LE FILM QUI N'EXISTE PAS - MÊME "ALLOCINÉ"
SEMBLE IGNORER SON EXISTENCE
Enquête
Le Rambo turc débarque en France LE MONDE
| 02.03.06 | 13h35 ? Mis à jour le 02.03.06 | 13h35
Aucun
des guides des spectacles parisiens n'a annoncé la sortie du
film Irak, la vallée des loups. Pourtant, mercredi 1er mars,
à la séance de 17 heures, il y avait assez de spectateurs
pour remplir la moitié des deux cents fauteuils de la salle Cinéma
du monde, l'ancienne salle de la Cinémathèque française
du boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris. Une majorité d'hommes
jeunes, quelques couples, une famille, tous turcs, venus découvrir
le plus grand succès de l'histoire récente du cinéma
de leur pays natal. Irak, la vallée des loups relate les exploits
d'un agent secret turc à Erbil, dans le Kurdistan irakien. Le
héros du film, Polat Alemdar, est aux prises avec un potentat
américain meurtrier, en cheville avec les dirigeants kurdes.
C'est le colossal succès du film en Turquie,
où il a attiré 3,5 millions de spectateurs depuis le 3
février (Le Monde du 21 février), suivi de l'engouement
de la communauté turque d'Allemagne, où le film est sorti
quelques jours plus tard, qui a provoqué la sortie précipitée
du film en France. Une quinzaine d'écrans ont été
retenus : celui ???? ! du 10e arrondissement de Paris, un quartier où
les Turcs sont nombreux, mais aussi des salles à Pantin, Lille,
Colmar, Besançon, Montbéliard, Oyonnax et Lyon. "Ce
sont les exploitants qui nous ont demandé de sortir le film plus
vite", affirme une porte-parole du distributeur Too Cool, spécialisé
depuis deux ans dans la diffusion du cinéma turc en France.
Jusqu'ici, la société n'avait jamais
tiré plus de cinq copies d'un même film. Son plus grand
succès à ce jour est une comédie plutôt gauchisante,
Viziontélé Tuuba, sortie en 2004 à Paris. Les directeurs
de salles des régions frontalières avec l'Allemagne et
la Belgique s'inquiétaient de voir les Turcs de leurs villes
affréter des autocars pour aller voir Irak, la vallée
des loups. C'est pour cette raison, affirme-t-on chez Too Cool, que
la sortie du long métrage, prévue fin avril, a été
avancée au 1er mars.
Du coup, le film sort sans visa d'exploitation. La
commission de classification des films n'a pas encore rendu son avis
à son sujet, et le Centre national de la cinématographie
(CNC) a accordé à Irak, la vallée des loups une
"autorisation exceptionnelle de projection", mesure généralement
accordée aux films projetés dans les festivals.
Dans un souci préventif, Too Cool recommande
aux exploitants d'interdire le film aux moins de 12 ans. Le distributeur
se refuse par ailleurs à commenter le contenu du film, qui a
provoqué une violente polémique en Allemagne, où
le dirigeant de l'Union chrétienne-sociale (CSU), Edmund Stoiber,
l'a jugé "anti-occidental et raciste".
Irak, la vallée des loups commence par le suicide
d'un officier turc qui ne se remet pas de l'humiliation que les soldats
américains ont infligée à son unité. En
2003, stationné à Souleymaniyé, le lieutenant Suleyman
et dix de ses hommes ont été arrêtés par
l'armée américaine et transférés à
Bagdad, la tête recouverte de sacs. Sur cet épisode tiré
de l'histoire récente, Irak, la vallée des loups brode
un récit de vengeance.
Le lieutenant Suleyman se trouve être proche
du super-héros Polat Alemdar, le Rambo turc, électron
libre des services d'espionnage, qui décide de partir pour l'Irak,
où il vengera son ami. A peine franchie la frontière,
Polat et ses deux compagnons exterminent des policiers kurdes qui demandent
à voir leurs passeports. "Tous les gouvernants de ce pays
ont opprimé le peuple, dit le héros, sauf nos ancêtres."
Le but du voyage est de mettre la main sur Sam Marshall,
le potentat américain responsable de l'humiliation des Turcs.
Polat aspire à lui recouvrir la tête d'un sac, mais son
plan est déjoué par la cruauté de l'Américain,
qui utilise des enfants comme boucliers humains. Irak, la vallée
des loups se transforme alors en une fresque montrant les atrocités
commises par les Américains en Irak.
Alors que l'action principale est confinée à
Erbil, au Kurdistan irakien, une séquence montre des détenus
transférés à Abou Ghraib, où le metteur
en scène reconstitue les tortures perpétrées par
des gardiens, parmi lesquels on reconnaît la jeune soldate Lynndie
England. C'est aussi à Abou Ghraib que le film installe un médecin
anonyme, qui, au détour d'un dialogue, explique qu'il est juif
et prélève sur les détenus des reins qui sont expédiés
dans des conteneurs étiquetés "New York", "Londres"
et "Tel-Aviv".
Mais ce médecin, interprété par
Gary Busey, pâlit en comparaison de l'ignoble Sam Marshall. Il
a les traits de Billy Zane, comédien américain qui fut
le méchant de Titanic. Comme Busey, il est doublé en turc.
