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À
lire, à voir, à entendre Le phénomène Borat :
une analyse alternative du discours
De quelques petites choses à garder à l’esprit quand
on regarde le film Borat Par Gilad Atzmon, 8 novembre 2006
Roman Vassilenko, porte-parole de l'ambassade du Kazakhstan à Washington Borat, leçons culturelles sur l'Amérique
pour profit glorieuse nation Kazakhstan, le film de Sacha
Baron Cohen, a fait un tabac dès sa sortie aux USA et dans le reste
du monde. Il a provoqué la colère du président et du gouvernement du
Kazakhstan, mais il est évident que le Kazakhstan n’est qu’un prétexte
pour le réalisateur pour s’en prendre aux tares de l’Amérique et de
l’Angleterre. Voyons donc ce qu'en dit un autre adepte de la satire
politique, le musicien Gilad Atzmon, qui a, lui, inventé le personnage
d'Artie Fishiel. (Fausto Giudice) Pas de doute : Borat est un comique.
C’est un misogyne kazakh, un bouffon raciste, un clown vulgaire et primitif,
ainsi qu’un antisémite pesant. Un rapide coup d’œil à Borat rend tout
à fait clair que l’homme est totalement fictionnel : un homme tel
que lui ne saurait exister. Donc : pas d’offense, avec ce Borat,
ni vis-à-vis des femmes, ni vis-à-vis des Kazakhs, ni vis-à-vis des
juifs, ni vis-à-vis des Noirs, ni vis-à-vis de personne… Et pourtant,
il y a deux ou trois petites choses qu’il faut que nous ayons à l’esprit
quand nous regardons les clowneries de Borat et que nous nous tordons
de rire. Le « Test Khaled Abu Aziz »
Khaled Abu Aziz est un personnage imaginaire.
Il s’agit simplement d’un test qui devrait être effectué à chaque fois
que la question du multiculturalisme et de l’égalité interraciale sont
sur la sellette. La question à poser est la suivante : Khaled Abu Aziz, comédien musulman britannique
de Birmingham, pourrait-il s’en tirer sans dommage, au cas où il s’aviserait
de camper l’antisémitisme offensant de Borat, ou non ? Khaled Abu Aziz sortirait-il indemne
de sa performance dans le rôle d’Ali G., personnalité noire mentalement
handicapée jouée par Borat ? Peu probable… Khaled Abu Aziz bénéficierait-il
du soutien de la télévision britannique et de la totalité des médias
du Royaume-Uni, verraient-ils en lui un simple bouffon, si c’était lui
qui incarnait de la sorte un antisémite ? Pas vraiment… Regardons les choses en face :
Khaled Abu Aziz peut devenir une célébrité collectionnant les prix en
incarnant une caricature anti-musulmane, pour peu qu’il y mette tout
son cœur et qu’il ne s’agisse nullement de jeu théâtral. A l’évidence,
Borat, alias Sacha Baron Cohen, un juif de Golders Green [le « Marais
de Londres », ndt], jouit de libertés dont Khaled Abu Aziz est
totalement privé. Cela n’est très certainement pas la faute de Sacha
Baron Cohen. Il s’agit bien plutôt d’un problème alarmant qui affecte
le cœur même de la société britannique. Et s’il est une chose que nous
devons faire, c’est bien remercier Baron Cohen de mettre le doigt là
très précisément là où ça fait mal. Un fils d’immigré
Une chose est sûre : ce n’est pas
tous les jours que les Britanniques rencontrent un Kazakh. En revanche,
ils rencontrent tous les jours force Albanais, Roumains, Polonais, Tchèques,
Kurdes, Turcs, Afghans et d’autres étrangers en quête d’un nouvel avenir
dans un Occident prospère. De manière particulièrement préoccupante,
Borat est campé de manière à ressembler comme deux gouttes d’eau à un
amalgame des différents demandeurs d’asile au Royaume-Uni ou dans n’importe
quel pays d’Europe occidentale. Il est très significatif que Sacha Baron
Cohen, qui est lui-même le fils d’un juif immigré en Grande-Bretagne,
ait investi une telle énergie afin de portraiturer les nouveaux venus
en Europe occidentale d’une manière aussi avilissante.
