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LE FILM QUI N'EXISTE PAS - MÊME "ALLOCINÉ" SEMBLE IGNORER SON EXISTENCE

 

Enquête

Le Rambo turc débarque en France LE MONDE | 02.03.06 | 13h35 ? Mis à jour le 02.03.06 | 13h35

 

Aucun des guides des spectacles parisiens n'a annoncé la sortie du film Irak, la vallée des loups. Pourtant, mercredi 1er mars, à la séance de 17 heures, il y avait assez de spectateurs pour remplir la moitié des deux cents fauteuils de la salle Cinéma du monde, l'ancienne salle de la Cinémathèque française du boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris. Une majorité d'hommes jeunes, quelques couples, une famille, tous turcs, venus découvrir le plus grand succès de l'histoire récente du cinéma de leur pays natal. Irak, la vallée des loups relate les exploits d'un agent secret turc à Erbil, dans le Kurdistan irakien. Le héros du film, Polat Alemdar, est aux prises avec un potentat américain meurtrier, en cheville avec les dirigeants kurdes.

C'est le colossal succès du film en Turquie, où il a attiré 3,5 millions de spectateurs depuis le 3 février (Le Monde du 21 février), suivi de l'engouement de la communauté turque d'Allemagne, où le film est sorti quelques jours plus tard, qui a provoqué la sortie précipitée du film en France. Une quinzaine d'écrans ont été retenus : celui ???? ! du 10e arrondissement de Paris, un quartier où les Turcs sont nombreux, mais aussi des salles à Pantin, Lille, Colmar, Besançon, Montbéliard, Oyonnax et Lyon. "Ce sont les exploitants qui nous ont demandé de sortir le film plus vite", affirme une porte-parole du distributeur Too Cool, spécialisé depuis deux ans dans la diffusion du cinéma turc en France.

Jusqu'ici, la société n'avait jamais tiré plus de cinq copies d'un même film. Son plus grand succès à ce jour est une comédie plutôt gauchisante, Viziontélé Tuuba, sortie en 2004 à Paris. Les directeurs de salles des régions frontalières avec l'Allemagne et la Belgique s'inquiétaient de voir les Turcs de leurs villes affréter des autocars pour aller voir Irak, la vallée des loups. C'est pour cette raison, affirme-t-on chez Too Cool, que la sortie du long métrage, prévue fin avril, a été avancée au 1er mars.

Du coup, le film sort sans visa d'exploitation. La commission de classification des films n'a pas encore rendu son avis à son sujet, et le Centre national de la cinématographie (CNC) a accordé à Irak, la vallée des loups une "autorisation exceptionnelle de projection", mesure généralement accordée aux films projetés dans les festivals.

Dans un souci préventif, Too Cool recommande aux exploitants d'interdire le film aux moins de 12 ans. Le distributeur se refuse par ailleurs à commenter le contenu du film, qui a provoqué une violente polémique en Allemagne, où le dirigeant de l'Union chrétienne-sociale (CSU), Edmund Stoiber, l'a jugé "anti-occidental et raciste".

Irak, la vallée des loups commence par le suicide d'un officier turc qui ne se remet pas de l'humiliation que les soldats américains ont infligée à son unité. En 2003, stationné à Souleymaniyé, le lieutenant Suleyman et dix de ses hommes ont été arrêtés par l'armée américaine et transférés à Bagdad, la tête recouverte de sacs. Sur cet épisode tiré de l'histoire récente, Irak, la vallée des loups brode un récit de vengeance.

Le lieutenant Suleyman se trouve être proche du super-héros Polat Alemdar, le Rambo turc, électron libre des services d'espionnage, qui décide de partir pour l'Irak, où il vengera son ami. A peine franchie la frontière, Polat et ses deux compagnons exterminent des policiers kurdes qui demandent à voir leurs passeports. "Tous les gouvernants de ce pays ont opprimé le peuple, dit le héros, sauf nos ancêtres."

Le but du voyage est de mettre la main sur Sam Marshall, le potentat américain responsable de l'humiliation des Turcs. Polat aspire à lui recouvrir la tête d'un sac, mais son plan est déjoué par la cruauté de l'Américain, qui utilise des enfants comme boucliers humains. Irak, la vallée des loups se transforme alors en une fresque montrant les atrocités commises par les Américains en Irak.

Alors que l'action principale est confinée à Erbil, au Kurdistan irakien, une séquence montre des détenus transférés à Abou Ghraib, où le metteur en scène reconstitue les tortures perpétrées par des gardiens, parmi lesquels on reconnaît la jeune soldate Lynndie England. C'est aussi à Abou Ghraib que le film installe un médecin anonyme, qui, au détour d'un dialogue, explique qu'il est juif et prélève sur les détenus des reins qui sont expédiés dans des conteneurs étiquetés "New York", "Londres" et "Tel-Aviv".

