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À lire, à voir, à entendre

 

Les plans pour l' Iran


par Seymour M.Hersh, The New Yorker, 8 avril 2006
Cuba Solidarity Project a traduit, "avec un certain dégoût", l'article qui a fait tant de bruit de Seymour Hersh, le journaliste d'investigation le plus célèbre du magazine The New Yorker, où celui-ci fait le point sur les prépratifs de guerre US contre l'Iran. n peut lir cet article dans sa traduction au lien suivant : http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=3555

 

"Otages à Bagdad",, un docu-fiction sur Chesnot et Malbrunot (diffusion sur France 3 le 24 avril à 20H50)

 

Ils sont restés 124 jours en captivité, oscillant entre l'espoir et la crainte: un docu-fiction raconte la détention en Iraq des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, à partir de leurs témoignages.

Réalisé par Jean-Luc Breitenstein, ce film de 95 minutes, "Otages à Bagdad", mêle habilement images d'archives, témoignages directs des deux journalistes, de proches. Des scènes sont jouées par des comédiens, notamment Philippe Sollier (interprétant Chesnot) et Eric Soubelet (Malbrunot), Abdelkrim Bahloul (leur chauffeur Mohammed Al-Joundi).

Ce docu-fiction, inspiré de leur ouvrage "Mémoires d'otages", raconte de l'intérieur l'enfermement, le huis-clos quotidien de ceux que la France considérait comme ses "enfants", témoigne Robert Ménard, secrétaire général de RSF.

Le 20 août 2004, ils partent de Bagdad pour Nadjaf, avec leur chauffeur Mohammed Al-Joundi, dans une vieille guimbarde sur la route réputée dangereuse. Ils s'arrêtent pour envoyer, via un satellite, un "son" en direct. 12 minutes où la voiture est immobilisée. Ils sont repérés, encerclés et emmenés par l'Armée islamique, groupe de la guérilla iraquienne dans une "ferme".

Quatre mois plus tard, le 21 décembre, ils sont embarqués dans le coffre d'une voiture. Quand on les en sort, ils voient l'écusson tricolore.

Entretemps ils ont expérimenté la peur, appris à être attentifs au moindre bruit, aux humeurs des geôliers, craqué parfois.

Des images inédites les montrent à bord de l'avion qui les emmène vers la France. Sur le tarmac à Chypre, Michel Barnier, alors ministre des Affaires étrangères, leur dit: "Je vous apporte un bon bordeaux". Le 22, ils arrivent à Villacoublay, accueillis par Jacques Chirac.

"On revient au monde. On était dans une parenthèse, une bulle", estime Chesnot, pour qui ce film a "bien rendu l'esprit de ce qu'on a vécu".

Pour Malbrunot, cette "histoire est derrière (lui), mais on voit qu'à chaque moment, on était sur le fil du rasoir". Il avait craint une "dramatisation" et a accepté "à condition que ce soit fidèle à la réalité". Christian Chesnot de renchérir: "on ne voulait pas que le film joue sur la corde sensible".

Chesnot, actuellement à France Inter, dit être sorti de cette histoire "en se remettant au travail tout simplement". C'est un "accident du travail", ironise Malbrunot, journaliste au Figaro, pour qui "l'écueil, c'était de rester acteur d'un film où on est pour rien". Source : AFP, 13 avril 2006

 

"Blancs de mémoire", documentaire sur la colonisation française en Afrique centrale (diffusion sur France 5 le vendredi 28 avril à 14H40)


A l'aide d'archives d'époque et de témoignages contemporains, le documentaire "Blancs de mémoire" (52 minutes) retrace l'histoire de la colonne Voulet-Chanoine qui fut en 1898 et 1899 l'un des épisodes les plus tragiques de la colonisation française en Afrique centrale.

Absent des livres d'histoire en France, cet épisode sanglant reste bien présent dans la mémoire collective au Niger où le corps expéditionnaire mené par les capitaines Paul Voulet et Julien Chanoine a semé terreur et désolation.

Au Niger, "on raconte encore, 100 ans après, le passage de ceux qui traversèrent le pays comme une balle traverse la chair, comme le feu ravage la brousse", indique le commentaire du film de Manuel Gasquet et Hubert Laba Ndao.

L'objectif assigné par la France à la Mission Afrique centrale commandée par Voulet et son adjoint Chanoine était d'installer une position militaire à l'est du lac Tchad pour préparer la conquête de la région. Car s'emparer du Tchad, "royaume encore indépendant au coeur de l'Afrique", était stratégique pour la République afin d'unifier ses possessions africaines, explique le documentaire.

Cet objectif sera atteint par d'autres, après l'échec de Voulet et Chanoine.

Confiée à de jeunes officiers (Voulet avait 28 ans et Chanoine 32 ans) et sous-officiers, la mission comptait à son départ du Sénégal une poignée de gradés blancs peu expérimentés et quelques dizaines de tirailleurs africains.

Sous financée, la colonne souffrira vite de la chaleur, de la soif, de la faim et de la fatigue. Elle se ravitaille en pillant des villages, enrôle de force de nouveaux soldats et porteurs, fait des prisonniers et n'hésite pas à tuer des civils, n'épargnant ni les femmes ni les enfants.

Selon le documentaire, Voulet et son adjoint Chanoine avaient le "même goût de l'autorité, de la violence et de la cruauté froide". Des champs où aujourd'hui encore affleurent des ossements témoignent de leurs massacres.

"La violence est vraiment au coeur du régime colonial", souligne l'historien Elikia M'Bokolo, interrogé dans le film. Les puissances européennes "se font la main" en Afrique avant la meurtrière guerre 14-18, estime l'anthropologue Jean-Pierre Dozon.

Alertées, les autorités françaises dépêchent en Afrique le colonel Klobb, chargé de démettre Voulet de sa mission. Le capitaine se nommera "roi du lac Tchad", tuera Klobb, puis tombera avec Chanoine sous les balles de ses propres troupes indigènes.

Filmé en 2004 parallèlement au tournage du téléfilm "Capitaine des ténèbres" réalisé par Serge Moati sur cette équipée sanglante, le documentaire alterne avec fluidité images d'archives, séquences de ce téléfilm et témoignages contemporains. Il ouvre également la réflexion sur la colonisation et l'intégration aujourd'hui en France des populations issues des ex-colonies.
Source : AFP, 13 avril 2006

 

Deux films de Pascal Blanchard sur l'histoire coloniale française


Pour télécharger ces films cliquez sur les liens ci-dessous:
Les 3 Couleurs de l'Empire <http://s58.yousendit.com/d.aspx?id=31AYOOXSJ6AY715L1ZSO9HI0Q3>
Zoos humains <http://s58.yousendit.com/d.aspx?id=0260EGNG7NMPJ2J25BS25I9MBZ>
Pour les lire vous avez besoin de Real Player, téléchargeable(clickez sur la version gratuite à droite de la page) ICI

 

 

Sortie du DVD RESISTANCE[S] - une compilation de huit films et vidéos d'artistes issus du Maghreb et du Moyen Orient.


La compilation DVD RESISTANCE[S] offre un panorama pertinent de la création expérimentale contemporaine de cette région du monde. Grands voyageurs, les auteurs ont forgé leur identité au contact des cultures qu'ils ont assimilées au cours de leurs migrations et de leurs exils. Tout en privilégiant une approche artistique où le visuel prend le pas sur la narration, les artistes présentés (Zoulikha Bouabdellah, Taysir Batniji, Mounir Fatmi, Lamya Gargash, Usama Alshaibi, Jayce Salloum, Frédérique Devaux et Waël Noureddine) se pose des questions fondamentales d'ordre existentiel, politique et esthétique. Le rapport entre le passé et le présent, la tradition et la modernité, l'entre-deux géographique et culturel, le statut de la femme dans les sociétés arabes actuelles, l'image de ces sociétés dans les médias, de même que de nombreuses questions politiques sont les thèmes centraux abordés dans le présent programme.
La richesse et la variété des ¦uvres démontrent à quel point l'art cinématographique arabe occupe une place importante dans la production artistique contemporaine. Des thèmes récurrents tels que l'émigration et le déracinement, l'identité et l'autre sont des expériences essentielles de notre temps. Edités en DVD par Lowave, enrichis des entretiens d'artistes et sous-titré en 4 langues (français, arabe, allemand, anglais), les films ne s'oppose pas directement à un système : leur résistance se manifeste d'avantage dans le fait de penser et de filmer, dans la matière même de l'image et du son. Ce ne sont pas des films politiques mais des manières de faire politiquement du cinéma, de résister par la création de manière positive.

Fiche technique
Les films : Dansons (Zoulikha Bouabdellah), Transit (Taysir Batniji), Dieu me pardonne (Mounir Fatmi), Wet Tiles (Lamya Gargash), Allahu Akbar (Usama Alshaibi), untitled part 3b: (as if) beauty never ends.. (Jayce Salloum), K3 (Les femmes) Frédérique Devaux, Ça sera beau. From Beyrouth with Love (Waël Noureddine)
Bonus : Entretiens d'artistes, biographies
Langues: anglais, arabe, français /// Sous-titres / Subtitles : français, arabe, anglais, allemand
Durée totale : 107 minutes /// DVD 10 / PAL/NTSC / Stéréo / Colour / 4:3 / Zone : All

Le DVD est vendu au prix public de 25 Euros et peut être commandé directement sur le site www.lowave.com. Il est également disponible dans les grands centres d'art contemporain tels la librairie Flammarion du Centre Pompidou, le Palais de Tokyo, la Tate Modern ainsi que des grands magasins tels la FNAC et Virgin, et de nombreux disquaires et libraires indépendants.
Lowave est un label de films différents et novateurs qui propose ce que la création artistique internationale a de plus contemporain. Son ambition est de proposer un style et de créer un nouveau marché, capable de promouvoir les meilleurs artistes encore peu connus à ce jour, et en marge des circuits de distribution classiques. Pour davantage d'information, visitez notre site web ou prenez contact avec Silke Schmickl à silke@lowave.com ou Marc Horchler à marc@lowave.com - 14, Rue Taylor * 75010 Paris * Tel : 01 45 72 50 10 * Fax : 01 73 72 19 45

 

 

Je ne veux plus me taire, de Rupert Neudeck - Interview de l'auteur sur le conflit israélo/palestinien


par Hakam Abdel Hadi, 22 mars 2003.

