Avec des amis
comme ça
par Uri Avnery, Gush Shalom, 14 janvier 2006. Original : http://www.gush.shalom.org
Traduit de l'anglais en français par Marcel Charbonnier,
membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique
(transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.
Judas Iscariote est bon pour
un lifting. D'après la presse, des cardinaux proches
du nouveau pape ont recommandé un changement dans l'attitude
de l' Eglise catholique à son égard : exit le
traître juif qui remet le Messie aux cohortes du diabolique
Grand Prêtre - et bonjour l'apôtre qui n'a fait
que jouer le rôle qui lui était imparti par le
projet divin. Après tout, c'est bien le Bon Dieu qui
a décidé que son fiston devait mourir sur la
croix, non ?
Assez bien essayé.
Mais pathétique, comme tentative. Aucune décision
vaticane ne modifiera jamais l'image que le Nouveau Testament
donne de Judas : un indic répugnant, qui reçut
« trente talents d'argent » pour trahir le Fils
de Dieu. Aucun chrétien ayant absorbé cette
histoire dans son enfance n 'oubliera jamais l'image du traître
blâmable qui embrasse Jésus pour le désigner
à ses bourreaux. Rien n'y fera. A moins de changer
le texte biblique lui-même. Et ça, c'est plus
tôt dit que fait !
Si un, parmi les onze autres
apôtres avait trahi Jésus, les conséquences
n' auraient peut-être pas été aussi horribles.
Mais étant donné que « Judas » sonne,
dans beaucoup de langues, un peu comme « juif »,
la trahison est associée, dans la conscience des chrétiens,
aux juifs en général. Des multitudes de juifs,
tout au long des siècles, ont été massacrés
à cause de cette assonance. Le cri de guerre nazi «
Judah Verrecke ! » [« Crevez, les juifs ! »]
a pavé la voie conduisant aux chambres à gaz.
Peut-être cela a-t-il
eu une certaine influence sur le jeune néonazi Alexander
Koptsev, qui a pété les plombs, cette semaine,
dans une synagogue de Moscou : il a blessé dix personnes
à coups de couteau. Cet acte a allumé tous les
voyants rouges. Une fois encore, « la montée
de l'antisémitisme dans le monde » est devenue
un sujet de préoccupation majeure, une fois encore,
les sonnettes d'alarme ont retenti.
Il est de fait qu'existe un
danger croissant d'antisémitisme et d' anti-israélisme
: ce sont deux phénomènes différents,
qui peuvent apparaître aussi bien simultanément
que séparément. Mais cela n'est pas lié
aux skinhead primaires, comme ce Moscovite jouant du couteau.
C'est bien plus dangereux, et le carburant qui nourrit ces
deux phénomènes existe dans d' autres lieux,
et sur d'autres niveaux.
Dans un des discours par lesquels
George W. Bush s'évertue, actuellement, à défendre
son invasion calamiteuse de l'Irak, prononcé cette
semaine, il a laissé passer une phrase qui devrait
allumer tous les voyants rouges. Dans cette phrase, il a fustigé
ses contempteurs qui affirment que s'il a attaqué l'Irak,
c'était « à cause du pétrole, et
aussi à cause d'Israël ».
Ce faisant, Bush a ramené
à la surface une assertion que seuls des groupes antisémites
marginaux exprimaient ouvertement jusqu'ici. Ils font l'amalgame
entre trois réalités : (a) les gens qui ont
poussé à la guerre le plus agressivement ont
été les néocons, qui jouent un rôle
majeur au sein de l' administration Bush, (b) la quasi-totalité
des membres les plus influents de cette corporation sont juifs
et (c) l'occupation américaine de l'Irak a soulagé
Israël d'une menace militaire non négligeable.
Jusqu'alors, les médias
américains traitaient cette allégation par le
mépris, y voyant une « théorie du complot
» ridicule. Maintenant que le président en personne
en a parlé : elle est dès lors susceptible de
faire partie du discours public légitime aux Etats-Unis,
et dans le monde entier.
Il y a là un très
grand danger pour Israël. La totalité de l'establishment
israélien a soutenu l'invasion américaine. (Quand
nous, opposants [israéliens] à la guerre, avons
appelé à une manif contre elle à Tel
Aviv, le jour où des millions de personnes étaient
dans la rue, dans le monde entier, cela fut un minuscule événement,
ignoré par les médias.) Désormais, il
est tout à fait possible, comme cela s'est produit
si souvent dans l' Histoire, que ceux qui sont les responsables
du désastre cherchent à éluder leur responsabilité.
George Bush se sera estompé de toutes les mémoires,
dans quelques années. Ce qui restera, c'est l'impression
que ce sont Israël et les juifs qui ont entraîné
les malheureux Etats-Unis dans une mésaventure pendable.
