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Mercredi
27 septembre 2006
À lire, à voir, à entendre
La sortie en salles du
film « Indigènes » de Rachid Bouchareb
"Indigènes" dénonce l'injustice faite aux soldats des
colonies françaises
Par Rébecca FRASQUET, AFP, 23 septembre 2006
"Indigènes" de Rachid Bouchareb, couronné d'un prix collectif
d'interprétation masculine au festival de Cannes, dénonce l'injustice faite
aux soldats venus des colonies et rend hommage au rôle actif qu'ils ont joué
dans la libération de
Ce film, qui sort mercredi 27 septembre dans quelque 500 salles [pour
choisir votre salle], a pour ambition "d'ouvrir un chapitre de l'Histoire
de France", selon son réalisateur français d'origine algérienne.
"Indigènes", tourné au Maroc et en France, suit les pas de Saïd
(Jamel Debbouze), Abdelkader (Sami Bouajila), Messaoud (Roshdy Zem) et Yassir
(Samy Naceri) de jeunes "Nord-Africains" qui en 1943, s'engagent
dans l'armée française pour libérer la "mère patrie" de l'ennemi
nazi.
Peu évoqué dans les manuels scolaires, l'engagement de ces 130.000
tirailleurs, goumiers et tabors algériens, marocains et tunisiens sera déterminant
pour le succès de la campagne d'Italie et la victoire des Alliés.

Rachid Bouchareb, dit avoir "toujours baigné dans l'histoire
de l'immigration. C'est l'histoire de ma famille".
"Un de mes oncles a fait la guerre d'Indochine, nous avons vécu la guerre
d'Algérie, et j'ai même un arrière-grand-père qui a fait 14-18. J'ai toujours
été au carrefour de la colonisation, de la décolonisation, de l'immigration, de
tous ces hommes qui ont fait l'Histoire de France", a-t-il déclaré.
Le populaire humoriste et comédien Jamel Debbouze, qui co-produit ce film à
grand spectacle aux nombreuses scènes de combat, mais aussi Samy Nacéri,
Roschdy Zem et Sami Bouajila, tous d'origine maghrébine, se sont
"fédérés" autour d'un projet courageux qui leur a valu un prix
d'interprétation collectif en mai dernier sur
Le film, qui a coûté 14 millions d'euros, est l'un des dix plus chers de
l'année en France avec 500 figurants et 18 semaines de tournage. Il a notamment
été coproduit par trois chaînes de télé, cinq régions, une société de
production marocaine, une algérienne et deux belges. Quant au Royaume du Maroc,
il a mis son armée à disposition.
Juste avant le générique de fin, un texte rappelle que les anciens combattants
indigènes ont vu leurs retraites et leurs pensions d'invalidité gelées à leur
niveau de 1959 par une loi dite de "cristallisation".
Suite à la plainte déposée en 1996 par un ex sergent-chef sénégalais, Amadou
Diop, qui a touché une pension divisée par trois en vertu de cette loi, un
arrêt du Conseil d'Etat de 2001 oblige le gouvernement français à réviser un
texte contraire à
Le site d'"Indigènes" lance d'ailleurs un appel au président Jacques
Chirac "pour l'égalité des droits entre les anciens combattants français
et coloniaux", soulignant qu'"un Français +invalide de guerre+ vaut 3
Sénégalais et 11 Marocains". "Un Français +ancien combattant
pensionné+ vaut 2,5 Sénégalais et 7,5 Marocains".
C'est "un des plus grands scandales de notre République", souligne ce
texte qui demande notamment la création d'un fonds d'urgence, non seulement
pour aider les survivants ou leurs familles mais aussi destiné à "valoriser
l'histoire et la mémoire des anciens combattants issus des colonies".
Le président Chirac a assisté au début du mois à une avant-première du film en
compagnie de Jamel Debbouze.
APPEL POUR L'ÉGALITÉ DES DROITS
ENTRE LES ANCIENS COMBATTANTS FRANCAIS ET
COLONIAUX

Monsieur le
Président de
1 Français
« invalide de guerre » vaut 3 Sénégalais et 11 Marocains...
1 Français
« ancien combattant pensionné » vaut 2,5 Sénégalais et 7,5
Marocains...