Original : http://www.akispa.de/presse/Abdelhadi_Neudeck.html.

Traduit de l'allemand par KF pour Quibla.

 

Rupert Neudeck, 66 ans, est un journaliste allemand, fondateur du Comité Cap Anamur et président du Corps de la Paix des casques verts. Il s'est rendu mondailement célèbre en 1979 par le sauvetage de milliers de boat people vietnamiens dans la Mer de Chine.
Le 22 mars 2006, il a présenté son dernier livre « Je ne veux plus me taire », à la Communauté évangélique étudiante de Bonn. Juste avant cet événement il lui avait été interdit de présenter son ouvrage dans une église de Francfort, parce que les hôtes, des représentants ecclésiastiques locaux, suite aux protestations de la communauté juive, ont annulé leur invitation. Hakam Abdel Hadi l'a interrogé après la présentation de son livre à Bonn.

Abdel Hadi : le titre de votre livre « Je ne veux plus me taire » sonne comme si jusque là il vous était interdit de parler. Qu'en est il ?

Rupert Neudeck. : D'abord le titre devrait être « Je ne veux plus être lâche ». C'était mon titre, et il me plaisait d'avantage. Maintenant nous savons que ce sont les maisons d'édition qui choisissent les titres. Je trouve ce titre aussi bien, parce que dans les faits, nous avons un problème en Allemagne de nous exprimer librement et aisément à ce sujet et nous avons aussi un manque de courage indispensable pour aborder ce thème. Ce manque de courage s'explique du fait de notre passé récent, et je pense, en tant que représentant d'une autre génération, que nous n'avons plus aucun engagement à tenir. Pour défendre la paix et les droits de l'homme, nous sommes tenus de parler de tout ce qui concerne ce sujet, et c'est le but de mon livre.

A.H. : Mais il doit sûrement y avoir un déclic de sortir de vos entrailles le cri et vous dire « ça ne va pas comme ça ! » Pouvez vous décrire ce que vous avez ressenti exactement ?

R.N. : Oui, je me suis observé et j'ai constaté que je suis connu en Allemagne comme quelqu'un qui parle et crie très clairement et sans ambiguïté sur toutes les questions où il s'agit des droits de l'homme, et des peuples. Je ne me suis jamais retenu quand il s'agit d'autres peuples en détresse et je me suis surpris à ne pas défendre la cause palestinienne comme j'aurais dû le faire dans la forme, la force et dans l'intensité, comme j'avais fait pour d'autres causes et que j'ai constaté que l'intensité était aussi absente dans les médias pour la cause palestinienne. C'est un double processus de silence. C'est mon propre processus de silence mais il est aussi objectif : Je sais : Nous (Rupert Neudeck, l'avocat Winfried Seibert et le politicien de la CDU Norbert Blüm et autres) revenions d'un voyage en Palestine et nous avions fait une conférence de presse à Noël 2005. Nous avions eu les premières grandes images du mur. Et j'ai été naïf, du fait que j'ai été convaincu que nous allons réaliser une percée importante dans l'opinion publique allemande. Mais elle n'a pas eu lieu. Loin de là, il n'y a eu aucune percée dans l'opinion publique.

A.H. : Qu'est-ce qu'il vous a choqué le plus dans les territoires occupés ?

R.N. : Le point significatif de non-retour était Hébron. Là-bas nous assistons à la paralysie et au blocage de toute la population d'une grande ville par cette installation folle de minuscules colonies enclavées à l'intérieur de cette grande ville, et avec effroi j'ai constaté l'_expression d'un principe de vie hostile, face au voisin, qui est soigneusement entretenue par les forces d'occupation israéliennes. En tant qu'alliés ou amis d'Israél, nous sommes qualifiés à dire clairement : là tu te trompes, là il y a quelque chose qui cloche, là il y a quelque chose de pourri. Mais nous ne l'articulons pas et Hébron est devenu ainsi le point du départ de mon refus d'accepter l'inacceptable : une population garrottée, comme c'est le cas. C'est ma revendication et mon point de départ et je ne sais pas encore où ça va m'amener.

A.H. : J'ai fait une interview récemment avec le professeur israélien Moshe Zuckermann.
Il soutient une thèse intéressante : il a dit que les Allemands ne peuvent être justes envers leurs victimes, les juifs, que s'ils reconnaissent aux Palestiniens le statut de victimes des Israéliens. Tout est lié. Que pensez vous de cette thèse ?

R.N. : Je pense que nous sommes enfoncés par ce conflit dans un tel bourbier de toutes sortes de choses insupportables que j'aimerais ne plus m'en occuper et ne plus revenir à l'histoire, parsemée de victimes. Je pense seulement qu''une chose est claire et sans équivoque : la manière dont Israél se comporte en Palestine, en bafouant sans cesse les droits de l'homme et les résolutions de l'ONU, ne résiste à aucune observation normale et confiante et pour cela cette politique doit changer. Et il est important que la communauté internationale et spécialement les Européens et aussi les Allemands fassent entendre leur voix d'une manière forte. Il ne peut pas en être autrement.

Rupert Neudeck, Ich will nicht mehr schweigen, Melzer Verlag, 240 Seiten, EUR 19,95 - 3-937389-73-3

 

 

"L'Immeuble Yacoubian", le roman d'Alaa El Assouani que le monde arabe s'arrache (édition française : Actes Sud)


par Taïeb Moalla, Taïeb, Le Soleil (Québec), 2 avril 2006
Dans un monde arabe où les lecteurs se font de plus en plus rares, le roman d'Alaa El Assouani a pulvérisé tous les records. Les chiffres des maisons d'édition ne sont pas précis, mais il se murmure que L'Immeuble Yacoubian s'est vendu à environ 150 000 exemplaires.

Sans jamais tomber dans la caricature, le romancier dépeint Le Caire à travers des personnages typiques. Cela nous permet de rencontrer l'aristocrate déchu, l'affairiste hypocrite, le brillant étudiant poussé vers l'extrémisme religieux, la belle obligée de vendre son corps pour survivre et l'homosexuel que la société rejette.

Un film a été inspiré par le livre. Mettant en scène une pléthore de vedettes locales, il a été projeté lors du prestigieux Festival de Berlin en février. Sauf avis contraire de l'organisme officiel chargé de la censure, il devrait prendre l'affiche cet été en Égypte. La traduction française de l'oeuvre vient tout juste de paraître (aux éditions Actes Sud).

Entretien avec l'auteur

Q: Comment expliquez-vous le succès de votre dernier roman ?
R: Vous avez raison de parler de succès. Outre les neuf éditions en arabe (l'oeuvre a été publiée pour la première fois en 2002), le bouquin a été traduit à l'anglais, au français et à l'italien. Je viens même de signer pour des versions russes, grecque, allemande, norvégienne et tchèque. Ceci dit, je crois être la dernière personne à qui il faut poser cette question. J'écris depuis 20 ans pour avoir du succès. Mais ce sont les lecteurs et la critiques qui peuvent répondre mieux que moi.

Q: Est-ce que le côté politique du roman peut expliquer cet engouement ?
R: Pas seulement. Il ne suffit pas d'écrire un roman politique pour vendre. Je crois que la littérature est une langue qu'on peut comprendre partout. Je rentre tout juste d'Italie, où j'ai participé à des discussions littéraires dans différentes villes. Beaucoup de lecteurs m'ont dit que L'Immeuble Yacoubian leur a permis de mieux comprendre ce qui se passait dans le monde arabe et musulman, notamment sur la question du terrorisme.

Q: Vous parlez quatre langues, dont le français. Pourquoi ne pas avoir traduit, vous-même, la fiction ?
R: La traduction est une profession très délicate qui nécessite bien plus que la connaissance de la langue. J'ai toujours refusé de traduire ou encore d'écrire des scénarios, voire des adaptations pour le cinéma. Mon métier est celui de romancier.

Q: Parlons justement de cinéma. Avec-vous été associé au film inspiré de votre ouvrage ?
R: Non. On ne me l'a pas proposé. Et je n'ai rien demandé non plus. Chacun son travail. N'ayant pas vu le film en intégralité, je ne peux pas porter de jugement. Mais j'ai trouvé que les scènes que j'ai pu visionner étaient très bonnes. Il faut aussi dire que plusieurs grands noms y jouent.

Q: Pensez-vous que le film pourra être projeté en Égypte ?
R: Chez nous, la censure sur les films est plus forte et plus visible que sur les livres. Je crois qu'il faudra discuter avec les autorités pour trouver un terrain d'entente. C'est sûr que les passages sur la corruption qui sévit dans le pays sont délicats.