Pure coïncidence ( ?),
cette semaine est paru un livre consacré à la
guerre en Irak, qui évoque le même sujet. Il
s'agit de « State of War » [Etat de guerre], d'un
certain James Risen.
Entre autres choses, ce livre
affirme que le secrétaire d'Etat à la Défense
et les néocons qui règnent à Washington
n'ont pas écouté les analystes des services
de renseignement américains, qui leur recommandaient
la prudence, au sujet de l'Irak, mais bien, en revanche, les
espions israéliens dont Washington était envahie,
et qui y briefaient les hauts responsables.
Dixit Risen, ce sont les extrémistes
israéliens que Rumsfeld et son adjoint Paul Wolfowitz
écoutaient, et non la cauteleuse CIA. « Les analystes
de la CIA étaient souvent sceptiques au sujet des rapports
d'espionnage israéliens, conscients qu'ils étaient
du parti pris très fort - on peut dire : évident
- du Mossad vis-à-vis du monde arabe. » Après
leurs visites, les responsables de la CIA démentaient
généralement la majorité des infos distillés
par les agents israéliens du renseignement. «
Cette attitude avait le don de mettre Wolfowitz et d'autres
conservateurs du Pentagone dans une rage folle », écrit
Risen. Inutile de faire un dessin : Wolfowitz est un nom juif
de chez juif.
La conclusion coule de source
: ce sont les Israéliens et leurs alliés, les
juifs de Washington, qui ont poussé les Etats-Unis
à la guerre.
Et comme si cela ne suffisait
pas, voici que Washington est depuis peu secouée par
un énorme scandale, intimement lié à
Israël. En son centre, un homme, appelé Jack Abramoff
: encore une fois, un nom qui révèle l'identité
juive de celui qui le porte...
Ce Jacques est un super-lobbyiste,
un symbole du phénomène qui a fait de la politique
américaine une écurie d'Augias de corruption,
que même le puissant Hercule aurait du mal à
nettoyer. Il a écrémé l'oseille de ses
clients, principalement des Amérindiens, en empochant
une partie et utilisant le reste afin de graisser la patte
à des personnages éminents de l'élite
: des sénateurs et des membres du Congrès. Il
leur a fait des cadeaux somptueux, offert des voyages d'agrément
autour du monde, aux frais de la princesse, des suites dans
de luxueux hôtels et autres gratifications. La plupart
des bénéficiaires étaient des Républicains,
mais certaines miettes échurent à des Démocrates,
également.
Jusqu'ici, rien d'inhabituel.
C'est juste un peu plus gros que d'habitude. L 'industrie
du lobbying est très développée, à
Washington, une ville aussi infestée de lobbyistes
qu'un chemineau est infesté de poux. Le lobby pro-israélien
ne diffère en rien des autres. Les lobbyistes pourrissent
tout. Ils achètent les hommes politiques pour qu'ils
décrètent des lois qui détournent des
milliards de fonds publics vers les poches de leurs clientèle.
Ils jouent un rôle majeur dans le financement des campagnes
électorales des hommes politiques, depuis le Président
jusqu'au maire du plus petit patelin. Ce n'est que tout à
fait exceptionnellement qu'un d' entre eux se fait pincer
et est envoyé en taule, comme cela risque fort d' arriver
bientôt à notre Abramoff.
Mais ce qu'Abramoff a de spécial,
c'est qu'il s'agit d'un sioniste fanatique. D'après
les articles publiés aux Etats-Unis, une partie des
fonds qu'il extorquait était destinée à
des colons fanatiques en Cisjordanie. Abramoff leur envoyait
de l'équipement militaire à utiliser contre
les Palestiniens, et peut-être même contre le
gouvernement israélien. Entre autres joujoux, des tenues
de camouflage, des viseurs télescopiques destinés
aux tireurs d'élite [snipers], des jumelles de vision
nocturne et un détecteur de rayonnement infrarouge.
Les journaux et revues américains
font état d'un colon du nom de Shmuel Ben-Zvi, de la
colonie de Betar Illit, un copain de collège d'Abramoff,
comme destinataire de cet équipement. Ben-Zvi a nié,
mais la commission sénatoriale américaine a
obtenu des e-mails, qu'il a envoyés et dans lesquels
il loue Abramoff pour lui avoir envoyé du « renfort
», tandis qu' Abramoff lui écrivait que «
s'il y avait encore une dizaine de mecs comme lui [Ben-Zvi],
les sales rats seraient cuits. »
Abramoff, quant à lui,
affirme qu'il est simplement un idéaliste, qui utilise
l'argent « placé en ses mains par Dieu »
afin d'aider Israël. Il a également financé
une organisation - vraisemblablement bidon - d'exilés
syriens, soutenue par Israël. Une des publications américaines
mentionne à ce propos la devise biblique du Mossad
: « Par la tromperie, la guerre tu feras, fiston ! »
[Proverbes 24,6 - C'est ce que cela semble vouloir dire, en
hébreu moderne, mais la signification réelle
de ce passage est controversée. La English Bible en
donne la traduction suivante : « For by wise counsel
thou shalt make thy war » [« C'est en effet grâce
au conseil avisé que tu devras mener ta guerre. »]
Résumons. Voici comment
les Américains voient sans doute la chose : l'homme
qui est devenu un symbole de la corruption aux Etats-Unis
est un juif. Un juif qui soutien Israël. [La totale,
quoi !]
