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Ayman El Hakim

L'auteur se définit lui-même comme " un cyber-journaliste indépendant et militant"

Poker menteur en attendant le retour du Mahdi : après la destruction de la Mosquée d’Or de Samarra


par Ayman El Hakim, 27 février 2006

« Nous ne pouvons imaginer que des Sunnites iraquiens aient fait cela. Les seuls à profiter de tels actes sont les occupants Us et l’ennemi sioniste tapi derrière eux. » Cheikh Youssef Al Qaradawi, 23 février 2006

Le retour du Mahdi est-il imminent ? En tout cas, Moqtada Sadr et son Armée du Mahdi en sont profondément convaincus. Le Mahdi, c’est le douzième Imam, Mohamed Al Mahdi, fils de Hassan Al Askari (845-872) et petit-fils de Ali Al Hadi (827-868), respectivement 10ème et 11ème imam de l’islam chiite, appelé duodéciman car il vénère douze imams. Le douzième Imam, donc, a connu une occultation au 9ème siècle de l’ère chrétienne, en 878. Son retour parmi les vivants marquera une ère de justice et de paix sur le monde, avant que celui-ci disparaisse. Cette croyance messianique, fortement ancrée chez les Chiites, ne souffre évidemment aucune discussion : on y croit ou on n’y croit pas.
La mosquée d’or de Samarra, dite Al Askari ou Al Askariya, renferme les tombes du 10ème et du 11ème imam ainsi que celles de Hakimah Khatun, soeur de Ali Al Hadi, et de Narjis Khatun, la mère du Mahdi. Construite en 944, elle a été détruite à plusieurs reprises au cours de ses 1200 ans d’existence. Le dôme détruit par l’attentat du 23 février avait été reconstruit en 1905. Il était recouvert de 72 000 feuilles d’or et enttouré de murs couverts de tuiles en turquoise.
Cette mosquée a été le haut lieu des conversions de masse au chiisme d’habitants du centre de l’Iraq pendant le 19ème siècle, ce qui provoqua alors une grande inquiétude à Istanbul, dans le pouvoir ottoman.
L’attentat du 23 février peut-il être raisonnablement attribué à des “sunnites” ? C’est presque totalement exclu. Il ne viendrait pas à l’esprit d’un seul vrai Musulman de détruire une mosquée, quelle que soit son appartenance. De surcroît, ce sont traditionnellement des Sunnites qui sont chargés du gardiennage de ce lieu saint, tout comme ce sont souvent des Musulmans qui sont chargés du gardiennage des lieux saints chrétiens en Palestine.
Alors, qui a bien pu commettre ce crime ? Comme d’habitude, les doigts accusateurs pointent vers Al Qaïda. Or, il semble bien qu’Al Qaïda en Iraq soit une pure fiction entretenue par les services secrets US et leurs collaborateurs britanniques et israéliens.
Il suffit de poser l’habituelle question : à qui profite le crime ? Des chiites en colère ont, en représailles, attaqué et incendié 29 mosquées sunnites. Ils n’ont pas voulu entendre l’interdiction émise par le grand ayatollah Ali Al Sistani de s’en prendre aux mosquées sunnites. Les combattants de l’Armée du Mahdi de Moqtada Sadr sont descendus spontanément dans la rue avant de se calmer et d’obéir aux ordres de leur chef, leur enjoignant de protéger les mosquées sunnites et de ne plus se vêtir de noir, car d’autres groupes se font passer pour des combattants de l’Armée du mahdi en adoptant des tenues similaires. Pour Moqtada, les auteurs de l’attentat, ce sont “les Takfiris, les baathistes et les occupants étrangers”.
Mieux : très rapidement, les chiites et les sunnites se sont ressaisis et on a vu dans toute le pays des manifestations de solidarité de sunnites avec les chiites. L’Ayatollah Hussein Ismail Al Sadr a déclaré : «Il est bien sûr impossible que ce soient des sunnites qui aient fait ça. ce sont les terroristes qui sont les ennemis des chiites et des sunntes, musulmans et non-musulmans. ils sont les ennemis de toutes les relgions. Les terroristes n’ont pas de religion. » Il n’a pas donné plus de précisions.
Un groupe dont les grands médias ne parlent presque pas pourrait être à l’origine de l’attentat. Il s’agit de la Brigade Badr.
Émanation de l’l’Assemblée suprême de la révolution islamique en irak (ASRII), la Brigade Badr est composée d’environ 20 000 hommes en armes, dont une bonne partie ont été formés par les Gardiens de la révolution en Iran avant que les Yankees prennent la relève et assurent leur “formation” aux tâches de “sécurité”, puisqu’une grande partie d’entre eux sont désormais intégrés dans la “nouvelle police” iraquienne et, surtout, dans la Garde nationale, déjà forte de 45 000 hommes, et formée et équipée par les USA. En 2003, sous la pression US, la Brigade Badr a modifié son nom pour devenir l’Organisation Badr pour la Reconstruction et le Développement. Fidèle au principe chiite de la “taquiya” (dissimulation), elle soutient qu’elle n’est plus une milice. Or c’est faux.
Le ministre de l’Intérieur, Bayan Baqer Solagh, est un “ancien responsable” de Badr. Il a créé deux nouvelle structures, la « Brigade des Loups » et la «Brigade des scorpions» dirigées par des hommes de l’ASRII. Ces hommes portent désormais des uniformes de la police. Leur travail : la liquidation des résistants, des avocats, des journalistes, des notables opposés à l’occupation. Bref, ce sont des escadrons de la mort, totalement inféodés aux forces d’occupation anglo-US, ceci malgré leur affiliation iranienne. Mais ce phénomène n’est pas nouveau au Moyen-Orient : une bonne partie des hommes de main de l’Armée du Sud-Liban, créée par Antoine Lahoud pour servir de supplétifs aux occupants israéliens, étaient des déshérités chiites. Ils sont aujourd’hui...réfugiés en Israël.
Dans le poker menteur qui se joue entre Iraniens et Yankees en Iraq, un seul perdant : le peuple iraquien.

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