1 Français ayant été incorporé « 90 jours dans une unité combattante » vaut 5,2 Maliens, 7,3 Algériens et 26 Cambodgiens...
Ce n'est pas
une histoire du temps des colonies,
c'est la situation actuelle des anciens combattants « INDIGÈNES», dans 25 pays de l’ancien empire colonial français… Un
des plus grands scandales de notre République.
Cet appel
demande simplement que l'on revienne à l'arithmétique
républicaine et que cesse l'arithmétique coloniale : l’égalité de
tous devant la loi, pour ceux qui étaient égaux dans les combats. Depuis 50
ans, les recours se succèdent, des spécialistes nous expliquent que les
économies locales ne peuvent « digérer » une telle parité (83.000
personnes seulement sont concernées aujourd’hui — en dehors de ceux qui n’ont
pu jusqu’alors faire valoir leurs droits — sur plusieurs centaines de millions
d’habitants !), les condamnations internationales se cumulent et les
débats juridiques et financiers continuent… alors, qu’entre temps, les anciens
combattants coloniaux disparaissent sans avoir connu l’égalité de traitement.
Vous-même, avait déclaré, M. le Président de
Nous partageons votre souhait, il ne reste plus qu’à passer aux actes.
Dans cette
perspective, Monsieur le Président de
Quatre mesures
simples à mettre en œuvre immédiatement :
1°/ S'engager à ce
que, dès 2007, les retraites
du combattant, de ceux qui ont été dans une « unité combattante au moins 90 jours »,
soient équivalentes pour tous les hommes qui ont, ensemble, connu le feu...
avec une rétroactivité, étalée sur cinq années, de 100% des sommes dues.
2°/ S'engager à ce
que, dès 2007, les pensions
d'invalidité soient équivalentes pour ces combattants qui ont, plus
que d'autres, connu les souffrances de la guerre... avec le versement immédiat
d’une somme forfaitaire égale à dix années d’arriérés.
3°/ Engager, dès à
présent (2006), avec toutes les
parties concernées une négociation globale et définitive au sein d’une
COMMISSION INDÉPENDANTE concernant les pensions militaires de retraite de
ceux qui ont « servi
4°/ Puisque
l'état français a économisé près de 2
milliards d’euros depuis le début de cette sombre histoire, le gouvernement
actuel doit s’engager à créer un fonds d'urgence de 10% de cette
somme (en cinq ans : 40 millions d’euros par an), soit 200 millions d’euros au total, destinés
à quatre objectifs suivis et
coordonnés par une commission de
spécialistes, d’acteurs associatifs et de représentants de l’État :
• un fonds
d’aides exceptionnelles pour les personnes les plus démunies ou/et leurs
veuves et enfants ;
• un fonds
de recherches pour mettre en œuvre des programmes de recherches et
d'histoire destinés à valoriser l'histoire et la mémoire des anciens
combattants issus des colonies ;
• un fonds
de production pour promouvoir plusieurs expositions itinérantes (grand
public et scolaire : en France et Outre-mer) et soutenir la production de
fictions TV, fictions cinéma et films documentaires sur ce thème ;
• un fonds
mémoire pour l’entretien, la restauration et la promotion des lieux de
mémoire et d’histoire (cimetières, lieux de combat, monuments, camps
d’hivernage, musée de Fréjus…).
Appel à envoyer,
par mail (www.elysee.fr
: rubrique écrire au Président) ou
par la poste à :
Monsieur le
Président de
Palais de l'Elysée
55, rue du faubourg
Saint-Honoré 75008 Paris
CINQUANTE ANS D’INJUSTICES…

Un
passé qui ne passe pas… :
Depuis 1958 (ordonnance du 30 décembre 1958) et jusqu'aux derniers gouvernements de droite, comme de gauche, la question des pensions des anciens combattants coloniaux est un long serpent de mer... qui n'a pas de fin. L'histoire est simple. Au moment des indépendances, on a jugé qu'il fallait cristalliser le montant des pensions versées aux anciens combattants « étrangers ». Depuis, l'écart entre les pensionnés français et « coloniaux » n'a cessé de croître. Alors qu'au moment des combats, ils étaient Français, au moment de la retraite, ils ne le sont plus... On nous dit que de donner l’égalité de pensions, conduirait à des « déséquilibres économiques » dans les 25 pays concernés… mais ces hommes ne représentent plus aujourd’hui que 0,001% des populations locales. Cet argument n’a plus, en 2006, la moindre réalité économique.