Et là encore, comme
si cela ne suffisait pas, cerise sur le gâteau : un
autre ami d'Israël vient de faire lui aussi des remous
dans les médias américains. Il s'agit de notre
vieux pote Jerry Falwell, le gourou de millions de chrétiens
fondamentalistes américains, un ami du [non] regretté
Menachem Begin.
Il convient de rappeler que
Binyamin Netanyahu, notre Premier ministre d' alors, se rendit
en Amérique en 1998 afin d'y rencontrer le Président
Bill Clinton. A l'époque, Clinton s'évertuait
à faire pression sur Israël afin de faire avancer
la paix. Netanyahu était invité à cette
fin. La veille de sa rencontre avec Clinton, Netanyahu rencontra
publiquement, on vous le donne en mille. : Falwell, devant
des centaines de personnes. Et voici que Falwell, ennemi juré
de Clinton, révèle aujourd'hui que cette rencontre
avait été délibérément
programmée, afin de provoquer le Président américain.
Quelques jours auparavant,
un autre ami de Netanyahu, William Kristol, un des potentats
juifs néocons, avait publiquement fait allusion au
fait qu'un énorme scandale sexuel était sur
le point d'éclater à la Maison Blanche. Immédiatement,
le scandale autour de Monica Lewinsky était lancé,
et l' opinion était informée de ce que le Président
américain avait pris du bon temps, à la Maison
Blanche même, avec cette jeune stagiaire au nom aux
très fortes consonances juives [Rien étonnant,
mon pauvre Uri, puisqu'elle est juive. ndt]
Quinze jours avant la visite
de Netanyahu, un journal juif américain avait publié
un encart publicitaire afin de demander au Président
américain de cesser de faire pression sur Israël.
Ce communiqué comportait une photo de Clinton, prise
de dos - exactement le même cliché sur lequel
Clinton apparaît, embrassant Monica, qui fut diffusé,
peu après, dans le monde entier. [Bizarre, non ? Ndt]
Falwell se répand,
clamant publiquement qu'il a aidé Netanyahu à
faire chanter Clinton. Si c'est vrai, on peut dire qu'il a
réussi : il n'a jamais été question d'une
quelconque pression sur Israël, lors de cette rencontre
au sommet.
Au fait, le magazine dans
lequel Falwell a publié ses allégations, Vanity
Fair, appartient à l'empire de la presse Si & Donald
Newhouse, de généreux contributeurs au lobby
pro-israélien.
(Un autre personnage haut
en couleurs du fondamentalisme chrétien, Pat Robertson,
a déclaré, la semaine dernière, que l'attaque
cérébrale dont Sharon a été victime
était le châtiment de Dieu, parce que Sharon
a donné une parcelle de la Terre sainte aux Arabes.
Il s'est excusé par la suite, sans doute dans l'espoir
de sauver un accord conclu avec le gouvernement israélien,
aux terme duquel il construira un énorme complexe touristique,
au bord du Lac de Tibériade.)
Le tableau en train d'émerger,
aux yeux de l'opinion publique américaine, est un tableau
où Israël et les juifs règnent à
Washington et où le gouvernement américain danse
à leurs violons. C'est là, bien entendu, une
grossière exagération, mais beaucoup de gens
risquent d'en venir à le croire. Cela n'aura peut-être
aucun effet dans l'immédiat, mais cela représente
un très sérieux danger, sur le long terme [Il
faudra changer le peuple américain ! ? ! NdT] Quand
les choses se répètent, toujours et encore,
il y a un effet d'accumulation. [C'est beau comme du Raffarin
! NdT]
Ce genre d'événements
doivent nous servir d'avertissement. Le gouvernement israélien
et les dirigeants de la communauté juive des Etats-Unis
doivent réexaminer sérieusement ce danger. Des
propos désapprobateurs au sujet de la « montée
de l'antisémitisme » ne suffisent pas, quand
ce qui est requis est un profond changement dans les comportements.