Q: Le fait qu'un de vos héros soit homosexuel ne doit pas aider non plus...
R: Pas forcément. L'homosexualité est acceptée dans le monde arabe comme façon de vivre sans pour autant être encouragée. La littérature arabe l'a admise depuis assez longtemps. Un genre poétique, les Ghoulamiat (les éphèbes), a même été popularisé par Abou Nawas (un intimiste du VIIIe siècle). Il y décrivait, avec force détails, des relations homosexuelles.

Q: Outre votre "double vie" d'écrivain et de dentiste, vous êtes également connu pour vos écrits politiques extrêmement critiques du pouvoir égyptien. Comment voyez-vous l'avenir de votre pays ?
R: À l'image des autres régimes arabes, le nôtre n'est pas bien du tout. Je crois qu'il a atteint une impasse depuis une trentaine d'années. Plus précisément à l'arrivée d'Anouar Sadate au pouvoir en 1970. Depuis cette date, on a imprégné un style religieux à l'État car cela était utile au régime. On a encouragé une interprétation "saoudienne" des textes religieux. Un "Islam du désert", si vous voulez.

Q: Quels sont vos futurs projets ?
R: Je suis en train d'écrire un grand roman qui se passe aux États-Unis et dans lequel s'entremêlent des personnages américains et arabes. Il devrait sortir cette année et son titre sera Chicago.

Un immeuble réel
L'immeuble Yacoubian existe réellement au centre-ville du Caire. Il a été construit par un millionnaire arménien qui lui a donné son nom, en 1934. Le père du romancier y avait installé son bureau d'avocat. Pendant quelques années, le cabinet de dentiste d'Alaa El Assouani se trouvait également dans cette bâtisse. T.M.

Traduit par un "bon pote"
Le roman a été traduit en français par Gilles Gauthier, un diplomate français qui a déjà été consul général à Alexandrie.
"Gilles est un bon pote qui a fait un travail admirable", nous a confié Alaa El Assouani.

Révélé par ses nouvelles

L'Immeuble Yacoubian n'est pas ce livre qui a fait connaître Alaa El Assouani. Son recueil de nouvelles Niran Sadika (Feux amis) a également reçu un accueil triomphal. "Ce bouquin a été interdit, pendant 10 ans, pour des raisons politiques", précise l'auteur.

Rencontre avec Alaa Al Assouani , jeudi 13 avril à 19 h au Centre Français de Culture et de Coopération, rue Shafik El Dib à Héliopolis (Égypte).

 

 

"Histoire de dire", une pièce de théâtre de l'association Kialucera, les 7 et 24 avril à Paris

 

Cette pièce de « théâtre citoyen », jouée par des acteurs issus de quartiers populaires, exprime les parcours de vie d'immigrés dont les témoignages ont été récoltés pendant plus de trois ans par l'association. Parce que celui qui s'expatrie doit traverser et transgresser diverses frontières, Histoire de Dire s'inspire des parcours des populations qui ont planté leurs racines ici.

 

Il s'agit aussi d'une exploration qui nous permet de mettre en relation les différentes représentations actuelles de l'immigré dans notre société. La représentation sera suivie d'un débat, entre les acteurs membres de l'association et le public.

Dans le 12e arrondissement : Vendredi 7 avril, à 20h00 dans la salle des fêtes de la Mairie du 12e, 130 avenue Daumesnil Dans le 9e arrondissement : Lundi 24 avril, à 20h00 dans la Salle Rossini de la Mairie du 9e, 6, rue Drouot.

 

 

APPEL de RASPAIL Aux étudiants, chômeurs, salariés plus ou moins précaires, de France et de Navarre, à tous ceux qui sont ces jours-ci en lutte contre le Contrat Première Embauche, et peut-être contre bien plus que ça..

 

Puisque nous parvenons de plus en plus précisément à envisager le moment où la Terre sera entièrement consumée par notre mode de vie, Puisque les scientifiques en sont réduit à nous promettre la colonisation d'autres planètes à consommer, Nous, salariés et étudiants, stabilisés ou occasionnels, de la région parisienne et d'ailleurs, occupants du Centre d'Étude des Modes d'Industrialisation au 4è étage de l'EHESS en ce premier jour du printemps, voulons réfléchir à ce que pourrait être une vie pérenne et souhaitable dans un autre monde fini. Il nous semble impossible de poser la question de la précarité des emplois et des revenus monétaires sans poser aussi celle de la précarité de la survie humaine globale. En ces temps de désastre écologique très avancé, nous pensons qu'aucune position politique et aucune revendication qui n'intègre pas le caractère d'impasse du développement économique, de la croissance, ne peuvent avoir la moindre valeur. Nous sommes donc à la fois fantastiquement utopistes et radicalement pragmatiques, bien plus pragmatiques au fond que tous les gestionnaires « crédibles » du capitalisme et des mouvements sociaux (quand UNEF rime avec MEDEF..).

Nous voulons briser le culte dont sont l'objet les créateurs d'emplois et de richesse, réhabilités avec le concours de la gauche dans les années 1980. Aucun discours sur l'exploitation et la précarité n'a de sens et d'efficacité s'il s'interdit de malmener comme ils le méritent ces « bienfaiteurs de la collectivité ». Nous voulons aussi lever le tabou de ce mouvement anti-CPE : la perspective du plein-emploi, qui sous-tend la plupart des mots d'ordre et des revendications, n'est ni réaliste ni désirable.

Le travail humain, en Occident, est supprimé massivement par les machines et les ordinateurs depuis plusieurs dizaines d'années. Il n'a certes jamais été autre chose qu'une marchandise pour le capital, mais ce qui a changé au stade actuel du « progrès » technologique c'est que l'accumulation d'argent exige moins d'humains à exploiter qu'avant. Il faut se mettre dans la tête que le capitalisme ne peut plus créer assez d'emplois pour tous. Et reconnaître qu'en plus, ceux qu'il crée encore péniblement sont de plus en plus vides, déconnectés de nos besoins fondamentaux. Dans ce système, la production matérielle est délocalisée vers les pays « en voie de développement », où se concentre ainsi le désastre écologique (même si nous ne sommes pas en reste..). Et chez nous, dans notre économie de services prétendument immatérielle, fleurissent les emplois de serviteurs : esclaves des cadences robotiques, domestiques des « services à la personne » (voir les récents plans Borloo), petits soldats du management.

Ce mouvement ne sera fort et porteur d'avenir que s'il fait entendre une critique lucide du travail moderne. Et s'il permet d'établir définitivement qu'il n'y aura pas de sortie de crise. Loin de nous laisser abattre, nous voulons faire de ce constat une chance. Nous pensons qu'un mouvement social conséquent doit se donner pour but d'aider l'économie à s'effondrer. Le monde actuel ne connaît pas d'en-dehors, on ne peut pas espérer le fuir. Il faut donc patiemment y constituer des milieux de vie où l'on puisse produire ses moyens de subsistance sans le concours de la machinerie industrielle, et où émergent de nouveaux rapports humains, dégagés d'elle. Il faut dans le même temps entreprendre le démantèlement de pans entiers de l'appareil de production existant, inutiles ou nuisibles. Bien sûr, tout cela exige, dans nos discours comme dans nos pratiques, un rejet résolu de l'Etat et de ses représentants, qui seront presque toujours des obstacles à nos projets d'autonomie.

Cessons de réclamer un emploi stable pour chacun ! (même s'il arrive à tout le monde de chercher du boulot ou de l'argent) Que la crise s'aggrave ! Que la vie l'emporte ! Les occupants du Centre d'Etude des Modes d'Industrialisation (à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, bd Raspail à Paris), constitués en Comité Pour la Désindustrialisation du Monde, entre l'aube du 21 mars 2006 et le milieu de la nuit suivante.

 

« Bienvenue en France ! » : une exposition-photo sur les zones d’attente


Jusqu'au 18 avril 2006, exposition « Bienvenue en France ! » à la Fnac Ternes - Cette exposition réunit le travail de 6 photographes ayant réussi à pénétrer en zone d’attente : Olivier Jobard/Sipa, Olivier Aubert/1D-Photo, Olivier Coret, Thomas Jouanneau/Editing Server, Joël Robine/AFP, et Yves Forestier/Deadline, et s'inscrit dans le prolongement de l’enquête réalisée dans la zone d’attente de Roissy. L'objectif de l’association « Bienvenue en France ! » qui produit cette expo, est de rendre compte des conditions de traitements des étrangers en France et en zone internationale dans l'intention de faire avancer le débat et d'améliorer ces conditions
Lieu : Fnac Ternes - Espace rencontre - 26 avenue des Ternes - Paris 17è - M° Ternes - Rens. 06 21 67 70 95 anne.deloisy@free.fr http://bienvenueenfrance.free.fr

 

 

"Sur le chemin des étoiles" : 3ème festival de l'artt islamique


La vente des tickets d'entrée au Festival PSM du 22 Avril 2006 à la bourse du Travail est ouverte. Pour vous procurer vos places merci de contacter les personnes suivantes:
Pour Lyon et sa région : Mourad au 06.21.32.74.58 , Khalid au 06.99.52.65.44
Pour Montpellier et sa région: Rachid au 06.60.82.46.14

Pour Chambery, Annecy et Grenoble: Abdelwahed au 06.21.96.49.60
Pour Paris et l'Île de France: Khalid au 06.15.76.47.69

 

 

Caroline Fourest : l'effet loft ... en plus grave !


par Raphaël Liogier, oumma.com, 30 mars 2006. Source : http://oumma.com/article.php3?id_article=1990

L'auteur est professeur des Université à l'IEP d'Aix-en-Provence et directeur de l'Observatoire du religieux.Il a publié Une laïcité « légitime » : la France et ses religions d'Etat, Paris, Entrelacs, 2006.