Dès 1980, 700 anciens combattants ont porté
plainte contre
Une
condamnation internationale :
Personne ne sait exactement combien de personnes sont
concernées aujourd’hui : pour les pensionnés ayant servis

Des
réformes récentes… insuffisantes :
Il y a quelques semaines, le ministre délégué
aux anciens combattants, M. Mekachera, rappelait, qu'en 2003, 83.000 personnes[3]
avaient été concernées par les « mesures » prises alors par le
gouvernement, de « réévaluations
partielles » des pensions. Un petit « plus » après des
années de silence. Le Parlement français a bien engagé une première
« décristallisation partielle des pensions » en 2002, mais le
gouvernement français a restreint l'année suivante ces timides réformes (décret
du 3 novembre 2003).
En 2004, à la veille des commémorations du
débarquement en Provence de 1944, une première « revalorisation
partielle » (de 130 millions d'euros sur 2 milliards de reliquats) a été
mise en place... Mais, à ce rythme-là, on sortira d e cette injustice, lorsque
le dernier « poilu » de la campagne d’Italie (1943-1944) sera mort...
Toutes les dernières mesures de réévaluation ne sont que des placebos, qui ne
rendent nullement hommage à ceux qui sont venus mourir pour
Le Bougnoule, sa signification
étymologique, son évolution sémantique, sa portée symbolique.
Le contexte historique : En
ces temps-là, la chair à canon carburait à la gnôle
Par René Naba, septembre 2006
Ici image. Légende :
Affiche Banania lancée en 1915,
alors que les tirailleurs sénégalais mouraient de froid dans les tranchées du
front
L’auteur du livre « Du
bougnoule au sauvageon » (L’Harmattan, 2004) nous livre ici un résumé de
son ouvrage, à l’occasion de la sortie du film de Rachid Bouchareb,
« Indigènes ».
On peut regarder une interview vidéo
de l’auteur sur le même thème an cliquant sur http://eric.boutarin.free.fr/films-web/rene-naba2.wmv
A l’assaut
des tranchées adverses, ployant sous un déluge d’obus, suffoquant sous l’effet
des gaz mortels sur les champs de bataille brumeux et venteux du Nord-est de la
France, sous la glaciation hivernale des nuits noires de novembre, à des
milliers de kilomètres de leur tropique natal, les grandes rasades d’alcool
galvanisaient leurs ardeurs combatives à défaut d’exalter leur patriotisme.
En ces
temps là, «la chair à canon» carburait à la gnôle. Par un subterfuge dont la
raison détient seule le secret, qui n’en révèle pas moins les présupposés d’un
peuple, les ressorts psychologiques d’une nation et la complexion mentale de
ses dirigeants, la revendication ultime préludant au sacrifice suprême -«Aboul
Gnoul», apporte l’alcool- finira par constituer, par un dévoiement de la
pensée, la marque d’une stigmatisation absolue de ceux qui auront massivement
contribué, à deux reprises, au péril de leur vie, à vaincre, paradoxalement,
les oppresseurs de leurs propres oppresseurs. «Bougnoule» tire son origine de
l’expression argotique de cette supplique ante mortem. Elle finira par
confondre dans la même infamie tous les métèques de l’Empire, piétaille de la
République, promus au rang de défenseurs occasionnels de la Patrie, défenseurs
essentiels d’une patrie qui s’est toujours voulue distincte dans le concert des
nations, qui se distinguera souvent d’une façon lumineuse (1), d’une façon hideuse parfois, traînant tel un boulet, Vichy,
l’Algérie, la collaboration, la délation, la déportation et la torture, les
pages honteuses de son histoire, peinant des décennies durant à expurger son
passé, et, pour avoir tardé à purger son passif, en paiera le prix en termes de
magistère moral.