Nous devons arrêter tout contact avec des escrocs, en
particuliers s'il s'agit d'escrocs juifs, ainsi qu'avec les
fondamentalistes de tout poil. [Autant demander à la
panthère de changer ses taches, NdT]. Quiconque a à
cour les intérêts bien compris d' Israël
doit l'exiger. Cette question concerne la sécurité
nationale d' Israël, d'autant plus que la politique de
notre gouvernement est entièrement fondée sur
un soutien américain infaillible [Un petit éclair
de lucidité, sur la fin. Mais ça n'a rien de
très sexy ! NdT].
Ariel Sharon était
trop autoritaire pour avoir à prendre en compte ce
danger. Espérons que son successeur sera un peu plus
modeste. [Avec Tzipi Livni, aucun risque ! ! ! NdT] |
Dans son article « Avec des amis comme
ceux-là », Uri Avnery dénie la vérité
fondamentale sur Israël
par Genevieve Cora Fraser, 16 janvier 2006
Traduit de l'anglais en français par Marcel Charbonnier,
membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique
(transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.
Cher Uri,
Habituellement, j'adore vos articles. Mais « Avec des amis
comme ceux-là. » [With Friends like these… ,
http://www.avnery-news.co.il/english/index.html, 14 janvier
2006 lire la traduction ci-contre ]
dénote une incompréhension totale de ce qui est en
train de se tramer en Amérique. L'AIPAC et les néocons
américains sont profondément liés à
Israël et à l'agenda politique sioniste, consistant
à diviser et à conquérir le Moyen-Orient. En
dépit de tous les arguments contraires, ils ont fabriqué
des mensonges pour dissimuler la vérité, à
savoir que l'Irak ne possédait pas d'armes de destructions
massives susceptibles de porter atteinte à l' Amérique.
L'implication israélienne a été également
occultée, quand le soi-disant « Nouvel Irak »
a exhibé un soi-disant drapeau irakien qui n' était
qu'un duplicata certifié conforme du drapeau israélien,
mis à part le remplacement de l'étoile de David par
un croissant bleu pâle. Si vous regardez en arrière,
c'est à partir de ce fait que l'enfer s'est déchaîné.
L 'insurrection irakienne détenait dès lors la preuve
que si les Irakiens ne se défendaient pas comme des lions,
ils subiraient le même sort que les Palestiniens. Mais, bien
entendu, le pétrole est aussi au coeur du problème,
aussi bien pour l'Amérique que pour Israël, et ainsi
que pour l' insurrection, qui pense que les ressources irakiennes
appartiennent aux Irakiens. Uri, les Irakiens veulent récupérer
leur pays. Les gens qui ont suivi la montée en puissance
de l'Aipac et d'autres organisations similaires, des néoconservateurs
et des sionistes chrétiens, au fil des années, et
qui sont inquiets, ne sont pas des antisémites, comme vous
l' insinuez : ce sont, tout simplement, des gens intelligents. Beaucoup,
parmi eux, ont aussi du sang ashkénazi qui circule dans leurs
veines. Certains sont des membres actifs de leur synagogue locale.
Bien loin de faire d'eux des gens haineux d'eux-mêmes, cela
fait d'eux des gens avisés. Uri, nous aussi, les Américains,
nous voulons récupérer notre pays. Nous avons une
constitution (à la différence d'Israël), et la
majorité d'entre nous, nous croyons vraiment que Tous les
Hommes sont Nés Egaux - qu'aucune race, aucune croyance,
aucun sexe n'est supérieur à l'autre. Israël,
regardons les choses en face, est un pays aussi raciste que n'importe
quel pays, sur terre. Les sionistes blancs caucasiens qui gouvernent
votre pays haïssent les sémites qu'ils prétendent
être.
L'Amérique fait également sienne
la « séparation de l'Eglise et de l'Etat », qui
est fondamentale pour garantir les droits humains fondamentaux.
Or Israël ne la fait pas sienne, ni non plus les néocons
ou leurs sympathisants chrétiens sionistes, ni l'administration
Bush. Beaucoup d'entre nous, fut un temps, ont été
de véritables partisans d'Israël, mais les écailles
nous sont tombées des yeux et, franchement, les tactiques
de votre pays nous retournent l'estomac. Nous sommes nombreux à
redouter que nos dirigeants ne s'inclinent devant les dirigeants
israéliens, que nous aussi soyons en train de devenir de
plus en plus des fascistes, dans notre politique étrangère,
d' une manière qui ne ferait que décupler l'incarcération
et la victimisation de l'ensemble de la Palestine. Le constat qu'il
n'y a que l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette
entre les agendas politiques nazi et sioniste est proprement effrayant.