Mais ce médecin, interprété par Gary Busey, pâlit en comparaison de l'ignoble Sam Marshall. Il a les traits de Billy Zane, comédien américain qui fut le méchant de Titanic. Comme Busey, il est doublé en turc. On le voit prier devant un crucifix. Il est si dévot qu'il a décoré son bureau de proconsul d'une reproduction de la Cène, et il explique à plusieurs reprises qu'il est en Irak pour exécuter la volonté divine. Il trouve en face de lui un saint homme, le cheikh de la communauté turkmène (et donc turcophone) d'Erbil, qui condamne les attentats-suicides et prêche la patience.

Pendant la projection, la salle réagit peu. A la sortie, la plupart des spectateurs se dispersent rapidement. Seul un groupe discute sur le trottoir : "C'est une merde, dit l'un d'eux. Dans le film, l'Américain dit que les Turcs sont des vantards, mais c'est vrai !" Puis il convient en riant que son avis est peut-être influencé par le fait qu'il est kurde.

 

Thomas Sotinel Article paru dans l'édition du 03.03.06

 


 

Elf, pompe Afrique, de Nicolas Lambert


Les mardis 7, 14 et 21 mars " Elf, la pompe Afrique ? " qui poursuit son bonhomme de chemin avec Nicolas Lambert - Lieu : La fenêtre, dans le 1er 77, rue de Charonne, M° Charonne. Tarifs solidaires: 5 ou 15€ Réservations : 01 40 09 70 40 ou sur le site du théâtre Rens. nicolas@unpasdecote.org www.unpasdecote.org

 


 

Exposition didactique et ludique sur le café et son histoire


Documents du XVIe au XIXe siècle, gravures, cartes et photographies anciennes et récentes (Abyssinie/Ethiopie, Yémen, Turquie). Textes concernant les expéditions malouines au Yémen. Présentation de la ville de Moka jadis et de nos jours avec entre autre une maquettes de la ville en 1735, paysages, maquettes, collections d’objets … . Présentation de caféiers et de cafés arabica (commerce équitable, Yémen, Ethiopie, café turc). Dégustation du café Ethiopie-Moka. Librairie spécialisée et objets du café. Jusqu’au 12 mars.
Lieu : Espace "Reine de Saba" 30 rue Pradier Paris 19ème. C’est aussi le siège du comité de soutien aux actions de l’UNESCO au Yemen et en Ethiopie - Rens. 01.43.57.93.92. . www.espacereinedesaba.org . reinedesaba@freesurf.fr



Exposition Les Arts de la coexistence


Dix ans après la fin de l’apartheid, le Musée des Arts Derniers propose une exposition autour de six jeunes artistes représentatifs des nouvelles tendances en Afrique du Sud : Clifford Charles, Zama Dunywa, Sharlene Khan, Colbert Mashile, Fiona Pole, en collaboration avec le plasticien Bruce Clarke. Jusqu’au 9 mars.
Musée des Arts Derniers, 105 rue Mademoiselle, Paris 15è à l’angle des rues Cambronne et Lecourbe M° Cambronne - ouverte tous les jours sauf le lundi. Entrée libre, Rens. 01.44.49.95.70 museedesartsderniers@wanadoo.fr www.art-z.net



L’Epopée de Gilgamesh


Au Théâtre du Lierre à Paris, "L’Epopée de Gilgamesh", à travers la fable du héros civilisateur Guilgamesh, nous conte l'histoire de l'enfance de l'humanité. Adapté et mis en scène par Farid Paya, le récit de l’épopée de ce héros possède la brièveté et la rapidité d'un conte et, comme tel, il a recours au merveilleux. Parallèlement à ce spectacle, le Théâtre du Lierre propose, jusqu’au 30 mars, une exposition des calligraphies réalisées par Hassan Massoudy à partir du livre L’Histoire de Gilgamesh. Lieu : Théâtre du Lierre - 22 rue Chevaleret, Paris 13è - 5 € pour les habitants du XIIIe les,3, 8, 19, 25 mars - M° Bibliothèque F. Mitterand - mercredi, vendredi, samedi 20h30, jeudi 19h30, dimanche 15h - Durée : 1h40 . Jusqu’au 26 mars.
Rens. 01 45 86 55 83 - 03 20 77 18 77 info.lierre@free.fr- Rens. www.letheatredulierre.com

 



Rencontres Interculturelles « ANIM’AFRICA


Rencontres Interculturelles « ANIM’AFRICA » : Expo photographique de S. Buchet « retour de Bamako » du 1er au 11 mars.
Vendredi 10 mars à 18h : projection d'un court-métrage sur le FSM de Bamako puis présentation de SIRA KURA
Samedi 11 mars à 17h : discussion autour de l'économie solidaire en Afrique avec la société Andine et pôt de clôture
L’association Consom’Solidaire est partenaire de cet événement à La Boutique pédagogique, 6 rue du Tage PARIS 13è M° Maison Blanche
Contact 01.45.88.05.15 teremterem@9business.fr www.omnibusnet.org

 



Festival International du Film contre l'Exclusion et pour la Tolérance


Du jeudi 2 au 8 mars Festival International du Film contre l'Exclusion et pour la Tolérance - Cité des Sciences de la Villette, Paris cedex 19. Festival 7e édition - au programme : Badis, un héros, Shooting dogs, Zulu love letters, bienvenue en Afrique, et d'autres films iranien, cinghalais… (source afrinews@africultures.com www.africultures.com)



Gilad Atzmon and Martin Smith : Five for Trane in London on March 14th


An evening of live music and spoken word with Gilad Atzmon and Martin Smith. Featuring five John Coltrane pieces and a set from Gilad and his new band. Tickets £8/£4 from 020 7637 1848
Tue 14 March, 7.30pm, Bar 101, Tottenham Court Road (next to Centre Point), London .

