L'artiste du jour

« Le concept de « différences culturelles » n’est qu’un prétexte pour imposer sa propre culture et exiger plus de privilèges » - Entretien avec Firuz Kutal

Propos recueillis, traduits et illustrés par Benjamin Heine, 21 décembre 2006

 

 

 

Firuz Kutal est un cartooniste turc né en 1957, vivant actuellement à Oslo en Norvège. Il est illustrateur professionnel et designer graphique. Firuz a participé au concours de caricatures controversé sur l’Holocauste, organisé par l’Iran. Plus de 10 prix sont à son palmarès. Il collabore actuellement avec les journaux et magazines : "Ny Tid", "Klassekampen", "Dagbladet", "Syn&Segn", "Spesialpedagogik", "Forfatteren" (Norvège), "Aktuel" (Turquie), "Comedy Corner" (Grèce). Site Web : www.kutal.com.

 

Comment êtes-vous devenu dessinateur professionnel?

 

Tout commença avec un magazine en Turquie, Girgir, où tous les jeunes amateurs pouvaient être publiés. Girgir était l’un des magazines humoristiques les plus importants en Turquie dans les années 90. C’était la troisième publication humoristique vendant le mieux juste derrière le magazine américain Mad et le russe Crocodile. Girgir est presque devenu un mythe en Turquie et j’ai eu la chance d’y être publié plusieurs fois.

Il y avait la société et il y avait mon cerveau. Le fait de dessiner avec humour était un moyen efficace pour m’exprimer. Même si j’ai été à l’université pour me diplômer en mathématiques et en ingénierie industrielle, l’expression artistique était une activité dans laquelle je me suis toujours senti à l’aise. J’avais envie de changer de vie après mes diplômes reçus dans deux disciplines scientifiques et j’ai eu la chance d’être choisi dans l’Ecole d’Art Apply d’Oslo où je suis venu dans le cadre de mes études pour continuer mon master en Sciences Informatiques. En suite je suis devenu Illustrateur professionnel et designer graphique. Et j’ai toujours dessiné des cartoons politiques.

 

 

Pour quels journaux, magazines ou sites web travaillez-vous?

 

Je travaille habituellement en tant qu’indépendant. De cette manière je me sens plus libre. Mes dessins sont publiés dans de nombreux pays. Le seul magazine qui utilise régulièrement mes travaux est le mensuel norvégien d’Amnesty International.  Avant que je n’émigre en Norvège, je travaillais dans un journal turc qui publiait mes bandes dessinées. Il y a aussi plusieurs sites qui utilisent mes dessins.  Mes travaux peuvent être vus sur www.kutal.com/cartoon.html (qui sera actif à partir de février 2007). Freedom of Expression, Against censorship magazines, London Review of News in London ont aussi repris mes cartoons. Plusieurs journaux norvégiens les utilisent également quand cela leur convient.

 

 

Qu'est-ce qui, dans le discours politique, vous frappe et vous inspire ?

 

Il n’y a pas un seul exemple dans l’actualité qui me frappe ou m’inspire, c’est plutôt tout un ensemble d’éléments. Je viens d’un pays [la Turquie] qui a eu un rôle important à de nombreux événement historiques et qui se situe à la jonction de l’Orient et de l’Occident. J’ai vite remarqué qu’il y avait une double compréhension des choses dans le domaine politique, surtout après que j’eu émigré en Norvège. J’ai par exemple été choqué de constater chez les gens d’ici des préjugés raciaux, ce que je n’avais jamais remarqué à une telle échelle dans mon pays d’origine.  J’ai pris conscience du fait que le racisme avait ses origines en Europe. Car même si il y a eu beaucoup de conflits et de différends en Turquie, j’ai pu vivre là-bas dans la même rue avec des Arméniens, des Orthodoxes grecs, des Juifs, des Musulmans et des nationalistes. À Istanbul, il est fréquent de voir des mosquées au coin d’une rue, et à un autre, des synagogues et des églises. Quand j’étais étudiant, on retrouvait le même schéma dans ma classe : mes amis étaient Kurdes, Turcs, Arméniens, Assyriens, Américains et certains venaient même d’Afrique et d’Asie. Peut-être n’est-ce plus la même chose aujourd’hui. De toute façon, j’ai toujours soutenu les  groupes opprimés et les idéologies censurées. Depuis près de 30 ans, j’ai été un fervent défenseur des Droits de l’Homme. Surtout après le 11 septembre 2001. Il semble que de nombreux États aient décidé de renforcer leurs frontières plutôt que de s’ouvrir aux autres. Cela engendre de nombreuses violations des Droits de l’Homme. La prison de Guantanamo qui a offusqué la communauté internationale est un terrible exemple. C’est une honte pour notre civilisation. J’ai la conviction que nous n’avons pas besoin de ce genre de « Big Brother » pour être plus en sécurité. La guerre me choque énormément. D’un autre côté je suis persuadé que le rêve de millions de personnes qui attendent dans le malheur et demandent un autre monde est encore atteignable. Ces mouvements de solidarité et tous ces gens me donnent de l’espoir et inspirent mon travail.