Curieux rapport que celui qui lie

Substituer une sujétion à une autre, se faire décimer, au
choix, sur les champs de bataille ou sur le terrain de la répression au retour
au pays, avant d‘être mobilisé à nouveau pour la relance de l’économie de
Recru
d’épreuves au terme d’une vie brève mais houleuse, Lapaye Natou, vaillant
combattant de l’armée de l’Union Française, miné par les ravages de l’alcool de
palme, s’effondrera un crépuscule de l’été 1961. Gisant au pied du baobab de sa
ville natale de Kaolack, dans la région du Sine Salloum, au Sénégal, un des
centres mondiaux de l’arachide, qui fit la fortune des comptoirs coloniaux des
négociants bordelais, Lapaye Natou, -l’auteur en a été le témoin-, apostrophera
dans un ultime sursaut de fierté son auditoire en ces termes: «C’est moi Lapaye
Natou, l’homme de l’homme, coeur de lion, peau de panthère, l’homme qui en fait
son dawar, en a Mer, en a Méditerranée, en à l’Est Baden-Baden. Celui qui me
connaît ça va, celui qui ne me connaît pas tant pis». En termes policés, c’est
à dire en termes moins rudimentaires mais certainement moins expressifs, cela
donnerait: «C’est moi Lapaye Natou, un être humain, courageux et résistant, un
homme qui a répondu à l’appel du devoir en participant, loin de son pays natal,
à tous les combats de la France, de la Méditerranée jusqu’au point de jonction
des forces alliées au coeur de l’Europe. Je rends grâce à ceux qui
reconnaissent ma valeur et voue aux gémonies ceux qui méconnaissent ma valeur
et celle de mes semblables». Que d’imprécations devant cette malédiction du
destin auront ainsi été proférées en un siècle hors de portée de leurs
véritables destinataires. Que de ressentiments étouffés dans l’anonymat le plus
complet. Que de colères contenues devant tant de désinvolture à l’égard de ce
que l’un des leurs, Frantz Fanon, qualifiera de «damnés de la terre» (2). Rares
sont les populations qui auront connu pareil parcours chaotique sans jamais cultiver une idéologie victimaire, sans jamais en
faire usage ultérieurement dans leur combat pour leur acceptation.
Un
agrégé de grammaire de l’Université française, une discipline où les lauréats
sont rarissimes, qui présidera par la suite aux plus hautes destinées de son
pays, Léopold Sedar Senghor (3),
gratifiera ces victimes muettes de l’Histoire de la dignité de «dogues noirs de
Signification
étymologique
Dans les
ouvrages de référence de la société savante de l’élite française, le calvaire
de leur dépersonnalisation et leur combat pour la restauration de leur identité
et de leur dignité se résumeront à cette définition laconique: «Le bougnoule,
nom masculin apparut en 1890, signifie noir en langue Wolof (dialecte du
Sénégal). Donné familièrement par des blancs du Sénégal aux noirs autochtones,
ce nom deviendra au XXme siècle une appellation injurieuse donnée par les
Européens d’Afrique du Nord aux Nord-Africains. Synonyme de bicot et de raton».
Avare de précision, la définition, sibylline, paraît quelque peu succincte. Masque-t-elle
gêne, ignorance, indifférence ou volonté d’atténuation? L’expression était-elle
vraiment familière? Serait-elle le fruit d’un paternalisme blanc de bon aloi
envers de braves noirs «bons sauvages»? Qui sont donc ces Européens qui
proféraient de telles appellations injurieuses? Des Suédois insultant des
Phéniciens, les ancêtres des Carthaginois? De quelle planète étaient-ils les
habitants? En quelle ère de notre Histoire? Qui sont donc ces Nord-africains à
l’identité mal définie qui faisaient -qui font- l’objet d’une telle
interpellation? Le dictionnaire (4) qui donnait la définition du
Bougnoule date pourtant de 1979, une époque récente de l’histoire
contemporaine. Il se gardait bien d’identifier les Maghrébins, 30 ans après
l’indépendance de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, une nouvelle fois
englobés dans le même sac de leur ancienne dénomination coloniale.
Treize ans
plus tard, en 1996, ce même dictionnaire, cédant sans doute à l’esprit du temps
sous l’effet des revendications des mouvements associatifs et des succès
remportés par les jeunes générations issues de l’immigration, en donnera une
définition laconique en un style télégraphique qui masquait mal les connexions:
«familier, péjoratif, injure raciste/ 2 maghrébins, arabes» sans qu’il soit
précisé s’il s’agissait d’injures racistes proférées à l’encontre des Arabes et
des Maghrébins ou des injures échangées entre eux par des Arabes et des
Maghrébins.
