Notre-Dame des Douleurs
par Israël Shamir, 2006
L’absence de réaction de l’Occident devant ce qui se
passe au Proche-Orient devrait nous inquiéter pour tout le reste
car elle augure peut-être la mort de notre civilisation.
L’église de l’Annonciation de Nazareth abrite une étonnante
collection d’images témoignant de la vénération
des artistes pour Marie. Que ce soit sous la forme d’une Vierge
délicate, vêtue d’un kimono de couleurs vives, portant
son enfant, lui-même revêtu du costume de cérémonie
des empereurs du Japon, semé de fleurs bleu et or, d’un visage
naïf de Madone de style gothique, reproduit à partir des enluminures
de l’abbaye de Cluny, en France, d’une Impératrice
céleste de Chine sculptée dans un bois précieux par
des adorateurs formosans, de la statue de la Madone de Guadalupe, incrustée
de métaux précieux, venue de Cuba, de la Vierge noire de
Pologne, du tendre visage de la Mère de Dieu des Byzantins, ou
d’une Madone en acier, œuvre d’art moderne venue des
États-Unis, les représentations de la Vierge ornant les
murs de l’église attestent de l’unicité de la
grande famille humaine. Il serait difficile de trouver dans le monde une
image aussi universelle et poignante que celle de la Vierge à l’Enfant.
Où que vous alliez, de Saint-Jacques de Compostelle, aux confins
occidentaux de l’Espagne, jusqu’aux dômes dorés
des cathédrales de Russie, en passant par l’univers glacé
d’Uppsala en Suède et Sainte-Sophie de Constantinople, vous
retrouvez ce visage adorable. Les meilleurs artistes ont dépeint
ses traits empreints de compassion, son amour pour son fils et sa douleur.
Botticelli l’a représentée tenant une grenade dans
ses mains, aux côtés des Rois Mages. Son image a inspiré
Michel-Ange et Raphaël, Cimabue et le Titien, van der Weyden et Fra
Filippo Lippi. C’est sur ce mélange singulier de jeune fille
et de mère, de vulnérabilité et de protection, d’admiration
et d’amour que reposent les fondements spirituels et l’inspiration
de notre civilisation.
La Vierge est apparue à une paysanne mexicaine et son portrait
sur fond de semis de fleurs a mis fin à la lutte entre les Indiens
et les Espagnols pour les réunir en une seule et même nation.
Elle a donné son rosaire à Saint Dominique et remis une
lettre aux enfants portugais de Fatima. Selon Maxim Rodinson, le prophète
Mahomet lui-même a sauvé une icône de Marie trouvée
dans le sanctuaire de La Mecque et l’a chérie. La Vierge
est apparue à un riche banquier juif du nom d’Alphonse Ratisbonne
qui, suivant ses instructions, a fait construire le couvent des Sœurs
de Sion à En Karim. Palestinien de confession musulmane originaire
d’un camp de réfugiés du Liban, Elias Khoury, auteur
du roman La Porte du Soleil (traduit en français par Rania Samara
et récemment publié chez Actes Sud/Sinbad), a gardé
son image qu’il avait apportée avec lui quand il a fui sa
Galilée natale. Même les spationautes syriens se sont rendus
dans le sanctuaire marial de Seidnaya avant de s’envoler à
bord de la navette spatiale soviétique[i].
Dans les légendes médiévales, il n’était
pas rare que les juifs fussent représentés comme des ennemis
de la Vierge. A Jérusalem, sur la Via Dolorosa, la base d’une
colonne marque l’endroit où, selon la légende, des
juifs l’auraient attaquée. Contes d’antan, me direz-vous
? Eh bien voyons ce qui se passe aujourd’hui. Cette semaine, à
Bethléem, un juif a tiré sur la statue de la Vierge. Un
soldat juif, embarqué sur un de ces redoutables chars Merkava-3
fabriqués selon les normes technologiques américaines aux
frais du contribuable américain, a tiré à moins de
100 mètres de distance un obus contre la statue de la Vierge qui
surplombe l’église de la Sainte-Famille dans la ville de
la Nativité.
La Vierge a perdu un bras et son doux visage a été défiguré.
Dans le conflit actuel, elle compte parmi la centaine de Palestiniennes
victimes des juifs. Cet acte de vandalisme, qui semble difficile à
justifier, n’est pas le résultat d’un tir accidentel.
Aucun terroriste n’était caché derrière la
délicate silhouette ornant le pinacle de l’hôpital
jouxtant l’église. Quant on tire de si près, ce n’est
pas par hasard. Le soldat avait peut-être reçu des ordres.
Ou bien s’agit-il d’une manifestation spontanée de
fanatisme juif. Actuellement, le monde rembobine à toute allure
la cassette qui nous fait remonter à l’Âge des ténèbres.
Quand on sait qu’Israël s’emploie à raviver le
rejet traditionnel des juifs à l’endroit de la Chrétienté,
cette hypothèse ne peut être exclue.
Quel que soit le but recherché, les éclats de l’obus
tiré marquent la dernière vérification opérée
par le système de contrôle de la pensée[1]. Sait-on
seulement si ce sacrilège sera rapporté dans le monde entier,
et s’il ébranlera le cœur de la Chrétienté
? Si la réponse à ces deux questions est négative,
les attentes des auteurs de ce méfait s’en trouveront probablement
confortées. De New York à Moscou en passant par Paris et
Londres, les médias sont désormais inféodés
aux partisans de la suprématie juive : pas un murmure sauf à
y avoir été autorisé. L’invasion israélienne
de Ramallah et de Bethléem à laquelle nous venons d’assister
a été rapportée sous l’intitulé “
Sharon en quête de paix ”. Mine de rien, la résolution
des Nations Unies fait bien un parallèle entre les agresseurs et
leurs victimes. Les grands médias occidentaux ont étouffé
les cris qui montaient de Terre Sainte.
Cette semaine, Alexander Cockburn[ii] écrit : “ Pour les
journalistes, ce serait s’aventurer en zone de non-droit que de
mentionner l’importance de la mainmise des juifs sur les médias
”. La semaine dernière, dans la “ Note en marge ”
de son bulletin d’information quotidien Supply Side Investor diffusé
sur Internet, Jude Wanniski remarquait que lorsqu’on dit que, dans
les médias de son pays, les juifs contrôlent le débat
sur Israël, ce n’est que pure vérité.
Il est vrai que l’événement a été rapporté
par Reuters et que c’est un photographe d’Associated Press
qui a pris cette terrible photo. Pourtant, aucun quotidien ni hebdomadaire
important ne l’a reproduite, préférant publier des
articles sur l’antisémitisme chrétien.
Il existe une maladie des yeux qui fait voir les choses à l’envers.