 

 

Pensez-vous qu’il devrait exister des limites à la liberté d’expression ? Si oui, quelles sont les frontières à ne pas dépasser ?

 

La liberté d’expression se rapporte à la Liberté. Les mots ne tuent pas les personnes, les armes si. Les gens que nous n’aimons pas doivent également pouvoir s’exprimer. Nous ne pouvons pas tuer tout le monde parce qu’ils s’expriment différemment. La liberté d’expression est un fait acquis depuis la Révolution Française. Mais cette révolution a aussi montré que certaines personnes bénéficiaient de plus de liberté que d’autres. C’est en effet un principe qui peut être violé par les autorités pour éliminer tout ce qui s’oppose à elles.  Selon moi, un dessinateur politique peut dépasser les interdits liés à la morale. La liberté d’expression est garantie par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme des Nations unies et elle est reconnue par la majorité des États. Mais les approches autoritaires au sein des nations et des gouvernements renforcent la censure.

Les artistes ont généralement leur propre censure. Les expériences de Pavlov avec des souris sont aussi applicables aux hommes. Même si nous n’avons plus de raison d’être effrayés, nous continuons nous-mêmes à produire nos propres frontières. En tant qu’artiste, j’ai l’impression que beaucoup d’entre nous se répètent. La liberté d’expression n’a rien à voir avec un discours de haine. Elle s’inscrit plutôt comme une critique ou comme un autre point de vue.

Personnellement, je ne crois en aucune limite à la liberté d’expression du dessinateur de presse. Les limites viennent plutôt de sa volonté à protéger quelque chose ou quelqu’un. On  oublie tous que quand on considère un système ayant des problèmes comme étant un système normal, rien ne change. Les limites ne nous sont pas bénéfiques. Les limites ne doivent pas venir d’en haut. Si limites il doit vraiment y avoir, il faut que les personnes concernées puissent en discuter ouvertement et trouver un consensus, installer des règles préalablement. Il faut donner davantage de crédit aux personnes, au lieu de manœuvrer à leur place. En tant que cartoonistes, nous recherchons la tolérance dans l’esprit des gens et non des limites. Parce que j’ai la conviction (même si je n’y arrive pas toujours) que les cartoonistes peuvent faire la différence en utilisant leur imagination, leur sens de l’humour et leur amour de l’humour critique au nom de la liberté d’expression. Nous pouvons apprendre quelque chose de positif sur cela.

Un livre intéressant sur l’humour que j’ai beaucoup aimé est Au nom de la Rose, d’Umberto Eco. Ce fut un livre qui me fit réfléchir sur les différentes particularités de l’humour.

 

 

Firuz Kutal

Selon vous, y-a-t-il une seule liberté d'expression, ou en existe-t-il plusieurs  (en fonction des différentes cultures d’un pays à l’autre) ?

 

Il n’y en a qu’une. La liberté de communiquer, la liberté de s’exprimer, la liberté de montrer quelque chose d’inhabituel aux yeux des gens, tout cela ne représente qu’une seule liberté. Il ne faut pas mélanger cela avec les différences culturelles. Dans toutes les cultures, on trouve des cartoonistes qui usent de leur liberté d’expression et l’on trouve toujours des gens qui n’aiment pas cela.