 

NDLR Quibla : Le prix du livre politique 2006 a été décerné samedi 25 mars à Caroline Fourest, journaliste à Charlie Hebdo, pour "La tentation obscurantiste" (Grasset). Le prix a été remis par le président de l'Assemblée Jean-Louis Debré et le directeur général de Sciences Po Richard Descoings lors de la 15e journée du livre politique au palais Bourbon. Un événrment dont est en droit de s'étonner, avec l'auteur de l'article.


L'Assemblée nationale vient de conférer un prix prestigieux à un ouvrage non seulement mal informé sur un sujet médiatique, l'islamisme, mais surtout dénué de la moindre rigueur, ne faisant que nourrir des fantasmes et des clichés. L'auteur d'un tel bouquin devient soudain célèbre du seul fait de confirmer des préjugés sur le fondamentalisme, l'intégrisme, sur les frères musulmans, mêlant ses propres idées reçues à des bribes de discours anti-musulmans récoltés ici ou là, au hasard de rencontres, l'ensemble étant présenté comme une enquête.
Comment un jury trié sur le volet a-t-il pu consacrer un texte d'une telle vacuité, qui de surcroît écorche sans vergogne des scientifiques dont les compétences sur ces sujets délicats ont été reconnues dans le cadre de la sélection républicaine la plus exigeante, au CNRS et l'université par exemple ? Ces chercheurs, qui ont parfois passé la plus grande partie de leur existence à décrypter, à analyser l'islam, se voient bafoués avec toute la prétention de l'ignorance la plus crasse par un texte non seulement infesté d'erreurs mais dangereux, se présentant comme une sorte de petit bréviaire de la haine « qui va de soi ».
Que l'homme de la rue se laisse tromper par des écrits à ce point racoleurs, soit ! Mais un jury constitué d'observateurs dont l'on attendrait un minimum de discernement et au moins de scepticisme face à des allégations jetés à la sauvette sur le papier, cela laisse stupéfait ! A moins que cet ouvrage, médiocre sur le fond comme dans sa forme, ne soit pour ce jury un simple prétexte pour exprimer des opinions intestines mais inavouables directement.
Caroline Fourest est célèbre apparemment sans raison : ni chercheuse avérée, ni écrivain remarquable, ni réellement journaliste d'investigation. Sans aucune méthode, elle couche des phrases sur le papier comme jadis les surréalistes pratiquaient l'écriture automatique, mais avec en plus la prétention à dire une « vérité rationnelle ». Et de fait c'est bien son inconscient, son imaginaire, et pour le coup son imaginaire intégriste, qui ressort malgré elle dans sa prose automatique.
Un imaginaire qui, malheureusement rejoint celui d'un grand nombre de Français, y compris faisant partie de l'intelligentsia qui constitue le jury qui lui décerna ce prix. Un tel livre ressemble plus à un journal intime qu'à une enquête, et nous en apprend plus sur son auteur que sur les phénomènes prétendument appréhendés. Pourquoi alors, ce succès ? Parce que, sans doute, le discours de cette dame fait échos à des préjugés déjà bien imprimés dans l'inconscient collectif concernant l'islam.
Mais cela ressemble aussi à l'effet loft : la notoriété pour presque rien, ou si peu, une dose de fantasme. Il y a cependant une différence de taille, car la célébrité vacuitaire des lofteurs même si elle est inquiétante, n'a pas de prétention officielle à dénoncer et même à remplacer la science, ne sert pas à promouvoir la haine tous azimuts.
La désignation implicite d'une culture inférieure par l'auteur est à peine voilée par la rhétorique du respect de l'« islam normal », un peu comme le racisme de certains est à peine voilé par leur insistance à prouver qu'ils ont « même » des copains arabes ou noirs qui sont tout à fait présentables. Ces vieux ressorts rhétoriques ne sont plus à expliquer tant ils sont, eux, véritablement universels. Le plus grave, c'est qu'avec Caroline Fourest la médiatisation-réalité passe un pallier dangereux, qui nous conduit tout droit à ce que l'on pourrait appeler l'obscurantisme de la célébrité. Le fait que celui qui dénonce, désigne, jette le discrédit sans fondement, trouvera toujours un échos médiatique, une légitimité brillante et bruyante, du seul fait qu'il réponde à des attentes secrètes, à des évidences populaires.
Et cet écho lui confère le droit d'interdire aux autres de chercher, de relativiser, de comprendre (ce qui est l'exacte définition de l'obscurantisme : l'interdiction de connaître que l'on s'impose à soi et que l'on impose aux autres) sous peine d'exclusion de la bien-pensance, sous peine d'être dénoncé comme un suppôt du grand Satan islamique, un suppôt d'Al Quaïda, et presque d'être accusé d'avoir « intellectuellement » participé aux attentats du 11 septembre. Le summum de l'obscurantisme est atteint lorsque cette légitimité vacuitaire, fondée sur une « éblouissante-aveuglante » célébrité reposant sur des préjugés indicibles cristallisés en consentement général, débouche sur le prix du meilleur ouvrage politique de l'année !

 

 

FORZA ITALIA : Le vocabulaire de Arcore, la révolution linguistique du Cavaliere


de A. CO., il manifesto, 28 mars 2006. Original : http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano--archivio/28-Marzo-2006 Traduit de l'italien par karl&rosa


Des paroles en liberté : les résultats d'une analyse minutieuse concernant les mots utilisés en douze ans d'activité par Silvio Berlusconi, le grand siplificateur, ont été rassemblés dans un volume.
La parole la plus utilisée par Silvio Berlusconi pendant ses 12 années et plus d'activité politique? "Liberté". Toutefois, on ne s'étonnera pas de savoir que, parmi les différentes acceptions possibles du terme, celle qui figure en tête du hit-parade du Cavaliere est "liberté économique". Près du sommet, le terme "Pouvoir" aussi. Il est intéressant de remarquer que, dans la très grande majorité des cas, il ne fait pas allusion à son propre pouvoir, politique et/ou économique, mais à celui "des autres".
Il va de soi, par conséquent, qu'on entend par là presque toujours un pouvoir négatif et hostile. Le langage du Cavaliere a changé la politique, probablement d'une façon irréversible. Le livre, Parole in libertà, édité par la manifestolibri, offre pour la première fois un aperçu complet sur la révolution linguistique accomplie par le monsieur de Arcore [résidence principale de Berlusconi, NDT]. Les trois auteurs, Sergio Bolasco, Nora Galli de' Paratesi et Luca Giuliano, ont fait une recherche très détaillée, peut-être un peu trop académique mais exhaustive, sans perdre de vue les transformations subies dans le temps par l'élocution publique berlusconienne. Les auteurs mettent en évidence trois phases distinctes : de la descente sur le terrain de 94 à 97, les années houleuses du premier gouvernement et de son renversement, de 97 à 2000, la "traversée du désert" et l'opposition, le quinquennat du deuxième gouvernement.
En partie, la terminologie change selon les phases : en effet, dans la dernière phase apparaissent des références fréquentes à l'Europe, à la politique étrangère et s'affirme, impérieux, le mot magique "Sécurité". Toutefois, dans une proportion bien majeure, sa terminologie reste identique et cela est déjà, à sa façon, un élément étrange. Qu'il se trouve au gouvernement ou dans l'opposition, la rhétorique de Silvio reste la même. De toute façon, il martèle sur le binôme, bien plus désuet dans la première république, "Nous" et "Eux". Il fait appel avec la plus grande fréquence au verbe "Croire", un ciment pour la construction d'une identité collective aussi forte qu'extrêmement simplifiée, parce que le mot d'ordre de Arcore, son étoile polaire, reste en dernier ressort toujours le même : simplifier le plus possible tout, du message à la définition des rassemblements opposés. D'où la référence constante à des métaphores sportives, et le seul sport qui existe pour Silvio, le supporter du Milan, est le foot.
Rien n'aide à simplifier, à se ranger, à séparer "Nous" de "Eux" comme le danger. En douze années de discours, Berlusconi a sans cesse fait allusion, avec la technique du martèlement de la publicité, au danger qui pèse sur "le Pays". Il s'agit, cela va de soi, de la menace rouge, du communisme toujours aux aguets. Le vrai "miracle" politique de Berlusconi, écrivent justement les auteurs, a été de "présenter comme nouveau quelque chose d'ancien, qui avait été livré à l'histoire au début des années 90, l'anti-communisme".
Bien sûr, parmi toutes les rengaines que nous a infligées le chef de la droite italienne, aucune n'a été plus obsessionnelle que l'anti-communisme. Mais il ne s'agit pas, comme il pourrait le paraître, d'un cas grave de paranoïa assortie d'une manie de persécution. L'anti-communisme d'Arcore est à son tour un instrument, nécessaire pour réaliser cette simplification du discours politique qui finira peut-être par constituer l'héritage le plus lourd de la dernière décennie. Une réduction de la politique à une dimension spectaculaire ennuyeuse et à une trivialité vide dont cette campagne électorale a déjà révélé l'hégémonie absolue.
Il n'y a donc en réalité aucune différence entre le Berlusconi, croisé de l'anti-communisme, et celui qui, quand il s'adresse aux femmes de Forza Italia, les traite de "mères, d' épouses et de filles" ou, pire, les loue parce qu'elles "savent tenir ouverts les sièges de Forza Italia" mais aussi "obtenir des entrepreneurs les financements pour le faire". Comme ça, sans se faire trop de scrupules politiquement corrects. Et la meilleure, pardon, la pire, c'est que précisément grâce à des trucs pareils Silvio Berlusconi a souvent fini par toucher les Italiens plus que ses rivaux et que ses prédécesseurs de la première république.