Certains, parmi nous, sont allés en Palestine,
et ont constaté de visu ce qu 'on y commet. Oui, j'ai été
personnellement dans l'appartement maculé de sang d'un militant
pacifiste brutalement assassiné par un commando de l' armée
israélienne. J'espérais qu'un tel niveau de bestialité
était inhabituel, mais je sais que, malheureusement, cela
arrive tous les jours. Trop de Palestiniens modérés
ont été emprisonnés, torturés et assassinés
par les troupes israéliennes - et n'oublions pas ces enfants,
qui sont légion, qui ont été abattus, ni les
snipers et les tanks qui ont semé la dévastation dans
des écoles primaires, etc. etc. etc. Ces méthodes
sont utilisées afin de déstabiliser un pays, d'y créer
un chaos constant et non provoqué. L'apparition de ceux qu'on
qualifie de « terroristes palestiniens » est une réponse
à une victimisation continuelle de la Palestine par Israël.
Et pourtant Israël recourt à l'écran de fumée
de la « victime éternelle », tout en continuant
à tire-larigot ses attaques à coups d'hélicoptères,
de jets de combat, de missiles télécommandés,
de bombes incapacitantes, d'horreur buldozérisée,
de mur raciste d'apartheid, de vol des terres agricoles et des ressources
en eau des Palestiniens. Israël profane et blesse une terre
qui a été amoureusement entretenu, des millénaires
durant, par sa population autochtone. Les effluents résidentiels,
industriels et militaires empoisonnent les sols et se déversent
dans les nappes phréatiques, tandis que les pouvoirs curatifs
de la Terre sainte et de son legs spirituel - le judaïsme,
le christianisme et l'Islam - sont bafoués.
Uri, je sais bien que vous protestez, que vous
élevez la voix et que vous écrivez de merveilleux
articles provoquant la réflexion, sur les agissements horrifiants
d'Israël. Mais, s'il vous plaît, ne venez pas nous dire
que nous sommes antisémites parce que, nous aussi, nous remarquons
les crimes incessants contre l'humanité qui constituent,
aujourd'hui, comme cela a toujours été le cas, la
politique israélienne. Nous sommes conscients du fait que
les véritables événements qui se déroulent
en Palestine et aussi ceux qui affectent les Arabes en Israël
sont rarement mentionnés dans la presse américaine,
détenue et contrôlée de manière prépondérante
par des juifs, à moins que d'une manière ou d'une
autre les mots « terroristes palestiniens » n'y soient
soulignés. Aujourd'hui, nous voyons des icônes de la
télévision, comme Charlie Rose acquiescer à
la proposition que Sharon « est un homme de paix » [excusez-moi,
si je m'esclaffe] et affirmant de manière péjorative
que « les Palestiniens ne changeront jamais. » C'est
un mensonge. Les Palestiniens ont changé, et ils l'ont prouvé.
Oui, ils ont changé, passant d'une société
prospère et hautement éduquée, qui chérissait
cette Terre sainte qu'ils cultivaient et les lieux saints qu' ils
préservaient à une société écrasée
sous les bottes d'Israël - violée, torturée,
volée, ethniquement épurée et massacrée
à volonté par les Israéliens. Combien de temps
l'holocauste a-t-il duré ? Douze, treize ans, tout au plus.
? Alors, s'il vous plaît : ne nous parlez plus de milliers
d' années.
Les gens de ma famille ashkénaze, en Europe,
étaient hautement éduqués et prospères,
mais ils ont quitté l'Europe, fort heureusement, bien avant
que la répression nazie ne s'abatte. Quant à l'héritage
romain catholique de cruauté despotique - les juifs n'étaient
pas les seuls concernés : les Papes torturaient, brûlaient
vifs et chassaient les chrétiens « hérétiques
», et les musulmans, de la même manière. Mais
il y a des siècles que cela se passait, au cours du Moyen-Age.
La plupart des gens ont désormais oublié ce traumatisme,
parce qu'ils l'ont surmonté.
Pourquoi, dès lors, les Palestiniens ont-ils
été désignés, seuls, pour souffrir ?
Six décennies de tortures n'ont-elles pas suffi, pour racheter
les péchés de l'Europe ? Israël a le désir
notoire de déstabiliser l' ensemble du Moyen-Orient, car
il redoute qu'une région saine, riche et unie ne risque d'entraîner
sa destruction. Alors, je vous en prie : ne vous en prenez pas à
moi, ni à mes amis, ni aux millions de personnes que je n'ai
pas encore eu l'honneur de rencontrer et qui reconnaissent ce fait.
Cela n'a rien à voir avec l'antisémitisme : il s'agit
tout simplement de regarder les réalités en face.
Si vous venez en ennemi dans une région, les gens vous y
répondent en voyant en vous un ennemi. Pas besoin d'avoir
fait Saint-Cyr pour le comprendre.
