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LA BIBLIOTHEQUE QUIBLA

Israël Adam Shamir

10/08/06 - Le joug de Sion

par Israel Shamir, Shamireaders, 5 août 2006. Source : adam@israelshamir.net
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier

Une petite troupe de combattants déterminés prend le dessus et repousse l’armée la plus puissante dans sa région : c’est classique, dans l’Histoire. Ecartez-vous et dégagez, les Thermopyles : Bint Jbeil fait son entrée ! L’Evêque d’Antioche Philippe a comparé le nivellement de cette petite ville libanaise à la destruction de Stalingrad. Mais ces deux villes ont aussi en commun le courage de leurs défenseurs respectifs. Cela n’est pas si fréquent : ce n’est pas toutes les générations qui méritent d’assister à un exemple aussi éclatant de courage : trois longues semaines durant, une poignée de combattants du Hizbullah – deux mille hommes, selon les estimations les plus optimistes – ont repoussé les assauts de troupes israéliennes paralysées dix fois, vingt fois plus nombreuses. Voici quarante ans de cela, les Israéliens vainquirent trois armées en une semaine. Mais aujourd’hui, le talisman des envahisseurs s’est éventé – plus probablement, il est passé chez le vaincu. Dans le narratif quelque peu efféminé de la victime, qui prévaut de nos jours, la souffrance attire plus l’attention que la bravoure masculine. Ainsi, le massacre de Qana a éclipsé un événement plus important : la résistance inébranlable des combattants libanais. Mais le deuil d’Andromaque ne doit pas occulter le courage d’Hector : les hauts-faits du Hizbullah méritent d’être immortalisés par les aèdes.

Pourquoi, cette guerre ? Laissons les menus détails à un futur Plutarque ; il s’agit en fait d’une énième bataille pour la Palestine. Soutenus par l’Empire qu’ils tiennent à leur merci – les Etats-Unis – les juifs avaient toutes les armes, toutes les munitions, tout le soutien diplomatique, quand, enivrés par leur hybris, ils ont fait irruption dans une Gaza affamée et désarmée afin d’en massacrer les derniers résistants et d’y imposer le Joug de Sion. Leur invasion avait été préparée par un siège imposé depuis un an et par des bombardements incessants : leur outrecuidance les avaient donc persuadés qu’ils ne feraient de Gaza qu’une bouchée, quand ils l’auraient décidé. Et, de fait, tout le monde resta interdit : les Egyptiens vendirent la gloire de la Guerre de Ramadan pour une poignée de billets verts, les fils du Hedjaz et du Nedjd étaient tout à leur boulot à leur pompe à essence et les princes du Golfe s’occupaient exclusivement de leurs faucons. Les juifs se sentaient sûrs d’eux, quand ils se mirent en marche pour aller massacrer Gaza : qui allait déranger le lion de Judah rugissant pour défendre sa pitance ? Et voilà qu’une petite force, depuis le Mont Liban a dit : nous ! Ils ont attaqué les juifs tout-puissants ; ainsi le nain coupa-t-il le jarret de Nazgul prêt à tuer. L’armée israélienne a abandonné sa proie et, se retournant vers le Nord, elle a frappé les combattants du Hizbullah de toute sa puissance. Mais ceux-ci n’ont pas lâché.

C’était là quelque chose de tout à fait inattendu. Les Israéliens avaient coutume de tuer – ou de disperser – des Palestiniens piètrement armés et non entraînés. Là, les combattants de Sayyed Nasrallah s’incrustèrent dans les collines dénudées de Bint Jbeil, et ils livrèrent bataille. S’ils avaient été promptement éliminés, les généraux israéliens auraient emmené leurs troupes victorieuses jusqu’à Damas et à Téhéran avant de revenir dépouiller la Palestine de son joyau inestimable : le Haram Al Sharif, le Dôme du Rocher. Cette catastrophe peut encore se produire, mais le risque en a été amoindri par l’opiniâtreté du Hizbullah.

Plus important : le Hizbullah a refusé de cesser le feu tant qu’Israël occuperait le territoire libanais. Cette position courageuse a sapé toute la stratégie des sionistes. Ils envisageaient d’occuper le Sud du Liban et d’attendre qu’une force internationale (voire même l’OTAN !) vienne faire leur sale boulot à leur place. Il ne manque qu’une seule chose pour que la décision prise par le Hizbullah soit parfaite : le cessez-le-feu doit s’étendre en Palestine, tout aussi bien. Il est inconcevable que le Liban dépose les armes, tant que Gaza est assiégée et Naplouse dévorée.

Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a déclaré : « Nous avons changé le Moyen-Orient ». Je ne sais pas si l’ensemble du Moyen-Orient a été changé, mais quant à nous, en Israël, nous constatons un grand changement. Jusqu’à présent, seuls, quelques hommes et femmes d’Israël demandaient à leur gouvernement de renoncer à leur agression contre Gaza et le Liban… Mais la pluie de roquettes Katyusha a fait changer d’avis à plus d’un. Entraînés, au début, par l’arrogance de leurs généraux, les Israéliens ont désormais découvert le prix exorbitant de la guerre. Leurs premières réclamations au sujet de l’échec de l’armée à « assurer » ont cédé la place à la critique de la politique gouvernementale. Ils ont commencé à comprendre que le temps ne joue pas en leur faveur.

A chaque instant, désormais, les régimes collabos de certains pays voisins risquent soit de tomber, soit de secouer le Joug de Sion. Leurs dirigeants avaient été amenés à croire en la supériorité juive, et c’est la raison pour laquelle ils ont jugé malin de condamner l’ «imprudence du Hizbullah ». Mais aujourd’hui, leurs peuples constatent que même une petite armée de combattants déterminés peut battre l’ennemi ; ils ne trouvent aucune justification au comportement lâche de leurs dirigeants. Cela peut amener des révolutions. Souvenons-nous que le Roi Faruq avait été évincé par de jeunes officiers dignes de Falloujah, déçus par sa faiblesse lors de la guerre de 1948.

Neil MacFarquhar écrit, dans le New York Times du 28 juillet : « Aux prémisses de la crise libanaise, les gouvernements arabes, Arabie saoudite en tête, ont collé une taloche au Hizbullah au motif qu’il provoquait inconsidérément une guerre, donnant ce que les USA et Israël ont pris pour un clin d’œil et un hochement de tête d’approbation signifiant qu’ils pouvaient poursuivre les opérations.

Aujourd’hui, après des centaines de morts chez les Libanais et tandis que le Hezbollah tient toujours fermement face à l’armée israélienne qui fait sa fanfaronne depuis plus de deux semaines, la vague de l’opinion publique, d’une extrémité à l’autre du monde arabe, se soulève pour soutenir cette organisation, transformant le chef de la formation chiite, Sheikh Hassan Nasrallah, un héros populaire et imposant un changement dans les déclarations officielles [de ses gouvernants]. Ainsi, la famille royale saoudienne et le Roi Abdullah II de Jordanie, qui étaient initialement très préoccupés par l’ascension de la puissance de l’Iran chiite, principal soutien du Hizbullah, font tout ce qu’ils peuvent pour tenter de se distancer de Washington. »

Ce journaliste voit dans l’opinion populaire, la fameuse « rue arabe », le vecteur du changement. Mais celui-ci peut aussi venir d’en haut. Le cruel bombardement de Beyrouth et de l’ensemble du Liban était supposé effrayer les autres nations arabes et les amener à résipiscence. Bien au contraire, il a convaincu les Arabes riches et puissants que tant que ce seront les juifs qui donneront le la au Moyen-Orient, leurs richesses et leur pouvoir risquent de leur être confisqués à tout instant par le caprice d’un général juif. Beyrouth était pacifique, Beyrouth avait été d’accord pour chasser les Syriens, Beyrouth était le pays le plus pro-occidental, or cela n’a pas protégé cette ville contre les juifs ? Et ce, même pas par vengeance, puisqu’il n’y avait rien à venger ? Par simple brutalité arbitraire ? ! Les Arabes au pouvoir se demandent si l’Etat juif sera un jour capable d’être un voisin pacifique, ou bien s’il n’est pas (comme le dit le Président iranien Ahmadinejad) intrinsèquement belliqueux et s’il ne conviendrait pas plutôt de le traiter comme le Royaume des Croisés avait dû l’être.

De fait, ce Royaume de Jérusalem a duré plus que l’Etat juif aujourd’hui, et il aurait sans doute persisté durant des siècles, n’eussent été son agressivité innée et sa propension à servir de tête de pont aux invasions européennes. Le tournant, dans les fortunes des Croisés, se produisit voici environ huit cent cinquante ans, au cours de la Deuxième Croisade, qui ressemble de manière troublante à la Deuxième Guerre du Liban… A l’époque, les nations arabes étaient absolument persuadés de l’invincibilité des Croisés ; leur arrogance absolue conduisit lesdits Croisés à marcher sur Damas, leur voisine paisible, complaisante et hédoniste, capitale du moins belliqueux des pays arabes indépendants et terriblement divisés, une sorte de « Liban du douzième siècle ». Tout d’abord, les Croisés eurent affaire à la résistance du Hizbullah de l’époque, et ils perdirent beaucoup de soldats. Quand ils assiégèrent la ville, le gouverneur de Damas fut contraint d’appeler à la rescousse Noureddine – le Mahmoud Ahmadinejad d’alors – dont les renforts rappliquèrent. Les Francs durent lever leur siège et se retirer en toute hâte.

Les voisins arabes en tirèrent deux leçons : (1) la soumission et la complaisance ne sauraient leur assurer la paix, car l’Etat croisé est une épée de Damoclès éternellement suspendue au-dessus de leurs têtes et (2) les Croisés peuvent être vaincus. De la Deuxième Croisade émana Saladin, un neveu de Noureddine, qui unifia la Syrie et l’Egypte et finit par défaire les Croisés à la bataille des Fourches de Hittin. Aujourd’hui, ce sont exactement les deux mêmes leçons qui ont été apportés aux Arabes par les bons soins de « Tsahal ». Peut-être allons-nous faire la connaissance d’un nouveau Saladin ?


II

Mais les juifs risquent d’être confrontés à un autre danger, né de leur confiance en eux. Ils s’appliquent à eux-mêmes la terrible prophétie des Révélations 19:15. « De sa bouche s’échappe un glaive acéré, avec lequel il massacrera les goyim, et il les mènera comme un troupeau avec une verge de fer ; et il écrase de ses pieds les raisins de la colère de Dieu ». Ils prennent ça tellement à la lettre qu’ils avaient appelé leur massacre de Qana (en 1996, avec cent vingt réfugiés équarris) « Les Raisins de la Colère ». On a connu plus motivant, en matière de perspectives, et les Arabes ne sont peut-être pas les seuls à regimber à l’idée de se voir mener à la baguette… de fer.

Les USA paient très cher les conneries des juifs. Un Américain pauvre peut très bien haïr l’idée qu’il n’a pas de sécu, mais que son gouvernement verse des subsides au riche Israël. L’Américain moyen qui fait le plein de sa bagnole peut ne pas apprécier de payer le soutien de son gouvernement à l’Etat juif, car, avant que les Neo-Cohns ne s’emparent du pouvoir au sein de l’Administration, le pétrole était incommensurablement meilleur marché. Un Américain riche et citoyen du monde peut très bien tirer ombrage qu’on lui tire une gueule de trois pieds de long où qu’il aille : de Paris à Istanbul – alors qu’il était bien accueilli, avant le Joug de Sion.