 

Introduction à l'édition allemande de l'ouvrage de Norman Finkelstein "Au-delà du culot" [Beyond Chutzpah] par Felicia Langer [ancienne avocate à la cour suprême d'Israël]

 

Traduit de l'allemand en anglais par Maren Hackmann. Traduit de l'anglais en français par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.

 

Il était grand temps qu'un ouvrage consacré à l'abus d'utilisation de l' antisémitisme en guise d'arme politique soit écrit. Aujourd'hui, cet ouvrage a trouvé son auteur : Norman Finkelstein. Celui-ci n'a pas peur des défis les plus dangereux à relever et, comme son livre le montre avec éclat, M. Finkelstein est à la hauteur de la tâche. La précision et la méticulosité de ses recherches et de ses analyses sont admirables.

M. Finkelstein consacre la première partie de son étude au détournement de l 'antisémitisme par le lobby pro-israélien aux Etats-Unis et en Europe, à des fins de soutien à la politique de l'Etat d'Israël. A chaque fois qu'existe un risque réel que la communauté internationale n'accroisse ses pressions sur Israël afin de l'inciter à se retirer des territoires occupés conformément au droit international, on assiste comme par hasard au lancement d'une énième campagne à base d'antisémitisme : « et voici une énième extravagance médiatique méticuleusement orchestrée, alléguant que le monde est saturé par l'antisémitisme."

Par ses allégations d'antisémitisme, l'élite juive américaine cherche, avant tout, à convaincre un peu tout le monde que les contempteurs d'Israël seraient en réalité des antisémites grimés. Toute information sur ce que signifie, pour les Palestiniens, la vie sous occupation, ou toute information sur l'oppression qu'ils subissent et leurs souffrances doivent demeurer tabou - Israël, et lui seul, a droit au statut de victime. Ainsi, la réalité est inversée, de manière à s'assurer qu'Israël continue à jouir de l'impunité.

L'hystérie au sujet d'on ne sait trop quel « nouvel antisémitisme » sert non seulement à intimer le silence à toute critique légitime d'Israël, mais aussi à détourner l'attention du public des violations du droit international et des droits humains élémentaires. Ainsi, par exemple, le refus de participer à une guerre d'agression contre l'Irak a été assimilé à la haine des juifs ! L'écrivain Elie Wiesel, survivant d'Auschwitz et récipiendaire du prix Nobel de la paix, a dit le 17 février 2003 au président George W. Bush que l'Irak était un Etat terroriste et qu'il y avait un impératif moral à intervenir. Eût l'Occident décidé d'intervenir en Europe en 1938, observa Wiesel, la Seconde guerre mondiale et la Shoah auraient pu être évitées. « Ce fut un moment extrêmement important pour moi », révéla Bush quelque temps après, « car c'était (pour moi) une confirmation (de ce que je pensais). »

Le président du Consistoire juif central d'Allemagne, Paul Spiegel, a dénoncé avec véhémence l'opposition allemande à la guerre contre l'Irak, en invoquant des arguments du même tonneau que ceux de Wiesel. Hélas pour lui, ses propos sonnèrent particulièrement faux, des millions de manifestants ayant protesté contre la guerre en Allemagne et dans le monde entier, dont beaucoup de juifs.

Le constat du genre d'alliés que ce lobby est allé draguer à l'extrémité droite du spectre politique est effrayant : Silvio Berlusconi et Gianfranco Fini, de l'Alliance Nationale néo-fasciste en Italie ; Jean-Marie Le Pen en France, entre autres. Quant aux fondamentalistes chrétiens, aux Etats-Unis, les lobbyistes recourent à l'argument selon lequel l'intolérance proverbiale des intégristes n'est plus aussi dangereuse que jadis et que ce qui compte, avant tout, c'est leur attitude favorable à Israël.

Je tiens à partager avec le lecteur mon expérience en Allemagne, à la fois en tant que juive israélienne et que rescapée de l'Holocauste. Mon mari, Mieciu, a connu cinq camps de concentration nazis. Il est le seul membre de sa famille à avoir survécu à l'Holocauste, et il ne s'en est lui-même tiré que par miracle. Ma mère et moi, nous avons survécu, en URSS, mais tout les autres membres de ma famille ont été assassinés. Mon mari et moi, nous vivons en Allemagne depuis quinze ans, maintenant, et ce pays est devenu notre patrie bien-aimée. Durant toutes ces années, nous n'avons jamais rencontré le moindre antisémitisme. Ceci mérite d'être souligné, car mon mari a témoigné sur ses souffrances durant l'ère nazie, pendant des années, et ceux qui l'ont entendu en parler dans des écoles d'Allemagne se comptent aujourd'hui par milliers. Je ne nie toutefois pas que l'antisémitisme et la xénophobie existent bel et bien, en Allemagne.

A ce sujet, notre première expérience fut la suivante : un jour, en 1990, j' ai remarqué une swastika tracée à la peinture noire sur le mur d'un centre commercial, à Tübingen. Toute la beauté du cadre enchanteur et estival qui l 'entouraient n'auraient pu faire oublier cette tache. Mon mari et moi, nous avons décidé d'aller effacer cette swastika : nous sommes retournés sur les lieux, le soir même. Toutefois, nous avons découvert que quelqu'un l'avait déjà recouverte d'un coup de peinture, apparemment quelques minutes seulement avant que nous arrivions - quelqu'un qui, tout comme nous, avait été révulsé par ce symbole nazi. Ce fut ma première rencontre avec un protestataire anonyme en Allemagne [1]. Ces protestataires discrets sont nos alliés, en Allemagne, dans notre combat contre la xénophobie et le véritable antisémitisme, et aussi dans notre lutte contre la guerre et la politique dévastatrice d'Israël à l'encontre du peuple palestinien - cette politique dévastatrice dont il est question, précisément, dans le présent ouvrage.

Norman Finkelstein déplore le mésusage de l'antisémitisme par des gens qui l 'utilisent en guise d'arme politique. Sa préoccupation, c'est de redonner aux victimes leur dignité et de faire ce que leur legs véritable nous impartit de faire. Mon mari, Mieciu, et moi, nous partageons cette préoccupation de M. Finkelstein, et je tiens à répéter ici ce que j'ai écrit par ailleurs, au sujet de ce legs : au fil des années, Mieciu et moi, nous nous sommes imprégnés du legs de ceux qui ont été assassinés, et ce legs, à nos yeux, c'est ce qui suit : ne jamais rester silencieux face à un quelconque crime ou une quelconque injustice, mais lutter sans relâche contre chacune et toutes les formes de racisme et d'antisémitisme et défendre la dignité et les droits des êtres humains, quels qu'ils soient. Ce sera là le devoir du peuple allemand à jamais, mais ce n'est pas le devoir des seuls Allemands. Afin d'honorer la mémoire de toutes ces victimes, et l' esprit de leur legs ultime - qui n'est autre que l'humanité - je dénonce l' oppression, depuis des décennies, des Palestiniens par Israël et tort qui leur a été fait, et qui persiste encore aujourd'hui [2].

A juste titre, Norman Finkelstein dit que ceux des juifs qui veulent combattre l'antisémitisme réel doivent avant tout dénoncer pour la billevesée qu'il est l' « antisémitisme » allégué : dites la vérité, combattez pour la justice : telle est la stratégie efficace, testée au fil des années, pour combattre l'antisémitisme, ainsi que toutes les autres formes d'extrémisme. Un retrait total israélien des territoires conquis en 1967 priverait les authentiques antisémites qui exploitent la répression israélienne comme un prétexte pour diaboliser les juifs - et qui douterait que ces vrais antisémites existent ? - d'une arme redoutable, et elle exposerait aux yeux de tous leur véritable dessein. Et plus l'opposition juive à l'occupation israélienne se fera entendre, moins nombreux seront ces non-juifs qui confondent les politiques criminelles d'Israël et le soutien inconditionnel [de fait, le véritable encouragement] que leur apportent les organisations juives consensuelles, avec ce que pense réellement l'opinion populaire juive [3]. Je n'ai rien à ajouter à cette déclaration claire et nette.

Dans la deuxième partie de ce livre, il nous est donné de prendre connaissance de la situation des droits de l'homme en Israël / Palestine. Le dossier d'Israël, en matière de droits de l'homme, est « de manière générale, impeccable », affirme Alan Dershowitz, professeur à la faculté de droit de Harvard, dans son ouvrage « Plaidoyer pour Israël » [The Case for Israel]. L'objet de ce livre, écrit-il, « est de contribuer à clarifier l' atmosphère, en fournissant des arguments directs et véridiques, en défense contre des accusations fallacieuses. » Le bouquin de Dershowitz est devenu un best-seller aux Etats-Unis. Des associations juives américaines le distribuent largement sur les campus universitaires, et le ministère israélien des Affaires étrangères en a acheté des milliers d'exemplaires, en vue de les distribuer.