On le voit prier devant un crucifix. Il est si dévot qu'il a
décoré son bureau de proconsul d'une reproduction de la
Cène, et il explique à plusieurs reprises qu'il est en
Irak pour exécuter la volonté divine. Il trouve en face
de lui un saint homme, le cheikh de la communauté turkmène
(et donc turcophone) d'Erbil, qui condamne les attentats-suicides et
prêche la patience.
Pendant la projection, la salle réagit peu.
A la sortie, la plupart des spectateurs se dispersent rapidement. Seul
un groupe discute sur le trottoir : "C'est une merde, dit l'un
d'eux. Dans le film, l'Américain dit que les Turcs sont des vantards,
mais c'est vrai !" Puis il convient en riant que son avis est peut-être
influencé par le fait qu'il est kurde.
Thomas Sotinel Article paru dans l'édition du
03.03.06
Elf, pompe Afrique, de Nicolas Lambert
Les mardis 7, 14 et 21 mars " Elf, la pompe Afrique ? " qui
poursuit son bonhomme de chemin avec Nicolas Lambert - Lieu : La fenêtre,
dans le 1er 77, rue de Charonne, M° Charonne. Tarifs solidaires:
5 ou 15€ Réservations : 01 40 09 70 40 ou sur le site du
théâtre Rens. nicolas@unpasdecote.org www.unpasdecote.org
Exposition didactique et ludique sur le café
et son histoire
Documents du XVIe au XIXe siècle, gravures, cartes et photographies
anciennes et récentes (Abyssinie/Ethiopie, Yémen, Turquie).
Textes concernant les expéditions malouines au Yémen.
Présentation de la ville de Moka jadis et de nos jours avec entre
autre une maquettes de la ville en 1735, paysages, maquettes, collections
d’objets … . Présentation de caféiers et de
cafés arabica (commerce équitable, Yémen, Ethiopie,
café turc). Dégustation du café Ethiopie-Moka.
Librairie spécialisée et objets du café. Jusqu’au
12 mars.
Lieu : Espace "Reine de Saba" 30 rue Pradier Paris 19ème.
C’est aussi le siège du comité de soutien aux actions
de l’UNESCO au Yemen et en Ethiopie - Rens. 01.43.57.93.92. .
www.espacereinedesaba.org . reinedesaba@freesurf.fr
Exposition Les Arts de la coexistence
Dix ans après la fin de l’apartheid, le Musée des
Arts Derniers propose une exposition autour de six jeunes artistes représentatifs
des nouvelles tendances en Afrique du Sud : Clifford Charles, Zama Dunywa,
Sharlene Khan, Colbert Mashile, Fiona Pole, en collaboration avec le
plasticien Bruce Clarke. Jusqu’au 9 mars.
Musée des Arts Derniers, 105 rue Mademoiselle, Paris 15è
à l’angle des rues Cambronne et Lecourbe M° Cambronne
- ouverte tous les jours sauf le lundi. Entrée libre, Rens. 01.44.49.95.70
museedesartsderniers@wanadoo.fr www.art-z.net
L’Epopée de Gilgamesh
Au Théâtre du Lierre à Paris, "L’Epopée
de Gilgamesh", à travers la fable du héros civilisateur
Guilgamesh, nous conte l'histoire de l'enfance de l'humanité.
Adapté et mis en scène par Farid Paya, le récit
de l’épopée de ce héros possède la
brièveté et la rapidité d'un conte et, comme tel,
il a recours au merveilleux. Parallèlement à ce spectacle,
le Théâtre du Lierre propose, jusqu’au 30 mars, une
exposition des calligraphies réalisées par Hassan Massoudy
à partir du livre L’Histoire de Gilgamesh. Lieu : Théâtre
du Lierre - 22 rue Chevaleret, Paris 13è - 5 € pour les
habitants du XIIIe les,3, 8, 19, 25 mars - M° Bibliothèque
F. Mitterand - mercredi, vendredi, samedi 20h30, jeudi 19h30, dimanche
15h - Durée : 1h40 . Jusqu’au 26 mars.
Rens. 01 45 86 55 83 - 03 20 77 18 77 info.lierre@free.fr- Rens. www.letheatredulierre.com
Rencontres Interculturelles « ANIM’AFRICA
Rencontres Interculturelles « ANIM’AFRICA » : Expo
photographique de S. Buchet « retour de Bamako » du 1er
au 11 mars.
Vendredi 10 mars à 18h : projection d'un court-métrage
sur le FSM de Bamako puis présentation de SIRA KURA
Samedi 11 mars à 17h : discussion autour de l'économie
solidaire en Afrique avec la société Andine et pôt
de clôture
L’association Consom’Solidaire est partenaire de cet événement
à La Boutique pédagogique, 6 rue du Tage PARIS 13è
M° Maison Blanche
Contact 01.45.88.05.15 teremterem@9business.fr www.omnibusnet.org
Festival International du Film contre l'Exclusion
et pour la Tolérance
Du jeudi 2 au 8 mars Festival International du Film contre l'Exclusion
et pour la Tolérance - Cité des Sciences de la Villette,
Paris cedex 19. Festival 7e édition - au programme : Badis, un
héros, Shooting dogs, Zulu love letters, bienvenue en Afrique,
et d'autres films iranien, cinghalais… (source afrinews@africultures.com
www.africultures.com)
Gilad Atzmon and Martin Smith : Five for Trane
in London on March 14th
An evening of live music and spoken word with Gilad Atzmon and Martin
Smith. Featuring five John Coltrane pieces and a set from Gilad and
his new band. Tickets £8/£4 from 020 7637 1848
Tue 14 March, 7.30pm, Bar 101, Tottenham Court Road (next to Centre
Point), London .