Un Américain sans façons peut très bien ne pas aimer de ne pas pouvoir injurier un flic juif sans découvrir un article à ce propos dans le New York Times le lendemain. Un Américain pieux peut être dérangé par le fait de ne pouvoir mentionner le Christ sans risquer d’être convoqué au tribunal. Un Américain – ou un Européen – honnête peut très bien en avoir ras-le-bol de leur hypocrisie. Non seulement ils poussent à la guerre, mais ils accusent d’autres qu’eux de le faire ! Non contents d’assassiner des enfants par dizaines, ils pérorent sur l’inestimable valeur de la vie humaine !

Un Américain féru de Bible peut très bien se souvenir de la prophétie d’Ezéchiel, 22, qui dit aux princes d’Israël, au nom du Seigneur : « Vous êtes coupables du sang que vous avez répandu ; tous, chacun de vous, n’avez-vous pas mobiliser toutes vos forces afin de verser le sang ? » Il s’agit du sang des Palestiniens et des Libanais innocents ; Ezéchiel a aussi prophétisé le Rassemblement Sioniste des juifs, et que cela entraînera un désastre majeur pour les sionistes : « La maison d’Israël m’est devenue odieuse ; aussi je vous rassemblerai au centre de Jérusalem et je soufflerai sur vous le feu de ma colère, et vous y fondrez, et vous saurez que moi, le Seigneur, j’ai déversé ma furie sur vous. Les Israélites ont perpétré l’oppression, ils ont commis le vol, ils ont porté tort au pauvre et au nécessiteux ; certes, ils ont opprimé les Gentils d’une manière abjecte, et par conséquent je les ai consumés dans les flammes de ma colère ; je les ai traités comme ils avaient traité autrui, dit le Seigneur Dieu ».

Un homme politique américain, peut-être même un Président, peut très bien, un jour, en avoir ras-le-bol de la fringale inextinguible de ces gens de réclamer la sympathie ou de protester en manifestant bruyamment leur indignation ; de la nécessité de toujours contrôler ses propos, de la censure idéologique et de la discipline de parti, de leurs manies de chantage, de leurs poches rembourrées et de leur mainmise sur les médias, de l’épée de Damoclès qu’ils agitent en permanence au-dessus de sa tête.

De plus, un Américain ou un Européen qui se revendique aujourd’hui comme « juif » devrait se demander s’il a bien grand-chose en commun avec ce peuple dont les poètes exhortent leurs soldats en ces termes délicats : « Déferlez sur le Liban et sur Gaza, Labourez-les et ensemencez-les de sel, rasez-les au sol, ne laissez en vie aucun être humain / Faites de leur pays un désert, des décombres, une vallée de désolation, dépeuplée / Sauvez votre nation et lancez les bombes / Sur les villages et sur les villes, canardez leurs maisons en train de s’effondrer / Tuez-les, répandez leur sang / Faites de leur vie un Enfer sur terre ! »

Il peut y réfléchir à deux fois avant de décider s’il souhaite devenir une arme secrète d’Israël, pour reprendre les propos du Premier ministre Olmert, qui a déclaré : « Les armes arabes, même quand elles nous frappent, ne sont rien en comparaison de l’arme secrète infiniment puissante que nous possédons : le peuple juif, répandu dans le monde entier, et ce sentiment particulier d’amour et d’engagement mutuel qui prévaut entre tous les juifs, quels qu’ils soient. » Il peut tout simplement cesser de se considérer juif et se fondre dans la commune humanité, comme l’ont fait avant lui des millions de ses semblables.

Un de mes amis juifs a écrit : « J’ai demandé à plusieurs de mes amis, aux Américains, s’ils pensaient que le mantra sioniste conservait son pouvoir, et ils m’ont tous répondu par la négative. Le lobby n’a pas, je pense, un avenir très brillant devant lui – c’est la raison pour laquelle ses agents sont désormais confrontés à des poursuites judiciaires. Même si leur emprise sur le Congrès persiste encore quelque temps, leur domination sur l’opinion américaine ne peut désormais que diminuer. Je suis d’accord avec Lenny Brenner quand il affirme que les jeunes juifs sont en train de déserter masse le judaïsme et le sionisme. »

Les Israéliens – c’est-à-dire les habitants de la Palestine qui se considèrent juifs – doivent aussi désormais se demander s’ils veulent se battre et défendre le Joug idéologique de Sion, qui ne leur apporte que la haine à l’extérieur et la pauvreté à l’intérieur. Au lieu de vivre dans la prospérité économique et en harmonie avec nos voisins, le Joug de Sion ne fait que nous transformer en chair à canon nécessiteuse.

Et puis, en fin de compte, les Américains et les Européens peuvent tout simplement finir par en avoir ras-le-bol de ces gens qui ne cessent de faire la leçon aux autres et qui ne veulent jamais écouter l’avis d’autrui. Il n’est pas jusqu’aux Allemands qui ne puissent un jour envoyer valser d’un coup de pied leur interminable repentance. Alors, c’en sera fini du Joug de Sion, car ce Joug n’est qu’une croyance partagée en je ne sais quelle supériorité juive. Alors, les juifs parfaitement bénins devront apprendre à devenir des citoyens ordinaires de leurs pays respectifs, sans accès spécial aux Présidents, aux coffres des banques et aux écrans des postes de televisión.

 

31/07/06 - Vrais et faux amis


par Israel Adam Shamir, www.israelshamir.net, juillet 2006. Traduit de l'anglais par MP.

