'ivresse de l'aventure militaire hors norme, les sanctions économiques infligées à la Syrie pour la contraindre à freiner les infiltrations des Djihadistes, les pressions sur l’Iran, suffiront-ils pour assurer la victoire d’un pays à la dérive de ses principes moraux ? D’une armée perçue comme occupante même par l’un des meilleurs alliés des États-Unis dans le monde arabe, le Roi Abdallah d’Arabie saoudite?


La décapitation massive au sein du leadership occidental intervient à la veille d’un mois plus que tout chargé de symbole pour l’Irak, le mois de juillet, mois de toutes les commémorations, un des temps forts du rituel baasiste irakien pendant 36 ans, qui commémore, coup sur coup sur l’anniversaire de l’abolition de la monarchie (14 juillet 1958), l’arrivée au pouvoir à la faveur d’un contre-coup d’État du parti Baas (17 juillet 1968), ainsi que, depuis 2004, l’anniversaire du transfert du pouvoir américain à l’Irak post-Saddam.


Au vu de cette hécatombe et de ce tragique bilan stratégique, ce qui devrait hanter l’Amérique désormais en Irak, ce n’est pas tant le spectre du Vietnam mais plutôt un sort identique à l’empire d’Alexandre le Grand, dont la Mésopotamie fut le fossoyeur.


Notes
1- «Départ sans gloire pour M. Anthony Blair», par Richard Gott, Le Monde diplomatique, juin 2007
2- « The Price of Liberty: Paying for America’s Wars » ("Le Prix de la liberté: le coût des guerres de l’Amérique") par Robert Hormats, haut responsable de la banque d’affaires Goldman Sachs.


Irak, le plus important champ de mercenariat du monde


par René Naba, Paris,  28 Mai 2007

Les mercenaires occidentaux constituent le plus gros contingent après le contingent américain

6.000 dollars pour la protection rapprochée d'un entrepreneur, 8.000 dollars pour une personnalité

Les États-Unis et l’Iran se retrouvent le 28 mai à Bagdad pour tenter de convenir d’un mode opératoire visant à la stabilisation de l’Irak, avec en toile de fond un agenda diplomatique soutenu par un important déploiement naval américain dans le Golfe. 

En  prévision de ce calendrier diplomatique, marqué en outre par les débats du Conseil de Sécurité de l’Onu en vue de l’adoption d’une résolution contraignante sur la création d’un tribunal international chargé de définir les responsabilités dans l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri (14 février 2005) et par la réunion jeudi 1er juin  à Madrid entre l’Iran et l’Agence atomique de Vienne, les États-Unis ont dépêché cette semaine neuf  bâtiments de la flotte en appui aux deux porte-avions déjà présents aux larges des côtes iraniennes.

Trois jours avant la réunion de Bagdad, les États-Unis ont envoyé, en urgence, vendredi 25 mai, au Liban huit avions cargos chargés de renforts militaires en soutien à l’armée libanaise en confrontation contre les combattants du «Fatah Al-Islam», groupe radical se réclamant d’AL-Qaïda dans le nord du Liban, et débloqué 80 millions de dollars au président palestinien Mahmoud Abbas pour équiper sa garde rapprochée et la renforcer face à ses rivaux du Hamas, dont las combattants, à Gaza, sont pourchassés par les hélicoptères israéliens. .

Les États-Unis paraissent avoir voulu mettre une pression maximale pour tenter de sortir du guêpier irakien dans lequel ils se sont placés au prétexte de «la guerre contre le terrorisme». Signe indiscutable de la détermination américaine, la décision de la majorité démocrate du Congrès américain de renoncer à conditionner le financement de l’effort de guerre américain à la fixation d’une date de retrait des troupes américaines d’Irak. Au total, les Etats-UInis comptent 120.000 soldats américains soutenus par la flotte du Golfe, deux portes-avions, neuf bâtiments d’escorte, soit 16.000 marins et 140 avions  de combats.