"L'Arche", le mensuel
du judaïsme français), février 2006
Dans cette livraison on trouvera un dossier de 22
pages consacré au "négationnisme" en Iran. Parmi
les titres, "Robert Faurisson donne des conseils aux Musulmans",
avec de longs extraits des plus récents articles du professeur,
tels qu'ils circulent sur le Net.
D'une pierre juive, trois coups:
1) on se réserve le droit d'imprimer et de publier
des écrits qu'on interdit aux goïm de reproduire et de diffuser;
2) on avise le procureur de l'existence de ces écrits;
3) on comptabilise ces écrits comme autant d'actes
"antisémites" dont, à la fin de l'année
ou au prochain dîner du CRIF, on présentera la liste au
gouvernement français, menace à la bouche et sébille
à la main.
Autrefois, aux yeux du juge, le publicateur était
tenu pour le premier responsable de la diffusion d'un écrit et
l'auteur, pour son complice. Il y a beau temps que les juifs ont obtenu
le privilège (encore un) de n'être plus poursuivis dès
lors qu'ils dénoncent les écrits qu'ils reproduisent.
C'est ce qu'ils font ici. Au total, donc: profits (aucun droit d'auteur
à verser) + délation + prime à la délation
+ chantage + extorsion (aux frais du contribuable français).
On songe ici à ces "guichets de signalement"
qu'appelait de ses voeux l'écrivain et médecin Jean-Christophe
Rufin (Prix Goncourt 2001 pour "Rouge Brésil") et que
le ministre de l'Intérieur, Villepin, avait chargé d'un
rapport sur la lutte contre le racisme et l'antisémitisme ("Libération",
20 octobre 2004, p. 16, "Faits et documents," 1er novembre
2004, p. 1-2, 6-7, et "Rivarol" 12 novembre 2004, p. 2).
Ceux qui, comme dans "L'Arche", s'obstinent
à traiter les révisionnistes de "négationnistes"
(barbarisme) devraient souffrir qu'on les traite d' "affirmationnistes"
(autre barbarisme). En fait les révisionnistes ne nient rien
du tout mais ils réexaminent et, pour finir, confirment ou infirment.
Par exemple, ils ne nient pas que 2 et 2 fassent 6 mais, procédant
à un examen, à un réexamen, à une révision
de cette affirmation, ils la déclarent fausse.
« Infotainment »
Perverse « Syriana »
par Mireille Beaulieu, www.voltairenet.org, 22 février
2006
L'auteur est titulaire d'un DEA de géopolitique et chercheur
en histoire du cinéma. Programmatrice cinéma, journaliste.
Les films grand public véhiculent des représentations
de la politique internationale qui peuvent influencer les conceptions
de millions de spectateurs de par le monde. Le Réseau Voltaire
débute aujourd'hui la publication d'une série d'articles
mettant en lumière cette dimension de la production cinématographique.
Mireille Beaulieu analyse le discours sous-tendu par le thriller politique
Syriana, de Stephen Gaghan et produit par George Clooney, ¦uvre
non dépourvue d'ambiguïté malgré un emballage
contestataire. Ainsi, la dénonciation de la dépendance
US au pétrole s'accompagne d'une validation implicite des principes
de la « guerre au terrorisme ».
Avant même l'entrée des États-Unis
dans la Première Guerre mondiale, le président Woodrow
Wilson confia à son conseiller George Creel le soin de créer
un système national de propagande : le Committee on Public Information
(CPI), constitué sur le modèle britannique de Wellington
House. Ce fut la première agence étatique au monde à
recourir au cinéma pour manipuler les masses, un exemple qui
devait être bientôt suivi par Joseph Goebbels en Allemagne
et Serge Tchakhotine en URSS. En 1915, un Comité de coopération
de guerre (War Cooperation Committee) fut constitué pour établir
la liaison avec le syndicat patronal de l'industrie cinématographique
(Motion Picture Industry of America). Depuis lors, les liens entre Hollywood
et l'État fédéral états-unien se sont parfois
distendus, mais n'ont jamais été rompus.
Après les attentats du 11 septembre 2001, le Comité de
coopération de guerre a été reconstitué
par le biais d'un accord entre la Maison-Blanche et Jack Valenti, actuel
président de la Motion Picture Association of America, ultérieurement
étendu à la Paramount, CBS television, Viacom, Showtime,
Dreamwork, HBO et MGM.
Les récents produits hollywoodiens à caractère
politique doivent donc être lus au travers de cet accord. S'ils
ne sont pas tenus de soutenir l'administration Bush et peuvent amplement
critiquer son action, ils doivent participer à l'effort de la
« guerre au terrorisme ». Et ces films sont d'autant plus
efficaces, en termes de propagande, qu'ils contestent les solutions
apportées par le pouvoir pour mieux en valider les problématiques.