Ayant consacré vingt-trois années (de 1967 à 1990) à la défense des Palestiniens dans les territoires occupés et ayant été la première avocate à le faire, j'ai beaucoup de choses à dire au sujet des droits humains des Palestiniens vivant dans les territoires occupés et des violations flagrantes de ces droits par Israël. Je tiens à remercier Norman Finkelstein de dénoncer comme il le fait les mensonges de Dershowitz dans son livre, et de donner au lecteur une information essentielle, provenant de diverses organisations de défense des droits de l'homme, israéliennes, palestiniennes et internationales, qui déplorent unanimement et fortement - ce que Dershowitz a choisi d'ignorer - les violations des droits humains par Israël, dont la plupart sont constitutives de véritables crimes de guerre. Moi aussi, je les déplore, et je le fais à la fois en tant que témoin d'une époque et que témoin oculaire. Je dénonce les gouvernements israéliens, quelle qu'en soit la couleur politique.

Les pages consacrées, dans ce livre, aux crimes perpétrés par Israël au cours de l'Intifada d'Al-Aqçâ - crimes dont Dershowitz nie qu'ils aient eu lieu - sont profondément accablants. A la lecture de ces pages, la réticence des médias allemands à couvrir les crimes israéliens, et leur dissimulation de l'ampleur réelle de la répression israélienne dans les territoires palestiniens deviennent aveuglantes.

Un chapitre est consacré aux ainsi dénommées « liquidations » [terme inventé par les Nazis, mentionnons-le au passage], c'est-à-dire aux assassinats par Israël de « suspects » palestiniens - « liquidations » que Dershowitz approuve, est-il besoin de le signaler ? Déjà, durant la première Intifada (1987 - 1993), des escadrons de la mort banalisés firent un usage fréquent de leur permis de tuer. Durant la seconde Intifada, ces assassinats sont devenus la politique officielle d'Israël. Or les exécutions extrajudiciaires ne sont pas simplement des actes terroristes : il s'agit, d'après la Quatrième Convention de Genève (de 1949), de véritables crimes de guerre.

A l'occasion d'une conférence que j'ai prononcée le 21 août 2002 à Vienne, j 'ai parlé, entre autres choses, de l'invasion criminelle par Israël des territoires occupés, dont Norman Finkelstein traite, lui aussi, dans son livre, et à laquelle fut donné, sans doute par euphémisme, le nom de « Bouclier de protection ». J'ai parlé des exécutions et des crimes commis dans le camp de réfugiés de Jénine. Mais j'ai tout aussi bien évoqué une possible résolution pacifique du conflit. La communauté juive de Vienne avait diligenté ses membres pour semer le trouble dans la conférence, pour me diffamer en me traitant à la fois d'antisémite et de traître et mettre en scène des protestations bruyantes, à base de « Les Nazis, dehors ! », j'en passe et des meilleures. Les choses risquant de dégénérer, la conférence dut être interrompue. La branche autrichienne du lobby juif n'a pas supporté d' entendre la vérité, alors elle a eu recours à l'arme de l'antisémitisme allégué.

Le chapitre consacré à la torture, intitulé « L'Abu Ghraib israélien », m'a particulièrement intéressée. Quand j'ai vu les photos prises à la prison d' Abu Ghraib, en Irak, sur nos écrans de télévision, j'ai pensé à mes clients palestiniens torturés et j'ai déclaré publiquement : « Ce sont les méthodes israéliennes pour casser les prisonniers. La seule différence, c'est que, dans les prisons israéliennes, il n'y a pas de photos, et que malheureusement nos tortionnaires jouissent de l'impunité. » J'ai pensé à Sami Esmail - Norman Finkelstein évoque son cas - et à Dershowitz, qui, déjà en 1978, avait menti délibérément afin de blanchir Israël de ses méthodes brutales et de ses tortures. J'ai vu les blessures de mon client, de mes propres yeux. J'ai envoyé une pétition à la Cour suprême : ça n'a servi à rien. Dans certains cas, les tortures ont entraîné chez leurs victimes des troubles psychologiques définitifs ; certains de mes clients - comme par exemple Awad Hamdan, de Cisjordanie, décédé en juillet 1987, et Mahmud El-Masri, décédé dans l'aile de la Sécurité générale de la prison de Gaza en mars 1989 - ont même perdu la vie [4]. Je recommande de lire ce chapitre particulièrement important avec soin, car Israël a renoué avec ses tortures coutumières de détenus palestiniens et, dans les prisons israéliennes, les horreurs décrites dans ce livre sont la terrible réalité.

Norman Finkelstein traite aussi des démolitions de maisons en tant que punitions collectives. Durant la seconde Intifada, Israël s'est mis à recourir à cette mesure cruelle à grande échelle. Des milliers de Palestiniens sont devenus des sans-abri, et pour un grand nombre d'entre eux, pour la deuxième ou la troisième fois de leur vie. Cette politique viole le droit international et elle a été condamnée par la communauté internationale. Néanmoins, Dershowitz la justifie. En s'appuyant sur des rapports concernant les droits de l'homme, M. Finkelstein montre que des Palestiniens ont été ensevelis vivants sous les décombres de leur maison. Je ne saurais trop insister sur le fait que, durant toutes ces années, mes tentatives pour inciter la Cour suprême israélienne à abolir, ou au moins à suspendre, cette forme de châtiment collectif illégal du point de vue du droit international se sont avérées vaines. M. Finkelstein décrit également la destruction de maisons construites « illégalement » par des Palestiniens. Je déclare ici que j'ai essayé, des années durant, la plupart du temps sans succès, d'obtenir des permis de construire pour des Palestiniens. Israël mène une politique évidente d'étranglement et Norman Finkelstein en est arrivé à la même conclusion que moi : le but de cette politique, c'est d' obtenir le maximum de superficie de terrains utilisables pour y construire des colonies juives, et d'empêcher l'extension des villes et villages palestiniens.

« La Cour suprême d'Israël figure parmi les plus réputées du monde ; elle a à plusieurs reprises sanctionné l'armée et le gouvernement et elle les a contraints à agir conformément à la loi », claironne Dershowitz. En se fondant sur des rapports sur les droits de l'homme et sur des expertises israéliennes, Norman Finkelstein démontre que le caractère fallacieux de cette thèse absurde.

Je partage l'avis de M. Finkelstein : au lieu de rechercher la justice, la Cour suprême d'Israël a bien trop souvent légitimé l'injustice, et la couronne de fleurs que lui tresse Dershowitz est particulièrement indécente. J'en atteste en tant que première « avocate pionnière » qui a vingt-trois années d'expérience en matière de pétitions adressées à la Cour suprême, au nom des Palestiniens contre les forces d'occupation. Beaucoup de mes collègues israéliens peuvent en attester, eux aussi. Quel que soit le problème - démolitions de maisons ; colonies et confiscations de terres ; déportations ; tortures ; déni de regroupement familial ; détention administrative - la Cour suprême a rejeté avec une routine accablante mes pétitions, et elle l'a fait dans la plupart des cas en violation d'attendus sans aucune ambiguïté du droit international. C'est afin de protester contre toutes ces années d'inaction de la Cour suprême en matière de condamnation de l'injustice et de la brutalité du système de la justice militaire dans les territoires occupés que j'ai pris la décision, après vingt-trois années d'activité, de fermer mon cabinet d'avocate à Jérusalem. Cela ne signifie nullement, je le précise, que j'aurais admis ma défaite. C'est tout à fait le contraire : je continue à saisir toute opportunité d'exposer la vérité à la lumière.

Norman Finkelstein s'efforce de démêler, historiquement et politiquement, l' entrelacs artificiel de complexité ourdi autour du conflit israélo-palestinien et il démontre que ce conflit peut être résolu conformément au droit international. Il décrit la « solution à deux Etats ». Les Palestiniens ont déclaré depuis longtemps qu'ils accepteraient de se contenter d'environ vingt pour cent de la Palestine historique, mais il reste à voir de quelle manière le problème des réfugiés serait solutionné conformément au droit international ? Israël, de son côté, continue à coloniser et à occuper illégalement des territoires, édifie un mur d' apartheid qui s'enfonce profondément en Cisjordanie et refuse d'admettre une quelconque responsabilité dans la création du drame que vivent les réfugiés palestiniens.

Norman Finkelstein exhorte ses lecteurs à s'engager politiquement et à se vouer à la vérité, « afin qu'ensemble nous puissions réaliser une paix juste et durable en Israël et en Palestine. » En déplorant le mal fait aux Palestiniens, il tend la main aux dépossédés, en construisant ainsi un pont de paix entre Israël et la Palestine. M. Finkelstein est une voix qui compte, une voix consciencieuse et humaine - une voix juive différente, une bénédiction à la fois pour les Palestiniens et les Juifs.

Pour moi, le 10 mai 1976 fut une journée mémorable. J'ai fait une conférence, ce jour-là, au Centre Scientifique de l'Université d'Harvard, à Cambridge, dans l'Etat (américain) du Massachusetts. En raison de menaces très graves, la conférence et mon humble personne avaient dû être placées sous protection policière. Les interruptions, les cris, les huées furent incroyables. Les « rowdies », ces étudiants juifs sionistes « chahuteurs » (ainsi qu'ils se qualifient eux-mêmes), hurlaient : « On ne la laissera pas parler ici ! ». Après la conférence, une femme est venue me voir, et elle m' a remis mon portrait, qu'elle avait peint elle-même. Ce portrait portait en titre : « Bénis sont les faiseurs de paix ». Pour moi, ce présent fut la preuve que les « rowdies » n'avaient pas eu le dessus.