Voilà deux semaines que la guerre sest installée tranquillement au Proche-Orient, comme une vieille tante qui revient périodiquement rendre visite à ses neveux. Elle est bien partie pour y rester, et maintenant que le choc initial, celui de la bataille pour le Liban, est passé, on y voit plus clair. Tout d'abord, voyons ce qui est nouveau, là-dedans. Malgré la puissance sinistre de l'attaque israélienne, d'une brutalité et d'une sournoiserie sans précédents, les inébranlables combattants de cheikh Hassan Nasrallah ont tenu bon. Le blitzkrieg prévu par les stratèges de Tel Aviv a marqué une pause sur les pentes des collines de Maroun Al Ras, et ont frappé les rues de Bint Jbeil. Si en 1982, durant l'invasion israélienne antérieure, les tanks juifs avaient franchi le fleuve Litani en 48h à peine, cette fois-ci leur avance se mesure strictement en mètres.
Une arme vieillotte mais redoutable, mise au point par les Russes à l'époque de leur combat décisif contre les Allemands, et qui reçut le nom dune jeune fille, Katyousha, maintient en alerte l'arrière-pays israélien, jusque-là imprenable, tout le long du chemin jusquà Haïfa. Les engins israéliens Apache dans les airs, les Saar sur la mer, et les meilleurs tanks Merkaba ont été atteints par des missiles précis. L'envahisseur frustré a tapissé les routes et les villages du Liban avec des centaines de corps d'enfants libanais déchiquetés ; mais, étonnamment, bien peu de combattants du Hezbollah ont été tués ou faits prisonniers. Ils brandissent une arme secrète : le Hezbollah est la première organisation arabe que les Juifs nont pas réussi à infiltrer. Les services secrets israéliens ne savaient pas quelles armes ils avaient ni quels plans ils avaient préparés. Les combattants du Hezbollah n'ont pas fait plaisir aux Juifs et n'ont pas fait d'attentats-suicide en criant Dieu est grand : ils se battent, ils battent l'ennemi et ils détruisent à la fois deux mythes : celui de l'invulnérabilité israélienne et celui de l'impuissance arabe.
L'importance de ce qu'ils font ne peut pas être surestimée: si le Liban était couvert par une faible résistance, les tanks israéliens rouleraient vers Damas, et les jets israéliens viseraient déjà Téhéran. Cest le voeu des néocons américains (peut-être faudrait-il orthographier néo-cohens ?) William Kristol s'exprime tout simplement : « Dans la mesure où la Syrie et l'Iran sont les ennemis d'Israël, ce sont également les ennemis des États-Unis. Nous pourrions envisager de contrer cet acte d'agression de la part de 'lIran par une frappe militaire contre les installations nucléaires iraniennes. Pourquoi attendre ? Quelqu'un simagine-t-il qu'un Iran doté de puissance atomique puisse être arrêté ? » Michael Ledeen nous ressort la rhétorique de la guerre froide : « On ne peut pas échapper aux mollahs. Il faut soit les battre à plate couture, soit se soumettre à leur épouvantable dessein.» Larry Kudklow est sûr de la victoire : « Il faudra à Israël et aux États-Unis environ 35 minutes pour venir à bout de toute la marine iranienne et de sa force de frappe aérienne. Cest le moment de se débarrasser du dictateur syrien, Baby Assad. » Les néocons ont une bonne raison de pousser à la guerre tout de suite : leur position dans l'administration US commence à se fragiliser, et les premiers signes de la révolte goy se sont matérialisés dans une éclatante étude critique sur le lobby juif. Une "bonne guerre" les ramènerait au coeur du pouvoir à Washington.
L'attaque israélienne sur Damas et Téhéran peut encore se produire, mais chaque jour qui passe, le coup de frein libanais diminue les chances d'une guerre régionale. On commence à entendre le mot bien inquiétant de "défaite" sur les chaînes de télévision israéliennes : « Coincés au Liban », cest le vieux cauchemar des Israéliens qui ont déjà connu cette situation et n'ont aucune envie de la revivre. Une "défaite au Liban" serait certes une défaite limitée ; cela n'amènerait pas le vainqueur jusquà Haïfa, mais cela apprendrait la modestie aux Israéliens, pour commencer. Voilà pourquoi dans cette guerre, les vrais amis d'Israel souhaitent pour son armée une défaite retentissante au sud-Liban, une défaite qui ramène les soldats chez eux et qui détournera d'autres entreprises aventureuses les généraux pour un bon moment. Les faux amis d'Israël sont ceux qui souhaitent la victoire israélienne, une victoire qui les mènerait à Téhéran, à la guerre nucléaire, à la destruction de masse et à la mort. Tandis que les faux amis, qui sont les Juifs américains organisés, faisaient des marches de soutien à l'aventure libanaise, les vrais amis d'Israël, cest-à-dire les Israéliens, manifestaient dans les rues de Tel Aviv en dénonçant les crimes de guerre de leurs dirigeants.
En tant qu'Israélien, je ne peux pas me réjouir quand Haïfa est bombardée, et Tel Aviv menacée. Il y a trop d'innocents qui ne peuvent pas distinguer leur main droite de leur main gauche, et il y a trop de moutons. Et pourtant, je ne peux pas condamner non plus la chose, car ce remède de cheval peut marcher là où les doux sermons ont échoué. Les missiles du Hezbollah peuvent encore secouer les méninges israéliennes et casser leur addiction à la puissance militaire. De la même façon, un bon Allemand aurait prié pour la défaite de ses compatriotes en Hollande en 1940 parce que cela aurait pu les sauver du drame de 1945.
Les Allemands étaient trop forts, pour leur malheur. Cette puissance excessive les amena au désastre. Cest le même destin qui attend lIsraël. Trop de puissance ne vaut pas mieux que pas assez : « Les forts ne sont jamais absolument forts, non plus que les faibles ne sont parfaitement faibles. Ceux qui ont reçu du destin la puissance se reposent sur celle-ci, et se retrouvent anéantis. La puissance est aussi impitoyable pour celui qui la possède (ou qui croit la posséder) que pour ses victimes. Elle écrase celles-ci, et intoxique les autres », écrivait Simone Weil, la philosophe française, en se rapportant à la guerre de Troie.
Cette guerre en est une bonne illustration : une escarmouche mineure a débouché sur une grande bataille et sur la destruction massive de la nature et de villes entières, à cause de la puissance militaire excessive d'Israël. De petits incidents de frontière ont lieu tous les jours de par le monde, mais ne donnent pas lieu à des excès semblables. Si l'Israël était plus malin, il aurait compris quelle serait la riposte prévisible à sa brutalité envers Gaza. Si l'Israël était plus faible, il aurait riposté de façon proportionnelle, au plan militaire. Mais c'est un pays trop stupide et trop fort pour comprendre son intérêt.
Les Juifs retombent tout le temps dans leurs erreurs. En 66 avant Jésus-Christ, il y a presque deux mille ans, les Juifs avaient accompli un grand exploit : ils avaient battu la 12ème légion de Cestius Gallus. C'était aussi ahurissant que la guerre des Six Jours, parce que les légions romaines n'étaient pas du menu fretin. Les Juifs ont été entraînés par leur haut-fait, et ont cru, du haut de leur suffisance, que Dieu combattrait à leurs côtés. Mais Dieu avait d'autres projets, et dès 70 av. J.- C. le temple était en ruines. Une fois de plus, aujourd'hui, les Juifs sont intoxiqués par leurs prouesses militaires, par l'obéissance des États-Unis et de l'Europe, par le contrôle quils exercent sur les médias. Leur arrogance et leur brutalité les conduisent au désastre, parce qu'après le viol de Gaza et le viol du Liban, même l'habitant le plus tolérant du Proche-Orient arrivera à la même conclusion que les Romains il y a deux mille ans : il ne peut pas y avoir de paix dans la région tant que l'État juif existera. Après avoir vécu sous la férule des néocons, les Américains arriveront à la même conclusion.
Une autre erreur que les Juifs font à nouveau consiste à maltraiter les autochtones. Après la victoire des Hasmonéens sur les Séleucides (la victoire qui est décrite dans le livre biblique des Macchabées), ils s'étaient emparés de la Palestine. Leur premier exploit fut l'expulsion des habitants de Césarée, et le repeuplement de la ville par les Juifs. Déjà la Naqba. A cette époque, les habitants de la Palestine n'avaient pas de centrales électriques, de sorte que les Juifs durent se contenter de détruire leurs temples. Poursuivant leur but de devenir la lumière des nations, les Juifs se devaient de plonger les nations dans les ténèbres les plus noires, ce qu'ils firent. La centaine d'années de gouvernement juif absolu (de 168 à 68 av. J.- C.) fut l'époque la plus horrible pour la région, et le général romain Pompée fut reçu comme un libérateur lorsqu'il soumit les Juifs et parvint à borner l'exercice de leur puissance à Jérusalem et à quelques autres zones.
« Il ne sagit pas dune guerre, mais d'une campagne anti-terroriste ; Israël combat les terroristes du Hezbollah », disent les médias juifs. Mais des centaines de bâtiments carbonisés, les ponts effondrés et les centrales électriques éventrées, les femmes et les enfants piétinés, les réfugiés terrorisés réfutent ce bobard éculé. Napoléon prétendait combattre les Mamelouks, et non pas la Sublime Porte, mais l'Empire ottoman chassa ses troupes vers la Palestine, et il dut prendre la fuite après la désertion de ses soldats. Adolf Hitler prétendait qu'il luttait contre les "communistes", et non pas contre la Russie, mais les Russes s'unirent autour de Staline et ils éventèrent la ruse. George Bush prétend quil veut en finir avec Saddam Hussein, et non pas achever lIrak, et des milliers de soldats américains tués démentent son mensonge. Or voilà que les Libanais ont rejeté le slogan publicitaire, et ils affirment carrément : ceci est une guerre juive contre le Liban, une guerre totale contre ses citoyens ; le mot dordre en a été formulé par le généralissime israélien Halutz : « Pour chaque roquette, nous détruirons dix grands immeubles à Beyrouth.» Et les Libanais ont compris le message ; ils nont pas embrayé sur le prétexte juif d'en finir avec le Hezbollah. Ils ont eu le sentiment que les Hezbollah les représente, qu'il est partie intégrante du Liban. Larmée libanaise devrait prendre place aux côtés du Hezbollah, et cela enrayerait complètement les plans de l'envahisseur.
Les Juifs ont même bombardé Ashrafieh, la banlieue chic maronite de Beyrouth, qui était à la tête du mouvement pour le retrait de l'armée syrienne hors du Liban. « Haram, ya Ashrafieh », désolé de ce qui vous arrive. Votre légèreté a vite été malmenée. Tout faibles et brutaux qu'ils étaient, les Syriens auraient protégé vos paradis des noirs vautours du sud. Vous êtes comme l'agneau qui a rejeté son vieux berger encombrant et qui s'est vite retrouvé dans la gueule du loup. Le rêve d'un Liban indépendant n'était quune illusion bricolée par les Maîtres des Rêves. Le concept d'indépendance ne marche pas : le Liban serait bien mieux loti en tant que partie intégrante et autonome de la Syrie ; et la Syrie s'en sortirait mieux si elle s'unissait à l'Irak, à la Jordanie, à la Palestine. L'Empire ottoman aurait dû se muer en Commonwealth oriental, et non pas en entité brisée, car unis nous nous imposons, et divisés nous chutons.
La France porte une lourde responsabilité dans la destruction du Liban. Cest la France qui a chassé les Syriens du Liban. Les États-Unis, ennemis évident des Arabes, n'auraient pas pu le faire sans le soutien de Paris. En chassant le protecteur syrien, la France s'est mise dans l'obligation morale de défendre Beyrouth. « Vous êtes responsable à jamais de ceux que vous apprivoisez », disait le renard au Petit Prince, dans le conte de Saint-Exupéry. Et la France a apprivoisé le Liban. Le triste et raciste spectacle de l'évacuation des ressortissants étrangers devrait être remplacé par un autre : le débarquement de troupes française pour la bataille, non pas à titre de force de paix de lONU ou de lOTAN, mais à titre de défenseurs justifiés du Liban. Ils savent sy prendre : en 1860, la belle époque des Druzes, les soldats français ont débarqué et restauré la paix en repoussant l'agresseur. Ils peuvent renouveler lexploit ; si les Français combattaient au coude à coude avec les Libanais, contre l'envahisseur juif, cela amènerait la paix au Proche-Orient et à la France. Certains pays arabes ont trahi leur devoir de fraternité. L'Égypte, lArabie Saoudite et la Jordanie ont condamné non pas l'agresseur juif, mais le résistant, le Hezbollah. Les pays du Golfe n'ont rien fait pour sauver le Liban. Ils devraient avoir honte de leur trahison. En fait ils pourraient remettre en vigueur l'embargo sur le pétrole de 1974, qui avait été un succès, et forcer l'Europe à faire reculer le pitbull sioniste en délire. La résistance du Hezbollah, tenace et brave, fait honneur aux combattants, et fait honte à d'autres dirigeants arabes. Ils devraient se souvenir que ceux qui ont trahi la Palestine ont été punis : le Roi Farouk a été renversé, et le Roi Abdallah a été assassiné. Plus la guerre dure, plus les chances de se voir chassés par leurs peuples augmentent pour ces dirigeants. Voilà un bonne raison pour ne pas rechercher le cessez-le-feu.
Les soldats du Hezbollah sont les véritables héros du Proche-Orient. Non pas pour leur puissance, mais pour leur compassion. Ce sont les seuls qui ont ressenti de la compassion pour le martyre des Palestiniens. Ils ne sont pas restés à observer le viol de Gaza dans l'indifférence, ils ont essayé d'arrêter le violeur avec leurs moyens modestes, exactement comme l'Angleterre jadis avait exprimé sa protestation face à la conquête allemande de la Pologne. La compassion et la solidarité sont plus importantes que la souveraineté.
C'est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas condamner les combattants du Hezbollah ni même "les deux côtés". Un philosophe russe du nom dIvan Ilyin (1883-1954) faisait une distinction claire entre le violeur et le résistant (dans La résistance au mal par la force) :
« Le violeur dit à sa victime : "tu es en mon pouvoir", tandis que le résistant répond au violeur : "tu détruis et tu seras détruit, renonce donc ! Car je mets ici fin à ta tyrannie ". »
En fait, les Juifs ont tenté de dominer les Palestiniens si complètement, ils les ont torturés si librement sans l'ombre d'un remords, qu'un résistant devait apparaître un jour. Face à l'obéissance honteuse du reste des Arabes, les combattants du cheikh Hassan Nasrallah méritent notre ferveur. Ils ont été les premiers opposants qui ont ébranlé les règles du jeu israéliennes et qui ont amené la guerre sur le territoire juif, jusqu'à ce jour, les ennemis d'Israël acceptaient tacitement d'en faire un sanctuaire. Même en 1948, les armées de l'Égypte, de la Transjordanie, de la Syrie, du Liban et de l'Irak nont pas franchi les frontières de l'État juif, et se sont conentées de sécuriser les territoires attribués par l'ONU à l'État palestinien arabe. En 1967-71 l'Egypte de Nasser n'a pas osé envoyer un seul bombardier sur Tel Aviv, alors que l'aviation israélienne bombardait et incendiait les villes égyptiennes. Grâce au cheik Nasrallah, les villes israéliennes ont éprouvé, à dose homéopathique, ce que connaissent Gaza et Beyrouth.
Espérons que cette expérience servira à démolir le complexe de supériorité juif, de façon à ce que les Israéliens en ressortent plus modestes, plus ouverts au compromis, plus enclins à la considération pour leurs voisins. Ils ne devraient pas tenter trop loin leur chance, car la chance actuelle des Juifs nous rappelle dangereusement le poème de Friedrich Schiller sur le très chanceux Polycrate (poème tiré d'un récit d'Hérodote). Son hôte était fort marri parce que trop de chance finit souvent par un désastre. Il pria Polycrate de prendre son anneau à la valeur inestimable et de le jeter à la mer, ce qu'il fit. Mais le lendemain, un pêcheur se présenta à la cour pour lui offrir l'énorme poisson quil avait attrapé. Quand on éventra le poisson, on retrouva la bague précieuse dans son estomac. Terrorisé, l'invité repartit : « Je ne puis rester plus longtemps ici, les dieux ont décidé de vous faire périr, et pour ne pas périr moi-même, je dois m'enfuir. » Effectivement, Polycrate subit un terrible revers du destin et finit crucifié par les Perses.
Israël pousse sa chance trop loin. Ses généraux sont coupables du pire des crimes de guerre, le crime d'agression. Ils tuent impunément et sont applaudis par leurs vassaux américains. Maintenant ils ont défié l'ONU et flingué quelques soldats de la paix, mais ne vous en faites pas, personne ne les grondera pour cela. L'ambassadeur israélien à l'ONU a déjà exigé des excuses à cet invertébré d'Annan, et je suis sûr qu'il les obtiendra. Les Juifs nont rien à craindre, mais le chef du clergé orthodoxe, l'archevêque grec Christodoulos d'Athènes, comme l'archevêque palestinien Théodose Atallah Hanna de Sébaste leur a rappelé ceci : « Craignez la colère de Dieu. »

 

 

25/07/06 - Gaza : Des souris et des hommes - Les Palestiniens n'ont aucune chance de s'en sortir tant que nous ne nous libérons pas du contrôle mental juif. par Israel Adam Shamir

Source : http://www.israelshamir.net/French/Fr8.htm

Un chat appelle la souris tapie sous le plancher: "Sors de là, très chère, ne crains rien! Je suis désormais un fervent végétarien, et je me prépare à la sainteté, je t'en prie, vaque à tes affaires en toute liberté". « Merveilleuse nouvelle », s'écria la souris, qui sortit de son trou; la pendule éternelle marqua un arrêt, puis la souris se retrouva entre les griffes du chat, selon la fable de Nizami.