Attaché à démasquer les manipulations de l'opinion
publique, le Réseau Voltaire publiera une série d'études
sur les grands films politiques actuels. Il ne s'agira pas pour nous
d'apprécier la valeur artistique de ces ¦uvres, mais de
mettre en lumière les ambiguïtés d'une production
qui, sous couvert de contester ce qui n'est aucunement défendable,
vise à faire admettre par le spectateur à son insu une
vision falsifiée du monde pour le précipiter dans le choc
des civilisations.
George Clooney contre les guerres du pétrole
Le 22 février sort en France Syriana, long métrage
de Stephen Gaghan produit par George Clooney. Ce thriller haletant et
cynique a déjà suscité de vifs débats outre-Atlantique
[1] où il est présenté comme hautement polémique.
Son sujet : la lutte acharnée des États-Unis pour le contrôle
des dernières ressources pétrolières. Peu de fictions
états-uniennes ont évoqué la question de manière
aussi frontale. Pour ce projet, George Clooney s'est associé
à Participant Productions, société créée
par Jeff Skoll (le fondateur d'eBay) qui organise, par le biais du cinéma,
de grandes campagnes d'action sociale. Chaque film coproduit par Participant
tente de populariser un thème précis. Dans le cas de Syriana,
la campagne, soutenue par les principales associations écologistes
comme le National Resources Defense Council et le Sierra Club, est axée
sur l'adoption d'une nouvelle politique énergétique. Leur
objectif n'est pas de dénoncer les guerres de ressources, mais
de protéger l'environnement en réduisant la dépendance
des États-Unis au pétrole, ce qui dispensera de conduire
des guerres au Proche-Orient et d'affronter des terroristes. Ce thème
est si consensuel aux États-Unis qu'il a été repris
par le président George W. Bush dans son discours sur l'état
de l'Union du 31 janvier 2006. Rien d'étonnant donc à
ce que le scénario de cette ¦uvre pseudo-contestataire
ait été nominé aux Oscars.
L'histoire commence dans un émirat non identifié
du Golfe Persique, qui suggère l'Arabie saoudite. Le prince Nasir,
fils aîné de l'émir et ministre des Affaires étrangères,
annule le contrat qui accordait les droits de forage d'un gisement de
gaz naturel à l'entreprise Connex, géant états-unien
de l'énergie. Il accorde ces droits à la Chine, qui est
prête à les payer plus cher. C'est un grave revers pour
les intérêts états-uniens dans la région.
La Connex licencie brutalement de nombreux ouvriers immigrés,
en majorité pakistanais qui, loin de l'opulence de la famille
régnante, vivaient déjà dans le plus grand dénuement.
Au même moment Killen, une firme texane plus modeste, obtient
les droits de forage d'un gisement de pétrole kazakh très
convoité. Lorsque la Connex décide de fusionner avec Killen,
le département de la Justice des États-Unis charge le
cabinet d'avocat Sloan Whiting de vérifier la légalité
de la man¦uvre. Son directeur, Dean Whiting, confie l'enquête
à un avocat ambitieux, en lui recommandant de ne surtout rien
découvrir d'illégal.
Parallèlement à ces intrigues, Bob Barnes, agent de la
CIA basé au Proche-Orient (interprété par Georges
Clooney), exécute sans états d'âme ses missions
- le plus souvent, des assassinats. Barnes est persuadé de servir
loyalement son pays. Mais sa perception du monde va bientôt basculer..
L'essentiel des gisements d'hydrocarbures encore productifs
va progressivement se concentrer au Proche-Orient. Syriana souligne
le tarissement inéluctable et déjà avancé
des réserves mondiales exploitables. Un phénomène
qui remet en cause le modèle de développement des pays
industrialisés en premier lieu des États-Unis, totalement
dépendants de cette source d'énergie et qui va modifier
à terme les rapports de force internationaux [2] Le film stigmatise
l'implacable volonté des États-Unis de contrôler
les gisements clés. Et cela, quel qu'en soit le prix. A contrario,
il cloue le bec à tous ceux qui s'opposent à la guerre
en Irak, mais veulent continuer à remplir le réservoir
de leur 4x4 sans se poser de questions existentielles.
Un film de gauche inspiré par Robert Baer
George Clonney a souhaité porter à l'écran
le livre souvenir de l'ex-agent secret Robert Baer, See No Evil : The
True Story of a Ground Soldier in the CIA's War on Terrorism [3]. En
définitive, le scénario a aussi beaucoup emprunté
au second livre de Baer, Sleeping with the Devil, How Washington Sold
Our Soul for Saudi Crude [4].
Robert Baer lorsqu'il était en poste au Proche-Orient
pour la CIA
S'il est difficile de classer Robert Baer sur l'échiquier
politique états-unien, il est simple d'identifier le groupe dont
il est devenu le porte-parole. Baer, qui a été en poste
au Proche-Orient et à Paris, a officiellement quitté l'Agence
de Langley en 1997 en dénonçant le manque de volonté
dans la lutte contre l'islamisme. Après l'attribution des attentats
du 11 septembre 2001 à Al Qaïda, il n'a pas manqué
d'apparaître comme un visionnaire que l'on avait eu tort de ne
pas écouter. Ses ouvrages sont un long plaidoyer pour le renforcement
de la branche action de la CIA, dont il faisait partie, c'est-à-dire
pour le développement de l'intervention secrète et des
coups tordus. Ses descriptions du péril islamiste relèvent
de la fabrication de l'ennemi imaginaire, indispensable à la
justification de la guerre au terrorisme. Son second livre surfe sur
la vague d'opposition à la guerre en Irak pour mieux conduire
le lecteur à approuver la cible suivante : l'Arabie saoudite,
selon un raisonnement que l'on a déjà vu à l'¦uvre
chez Michael Moore dans Fahrenheit 9/11 et qui est directement repris
du Conseil de défense du Pentagone.