Le plan de partage de 1947, duquel Israël
fait dériver sa prétendue légitimité,
n'a pas autorisé le transfert de populations des États
nouveaux nés. Et pourtant, les Palestiniens ont été
torturés, évincés et tués, depuis près
de soixante ans - des lois racistes comme les Lois sur les propriétaires
absents de 1948 ont déclaré tous les Arabes absents
de leurs terres et propriétés, même s'ils étaient
chez eux, dans leur lit. Telle est la prétention d'Israël
sur ces terres - en voilà, une manip' de juristes ! - au
même moment où ils JETAIENT LES PALESTINIENS A LA MER
à Jaffa, à Haïfa et dans d'autres localités
côtières. Vous voyez, le Hamas ne mâche pas ses
mots, mais il est dans l'incapacité de mettre sa menace à
exécution, à savoir : jeter les Israéliens
à la mer. La menace du Hamas n'est que l' image, le reflet
au miroir de ce qu'Israël a fait au peuple que le Hamas a juré
de protéger. Voilà, pourquoi Israël a tellement
peur. Israël redoute de devoir payer la monnaie de sa pièce,
parce qu'il sait très bien, en son âme et conscience,
ce qu'il a fait. Si Israël veut la paix, alors il doit adopter
les droits fondamentaux de l'Homme, il doit épouser ce qu'il
y a de meilleur dans le judaïsme et dans toutes les religions
possibles et imaginables, qui sont toutes respectables et responsables
: la droiture, la civilité et la recherche du bien commun,
et non de l'horreur partagée.
Si Israël veut la sécurité,
il doit devenir une « démocratie constitutionnelle
», qui éradique toutes ses lois racistes infamantes.
Israël doit reconnaître et respecter le droit international
et affirmer fièrement et clairement ce qu'il défend
- y compris la restitution de leurs biens aux dépossédés
de Palestine. Israël doit aussi présenter des excuses
sincères pour ses crimes. Tant que cela n'aura pas été
fait, la Palestine n' aura pas de partenaire de paix, et la réconciliation
restera impossible. Aujourd'hui, les faits, sur le terrain, en Israël
et en Palestine, ne sont que par trop évidents. L'agenda
pas-si-secret-que-cela d'Israël, soutenu par le fric américain,
consiste à avaler tout rond la Palestine et à épurer
ethniquement ceux qu'ils pourront épurer, tout en maintenant
le reste de la population palestinienne enfermé dans les
camps d'internement du mur raciste de l'apartheid - où ils
sont torturés, brutalisés, affamés et déshydratés
jusqu'à ce que mort s'ensuive - comme les millions de Palestiniens
de la diaspora, que l'on laisse pourrir dans des camps de réfugiés,
si près, et pourtant si loin, d'ici.
La diplomatie Marat-Sade d'Israël s'impose
à la Palestine
par Genevieve Cora Fraser, 21 décembre 2005. Adaptation depuis
l'anglais : Marcel Charbonnier pour Quibla.
A l'Ecole de Diplomatie
Marat-Sade,
Les relations publiques passent pour la Vérité,
Le sophisme, pour la sincérité
Et les Arabes,
Pour des Arabes
Qui n'existent pas.
Pour de simples nomades,
Errant
Et pénétrant sur les terres
Que les Israéliens disent posséder
Depuis trois mille ans,
Malgré leur petite balade
De deux mille ans,
En Europe,
En Amérique,
Et dans des pays inconnus
Encore tout récemment.
Les Cours
Marat-Sade
Enseignent
Qu'un archéologue
A volé
Toutes les preuves
De l'existence, jadis,
D'une grande nation,
Il y a, de cela, quatre-vingt quatorze ans,
Et peut-être plus encore,
Bien que nous soyons certains
Que cela fait au moins trois mille ans,
Et peut-être même six mille ans,
Qu'on y vénère un seul D.eu,
Bien que quelques autres
Déités,
Romaines et grecques,
Aient fait leur apparition
Dans le Temple.
L'Ecole de Diplomatie
Marat-Sade
Est un passage obligé,
Pour les dirigeants israéliens,
Auxquels on enseigne la Domination,
Le Contrôle Total,
(Une certaine démocratie,
Pour les Elus,
Et tous les autres,
Nous les rejetons,
Nous ne voulons pas d'eux, comme citoyens).
Les Stagiaires,
Chez Marat-Sade,
Apprennent les ruses,
Jouent de la matraque,
Contre leurs ennemis,
Partout.
Nous sommes le Maître,
Eux, ce sont des esclaves.