Tel est, en résumé, le drame qui s'est joué à Gaza, et qui avait commencé par l'annonce tonitruante mais mensongère du retrait, ou « désengagement » israélien de Gaza à l'été 2005, suivi par le non moins mensonger consentement à des élections démocratiques pour le choix du gouvernement palestinien.

- « Sharon n'est plus le même », s'écrièrent les gentils Américains et Européens ; le voici prêt -et Olmert après lui- à faire la paix, prêt pour la réconciliation ».

- « C'est nous qui avons libéré Gaza », disait le Hamas.

- « Hélas, trois fois hélas », gémissaient les colons.

Les cris de joie et de deuil suivant la feinte du retrait ne s'étaient pas encore tus que le siège proprement dit de Gaza, avec bombardements, commençait. Après quelques mois de pilonnage, l'invasion de Gaza et la détention de la direction palestinienne ont fini d'illustrer la fable du Raminagrobis jouant avec sa souris.

Nos lecteurs se souviendront peut-être qu'au moment culminant des applaudissements saluant le retrait, nous appelions chacun à mettre la pédale douce (voir : « Beaucoup de bruit pour Gaza »). Une reculade israélienne est toujours suivie d'une percée israélienne, comme dans une scène de viol. Cessez d'attendre le dernier acte : les Anglais se retirent sans saluer, les Juifs saluent mais ne s'en vont pas, dit une blague juive. Les lecteurs de cette liste et de ce site avaient reçu, comme chaque fois, l'avertissement ad hoc : et en effet voilà les Juifs de retour.

L'entracte a été tristounet aussi, d'ailleurs. Après le retrait, Gaza était devenue l'un des endroits les plus sinistres au monde, entre la famine et le chômage, et ce n'était pas la faute des habitants : que ce soit sous la férule du Hamas ou celle du Fatah, Gaza ne peut rien faire seule ; c'est une bande de terre étroite encerclée par les troupes israéliennes et les barbelés, les habitants de Gaza n'ont aucun moyen pour vendre leurs produits ou pour importer ce dont ils ont besoin, si ce n'est à travers les points de passage contrôlés par les Israéliens. Amenez des gardes de la SS tout autour, donnez toute autonomie à ce camp, mais gardez-en les portes bien fermées du dehors, et vous aurez le tableau de Gaza. Les Juifs ont détruit l'industrie de Gaza et son commerce en l'assiégeant : les fruits et les fleurs de Gaza pour l'exportation ont pourri au checkpoint de Karmi, et des investissements de millions de dollars sont partis en fumée. Les habitants ont ouvertement regretté leur « indépendance », car au temps de l'administration israélienne ils pouvaient gagner leur pain dans les usines israéliennes, et les bombardements étaient nettement plus modérés, alors que Gaza « indépendante » est soumise au pilonnage incessant. Des centaines de missiles et d'obus ont été lancés contre cette minuscule bande de terrain, tous les jours, faisant quelques morts et mettant à bout de nerfs tous les habitants.

Moi-même, en tout cas, je sais ce que cela veut dire; en 1974, mon unité commando a passé un peu moins de six mois dans le cratère fortifié d'un volcan éteint à quelque 40 km au sud de Damas. Tous les jours, l'artillerie syrienne nous harcelait, et nos armes légères ne pouvaient pas répondre à leurs canons. A la première bombe nous nous cachions dans les bunkers pour attendre le cessez-le-feu. Parfois ce n'était qu'un obus, d'autres fois il était suivi d'une kyrielle de missiles Katyusha. Nous avons eu très peu de pertes : deux blessés et un tué, pendant tous ces mois, mais nous avions le système nerveux en lambeaux. Nous avions arrêté de nous laver les dents et de nous raser : cela n'a pas de sens quand la mort est tellement imminente. Nous avons cessé d'écrire des lettres. Même les étapes des combats les plus intenses, au milieu de douzaines de camarades tués, étaient préférables au bombardement incessant. Les habitants de Gaza, enfants, hommes et femmes, ont enduré plus d'un an de désespoir aggravé par les bombardements aériens, dont nous avions été protégés par la supériorité aérienne israélienne.

La tactique israélienne à Gaza ressemble à la stratégie « les affamer jusqu'à les mettre à genoux » appliquée par le Pentagone au Nord Vietnam, selon les Documents du Pentagone, le projet stratégique le plus monstrueux de tout le 20ème siècle.

« Les attaques à la population civile peuvent non seulement susciter une vague contre-productive d'indignation, tant chez nous qu'à l'étranger, mais font courir le risque que la guerre s'étende aux pays voisins. La destruction des barrages et des écluses, en revanche, ne tue pas, ne noie personne. En provoquant l'inondation des rizières, cela accule à la longue la population à la famine (qui peut tuer plus d'un million de personnes) avant que lui soit fournie une aide alimentaire, ce dont nous offrirons d'ailleurs de nous charger, à la table de conférence. » [1]

Si les Juifs devaient bombarder et envoyer dans l'au-delà cent mille habitants de Gaza, il y aurait sans doute une « vague d'indignation" , alors que la destruction, la faim et la soif sont tout aussi efficaces, et perturbent beaucoup moins la conscience mondiale. La destruction de la centrale électrique de Gaza était d'ailleurs une décision tout à fait profitable : cette installation construite et assurée par les États-Unis faisait concurrence à la compagnie d'électricité israélienne, pour la fourniture d'énergie électrique aux habitants de Gaza.

Même en tournant à 50% de ses capacités, la station faisait obstacle au monopole juif pour la fourniture d'énergie. [2] C'est fini, maintenant, et les gens de Gaza seront obligés d'acheter toute leur électricité aux Juifs à un prix bien plus élevé. Mariant le bénéfice et l'agrément, cette destruction a aussi permis d'assoiffer les Palestiniens, pour compléter la famine, dans la mesure où Gaza n'a pas de cours d'eau, et où il faut de l'électricité pour actionner les pompes.

Et pourtant, pendant la brève période de "l'indépendance » de Gaza, les gens ont prouvé qu'ils sont des hommes, et non des souris. En lançant obstinément leurs roquettes Kassam, ils manifestaient leur esprit impossible à briser : ils refusaient de plier, même mourant de faim. La Kassam est à peine une arme, dans l'acception moderne de ce terme. Il s'agit d'une arme médiévale, d'une catapulte, tout au plus : un bout de ferraille propulsé par un appareil simple, sans charge explosive. Nous fabriquions et nous lancions des missiles semblables quand nous étions enfants, en classe préparatoire. Certes, un bout de fer peut tuer dans le cas improbable où elle atteint une cible humaine, mais cela n'arrive pas souvent.

Leur raid courageux et bien préparé sur une unité des assiégeants israéliens a restauré notre estime pour les capacités de combattants des gens de Gaza. Ce n'est pas simple, d'attaquer des tanks à mains nues. Bien sûr, Israël a sauté sur le prétexte de cette courageuse attaque pour entreprendre la ré-invasion de Gaza, mais le rapprochement ne nous mène pas loin : Haaretz a révélé dans son édition du 29 juin 2006 que les projets d'arrestation massive de la direction palestinienne et pour la ré-invasion avaient été mis en place bien longtemps avant.

Le gouvernement israélien a qualifié le raid en ces termes : « une attaque terroriste grave et horrible a été menée à bien par des factions palestiniennes, débouchant sur la mort de deux soldats, un soldat supplémentaire blessé, et l'enlèvement de Shalit ». Notre ami Jeff Blankfort a judicieusement souligné : « On pourrait croire que Shalit était un petit garçon piégé par un satyre notoire alors qu'il allait acheter des bonbons à l'épicerie du coin, et non un soldat en service actif. »

Le professeur palestinien et chrétien Azmi Bishara, membre du parlement, a dit à juste titre des combattants de la résistance : « Quelques personnes ont choisi de riposter au meurtre des civils palestiniens par l'attaque d'une installation militaire israélienne. Ils ont fait le choix le plus difficile, et ils ont choisi le chemin le plus périlleux. Ceux qui n'ont pas pris ce chemin, qui n'ont pas fait ce sacrifice, ou bien mettent leur courage à l'épreuve à cette occasion, ou bien font des crises de nerfs dans les ténèbres du tunnel ; ceux qui ont un minimum de sentiments délicats face aux souffrances de Palestiniens pourraient au moins nous épargner la honte de la qualifier de terroriste. »

Et voilà, quand les Juifs attaquent, il s'agit d'une guerre, et quand ils sont attaqués, c'est du terrorisme ! Uri Avnery a appelé cela une « guerre unilatérale », conséquente avec le « retrait unilatéral ». Mais cet unilatéralisme est un trait constant des rapports entre Juifs et autochtones : chaque fois que des Juifs attaquent des autochtones, il s'agit de vengeance légitime, et s'ils reçoivent des coups en retour, c'est un pogrom. Bien avant que les Juifs calomnient les Palestiniens en les traitant de terroristes, ils accablaient d'injures leurs voisins précédents, qu'il s'agisse des Polonais, des Ukrainiens, des Russes, des Espagnols, ou des Allemands, en les traitant d'antisémites pervers et infra-humains. Si nous rejetons leur calomnie sur les Palestiniens, nous pourrons reconsidérer leurs accusations sur d'autres autochtones, et c'est tout le discours officiel sur la souffrance juive qui s'écroulera.

Par conséquent, le problème de la Palestine, ou plutôt le problème des mauvais traitements que les Juifs infligent à leurs goyim apparaîtra comme un vieux problème, car la façon dont les Juifs agissent aujourd'hui est probablement la même que celle qu'ils pratiquaient, quand ils le pouvaient, jadis. Bien avant que mur de l'apartheid décore la Palestine, les Juifs n'autorisaient pas un Espagnol de souche à rentrer dans la citée murée de Lucena, où ils étaient les maîtres. [3] Bien avant de bombarder Gaza, ils avaient rempli le réservoir de Mamilla à Jérusalem avec le sang des Chrétiens égorgés.

Voici une bonne nouvelle pour les descendants de Juifs : on nous avait fait un lavage de cerveau à base de haine d'une humanité censée être "antsémite". Le viol de Gaza est arrivé, et maintenant nous comprenons que l'humanité avait raison et qu'elle était bonne, tandis que nous faisions fausse route. Il vaut mieux se retrouver du côté de ceux qui ont tort qu'accuser toute l'humanité, car chacun peut se repentir de son égarement personnel. Il vaut mieux se trouver honni pour ses propres bêtises que pour sa race. C'est moins honorable, mais plus facile à guérir.

La compréhension de ces choses a commencé à faire son chemin dans notre conscience. Anwar Sacca, un habitant de Jaffa, a adressé un courrier à Tikkun Magazine : « Au long de leur histoire, malheureusement pas seulement pour les Juifs mais pour le monde entier, [les Juifs] ont toujours été des suprématistes auto-destructeurs. En tant que minorité résidant dans n'importe quel pays et jouissant de sa citoyenneté, ils se sont toujours dressés contre leurs concitoyens, en dominant complètement leur économie, leurs médias, leur mode de vie, etc. et cela sans limites, au point de donner lieu à des conséquences atroces, et ils ont dû payer un prix très lourd. C'est la même situation qui se reproduit en Palestine. »

Le viol de Gaza s'accorde trop bien avec ce schéma séculaire. La direction juive n'a jamais tenté de laisser ses Goys captifs mener une vie normale ; les chats seront végétariens avant que cela se produise. Quoi qu'ils fassent, attendez-vous au pire. Timeo Danaos et dona ferentes : « Leurs comportements aimables sont aussi dangereux que leurs crimes patents ». Dans les années 1880, Dostoïevsky prophétisait : si un jour les Juifs prennent le pouvoir, ils écorcheront vifs les Goys. En Palestine, cette prophétie est en train de se réaliser. Ce n'est pas une question de qualités juives innées :un Juif peut être bon et faire le bien, un juif peut se repentir, mais « Les Juifs » ne le peuvent pas, dans la mesure où cette entité politique existe justement pour entrer en concurrence avec les autochtones et les combattre, que ce soit en Palestine ou ailleurs.