Le scénario de Syriana imbrique plusieurs récits,
impliquant de nombreux personnages entre Orient et Occident, tous liés
par ce même enjeu. Une construction complexe, fragmentée,
qui déroute le spectateur et le plonge dans une tension palpable.
Elle est l'¦uvre du réalisateur Stephen Gaghan, qui a
déjà obtenu un Oscar pour le scénario de Traffic.
Célèbre libéral, dans le sens
anglo-saxon du terme, (il s'était fermement opposé à
l'agression des États-Unis contre l'Irak), George Clooney mène
depuis quelques années une triple carrière d'acteur, de
réalisateur et de producteur. Il y a cinq ans, il a fondé
avec le cinéaste Steven Soderbergh Section Eight, société
de production au nom prometteur (« Section Eight » est un
terme militaire états-unien qui signifie une mise à pied
pour inaptitude physique ou mentale). Clooney et Soderbergh financent
des projets originaux et ambitieux, tel Far from Heaven (Loin du Paradis)
(2003), hommage flamboyant de Todd Haynes aux mélodrames sociaux
de Douglas Sirk. L'année 2005 représente une étape
de plus pour Section Eight, qui vient de sortir aux États-Unis
deux films ouvertement politiques : Good Night, and Good Luck, portrait
réalisé par Clooney d'Edward R. Murrow, journaliste qui
contribua à décrédibiliser McCarthy, et Syriana.
On peut s'étonner, pour ce dernier film, du
choix d'adapter Robert Baer, faucon particulièrement extrémiste
qui accrédite dans ses livres la fameuse thèse de l'affaiblissement
et de la désorganisation de la CIA. Une CIA prétendument
sacrifiée par le gouvernement pendant des années, et donc
incapable de prévoir et de contrer les actes terroristes. Le
fil conducteur des différentes intrigues de Syriana est pourtant
bien le personnage de Bob Barnes, agent de la CIA calqué sur
Baer. Néanmoins, See no Evil n'est qu'un point de départ
pour le scénario de Stephen Gaghan, même si le vrai Robert
Baer joue un petit rôle dans le film celui d'un officier
de l'Agence.. De fait, l'image de la CIA est peu flatteuse : c'est
une organisation criminelle, opaque, tentaculaire, qui pratique la manipulation
et l'assassinat à grande échelle. En outre, le film fait
clairement allusion à la guerre en Irak, cette trop réelle
guerre du pétrole. Dans les locaux de la CIA à Washington,
Bob Barnes assiste à une réunion du « Committee
to Liberate Iran », une organisation regroupant responsables politiques,
hommes d'affaires et agents de renseignement. Référence
directe au Committee for the Liberation of Iraq (CLI) [5] et à
la toujours active Coalition for Democracy in Iran [6], fondée
par plusieurs néo-conservateurs du CLI. Il semble donc s'agir
d'une prise de position contre l'une des prochaines guerres états-uniennes
l'attaque annoncée de l'Iran.
Une partie du récit de Syriana ressemble ainsi à un véritable
réquisitoire contre la CIA et les méthodes de pouvoir
à Washington. L'une des dernières images du film montre
la « frappe chirurgicale » lancée par la CIA pour
se débarrasser de l'« anti-Américain » Nasir.
Bob Barnes, lâché par l'Agence et comprenant qu'il a été
manipulé toute sa vie, tente d'avertir le prince. Il disparaît
avec lui, pulvérisé par un missile.
Cependant, George Clooney nie la sincérité
de ce message en affirmant dans les notes de production : « L'un
des aspects de l'histoire de Bob [Barnes] est le démantèlement
systématique de la CIA et ses conséquences. Le résultat,
c'est qu'au Moyen-Orient il reste peu d'agents parlant arabe, ce qui
est dangereux. Le concept était le suivant : la Guerre froide
étant terminée, nous n'avons plus besoin de réseaux
de surveillance, d'agents de terrain. Ainsi, Bob se retrouve pris dans
une véritable opération de dégraissage. »
[7].
Premier paradoxe troublant, alors que le film brosse un tableau extrêmement
sombre de la société états-unienne.
Les gigantesques profits engrangés par les compagnies
pétrolières entraînent logiquement corruption et
intrigues de pouvoir. Mais c'est le système économique
et politique dans son ensemble qui est gangrené, le contrôle
de l'or noir justifiant de subtiles relations incestueuses entre État,
services secrets, secteur juridique et multinationales. Un businessman
du pétrole déclame d'ailleurs, dans une scène mémorable,
un éloge cynique de la corruption. Quant aux enjeux financiers
de l'industrie pétrolière états-unienne, on peut
les illustrer par les résultats du numéro un mondial Exxon-Mobil
pour 2005 : plus de 36 milliards de dollars de bénéfices,
soit un montant supérieur au PIB de 125 des 184 pays classés
par la Banque Mondiale.