La Sécurité de l'Etat
Exige
Que l'on déchaîne
Une intense cruauté :
Alors : haïssez
Vos voisins
De palier,
Qui seront réduits à crever
Pour que nous puissions vivre
Libres des Autres,
Qui,
Eradiqués,
Partiront du pays.
Les Arabes sont une nuisance,
Aux yeux de d.eu.
Les seuls hommes
Qui vaillent,
Ce sont ces Prophètes
De la veille,
Qui arborent leur barbouze
Et comptent,
Hectare après hectare,
Tout en écrabouillant au bulldozer
La preuve
Que quiconque ait jamais
Vécu
Là où ils
Jettent leur dévolu.
Le d.eu israélien
Est un d.eu juste,
Qui préfère
Les Européens blancs uniquement,
Voilà tout.
Leur d.eu choisit au hasard :
Leurs juifs ancestraux,
C'est lui qui les choisit ;
Tous les autres
Sont les perdants.
Monsieur Marat
Exige un règne
Qui puisse exercer
Sa terreur ou sa puissance.
Que soient réduites
En poudre
Les multitudes
Que le Christ nous a enseigné
A aimer,
Sans distinctions,
Délibérément.
Les sélectionnés
Elisent
Ce qui sert
Leur cause.
Y'a pas à chier :
Ils ont tous les droits.
La manière de faire mourir,
C'est à nous de la déterminer,
Et c'est à vous de la découvrir,
De but en blanc :
Attendez-vous à ce qu'une bombe
Eclate en tempête
Et vous fasse exploser la cervelle.
Ne connaissant aucune limite,
Les Israéliens
Contrôlent les cieux :
Permis par-ci,
Permis par-là.
Ne désespérez pas :
Faites appel à la cour,
Attendez la Justice
A jamais...
Apprenez
Le self-control,
Soyez dociles,
Les flingues sont entraînés
En prenant pour cible votre boîte crânienne.
Sages, là.
Cou-couche.
De toute façon,
Les checkpoints
Seront maintenus !
Le plaisir du Marquis de Sade
Est votre douleur.
Choisissez une pièce,
Nous apporterons le balai.
Un balayage de la prison
Nettoie toutes les générations.
Les détenus,
Contre le Mur,
Cernés.
Nous ne nous retiendrons pas :
Nous torturerons
Pour notre plus grand profit,
Jusqu'au dernier homme,
Jusqu'à la dernière femme et jusqu'au dernier enfant
:
Voilà ce qui fait sourire
Les visages des sionistes
Excités
Comme des punaises de lit.
Un accueil palestinien écrasé
contre le Mur israélien
par Genevieve Cora Fraser, 31 décembre 2005. Adapté
de l'anglais par Marcel Charbonnier pour Quibla
Le taxi collectif,
Sous des torrents de pluie,
Attendait les clients.
Alors je me suis serrée
Au milieu des femmes
Musulmanes vêtues
De hajibs et de corsages noirs.
Mon chapeau d'astrakan
Noir
Contrastait
Avec l'onctuosité
De leurs atours.
Mon long manteau marron
S'ouvrit et retomba sur leurs genoux,
Tandis que la porte glissait,
Et se refermait bruyamment.
Le chauffeur criait
Des destinations,
En arabe.
Il sauta à son volant
Et commença à rouler,
Nous extrayant de la foule
Qui envahissait la station des autobus.
Je tendis un morceau de papier,
Avec le nom et le numéro
De la rue
Où nous devions nous rencontrer,
Ecrits dans une langue
Qu'elles ne savaient pas déchiffrer,
Ni écrire. Ma prononciation
Etait une plaisanterie qu'elles comprirent, celle-là,
Débattant, entre elles,
Au sujet de mon incursion occidentale,
Dans leur monde oriental.
Très vite, elles se détendirent,
Se mirent à rire,
Et à faire moult gestes,
Pour assurer
A l'étrangère que j'étais qu'elles m'aideraient.
Oui, moi, l'étrangère.
L'étrangère avertie à leur encontre
Par tous ceux que je connaissais,
Là-bas, loin, chez moi. Maintenant,
Très loin de chez moi, parmi
Mes hôtes arabes,
Je souriais,
Avec mes soeurs,
Nous aspirions à la paix,
Nous étions tristes,
Nous étions perdues,
Et confuses.
Nous cherchions un ami,
Perdu de vue depuis si longtemps,
Et qui se trouvait, maintenant,
Dans sa patrie,
En Palestine,
Depuis des décennies.
Lui aussi, il s'était trouvé tout perdu,
En exil, parmi
Des hôtes américains,
Tandis qu'Israël
Semait la dévastation
Et exilait
Tous ceux qui se trouvaient
Au-dehors des portails,
Auxquels ils interdisaient
Des années durant
De rentrer chez eux.