Quand il s’agit du Proche-Orient, on constate que la conscience
de l’Occident en est affectée. Bien que des actes terroristes
aient été perpétrés par des juifs à
l’encontre des Palestiniens, le nom même de Palestinien est
devenu synonyme de terrorisme. Les Palestiniens sont confrontés
à un holocauste. Des soldats juifs tatouent des numéros
sur leur front ou leur avant-bras, séparent les hommes du reste
de la population et les envoient dans des camps de concentration. Pendant
ce temps-là, les mémoriaux de l’Holocauste juif profèrent
comme des champignons. Ni Israël ni les États-Unis ne respectent
le droit international mais ils qualifient leurs adversaires “ d’États
parias ”[iii]. Tandis que les chars israéliens envahissent
les villes palestiniennes, le Wall Street Journal publie un article intitulé
“ Israël en état de siège ”, écrit
par Ehud Olmert, le “ maire de Jérusalem ” dont le
mandat n’a aucun fondement juridique. En Palestine, les juifs bombardent
les églises, brûlent les Évangiles, et persécutent
les Chrétiens, mais c’est l’antisémitisme chrétien
qui préoccupe les rédacteurs des journaux et les hommes
d’Église.
De nos jours, l’accusation d’antisémitisme est devenue
la calomnie ultime qui ne se venge que par le sang. Mais… n’en
a-t-il pas toujours été ainsi ? Dans Le Marchand de Venise,
Shylock se plaint de la haine des Gentils. Or, c’est à lui
seul que l’on en veut tandis que d’autres désapprouvent
ses méthodes usuraires. Plutôt que de baisser son taux d’intérêt,
il se montre impitoyable, préférant exiger son dû
d’Antonio et se réfugier derrière une soi-disant discrimination.
Si, dans l’œuvre de Shakespeare, Portia avait adopté
la même attitude que nos contemporains, elle aurait préféré
laisser faire Shylock plutôt que de s’opposer à lui
et d’être taxée d’antisémitisme.
C’est probablement dans le même esprit que les gardiens de
la conscience publique ont décidé de faire abstraction ou
de minimiser le sacrilège commis à Bethléem. L’absence
de réaction de l’Occident devant ce qui se passe au Proche-Orient
devrait nous inquiéter pour tout le reste car elle augure peut-être
la mort de notre civilisation.
La civilisation ne peut survivre si son cœur cesse de battre en ce
qu’elle a de plus sacré. Quand la foi n’a plus sa place,
c’est la mort de la civilisation, écrivait le philosophe
de l’Histoire, Arnold Toynbee, expliquant l’effondrement de
l’ancienne Égypte. Point de vie sans le sacré, renchérit
Mircea Eliade, philosophe des religions. Que nous nous référions
à la philosophie de l’Histoire, la lecture des textes mystiques
ou les études pragmatiques des sociologues, que nous soyons adeptes
des théories de Durkheim ou de Heidegger, nous en venons à
la même conclusion : l’indifférence devant le sort
réservé à la Vierge de Bethléem augure mal
de l’avenir de la civilisation chrétienne occidentale. Elle
nous conduit à penser que les Européens et les Américains
ont perdu le sens du sacré et que notre civilisation profanée
est vouée à l’extinction, à moins qu’au
seuil de l’abîme, nous décidions de faire marche arrière.Note
:
[1] NdT : en référence au système de censure décrit
par Orwell in 1984.
[i] W. Dalrymple, From the Holy Mountain
[ii] http://www.nypress.com/ Billy Graham: War Criminal
[iii] Voir Francis Boyle in CounterPunch, 14 mars 2002
Çumud et
fluidité
Par Israel Shamir, 2006.
Extrait du livre Notre-Dame des Douleurs
[http://www.amazon.com/gp/product/1419636235/sr=1-13/qid=115226599/ref=sr%20/%2013/04-2263406-1881517?ie=UTF8&s=books]
(avril 2006)
Les Palestiniens qualifient leur attachement au terroir, au bout de terre
particulier et unique sur lequel ils choisissent de vivre, avec le terme
Çumud. L’Intifada est une forme active de çumud. Le
çumud est une forme de résistance à la puissance
déracinante du sionisme, proclamait Emile Habibi, écrivain
palestinien, communiste et chrétien orthodoxe. « Il resta
à Haïfa », dit l’épitaphe sur sa pierre
tombale. Tandis que les Juifs essayaient de déraciner sa communauté,
Habibi resta planté là. C’est ça, le çumud.
Le çumud n’est pas le nationalisme. Les sionistes progressistes
présentent habituellement la lutte des Palestiniens en termes de
« nationalisme arabe affrontant le nationalisme juif ». C’est
pourquoi ils offrent de donner satisfaction à ce nationalisme palestinien
imaginaire avec une poignée de symboles : un drapeau, un hymne,
un État, un siège à l’ONU. L’attachement
à un lieu spécifique sur terre est un concept étranger
et mystérieux pour les Juifs ; aussi essayent-ils de projeter leurs
sentiments sur les Palestiniens et les autres peuples auxquels ils ont
à faire. Mais notre monde s’est créé sur l’idée
du Çumud, l’état naturel de l’homme.
La démocratie qui triompha dans la Grèce ancienne était
basée sur le çumud. Un citoyen d’Athènes ne
pouvait pas facilement se déplacer jusqu’à une autre
cité-État, comme Mégare, par exemple, parce qu’il
ne serait pas devenu citoyen de Mégare. Il aurait pu y résider,
mais ses droits auraient été sévèrement amputés.
La commune est l’unité de mesure pour les communautés
de l’avenir, conclut Lénine dans L’État et la
Révolution, en reprenant l’analyse de Marx sur la Commune
de Paris de 1871. Des bourgades et des villages aussi locales, aussi paroissiales
que possible, basées sur le sens du çumud, voilà
ce qui restaurera la fabrique en panne de la société humaine.
Les féroces néoconservateurs qui ont la responsabilité
de la politique étrangère des États-Unis sont en
majorité juifs, et beaucoup parmi eux ont le trotskisme pour idéologie
de départ, a fait remarquer Michael Lind dans le New Statesman
; il propose à cela l’explication suivante : « Il y
a une culture politique trotskiste distincte, dont l’influence résiduelle
se manifeste même chez des individus qui ont abandonné le
trotskisme ou qui n’ont jamais été trotskistes mais
qui ont hérité cette culture politique de leurs parents
ou de leurs maîtres à penser plus âgés. Une
belligérance exceptionnelle, en politique extérieure, combinée
avec le désir d’exporter « la Révolution »
(d’abord socialiste, puis, parmi les ex-trotskistes qui évoluent
vers le centre libéral ou vers la droite, la « révolution
démocratique globale ») . C’est une réflexion
intéressante mais qui mérite d’être approfondie,
car au lieu de réduire le problème à la question
de ses racines trotskistes nous voudrions trouver une communauté
de racines entre les trotskistes et les néoconservateurs. Car ce
n’est pas « la révolution » qu’ils souhaitent
exporter, mais leur vision globaliste. En d’autres termes, ces radicaux
juifs sont arc-boutés sur la démolition et l’éradication
de l’État national et des traditions locales, que ce soit
sous la bannière rouge ou sous la bannière étoilée.
Il semble que ces gens se moquent totalement du drapeau sous lequel ils
passent à l’action, dès lors que les traditions et
les spécificités originelles du monde – et, donc,
sa diversité – sont arasées.