Toutefois, l’Iran, pour l’Irak, la Syrie, pour le Liban, sont régulièrement pointés du doigt, mais cette accusation quand bien même est fondée occulte toutefois la responsabilité des  pays occidentaux  dans la déstabilisation régionale, notamment à travers leurs mercenaires.

A intervalles réguliers, en effet, les médias occidentaux pointent du doigt les infiltrations transfrontalières, en provenance tant de Syrie que d'Iran, pour expliquer les difficultés militaires occidentales en Irak, imputant la recrudescence des opérations anti-américaines, tantôt à la jonction entre les partisans du mouvement «Al-Qaîda» d’Oussama Ben Laden et les résistants irakiens, tantôt à la guerilla chiite, occultant le phénomène majeur de la guerre d'Irak, le mercenariat à vaste échelle de type occidental.

En 48 mois de guerre (quatre ans), l'Irak, le plus important champ de tir de l'époque contemporaine, est devenu le plus important champ de mercenariat du monde. Près de  cent mille gardes privés (100.000), le terme pudique employé pour désigner les mercenaires des temps modernes, sont en mission dans ce pays, au point de constituer le deuxième contingent par ordre d'importance opérant en Irak, derrière les États-Unis, surpassant de loin l'ensemble des autres forces de la coalition (britanniques, polonais, australiens etc.), selon les estimations occidentales (1).

 Le recours au mercenariat se justifie pour de multiples raisons:

-une commodité comptable d'abord, car en cas de décès, les mercenaires ne figurent pas sur la liste des bilans officiels américains ou anglais,

-une commodité opérationnelle ensuite car les mercenaires ne sont pas soumis aux astreintes militaires et disposent d'une plus grande marge de manoeuvre. En cas de scandale, comme c'est le cas avec les tortures de la prison d’Abou Ghraïb, l'honneur d’un pays n’est pas entaché dans la mesure où la responsabilité de la forfaiture en  incombe aux sous-traitants.

Le maître d'oeuvre de l'opération mercenariat en Irak est la firme américaine Blackwater, une firme de "prestataires de service", créée en 1997,  par Erik Prince, héritier d'une riche famille de chrétiens ultraconservateurs du Michigan et ancien membre des commandos de marine, les «Navy Seal».

Blackwater, -étymologiquement l'eau noire qui signifie en langage imagé les eaux d'égouts transportant les matières fécales des toilettes non recyclables-, connaîtra un développement fulgurant avec "la guerre contre le terrorisme" lancé par le président George Bush en riposte aux attentats anti-américains du 11 septembre 2001.

En 2002, dans la foulée de l'invasion de l'Afghanistan, Erik Prince fait des offres de service au Pentagone.  Donald Rumsfeld, soucieux de restructurer la machine de guerre américaine. développe la sous-traitance de certaines opérations à des forces spéciales dotées d' armes de haute technologie. Blackwater obtient, sans appel d'offres, son premier contrat, en avril 2002, d'une valeur de cinq millions de dollars pour la protection du siège de l'agence à Kaboul.

Un an plus tard, la société décroche le gros lot avec le contrat de protection du  proconsul américain en Irak, Paul Bremer, un contrat emporté toujours sans mise en concurrence. A partir de ce moment, Blackwater recrute sa propre armée privée sur le Tigre et l'Euphrate, et les commandes pleuvent.

L'entreprise ouvre des bureaux à Bagdad, mais aussi à Amman, Koweït City et McLean, en Virginie, à équidistance du Pentagone, de la Maison Blanche et de la CIA. 450 experts répartis dans deux succursales de la firme à Bagdad et à Kuwait City, sont affectés au recrutement, à la centralisation des candidatures, les contrats de mission et les lieux d’affectation, ainsi qu'au ravitaillement.