Pour terminer, permettez-moi de dire à l'auteur de ce livre : « Bénis soient les faiseurs de paix ! »

Tübingen (Allemagne), octobre 2005

Notes :

[1] : Felicia Langer, (en allemand), Miecius später Bericht: Eine Jugend zwischen Getto und Theresienstadt, Lamuv Verlag, Göttingen 1999, pp. 136-7.

[2] : Ibid., pp. 127-8.

[3] : Norman G. Finkelstein, (en anglais) Beyond Chutzpah: On the Misuse of Anti-Semitism and the Abuse of History, University of California Press, Berkeley 2005, p. 85.

[4] : Voir : Felicia Langer, Zorn und Hoffnung (autobiographie) (en allemand), Lamuv Verlag, Göttingen 1991, pp. 388-98.

 

 

Dette odieuse, par Frédéric Chauvreau et Damien Millet, Ed. CADTM/Syllepse , 48 pages couleurs, format A4, 9 euros. En librairie à compter du 3 mai 2006.

 

Dans de nombreux pays, une dictature a laissé en héritage une dette colossale Cette dette odieuse, qui a servi à renforcer et à enrichir un régime despotique, n'a pas à être remboursée par les populations meurtries par ce même régime A travers 4 pays emblématiques, Frédéric Chauvreau et Damien Millet nous font suivre 4 destins pétris de révolte et d'espoir Le vieux congolais, la danseuse indonésienne, la mère irakienne, le jeune argentin sont autant de témoins des ravages de la dette odieuse Depuis le début des années 1980, le mécanisme de la dette du Tiers Monde permet au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale, aux entreprises multinationales et à quelques grandes puissances d'exercer une domination implacable sur l'économie mondiale, au détriment de milliards d'hommes et de femmes dont les droits fondamentaux sont bafoués Dès lors, l'annulation totale et inconditionnelle de la dette du Tiers Monde constitue le premier pas indispensable vers la construction d'un monde soucieux d'égalité, de fraternité et de justice Pour la première fois, une bande dessinée présente un axe majeur de ce combat : la dette odieuse.

Pour découvrir cette BD en exclusivité, vous pouvez la commander directement au CADTM (chèque à l'ordre du CADTM en précisant nom et adresse de livraison) : CADTM France, 17 rue de la Bate, 45150 Jargeau, France , Tel : 02 38 59 98 28 , courriel : france@cadtm.org Pour les commandes groupées adressées au CADTM, il est possible de bénéficier d'un prix réduit : - pour toute commande d'au moins 3 exemplaires, 8 euros par ouvrage port inclus ; pour toute commande d'au moins 10 exemplaires, 7,50 euros par ouvrage port inclus.

 

L'espion qui défia l'Amérique


Rédigée par Jean-Claude Pomonti, ancien journaliste du Monde qui a couvert la guerre du Vietnam, l'histoire de la principale taupe communiste à Saïgon sort le 23 mars aux éditions des Equateurs (192 pages, 16,90 €).
Il vous attend derrière la grille de son petit jardin qui donne sur une artère bruyante du 3e arrondissement, près du centre de Saïgon. (...) A l'âge où il bénéficie du statut de patriarche, il est resté d'une belle simplicité. Il se garde de se prendre au sérieux et donne toujours l'impression d'être disponible. Plein d'humour, il se moque de lui-même et des autres. Parfois aussi, il raconte des histoires salaces, comme on les aime au Nord, à Hanoï, alors que les Méridionaux vietnamiens se montrent plus prudes. A 77 ans, Pham Xuân Ân continue de compulser les documents les uns après les autres, suit de près l'actualité, internationale et nationale. (...) Sa poignée de main reste toujours aussi ferme. Ses yeux roulent de la même façon quand, pince-sans-rire, il raconte une histoire drôle. Il n'a pas besoin d'attendre la fin d'une question pour en avancer la réponse.
(...) J'ai, face à moi, un personnage hors du commun. (...) La conversation prend le cours qu'il souhaite. Dans sa démarche, il tient du laboureur et du pédagogue. Il fait progressivement pénétrer les idées qu'il élabore. Il procède par touches, aligne les éléments qui facilitent la compréhension. A l'interlocuteur de les saisir. Ân est franc, direct. Mais, en bon Vietnamien, il ne dit jamais rien d'offensant. Quand il répond à une question par une boutade, inutile d'insister : il reviendra sur le sujet, s'il le souhaite, lors d'un entretien ultérieur. Dans ses propos comme dans son comportement, Ân sait se montrer ferme. Avant la victoire communiste de 1975, journaliste, Ân travaille au bureau de Time Magazine, l'hebdomadaire américain aménagé dans deux chambres contiguës au premier étage de l'Hôtel Continental, où tout le monde le connaît comme un homme affable, réfléchi, tranquille.
Il va souvent bavarder avec des collègues chez Givral, un café-glacier de l'autre côté de l'ex-rue Catinat, rebaptisée alors rue Tu Do ou de la Liberté. Parfois, son berger allemand, qu'on n'entend jamais, se couche docilement sous la table. Ân parque sa minuscule Renault 4 CV à deux pas de là, derrière le théâtre municipal, le long duquel se trouve le Continental.
Il n'élève la voix qu'à l'occasion d'un bon mot. Ân, qui parle et écrit couramment le français et l'anglais, va rarement au-devant des gens, mais ne rechigne pas à donner une explication ou un conseil. Les confrères qui le fréquentent ne perdent pas leur temps : ses analyses sur la stratégie communiste, les fondements de la politique américaine ou les capacités du régime de Saïgon sont claires, concises. Ân a tissé un réseau de relations avec tout ce qui, à Saïgon, peut compter : des autocrates d'autrefois aux généraux du jour qui se disputent le pouvoir. Il est aussi bien introduit auprès des officiers sud-vietnamiens en place qu'auprès de ceux qui sont sur la touche. Je l'aperçois en compagnie du chef sud-vietnamien du programme de pacification rurale ou de l'ancien directeur des services secrets de Saïgon. Il fréquente les patrons de la CIA. Il est persona grata à l'ambassade américaine et auprès de son proconsul. Les chercheurs américains les plus influents à Washington ne manquent jamais, lors de leurs passages au Sud-Vietnam, de le consulter.
Et puis, en 1978, trois années après la victoire communiste, une nouvelle circule. Il n'y a pas d'annonce officielle, c'est contraire aux habitudes du Parti communiste vietnamien. La nouvelle résulte d'une indiscrétion volontaire d'un membre du PC et ne fait l'objet que d'un entrefilet dans un quotidien français. Pourtant, elle est de taille : pendant toute la guerre, Ân a été la principale taupe communiste dans le Sud. Et quelle taupe ! Il a eu accès aux documents les plus secrets, y compris les comptes rendus des interrogatoires de prisonniers communistes. Il a prodigué ses conseils, le plus souvent sollicités, à des officiers, politiciens et espions de tous bords, américains et sud-vietnamiens. Cela ressemble à un énorme pavé jeté dans la mare américaine : Ân est colonel des services de renseignements communistes. Un an après la victoire, il a été élevé à la dignité de "héros de l'Armée populaire".
Les Américains tombent à la renverse. Sur le moment, il doit y avoir quelques réflexes de rage et de honte dans les rangs de la CIA, dont certaines éminences ne prenaient leurs décisions qu'après avoir consulté le journaliste de Time. Pham Xuân Ân, le Vietnamien préféré des Américains, a roulé le pouvoir américain de bout en bout. Les dommages sont incalculables. Combien de décisions a-t-il influencées à Saïgon ? Combien de retournements de situation peut-on attribuer aux renseignements fournis à Hanoï par ce journaliste formé - un comble ! - dans une université de Californie ? Les Américains savaient que l'administration et l'armée de Saïgon étaient truffées d'espions communistes. Mais jamais ils n'avaient pensé qu'il y en eût un d'un tel calibre, et, surtout, qu'il s'agissait d'Ân ! (...)
A cette époque, après la française, il y avait la guerre américaine, et, à ses côtés, sans frontière entre les deux, l'embrouillamini vietnamien, mélange de choix définitifs ou passagers, de fidélités et de trahisons, de rancoeurs, de rêves brisés, de passions. Il y avait aussi cette toile tissée et retissée par l'appareil communiste, qui avait canalisé le grand élan des années 1940 en faveur de l'indépendance. Qu'Ân ait pu jouer un rôle si important sans jamais se faire pincer tenait déjà de l'incroyable. Or, il avait fourni des renseignements cruciaux à Hanoï jusqu'à la dernière heure.
(...) Je me souviens de sa silhouette légèrement voûtée, déjà, en 1974, quand il quittait l'Hôtel Continental, en solitaire, pour regagner son domicile ou se rendre à l'un de ses rendez-vous dont j'ignorais l'importance. (...) " Une fois tous les deux ou trois mois, en moyenne, j'allais au rapport, dans la région de Cu Chi, mais dans un autre endroit que celui montré aujourd'hui aux touristes", dit-il. La plupart de ses rendez-vous avaient lieu à Hô Bo, une forêt située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Saïgon. Il choisissait de s'absenter de préférence le week-end, ce qui était plus discret.
A une trentaine de kilomètres de Saïgon, le district de Cu Chi, en partie couvert par des plantations d'hévéas, abritait un dédale de souterrains utilisés par des éléments de l'état-major avancé communiste. Il reste aujourd'hui une petite partie de ces souterrains, entretenus et aménagés à l'intention des touristes. Ân se rendait plus à l'écart pour y rencontrer ses supérieurs, les poches vides. Compte tenu du risque d'interception, il transportait rarement lui-même des documents, et des courriers agréés s'en chargeaient. Dans le milieu de la presse, une absence de quelques jours ne risquait guère d'être relevée, car la plupart des correspondants se rendaient régulièrement au "front", ainsi qu'on le disait, ou en province
Ân a survécu dans la clandestinité jusqu'à la victoire parce qu'il s'est entouré d'un maximum de précautions. Il sélectionne lui-même ses courriers et n'hésite jamais à rejeter une candidature quand il ne la trouve pas entièrement sûre. Sur les 45 membres du réseau chargé de l'appuyer, 27 ont été capturés ou tués. Il s'enferme dans les toilettes de son domicile, à Saigon, pour déchiffrer les documents qu'il a récoltés. En cas de surprise, il dispose ainsi d'un laps de temps pour les détruire, car ses bergers allemands successifs montent la garde devant la porte. Il les a dressés à gémir discrètement dès qu'ils sentent la moindre anomalie.
Quand il doit rencontrer un autre agent de liaison en ville, ce qu'il évite au maximum de faire, il s'assure lui-même que ni l'un ni l'autre ne sont suivis et emmène son berger allemand. Son épouse le suit à distance pour pouvoir alerter la résistance en cas d'arrestation. Seules sa femme et sa mère sont au courant de ses activités. Personne d'autre, dans son entourage, ne s'en doute. Il ne porte jamais d'arme à feu ; de toute façon, il serait bien incapable de s'en servir pour n'avoir jamais suivi d'entraînement militaire sérieux.