Eh bien, aujourd'hui,
Près de quarante ans après,
Les paras israéliens cornaquent
Les Orientaux,
Pour éviter
Qu'ils ne se mélangent aux Juifs
Occidentaux.
Tandis que nous avancions,
Zigzaguant entre les nids de poule,
Les flaques se transformaient en geysers
Tout au long des routes de contournement de Jérusalem
Nous faisions route vers Ramallah,
Quand le ronronnement du moteur
Succéda au bavardage,
Car nous passions, à vivre allure,
Devant des ruines moulues menu,
Des maisons criblées de balles.
Assaillies
D'espoir, nous roulions,
Perdues dans nos pensées,
Bien que fatiguées et accablées
Par la grisaille du ciel.
Nous redoutions
Les jeeps israéliennes.
Des soldats,
Profondément engoncés
Dans leur trouille
Nous doublaient,
Eclaboussant notre taxi,
Qui fonçait
Vers un rassemblement,
Une foule.
Des mitraillettes,
En joue,
Prêtes à écraser
Les Palestiniens
Sur le sol,
Les hommes de « Tsahal »
Surgirent,
Hurlant
Des ordres,
Tandis qu'ils balançaient
Leurs victimes contre
La barrière de ciment.
Espérer
La compréhension,
Le réconfort
D'une patrie,
Libre et accueillante.
Nous avons été bloquées,
Prises au piège
D'un checkpoint.
Un jour de plus,
Perdu dans la confusion
De la confrontation,
De la violence,
Conçues,
Nées
De la mentalité sioniste.
Installées, à l'instar des
Barrières de ciment qu'ils installent partout,
Contre l'égalité
Et le respect.
Les hommes de « Tsahal »
Inspectent
Ceux qu'on leur apprend
A redouter.
Terrifiés,
On dirait des enfants,
Ils ont la gâchette facile,
Ils sont prêts à exploser.
Mais ils n'inspirent qu'une seule chose
Chez ceux qu'ils contrôlent de la sorte :
La résistance !
De l'autre côté du Mur israélien,
les Palestiniens prient pour la Paix
par Genevieve Cora Fraser, 8 janvier 2006. Adapté de l'anglais
par Marcel Charbonnier
De l'autre côté
Du mur raciste
Que l'Israël sioniste
Est en train d'ériger
Afin de créer un ghetto
A l'existence sereine,
Confite dans sa victimitude
Et séparée
De l'Autre,
Il y a les douces
Ondulations
Des collines des districts
De Bethléem
Et de Jérusalem.
Des districts où les oiseaux
Continuent à gazouiller
Dans les branchages des rares
Oliviers encore debout,
En dépit
Des tentatives déployées par les colons
Pour les brûler, les abattre
Et en empoisonner les racines.
Chrétiens et musulmans
Continuent à prier pour la paix
Avec des amis juifs,
Malgré le spectacle terrifiant
De miradors d'où
Pointent les canons de mitrailleuses
Dont les servants les espionnent depuis les hauteurs,
Prêts à asséner la mort
A quiconque
S'approcherait.
Ils se rassemblent, ils chantent, ils psalmodient et ils prient,
Pour défier l'agression incessante
Du Mur,
Ce serpent de béton
Aux sinuosités venimeuses,
Etouffant des villages,
Des prairies, des lieux de vie,
Et toute vie, sur son passage ;
Des quartiers entiers ont été abandonnés
La haine et la pauvreté
Sont les maîtresses de lieux
Que des prophètes, jadis,
Foulèrent ;
De sentiers
Que des Saintes Familles
Palestiniennes
Ont parcourus
Trois millénaires durant,
Dans l'extase de la compréhension
Innée
De qui ils sont :
Des Palestiniens,
Oh, qui ne clament pas
Fièrement
Leur nationalité,
Non ;
Mais qui évoluent
Dans le giron
D'une existence
Nourrie par la nature,
En harmonie avec la terre,
Issus de la terre, et
Retournés à la terre
Ils y ont vécu,
Des milliers d'années,
Heureux.
Jusqu'à ce que les flingues
Et les explosions des bombes
Du terrorisme sioniste
Ne les extirpent,
Mitraillés,
Le tissu
De leur vie paisible déchiré :
Un tyran était venu chez eux,
Pour y rester.
Puissant et terrible il est,
Impitoyables
Sont ses manières ;
Il déracine les cultures
Et les forêts,
Il passe tout au bulldozer
Des êtres vivants, sur son passage,
Sous la grande canopée du ciel,
Le soleil ardent
Illumine les jours.
Le joug des conquérants
Tente de harnacher
Les Palestiniens
Sous des tours de passe-passe de juristes,
Tout ce que les conquérants
Contrôlent,
Ils ambitionnent de se l'approprier.
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