Idéologiquement, un État juif agira "en juif", c'est à dire qu'il combattra les autochtones et l'Église, qu'elle soit chrétienne ou islamique. « Si les Juifs de jadis devaient revenir, écrivit Simone Weil, ils détruiraient nos églises et nous massacreraient tous ». La tradition juive est bassement ethnocentrique et elle déshumanise les dissidents avec un entrain inégalable », écrivait Ed Herman dans son Triomphe du Marché.[4] Dans l'État juif, les Juifs d'autrefois sont de retour, et la tradition juive est devenue reine.

C'est pourquoi le Hamas avait raison de refuser de reconnaître l'État juif: il ne peut en aucune manière devenir un voisin supportable, qu'il soit dirigé par Peres du parti Travailliste, ou par le parti Kadima d'Olmert, ou même, dans un cas extrêmement improbable, par Uri Avnery. Cet État doit être démantelé, de même que l'État extraterritorial des Assassins, qui jadis dominèrent le Moyen Orient. Les Assassins tiraient leur pouvoir de leur talent et de leur expérience dans l'art d'assassiner les dirigeants les plus éminents parmi les Croisés et les Musulmans, tandis qu'ils ne laissaient en vie que les gouvernants faibles qui n'auraient pas osé s'attaquer à eux.

Les Juifs font la même chose : parfois, c'est par l'épée, d'autre fois, avec leur argent, d'autres fois encore avec leurs médias, mais aucune forte personnalité n'a jamais pu émerger dans leur sphère d'influence.

· Les assassinats par les médias sont les plus fréquents, et c'est un sujet bien documenté. S'ils décident d'éliminer une personne par leurs outils médiatiques, ils tentent d'éviter toute référence à son nom ; si cela ne marche pas, ils pratiquent l'attaque ad hominem, en répandant des mensonges et des distorsions. C'est le traitement dont ont bénéficié récemment les dirigeants de l'Iran : la presse juive a répondu le mensonge selon lequel les Iraniens cherchaient à décorer tous les juifs avec une étoile jaune. Leur mensonge a été rapidement démenti, mais la rétractation est parue dans les toutes dernières pages des journaux, une fois que le mal était fait. Les politiciens des États-Unis qui ont essayé d'aller contre les ordres juifs ont généralement été assassinés par les médias juifs, et se sont retrouvés dans l'abandon total.

· Les assassinats par l'argent sont également fréquents : qu'il suffise de mentionner l'éminent industriel américain Henry Ford qui avait tenté de combattre l'influence juive. Un jour il reçut une offre qu'il ne pouvait pas refuser : il s'excusa, fit brûler ses livres, et se repentit. Il préféra cela à la destruction de son empire automobile.

· Les assassinats par l'épée ont eu lieu quand rien d'autre n'avait marché : Lord Moyne, Folke Bernadotte, Sheikh Yassine. Des centaines de dirigeants palestiniens ont été assassinés par les Juifs. Un numéro récent de Haaretz mentionne l'opération Zarzir (« étourneau »), un projet « d'envergure, opérationnel, un programme d'assassinats à l'échelle nationale » visant les dirigeants ennemis, tant politiques (comme Emile Houri) que militaires, tel Hassan Salameh et Abdel Khader al-Husseini. Khaled Meshal échappa à leurs assassins de justesse, quand ils tentèrent de lui inoculer du poison dans l'oreille, dans un style tout à fait shakespearien.

Autrefois, le salut vint de là où on ne l'attendait pas : l'Asie occidentale fut conquise par les Mongols, et ces guerriers farouches tirèrent les Assassins de leurs caches dans la montagne, puis mirent en pièces leur conspiration. Les descendants des Assassins sont les Ismaéliens inoffensifs, des gens pacifiques qui ne troublent plus la paix. Si nous ne parvenons pas à régler le problème, de nouveaux Mongols démantèleront l'État de Sodome et rendront les descendants des Juifs aussi doux que les Ismaéliens.

Mais il y a un moyen moins brutal de traiter le problème : en introduisant la réciprocité au lieu de l'unilatéralisme. Une chronique médiévale rapporte que le roi juif des Khazars dit un jour à un visiteur musulman : « Nous voulions détruire toutes les églises et les mosquées dans notre royaume sans attendre, mais nous ne pouvons pas le faire de peur qu'ils détruisent les synagogues de Bagdad et Constantinople ». Certes, si en réponse à la destruction de la centrale électrique de Gaza, une centrale énergétique israélienne avait sauté à Césarée, et si les Juifs devaient passer l'été palestinien sans climatisation, ils ne recommenceraient pas. Si les Juifs en Europe voyaient leurs droits aussi rétrécis que ceux qu'ils accordent aux Palestiniens, la Palestine serait libre dès demain.

Mais pourquoi nous complaire dans le rêve éveillé ? Qui pourrait accomplir un tel exploit ? Les Arabes sont assujettis. La conquête états-unienne de l'Irak a éliminé le dernier État arabe indépendant. L'Iran est durement bousculé, et son puissant État musulman rend grâce tous les jours de n'avoir pas encore été bombardé. La Syrie est dans le collimateur des États-Unis, aidés par les Français pour contenir Damas. Les nobles combattants du Hezbollah ont sauvé la dignité arabe avec leurs exploits et leurs sacrifices, mais il n'arrivent pas à toucher le monstre. Jamais auparavant, depuis Saladin, le Proche Orient n'a été aussi désarmé et impuissant.

L'Europe et l'Amérique sont également assujettis: pas une figure médiatique qui ose faire objection à la Drang nach juive de Gaza. « Pourquoi ne bougez-vous pas ? » s'est écrié Jonathan Steele dans le Guardian (6 juillet, « La réponse de l'Europe au siège de Gaza est honteuse »). Vous ne connaissez pas la réponse, M. Steele ? Tous ceux qui ont essayé ont été traités invariablement d'antisémites et de néo-nazis, ont perdu leurs moyens d'existence et leur réputation. Je le sais, puisque j'ai essayé de défendre les Palestiniens, et que j'ai été poignardé dans le dos par un couple de gentils militants pour la Palestine, Mm. Ali Abunimah et Nigel Perry, du site Electronic Intifada, suivis par une cabale d'autres militants pour la Palestine. Si quelqu'un comme le Shamir de Jaffa se retrouve attaqué de la sorte, à quoi peut s'attendre un Dupont quelconque ou un John Smith du Wisconsin ? Tous ceux qui ont essayé de défendre les Palestiniens ont eu droit au même traitement, dès lors qu'ils enfreignaient la loi parmi les lois : ne jamais prononcer le mot qui commence par J. Cela ne me fait certainement pas regretter d'avoir dit la vérité, parce que si nous nous taisons, ce sont les pierres qui crieront.

Les Palestiniens n'ont aucune chance de s'en sortir tant que nous ne nous libérons pas du contrôle mental juif. Et c'est là qu'il peut être utile de nous tourner vers l'autre mot commençant par J, le mot qui est beaucoup plus puissant que le premier : Jésus. La servilité actuelle de l'Occident a commencé par un tout petit pas. Dans les années 1960, les églises occidentales ont retiré de leur liturgie la prière « Oremus pro perfidis Judaeis », c'est à dire « Prions pour les Juifs perfides, que Dieu notre Seigneur ôte le voile de leur coeur, et qu'ils connaissent la lumière de Sa vérité qui est notre Seigneur Jésus Christ, afin qu'ils soient délivrés de l'obscurité. » Cela fut jugé « antisémite », malgré le fait que ce soit un écho lointain de la prière juive « Shepokh Hamatha » : « Seigneur que votre fureur s'abatte sur les goyim qui ne connaissent pas votre nom ». Mais les Juifs ont gardé leur prière vindicative, alors que les Chrétiens égarés et soumis laissaient tomber leur prière miséricordieuse. Dites cette prière aujourd'hui, dites-la dans votre église, renvoyez le prêtre qui n'osera pas la dire, et demain vous ne grimacerez plus face au déplaisir juif ; et Gaza, comme votre âme, sera sauvée. Et si votre prière est exaucée, les Juifs aussi seront sauvés.

 

Notes :

[1] The Pentagon Papers, Gravel Edition, Volume 4 Chapter I, "The Air War in North Vietnam, 1965-1968," pp. 1-276. Boston: Beacon Press, 1971

[2] http://www.counterpunch.com/bryce07032006.html Gaza in the Dark by Robert Bryce

[3] History of Jews in Christian Spain by Yitzhak Baer, Philadelphia v.1 [4] South End Press, Boston 1995 p 131

 

 

PARADISE NOW

Confessions d'un agent secret

Un hommage à Hani Abou Assad et à son film* par Israël Shamir (5 juin 2006)

Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier

 

[Le protocole d'interrogatoire (qui va suivre) du général Dan Ayalon, par le Comité de Réconciliation (président : Mustafa Nashashibi, vice-président : Yossi Atzmon, secrétaire : Svetlana Kuznetsova) est daté du 12 juin 2015, c' est-à-dire quelques années après l'unification d'Israël et de la Palestine dans un unique État : le Royaume de Canaan. Toutefois, cette confession du dernier chef du service israélien de sécurité avait été estimée tellement sensible que sa publication avait été repoussée jusqu'à cette année - l' année 2035 ! !]

 

Président : Parlez-nous des attentats kamikazes des années 1990 et 2000. Pourquoi n'avez-vous pas pu les empêcher ?

 

Ayalon : Tout d'abord, permettez-moi de vous rappeler que rien de ce que je vais dire ne pourra être retenu contre moi, en vertu de la Loi de Réconciliation. J'ai l'intention de quitter ce bâtiment en homme libre.

 

Secrétaire : Bien sûr. Nous tous, ici, nous savons cela. Exprimez-vous librement.

 

Ayalon : Les attentats suicides ne se sont pas produits à cause de notre négligence. Ni de notre impuissance. Au contraire, ces attentats sont notre plus grande réussite.

 

Vice-Président : Que voulez-vous dire, par « réussite » ? Des centaines d' Israéliens innocents ont été tués !

 

Ayalon : Vous vous souvenez du début des années 1990 ? Après la victoire électorale de Rabin, la Cisjordanie et la bande de Gaza ont été totalement coupés d'Israël ; des check-points ont été installés, et les ouvriers palestiniens se virent interdire devenir travailler dans les villes israéliennes. Ils ont été remplacés par des dizaines de milliers de travailleurs invités, que nous avons fait venir de Thaïlande et de Chine. Les travailleurs palestiniens n'ont d'ailleurs pas trouvé de travail chez eux, non plus : leurs terres avaient été confisquées par les colons et par l 'armée israélienne. Evincés de leurs terres, bouclés dans leurs propres villages et villes, les Palestiniens allaient résister. Nous n'avons pas pu empêcher totalement la résistance palestinienne. Ce fut notre premier échec, notre première présomption démentie. Nous étions supposés laisser du mou quelque part, en canalisant leur résistance vers quelque forme d'_expression admissible. Ce fut notre deuxième prétention de femme soûle. Quant à notre troisième illusion, ce fut notre désir de conserver notre principal avantage, à savoir : leur relative inexpérience en matière militaire. Pour entraîner un combattant, il faut du temps : il faut au moins six mois, pour des grands débutants. Un combattant qui a survécu à quelques dures batailles vaut au moins dix « bleus ». Avec de l'expérience, un combattant devient à la fois plus audacieux et plus prudent. Nous redoutions qu'à travers la résistance ne se forme une véritable armée de guérilla bien entraînée, qui aurait représenté une menace pour notre mainmise sur la Palestine.