Tant que cela l'a arrangé, il a laissé courir la rumeur selon laquelle il pouvait être un agent de la CIA. Après tout, il a bien connu Edward Lansdale à l'époque où il était affecté au TRIM. Futur général, Edward Lansdale a été un " faiseur de rois" - l'_expression d'Ân - et un expert en contre-guérilla qui avait déjà joué un rôle aux Philippines contre la rébellion huk, menée par des communistes. Plus tard, des Américains en viendront même à demander à Ân son avis sur la façon dont ils doivent gérer leurs relations avec les Vietnamiens.
Il a lui-même longtemps conservé des réflexes acquis à cette époque. Une vingtaine d'années après la victoire de 1975 et alors que sa véritable identité était depuis longtemps publique, il parlait encore des communistes comme s'il n'en faisait pas partie. " Les communistes pensent...", ainsi commençait-il ses phrases, ce qui lui a valu, un jour, une réflexion gentiment ironique d'un ami vietnamien commun, qui lui a rétorqué : " Pourquoi ? Tu n'es pas communiste, toi ?" Une remarque qu'Ân n'a pas tenu à relever. "Les communistes me traitaient de "My Con", de fils d'Américain", disait-il. Il s'en amusait. Le double langage lui était étranger : il avait tout simplement gardé le pli, l'habitude de parler du Parti à la troisième personne, afin d'éviter des dérapages qui auraient pu, dans d'autres circonstances, lui coûter cher.
Un soir, au moment où il rédige un message à l'encre sympathique, sa fille, alors écolière, vient le voir à l'improviste. Il n'a pas le temps de cacher sa feuille blanche et de paraître faire autre chose. La petite rapporte son étonnement à l'un de ses frères : le père écrit, mais rien ne s'inscrit sur le papier. Mis au courant, Ân s'en tire en expliquant le lendemain à sa fille qu'elle n'a rien vu en raison de l'éclairage : elle se trouvait à contre-jour. (...)
Deux ans avant la fin de la guerre, un incident aurait dû m'alerter. Début février 1973, au lendemain de la signature à Paris d'un accord américano- vietnamien censé mettre fin aux combats, je cherchais désespérément, comme bien d'autres journalistes, à passer de l'"autre côté", dans une "zone libérée", pour effectuer un reportage dans une région tenue par les Viêtcôngs.(...) Peu après, en fin d'après-midi, quelqu'un frappe à la porte de ma chambre. (...) Ân est au courant de mes déboires et me suggère (...) d'aller sur la route de My Tho, ville riveraine du Mékong, à une soixantaine de kilomètres au sud de Saïgon. (...) "On dit que là-bas on peut passer..." (...)
Le lendemain matin, dès l'aube, notre petite équipe est en route. Au préalable, nous avons repéré My Qui sur une carte d'état-major. A la hauteur du hameau, sur la RN 4, se trouve la cahute d'un mécanicien qui accepte de garder notre voiture sans poser de questions. Tout se passe sans encombre. Nous franchissons une rizière à découvert, puis traversons un hameau sans adresser la parole aux nhân dân tu ve, les miliciens armés de Saigon censés y être de faction. Une fois franchi ce hameau, un gamin nous fait signe de le suivre sur une digue étroite.
A l'entrée du hameau suivant, perdu dans la végétation qui encadre des rizières inondées, une banderole souhaite la bienvenue à "la presse internationale", et les drapeaux du FNL, ou Front national de libération du Sud-Vietnam, sont omniprésents. On peut y entendre le bruit de la circulation sur la route nationale. Encadrés par des Vietcôngs, nous passons deux jours à sillonner cette campagne le long du Mékong et assistons, un soir, à une représentation offerte par une troupe de théâtre "au front".
Je suis alors très reconnaissant à Ân du service qu'il m'a ainsi rendu. (...) Si j'en conclus qu'il doit au moins être en contact avec les Viêtcôngs, je le garde pour moi et n'imagine pas un seul instant qu'il est un officier supérieur des services de renseignement communistes. Je me souviens seulement d'une conversation, une année plus tard, au cours de laquelle j'ai demandé à Robert Shaplen, journaliste américain, son opinion sur le sort qui pourrait être réservé à nos amis vietnamiens en cas de victoire communiste. Bob m'avait répondu qu'il ne s'inquiétait pas trop pour Ân.
En 1978, malgré les profondes cicatrices, la guerre s'était déjà assez éloignée de l'actualité pour que les révélations sur le rôle d'Ân ne fassent pas sensation. Il ne s'agit, en effet, que de la partie émergente de l'iceberg : l'espion qui a réussi à traverser un quart de siècle de guerres - ce qui constitue déjà un exploit - sans se faire repérer. L'espion parfait. Rédigée dans le style parabolique des marxistes, la citation justifiant l'attribution de la dignité de "héros de l'Armée populaire" est beaucoup plus élogieuse qu'explicite. Ân, explique-t-elle, "a répondu aux besoins des services de renseignements de 1952 à avril 1975", "a travaillé et vécu avec l'ennemi pendant vingt-trois ans tout en restant d'une loyauté absolue à l'égard du Parti" et "a fermement cru en la victoire de notre révolution". Un parcours sans faute, mais sans détails. Quelles vérités peuvent se nicher derrière ce verbiage ? (...)
C'est seulement au fil des années 1990, quand le Vietnam s'ouvre de plus en plus sur le reste du monde, que la véritable dimension du personnage se révèle. Le voile ne s'est levé que progressivement, pour plusieurs raisons : le repli temporaire du Vietnam communiste sur lui-même ; la culture du secret héritée à la fois de la résistance et du communisme ; les méfiances des apparatchiks ; enfin, le tempérament du personnage.

Ân ne se met jamais en avant. Il est tout sauf un vantard. (...) Son histoire n'est pas seulement celle de l'espion parfait. Agent de renseignements communiste dans les zones viêtcôngs du Sud, Muoi Nho a reçu et relayé les documents envoyés par Ân de 1961 à 1964. Il a attendu près de trois décennies pour révéler que dans la capitale du Nord le bureau politique du PC et le commandement militaire étaient, en règle générale, "très heureux" lors de la réception des rapports d'Ân. Le premier ministre, Pham van Dông, dit Muoi Nho, "rit avec bonheur, alors que le général Vo Nguyên Giap déclare : nous sommes maintenant dans la salle d'opérations américaine" quand les rapports d'Ân tombent enfin entre leurs mains. (...)
En 2002, affirmant ignorer le pourquoi d'une décoration, Pham Xuân Ân fit cette confidence : "Je suis un agent de renseignements stratégiques. J'analyse la doctrine militaire de l'ennemi, je fournis des rapports concernant leurs stratégies, leurs tactiques, leurs scénarios et l'information liés à la guerre spéciale. Je livrais à nos dirigeants ce dont ils avaient besoin de façon urgente. Un point c'est tout."
Ân m'a raconté qu'il avait fait parvenir à Hanoï le programme confidentiel de la "guerre spéciale" américaine dès la sortie de sa première édition, datée du 15 novembre 1961. Le volume confidentiel figure encore dans sa bibliothèque. Cinq autres éditions "révisées" ont été publiées de 1961 à 1963. "Je les ai toutes obtenues", dit-il, ce qui veut dire qu'il les a aussitôt transmises à Hanoï. Les communistes connaissaient donc exactement la tactique américaine dans le Sud.
Ce programme est officiellement abandonné lors du renversement du président Ngô Dinh Diêm par une junte militaire en novembre 1963. Mais le fiasco d'Âp Bac, plusieurs mois auparavant, a déjà révélé les déboires subis dans son application. Dans un article publié par le New Yorker en mai 2005, Thomas A. Bass affirme qu'à cette occasion Ân "a défini la stratégie", ce qui expliquerait pourquoi lui-même et le commandant viêtcông sur le terrain ont été les seuls à obtenir la plus haute distinction de l'Armée populaire. Le rôle d'Ân n'est-il, déjà à cette date, que celui d'un " espion stratégique" ?
Source : Le Monde, 24 mars 2006