Je lance un défi à Steven Spielberg
- À propos du film "Munich"
par Robert Fisk, The Independent, 21 janvier 2006
Traduit de l'anglais en français par Marcel Charbonnier,
membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour
la diversité linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction
est en Copyleft.
"Je suis un fervent défenseur d'Israël depuis le jour
où j'ai commencé à réfléchir en termes
politiques et à développer mes conceptions morales, c'est
-à-dire depuis tout petit. En tant que juif, je suis conscient
de l'importance décisive de l'existence d'Israel pour nous tous;
et précisément par ce que je suis fier d'être juif,
je suis préoccupé par la montée de l'antisémitisme
et de l'antisionisme dans le monde. Dans mon film je pose des questions
sur la guerre que mènent les Etats-unis contre le terrorisme,
et sur les ripostes israéliennes aux intrusions palestiniennes.
S'il le fallait, je serais prêt à mourir autant pour les
Etats-unis que pour Israël". (Steven Spielberg, au quotidien
espagnol El Pais, le 25 janvier 2006)
Le film 'Munich' de Steven Spielberg est absolument génial
! Tiens, bizarre ; j'entends déjà grommeler certains lecteurs...
Le film ne passera en Grande-Bretagne qu'à partir de vendredi
prochain. Mais, aux Etats-Unis, des Arabes qui vivent là-bas
ont condamné ce film qui traite de l'assassinat en série
de Palestiniens après le massacre d'athlètes israéliens
aux Jeux olympiques de Munich, en 1972, en le qualifiant de «
diatribe anti-arabe qui déshumanise tout un peuple souffrant
de sa dépossession et de son occupation ».
Des organisations juives ont insinué que Spielberg aurait déshonoré
ses racines juives en portraiturant des agents du Mossad en tueurs criminels
et en proie au doute, qui finissent par mépriser leur propre
pays. « Il doit y avoir là quelque chose d'intéressant.
», me suis-je dit à moi même en prenant place dans
mon fauteuil, de l'autre côté de l'Atlantique, m' apprêtant
à regarder le film à grand spectacle (avec force assassinats
et flots d'hémoglobine) du célèbre metteur en scène.
Il y a beaucoup d'endroits où vous fermez les yeux : l'assassinat
des athlètes, entrecoupé de scènes dans lesquelles
le tueur en chef « Avner » est en train de copuler avec
sa femme dans un appartement new-yorkais ; l' assassinat israélien
d'une call-girl hollandaise qui a séduit un tueur du Mossad en
vue de le liquider : elle marche, nue et répandant généreusement
son sang sur le plancher de sa péniche, s'efforçant de
respirer à travers la blessure causée par une balle en
pleine poitrine. Ah, et puis il y a aussi le Cliché Moyen-oriental
de l'année. C'est quand « Avner » - dans une scène
totalement fictionnelle - parle avec un réfugié palestinien
armé, qu'il liquidera plus tard. Il lui demande : « Entre-nous,
Ali. les oliviers de ton père, ils te manquent vraiment ? »
Ben voui, je veux, mon neveu : « Ali », il a une sacrée
nostalgie des oliviers de papa !.. Posez cette question à n'importe
quel Palestinien habitant les bidonvilles de torchis de Ein el-Helwé,
de Nahr-el-Bared ou de Sabra et Chatila, au Liban, et vous obtiendrez
la même réponse. Il s'agit là d'une scène
aux grosses ficelles et qui se traîne en longueur, où l'approche
cultivée et philosophique d'Avner est mise en contraste avec
la colère brute et frustre du Palestinien.
Et il y a un tas d'autres âneries. Le meurtre on ne peut plus
réel, par la même fine équipe du Mossad, d'un garçon
de café marocain parfaitement innocent, en Norvège, a
disparu du film - évitant ainsi, j'imagine, l' embarras qu'aurait
causé la nécessité de montrer un des assassins
se planquant dans l'appartement de l'attaché militaire israélien
en Norvège, à Oslo [tiens, décidément, Oslo
?. Ndt]. Une planque dont la révélation n'a pas précisément
apporté un immense service aux relations israélo-scandinaves.