Malgré d’énormes différences, ils ont bien
des choses en commun avec d’autres défenseurs de la globalisation,
qu’il s’agisse de George Soros, de von Hayek ou de Karl Popper.
Leurs origines juives ne sont pas de purs accidents sans rapport avec
ces postions, comme le fait remarquer Avi Beker, directeur des Affaires
internationales au congrès juif mondial, membre du bureau directeur
de Yad Vashem, de l’université Bar Ilan et de Beth Hatefutsoth,
dans son ouvrage Dispersion and Globalization : The Jews and the International
Economy (Dispersion et Globalisation : les Juifs et l’économie
internationale). Il écrit : « Si l’on examine l’histoire
économique au long de différentes périodes, on peut
remarquer l’influence remarquable et récurrente des juifs
dans le développement économique, et particulièrement
leur rôle dans la création de certains faits d’ampleur
mondiale. Dans une perspective historique, il apparaît que la dispersion
du peuple juif, sa concentration dans certaines branches de l’économie,
leurs mouvements vers des centres économiques, et peut-être
même leurs caractéristiques nationales et religieuses, leur
ont donné certains avantages qui étaient nécessaires
à l’échelle globale de l’économie à
différentes étapes de l’histoire. Il se peut que les
historiens juifs aient été dissuadés d’étudier,
d’un point de vue méthodique et comparatif, le lien entre
la dispersion des juifs et le processus de globalisation de l’économie
mondiale, précisément à cause des accusations antisémites
selon lesquelles les juifs manipulent et contrôlent la finance mondiale.
Les juifs n’étaient pas les seuls cadres dirigeants dans
l’économie mondiale, et contrairement aux allégations
antisémites, ils ne sont pas les plus riches. Cela étant,
ils ont indiscutablement joué un rôle critique et innovant
dans l’économie mondiale à différentes périodes
historiques.
Pendant des centaines d’années, l’existence juive dans
la diaspora a reposé sur la globalisation, et aujourd’hui,
comme à différentes périodes dans le passé,
les juifs ont fait la promotion de la globalisation, l’ont servie
comme ses agents. En matière économique comme dans d’autres
domaines, le rôle historique juif unique, et le témoignage
historique intrinsèque de leur mission universelle a été
prouvé. »
Il y a plusieurs façons d’interpréter la tendance
juive à l’internationalisme et à la globalisation.
Les optimistes voient là une preuve de l’humanité
supérieure des juifs. Le critique d’art éminent et
juif Clément Greenberg, grand défenseur de l’art abstrait,
a dit : « Il n’est pas impossible que, selon des critères
historiques mondiaux, les juifs européens représentent un
type d’humanité supérieur à tous ceux qui l’ont
précédé ». D’accord, disons que c’est
possible. Mais il se pourrait bien aussi, comme les cyniques le disent,
que les juifs ne voient guère de différence entre les peuples
les plus divers : pour les juifs, un goy est un goy, et on peut les mettre
tous dans le même sac ; on peut aussi collectionner les affirmations
juives telles que « Les nationalités doivent disparaître
! Les religions doivent céder la place ! Mais Israël ne disparaîtra
pas, parce que ce petit peuple est le peuple élu de Dieu ».
Il y a une blague juive sur l’avenir communiste, quand toutes les
nationalités et les religions auront disparu, et qu’il ne
restera plus qu’une question à cocher dans les questionnaires
: « Avez-vous été juif dans le passé pré-communiste
? » C’est une blague qui suppose une certaine suspicion de
la part des Gentils, mais on peut aussi l’interpréter comme
le reflet du sentiment que la judéité survivra à
toutes les nations et croyances possibles.
Kevin Mac Donald a fait remarquer que l’élimination des nations
serait très profitable aux juifs dans un sens pratique, parce qu’ils
seraient capables de jouer en équipe contre des individus jouant
séparément. Cependant cela supposerait une habileté
particulière pour deviner le futur lointain. Il est bien plus facile
de remarquer que le simple fait que les communications deviennent plus
faciles est bon pour les juifs, parce qu’ils se trouvent situés
dans différents pays et peuvent interagir facilement. C’est
pourquoi l’intérêt juif rencontre celui de bien d’autres
gens qui ont besoin de communications améliorées.
Mais des communications qui s’améliorent, ce n’est
pas une pure bénédiction. Quand les communications sont
vraiment merveilleuses, et que l’on peut facilement passer de A
en B, très vite, la raison de se déplacer s’évanouit,
puisque A et B deviennent très semblables, voire identiques. De
l’autre côté, le manque de routes et de communications
modernes protège un pays des touristes pénibles et des envahisseurs
cruels. Un voyageur anglais au XIXème siècle demandait à
un Palestinien noble et avisé pourquoi les Arabes ne construisaient
pas de routes. Celui-ci répondit : Pourquoi construirais-je une
route ? Pour qu’un étranger vienne rendre visite à
ma femme ? Il avait raison : l’amélioration du réseau
routier a permis le passage des armées étrangères,
après quoi ce sont les sionistes qui sont arrivés. Maintenant
nous pouvons considérer le paradigme de Fluidité qui définit
le terrain commun aux différents mouvements juifs. La fluidité,
c’est ce qu’il y a de plus général dans le mouvement
libre, qu’il s’agisse des mesures économiques libérales
comme dans la société Ouverte de Popper et von Hayek, ou
de la force brutale comme dans le cas du sionisme, ou des mesures révolutionnaires
du trotskisme, ou de l’intervention militaire américaine,
ou de la dynamique des néoconservateurs. Tous ces mouvements divers
font avancer la fluidité contre le çumud.
Un philosémite exprimerait ce constat à travers l’axiome
: « les juifs sont toujours du côté de la liberté
» ; alors que l’antisémite dirait : « les juifs
ont fait un pacte avec le diable pour détruire les sociétés
gentilles ». Au bout du compte, tous deux auront raison. De la même
façon, le fleuve fournit de l’eau, transporte les marchandises
et les personnes, mais détruit les villages sur son passage lorsqu’il
est en crue. Il est impossible d’en conclure que « le fleuve
est toujours bon » ou que « l’influence juive est toujours
bénéfique ». Seul Dieu est toujours bénéfique,
tandis que toutes les tendances sont bénéfiques jusqu’à
un certain point, si elles sont correctement équilibrées
les unes par les autres.
Une représentation du monde qui aille au delà du champ de
bataille manichéen entre le bien et le mal pourrait être
celle de l’arène taoïste où combattent les forces
opposées de l’énergie et de l’entropie, de la
diversité et de l’uniformité, ou de çumud et
fluidité. Les deux sont indispensables, mais la victoire totale
de l’une des deux forces devrait être évitée
à tout prix, si l’humanité envisage de survivre.
La diversité, les milliers de tribus, de traditions culturelles,
de langues et de croyances, c’est le paradis perdu de l’humanité.
C’est l’équivalent spirituel du pétrole, en
quelque sorte, parce que la diversité est la source de l’énergie.