 


 

"L'Arche", le mensuel du judaïsme français), février 2006

 

Dans cette livraison on trouvera un dossier de 22 pages consacré au "négationnisme" en Iran. Parmi les titres, "Robert Faurisson donne des conseils aux Musulmans", avec de longs extraits des plus récents articles du professeur, tels qu'ils circulent sur le Net.

D'une pierre juive, trois coups:

1) on se réserve le droit d'imprimer et de publier des écrits qu'on interdit aux goïm de reproduire et de diffuser;

2) on avise le procureur de l'existence de ces écrits;

3) on comptabilise ces écrits comme autant d'actes "antisémites" dont, à la fin de l'année ou au prochain dîner du CRIF, on présentera la liste au gouvernement français, menace à la bouche et sébille à la main.

Autrefois, aux yeux du juge, le publicateur était tenu pour le premier responsable de la diffusion d'un écrit et l'auteur, pour son complice. Il y a beau temps que les juifs ont obtenu le privilège (encore un) de n'être plus poursuivis dès lors qu'ils dénoncent les écrits qu'ils reproduisent. C'est ce qu'ils font ici. Au total, donc: profits (aucun droit d'auteur à verser) + délation + prime à la délation + chantage + extorsion (aux frais du contribuable français).

On songe ici à ces "guichets de signalement" qu'appelait de ses voeux l'écrivain et médecin Jean-Christophe Rufin (Prix Goncourt 2001 pour "Rouge Brésil") et que le ministre de l'Intérieur, Villepin, avait chargé d'un rapport sur la lutte contre le racisme et l'antisémitisme ("Libération", 20 octobre 2004, p. 16, "Faits et documents," 1er novembre 2004, p. 1-2, 6-7, et "Rivarol" 12 novembre 2004, p. 2).

Ceux qui, comme dans "L'Arche", s'obstinent à traiter les révisionnistes de "négationnistes" (barbarisme) devraient souffrir qu'on les traite d' "affirmationnistes" (autre barbarisme). En fait les révisionnistes ne nient rien du tout mais ils réexaminent et, pour finir, confirment ou infirment. Par exemple, ils ne nient pas que 2 et 2 fassent 6 mais, procédant à un examen, à un réexamen, à une révision de cette affirmation, ils la déclarent fausse.

 

« Infotainment »
Perverse « Syriana »


par Mireille Beaulieu, www.voltairenet.org, 22 février 2006


L'auteur est titulaire d'un DEA de géopolitique et chercheur en histoire du cinéma. Programmatrice cinéma, journaliste.
Les films grand public véhiculent des représentations de la politique internationale qui peuvent influencer les conceptions de millions de spectateurs de par le monde. Le Réseau Voltaire débute aujourd'hui la publication d'une série d'articles mettant en lumière cette dimension de la production cinématographique. Mireille Beaulieu analyse le discours sous-tendu par le thriller politique Syriana, de Stephen Gaghan et produit par George Clooney, ¦uvre non dépourvue d'ambiguïté malgré un emballage contestataire. Ainsi, la dénonciation de la dépendance US au pétrole s'accompagne d'une validation implicite des principes de la « guerre au terrorisme ».

Avant même l'entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, le président Woodrow Wilson confia à son conseiller George Creel le soin de créer un système national de propagande : le Committee on Public Information (CPI), constitué sur le modèle britannique de Wellington House. Ce fut la première agence étatique au monde à recourir au cinéma pour manipuler les masses, un exemple qui devait être bientôt suivi par Joseph Goebbels en Allemagne et Serge Tchakhotine en URSS. En 1915, un Comité de coopération de guerre (War Cooperation Committee) fut constitué pour établir la liaison avec le syndicat patronal de l'industrie cinématographique (Motion Picture Industry of America). Depuis lors, les liens entre Hollywood et l'État fédéral états-unien se sont parfois distendus, mais n'ont jamais été rompus.
Après les attentats du 11 septembre 2001, le Comité de coopération de guerre a été reconstitué par le biais d'un accord entre la Maison-Blanche et Jack Valenti, actuel président de la Motion Picture Association of America, ultérieurement étendu à la Paramount, CBS television, Viacom, Showtime, Dreamwork, HBO et MGM.
Les récents produits hollywoodiens à caractère politique doivent donc être lus au travers de cet accord. S'ils ne sont pas tenus de soutenir l'administration Bush et peuvent amplement critiquer son action, ils doivent participer à l'effort de la « guerre au terrorisme ». Et ces films sont d'autant plus efficaces, en termes de propagande, qu'ils contestent les solutions apportées par le pouvoir pour mieux en valider les problématiques.
Attaché à démasquer les manipulations de l'opinion publique, le Réseau Voltaire publiera une série d'études sur les grands films politiques actuels. Il ne s'agira pas pour nous d'apprécier la valeur artistique de ces ¦uvres, mais de mettre en lumière les ambiguïtés d'une production qui, sous couvert de contester ce qui n'est aucunement défendable, vise à faire admettre par le spectateur à son insu une vision falsifiée du monde pour le précipiter dans le choc des civilisations.