Le concept de « différences culturelles » sert uniquement de prétexte à ceux qui veulent imposer leur culture et exiger plus de privilèges. Ce type de personnes fait référence aux autres en exacerbant leurs différences culturelles.

Vivant en Norvège, je peux dire que la plupart des Scandinaves  sont des personnes très cultivées et très civilisées. On peut s’apercevoir de la richesse de ces pays par le simple comportement de leurs habitants. Les personnes qui, comme c’est mon cas, ont émigré dans l’un de ces pays, peuvent changer leur comportement pour devenir elles aussi très polies. Je prendrai un exemple simple pour faire comprendre une problématique bien plus complexe. L’attente à un arrêt de bus : Il est aisé d’apprendre à ne pas pousser les autres et à attendre calmement avec des Scandinaves autochtones. Mais pourquoi est-ce comme cela ?

Tout d’abord il faut bien comprendre qu’il n’y a pas beaucoup de gens en Scandinavie, en comparaison avec d’autres pays. Et les bus arrivent exactement à l’heure indiquée sur l’horaire. Dans un tel contexte, on comprendra qu’il est logique d’être « cultivé, civilisé et en faveur d’un tel système. »

Après toutes les années passées ici, j’ai pu remarquer la manière dont tous mes amis scandinaves changeaient d’attitude quand  leur environnement change. Voyagez dans une des îles grecques, Ioas, Naxos, Santorini, etc. vous  verrez, tous les touristes d’Europe deviennent encore davantage « turcs et grecs » que les véritables Turcs et Grecs eux-mêmes. Pourquoi ? Parce que les bus n’arrivent jamais à l’heure annoncée ! Et quand les bus arrivent avec deux heures de retard, il n’est pas rare que le chauffeur ne considère pas cela comme grave et décide de prendre encore 20 minutes de pause. Dans ce genre de situation où on ne peut même pas garantir si le prochain bus sera là ou non, on voit très bien comment les gens les plus « civilisés » apprennent facilement à pousser les autres et à tricher pour pouvoir grimper dans le bus. C’est humain.

L’expression “differences culturelles” est donc selon moi une simple excuse…

 

 

Que pensez-vous du concours de dessin sur l’holocauste organisé par le quotidien iranien Hamshari en réponse aux caricatures du prophète Mohamed  publiées dans divers quotidiens européens ?

 

J’ai participé à ce concours avec une grande ouverture d’esprit et en acquis de conscience. J’ai également réalisé de nombreux dessins qui critiquaient l’initiative danoise visant à représenter le prophète Mohamed. J’étais convaincu qu’il y avait tout excepté de la liberté d’expression dans les dessins danois. Ces cartoons que je préfère appeler des mauvais croquis avaient pour but de provoquer une guerre, de distraire et forçaient le public à prendre parti. Le droit de croire en des religions fait aussi partie des droits de l’homme. Il est grand temps que nous apprenions à respecter le choix des personnes de vivre de la manière dont elles le souhaitent. Respecter les décisions des autres, c’est aussi se respecter soi-même, à moins que vous ou vos proches ne soyez la victime d’une attaque quelconque. Mais la « méthode » danoise n’a été qu’une provocation ne servant qu’à justifier la théorie de la guerre des mondes qui envenime les relations internationales.

Au début, le concours de dessin organisé par l’Iran était compréhensible. De nombreux cartoonistes étaient d’ailleurs enthousiastes à l’idée de mettre au défi l’Occident sur le thème de la liberté d’expression (surtout après le scandale des caricatures de Mohamed). Au même moment, Israël a lancé une attaque contre les civils palestiniens. Cela a été une initiative honteuse et il semble que les Israéliens ont commis de telles exactions grâce au soutien apporté par leurs alliés, les USA. De nombreux civils sont morts.  Aujourd’hui, l’on constate qu’il y a à nouveau des cessez-le-feu dans la région et des discours de paix. Combien de temps cela va-t-il encore durer? Certainement jusqu’à la prochaine démonstration de force d’Israël qui possède dans la région la puissance militaire la plus importante.