Lorsque la diversité, la gigantesque batterie débordante
d’énergie, se trouve déchargée, l’énergie
est gaspillée et l’uniformité ou entropie s’accroît
comme le prix à payer pour l’énergie offerte. Le multiculturalisme
est une fausse diversité, juste une halte brève avant l’uniformité
et la mort.
La fluidité décharge donc la batterie de la diversité.
Dans un État équilibré, l’énergie disponible
devrait déboucher sur la créativité dans le domaine
de l’art et de la foi, mais elle pourrait être canalisée
en direction d’usages pratiques. Mammon, personnification de la
foi en la cupidité, est en concurrence avec Dieu (l’Art et
la Foi) pour l’énergie libérée ; or, comme
le stipule l’Évangile, nul ne peut servir à la fois
Dieu et Mammon ».
En termes théologiques, le Peuple Elu était censé
canaliser l’énergie déchargée vers le service
de Dieu, en aidant les tribus divisées à s’unir dans
l’esprit. Il remplit sa mission en donnant naissance au Christ.
Mais depuis lors, il continue à décharger les batteries
de la diversité. Dans une blague juive, un apprenti sorcier active
le Golem, un robot dépourvu de raison, et lui demande de lui apporter
de l’eau. Mais l’apprenti sorcier n’a pas le mot de
passe magique pour arrêter le Golem, et celui-ci continue à
apporter de l’eau, tant et si bien que la maison se retrouve inondée.
En un sens, les juifs sont un Golem en liberté, qui inonde le monde
entier. C’est çumud, le mot de passe magique qui sert à
arrêter le Golem.
La fluidité ouvre la voie à la liberté. Imaginez
un troupeau de moutons enfermé dans une bergerie. Ils veulent s’évader,
goûter à la liberté des prairies verdoyantes, loin
de leur environnement sordide, peut-être loin du troupeau et de
son rude berger. Ils ne parviennent pas à ouvrir la porte, mais
ils ont trouvé un allié à l’extérieur
: le loup. Le dénouement, La Fontaine le connaissait bien, mais
nous l’avons oublié. Les moutons peuvent encore être
sauvés s’ils reconnaissent les intentions du loup et s’ils
l’empêchent de mettre à exécution la seconde
partie de son plan, l’ouverture du chemin des moutons jusqu’à
son estomac.
Le fluidité sans limite est mortelle pour les gens. Vous pouvez
le découvrir lors de votre prochain voyage touristique en Turquie.
Tandis que vos amis bronzeront sur la plage, prenez une voiture et roulez
jusqu’aux montagnes rocheuses de l’Anatolie. Là, au
milieu de torrents rapides et de cascades, vous découvrirez les
ruines de grandes cités byzantines avec leurs églises désertées.
Saint Paul, qui était de là-bas, les avait fréquentées,
et saint Jean y envoya ses furieuses épîtres. Quel est le
désastre qui s’abattit sur elles ? Elles furent victimes
de la fluidité. Il y a mille ans, les montagnes et vallées
de l’Asie Mineure étaient habitées par une rude population
byzantine. Paysans et guerriers, ces Anatoliens constituaient l’arrière
pays dont les cités côtières développées
avaient besoin. Quand Constantinople fut attaquée par les Arabes
durant leur campagne éclair en direction du nord, les Anatoliens
arrêtèrent l’invasion et mirent une frontière
entre les terres arabes musulmanes et l’empire orthodoxe byzantin.
Les Anatoliens maintinrent les Perses et le Califat de Bagdad à
bonne distance, et l’empire connut la paix.
Mais c’est alors que les idées néo-libérales
s’introduisirent à Byzance, car les grandes inventions du
lauréat du Prix Nobel Milton Friedman appartiennent, de même
que l’usure, aux plus anciens des fléaux découverts
par l’homme. Les néo-libéraux byzantins expliquèrent
à la noblesse indigène et aux capitalistes naissants qu’il
était de leur intérêt de privatiser les terres de
l’Anatolie, de renoncer à l’agriculture montagnarde
improductive du point de vue commercial, et de développer l’élevage
des moutons à grande échelle. Les riches et les puissants
écoutèrent ces chants de sirènes. Ils s’emparèrent
de la terre, en firent des pâturages, et empochèrent de jolis
profits. Les paysans qui avaient perdu leur terre et leurs moyens d’existence
affluèrent en masse à Constantinople, désertant leurs
montagnes arides.
L’idée néo-libérale prouva sa validité
: la grande cité sur le Bosphore recevait force gigots produits
à faible coût, et une force de travail également considérable
et bon marché. Au même moment, les tribus turkmènes
jetèrent un œil de l’autre côté de la frontière
anatolienne et eurent une agréable surprise : ils virent le grand
vide de l’Asie Mineure peuplé par des foules de moutons et
très peu de bergers. Ils avancèrent, prirent les moutons
pour leur kebab, absorbèrent les bergers locaux et créèrent
l’empire ottoman. Très vite, ils s’emparèrent
aussi de la Grande Cité, parce qu’une ville sans arrière-pays
ne peut pas résister. Et ce fut la fin de l’empire byzantin.
Les Turcs ne le ravagèrent pas, comme le prétendent nos
livres scolaires, ce sont les néo-libéraux qui le firent,
car les Turcs se bornèrent à mettre la main sur des campagnes
dépeuplées.
C’est la même fin qui attend l’empire judéo-américain,
parce qu’il détruit à grande vitesse la base même
de son pouvoir. Pourtant, ses idéologues ont quand même appris
une ou deux choses de l’histoire, et ils ont trouvé la solution
: ils font de leur politique une recette globale. En effet, si les tribus
turkmènes avaient été néo-libéralisées,
elles ne se seraient jamais aventurées en Anatolie : elles auraient
sué sang et eau dans des échoppes étouffantes, au
milieu de leurs steppes. Si le peuple de la fluidité triomphe,
c’est toute l’humanité qui va devoir envisager un avenir
sombre.
L’humanité a eu le temps de faire connaissance avec la fluidité.
Cela nous vaut plus de liberté personnelle que nous n’aurions
pu en avoir autrement. Mais ce n’était pas un repas gratuit
! Nous avons perdu beaucoup de précieuse diversité. Quand
la fluidité se retirera, nous serons spirituellement morts. Pour
survivre, il faudrait que nous revenions au çumud.
Les penseurs de gauche comme de droite, au XIXème siècle,
du fils de paysans Pierre Joseph Proudhon au fulgurant Otto Weininger,
avaient l’intuition que les juifs prospèrent dans les conditions
de la fluidité, tandis que le çumud est la réponse
gentille à l’excès de fluidité. C’est
pourquoi l’ascension actuelle des juifs peut être perçue
comme un symptôme inquiétant pour l’humanité.