George Clooney contre les guerres du pétrole

Le 22 février sort en France Syriana, long métrage de Stephen Gaghan produit par George Clooney. Ce thriller haletant et cynique a déjà suscité de vifs débats outre-Atlantique [1] où il est présenté comme hautement polémique. Son sujet : la lutte acharnée des États-Unis pour le contrôle des dernières ressources pétrolières. Peu de fictions états-uniennes ont évoqué la question de manière aussi frontale. Pour ce projet, George Clooney s'est associé à Participant Productions, société créée par Jeff Skoll (le fondateur d'eBay) qui organise, par le biais du cinéma, de grandes campagnes d'action sociale. Chaque film coproduit par Participant tente de populariser un thème précis. Dans le cas de Syriana, la campagne, soutenue par les principales associations écologistes comme le National Resources Defense Council et le Sierra Club, est axée sur l'adoption d'une nouvelle politique énergétique. Leur objectif n'est pas de dénoncer les guerres de ressources, mais de protéger l'environnement en réduisant la dépendance des États-Unis au pétrole, ce qui dispensera de conduire des guerres au Proche-Orient et d'affronter des terroristes. Ce thème est si consensuel aux États-Unis qu'il a été repris par le président George W. Bush dans son discours sur l'état de l'Union du 31 janvier 2006. Rien d'étonnant donc à ce que le scénario de cette ¦uvre pseudo-contestataire ait été nominé aux Oscars.

L'histoire commence dans un émirat non identifié du Golfe Persique, qui suggère l'Arabie saoudite. Le prince Nasir, fils aîné de l'émir et ministre des Affaires étrangères, annule le contrat qui accordait les droits de forage d'un gisement de gaz naturel à l'entreprise Connex, géant états-unien de l'énergie. Il accorde ces droits à la Chine, qui est prête à les payer plus cher. C'est un grave revers pour les intérêts états-uniens dans la région. La Connex licencie brutalement de nombreux ouvriers immigrés, en majorité pakistanais qui, loin de l'opulence de la famille régnante, vivaient déjà dans le plus grand dénuement.
Au même moment Killen, une firme texane plus modeste, obtient les droits de forage d'un gisement de pétrole kazakh très convoité. Lorsque la Connex décide de fusionner avec Killen, le département de la Justice des États-Unis charge le cabinet d'avocat Sloan Whiting de vérifier la légalité de la man¦uvre. Son directeur, Dean Whiting, confie l'enquête à un avocat ambitieux, en lui recommandant de ne surtout rien découvrir d'illégal.
Parallèlement à ces intrigues, Bob Barnes, agent de la CIA basé au Proche-Orient (interprété par Georges Clooney), exécute sans états d'âme ses missions - le plus souvent, des assassinats. Barnes est persuadé de servir loyalement son pays. Mais sa perception du monde va bientôt basculer..

L'essentiel des gisements d'hydrocarbures encore productifs va progressivement se concentrer au Proche-Orient. Syriana souligne le tarissement inéluctable et déjà avancé des réserves mondiales exploitables. Un phénomène qui remet en cause le modèle de développement des pays industrialisés ­ en premier lieu des États-Unis, totalement dépendants de cette source d'énergie ­ et qui va modifier à terme les rapports de force internationaux [2] Le film stigmatise l'implacable volonté des États-Unis de contrôler les gisements clés. Et cela, quel qu'en soit le prix. A contrario, il cloue le bec à tous ceux qui s'opposent à la guerre en Irak, mais veulent continuer à remplir le réservoir de leur 4x4 sans se poser de questions existentielles.

 

Un film de gauche inspiré par Robert Baer

George Clonney a souhaité porter à l'écran le livre souvenir de l'ex-agent secret Robert Baer, See No Evil : The True Story of a Ground Soldier in the CIA's War on Terrorism [3]. En définitive, le scénario a aussi beaucoup emprunté au second livre de Baer, Sleeping with the Devil, How Washington Sold Our Soul for Saudi Crude [4].

Robert Baer lorsqu'il était en poste au Proche-Orient pour la CIA

S'il est difficile de classer Robert Baer sur l'échiquier politique états-unien, il est simple d'identifier le groupe dont il est devenu le porte-parole. Baer, qui a été en poste au Proche-Orient et à Paris, a officiellement quitté l'Agence de Langley en 1997 en dénonçant le manque de volonté dans la lutte contre l'islamisme. Après l'attribution des attentats du 11 septembre 2001 à Al Qaïda, il n'a pas manqué d'apparaître comme un visionnaire que l'on avait eu tort de ne pas écouter. Ses ouvrages sont un long plaidoyer pour le renforcement de la branche action de la CIA, dont il faisait partie, c'est-à-dire pour le développement de l'intervention secrète et des coups tordus. Ses descriptions du péril islamiste relèvent de la fabrication de l'ennemi imaginaire, indispensable à la justification de la guerre au terrorisme. Son second livre surfe sur la vague d'opposition à la guerre en Irak pour mieux conduire le lecteur à approuver la cible suivante : l'Arabie saoudite, selon un raisonnement que l'on a déjà vu à l'¦uvre chez Michael Moore dans Fahrenheit 9/11 et qui est directement repris du Conseil de défense du Pentagone.