Des fonctionnaires iraniens  ont utilisé le concours pour justifier leur allégation de la non-existence du génocide juif. Une des conséquences de cela a été l’envoi par le Ku Klux Klan (KKK) de représentants en Iran dans le but se célébrer cette idéologie xénophobe. Ensemble, avec d’autres contestants, nous avions anticipé la manœuvre politique et même si plusieurs cartoonistes professionnels iraniens ont tenté de nous convaincre de la bonne volonté du concours, nous n’avons pas voulu rentrer dans cette logique. La simple participation du KKK à cette grande manipulation m’a suffi pour me révolter contre ce concours et demander l’annulation de ma participation. Je n’ai jamais remis en cause en aucune manière l’Holocauste juif, qui est un fait historique. Les exactions que commet aujourd’hui Israël peuvent être décrites et critiquées de multiples manières, mais le déni de faits historiques que l’on retrouve dans ce concours ne sert strictement à rien.

Comme pour le scandale danois autour des caricatures de Mohamed, tout cela n’a rien à voir avec la liberté d’expression. Selon moi, les principaux intéressés des deux côtés ont joué au même jeu maléfique. La conséquence de cela a été la confusion du public. Ce concours a incité les cartoonistes d’Orient et d’Occident à mener une bataille qu’ils croyaient chacun être la leur.

 

 

Certains de vos dessins ont-ils été censurés? Si oui, pourquoi et dans quelles circonstances?

 

Oui, certains de mes dessins ont été censurés. La première fois a été en Turquie, en 1980, lorsqu’a été organisé un coup d’État par le pouvoir militaire. Je travaillais alors au sein du quotidien Cumhuriyet et je faisais un dessin sur les hommes politiques locaux au pouvoir à l’époque. Sur le dessin, on les voyait marcher prudemment sur la pointe des pieds en contrôlant bien les faits et gestes de leurs homologues tout en montrant que leur premier objectif était de monopoliser tout le pouvoir.

La deuxième fois qu’un de mes dessins a été censuré, c’était en Norvège. Bien que la Norvège soit l’un des pays les plus ouverts et les plus tolérants au monde, on retrouve également des sujets qui sont censurés. J’ai réalisé la couverture d’un livre traitant des différences culturelles. Ce livre fut publié en 1994 et il se vend aujourd’hui encore très bien. Les auteurs sont deux jeunes écrivains scandinaves et j’ai beaucoup apprécié la manière dont ils décrivaient leur propre société. On m’avait d’abord demandé six dessins mais comme j’adorais les articles rassemblés dans l’ouvrage, j’ai finalement illustré les 17 chapitres du livre. Sur la couverture, j’ai représenté deux familles, l’une d’origine musulmane, et l’autre occidentale. J’ai dessiné les organes génitaux des hommes. Ceux de l’occident avaient de plus petits pénis que les Arabes. La couverture est  sortie pour la première édition avec une bande rouge sur les organes génitaux et n’a plus jamais été utilisées pour les éditions suivantes.

 

 

Pratiquez-vous l'autocensure? Quels sont les sujets les plus difficiles à représenter ?

 

Je pense que tous les cartoonistes sont soumis à leur propre autocensure. Si vous choisissez de travailler et de vivre dans un pays, vous créez les justifications de votre existence. Je pense que chacun d’entre nous subit sa propre censure. Pas nécessairement sur des sujets politiques, cela peut s’appliquer à la religion, aux genres, aux relations familiales, au sexe. Donc, oui, honnêtement, moi aussi je suis face à mon autocensure. J’essaie néanmoins de passer outre. Sur des thèmes religieux : j’ai par exemple réalisé un dessin représentant un Musulman crucifié. Sur des thèmes sexuels : j’ai arrêté de représenter des sujets liant l’enfance et le sexe car je me suis toujours confronté à des problèmes en dessinant sur la pédocriminalité ou sur le viol.

 

 

Pensez-vous que le dessin est une force politique qui peut faire changer le comportement des gens ?