Ceci ne veut pas dire que les juifs créent la fluidité ;
nous remarquons tout aussi bien sa présence en l’absence
des juifs. Ils peuvent être remplacés par les Asiatiques
en Afrique de l’Est, par les Bengalis en Inde, les Écossais
en Angleterre, les Yankees aux États-Unis, ou tout autre groupe
local. C’est plutôt qu’un degré inhabituel de
prospérité parmi les juifs devrait servir d’indice
d’un profond désordre dans la société. Les
antisémites superficiels pensent que si les juifs étaient
chassés de leurs situations, le problème de l’excès
de fluidité serait réglé. Mais c’est l’erreur
classique du médecin débutant qui donne un traitement palliatif
sans tenir compte de la gravité du dysfonctionnement. La discrimination
des juifs n’est pas seulement inacceptable du point de vue moral:
c’est surtout une politique erronée. Si on chassait les juifs,
leur place serait aussitôt prise par des aspirants à la judéité
issus de la masse non juive. Au contraire, une société pourrait
se guérir en tenant compte de ce puissant indicateur. Si les juifs
prospèrent en tant que banquiers, le système bancaire devrait
être réorganisé jusqu’à ce que la prospérité
des banquiers devienne de l’histoire ancienne, comme celle des producteurs
de tulipes hollandais. Lénine proposa de plafonner les revenus
des banquiers au niveau de ceux des ouvriers, et cela a marché
: en Russie soviétique, en l’absence totale de discrimination,
le système bancaire n’attira plus les juifs. Si les juifs
prospèrent dans les médias, il faudrait démocratiser
les médias. Internet nous offre un nouveau forum gratuit et accessible
à tous, pour échanger des points de vue et récolter
des informations. Si les juifs se regroupent dans la publicité
sur internet, ce média peut être liquidé. Nous pouvons
vivre mieux sans être constamment incités à acheter
et à consommer. Si aux États-Unis, les juifs constituent
la plus grande partie des avocats, le système légal devrait
être réajusté jusqu’à ce que les procès
et les indemnisations en millions de dollars soient relégués
aux oubliettes.
Quand les juifs se concentraient dans la production d’alcool, comme
cela se produisit dans l’empire russe au XIXème siècle,
il y avait une solution. Le gouvernement russe nationalisa les tavernes,
perçut par ce moyen plus de taxes que par l’impôt sur
le revenu, et cela permit, incidemment, d’en finir avec les empoisonnements
par l’alcool frelaté. C’est cette initiative, d’ailleurs,
plus que les persécutions, qui a donné lieu à la
vague d’immigration juive aux États-Unis.
Si les juifs réussissent au delà de leurs rêves les
plus fous dans le monde de l’art, cela signifie que le monde de
l’art est malade et qu’il faudrait lui porter secours. Si
les juifs dominent la production cinématographique américaine,
il faudrait fermer Hollywood, parce que nous pouvons très bien
nous passer de Terminator 3 et de Sexe dans la Big City. De toutes façon,
les seuls films valables de ces dernières années sont été
produits en dehors du monde judéo-américain, en Iran et
en Chine.
L’impérialisme est une manifestation du principe de fluidité.
L’impérialisme américain contemporain est soutenu
par les néoconservateurs de droite. Mais la faction gauchiste de
Trotski en URSS défendait une politique impérialiste en
termes de révolution mondiale, jusqu’à ce que Staline
l’arrête avec son mot d’ordre très çumud
: « le socialisme dans un seul pays ». L’impérialisme
britannique fut promu par le premier ministre de droite Disraeli, qui,
tout baptisé qu’il fût, avait gardé une hubris
très judaïque associée à un chauvinisme féroce
(Disraeli rêva de créer un État juif, et il est le
véritable fondateur du sionisme, plus que Theodor Herzl). Ils lutta
contre la conviction intime des Anglais selon laquelle « les colonies
sont des boulets attachées au cou de la métropole »
. Adolphe Crémieux, homme politique de gauche français,
fondateur de l’Alliance Israélite Universelle, fut le grand
défenseur de l’impérialisme français (il donna
aux juifs d’Algérie la citoyenneté française
en laissant à leurs voisins musulmans le statut de citoyens de
deuxième classe dans leur propre pays ; et c’est ainsi qu’il
semait les graines de la guerre d’Algérie des années
1950).
L’impérialisme n’a pas amélioré les conditions
de vie des habitants ordinaires de la France ni de l’Angleterre,
les métropoles. Il leur a rapporté bien des guerres, l’immigration
de masse, et il a disparu dans l’épuisement complet. Si nous
avions une Terre entière à notre disposition, nous la donnerions
aux États-Unis pour qu’ils y déploient leur impérialisme
jusqu’à ce qu’ils s’effondrent d’eux-mêmes;
mais hélas, c’est le monde qui s’effondrera avant cela.
Voilà pourquoi le çumud est la tendance anti-impérialiste
qui doit être épaulée tant par la droite de Gladstone
ou Pat Buchanan, que par la gauche de Eugene V. Debs de IWW.
Le mouvement de la Gay Pride relève de la fluidité. Dans
cette combinaison de termes, je ne rejette pas le terme « gay ».
Après tout, la vie privée des hommes et des femmes ne regarde
qu’eux. Mais l’hubris n’est pas une affaire privée,
et « pride » n’est que la traduction anglaise de la
notion d’orgueil sans frein, d’hubris. Juifs et fiers de l’être,
gays et fiers de l’être, américains fiers de brandir
leurs drapeaux arc en ciel, bleu et blanc ou leur bannière étoilée
: tous sont également répugnants dans la mesure où
ils symbolisent le summum de l’orgueil à l’horizon
de la fluidité.
Cela ne signifie pas qu’il faille éliminer la fluidité.
Le monde en a besoin, sans quoi nous serions privés d’idées
universelles, ou de nos échanges d’information gigantesques
sur internet. Mais c’est l’hubris qu’elle encourage
qui doit être brisé, au moyen d’une vigilance renforcée,
parce que la fluidité consomme l’énergie emmagasinée
par la diversité, notre héritage commun. D’une façon
similaire, les colonies juives avec leurs vertes pelouses et leurs piscines
ne sauraient fleurir sans consommer l’eau des nappes souterraines
non renouvelables, et sans assoiffer par là les villages palestiniens
qui s’en trouvent privés.
L’approche en termes de fluidité et de çumud n’est
nullement raciste ; elle se dresse en opposition au mot d’ordre
« le sang et le sol ». C’est le sol qui vient en premier
et en dernier, car le sang n’est pas vraiment suffisant. Après
1993, bien des réfugiés palestiniens sont revenus en Palestine.
C’est une excellente démarche, et on peut espérer
que bien d’autres encore seront autorisés à rentrer
plus tard. Les gens qui reviennent sont des gens merveilleux, pleins de
bonnes intentions. Ils sont palestiniens par le sang. Mais ils ont vécu
pendant de nombreuses années ailleurs, et ils ont perdu le contact
avec le sol. Ils sont devenus agents de la fluidité, et dans un
monde meilleur, ils devraient apprendre des paysans locaux comment redevenir
des indigènes. Mais dans le monde réel, les gens qui relèvent
de la fluidité montrent l’exemple aux indigènes, par
leur succès. Les villageois et citadins de Palestine expriment
souvent leur ressentiment face à ceux qui reviennent, car même
si ce sont des parents proches, souvent des cousins, le pouvoir se retrouve
vite concentré entre leurs mains de façon disproportionnée,
aux dépens des gens du lieu, tant à Ramallah qu’à
Gaza.