 

Président : Quelle idiotie ! En 1993, Arafat est rentré à Ramallah et à Gaza, accompagné de milliers de combattants aguerris, qui avaient combattu tant en Jordanie qu'au Liban !

 

Ayalon : Les combattants d'Arafat avaient reçu leur solde, et ils ne voulaient pas se battre. Ils voulaient gouverner n'importe quoi, le moindre truc qu'on leur laisserait. Ils avaient encore à prendre leurs marques en Palestine, parce que le pays avait énormément changé depuis 1967, et ils n'avaient eu pratiquement aucun contact avec le terrain depuis lors. Aussi l'armée d'Arafat était-elle le cadet de nos soucis. Les gens qui nous inquiétaient, en revanche, c'était les jeunes de la Première Intifada. Ils étaient courageux, audacieux ; ils n'avaient pas froid aux yeux ! Ils connaissaient le pays comme leur poche, et nous ne leur faisions pas peur. Nous pouvions leur briser les membres, comme Rabin nous en avait donné l' ordre, mais nous ne pouvions rien faire contre leur moral.

 

Une fois, au cours d'une session de brainstorming, dans mon bureau - c'était en 1993 - Motti, le chef du bureau Psy-Op (Opérations psychologiques), dit :

 

- « On ne peut pas stopper leurs attaques ; mais on peut éliminer tous leurs attaquants.

- Comment ?

- Nous pouvons inventer un virus d'autodestruction et l'injecter à leur

jeunesse. - Que voulez-vous dire : un virus ?

- Un virus système, comme celui qui s'attaque aux ordinateurs. Nous avons le plus grand pouvoir qui soit au monde : notre contrôle des médias. Grâce à lui, nous glorifierons ceux qui meurent, et non pas ceux qui poursuivent le combat. Ce que je veux dire, c'est ceci : encourageons leurs attentats suicides. »

 

A mes yeux, cette proposition était insensée, et je le dis. Les « attentats suicides » que nous connaissions, à l'époque, étaient généralement effectués au moyen de voitures bourrées d'explosifs, au Liban. Dans la plupart des cas, le conducteur ne savait pas ce qu'il conduisait ; sinon, il aurait eu de grandes chances de s'en sortir. Deux de nos héros nationaux de la guerre de 1948 [ http://www.zmag.org/content/showarticle.cfm?ItemID=10079 ] conduisirent un camion bourrés d'explosifs jusqu'à la mairie de Jaffa. Ils étaient prêts à mourir en même temps que l'ennemi, mais le mécanisme de retardement fonctionna à merveille : 30 Arabes furent tués, et nos héros purent s'enfuir. Un attentat suicide digne de ce nom, cela visait généralement un objectif très sérieux, quelque chose pour lequel il valait le coup de mourir, comme la base des Marines, à Beyrouth, en 1983. En l' occurrence, le chauffeur kamikaze perdit la vie, mais en emmenant avec lui dans la mort 250 Marines, et cela détermina le retrait des troupes américaines du Liban.

 

- Non, dit Motti. Je ne parle pas de voitures. Avec des voitures, le terroriste peut s'enfuir. Nous les inciterons à se ceinturer d'explosifs, à même le corps !

 

Je n'étais absolument pas convaincu. Où allions-nous trouver des suicidaires aussi stupides ? Un Arabe ne peut s'approcher d'aucune cible qui vaille le coup, en Israël. Il n'a aucune chance de pénétrer dans une base militaire, ni dans un ministère, ni dans le domicile d'un personnage important. Aussi, il s'agira nécessairement d'une cible de deuxième ordre, et ce sont des combattants de très haute qualité qui vont mourir pour ces merdes. Pas vraiment une bonne affaire, pour la résistance ! Mais Motti avait un plan :

 

- Pour les attirer dans le piège, nous devons leur permettre de marquer des points, de temps à autre, nous devons leur concéder d'obtenir un bon score. Après, quand ils seront devenus accros, leurs succès vont bien entendu décliner, peu à peu. Mais nous, nous obtiendrons ce que nous voulons : les meilleurs d'entre les Palestiniens, les plus nobles et les plus courageux crèveront, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus !

 

Il sortit son calepin et se mit à dessiner le schéma. Son idée était la suivante : par l'entremise de nos agents au sein de la résistance, les combattants devaient être envoyés faire sauter des bus. Nous connaîtrions leurs plans, et nous les aiderions à franchir nos postes de contrôle. En même temps, nos liens avec les médias permettraient d'exagérer fortement notre incapacité face à cette menace. Elle serait même qualifiée d' « arme secrète des Arabes ». Un excellent dessinateur de mode de Tel Aviv créerait une ceinture d'explosifs sexy, pour shuhadâ' (pluriel arabe de shahîd, NDT) « in ». Tous les journaux et toutes les télés parleraient des martyrs. Ils bénéficieraient d'une couverture énorme, et cela attirerait de jeunes disciples, tandis que les exploits de la résistance qui pourraient être réellement dangereux pour nous seraient étouffés et finalement tus.

 

Président : Pourquoi n'avez-vous décidé du recours à cette méthode qu'en 1993 ? Pourquoi pas avant ?

 

Ayalon : A cela, deux raisons. Mais seule l'une des deux a été débattue ouvertement. A l'époque, un mouvement islamique clandestin prenait son tout premier essor et montait des opérations de résistance armée ; ce mouvement manquait de cadres expérimentés, mais il était impatient de montrer ce dont il était capable. Ils étaient prêts à passer à la vitesse supérieure, et l' idée d'obtenir des résultats sans avoir à subir un long et fastidieux entraînement les bottait. Et puis il y a aussi le fait qu'ils attiraient à eux des jeunes hommes et des jeunes femmes à l'orientation plus spirituelle, qui étaient prêts à sacrifier leur propre vie.

 

Vice-Président : Bien. Et la deuxième raison ? La raison cachée ?

 

Ayalon : Eh bien, personne, chez nous, n'était vraiment un fan de Yitzhak Rabin, ni de l'aile gauche du parti travailliste, ni des accords d'Oslo. Nous avions le sentiment que si, par la même occasion, notre plan envoyait la gauche israélienne dans le décor et amenait le Likoud au pouvoir, ça ne serait pas une mauvaise chose. Et c'est bien d'ailleurs ce qui s'est produit !

 

Secrétaire : Vous n'aviez donc pas de coeur ? Comment avez-vous pu laisser vos ennemis assassiner des passagers d'autobus innocents ?

 

Ayalon : Messieurs, nous ne pouvions pas endiguer la colère des Palestiniens, pour qu'elle aille se perdre dans les sables ? ! Il fallait bien que quelqu'un soit tué, mais nous avions le luxe de pouvoir décider quelle sorte de tuerie obtiendrait notre feu vert. Si nous ne les avions pas laissé faire sauter le tout-venant de piètre qualité qui utilise les autobus, ils auraient frappé des cibles spécifiques, beaucoup plus douloureuses. Pensez au ministre Rehavam Zeevi [ http://www.fromoccupiedpalestine.org/node.php?id=495 ]. Il a été descendu dans un hôtel de Jérusalem, et son assassin s'est enfui. Là, oui, c'était un assassinat douloureux : aujourd'hui, ils tuent Gandhi [surnom de Zeevi, sans doute par antiphrase ! NDT], et demain ils descendront qui ? Le Premier ministre ?

 

Vice-Président : Ou bien, pourquoi pas : vous ?

 

Ayalon : Je ne vous le fais pas dire : même moi ! Ils auraient pu s'en prendre à des cibles spécifiques et nous rendre la vie impossible. Ces cibles pourraient paraître justifiées, aux yeux de l'opinion publique étrangère, et même à ceux de certains Israéliens. Nous avons découvert un plan visant à assassiner les entreprises contractantes de la construction du Mur. Les noms des sous-traitants étaient parfaitement connus, et nous n' aurions pas pu tous les protéger. Deux ou trois frappes bien ajustées de la part des « terroristes », et nous n'aurions plus trouvé aucun sous-traitant prêt à risquer sa peau pour construire notre Mur ! Ils auraient pu cibler des gens particulièrement connus pour leur cruauté. Par exemple, un quotidien israélien a publié une interview du « Capitaine George » [ http://arabnews.com/?page=48section=08&article=38715&d=28&m=18y=2004 ], un officier du Shabak qui avait violé un de ses prisonniers libanais, Dirani. Le journal donnait suffisamment d'indices pour retrouver le tortionnaire, et un groupe palestinien s'efforçait de localiser « la Bête », comme ce quotidien l'appelait. Un autre groupe planifiait un attentat contre le colon Avri Ran [ http://israelreporter.com/2005/09/22/interview-avri-ran-king-of-the-hilltops ], qui terrorisait les paysans de la localité de Yanoun. Ils auraient pu prendre de la graine sur nous, et liquider des partisans éminents d'Israël : des éditeurs en chef de journaux, des journalistes, des hommes politiques, aux USA et en Europe. Cela aurait eu pour effet de refroidir notre base de soutien rapidement, comme l'avait fait notre liquidation de Lord Moyne en 1944, tant il est vrai qu' « adam karov etzel atzmo », dit le Talmud : l'homme se préoccupe avant tout de sa propre peau ! C'est la raison pour laquelle nous avons donné notre feu vert aux attentats contre les bus. Ce n'est qu'une fois ce modèle bien établi, à partir du moment où tout enfant palestinien rêvait de la gloire des kamikazes, que nous avons sanctuarisé les bus. Après ça, les kamikazes n'avaient que peu de succès : des marchés, des endroits fréquentés par des paumés, des gargotes à mal bouffe. Votre kamikaze moyen tuait 1,4 Israélien, mais même ces 1 Israélien et 4 dixièmes étaient généralement pauvres - des retraités, ou d'autres gens sans aucune espèce d'importance.

 

Vice-Président : Comment pouvez-vous dire des choses pareilles, alors que vous parlez de vos frères juifs ! ? !

 

Ayalon : Dans ma jeunesse, j'ai rencontré Yitzhak Sade, un commandant de la Haganah, un héros de la guerre de 1948. Je lui ai demandé des informations au sujet du MS Patria, un bateau chargé de réfugiés que Sade et ses hommes ont coulé dans le port de Haïfa, causant la mort de 250 juifs. N'avait-il aucun remords ? Sa conscience ne le travaillait-elle pas ? Il me répondit : Parfois, il vous faut sacrifier des juifs, afin que le Peuple Juif puisse vivre pour l'éternité. Mais nous avons tout fait afin d'épargner ces juifs. Par exemple, une de nos opérations les mieux préparées visait les Russes. Ce fut un grand succès : les victimes furent principalement des immigrants russes non-juifs qui allaient offenser le Shabat dans une discothèque du bord de mer ; mais cette explosion contribua à rapprocher de nous la communauté russe. Avant cet événement, les Russes se sentaient peu solidaires d'Israël. De plus, nous avons organisé le séjour du ministre allemand des Affaires étrangères, Joshka Fischer, dans un hôtel - et même carrément une chambre ! - qui donnaient sur cette discothèque. Et ça, il fallait le faire. Ce n'était pas si facile que ça en a l'air : jamais aucun hôte officiel de haut rang n'était descendu dans ledit hôtel - il était bien trop éloigné du centre de Tel Aviv. Mais nos agents l'avaient convaincu qu' il s'agissait d'un hôtel presque neuf et très confortable. Il y descendit, donc : il assista pratiquement en direct à l'explosion, et il devint un dévot de la cause juive.