Reste que le film de Spielberg a franchi une ligne jaune fondamentale
dans le traitement hollywoodien du conflit moyen-oriental. Pour la toute
première fois, on voit des espions / assassins israéliens
de haut vol non seulement se poser des questions sur leur rôle
de vengeurs, mais prendre carrément conscience du fait que la
doctrine « pour un oil, un oil ; pour une dent, toute la gueule
», ça ne marche pas, c'est immoral, c'est atroce. Le résultat
de l'assassinat d'un des tireurs palestiniens - ou d'un Palestinien
sympathisant avec les tueurs de Munich, c'est tout simplement que six
autres Palestiniens prennent leur place. L'un après l'autre,
les membres du commando des liquidateurs du Mossad se font eux-mêmes
prendre en chasse et dégommer. Avner en vient même à
estimer qu'à chaque fois qu'il liquide un Palestinien, cela coûte
un million de dollars.
Et puis, il y a la fin du film : le surveillant d'Avner, au Mossad,
vient à New York afin de le persuader de rentrer en Israël,
mais Avner l'envoie promener après qu'il ait été
incapable d'apporter la moindre preuve de la culpabilité des
Palestiniens abattus ; alors il décline, écoeuré,
l' invitation que lui fait Avner de venir partager le pain et le sel
avec lui, à sa table. Cela suggère, pour la première
fois sur le grand écran, que la politique israélienne
à base de militarisme et d'occupation est immorale. Le fait que
la caméra se déplace vers la gauche des deux hommes et
saisisse une image digitalisée reconstituée des Tours
Jumelles, vues à travers la brume, c'est ce que j'appelle personnellement
« un grincement ». « Ouais, Steve, n' en fais pas
trop tout de même. », me suis-je dit intérieurement
; « merci, mais on avait compris ! »
Mais voilà le principal : ce film déconstruit intégralement
le mythe de l' invincibilité et de la supériorité
morale d'Israël. De ses alliances sulfureuses, aussi - un des personnages
les plus sympathiques est un patron âgé de la mafia française
qui aide Avner - et son présupposé arrogant que, de tous
les pays, lui seul a le droit de pratiquer les assassinats d'Etat.
Peut-être qu'inéluctablement et sans le savoir, l'auteur
du roman d'où le film Munich est tiré - George Jonas,
qui a écrit Vengeance - a-t-il fait merveille pour déconstruire
Spielberg lui-même. « On n'atteint pas à un haut
niveau moral en restant neutre entre le bien et le mal », dit-il.
Ce qui rebute pas mal de gens, qui ne vont pas voir ce film, c'est le
fait qu'il « traite des terroristes comme des gens comme vous
et moi. Dans leur effort afin de ne pas diaboliser des êtres humains,
Spielberg et Kushner (Tony Kushner, le scénariste en chef) finissent
par humaniser des démons ». Certes. Mais c'est bien là
le problème, non ? Appeler des êtres humains « terroristes
» ne les déshumanise en rien, quoi qu'ils aient pu faire.
La question « pourquoi ? » - strictement interdite après
les crimes contre l' humanité du 11 septembre 2001 - est pourtant
bien exactement la question que pose n'importe quel flic sur le lieu
de n'importe quel crime - « quel était le mobile »
-, non ?
La coïncidence est sans doute voulue : Aaron Klein a pondu un
nouveau bouquin sur Munich, aux éditions Random House. Comme
l'a fait observer un recenseur, il donne des mêmes truands du
Mossad une description suggérant une équipe plutôt
de tueurs de sang-froid que de mercenaires en proie au doute. Dans un
contexte tout à fait différent, il est intéressant
d' apprendre que ce Klein, capitaine dans une unité du renseignement
de l'armée israélienne, se trouve être également,
voyez-vous, le correspondant de Times Magazine à Jérusalem,
spécialisé dans les questions militaires. J'en déduis
que cette auguste revue pro-israélienne ne va certainement pas
tarder à nommer un militant du Hamas au poste de correspondant
chargé des questions militaires en Cisjordanie.
Mais peu importe ; là n'est pas la question. Ce qui fait problème,
pour certains, ce n'est pas le fait que Spielberg change les traits
de ses assassins - ni même le fait que Malte tienne lieu de Beyrouth
et Budapest tienne lieu de Paris, dans le film - mais bien, en revanche,
le fait que l' entièreté de la structure de supériorité
morale d'Israël soit soumise à un examen critique impitoyable
et amer ;vers la fin du film, Avner fait irruption au consulat d'Israël
à New York, persuadé que le Mossad a décidé
de lui faire la peau, à lui aussi.