Revenons à nos moutons ; ce n’est pas une question de pouvoir
: mon bon ami Sam, le Palestinien d’Amérique, a fait bâtir
un centre commercial à Ramallah, alors que cela va accélérer
le divorce entre les enfants de Palestine et leur terre. Les vertes collines
autour de Ramallah sont dangereuses pour batifoler, parce que les snipers
israéliens veillent et tirent aussi bien sur les enfants que sur
les grandes personnes, si bien que les enfants de Ramallah sont obligés
pour courir de venir dans les couloirs du centre commercial. Demain ils
ne songeront plus à protéger leurs collines : ils préfèreront
l’environnement artificiel. Ainsi, la fluidité sioniste de
l’Armée israélienne et la fluidité capitaliste
du centre commercial américain conspirent, pour ainsi dire, contre
le çumud palestinien. Les bonnes intentions de Sam favorisent des
résultats bien décevants.
Que peuvent-ils faire, alors, ceux qui reviennent, et d’ailleurs
les immigrants en général, où qu’ils se trouvent
? Sont-ils donc condamnés à soutenir le principe de la fluidité
après avoir été déracinés de leurs
lieux de naissance par la tourmente de la guerre, par les arguments si
persuasifs de la famine, par la curiosité ou le hasard ? Non .
Dans l’Inde britannique, un officier Raj qui résidait loin
des centres de pouvoir britanniques devait adresser un rapport annuel
à ses maîtres. Parfois, ils le lisaient soigneusement et
annotaient sur la dernière page : « Plus d’espoir avec
Thompson ; c’est devenu un indigène ». Cela voulait
dire qu’il avait pris femme parmi les gens du coin, qu’il
s’habillait comme eux, qu’il passait son temps avec eux et
qu’il ne se souciait plus guère du « fardeau de l’homme
blanc ». Il était perdu pour l’Empire, pour la fluidité,
parce qu’il avait franchi la ligne de division, et rejoint un nouveau
çumud. Ernest Fenollosa, orientaliste américain d’origine
séfarade, parti de Salem, devint un authentique japonais de l’ère
des Meiji. Il apprit la langue, tomba amoureux de la culture japonaise
et sauva le théâtre traditionnel Nô, quintessence du
çumud japonais, qui était menacé d’extinction.
Son travail inspira Ezra Pound, encore un cas de fidélité
au çumud.
C’est la voie qui s’offre à nous : il faut devenir
natif, renoncer à la fluidité, rejoindre un nouveau çumud
en s’imprégnant avec application des coutumes et des manières
locales, en suivant ses règles, et aimant ses habitants, en rejoignant
leurs églises, en acceptant leur gouvernance, en parlant leur langue,
en jetant par dessus bord l’hubris de la fluidité et en choisissant
d’aimer l’idée même du çumud. C’est
ce que je me disais en suivant une petite fille noire dans la file des
gens qui allaient communier, dans notre église paroissiale.
15/08/06 - Entre la Victoire (des uns) et la défaite
(des autres)
par Israel Shamir, 13 août 2006
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique
(www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.
Nous entrons dans une période absolument cruciale. Nous sommes
en effet à la croisée des destinées - nous allons
connaître des temps où nos actions (ou nos inactions) seront
susceptibles de déterminer notre futur et celui de nos enfants,
pour des années. Des combats, sans doute les plus acharnés,
se déroulent en ce moment même au Liban : une petite force
de la Résistance - deux mille hommes au commencement de la guerre,
et sans doute beaucoup moins aujourd'hui - se tient prête dans ses
retranchements face à l'assaut d'une armée suréquipée
forte de trente mille hommes, qui passe à l'offensive en dépit
de la résolution de l'Onu imposant un cessez-le-feu. A elle seule,
la survie des hommes de la Résistance signifiera leur victoire.
La résolution de l'Onu - écrite par les
Etats-Unis, et approuvée par Israël - est profondément
injuste : les troupes de l'Onu seront stationnées, non pas en Galilée,
afin de protéger le Liban de la furie juive, mais au Sud Liban,
afin de protéger le puissant voisin. C'est l'agressé, qui
tente de se défendre, qui sera désarmé, et non pas
l'agresseur. C'est injuste. Mais, injuste, ça ne l'était
sans doute pas encore suffisamment, aux yeux des juifs : à peine
cette résolution venait-elle d'être adoptée, que l'armée
israélienne fonçait, afin de s'emparer d'autant de terrain
possible avant l' heure officielle du cessez-le-feu. C'était là
un tour pendable, violant totalement l'esprit de la résolution
de l'Onu, mais qui en respectait scrupuleusement la lettre. A propos de
ce genre de magouille, les juifs disent : « C'est casher, mais ça
pue ! »
La décision prise par le gouvernement israélien
a été authentiquement orwellienne, voire schizophrénique
: accepter le cessez-le-feu TOUT EN poursuivant à fond la caisse
la conquête du Sud Liban ? ! ? D'après les éclaircissements
donnés par le commandant de l'armée israélienne pour
la région Nord, Israël a l'intention d'encercler le Sud Liban
et d'y continuer le combat y compris APRES le cessez-le-feu. Il a appelé
ça : « la nécessité de nettoyer les terroristes
». Sayyed Nasrallah, le chef du Hizbullah, a juré de son
côté de combattre l'envahisseur sur le terrain, tout en acceptant
le cessez-le-feu.
Dès lors, il y a peu de chances que l'invasion
israélienne du Liban et les combats qui en ont découlé
prennent fin de sitôt. Aujourd'hui, Israël a bombardé
la dernière route qui reliait encore le Liban à la Syrie
sa voisine, et les civils libanais ont de ce fait perdu leur dernière
chance de s'échapper. Cette mesure, associée à un
largage massif de troupes parachutées au bord du Litani, vise à
couper les voies d'approvisionnement nécessaires aux combattants
libanais terrés sur le champ de bataille, tandis que les troupes
israéliennes, elles, bien entendu, sont réapprovisionnées
en permanence par Washington. La participation américaine à
la guerre ne se limite pas au soutien diplomatique total et aux fournitures
militaires apportés par Washington à Israël : allant
jusqu'à mettre ses propres troupes en Irak en danger, le Pentagone
a déplacé ses satellites espions géostationnaires
de la verticale de Bagdad jusqu'au ciel du Liban, cette manouvre ayant
nécessité un transfert massif de soldats états-uniens
vers Bagdad.