George Clooney enfonce le clou dans une interview récente : «
Ce n'est pas une attaque contre l'administration Bush, c'est une attaque
contre le système qui est en place depuis 60 ou 70 ans, et au
centre duquel s'est toujours trouvé le pétrole ».
Une analyse contredite par ses précédentes déclarations
sur la CIA, qu'il s'agirait selon lui de renforcer ! En lisant entre
les lignes, on pourrait lui attribuer une simple volonté d'alternance
le retour au pouvoir des démocrates comme gage d'assainissement
du système ?
Syriana tente malgré tout de faire exister à
l'écran des personnages et des pays généralement
absents des produits hollywoodiens, sinon à des fins de basse
propagande. Clooney et son réalisateur Stephen Gaghan affirment
vouloir faire découvrir au public états-unien des problématiques
qui lui sont totalement étrangères. Le respect des différentes
langues, chose très rare à Hollywood, est à souligner
; au Liban, on parle arabe, à Téhéran, farsi ;
les immigrés pakistanais de l'émirat conversent en ourdou.
De même, les images sont captées le plus souvent possible
sur les lieux de l'action ; les scènes situées dans le
Golfe Persique ont ainsi été filmées dans la métropole
ultra-moderne de Dubaï et ses environs. C'est la première
fois qu'une production états-unienne tourne officiellement dans
cet émirat. Les décors censés représenter
Beyrouth et Téhéran ont en revanche été
reconstitués à Casablanca, officiellement pour raisons
de sécurité.
La représentation des Arabes et des Orientaux cherche, sans toujours
y parvenir, à éviter la caricature. Le prince Nasir, l'un
des seuls personnages positifs du film, incarne par exemple la raison
et le progrès. Il veut rompre avec les États-Unis, anticipe
l'épuisement des gisements pétroliers et souhaite démocratiser
les institutions. « C'est le nouveau Mossadegh ! » s'exclame
avec admiration un jeune conseiller états-unien converti à
ses vues. La référence est savoureuse, et anticipe le
dénouement du film..
Une attention particulière est apportée
à la description des conditions de vie des ouvriers immigrés
qui travaillent dans les installations pétrolières de
l'émirat. Logés dans des baraquements sordides, ils triment
pour un salaire de misère, sans le moindre droit. Le récit
s'attache à un groupe de Pakistanais. Lorsque la Connex licencie
massivement, le jeune Wasim et son père perdent à la fois
leur travail et leur permis de séjour. La vie quotidienne du
jeune homme, entre les baraquements surchauffés et l'errance
dans le désert environnant, prend des aspects presque documentaires.
Voici une réalité méconnue de la guerre du pétrole.
Un prolétariat déraciné et soumis à une
forme moderne d'esclavage. Le personnage de Wasim est assez finement
observé ; c'est un adolescent sensible et doux, très émouvant.
Mais.. il est musulman.
Là commencent les limites du respect et de la
représentation prétendument objective. Ayant perdu depuis
son licenciement tout droit de séjour dans l'émirat, brutalisé
par les services de police, Wasim n'a aucune perspective. Poussé
par la faim et le désespoir, il se met à fréquenter,
avec un ami, une école coranique, dans laquelle il peut manger
gratuitement. L'enseignement y semble d'abord modéré.
Mais soudain apparaît un religieux plus jeune et nettement moins
sympathique. On l'identifie immédiatement comme nuisible, pour
l'avoir vu précédemment voler un missile Stinger. Son
apparence est frappante : c'est un Arabe au regard bleu et sournois.
Il n'a qu'un but : endoctriner les jeunes recrues pour leur faire commettre
des attentats suicides. L'histoire de Wasim est dès lors une
accumulation de clichés improbables. L'adolescent songeur et
si peu religieux se transforme en un temps record en fanatique, qui
précipitera une barque bourrée d'explosifs contre le flanc
d'un tanker états-unien. On aura reconnu au passage une allusion
à l'attentat commis en 2000 contre le navire militaire USS Cole.
Clooney et Gaghan ont maintes fois exposé un autre de leurs desseins
: expliquer les actes terroristes par la misère, l'humiliation
et la révolte, et montrer les êtres simplement humains
sacrifiés dans ces attaques. Mais la spectaculaire transformation
de Wasim n'est jamais crédible. Cette grossière ficelle
de scénario réduit à néant l'objectif affiché.
Il s'agit plutôt ici de conforter les fantasmes d'opinions publiques
à qui on a inculqué l'équation terroriste = musulman.
Ce qui n'a pas empêché le metteur en scène et son
producteur d'être vilipendés aux États-Unis par
une partie de la presse pour avoir rendu sympathique un misérable
terroriste.
De même, l'émirat fictif est une transposition
à peine voilée de l'Arabie saoudite. Les similitudes abondent
: le vieil émir malade évoque le roi Fahd à la
fin de sa vie, sa grandiose résidence de Marbella est une réplique
de celle que la famille Al-Saoud possède précisément
à Marbella, etc. Revoici le thème du « pacte avec
le Diable », des liens mortifères tissés par les
États-Unis avec un royaume soutenant le terrorisme, dans le seul
but d'exploiter ses gisements de pétrole. Robert Baer avait consacré
un second livre à cet inépuisable sujet, Sleeping With
the Devil : How Washington Sold Our Soul for Saudi Crude, auquel le
film emprunte beaucoup plus qu'à See no Evil. On peut de surcroît
se demander comment la question du conflit israélo-palestinien
peut être entièrement passée sous silence dans un
film examinant les enjeux géopolitiques du Moyen-Orient.