Le scénario de Syriana imbrique plusieurs récits, impliquant de nombreux personnages entre Orient et Occident, tous liés par ce même enjeu. Une construction complexe, fragmentée, qui déroute le spectateur et le plonge dans une tension palpable. Elle est l'¦uvre du réalisateur Stephen Gaghan, qui a déjà obtenu un Oscar pour le scénario de Traffic.

Célèbre libéral, dans le sens anglo-saxon du terme, (il s'était fermement opposé à l'agression des États-Unis contre l'Irak), George Clooney mène depuis quelques années une triple carrière d'acteur, de réalisateur et de producteur. Il y a cinq ans, il a fondé avec le cinéaste Steven Soderbergh Section Eight, société de production au nom prometteur (« Section Eight » est un terme militaire états-unien qui signifie une mise à pied pour inaptitude physique ou mentale). Clooney et Soderbergh financent des projets originaux et ambitieux, tel Far from Heaven (Loin du Paradis) (2003), hommage flamboyant de Todd Haynes aux mélodrames sociaux de Douglas Sirk. L'année 2005 représente une étape de plus pour Section Eight, qui vient de sortir aux États-Unis deux films ouvertement politiques : Good Night, and Good Luck, portrait réalisé par Clooney d'Edward R. Murrow, journaliste qui contribua à décrédibiliser McCarthy, et Syriana.

On peut s'étonner, pour ce dernier film, du choix d'adapter Robert Baer, faucon particulièrement extrémiste qui accrédite dans ses livres la fameuse thèse de l'affaiblissement et de la désorganisation de la CIA. Une CIA prétendument sacrifiée par le gouvernement pendant des années, et donc incapable de prévoir et de contrer les actes terroristes. Le fil conducteur des différentes intrigues de Syriana est pourtant bien le personnage de Bob Barnes, agent de la CIA calqué sur Baer. Néanmoins, See no Evil n'est qu'un point de départ pour le scénario de Stephen Gaghan, même si le vrai Robert Baer joue un petit rôle dans le film ­ celui d'un officier de l'Agence.. De fait, l'image de la CIA est peu flatteuse : c'est une organisation criminelle, opaque, tentaculaire, qui pratique la manipulation et l'assassinat à grande échelle. En outre, le film fait clairement allusion à la guerre en Irak, cette trop réelle guerre du pétrole. Dans les locaux de la CIA à Washington, Bob Barnes assiste à une réunion du « Committee to Liberate Iran », une organisation regroupant responsables politiques, hommes d'affaires et agents de renseignement. Référence directe au Committee for the Liberation of Iraq (CLI) [5] et à la toujours active Coalition for Democracy in Iran [6], fondée par plusieurs néo-conservateurs du CLI. Il semble donc s'agir d'une prise de position contre l'une des prochaines guerres états-uniennes ­ l'attaque annoncée de l'Iran.
Une partie du récit de Syriana ressemble ainsi à un véritable réquisitoire contre la CIA et les méthodes de pouvoir à Washington. L'une des dernières images du film montre la « frappe chirurgicale » lancée par la CIA pour se débarrasser de l'« anti-Américain » Nasir. Bob Barnes, lâché par l'Agence et comprenant qu'il a été manipulé toute sa vie, tente d'avertir le prince. Il disparaît avec lui, pulvérisé par un missile.

Cependant, George Clooney nie la sincérité de ce message en affirmant dans les notes de production : « L'un des aspects de l'histoire de Bob [Barnes] est le démantèlement systématique de la CIA et ses conséquences. Le résultat, c'est qu'au Moyen-Orient il reste peu d'agents parlant arabe, ce qui est dangereux. Le concept était le suivant : la Guerre froide étant terminée, nous n'avons plus besoin de réseaux de surveillance, d'agents de terrain. Ainsi, Bob se retrouve pris dans une véritable opération de dégraissage. » [7].
Premier paradoxe troublant, alors que le film brosse un tableau extrêmement sombre de la société états-unienne.

Les gigantesques profits engrangés par les compagnies pétrolières entraînent logiquement corruption et intrigues de pouvoir. Mais c'est le système économique et politique dans son ensemble qui est gangrené, le contrôle de l'or noir justifiant de subtiles relations incestueuses entre État, services secrets, secteur juridique et multinationales. Un businessman du pétrole déclame d'ailleurs, dans une scène mémorable, un éloge cynique de la corruption. Quant aux enjeux financiers de l'industrie pétrolière états-unienne, on peut les illustrer par les résultats du numéro un mondial Exxon-Mobil pour 2005 : plus de 36 milliards de dollars de bénéfices, soit un montant supérieur au PIB de 125 des 184 pays classés par la Banque Mondiale.
George Clooney enfonce le clou dans une interview récente : « Ce n'est pas une attaque contre l'administration Bush, c'est une attaque contre le système qui est en place depuis 60 ou 70 ans, et au centre duquel s'est toujours trouvé le pétrole ». Une analyse contredite par ses précédentes déclarations sur la CIA, qu'il s'agirait selon lui de renforcer ! En lisant entre les lignes, on pourrait lui attribuer une simple volonté d'alternance ­ le retour au pouvoir des démocrates comme gage d'assainissement du système ?