Blackwater connaîtra la notoriété à Falloujah (Irak) où elle s'est tristement illustrée avec la capture de quatre de ses membres, révélant aux États-Unis et au reste du monde ses méthodes expéditives.  La capture de ses "prestataires de service",  le 31 Mars 2004, -quatre jeunes gens d'une trentaine d'années, en tenue civile, sans grade ni uniformes-, ainsi que le démembrement de leur dépouille à coups d'armes contondantes après leur décès dans les combats, puis leur exposition sur le pont de l'Euphrate, va déclencher l'un des combats les plus meurtriers de la guerre d'Irak,  la bataille de Falloujah qui réduira cette ville sunnite en cité fantôme.

En ce mois d'avril 2004, qui passe pour avoir été l'un des points les plus chauds de la confrontation américano-irakienne, 80 mercenaires seront tués dans les batailles de Falloujah, de Bagdad et de Nadjaf, dont 14 dans la première quinzaine d'avril. C’est d'ailleurs la capture et la mutilation de quatre mercenaires à proximité de Falloujah, dans le secteur sunnite de l'Irak, qui a déclenché les batailles d'avril.

Récidiviste, Blackwater s'illustrera trois mois plus tard dans la deuxième grande bataille d'Irak, la bataille de Najaf, dans le sud de l'Irak, lieu saint chiite et fief du chef radical Moqtada Sadr.

La firme avait assuré la protection du quartier général de la coalition provisoire irakienne à Najaf. Le Washington Post avait affirmé à l'époque que la défense du bâtiment avait été assurée par des hommes de Blackwater et qu'au plus fort de la bataille, les mercenaires s'étaient fait ravitailler en munitions par trois de leurs propres hélicoptères, s'attirant les félicitations publiques du général en charge des opérations de sécurité en Irak, alors que les mercenaires ne font traditionnellement pas partie de la chaîne de commandement de l'armée américaine.

Depuis lors Blackwater est devenu le supplétif indispensable de l'armée américaine, Armée fantôme, Blackwater est une multinationale prospère, fonctionnant en toute opacité.


En quelques années, la firme passe d'une poignée d'employés à 2 300 personnes déployées dans neuf pays, et développe une base de donnée de 21 000 candidats: anciens militaires américains et soldats étrangers, tous alléchés par l'idée d'empocher quatre à dix fois leur solde, avec moins de contraintes. Les revenus bondissent de quelques millions de dollars à plus d'un milliard ­ uniquement grâce à des contrats avec le gouvernement des États-Unis.

En tête du hit parade des « PMC » (private military contractors), Blackwater ne rend en effet aucun compte au public. Ses contrats sont classés secret défense et ses opérations sur le terrain se déroulent dans une discrétion absolue.

Les hommes de terrain sont fournis par diverses agences privées notamment DSL (Defence Systems Limited). Fondée par Allistair Morisson, un ancien de la SAS (special air services), les troupes d’élite de l’armée de l’air britannique, DSL dispose d’une armée privée de vingt mille hommes et se présente comme l’une des plus grandes compagnies militaires privées.

Rachetée en 1997 par Armor Holdings Inc, DSL assure la fourniture de la gamme de services allant de la répression des émeutes (gaz lacrymogènes, matraques, véhicules blindés, gilets pare-balles) à la protection à distance des personnalités (système d’alerte, limousines blindées). En France, Armor-DSL est propriétaire de la société Labbé, spécialiste de la construction des fourgons blindés utilisés par le convoyeur de fond «Brinks».


Armor-DSL s’est rendue célèbre dans ses interventions en Angola aux côtés du chef sécessionniste Jonas Savimbi, président de l’UNITA, ainsi qu’en Colombie contre les narco-trafiquants. Elle dispose de dix centres régionaux d’opération à Londres, Washington, Bogota, Johannesbourg, Moscou, Hong Kong ainsi qu’à Harare (Zimbabwe) et au Bahreïn.