 

Président : Comment vous y êtes-vous pris, pour amener la bombe dans cet endroit particulièrement fréquenté ?

 

Ayalon : Dans le cas d'espèce, le terroriste émargeait chez nous, et il n' avait pas la moindre idée du fait que son attaché-case contenait une bombe ! C'est un de nos agents qui l'avait amené à la discothèque, avec la consigne de remettre l'attaché-case au directeur. Dans d'autres cas, ce sont nos agents infiltrés dans la résistance palestinienne qui ont dirigé les kamikazes. Quoi qu'il en soit, les terroristes ne comprenaient rien à la société israélienne. Ainsi, un jeune étudiant de Naplouse, particulièrement brillant et à l'avenir prometteur, se fit sauter au Marché Carmel de Tel Aviv. Il pensait qu'à Tel Aviv, comme chez lui, à Naplouse, tout le monde se rend au supermarché. En fait, il a tué deux retraités et un ouvrier immigré chinois, tout en se bousillant grave. Toutefois, ces opérations n'ont pas réussi à 100% : certains de ces idiots de kamikazes ont explosé ailleurs que là où nous l'aurions souhaité. Mais ils n'étaient pas près de recommencer (ha-ha-ha !) ; c'était au moins déjà ça ! Ils crevaient à tous les coups - et ça, dans notre plan, c'était le point le plus réussi.

Pensez seulement cinq minutes à ce qu'ils auraient pu faire s'il en était allé différemment ! Vous vous rappelez sans doute le sniper isolé du Wadi Haramiyyéh [ http://www.israelshamir.net/English/Battle.htm ], qui continuait à tirer sans être vu, tuant dix de nos soldats ? Son principal avantage tenait au fait qu'il agissait seul, si bien qu'aucun de nos agents n'avait pu nous informer de ses projets par avance. Ce gars-là ne cherchait pas à mourir : il cherchait à tuer : nuance ! S'il y avait eu plus de combattants dans ce genre-là, notre domination se serait rapidement effondrée.

 

Secrétaire : Mais les attentats suicides ne se produisaient pas seulement en Palestine. Il y en avait aussi en Irak. Et ailleurs ! Iriez-vous jusqu'à prétendre que c'était, là aussi, votre oeuvre ?

 

Ayalon : Non, bien sûr. Et c'était bien le plus beau ! Après que nous ayons créé le modèle, les gens allaient se contenter de le plagier. De fait, les gens copient toujours les faits qui font l'objet d'une publicité bien faite. Etant donné que nous avions à l'époque une énorme influence sur les médias mondiaux (que nous possédions, en grande partie, d'ailleurs), nous pouvions faire des « relations publiques » sur absolument tout ce que nous voulions. Si la fantaisie nous avait pris d'assurer une couverture totale du sniper du Wadi Haramiyyéh, il y aurait eu dès le lendemain des centaines de jeunes qui auraient essayé de renouveler son exploit ; c'est bien pourquoi nous avons fait disparaître son nom. Mais les attentats suicides n'en continuaient pas moins de bénéficier d'une couverture médiatique maxi. De manière amusante, cette invention qui nous revient de droit devint une sorte de marque déposée musulmane, en dépit du fait que jusqu'en 1993, aucun musulman n'avait jamais été kamikaze ! Pour dissimuler ce fait dérangeant, nos gens des médias et nos experts au sein du monde universitaire semèrent leur confusion, en faisant allusion aux hérétiques Assassins de la Montagne et aux voitures piégées que faisaient sauter des Libanais, bien que ces terroristes-là eussent une possibilité de s'enfuir et d'en réchapper. Ils attaquaient - autre différence notable - des cibles importantes. Nous, nous avons inventé la seule méthode imparable permettant de liquider la fine fleur de la jeunesse palestinienne et musulmane pour un prix dérisoire - en leur injectant notre virus de l'autodestruction, cultivé dans les incubatrices des médias.

 

Président : La commission va se retirer pour délibérer. Veuillez attendre ici. [Quelques minutes plus tard]. Merci, Général, pour votre franchise. Nous apprécions à sa juste valeur le fait que des jeunes hommes et des jeunes femmes si nombreux - la fine fleur de la jeunesse palestinienne - soient morts de cette manière à la fois tellement horrible et tellement vaine. La découverte qu'il s'agissait en fait du résultat de vos manigances pourrait ruiner la vie de leurs parents altiers. De plus, vous ne fournissez pas de preuve de votre version des événements : il pourrait s'agir du simple produit de votre imagination. Il vaut mieux, pour tout le monde, laisser les héros disparus dormir du sommeil du « juste ». C'est pourquoi, conformément à l'article 12b de la Loi de Réconciliation, je déclare ce sujet forclos et incommunicable au public pour une durée de cinquante ans.

 

* http://www.imdb.com/title/tt0445620/ [Paradise Now, film de Hani Abou Assad, au sujet des kamikazes palestiniens].

 

 

Vade retro, [Sat]Abbas !

par Israel Shamir, 5 juin 2006. Original : www.israelshamir.net

 

Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier

 

Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité Nationale Palestinienne, est à deux doigts de faire une énorme connerie. Si énorme qu'elle sera un motif de regrets pour de nombreuses années à venir. Il a décidé d'imposer un référendum sur la question de savoir si les Palestiniens sont d'accord avec « Le Document des Prisonniers ». Ce Document des Prisonniers a été rédigé et co-avalisé par les dirigeants du Fatah, du Hamas et d'autres formations actuellement détenus en Israël, afin que l'on puisse être amené à penser qu' il s'agirait d'un document bilatéral et non controversé. De fait, il s'agit d'un document très clair : il affirme que les Palestiniens sont prêts à conclure une paix avec l'Etat juif à trois conditions : a) tous les prisonniers de guerre doivent être libérés ; Israël doit b) se retirer jusqu 'aux frontières d'avant 1967 et c) reconnaître le droit au retour des réfugiés palestiniens de 1948. Ces trois conditions sont entièrement basées sur les résolutions de l'Onu et sur les normes du droit international, et il ne fait pas le moindre doute que le gouvernement Olmert ne va certainement pas les remplir.

 

Le Rav Akiba, un sage juif du deuxième siècle après Jésus-Christ, étant entré en extase et ayant déclaré Messie d'Israël un commandant militaire de ce qui était alors une Intifada juive contre Rome, ses collègues lui renversèrent un seau d'eau sur la tête, disant : « Nous verrons de l'herbe te pousser sur les joues avant de voir le Messie ! » Ils avaient raison : Akiba fut exécuté, son commandant-prophète fut tué et si de l'herbe poussa quelque part, ce fut sur leurs tombes ! Les paroles de ses condisciples sont parfaitement adaptées au Document des Prisonniers : aucun gouvernement sioniste de l'Etat juif n'acceptera jamais de satisfaire aux conditions qu' il énumère, aussi gros soient les mensonges qu'ils sont prêts à proférer pour dissimuler cette réalité !

 

Bon. Alors : qui a besoin de ce référendum ? Bientôt, les chats vont proposer un référendum, eux aussi : la paix avec les clébards, à condition qu'ils cessent de leur courir après ! Si tous les Palestiniens répondent « oui », cela fera-t-il trembler l'Etat juif, cela l'obligera-t-il à accepter les conditions ? Non, non et encore non ! Le Fatah et le Hamas le savent ; Abbas, lui aussi, le sait pertinemment, et néanmoins il insiste pour qu'on procède à son référendum absurde. Il ne le fait qu'afin de mettre dans l' embarras le gouvernement palestinien légitime, car le Hamas et le Fatah diffèrent sur ce qui se passerait au cas où ces conditions impossibles à remplir seraient remplies : une trêve éternelle, ou une paix totale. Cette différence est aussi peu importante, en matière de Realpolitik, que celle qu'il y a entre entamer un oeuf cuit dur par le bout rond ou par le bout pointu, comme dans les Voyages de Gulliver. Elle a même encore moins d' importance : les Lilliputiens ont bel et bien mangé des oeufs ; alors que le Hamas et le Fatah n'auront jamais la moindre chance de mettre à l'épreuve leur différend théorique dans la vraie vie. Non que les trois conditions ne puissent être satisfaites ; mais dans ce cas, Israël ne serait plus un Etat juif, il ne serait plus dirigé par un gouvernement sioniste et la différence entre le Hamas et le Fatah aurait perdu pratiquement toute importance.

 

Le Hamas a raison de rejeter l'appel d'Abbas. Ce n'est absolument pas le moment de se colleter à une question purement théorique sur un hypothétique avenir. « Suffise à ce jour le mal que l'on a par-devers soi » [Mathieu 6 :34] ; autrement dit : à chaque jour suffit sa peine. Bien qu'il se réfère au Document des Prisonniers, il vise en réalité autre chose : il est prêt à convenir d'une « paix » si certains prisonniers sont libérés, si Israël se retire de certains lieux jusqu'à la frontière de 1967, et si un certain nombre [symbolique] de réfugiés [alibis] sont autorisés à revenir chez eux. C'est là également une position légitime ; mais les Palestiniens ne sauraient l'avaliser ni la refuser tant que les détails complets d'un tel accord avec Israël ne seront pas connus. Aujourd'hui, en l'absence d'un tel accord, le référendum est non seulement prématuré : il est trompeur. Qu' Abbas dise franchement : « Je veux faire la paix avec l'Etat juif et régner sur une Palestine constituée de trois ou quatre cantons, sans Jérusalem, avec la libération alibi de prisonniers alibis. Quant à votre histoire de Retour : oubliez-la ! » - après ça, aucun référendum ne sera plus nécessaire, les dernières élections ayant donné la réponse du peuple.

 

Ce référendum ruinerait une des grandes réalisations du gouvernement Hamas : le retrait de la reconnaissance inconditionnelle de l'Etat juif par Arafat et le Fatah avant Oslo. Tout accord doit être basé sur la réciprocité : les Palestiniens pourront reconnaître Israël, dans ses frontières de 1967, si et seulement si Israël reconnaît la Palestine dans les frontières de 1967. Sinon, Israël verrait dans ses frontières de 1967 un point de départ vers de futures conquêtes. Le Hamas a ramené le dialogue judéo-palestinien à des bases saines en introduisant le concept de réciprocité : et voilà qu'aujourd 'hui Abbas veut renoncer à cette exigence tout à fait raisonnable, en reconnaissant inconditionnellement l'Etat juif.

 

Les juifs ont eu recours à une « pression physique modérée » [c'est ainsi qu 'on appelle la torture, en shabakais], afin d'obtenir cette reconnaissance : ils assiègent la Palestine, ils volent l'argent des Palestiniens, ils bloquent les entrées et les sortie des Palestiniens et des marchandises ; sur leurs ordres, aucune banque usaméricaine ou européenne n'ose conclure des marchés ou transférer de l'argent en Palestine. Les juifs veulent que les Palestiniens se rendent, et le référendum risque d'être perçu par eux comme un signe de reddition. Aussi aurait-il des conséquences terribles : la légitimité du Hamas serait remise en question par son propre électorat ; la liberté de manoeuvre si nécessaire pour mener des négociations avec un gouvernement tel celui d'Ehud Olmert serait sévèrement limitée ; la fracture à l'intérieur de la société palestinienne deviendrait un fait accompli.