Bon : chose promise, chose due. Voici mon vrai défi, que je
lance à Spielberg. Un mien ami musulman m'a écrit un jour
pour me recommander le film La Liste de Schindler, mais en me demandant
si le metteur en scène lui donnerait une suite, en faisant un
film relatant l'épopée de la dépossession des Palestiniens
qui fit suite à l'arrivée des réfugiés de
Schindler en Palestine. Eh bien, non. En lieu et place, Spielberg a
sauté quatorze année, jusqu'à Munich, tout en disant
au cours d'une interview qu'à ses yeux, le véritable ennemi,
au Moyen-Orient, c'est « l'intransigeance ».
C'est faux.
Le véritable ennemi, au Moyen-Orient, c'est celui qui vole leur
terre aux autres.
Aussi, à mon tour de poser une question : aurons-nous une épopée
spielbergienne sur la catastrophe palestinienne de 1948 et la suite
? Ou bien - comme ces réfugiés aspirant désespérément
à un visa, dans le film Casablanca - nous faudra-t-il attendre,
attendre, et encore. attendre ?
Les émeutes urbaines d’octobre-novembre
2005 en France : comprendre avant de juger
par Alain Morice , 31 décembre 2005
Ce texte, où certaines précisions pourront paraître
inutiles à des lecteurs résidant en France, est destiné
à un public étranger. Il a été rédigé
après deux cours donnés devant des étudiants de
l’Université Cà’Foscari de Venise et de l’Université
autonome de Madrid, respectivement les 2 et 17 décembre 2005.
Il est publié en italien par la revue Giano (Rome) et en espagnol
par la revue Mugak (San Sebastian).
Alain Morice est anthropologue, chercheur au Centre national de la recherche
scientifique (CNRS, France). Pour lire le texte > http://pajol.eu.org/article905.html
ELF, la pompe Afrique, lecture d'un procès ,de Nicolas LAMBERT,
Préface de F.-X. VERSCHAVE,
Collection Œuvres vives, éditions Tribord et Autrement dit,
95 pages , 12 €.
Le texte de la pièce est accompagné d'1CD (79 min) offert,
comprenant les principaux extraits de l’émission Là-bas
si j’y suis des 15 et 16 février 2005 sur France Inter,
produite par Daniel Mermet et réalisée par Antoine Chao,
ayant pour invité François-Xavier Verschave.
Présentation :
Le livre & le CD nous plongent dans le plus grand scandale politico-financier
de la France du XXe siècle. Il s'agit de la pièce de théâtre
créée à partir du procès par N.Lambert et
des émissions qui lui furent consacrées à France
Inter.
«Je m’aperçois que nous ne sommes pas face à
trois personnes qui ont dérapé. C’est beaucoup plus
profond que ça. Il s’agit réellement d’un
système de gouvernement.» Eva JOLY
"De ce «casse du siècle», N.L. a tiré
une pièce souvent drôle mais toujours cruelle, qui se veut
tout autant la lecture d’un procès à bien des égards
exceptionnel qu’un réquisitoire militant contre cette forme
de colonialisme pétrolier français. Après deux
heures de spectacle, Nicolas Lambert s’avance vers le public.
Il n’est plus président du tribunal, ni prévenu,
ni même comédien. Simplement un citoyen qui s’interroge…"
Pascale ROBERT-DIARD, Le Monde
"Le Floch-Prigent, Alfred Sirven, André Tarallo…Tous
racontent et avouent, dans le texte, le pillage d’Elf… Karl
LASKE, Libération / Véritable oeuvre théâtrale,
portée par un auteur-comédien impitoyablement honnête."
Denis BONNEVILLE, La Marseillaise
http://www.autrementdit.net/modele.php?idcd=166
« Le crime de Napoléon »
de Claude Ribbe
par Capucine Légelle, grioo.com, 23 janvier
2006
La couverture médiatique est impressionnante. L’ouvrage
suscite les passions.
Mais quelle mouche a bien pu piquer notre historien ? Il est apparemment
devenu raciste et antisémite. On nous dit qu’il bafoue
la France, alimente la concurrence des mémoires et le communautarisme.
Mais aucune critique ne porte sur le contenu. Alors, avant de les écouter,
ouvrons le livre.