Le recrutement se fait aussi par Internet, au su et au vu de tout le monde. Le tarif est variable selon l’importance de la cible potentielle: Six mille dollars par mois pour un garde du corps chargé de la protection rapprochée des hommes d’affaires, entrepreneurs, en quête de richesse et de gloire (BG/CP body guard close protection), huit mille dollars pour la protection d’une personnalité importante.

Les recrues proviennent des pays réputés pour la rudesse de leur formation militaire: Afrique du sud, Ukraine, Russie, Anglais, Américains, les ressortissants d’Amérique latine, notamment des Chiliens ainsi que des Népalais –qui ont une longue tradition de mercenariat, qu’on se rappelle les fameux gurkhas de l’Empire britannique - et pour leur teint davantage en harmonie avec les caractéristiques du type arabe, ainsi que naturellement, les ressortissants du Moyen-Orient et de l’ensemble arabe pour des taches d’interprétariat et de décryptage d’informations.

Une répartition des tâches semble s’être opérée entre les firmes américaines et britanniques. Si les Anglais sont présents dans leur ancienne zone d’influence, notamment les émirats pétroliers du Golfe, l’Amérique a la haute main sur l’Arabie Saoudite et le reste du Moyen-Orient.

Outre Defense Systeme Ltd, la Grande-Bretagne dispose d’une deuxième compagnie privée de mercenariat, «Watchguard», dont le siège est à Guernesey, îles britanniques. Fondée en 1967 par David Sterling, un ancien des commandos de l’air britanniques (Special Air Services), Watchguard passe pour être un instrument d’influence de la diplomatie britannique.

A son palmarès figurent la protection de Cheikh Zayed Ben Sultan Al-Nahyane, Cheikh d’Abou Dhabi et président de la Fédération des Émirats du Golfe, ainsi que l'encadrement des troupes omanaises dans la répression de la guérilla marxiste du Dhofar, dans les années 1965-1970.

Outre Blackwater, les États-Unis comptent, eux, deux grandes sociétés privées militaires: Vinnell Corp, dont le siège est à Fairfax, en Virginie, et BDM international. Toutes deux filiales de la multinationale Carlyle, elles apparaissent comme les bras armés privilégiés de la politique américaine en Arabie et dans le Golfe. Vinnel corp, dont la mission saoudienne a fait l’objet d’un attentat à Khobbar en 1995, a la haute main sur la formation de la Garde nationale saoudienne, tandis que BDM gère la formation du personnel de l'armée de l'air, de la marine et des forces terrestres saoudiennes.

L'establishment militaire américain ne se cache d'ailleurs pas des liens qu'il entretient avec le mercenariat privé: ainsi le groupe Carlyle est dirigé par Franck Carlucci, ancien directeur adjoint de la CIA et ancien assistant de Caspar Weinberger, secrétaire à la Défense dans l'administration Reagan, alors que John Deutsch, ancien directeur de la CIA, est membre du conseil d’administration de CMS Energy Corporation, firme chargée de la protection des installations énergétiques (pétrole, nucléaire, électricité).

Le lien le plus manifeste de la collaboration entre le mercenariat privé et le Pentagone est l'existence de MPRI (Military Professionnal Resources Incorporated), le plus grand groupe d'expertise militaire dans le monde. Son fichier dispose de deux mille noms d’officiers du Pentagone, utiles tant pour le lobbying que pour l'expertise.


La France a adopté un profil bas depuis la disparition de Bob Denard, le célèbre baroudeur africain et ses déboires français tant en Irak que sur le continent noir. En l’absence d’un chef charismatique capable de fédérer des soldats aussi récalcitrants à la discipline, elle a opéré une modeste percée en Irak à l’aide d’une petite structure «EARTHWIND HOLDING CORPORATION». Première et unique société militaire privée francophone opérationnelle dans le monde, EARTHWIND Holding dispose de 30 à 40 anciens militaires et policiers français en Irak pour la sous-traitance des missions auparavant imparties aux officiers anglophones.