 

Les sionistes tentent Abbas en lui faisant miroiter plus de pouvoir que celui qui lui revient légitimement ; la possibilité d'interférer dans le choix légitime du peuple ; celle de ne tenir aucun compte de l'élection du Hamas. Abbas a mordu à l'hameçon : il a succombé à la tentation sioniste. Il a oublié qu'il est le président de tous les Palestiniens et il a préféré devenir le roi du Fatah. Il a oublié que, voici seulement quelques mois, Sharon et Olmert le proclamaient « hors jeu » et « non partenaire » - et le voilà, aujourd'hui, qui revient au pas de course vers des négociations vides de sens ! Cet appel au référendum est accompagné par le renforcement de l' armée privée personnelle d'Abbas. Dans ses rêves les plus fous, Israël aspire à une guerre civile entre les formations palestiniennes, et cette mesure abrupte d'Abbas est un premier pas sur la voie conduisant en enfer. Il devrait se rappeler que le fait de saper le Hamas ne résoudra pas le problème ; cela ne fera que saper la légitimité de sa propre Autorité Nationale Palestinienne. Avant qu'il ne soit trop tard, Abbas devrait se ressaisir, se montrer à la hauteur de ses responsabilités, faire rentrer au bercail ses sbires et ravaler ses exigences.

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Roll Back, Abbas! By Israel Shamir

Mahmud Abbas, the PNA's president, is about to make a big mistake. So big that it will be a cause for regret for many years to come. He has decided to push for a referendum about whether the Palestinians agree with "The Prisoners' Agreement". The Prisoners' Agreement was made by leaders of Fatah, Hamas and other groups presently in Israeli captivity, so one could think it is a bilateral and non-controversial document. Indeed it is: this agreement says the Palestinians are ready for peace with the Jewish state on fulfilment of three conditions: (1) all POWs should be released; (2) Israel should withdraw to 67' borders and (3) accept the Right of Return for Palestinian refugees of 1948. The three conditions are fully based upon UN resolutions and on the norms of international law; and there is no slightest doubt Olmert's government is not going to fulfil them.

When Rabbi Akiba, a Jewish sage of 2nd century AD, got carried away and proclaimed a military commander of the then Jewish Intifada against Rome the Messiah of Israel, his colleagues poured cold water on him: "Sooner will grass grow on your cheeks than we'll see the Messiah". They were right: Akiba was executed, and his commander was killed, and grass grew on their tombs. Their words are perfectly suitable for the Prisoners' Agreement: no Zionist government of the Jewish state will ever accept and fulfil these conditions, no matter how much they'd lie to conceal this.

So who needs this referendum? Next thing we know, cats will offer a referendum: peace to dogs, provided they cease pursuing them! If all Palestinians will answer yea, will it make the Jewish state to tremble and accept the conditions? No, no, and again no. Fatah and Hamas know that; Abbas understands that, and still he pushes for this meaningless referendum. He is doing this to embarrass the legitimate government of Palestine, for Hamas and Fatah differ on what would happen if these impossible conditions were to be fulfilled: a life-long truce or full peace. This difference is as important for real politics as the difference between eating a boiled egg from the rounded or a sharp end, in Gulliver's Travels. Even less so: the Lilliputians actually ate eggs, while Hamas and Fatah will never have a chance to test their theoretical difference in real life. This does not mean these three conditions can't be met; but then, Israel wouldn't be a Jewish state, and it wouldn't be led by a Zionist government, and the difference between Hamas and Fatah would be even less relevant at this point. Hamas is right to reject Abbas' call. Now is not the time to deal with purely theoretical question of a possible future. Sufficient unto the day is the evil thereof, or in plain words, each day has enough trouble of its own. (Matthew 6:34). Worse, Abbas is not playing straight. Though he refers to the Prisoners' Agreement, he actually means something else: he is ready to agree to "peace" if some prisoners will be released, if in some places Israel will withdraw to the 67' border, and if some (a token number) of refugees will be allowed back. This is also a legitimate position; but Palestinians can't accept or refuse it unless the full details of an agreement with Israel were known. Now, in absence of any such agreement, the referendum is not just premature: it is misleading. Let Abbas say frankly: "I want to make peace with the Jewish state and rule over Palestine consisting of three or four cantons, without Jerusalem, and with token release of token prisoners. And forget about the Return" - and then referendum will be unnecessary, for the last elections gave the answer of the people.

This referendum is going to waste one of great achievements of Hamas government - withdrawal of unconditional recognition of the Jewish state made by Arafat and Fatah in the heyday of Oslo. Every agreement must be based on reciprocity: the Palestinians may recognise Israel in 1967 borders if and when Israel recognises Palestine in 1967 borders. Otherwise, Israel will see its 1967 borders as a starting point for future conquests. Hamas returned the Jewish-Palestinian dialogue back to sanity by introducing the concept of reciprocity: and now Abbas wants to surrender this most reasonable demand by recognising the Jewish state unconditionally. The Jews applied a "moderate physical pressure" (torture, in Shabakese) trying to squeeze this recognition: they besiege Palestine, they steal Palestinian money, block entrances and exits; by their orders no American or European bank dares to trade or transfer money to Palestine. The Jews want Palestinians to surrender; and the referendum may be seen as a sign of surrender. Thus, it would have dire consequences: Hamas' legitimacy will be called into question by its own electorate; the freedom of manoeuvre so necessary for carrying out negotiations with Olmert's government will be severely limited; the split within Palestinian society will become a fait accompli.

The Zionists tempt Abbas to grasp more power than is due to him; to interfere with rightful choice of the people; to disregard the election of Hamas. Abbas took the bait: he succumbed to the Zionist temptation. He forgot that he is the President of all Palestinians and preferred to be the king of Fatah. He forgot that just a few months ago, Sharon and Olmert proclaimed him "irrelevant" and "not a partner" - now he dreams of crawling back to empty negotiations. This call for referendum is accompanied by the beefing up of Abbas' own private army. Israel's wet dream is to have a civil war between Palestinian groups, and this rash step of Abbas leads on the way to Hell. He should remember that undermining Hamas will not solve the problem; it will rather undermine legitimacy of his PNA. Before it's too late, Abbas should rise up to the occasion and roll back his troops and his demands.

www.israelshamir.net

 

 

Deux réflexions sur l'AfroAmérique


par Israel Adam Shamir
Écrit en en août 2002 après que la députée de Géorgie Cynthia Mc Kinney eut perdu les élection, « Guerre et Paix » figure dans le volume L'Autre Visage d'Israël (éd. Alqalam, Paris 2004), à la suite de « Ode à Cynthia ».
« Diviser pour régner », le texte suivant, ne figure pas dans le livre. Les deux articles sont disponibles en anglais sur le site www.israelshamir.net (War and Peace - Divide and Rule)




Guerre et paix


Août 2002

Le système du bipartisme, aux Etats-Unis, est mort. Il a perdu la confiance des gens ; les électeurs sont de moins en moins nombreux à se diriger vers les isoloirs - le choix offert étant toujours un mauvais choix. Le dernier glas du système bipartisan a été sonné par la défaite de la congressiste Cynthia McKinney, représentant la Géorgie aux primaires du parti démocrate.

Dans ces primaires du parti démocrate, on lui a dressé une embuscade, ses ennemis ayant fait venir des milliers d'électeurs républicains afin qu'ils votent contre Cynthia. Ces républicains avaient-ils été aveuglés, tel saint Paul sur le chemin de Damas ? Alexander Cockburn, de la revue électronique Counterpoint a une autre interprétation : "Des Niagaras d'argent juif sont tombés en pluie sur les opposants à Cynthia McKinney, tandis que des tombereaux de fumier étaient déversés sur sa tête, dans les quotidiens Washington Post et Atlanta Constitution (dont les propriétaires et les rédacteurs en chef sont juifs) ".

"Cynthia n'est pas la première victime afro-américaine du lobby juif » : Earl Hilliard, le premier membre de couleur à avoir été élu au Congrès en Alabama après la Reconstruction, a été battu par " une avalanche de fric provenant des organisations juives américaines à la limite de la légalité", écrit Cockburn, pour « en avoir appelé à un peu plus d'équité au Moyen-Orient".
La déduction de Cockburn est rejetée par Stephen Zunes , lequel insiste pour dire que ce sont les forces favorables à la guerre qui ont battu Cynthia.
"Des milliers de Républicains conservateurs ont participé à la primaire démocrate dans le seul but de battre l'une des avocates les plus énergiques des droits civiques, des travailleurs et de l'environnement, au Congrès, et aussi un retentissant pourfendeur au sein de cette assemblée à l'égard du président George W. Bush. Ces républicains ont été particulièrement indignés par la critique de Cynthia McKinney contre la guerre antiterroriste' du Président Bush. Les principaux donateurs de Majette comportent un nombre conséquent de grands mécènes républicains et très peu de noms habituellement associés à l'appartenance à la communauté juive", a écrit Zunes dans un article justement intitulé : " Ne faites pas retomber la faute de la déroute de Cynthia McKinney sur les Juifs".

Le brillant Edward Herman rejette quant à lui la conclusion à laquelle Zunes est parvenu, en reliant la défaite de Cynthia à celle de Hilliard, un autre Noir membre du Congrès, qui avait osé se mesurer au lobby juif :
"Le point commun entre ces deux élections a été la haine [des juifs] contre ces Noirs qui osent contrer leur politique. Les immixtions [du lobby juif] dans les élections en Alabama et en Géorgie et son succès dans l'élimination de Hilliard et de McKinney représentent incontestablement une forme d'abus d'influence sur les électeurs noirs, par le recours à l'argent plus qu'au moyen de manipulations illégales ou que par la coercition, et il faut absolument s'y opposer, sans répit".

Dans ce polar politique, nous sommes confrontés à l'embarras du choix entre deux coupables potentiels : le lobby juif et le parti pro-guerre. Examinons un peu les noms des protagonistes. Le débauchage a été organisé par des gens tels John Podhoretz, David Horowitz, Jonah Goldberg, du National Review Magazine de William F. Buckley. Ce sont les mêmes qui avaient inspiré Newt Gingrich et l'ex-porte parole de l'Assemblée, bras droit de Richard Perle du Conseil National Consultatif de la Défense (National Defense Advisory Council) ­ alias la coterie de Wolfowitz. Gingrich, un Géorgien, s'est chargé des basses ¦uvres. Ils s'en sont tirés sans être inquiétés grâce à la connivence du parti démocrate. Le gouverneur Roy Barnes, un démocrate, était en rapport étroit avec Gingrich.

Nous en étions réduits à la situation inconfortable d'un conducteur ivre, qui voit absolument tout en double. Le lobby juif, c'est en tous points le parti pro-guerre, gang très uni constitué de juifs suprématistes et de leurs alliés néo-conservateurs non juifs. En 1990, Joe Sobran a établi la liste des commentateurs qui prenaient constamment la défense d'Israël : Podhoretz, Rosenthal, Dershowitz, Martin Peretz, George Will, Mortimer Zuckerman, Morton Kondracke, Jeanne Kirkpatrick, Kenneth Adelman, Amos Permutter, Eric Breindal, Cal Thomas, Max Lerner, Ben Wattenberg, Charles Krauthammer, William Safire, Fred Barnes Aujourd'hui, tous ces gens-là sont des chauds partisans du parti pro-guerre.

Bill White a suivi l'évolution des sympathiques' membres de la liste de Sobran : "Non seulement ces noms nous sont encore familiers aujourd'hui - ils sont au pouvoir, après s'être faufilés dans l'administrati