De plus, d'importants juifs américains amis d'Israël,
à Washington, ont appelé le gouvernement israélien
à se battre pour vaincre, car un Israël non-victorieux, l'Empire
n'en a nul besoin. L'éditorialiste du Washington Post Charles Krauthammer
a ainsi écrit, cette semaine : « . La quête d'une victoire
à bon marché par Olmert a mis en danger non seulement l'opération
au Liban, mais tout autant la confiance placée en Israël par
l'Amérique. » Max Boot, membre du Conseil des Relations Extérieures,
a écrit, dans le Los Angeles Times : « La Syrie est faible,
et elle est juste à côté. Pour sécuriser ses
frontières, Israël doit frapper le régime [du Président
Bashar] al-Assad. » Les juifs américains exigent la guerre,
et la victoire d 'Israël : « La juiverie américaine
[doit] se comporte[r] comme un Etat totalitaire communiste, dès
lors qu'il s'agit de guerres juives », a pu écrire un éditorialiste
de Tikkoun, une publication jadis réputée progressiste.
Les exhortations belliqueuses venues de la mouvance du
Jinsa sont liées à la chute d'une première victime
juive américaine du conflit. En effet, Joseph Lieberman, un belliciste
démocrate éminent, vient de perdre les élections
primaires, dans l'Etat du Connecticut. Les ondes sismiques émises
par sa défaite ont menacé la base bipartisane du soutien
à Israël au Congrès. Le Président Bush a exprimé
sa sympathie à ce soi-disant « démocrate » totalement
dévoué à Israël et à la guerre au Moyen-Orient.
Les forces pro-guerre, aux Etats-Unis, flairant le danger, ont intensifié
leurs efforts visant à étendre la guerre à l'ensemble
du Moyen-Orient.
Ces forces ont de nombreux alliés en Israël,
dont le leadership est en train de ressasser sa déculottée
militaire dans ce qui était supposé devoir être une
brillante campagne éclair, et cherche un bouc émissaire.
Les généraux blâment le gouvernement, qui leur aurait
dénié leur totale liberté de mouvement, et ils bougonnent,
évoquant un coup d'Etat ; des ministres blâment l'armée
; des officiers du renseignement affirment - contre toute vraisemblance
- qu'ils avaient prévu ce qui allait advenir. Le Premier ministre
Olmert doit partir, a exigé Ari Shavit, un des principaux éditorialistes
du quotidien Ha'aretz, devenu un néo-fasciste « né
deux fois », et qui a accusé le libéralisme israélien
de la responsabilité de la défaite ; tandis qu'un encart
payé, à la une du Ha'aretz, ce quotidien réputé
progressiste, exhorte « Ehud [Olmert] et Amir [Péretz] à
vitrifier l' Iran ! »
Cette requête risque malheureusement encore d'être
satisfaite, même si le blitzkrieg n'a pas si bien marché
que cela, au Liban. Les missiles du Hizbullah représentaient une
contre-menace pour Israël : ils risquaient d' être activés
en cas de déclenchement d'une attaque israélo-américaine
contre l'Iran et la Syrie. Désormais, la menace de ces missiles
étant écartée - et après un repos et un réarmement
réparateurs - les Israéliens risquent de continuer la mise
en application de leurs plans visant à rayer Damas et Téhéran
de la carte. Telle est, en tout état de cause, la seule raison
vraisemblable de leur acceptation d'un cessez-le-feu.
Le cessez-le-feu, c'est l'arme secrète d'Israël.
Dès lors que « Tsahal » prend sa baffe, les juifs mettent
en branle l'arme secrète et gagnent une mi-temps, et une opportunité
de reprendre les combats, à leur convenance, après s'être
réarmés et reposés. L'arme du cessez-le-feu avait
été utilisée pour la première fois en 1948,
les Nations Unies le déclarant à deux reprises, associé
à un embargo sur les armes. Les deux fois, l'Etat juif naissant
a tiré un maximum de profit de ces deux cessez-le-feu : les livraisons
d'armes aux Palestiniens étaient frappées d'embargo, tandis
que les juifs recevaient des cargaisons d'armements sophistiqués
du gouvernement (à déguisement stalinien, mais très
largement juif) de Prague. Réarmés et rafraîchis,
les juifs reprirent leur offensive, quand ils furent prêts pour
cela, et ils écrasèrent la résistance palestinienne.
Le cessez-le-feu fut à nouveau déclenché
en 1973 : il sauva alors l'Etat juif d'une défaite annoncée,
en permettant à l'administration américaine, sous la houlette
de Kissinger, de réarmer les Israéliens, tout en les autorisant
à violer ledit cessez-le-feu dès lors qu'ils le jugeraient
opportun. La stratégie du coup du lapin à base de cessez-le-feu
a été intégrée dans les plans de guerre israéliens
dès le début de la Guerre au Liban - Le Retour. Les juifs
ont bombardé les civils, au Liban. Si le massacre de Cana est le
plus notoire, il y a eu des dizaines de Canas, de la même manière
qu'en 1948 le massacre de Deir Yassin n'a été que le plus
célèbre de toute une série de massacres [perpétrés
en Palestine]. La population civile israélienne a souffert, elle
aussi, mais ce sont les Palestiniens de la Galilée [les «
Arabes israéliens »] qui ont le plus souffert, parce que
l'artillerie israélienne bombardait le Liban depuis leurs villages
quasiment dépourvus d'abris, en espérant (et en causant
immanquablement) des tirs en retour, à la grande joie des nationalistes
juifs.
Quand la conscience mondiale exigea qu'il fût mis
fin au massacre des innocents, Israël posa son ultimatum, par l'intermédiaire
de sa superpuissance alliée, les Etats-Unis, disant, en substance
: « Si vous voulez que les tueries s'arrêtent, alors, s'il
vous plaît, faites notre [sale] boulot à notre place : désarmez
la résistance, imposez l'embargo à ses fournitures d'armes,
re-colonisez le Liban, afin que, quand nous serons en mesure de reprendre
la guerre, le Liban nous tombe entre les mains, comme un fruit mûr.
»
Seuls la ténacité et le courage des combattants
du Hizbullah ont amené les Français à améliorer
un tout petit peu le projet de résolution israélo-américain
; néanmoins celui-ci est à peu près aussi généreux
que les conditions du prêt stipulées par Shylock [allusion
au tristement célèbre personnage de Shakespeare, dans Le
Marchand de Venise, ndt].
Le Conseil de Sécurité m'a fait penser
à cet arbitre d'une nouvelle brève de Jack London - Le Mexicain
:
Le personnage principal de cette nouvelle, un garçon
mexicain souple et agile, Rivera, doit combattre un grand boxeur catégorie
poids lourds, Danny, une sorte de Tyson de l'époque, afin de remporter
un prix richement doté qui lui permettra d'acheter des fusils pour
la Révolution. Au début, Rivera attaque : « On ne
saurait qualifier cela de combat. Ce fut une boucherie, un massacre. Danny,
à n'en pas douter, montrait ce dont il était capable - splendide
démonstration. Le public était tellement sûr de son
pronostic qu' il ne remarqua même pas que le jeune Mexicain tenait
encore debout. Le public avait carrément oublié Rivera.
Il faut dire qu'il ne le voyait que de temps à autre, tellement
il était enveloppé par l'attaque anthropophage de Danny.