Syriana tente malgré tout de faire exister à l'écran des personnages et des pays généralement absents des produits hollywoodiens, sinon à des fins de basse propagande. Clooney et son réalisateur Stephen Gaghan affirment vouloir faire découvrir au public états-unien des problématiques qui lui sont totalement étrangères. Le respect des différentes langues, chose très rare à Hollywood, est à souligner ; au Liban, on parle arabe, à Téhéran, farsi ; les immigrés pakistanais de l'émirat conversent en ourdou. De même, les images sont captées le plus souvent possible sur les lieux de l'action ; les scènes situées dans le Golfe Persique ont ainsi été filmées dans la métropole ultra-moderne de Dubaï et ses environs. C'est la première fois qu'une production états-unienne tourne officiellement dans cet émirat. Les décors censés représenter Beyrouth et Téhéran ont en revanche été reconstitués à Casablanca, officiellement pour raisons de sécurité.
La représentation des Arabes et des Orientaux cherche, sans toujours y parvenir, à éviter la caricature. Le prince Nasir, l'un des seuls personnages positifs du film, incarne par exemple la raison et le progrès. Il veut rompre avec les États-Unis, anticipe l'épuisement des gisements pétroliers et souhaite démocratiser les institutions. « C'est le nouveau Mossadegh ! » s'exclame avec admiration un jeune conseiller états-unien converti à ses vues. La référence est savoureuse, et anticipe le dénouement du film..

Une attention particulière est apportée à la description des conditions de vie des ouvriers immigrés qui travaillent dans les installations pétrolières de l'émirat. Logés dans des baraquements sordides, ils triment pour un salaire de misère, sans le moindre droit. Le récit s'attache à un groupe de Pakistanais. Lorsque la Connex licencie massivement, le jeune Wasim et son père perdent à la fois leur travail et leur permis de séjour. La vie quotidienne du jeune homme, entre les baraquements surchauffés et l'errance dans le désert environnant, prend des aspects presque documentaires. Voici une réalité méconnue de la guerre du pétrole. Un prolétariat déraciné et soumis à une forme moderne d'esclavage. Le personnage de Wasim est assez finement observé ; c'est un adolescent sensible et doux, très émouvant.
Mais.. il est musulman.

Là commencent les limites du respect et de la représentation prétendument objective. Ayant perdu depuis son licenciement tout droit de séjour dans l'émirat, brutalisé par les services de police, Wasim n'a aucune perspective. Poussé par la faim et le désespoir, il se met à fréquenter, avec un ami, une école coranique, dans laquelle il peut manger gratuitement. L'enseignement y semble d'abord modéré. Mais soudain apparaît un religieux plus jeune et nettement moins sympathique. On l'identifie immédiatement comme nuisible, pour l'avoir vu précédemment voler un missile Stinger. Son apparence est frappante : c'est un Arabe au regard bleu et sournois. Il n'a qu'un but : endoctriner les jeunes recrues pour leur faire commettre des attentats suicides. L'histoire de Wasim est dès lors une accumulation de clichés improbables. L'adolescent songeur et si peu religieux se transforme en un temps record en fanatique, qui précipitera une barque bourrée d'explosifs contre le flanc d'un tanker états-unien. On aura reconnu au passage une allusion à l'attentat commis en 2000 contre le navire militaire USS Cole. Clooney et Gaghan ont maintes fois exposé un autre de leurs desseins : expliquer les actes terroristes par la misère, l'humiliation et la révolte, et montrer les êtres simplement humains sacrifiés dans ces attaques. Mais la spectaculaire transformation de Wasim n'est jamais crédible. Cette grossière ficelle de scénario réduit à néant l'objectif affiché. Il s'agit plutôt ici de conforter les fantasmes d'opinions publiques à qui on a inculqué l'équation terroriste = musulman. Ce qui n'a pas empêché le metteur en scène et son producteur d'être vilipendés aux États-Unis par une partie de la presse pour avoir rendu sympathique un misérable terroriste.

De même, l'émirat fictif est une transposition à peine voilée de l'Arabie saoudite. Les similitudes abondent : le vieil émir malade évoque le roi Fahd à la fin de sa vie, sa grandiose résidence de Marbella est une réplique de celle que la famille Al-Saoud possède précisément à Marbella, etc. Revoici le thème du « pacte avec le Diable », des liens mortifères tissés par les États-Unis avec un royaume soutenant le terrorisme, dans le seul but d'exploiter ses gisements de pétrole. Robert Baer avait consacré un second livre à cet inépuisable sujet, Sleeping With the Devil : How Washington Sold Our Soul for Saudi Crude, auquel le film emprunte beaucoup plus qu'à See no Evil. On peut de surcroît se demander comment la question du conflit israélo-palestinien peut être entièrement passée sous silence dans un film examinant les enjeux géopolitiques du Moyen-Orient.