 

Je ne pense pas. Le cartoon n’est pas tout. L’art se rapporte principalement aux sentiments et non à la raison. Le but ultime est sans doute d’inciter à la réflexion, mais c’est le lecteur qui décidera ce qu’il doit penser du cartoon présenté et si oui ou non il adhérera à l’idée développée, cela en fonction de son point de vue personnel. Le cartoon est seulement un petit ruisseau, non pas la grande rivière. Les dessins peuvent certes changer l’opinion des gens, mais pas leur comportement. Je pense que ce sont deux choses différentes.

 

 

Pensez-vous que le cartooniste est un artiste ou plutôt un journaliste, ou même les deux ?

 

Je ne m’étais jamais vraiment penché sur la question. En tant que créateur de cartoons, j’ai parfois le sentiment d’être un artiste. Parce que je dois dessiner, exprimer et montrer quelque chose qui vient de mon cerveau. C’est la manière dont je vis. Sans mes gags, mes sarcasmes et mon humour, je ne suis pas grand-chose. Parfois, je me sens aussi comme un animal politique. Je veux apprendre, réclamer, réagir, m’opposer, soutenir, partager, être en désaccord, je souhaite principalement faire partie du changement. J’ai aussi l’impression que le cartooniste est un journaliste. Je suis toujours intéressé à suivre l’actualité non pas quand un chien aboie sur un homme, mais quand un homme aboie  sur un chien. J’ai aussi remarqué que les cartoonistes sont un peu psychologues, anthropologues et sociologues.

 

Selon vous, son rôle est-il de faire rire ou de faire penser ?

 

Les cartoons qui m’ont fait penser tout en me faisant rire sont ceux que je préfère et que je privilégie. Le temps passant, j’ai compris qu’être humoristique, faire rigoler les gens est une tâche très difficile. On ne trouve pas des Charlie Chaplin à tous les coins de rue. Les cartoons qui utilisent l’humour dans leur message ont un grand impact sur moi. J’imagine que j’apprécie leur intelligence intrinsèque mais je ne renie pas les cartoons qui ont une valeur principalement graphique ou artistique. Je pense que chaque type de cartoons a sa place un jour ou l’autre.

J’ai toujours voulu que les gens passent plus du temps à interpréter mes cartoons. Le cartooniste ne devrait pas prendre son travail trop au sérieux, même si les sujets qu’il traite sont importants. La plupart des cartoons apparaissent dans les journaux quotidiens qui finissent tous à un moment ou à un autre à la poubelle. Cela n’a rien de négatif. Même si un nombre restreint de personnes regardent le dessin et le comprennent, c’est déjà un succès. Nous vivons dans un siècle où l’image domine tout. Nous voyons tous les jours des milliers d’images et bien que notre cerveau les enregistre inconsciemment, nous les percevons à peine consciemment. Les images que je récolte ont une importance : « Voir, c’est croire ».

Cela m’arrive de ne pas rigoler du tout pour certains cartoons. De nombreux dessins sont réactionnaires, à propos des femmes notamment. Je les trouve plains d’idéologie et ils me font songer non pas à la qualité du cartoon à proprement parler, mais au mauvais goût du cartooniste qui se trouve de l’autre côté du papier. Ce type de cartoons ne me fait pas du tout frémir. Ils ne me font aucun effet, et je me retrouve là à regarder quelque chose qui pourrait s’apparenter au vide. Peut-être est-ce seulement une question de goût. Comme je le dis souvent, le bon dessin de presse possède une certaine subtilité en développant différents niveaux d’interprétation et en dégageant divers points de vue.

Pour donner un exemple concret, je peux trouver intéressant un dessin de George Bush le représentant avec plusieurs bouches et au contraire détester un cartoon où on le voit représenté en singe. Le dernier dessin, bien qu’il soit humoristique ne me fera pas considérer le message politique de Bush et de son administration sérieusement.

 

 

Quel est pour vous la situation ou le personnage le plus difficile à dessiner?

 

Tout le monde peut être dessiné. Même si la personne que je dois représenter est un sujet difficile à représenter, je peux toujours me concentrer sur ce qui les rend célèbre, du moins c’est ce que je pense. J’ai souvent des problèmes avec les visages de femmes. Heureusement, elles ne sont pas  trop souvent dans le monde politique

 


Dessin de Firuz Kutal

 

 

 

Ben Heine  est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
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