Mais il y a pire : l'épisode situé au
Liban.
On y voit Bob Barnes-Clooney, qui a pour mission de « neutraliser
» le prince Nasir, solliciter la protection du Hezbollah. A son
arrivée à Beyrouth, on le jette les yeux bandés
dans une voiture qui doit le conduire au quartier général
secret du Hezbollah. La caméra suit le véhicule dans les
rues d'un quartier pauvre ; on observe de nombreux hommes en armes postés
sur les toits. Un sous-titre indique : « Banlieue de Beyrouth
contrôlée par le Hezbollah ». Dans un immeuble neutre,
Barnes est reçu par un religieux âgé et respectable,
qui lui accorde sa protection. Puis il contacte un personnage douteux
nommé Moussawi, qu'il veut charger du meurtre de Nasir. Mais
Moussawi est un traître, et il soumet Barnes à la torture.
Alors qu'il est sur le point de le tuer, le religieux âgé
du Hezbollah entre dans la pièce et lui ordonne de cesser. Barnes
s'évanouit ; à son réveil, il trouve à ses
côtés une photo du vieil imam portant ces mots : «
Pensez à faire un don avant de quitter Beyrouth. » Quelle
est la signification de tout ce passage, rarement relevé dans
les comptes-rendus du film ? Sans aucun doute, l'assimilation du Hezbollah
à une organisation terroriste sanguinaire. Le tortionnaire n'est
jamais clairement présenté comme un membre du Hezbollah,
mais son nom est Moussawi, tout comme le véritable responsable
des affaires internationales de ce parti, Nawaf El Moussawi. L'un des
guides religieux du Hezbollah intervient calmement en plein «
interrogatoire » ; il semble venir tout droit de la pièce
voisine. Et cette interminable scène de torture, au cours de
laquelle Moussawi arrache les ongles de Barnes avec une tenaille, est
particulièrement atroce, presque insoutenable pour le spectateur.
Pour compliquer les choses, Stephen Gaghan a longuement détaillé
à la presse sa démarche en tant que scénariste
et réalisateur de Syriana. Il se présente comme un États-unien
moyen, mais passionné de politique internationale. Quand Stephen
Soderbergh et George Clooney lui ont confié l'adaptation de See
no Evil, il s'est, dit-il, soigneusement documenté sur le sujet.
Il affirme avoir trouvé le terme « Syriana » dans
le vocabulaire de certains think-tanks de Washington, pour désigner
le remodelage du Moyen-Orient qu'ils souhaitent imposer. Or, c'est totalement
faux. Le mot n'apparaît dans aucun document publié par
les groupes de réflexion proches du pouvoir. Max Boot, farouche
journaliste néo-conservateur, confirme le fait dans un article
pour le Los Angeles Times hostile au film (jugé favorable au
terrorisme !) : « Je travaille dans un think-tank qui possède
un vaste bureau à Washington, et je n'ai jamais entendu ce terme.
» [8]. « Syriana » est en fait le nom historique du
projet de Grande Syrie, qui regroupe autour de ce pays le Liban, la
Palestine et la Transjordanie.
Toujours à des fins documentaires, Gaghan a
voyagé plusieurs mois en Europe et au Moyen-Orient en compagnie
de Robert Baer. Baer est censé l'avoir mis en relation avec un
certain nombre de personnes et d'organisations qui faisaient partie
de son réseau de contacts pour la CIA. Le cinéaste insiste
sur la grande variété de points de vue qu'il a recueilli.
Interrogé sur le Hezbollah, il se déclare assez impressionné
par son expérience, sans exprimer d'accord ou de désaccord
avec la doctrine du parti libanais. Mais le récit de son entrevue
avec un dirigeant officiel est rocambolesque. Il affirme avoir reçu
un appel téléphonique sur son portable, dès son
arrivée à Beyrouth. Un contact de Robert Baer lui donne
rendez-vous quelques minutes plus tard. Là, on l'installe dans
une voiture, puis on lui bande les yeux tout en lui parlant en arabe,
langue qu'il ne comprend pas. Pris de panique, il se demande si on ne
va pas l'exécuter sommairement. Mais après un trajet secret,
on l'introduit dans un immeuble décrépi, où le
reçoit un vieil homme de 80 ans. C'est Mohammed Hussein Fadlallah,
le guide spirituel du Hezbollah. Courtois et charismatique, Fadlallah
lui parle des actions sociales de son parti, notamment de la création
d'orphelinats. Le cinéaste n'explicite jamais la séquence
libanaise de Syriana, ni sa signification profonde. Mais il répète
à plusieurs reprises l'histoire de son « enlèvement
», aventure reproduite pratiquement à l'identique dans
le film.