Mais il y a pire : l'épisode situé au Liban.
On y voit Bob Barnes-Clooney, qui a pour mission de « neutraliser » le prince Nasir, solliciter la protection du Hezbollah. A son arrivée à Beyrouth, on le jette les yeux bandés dans une voiture qui doit le conduire au quartier général secret du Hezbollah. La caméra suit le véhicule dans les rues d'un quartier pauvre ; on observe de nombreux hommes en armes postés sur les toits. Un sous-titre indique : « Banlieue de Beyrouth contrôlée par le Hezbollah ». Dans un immeuble neutre, Barnes est reçu par un religieux âgé et respectable, qui lui accorde sa protection. Puis il contacte un personnage douteux nommé Moussawi, qu'il veut charger du meurtre de Nasir. Mais Moussawi est un traître, et il soumet Barnes à la torture. Alors qu'il est sur le point de le tuer, le religieux âgé du Hezbollah entre dans la pièce et lui ordonne de cesser. Barnes s'évanouit ; à son réveil, il trouve à ses côtés une photo du vieil imam portant ces mots : « Pensez à faire un don avant de quitter Beyrouth. » Quelle est la signification de tout ce passage, rarement relevé dans les comptes-rendus du film ? Sans aucun doute, l'assimilation du Hezbollah à une organisation terroriste sanguinaire. Le tortionnaire n'est jamais clairement présenté comme un membre du Hezbollah, mais son nom est Moussawi, tout comme le véritable responsable des affaires internationales de ce parti, Nawaf El Moussawi. L'un des guides religieux du Hezbollah intervient calmement en plein « interrogatoire » ; il semble venir tout droit de la pièce voisine. Et cette interminable scène de torture, au cours de laquelle Moussawi arrache les ongles de Barnes avec une tenaille, est particulièrement atroce, presque insoutenable pour le spectateur. Pour compliquer les choses, Stephen Gaghan a longuement détaillé à la presse sa démarche en tant que scénariste et réalisateur de Syriana. Il se présente comme un États-unien moyen, mais passionné de politique internationale. Quand Stephen Soderbergh et George Clooney lui ont confié l'adaptation de See no Evil, il s'est, dit-il, soigneusement documenté sur le sujet. Il affirme avoir trouvé le terme « Syriana » dans le vocabulaire de certains think-tanks de Washington, pour désigner le remodelage du Moyen-Orient qu'ils souhaitent imposer. Or, c'est totalement faux. Le mot n'apparaît dans aucun document publié par les groupes de réflexion proches du pouvoir. Max Boot, farouche journaliste néo-conservateur, confirme le fait dans un article pour le Los Angeles Times hostile au film (jugé favorable au terrorisme !) : « Je travaille dans un think-tank qui possède un vaste bureau à Washington, et je n'ai jamais entendu ce terme. » [8]. « Syriana » est en fait le nom historique du projet de Grande Syrie, qui regroupe autour de ce pays le Liban, la Palestine et la Transjordanie.

Toujours à des fins documentaires, Gaghan a voyagé plusieurs mois en Europe et au Moyen-Orient en compagnie de Robert Baer. Baer est censé l'avoir mis en relation avec un certain nombre de personnes et d'organisations qui faisaient partie de son réseau de contacts pour la CIA. Le cinéaste insiste sur la grande variété de points de vue qu'il a recueilli. Interrogé sur le Hezbollah, il se déclare assez impressionné par son expérience, sans exprimer d'accord ou de désaccord avec la doctrine du parti libanais. Mais le récit de son entrevue avec un dirigeant officiel est rocambolesque. Il affirme avoir reçu un appel téléphonique sur son portable, dès son arrivée à Beyrouth. Un contact de Robert Baer lui donne rendez-vous quelques minutes plus tard. Là, on l'installe dans une voiture, puis on lui bande les yeux tout en lui parlant en arabe, langue qu'il ne comprend pas. Pris de panique, il se demande si on ne va pas l'exécuter sommairement. Mais après un trajet secret, on l'introduit dans un immeuble décrépi, où le reçoit un vieil homme de 80 ans. C'est Mohammed Hussein Fadlallah, le guide spirituel du Hezbollah. Courtois et charismatique, Fadlallah lui parle des actions sociales de son parti, notamment de la création d'orphelinats. Le cinéaste n'explicite jamais la séquence libanaise de Syriana, ni sa signification profonde. Mais il répète à plusieurs reprises l'histoire de son « enlèvement », aventure reproduite pratiquement à l'identique dans le film.