C'est alors qu'il se produisit une chose stupéfiante : Rivera était
debout. Mais seul ! Danny, le redoutable Danny, était sur le dos.
L'arbitre faisait des va-et-vient entre eux deux, et Rivera put soupeser
à quel point les secondes qu'il comptait étaient interminables.
Tous les Gringos étaient contre lui, arbitre compris. A «
neuf », l'arbitre repoussa Rivera d'un geste brusque. C'était
injuste, mais cela permit à Danny de se relever. » Puis,
à chaque occasion, « l'arbitre s'affaira, décollant
Rivera de Danny afin que celui-ci puisse le rouer de coups de poing, donnant
à Danny tous les avantages qu'un arbitre partial est en mesure
d'accorder », poursuit Jacques London. Pourtant, en dépit
de ces avantages, Tyson fut battu. La ténacité et la pugnacité
du svelte Mexicain lui permirent de vaincre son adversaire avant que l'arbitre
et les policiers n'aient pu lui voler la victoire.
Les Libanais et les Palestiniens peuvent encore remporter
la victoire, malgré la puissance énorme d'Israël et
de l'Amérique. Mais, dans la « real politique », il
est inutile de pousser à la victoire : nous pouvons nous satisfaire
d'un modus vivendi. De plus en plus d'Israéliens sont en train
de dessaouler, y compris le mouvement La Paix maintenant !, qui a soutenu
la guerre depuis le début. Le principal danger continue à
provenir des sionistes extrémistes américains, qui sont
prêts à se battre, depuis leurs chaises longues, jusqu'au
dernier Israélien. Il faut absolument que leurs concitoyens leur
jettent un seau d'eau froide, pour les ramener à la raison. En
Israël, l'intoxication belliqueuse est certes en train de s'évaporer,
mais pas encore suffisamment vite. Les destructions, au Liban, sont indescriptibles
: des reporters israéliens les comparent au Berlin de 1945. Des
dizaines de combattants israéliens et libanais, et beaucoup de
civils israéliens et libanais sont en train de mourir, en ce moment
même, à cause de la tentative désespérée
de marquer d'ultimes points déployée par les dirigeants
israéliens. Les Israéliens meurent en vain, envoyés
à la mort par leurs dirigeants.
Il ne faut pas que le gouvernement israélien soit
récompensé pour son inconduite. Les résolutions du
Conseil de Sécurité sur le Liban appellent au désarmement
des forces non autorisées par le gouvernement de Beyrouth. Aussi
les dirigeants libanais devraient-ils intégrer le Hizbullah dans
leur Etat et dans leur appareil militaire, ce qui couperait court immédiatement
au complot sioniste. Les Libanais peuvent prendre de la graine du précédent
de 1948, année où les organisations terroristes juives (Palmach,
Haganah, Etzel, notamment) avaient été incorporées
et intégrées à l'armée israélienne.
Le Hizbullah a démontré sa puissance, sa capacité
de combattre l'ennemi et de cacher son jeu, en serrant ses cartes sur
sa poitrine. Il s' agit là de qualités non négligeables.
Cela, le Président maronite du Liban, Emile Lahoud,
l'a bien compris, lui qui a répondu aux jérémiades
sionistes habituelles d'un journaliste occidental d'une manière
très favorable au Hizbullah : « Le Hizbullah, c'est cette
force qui a été capable de libérer les territoires
du Sud du Liban, en 2000. Notre armée est une armée nationale,
or la résistance est une résistance nationale. Vous voudriez
que l'armée de la Nation désarme la résistance nationale,
laquelle est complémentaire de l'armée, même si elle
opère à partir d'une autre salle de commandement des opérations
? Pas question ! »
Mais il est une autre grande victoire du Hizbullah, qui
est d'avoir su cicatriser la querelle entre Sunnites et Chiites, cette
querelle qui a été suscitée et entretenue par Al-Qa'ida.
Ce groupe nébuleux, basé en Afghanistan, créé
par les Etats-Unis afin de combattre les Soviétiques dans les années
1980, était restée dans la naphtaline, jusqu'en 2001, année
où les décideurs de la politique américaine ne le
ressuscitent au moyen des attentats du 11 septembre, même si encore
aujourd'hui - bientôt cinq années après - son implication
dans ces attentats n'a pas été démontrée.
Quels que soient les auteurs des attentats contre les Tours Jumelles du
World Trade Center et contre le Pentagone (et on ne sait pas qui ils sont),
ils se sont attiré une vague de sympathie auprès des désenchantés
du Nouvel Ordre Mondial, de Paris à Téhéran et de
Moscou jusqu'en Oklahoma. Les Maîtres du Discours s'inquiétaient
du fait que cette immense moisson ne risque de tomber aux mains d'un groupe
capable et dangereux (pour eux) (non nécessairement musulman) et
ils ont préféré l'offrir à leur création
domestiquée : Al-Qa'ida. Depuis lors, Al-Qa'ida a montré
qu'elle était un outil précieux pour les Américains
: elle n'a pourtant rien fait de particulièrement digne d'être
mentionné : elle a décapité des touristes, en filmant
leur décapitation ; elle a fait de son pire afin de susciter une
guerre de religions entre Sunnites et Chiites en Irak, faisant sauter
des bombes dans des mosquées et tuant des pèlerins. Elle
a su attirer des jeunes gens valeureux et audacieux, sur la base de ses
états de service en septembre 2001 - mais elle les amenés
à leur perdition.
L'ascension du Hizbullah est venue défier ces
petits arrangements entre soi. Au lieu de se battre contre ses coreligionnaires
musulmans, le Hizbullah se bat contre l'Empire judéo-américain.
Diamétralement opposé à cette fausse qu 'est Al-Qa'ida,
le Hizbullah est une résistance authentique, qui mène une
vraie guerre : il ne s'arrête jamais de combattre pour poser devant
les caméras de télévision. Les jeunes hommes inspirés,
désireux de combattre pour une juste cause, se sont par conséquent
tournés vers Nasrallah.
Les pantins sans âme d'Al-Qa'ida ont appelé
leurs ouailles à combattre le Hizbullah, mais en vain. La querelle
intestine entre Sunnites et Chiites s' estompe, et la majorité
sunnite du monde arabe a préféré Sayyed Nasrallah,
le Défenseur des Opprimés, à ces imposeurs de loi
islamique (shari'a) que sont Ben Laden et Al-Zarqâwî.
Quant au Complot des Poudres d'Heathrow, il ne s'agit
apparemment que d'une tentative désespérée déployée
par les patrons d'Al-Qa'ida afin de redorer la gloire défraîchie
de leurs créatures en tentant de démontrer qu'ils ne sont
pas totalement éteints.
La bonne raclée administrée par le Hizbullah
[à l'armada sioniste] aura de sérieuses conséquences
bien au-delà du Liban : elle va réunifier l'Orient, contre
l'Empire.
Israël Adam Shamir
Israël Adam Shamir II
Israël Adam ShamirIII
Israël Adam Shamir IV
Israël Adam Shamir
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