La France dispose en outre d’une structure paritaire, la DCI (Defense Compagnie internationale), dont l'État français possède 50 pour cent du capital et le reste est réparti entre les industries françaises de l’armement (Thales, Dassault etc..) avec une structure pour chaque discipline. La Cofras (Compagnie française d’assistance spécialisée),  pour l'armée de terre, Navco, pour la marine, Airco pour l'armée de l'air. Au capital de 21,3 millions d'euros et 1200 employés, Defense compagnie internationale (DCI) a eu en charge la formation des servants saoudiens du contrat Sawari, de fourniture du matériel militaire français à l'Arabie Saoudite.


Le panorama du mercenariat international serait incomplet si l'on omettait de faire figurer l'Afrique du sud et Israël, les anciens partenaires de la période coloniale: Les anciens officiers et militaires de race blanche du temps de l'apartheid, déçus par la tournure politique prise par leur pays gouverné désormais par la majorité noire, se sont lancés dans un rôle de super-gendarmes privés du continent noir, faisant de la firme sud-afriaine «EXECUTIVE OUTCOMES» la forme la plus achevée du mercenariat moderne.

Fort d'un vivier permanent de 2.000 hommes solidement formés et encadrés, «Executive outcomes» passe contrat «guerre clefs en main» prenant en charge la formation et l'équipement des forces locales, leur ravitaillement, ainsi que la riposte militaire en cas de revers militaire de manière à assurer la victoire au cocontractant. Ses titres de gloire sont respectivement le Sierra Leone ou en coopération avec les forces britanniques elle a évincé le président Charles Taylor, ainsi qu'en Angola, où elle a contribué à la consolidation du régime Dos Santos, s'incrustant au passage dans le trafic des pierres précieuses.

Israël, enfin, dispose de LEV-DAN, filiale de Kardan Investment, firme spécialisée dans le commerce du diamant en Angola et au Zaïre, qui lui sert d'ailleurs de couverture dans ces deux pays, véritable plaque tournante de la contrebande internationale des pierres précieuses. Lev-Dav a aidé l'ancien président congolais Pascal Lissouba dans sa bataille pour le contrôle de Brazzaville contre son rival  Sassou Nguesso à la fin des années 1990. Fondée par le général Zeev Zakron, Lev DAN a mis sur pied la milice de l'officier libanais dissident Saad Haddad, à qui elle a confié le contrôle de la zone de sécurité durant la guerre civile libanaise (1975-1990).  

Lev-Dan agit de concert avec le Shin Beth, les services de renseignements israéliens, et, s'agissant du Moyen-Orient, en coordination avec le bureau des «minorités périphériques», le vocable par lequel les services israéliens désignent les ressortissants des pays arabes qu'ils croient susceptibles de collaborer avec eux,  comme ce fut le cas lors de la guerre du Liban avec les Forces Libanaises (1975-2000), et comme c’est le cas dans la nouvelle guerre d' Irak avec les supplétifs kurdes de l'armée américaine et d’anciens des « Forces Libanaises» (miliciens chrétiens libanais, jadis dirigés par l’un des chefs de la coalition pro-américaine libanaise Samir Geagea) recyclés dans des sociétés militaires privées tant américaines qu’israéliennes.

En Irak, selon des informations de la chaîne britannique BBC 2, des instructeurs israéliens formeraient des soldats kurdes. Le magazine Newsnight du 19 septembre 2006 avait présenté des images exclusives de vastes installations et de ces entraînements.  Interop et Colosseum, deux sociétés israéliennes de mercenariat serviraient de couverture à cette activité de l'armée israélienne. Les officiers transiteraient par Djibouti pour masquer leur origine.