Claude Ribbe pointe ici une page sombre et méconnue de l’Histoire
de France : le rétablissement de l’esclavage par Bonaparte
et l’extermination de tous les citoyens gênant ce rétablissement.
Mais aussi l’introduction insidieuse du racisme au sein des institutions
françaises. Alors qu’ « au moment du coup d’état
de Napoléon, cela fait plus de huit ans que tout individu est
libre aussitôt qu’il est en entré en France et que
tout homme, de quelque couleur qu’il soit, jouit en France de
tous les droits du citoyen, s’il a les qualités prescrites
par la Constitution pour les exercer. (Loi du 16 octobre 1791). »
(p.34)
Bonaparte, « pour la première fois sans doute dans l’histoire
de l’humanité, s’est posé rationnellement
la question de savoir comment éliminer en un minimum de temps,
avec un minimum de frais et un minimum de personnel un maximum de personnes
déclarées scientifiquement inférieures. »
(p.25).
Sur ordre de l’empereur « plusieurs dizaines de milliers
de civils, sans distinction d’âge ni de sexe, torturés,
violés, gazés, noyés, fusillés, roués,
crucifiés, égorgés, étranglés, pendus,
affamés, empoisonnés, brûlés ou dévorés
vifs, simplement à cause de la couleur de leur peau. »
(p.193, 194).
Parce qu’il est indéniable aujourd’hui qu’une
partie de la population française est dramatiquement en manque
de reconnaissance.
Parce que les français noirs subissent encore les effets de la
politique napoléonienne.
Parce que nous sommes le pays du Code Noir mais aussi des Droits de
l’Homme.
Merci à Claude Ribbe d’avoir ouvert le débat.
Personne ne réclame la repentance. Une simple reconnaissance.
Et peut-être enfin l’Egalité.
Parce qu’une mémoire commune est indispensable à
la cohésion de la nation. Pour envisager un avenir commun.
Entretien avec l’auteur :
© claude-ribbe.com
Pourquoi vouloir dénoncer Napoléon deux siècles
plus tard ? Quel est selon vous le rapport entre Histoire et actualités
?
Claude Ribbe : « Pour les glorificateurs du dictateur court de
pattes, deux siècles, cela ne semble pas trop long. On peut le
constater depuis près de dix ans qu’on nous chante les
louanges de ce méchant petit bonhomme devant lequel la République
lepénisée et lobotomisée devrait à présent
se prosterner. Napoléon le négrier était devenu
un véritable fonds de commerce. À partir du moment où
le rétablissement de l’esclavage, la répression
des résistants à ce rétablissement, le massacre
génocidaire des Français d’Outre-mer, la déportation
de ceux qu’on n’osait massacrer sur place, les lois «
raciales » de 1802-1803, n’étaient jamais mentionnés
par l’histoire officielle ni dans la presse « mainstream
», il fallait bien que quelqu'un dise un jour ou l’autre
la vérité. Les historiens de l’Université
ne faisaient visiblement que de la propagande au jour le jour ou se
taisaient, par peur de perdre leur place.
Le rapport entre le crime de Napoléon et l’actualité
me semble pourtant assez évident. Déjà, la parution
de mon livre a été un événement dans la
mesure où il a entraîné des réactions politiques
immédiates. Par ailleurs, le fait de refuser d’admettre,
jusque dans un article de loi (dont l’imbécillité
frise l’obscène), que l’histoire des Antillais et
des Africains des XVIIIe et XIX ème siècles explique les
discriminations d’aujourd’hui, a provoqué une vive
réaction de leurs descendants. Réaction violente chez
les jeunes des banlieues originaires d’Afrique. Plus nuancée,
mais très ferme, chez les Antillais. Au-delà de cette
révolte, la mise en lumière et la prise de conscience
de ce lien entre l’actualité et l’histoire provoquera
tôt ou tard une révolution salutaire dont les incendies
des banlieues et le refus de recevoir un ministre ne sont que les signes
avant-coureurs. Cette révolution ne sera pas violente mais constructive
si les responsables de tous bords - trop occupés jusqu’ici
par l’électorat d’extrême droite – comprennent
enfin que les vrais problèmes ne sont peut-être pas où
ils pensent. »
Adolf Hitler
Pourquoi nommer Adolf Hitler dans ce livre ? Comment expliquez-vous
les vives réactions qui en découlent ?