Ici
Image « Nous sommes tous des bougnoules ». Légende :
Philippe
Gibbon, 2001
Son
évolution sémantique
Un glissement sémantique du terme bougnoule s’opérera au fil du
temps pour englober, bien au delà de l’Afrique du Nord, l’ensemble de la
France, tous les «mélanodermes», les «arabo-berbères et négro-africains» chers
à Senghor, pour finir par s’ancrer dans le tréfonds de la conscience comme la
marque indélébile d’un dédain absolu, alors que parallèlement, par extension du
terme raton qui lui est synonyme, le langage courant désignait par
«ratonnade» une technique de répression policière sanctionnant le délit de
faciès.
Loin de
relever de la casuistique, l’analyse du contenu participe d’une clarification
sémantique et psychologique, d’un exercice de pistage des «non-dits» de la
conscience nationale à travers un voyage dans les méandres de l’imaginaire
français. Le sujet demeure largement tabou en France
et le problème soigneusement occulté des manuels scolaires et débats publics.
Tel un spasme, il surgit par soubresaut par suite de malencontreuses
réminiscences. Craint-elle tant, la France, au point de l’exorciser,
l’idée «qu’un sang impur ait abreuvé ses sillons»? Croit-elle vraiment à la
réalité d’un «sang impur» si pourtant abondamment sollicité sur les champs de
bataille de Champagne-Ardenne, de Bir Hakeim, de Toubrouk, de Coufra et
d’ailleurs?
Loin
de participer d’une hypermnésie culpabilisante, le débat ne s’en impose pas
moins tant sur la contribution des «peuples basanés» à la libération du sol
français, que sur leur apport au rayonnement de leur pays d’accueil. Non pas tant par appétence polémique mais
pour une oeuvre de restauration de la mémoire française par la reconstitution
du maillon manquant, cet assemblage des «fils visibles et invisibles qui
relient les individus à leur environnement, le réel à l’Histoire» (5), une mesure de prophylaxie sociale
sur les malfaisances coloniales dont l’occultation pourrait éclairer les
dérives répétitives de la France, telles que -simple hypothèse d’école?- la
correspondance entre l’amnésie sur les «crimes de bureau» de 1940-44 et
l’impunité régalienne de la classe politico administrative sur les scandales
financiers de la fin du XXme siècle, ou la corrélation entre la déroute de
l’élite bureaucratique de 1940 et la déconfiture de l’énarchie contemporaine.
Réalité
honteuse longtemps niée et même déniée par une sorte de péché d’orgueil, la
permanence d’une posture du mépris et de l’irresponsabilité -la singulière
«théorie du fusible à la française»- et d’une idéologie protofasciste
inhérente à un pan de la culture française, finiront par s’imposer dans toute
leur cruauté à l’occasion des élections présidentielles de 2002 en plaçant les
Français devant l’infamant dilemme de choisir entre un «escroc» et un «facho» (6), entre un «super menteur» et un «superfacho» (7), deux septuagénaires vétérans politiques de l’époque de la
guerre froide occupant le devant de la scène depuis près de quarante ans, les
deux candidats les plus âgés, les plus fortunés et les plus décriés de la
compétition, mutuellement confortés dans une campagne sécuritaire, l’héritier
d’un gaullisme dévoyé dans l’affairisme le plus débridé (8) face à l’héritier d’un vichysme sublimé par un ancien
tortionnaire de
Le premier, Jacques Chirac, auteur d’une formule chauvine d’une démagogie
achevée sur les «bruits et les odeurs» des familles immigrées qui ponctionnent
la sécurité sociale par leur prolificité génésique, le second, Jean Marie Le
Pen, auteur d’une formule d’une abomination absolue sur le «Durafour crématoire
(...) point de détail de l’Histoire».