Tandis que vous pisserez littéralement
dans vos frocs en regardant la brillante performance misogyne de Borat,
je vous suggère de garder à l’esprit qu’Ali G., alias Borat, alias Sacha
Baron Cohen, est lui-même un misogyne réactionnaire pratiquant. Apparemment,
Sacha Baron Borat Cohen a remis à plus tard son mariage avec l’ex-star
du film Home And Away, Isla Fisher, en raison de certaines profondes
considérations tribales et de certaines raisons religieuses. « Le
couple », m’a-t-il été donné d’apprendre, « a décidé de repousser
le grand jour afin qu’Isla puisse aller étudier [Source : http://www.myhampstead.co.uk/hampstead/celebs&gossip-sahsa.htm ] Même si Borat – oups, Sacha Baron Cohen
– a absolument le droit d’exiger l’uniformité et la conformité religieuses
dans sa propre cellule familiale, on attendrait de Baron Cohen, cette
voix pourfendant le conservatisme réactionnaire et la pensée rétrograde,
de se transcender lui-même au-dessus de considérations claniques et
de frontières religieuses. Apparemment, Sacha Baron Cohen ne diffère
pas tant que ça du Borat qu’il incarne. On constate qu’il impose une
conformité tribale à son épouse. Ce n’est pas là une critique. Au contraire,
la similarité entre Borat et Baron Cohen est simplement quelque chose
qu’il faut garder à l’esprit. Si elle a un don, c’est bien celui de
faire de Borat une expression authentique de la vision du monde de Baron
Cohen. Et, pour être franc, cela fait tant de Borat que de Baron Cohen
des types encore bien plus intéressants…
Avec l’aide de Borat, Sacha Baron Cohen
diffame l’antisémitisme. C’est manifestement plus que légitime. Borat,
stéréotype d’antisémite, est vraiment une créature primitive et vulgaire.
Il incarne de manière éloquente tout le compendium non seulement des
stéréotypes, mais aussi des superstitions médiévales. Dans un clip télévisé
rétro, Borat réussit la performance d’amener un groupe de cow-boys à
se joindre à lui pour crier : « Balancer les juifs dans le
puits ! » [voir : http://www.youtube.com/watch?v=Vb3IMTJjzfo ] Dans le film, c’est un couple de juifs
âgés qui finissent transformés en cancrelats et en sangsues à fric.
Pourtant, cela ne devrait surprendre personne, que Cohen, cet homme
qui passe ses vacances en Israël, soit enclin à donner de l’antisémitisme
la représentation d’une aventure médiévale primitive. Cependant, après l’extravagance de la
brutalité israélienne au Liban, l’été dernier, et le flot apparemment
sans fin et quotidien de sang palestinien répandu par l’armée israélienne
à Gaza et en Cisjordanie, il semble bien que ce soient les crimes sionistes
qui alimentent des sentiments anti-juifs. De plus, en des temps où l’influence
de l’Etat juif au sein de l’administration américaine est prouvée historiquement
par la recherche universitaire [voir The Israel Lobby, par John Mearsheimer
et Stephen Walt http://ww.lrb.co.uk/v28/n06/mear01_.html ] et où le
soutien au néoconservatisme qui a conduit à un génocide en Irak est
très largement assumé par l’expression intellectuelle et idéologique
sionsite [voir The Euston Manifesto http://www.eustonmanifesto.org/joomla/ ], certaines
formes de colère contre les « juifs » devraient être analysées
comme une critique de nature politique bien plus que comme une simple
flambée irrationnelle de ressentiment primitif. Cela, bien entendu,
ne justifie nullement de « balancer les juifs dans le puits »,
mais invite, bien plutôt, à s’efforcer d’expliquer d’où proviennent
de tels sentiments anti-juifs. Tout est fait, dans le personnage de
Borat, pour présenter l’antisémitisme comme une tendance réactionnaire
et rétrograde. Ce faisant, Baron Cohen et son équipe montrent qu’ils
n’existent qu’à seule fin de bloquer, voire même d’étouffer dans l’œuf
toute forme de critique du sionisme mondial, en général, et d’Israël
en particulier. C’est là, manifestement, un agenda politique non-violent
parfaitement légitime. Cela n’en reste pas moins quelque chose à garder
à l’esprit quand vous vous « faites une toile », une après-midi… Je me laisse aller à parier que quand
les derniers éclats de rire se seront estompés, nous risquons fort de
nous retrouver enrichis d’une compréhension plus profonde de l’agenda
colonial siono-centriste américain. Si l’avenir me donne raison, alors Baron
Cohen aura magistralement servi le discours palestinien de résistance
en cours d’émergence. Shukran, yâ Borat ! [Merci, Borat !
en arabe, NdT] Ou, plutôt : Jenkuje Herr Cohen !