« J’ai été très frappé par la
photo de la visite de Hitler à Napoléon (qui sert de couverture
à mon ouvrage), par le fait qu’il a fallu, durant l’Occupation,
placer un plancher sur le sol des Invalides, de peur que les bottes
nazies n’en usent le marbre, par le fait que c’est Hitler
qui a rendu aux Français en décembre 1940 les cendres
de l’Aiglon qui sont entrées aux Invalides portées
par des soldats nazis (n’en déplaise à M. Thierry
Lentz, directeur de la Fondation Napoléon, qui a déclaré
en direct sur LCI le 29 novembre 2005 que c’était faux
et que je « n’y connaiss[ais] rien »). Très
frappé également par le fait qu’il y a eu sous le
IIIe Reich, un culte napoléonien comparable à celui que
nous avons subi ces dernières années et dont le moment
fort a été la sortie, en 1934, de Hundert Tage (Les Cent
Jours) un film très édifiant de Frantz Wentzler, financé
par Goebbels sur un scénario inspiré par Mussolini, où
Napoléon parle allemand à la manière du Führer.
Très frappé encore par le fait que les soldats esclavagistes
de Napoléon ont utilisé aux Antilles un gaz destiné
à la désinfection des bateaux (comme le Zyklon B) pour
massacrer en masse la population civile sur des critères de «
race ». Très frappé enfin par l’existence
de camps de concentration pour « noirs » en Corse et à
l’île d’Elbe à partir de 1802.
Ces faits sont irréfutables et n’ont d’ailleurs pu
être réfutés. C’est la raison pour laquelle
la France ne pourra plus jamais glorifier Napoléon.
Des réactions violentes se sont élevées de la part
de personnes malhonnêtes qui ont voulu réduire mon livre
à une comparaison entre Napoléon et Hitler et qui déclaraient
(sans le démontrer) que cette comparaison était impossible.
Je crois avoir donné la preuve du contraire, même si cette
comparaison ne porte que sur certains points. Mais un crime contre l’Humanité
reste un crime contre l’Humanité. En ce sens, deux criminels
qui ont commis le même crime, quel que soit le nombre de leurs
victimes, quelle que soit la couleur de peau, de ces victimes quelle
que soit l’époque, sont comparables. Il n’y a pas
de privilège de la souffrance. Je crois que certaines personnes
qui vociféraient au moment de la sortie de mon livre auraient
bien voulu dire qu’on n’avait pas le droit de comparer les
victimes « noires » de Napoléon aux autres victimes
de Hitler. Seulement voilà : pour ne pas tomber sous le coup
des lois punissant le racisme, elles ont préféré
dire qu’on n’avait pas le droit de comparer Napoléon
avec Hitler, ce qui n’avait aucun sens. D’où leur
frustration qui peut se mesurer à l’intensité de
leurs imprécations.
Ces personnes-là sont absolument indifférentes à
l’esclavage qu’elles considèrent comme un crime mineur.
Tel n’était pas le point de vue des esclaves qui se suicidaient
et refusaient de procréer. Les plus vives réactions à
mon livre sont celles des historiens qui ont été pris
en flagrant délit de mensonge ou de manipulation et des journalistes
incultes qui les ont encensés. Tout cela est normal. Le contraire
aurait été inquiétant. Ce que ces gens disent n’a
aucun intérêt. Ils sont dans le bruissement de l’éphémère.
Ils peuvent toujours aboyer, la caravane est déjà loin
et la statue de Napoléon en morceaux. Il y a aussi les jaloux,
les aigris. Et puis tous ceux qui ne lisent pas, mais qui pérorent
pour se donner de l’importance. Récemment, M. Richard Senghor,
un fonctionnaire naguère chargé de l’ « intégration
» au cabinet de Jean-Pierre Raffarin ironisait en m’attribuant
dans la revue Esprit des propos figurant non pas dans mon livre mais
sur la quatrième de couverture de l’ouvrage ! Se voulant
perfide, il en concluait que mon propos manquait de nuances. C’est
surprenant d’être ainsi dénigré (noirci, au
sens étymologique) par des personnes qui se réclament
volontiers de la « négritude ». Moi je ne me permettrais
pas d’ironiser sur les résultats de l’action de M.
Senghor à Matignon pendant les trois années où
il a été chargé du dossier de l’intégration
en disant qu’il a peut être été trop «
nuancé », justement... »
Selon vous l'institutionnalisation du racisme commence avec Bonaparte,
pourriez-vous nous expliquer dans quelle mesure ?