«Une des plus grandes bévues démocratiques de l’histoire contemporaine
de
«Si une
France de 45 millions d’habitants s’ouvrait largement, sur la base de l’égalité
des droits, pour admettre 25 millions de citoyens musulmans, même en grande
proportion illettrés, elle n’entreprendrait pas une démarche plus audacieuse
que celle à quoi l’Amérique dut de ne pas rester une petite province du monde
anglo-saxon», prophétisait, déjà, en 1955, Claude Lévi-Strauss en un saisissant
résumé de la problématique post-coloniale dans laquelle se débat la société
française depuis un demi-siècle (10).
---------------
Références:
1-Valmy:
Première victoire militaire de la République remportée par les généraux
Dumouriez et Kellermann, en 1792, dans cette localité de la Marne, elle inspira
à Goethe, qui a en été le témoin, cette exclamation: «D’aujourd’hui et de ce
lieu date une ère nouvelle dans l’histoire du monde».
2-Psychiatre
et révolutionnaire d’origine martiniquaise, spécialiste du phénomène de la
dépersonnalisation liée à la situation coloniale, représentant diplomatique des
indépendantistes algériens au sein des instances internationales. Auteur de
«Peau noir, Masques blancs», 1952, «Les Damnés de la terre» (1961) et «Pour la
Révolution Africaine» (1969).
3-Léopold
Sedar Senghor, décédé à 95 ans le 20 décembre
4-Dictionnaire
alphabétique et analogique de la langue française Le Petit Robert Tome 1/
Société du nouveau Littré. 1979. page 205
5-Lise
Sourbier-Pinter, chargée de mission à l’état-major de l’armée de terre
française. Interview au journal Libération samedi 14-Dimanche 25 juillet 2001
«Le 14 juillet symbole d’intégration des différences».
6-«Escroc
contre Facho», cf. Le Canard Enchaîné N°4252 24 avril 2002.
7- «La
gauche orpheline se résigne à avaler la couleuvre Chirac», par Marie Joëlle
Gros et Julie Lasterade, cf. journal Libération du 3 Mai 2002.
8- cf.«Noir Chirac» de François-Xavier Verschave, Editions les
Arènes, Mars 2002, «Les Gaullistes et l’argent, un demi siècle de guerres
intestines» par Philippe Madelin, Ed. l’Archipel 2001, ainsi que «Rafic Hariri,
un homme d’affaires premier ministre», Ed.L’Harmattan, Novembre 2000.
9-«En France, des illusions dangereuses», par Salman Rushdie, auteur
des «Versets Sataniques» cf. journal Libération 30 Avril 2002, pages «Rebonds».
10-Claude Lévi-Strauss «tristes Tropiques». L’ouvrage de
l’ethnologue français est paru en 1955, cf. «Etats d’âme» par Bertrand
Poirot-Delpech, journal Le Monde 30 avril 2002.
Pensions d'anciens combattants
: les arnaques des annonces de Jacques
Chirac et H. Mekachera
PAR Serge SLAMA, Paris, le 25 septembre 2006
25/09/2006 Le Gisti estime que les « concessions » du gouvernement face à la mobilisation médiatique de l'équipe du film « Indigènes» sont très insatisfaisantes et ne résolvent que très partiellement le problème posé par les lois de « cristallisation ». Voici un rappel des faits par Serge Slama.
D'abord, à titre liminaire, il faut rappeler que le problème n'est pas nouveau :
·
dès les années 1980, des anciens
combattants des ex-colonies ont entrepris des procédures juridiques contre
Cel
(garanti par un pacte des
Nations-unies de 1966, appliquant
· Ensuite, après de nombreuses années de procédure, M. Diop (un ancien
gendarme auxiliaire sénégalais) a obtenu en 2001 (à titre posthume, car il est
décédé en 1996) la condamnation des lois de cristallisation pour violation du
principe de non-discrimination figurant dans
· Saisi par le Gisti, le Conseil d'Etat a estimé que l'Etat disposait d'une « marge d'appréciation » pour discriminer et a confirmé ces textes (arrêt du 18 juillet 2006).
· Pourtant
·
On peut aussi penser que
Pourquoi ?
1°) il s'agit uniquement, selon les propos de Mekachera, de « tendre à une égalité » ou de « tendre vers la parité nominale »
Exactement comme après l'arrêt Diop en 2001, il ne s'agit donc toujours pas d'assurer une égalité pleine et entière entre les anciens
combattants français et étrangers mais uniquement à une revalorisation tendancielle des pensions, qui pourraient se rapprocher des pensions françaises (on ignore jusqu'à quel point).