Nous avons interrogé des responsables du Hezbollah
sur les circonstances de la rencontre entre le réalisateur Stephen
Gaghan et un membre de cette organisation. Les faits réels se
révèlent totalement différents. Le voyage secret,
bandeau sur les yeux, n'est que pure invention. Le Hezbollah est au
Liban un parti politique officiel, qui siège au Parlement depuis
plusieurs années et n'a nul besoin de mise en scène théâtrale
pour recevoir des visiteurs étrangers. De plus, Gaghan, qui était
accompagné de deux personnes, n'a jamais rencontré Mohammed
Hussein Fadlallah, mais seulement un secrétaire du Bureau Politique
et un cadre chargé des Affaires étrangères du Hezbollah.
Il a également été reçu dans les locaux
d'Al-Manar, la télévision créée par le parti.
Par extension, la séquence de la « banlieue de Beyrouth
contrôlée par le Hezbollah » dans le film des
rues aux toits envahis par des hommes armés est totalement
mensongère. Les rues des faubourgs de Beyrouth ont aujourd'hui
une apparence bien ordinaire, sans déploiement de force. Quelle
idéologie de telles images véhiculent-elles ? Le fait
de travestir une organisation libanaise de résistance en officine
terroriste est révélateur.
Que restera-t-il chez les spectateurs ?
Syriana est une ¦uvre ambiguë, tissée
de contradictions. La mise en cause du système politique des
États-Unis et de ses guerres du pétrole est certes positive
pour un public états-unien désinformé et nourri
aux slogans sur le « mode de vie non négociable »
du pays. George Clooney se réfère nommément à
la période contestataire des années 70, au cours de laquelle
Hollywood a produit de grands films accusateurs : All the President's
Men (1976) (Les Hommes du président en français), brillante
reconstitution du scandale du Watergate, et The Parallax View (1974)
(A cause d'un assassinat en français), qui met en scène
un hallucinant complot politique, tous deux réalisés par
Alan Pakula ; Three Days of the Condor de Sydney Pollack (1975) (Les
Trois jours du Condor en français), célèbre dénonciation
des crimes de la CIA..
Rappelons cependant qu'après le 11 septembre, le silence était
assourdissant dans la sphère médiatique et culturelle
des États-Unis, à de rares exceptions près. Quand
l'ampleur du désastre en Irak et les effets des lois totalitaires
de l'administration Bush eurent peu à peu ébranlé
le conditionnement des citoyens, le besoin de défoulement face
à ce mauvais rêve devint vital. Aujourd'hui, la majorité
de la population états-unienne se prononce contre la poursuite
de la guerre en Irak et Bush est discrédité. Il est donc
beaucoup plus facile de tourner des films quelque peu contestataires.
En outre, le succès inattendu du Farenheit 9/11 de Michael Moore
en 2004 a donné des idées aux majors. Des films critiquant
la politique du pays peuvent potentiellement rapporter beaucoup d'argent.
Pourquoi s'en priver ? Section Eight, la société de Clooney
et Soderbergh, est en contrat avec Warner Bros. La Warner espérait
réaliser de bonnes affaires avec Syriana, qui est après
tout un thriller virtuose interprété par de nombreuses
stars (George Clooney, Matt Damon, William Hurt, Jeffrey Wright, Christopher
Plummer..). Les résultats au box-office (plus de 45 millions
de dollars de recettes pendant les deux premiers mois d'exploitation
sur le seul territoire des États-Unis, pour un coût de
production de 50 millions) sont d'ailleurs très appréciables
pour un film labellisé « suspense géopolitique ».
Mais que vont aller voir les spectateurs ? Un suspense
exotique ou une ¦uvre politique ? Que vont-ils retenir du récit
? Certains seront incapables de faire la part des choses. La stigmatisation
des musulmans comme terroristes potentiels n'est-elle pas bien plus
angoissante pour un public conditionné à la peur de l'autre
que la dénonciation des exactions états-uniennes dans
le monde ? Quant à la corruption du système politique
des États-Unis, il est notoire, et passe souvent pour une fatalité.
Le plus grave reste l'assimilation du Hezbollah, mouvement de résistance
né pendant la guerre du Liban, à une organisation de tortionnaires
ennemis de l'« Amérique ».
Le message cinématographique de Stephen Gaghan
et George Clooney est un message pervers. Il s'agit de ne pas en être
dupe.
Notes :
[1] « Après tout, ce n'est qu'un film.. », Voltaire,
13 janvier 2006.
[2] « Le déplacement du pouvoir pétrolier
» par Arthur Lepic et Jack Naffair, Voltaire, 10 mai 2004.
[3] See No Evil : The True Story of a Ground Soldier
in the CIA's War on Terrorism par Robert Baer, Three Rivers Press, 2002.
Version française : La chute de la CIA, Les mémoires d'un
guerrier de l'ombre sur le front de l'islamisme, Lattès éd,
2002.
[4] Sleeping with the Devil, How Washington Sold Our
Soul for Saudi Crude par Robert Baer, Three Rivers Press, 2004. Version
française Or noir et Maison-Blanche, Comment l'Amérique
a vendu son âme pour acheter le pétrole saoudien, Gallimard
éd., 2004.
[5] « Une guerre juteuse pour Lockheed Martin
», Voltaire, 7 février 2003.
[6] « Les bonnes raisons d'intervenir en Iran
», Voltaire, 12 février 2004.
[7] « Final Production Notes », Site de
George Clooney.
[8] « Hollywood's bad guy problem », par
Max Boot, Los Angeles Times, 28 décembre 2005.
Source : http://www.voltairenet.org/article135924.html
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