Original : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1498&lg=en Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier et révisé par
Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs
pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour
tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition
d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs.
À Glod, les héros roumains de "Borat" se sentent "trompés" "J'ai été la mère de l'acteur principal", dit fièrement Paraschiva Stoian, villageoise de Glod (centre de la Roumanie) qui vient de faire ses débuts dans le film "Borat". "Mais ils m'ont trompée", se plaint-elle.
"J'ai passé une semaine avec eux, malade comme je suis, parfois sans manger ni boire pendant une journée entière, et tout ce que j'ai reçu c'est un million de lei", soit moins de 30 euros, explique-t-elle à l'AFP, dans sa maison en torchis, perchée au flanc d'une colline escarpée. Sourire édenté, fichu coloré en laine noué sous le menton, cette femme âgée de 72 ans raconte, entre deux accès de toux, comment elle a été "choisie" pour incarner la mère de Borat, un héros moustachu qui se présente comme un journaliste du Kazakhstan et dont les aventures sont en-tête du box office americain. "Un jour il m'ont emmenée au motel du village, ils m'ont mis des silicones sur la poitrine et du rouge aux lèvres", dit la vieille femme aux yeux bleus et au visage ridé, qui a passé le plus clair de sa vie à tresser des paniers en osier. "Je pensais que je gagnerais suffisamment d'argent pour m'acheter au moins les médicaments pour un mois", regrette-t-elle. De l'autre côté de la ruelle bourbeuse de ce village pauvre au nom prédestiné --Glod signifie "boue" en roumain--, Paulina Solomon, 45 ans, assure avoir été encore moins fortunée que sa voisine. "Ils ont filmé dans ma maison et ne m'ont donné que 150.000 lei (ndlr: 4 euros). Je les ai même laissés harnacher Doina, la jument, à notre vieille Dacia, et maintenant la voiture est cassée", dit-elle. "Mais je ne leur garde pas rancune, au moins on s'est bien marré pendant une semaine", ajoute, en riant, cette femme qui ne veut pas être photographiée avant d'arranger ses cheveux. Dans l'unique pièce de sa maisonette jaune, elle montre un nu de jeune femme au mur, qui, semble-t-il, aurait séduit les réalisateurs du film. "Il l'ont même emporté à Bucarest, tant il leur a plu", explique la femme, qui ne fait pas de secret de la provenance du tableau, au risque d'en écorner la valeur: "Je l'ai trouvé dans une poubelle, à Brasov" (centre). La bonne humeur de Paulina n'est toutefois pas partagée de tous. Florin, un jeune homme de 24 ans, ne décolère pas contre ces "Américains qui ont fait fortune en se moquant de nous". "Pourquoi sont-ils venus filmer en Roumanie alors que le film est censé se passer au Kazakhstan ?", s'insurge-t-il. "Pour montrer qu'on est pauvre, qu'on vit dans la misère ?". "Le président (Traian) Basescu a lui-même dit qu'on n'aurait pas dû les laisser filmer ici, parce qu'ils nous ridiculisent", intervient un villageois moustachu, approuvé par d'autres. Le film, dont le protagoniste Borat Sagdiyev est incarné par le comédien britannique Sacha Baron Cohen, joue sur le choc des cultures pour dénoncer l'antisémitisme, l'intolérance et autres préjugés. Assurant réaliser un documentaire sur les Etats-Unis, le faux journaliste donne une image particulièrement arriérée de "son pays", le Kazakhstan, dont la boisson nationale serait l'urine de cheval fermentée. Pour autant, Cireasa (la Cerise), 38 ans, est fière d'y avoir été "actrice" et assure qu'elle "recommencerait", si l'occasion se présentait, car l'argent gagné lui a permis d'acheter "un peu de nourriture". En plus, "à nous, au moins, ils n'ont pas demandé de faire des bêtises, de montrer nos parties intimes, comme ils l'ont fait ailleurs", dit cette femme blonde, qui figure parmi les trois seuls habitants de Glod à avoir vu le film, à Bucarest. "S'ils avaient osé ça, on les aurait chassés d'ici vite fait, car on n'aime pas être la risée des étrangers", dit un vieux, un béret en laine vissé sur la tête. Une menace à ne pas ignorer car, agacés par la présence des journalistes, plusieurs villageois se mettent à brandir des hâches et des matraques pour signaler que l'interview a pris fin. Source : AFP, 15 novembre 2006 |
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