Pour assurer une égalité pleine et entière il faudrait purement
et simplement abroger les lois de cristallisation.
Cela n'a
jamais été fait. En 2002, la loi est venue simplement compléter l'application
de ces lois en fixant le critère de résidence (selon le lieu où sont ouverts
les droits) et de « parité des pouvoirs d'achat » (niveau de vie)
2°) l'annonce concerne UNIQUEMENT la retraite du combattant (soit environ 500 euros PAR AN !!!) et les pensions militaires d'invalidité (c'est-à-dire celles
versées lorsqu'un ancien
combattant a été blessé au combat ou a touché une indemnité lié à son service
actif).
Le
secrétaire d'Etat les appelle les « pensions du sang ».
C'est très insatisfaisant car les lois de cristallisations touchent toutes les pensions CIVILES et MILITAIRES versées aux anciens fonctionnaires.
Le problème principal concerne les pensions de retraite
(acquises après 15 ans de service pour
C'est une situation courante. Imaginons qu'un marocain épouse une fonctionnaire française (par. ex. une institutrice ou un personnel d'ambassade). Si par malheur elle venait à décéder, le mari marocain ou leurs enfants subiraient la
cristallisation de leurs pensions de réversion !!!
Quantitativement il y a bien plus de pensions de retraite ou de pensions de réversion versées que de retraites du combattant ou de pensions d'invalidité.
CE SONT DONC DES DEMI-MESURES, DES BRICOLAGES A MINIMA qui ne résoudront pas la situation d'un grand nombre d'anciens fonctionnaires des ex-colonies.
Il faut d'ailleurs cesser de faire référence au « prix du
sang » ou aux seuls anciens combattants. L'injustice de la cristallisation
des pensions touche beaucoup d'étrangers. Elle frappe toutes les personnes qui
ont à un moment donné servi l'Etat français et ont ensuite conservé la
nationalité du pays devenu indépendant.
Pas
seulement les anciens combattants.
Les Harkis et Moghzanis et autres supplétifs de l'armée française étrangers sont aussi frappés par des mesures discriminatoires.
Il faut aussi avoir à l'esprit que les mesures portent toujours sur des sommes dérisoires.
3°) En aucun cas, ces pensions ne peuvent déséquilibrer les
économies locales alors qu'elles ne dépassent pas le RMI ou le SMIC selon les
cas.
D'ailleurs,
on donne bien une prime d'expatriation et un salaire à taux plein aux Français
qui vont travailler pour l'Etat français dans des pays africains. Ca ne semble
pas déséquilibrer les économies locales plus que ça.
4°) Plus globalement, la politique menée par les gouvernements
révèlent un rapport honteux de
On peut faire le lien avec les « Chibanis », ces vieux maghrébins du centre ville de Marseille qui vivent dans des hôtels meublés et à qui les services fiscaux refusent la délivrance des avis de non-imposition pour les priver « d'avantages sociaux indus ».
On veut les chasser du centre ville de Marseille et les empêcher de rentrer 6 mois par an au « bled » tout en touchant leurs retraites et minima sociaux.
Pour approfondir
·
la
publication du Gisti et du Catred, Égalité
des droits pour les anciens combattants et
· Les spoliés de la décolonisation, numéro spécial de la revue Plein Droit ;
·
Les
précédents communiqués : Anciens
combattants et fonctionnaires étrangers : le gouvernement orchestre la
désinformation (23 novembre 2002) ; Mépris
et cynisme pour les anciens combattants marocains : Le secrétaire d'Etat
français en visite au Maroc confirme les discriminations (16 février
2004), le
Président de la République s'approprie
indûment le combat pour l'égalité des droits (17 juillet 2006).
· Le dossier du site de la ldh-Toulon
[1] Voir sur
ce dossier : http://www.gisti.org
[2] Il reste
de nombreux cas d’anciens combattants qui n’ont pu faire valoir leurs droits,
notamment des nationaux vietnamiens et guinéens.
[3] Certains
pensionnés peuvent bénéficier de plusieurs retraites : pensions
militaires, invalidité, présence au combat, décorations spécifiques…