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« Près du peuple, loin du gouvernement »
- Entretien avec Marcin Bondarowicz, cartooniste polonais Propos recueillis et illustrés par
Benjamin Heine et traduits par Marta Konikowska
Comment êtes-vous
devenu dessinateur professionnel? Je ne peux pas vous donner de date précise. Ca a été
un long processus, c’est le résultat d’un long travail d’observation,
de bonne forme d’expression et de recherche de sa propre métaphore.
Plus on essaie d’être sérieux dans ce qu’on fait, plus
on est exposé à la critique. Dans cette situation, on est une bonne
cible. Rien ne se passe dans l’abstrait. Avec sa vue pénétrante, le bon dessinateur va toujours
trouver des sujets intéressants et puis les représenter dans la forme
la plus adéquate pour provoquer un panel d’émotions. Mon but n’est pas
de faire rire le public mais de le sensibiliser. Dans mon travail, l’humour n’est pas l’objectif en
soi, mais c’est une façon d’attirer l’attention sur le sujet de manière
agréable. Un élément essentiel réside dans le fait que tous mes
dessins sont autobiographiques. Je raconte donc la vie d’une personne
que je connais bien. Pour quels journaux,
magazines ou site web travaillez-vous? J’ai coopéré avec les publications
suivantes : Harvard
Business Review Polska, Poland Monthly, Manager Magazin, BusinessWeek
Polska, Przegląd Podatkowy, Puls Biznesu, Gazeta Bankowa, Dziennik
Zachodni, Integracja, Europejska, Tygodnik NIE, Nowy Robotnik, Najwyższy
CZAS, Regiony, NIE, Gazeta, Samorządu i Administracji, Le MONDE
Diplomatique, INPRECOR Correspondance de presse internationale Participation aux projets
suivants: DV DatevSymfonia,
Nestle Waters DAR NATURY, Wydawnictwa INFOR S.A., Wydawnictwa MELAS Collaborations avec les entreprises
suivantes : APOLLO, BABYONE, Only One, Hard Rock Cafe Je travaille aussi avec les
associations de dessin J&J
[Pologne] et Okcomic.net [Chine].
Plusieurs de mes travaux se trouvent dans des collections privées en
Pologne et à l’étranger. Qu'est-ce qui,
dans le discours politique, vous frappe et vous inspire ? J’ai toujours été choqué par le malheur humain et l’injustice
sociale. Dès que j’entends le mot « problème », je suis prêt à
accourir. Le plus important pour moi est d’être un vecteur de vérité. Malgré les distances géographiques qui séparent les
gens dans le monde, je veux essayer de les approcher et de leur donner
le plus possible de moi-même. Pensez-vous qu’il devrait exister
des limites à la liberté d’expression ? Si oui, quelles sont les
frontières à ne pas dépasser ? Beaucoup dépend de l’individualité des dessinateurs,
de leur caractère, de leur comportement vis-à-vis des autres et des
principes qu’ils ont dans la vie. Mais il y a toujours une ligne
rouge, une frontière que l’on ne peut jamais dépasser. La force des mots peut ébranler et donner la vie. Les
mots ont le pouvoir de trancher comme des couteaux. Ils sont destructeurs
et peuvent même donner la mort. Le dessin, selon moi, a puissance semblable.
Il représente une véritable arme dans la main de l’artiste qui sait
l’utiliser. Selon vous, y-a-t’il une seule liberté
d'expression, ou en existe-t-il plusieurs ? (En fonction des différentes
cultures d’un pays à l’autre) Le mot liberté est un qualificatif très abstrait. Les
différences culturelles, religieuses et politiques divisent le monde.
On n’a plus le temps et la force de les remettre ensemble. La croyance qu’on a la capacité de créer de nouvelles
règles du jeu dans ce monde est une utopie. La seule chose qu’on peut
faire, c’est essayer de mieux le comprendre et d’être plus tolérant
avec autrui. Il faut marcher en avant sans faire mal aux autres. Que pensez-vous du concours de dessin
sur l’holocauste organisé par le quotidien iranien Hamshari en réponse
aux caricatures du prophète Mohamed publiées dans divers quotidiens
européens ? Je ressens beaucoup de tristesse et d’amertume par
rapport à ce concours. Je pense que les dessins parlent d’eux-mêmes.
Si ils doivent être condamnés, alors ils le seront.
Le public sait faire la part des choses. J’ai dessiné à propos de l’holocauste,
mais mes dessins sont immunisés car ils n’agressent personne.
Certains de vos dessins ont-ils été
censurés? Si oui, pourquoi et dans quelles circonstances? Oui, j’ai subi quelques situations comme cela. C’était
toujours en rapport avec les dessins qui présentent les politiciens
de mon pays. Je ne peux pas révéler les noms de ces personnes, car en
parlant d’eux, ça leur ferait de la publicité et ils ne méritent pas
d’être glorifiés. Pratiquez-vous
l'autocensure? Quels sont les sujets les plus difficiles à représenter ? Ma seule autocensure est créée consciemment. Quand
ça fait mal avec les contacts de certains de mes sujets, je les abandonne,
je ne vais pas plus loin. J’aime bien expérimenter, mais j’essaie de
ne pas répéter les mêmes erreurs. Pensez-vous que le dessin est une force politique qui peut faire changer le
comportement des gens ? Oui, le dessin satirique possède une grande force.
Il ne faut pas oublier qu’il a le potentiel d’une arme. Dans la main
d’un fou, il peut causer beaucoup de dommages. De temps en temps, je
me demande si le diplôme de dessinateur n’est pas à comparer avec le
permis de port d’arme. Pour répondre à la deuxième partie de la question :
le dessin peut-il changer le comportement des gens ? Je pense qu’un
dessin peut faire peur. Si le dessin est assez suggestif pour laisser des traces
dans l’inconscient des gens, cela est un premier pas important dans
le processus de changement de l’attitude des gens, ceux-ci devront encore
l’intégrer). C’est juste une question de temps, mais selon moi, l’homme
n’est pas parfait, il choisira toujours la facilité. Pensez-vous
que le cartooniste est un artiste ou plutôt un journaliste, ou même
les deux ? Cette question a beaucoup de valeur pour moi, car à
la base, je suis journaliste
dans le média télévisuel. Actuellement,
je réalise des dessins satiriques, en collaborant avec la rédaction
de mon journal. Si on fait ce métier, je veux dire le métier de dessinateur,
il faut être en accord avec notre propre conscience et vouloir dire
la vérité en ne traduisant pas l’orientation politique des rédacteurs
et des directeurs artistiques. Il faut toujours garder à l’esprit la mission bien
déterminée que l’on doit entreprendre. Près du peuple, loin du gouvernement.
Le métier de dessinateur a alors beaucoup en commun avec le journalisme.
Mais pour avoir du plaisir, il faut bien visualiser
les sujets que l’on traite et émouvoir les spectateurs. Pour cela il
faut être un artiste. C’est ce qui fait le lien avec l’imagination commune
des lecteurs. Selon vous,
son rôle est-il de faire rire ou de faire penser ? La pensée importe le plus, car la raison est éternelle.
Le rire lui est éphémère. Quel est pour
vous la situation ou le personnage le plus difficile à dessiner? Je n’arrive pas à dessiner de formule magique pour
améliorer ce monde car je fais
moi-même partie de ce monde.
« J’aime la guerre »,
par Marcin Bondarowicz Ben Heine est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs
pour la diversité linguistique. Cet article est en
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et traductrice. |
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