Nous avons interrogé des responsables du Hezbollah sur les circonstances de la rencontre entre le réalisateur Stephen Gaghan et un membre de cette organisation. Les faits réels se révèlent totalement différents. Le voyage secret, bandeau sur les yeux, n'est que pure invention. Le Hezbollah est au Liban un parti politique officiel, qui siège au Parlement depuis plusieurs années et n'a nul besoin de mise en scène théâtrale pour recevoir des visiteurs étrangers. De plus, Gaghan, qui était accompagné de deux personnes, n'a jamais rencontré Mohammed Hussein Fadlallah, mais seulement un secrétaire du Bureau Politique et un cadre chargé des Affaires étrangères du Hezbollah. Il a également été reçu dans les locaux d'Al-Manar, la télévision créée par le parti. Par extension, la séquence de la « banlieue de Beyrouth contrôlée par le Hezbollah » dans le film ­ des rues aux toits envahis par des hommes armés ­ est totalement mensongère. Les rues des faubourgs de Beyrouth ont aujourd'hui une apparence bien ordinaire, sans déploiement de force. Quelle idéologie de telles images véhiculent-elles ? Le fait de travestir une organisation libanaise de résistance en officine terroriste est révélateur.

Que restera-t-il chez les spectateurs ?

Syriana est une ¦uvre ambiguë, tissée de contradictions. La mise en cause du système politique des États-Unis et de ses guerres du pétrole est certes positive pour un public états-unien désinformé et nourri aux slogans sur le « mode de vie non négociable » du pays. George Clooney se réfère nommément à la période contestataire des années 70, au cours de laquelle Hollywood a produit de grands films accusateurs : All the President's Men (1976) (Les Hommes du président en français), brillante reconstitution du scandale du Watergate, et The Parallax View (1974) (A cause d'un assassinat en français), qui met en scène un hallucinant complot politique, tous deux réalisés par Alan Pakula ; Three Days of the Condor de Sydney Pollack (1975) (Les Trois jours du Condor en français), célèbre dénonciation des crimes de la CIA..
Rappelons cependant qu'après le 11 septembre, le silence était assourdissant dans la sphère médiatique et culturelle des États-Unis, à de rares exceptions près. Quand l'ampleur du désastre en Irak et les effets des lois totalitaires de l'administration Bush eurent peu à peu ébranlé le conditionnement des citoyens, le besoin de défoulement face à ce mauvais rêve devint vital. Aujourd'hui, la majorité de la population états-unienne se prononce contre la poursuite de la guerre en Irak et Bush est discrédité. Il est donc beaucoup plus facile de tourner des films quelque peu contestataires. En outre, le succès inattendu du Farenheit 9/11 de Michael Moore en 2004 a donné des idées aux majors. Des films critiquant la politique du pays peuvent potentiellement rapporter beaucoup d'argent. Pourquoi s'en priver ? Section Eight, la société de Clooney et Soderbergh, est en contrat avec Warner Bros. La Warner espérait réaliser de bonnes affaires avec Syriana, qui est après tout un thriller virtuose interprété par de nombreuses stars (George Clooney, Matt Damon, William Hurt, Jeffrey Wright, Christopher Plummer..). Les résultats au box-office (plus de 45 millions de dollars de recettes pendant les deux premiers mois d'exploitation sur le seul territoire des États-Unis, pour un coût de production de 50 millions) sont d'ailleurs très appréciables pour un film labellisé « suspense géopolitique ».

Mais que vont aller voir les spectateurs ? Un suspense exotique ou une ¦uvre politique ? Que vont-ils retenir du récit ? Certains seront incapables de faire la part des choses. La stigmatisation des musulmans comme terroristes potentiels n'est-elle pas bien plus angoissante pour un public conditionné à la peur de l'autre que la dénonciation des exactions états-uniennes dans le monde ? Quant à la corruption du système politique des États-Unis, il est notoire, et passe souvent pour une fatalité. Le plus grave reste l'assimilation du Hezbollah, mouvement de résistance né pendant la guerre du Liban, à une organisation de tortionnaires ennemis de l'« Amérique ».

Le message cinématographique de Stephen Gaghan et George Clooney est un message pervers. Il s'agit de ne pas en être dupe.

Notes :
[1] « Après tout, ce n'est qu'un film.. », Voltaire, 13 janvier 2006.

[2] « Le déplacement du pouvoir pétrolier » par Arthur Lepic et Jack Naffair, Voltaire, 10 mai 2004.

[3] See No Evil : The True Story of a Ground Soldier in the CIA's War on Terrorism par Robert Baer, Three Rivers Press, 2002. Version française : La chute de la CIA, Les mémoires d'un guerrier de l'ombre sur le front de l'islamisme, Lattès éd, 2002.

[4] Sleeping with the Devil, How Washington Sold Our Soul for Saudi Crude par Robert Baer, Three Rivers Press, 2004. Version française Or noir et Maison-Blanche, Comment l'Amérique a vendu son âme pour acheter le pétrole saoudien, Gallimard éd., 2004.

[5] « Une guerre juteuse pour Lockheed Martin », Voltaire, 7 février 2003.

[6] « Les bonnes raisons d'intervenir en Iran », Voltaire, 12 février 2004.

[7] « Final Production Notes », Site de George Clooney.

[8] « Hollywood's bad guy problem », par Max Boot, Los Angeles Times, 28 décembre 2005.

Source : http://www.voltairenet.org/article135924.html