Les Israéliens auraient pris la succession de sociétés américains de mercenariat, déjà présentes au Kurdistan irakien depuis la création de la zone de non-survol, à l’issue de l’opération Tempête du désert, en 1991. La présence d’instructeurs israéliens en Irak avait été révélée, il y a plus d’un an, par la presse israélienne elle-même, mais les détails de cette opération n’étaient pas connus. Les néo-conservateurs entendent créer un Kurdistan indépendant en faisant exploser l’Irak et en amputant à la fois la Turquie et la Syrie. Ce projet nécessite la création d’une armée kurde. Constituée par d’anciens peshmergas, les maquisards kurdes, l’armée du Kurdistan a dejà été sollicitée pour des opérations de maintien de l’ordre à Bagdad au cours du premier semestre de 2007 dans le cadre du plan de sécurisation de la capitale irakienne, suscitant en représailles de sanglants attentats dans le nord kurdophone de l’Irak.

La privatisation de la violence et sa marchandisation via des sociétés militaires privées est un secteur en plein essor industrie en plein essor générant un bénéfice annuel de plus de cent milliards de dollars (2). A lui seul le gouvernement américain aurait dépensé en moins d’une décennie (la période 1994-2002) quelque 300 milliards de dollars  auprès de telles sociétés présentes dans une trentaine de pays, principalement dans le monde arabe et l’Afrique.  Recrutés souvent dans les cercles xénophobes de l’extrême-droite fascisante, ces «chiens de guerre» dont l’honorabilité est recyclée dans le professionnalisme des sociétés militaires privées et dans la défense des «valeurs de l’Occident» apparaissent à bien des égards comme les gardiens de l’ordre économique, l’expression moderne de l’impérialisme, l’instrument le plus efficace de la perpétuation du joug colonial.

Fin 2007, l’Irak aura coûté aux États-Unis 500 milliards de dollars (378 mds d’euros) et le montant total pourrait atteindre voire dépasser les 1.000 milliards (600 mds d’euros). Ni la Corée ni le Vietnam n’avaient coûté autant, alors que la guerre du Vietnam (1960-1975) avait duré quinze ans et que le corps expéditionnaire américain s’élevait à cinq cent mille soldats (3). Si la guerre d’Irak devait se prolonger, ce qui est probable, elle aura coûté davantage que la Seconde Guerre mondiale (1940-1945), la plus chère à ce jour (2.000 mds dollars en dollars constants/1.500 mds d’euros).

L'enrôlement massif de mercenaires, l'appât du gain, l'ivresse de l'aventure militaire hors norme, les sanctions économiques infligées à la Syrie pour la contraindre à freiner les infiltrations des djihadistes , les pressions sur l’Iran, suffiront-ils pour assurer la victoire d’une armée perçue comme occupante même par l’un des meilleurs alliés des États-Unis dans le monde arabe, le Roi Abdallah d’Arabie? Et celle d'un pays à la dérive de ses principes moraux?

Notes

1)-Blackwater  de Thomas d'EVRY, journal Libération 8 mai 2007 rubriques «grands angles»

2) « La privatisation de la violence: mercenaires et sociétés militaires privées au service du marché» par Xavier Renou en collaboration avec Philippe Chapleau, Wayne Madsen et François-Xavier Verschave. Eddditions Agone (collection Dossiers noirs, 4ème trimestre  2005

3) "The Price of Liberty: Paying for America’s Wars" ("Le Prix de la liberté : le coût des guerres de l’Amérique") par Robert Hormats, haut responsable de la banque d’affaires Goldman Sachs.

*René Naba est notamment l'auteur des ouvrages suivants:

-"Aux origines de la tragédie arabe"- (Editions Bachari-Juin 2006)

-Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français (L’Harmattan-2002)

-Rafic Hariri, un homme d'affaires, premier ministre (L’Harmattan-2000)
-«Guerre des Ondes ‑ Guerre des Religions... La bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen» (L'Harmattan‑Juin 1998), qui se présente comme le premier ouvrage de langue française en matière de géostratégie de la communication dans la sphère méditerranéenne.