« D’une manière gratuite, et en fonction de ses préjugés,
Napoléon a mis en vigueur sur le territoire français de
véritables lois raciales : interdiction de l’armée
et du territoire français aux « nègres » et
« gens de couleur», interdiction de mariages entre «
blancs » et « noirs ». Il y a bien eu des tentatives
de ce genre sous Louis XVI, sous la pression des colons, mais l’application
n’a jamais été systématique, grâce
à la résistance des esprits éclairés, bien
représentés dans certains Parlements (celui de Paris,
en particulier). Napoléon ayant établi une des pires dictatures
qu’il y ait jamais eues en France, aucun contre pouvoir n’a
pu s’opposer à ce que sa folie raciste ne serve de principe
à sa politique.
Cela a coûté à la France son empire colonial. À
la Restauration, on le lui reprochera assez.
De plus, Napoléon a encouragé l’émergence
du racisme scientifique, dont la plupart de nos universitaires -et en
particulier les historiens- sont totalement imprégnés.
C’est ainsi que ce lobby des historiens, très influent
sur un establishment totalement déboussolé et en mal de
repères théoriques, a empêché d’inscrire
le bicentenaire du général Alexandre Dumas au calendrier
des commémorations nationales 2006, comme il avait empêché
d’inscrire le bicentenaire de l’abolition de l’esclavage
au calendrier des commémorations 1994. »
France 3 nous propose ce soir une émission Des Racines et des
Ailes consacrée "à la glorieuse capitale économique
et culturelle qu'était Bordeaux au 18e" (ndlr mercredi 18/01
: le rôle de la ville dans la traite négrière a
été très brièvement évoquée).
Votre réaction ?
« Je ne regarde jamais la télévision. Je n’ai
pas le temps. Mais je constate que la télévision française
et en particulier le service public est devenue une véritable
machine à abrutir les malheureux qui cherchent par ce moyen à
s’informer, à se distraire, voire à se cultiver.
Les Français passent plus de trois heures par jour à gober
toutes les sottises qu’on leur débite. C’est effrayant
quand on y pense. C’est révoltant quand on sait que les
Français d’Outre-mer paient la redevance pour financer
des programmes qui les vilipendent ou les ignorent. Pour entendre des
Benguigui débiter leurs plaisanteries de négriers, de
colons ou d’expatriés de la « Françafrique
». Dans le cas d’espèce, je ne saurais critiquer
un documentaire que je n’ai pas vu. Je doute qu’on puisse
aujourd’hui parler de l’histoire de Bordeaux sans évoquer
son passé négrier. La France a déporté 1
200 000 Africains, ce qui a causé au moins six millions de morts.
Et Bordeaux a sa part dans ce génocide. Si le réalisateur
de ce documentaire entendait nier ou excuser-ce dont je doute - cette
effroyable réalité, je préfèrerais être
à ma place plutôt qu’à la sienne : les tribunaux,
par une sanction exemplaire, pourraient lui ôter l’envie
de recommencer. Je crois à la vigilance des associations comme
je crois à la Justice de mon pays. Aux pires moments de l’esclavage,
il y a toujours eu des magistrats courageux pour se lever, au nom de
l’Humanité, et dire non à l’inacceptable.
Ainsi Laënnec, un Breton, père du célèbre
médecin.
Cela étant, on a bien vu le journal Le Monde consacrer en septembre
2003 deux pages glorifiant l’histoire de Bordeaux sans juger utile
de parler de la traite ni de l’esclavage. Cela ressemblait bien
à une provocation. L’article était signé
Philippe Sollers. Personne n’a bronché. Sauf moi. Bien
entendu. »
Liens
> Le site de l’historien : www.claude-ribbe.com
> Claude Ribbe répond aux questions des internautes sur le
site du Nouvel Obs : www.nouvelobs.com/forum/archives/forum_433.html
Extrait : Que pensez vous de la critique de votre livre dans le Monde
qui assène "Le Crime de Napoléon n’est pas
un livre d’histoire" ? Le critique a raison, c’est
un livre sur les chiens.
> Le site de la fondation napoléon spécialisé
dans la publication de sources rares ou inédites sur l’histoire
des deux empires. Ici un projet d’arrêté tendant
à prohiber l'introduction sur le territoire européen de
la République, des Noirs et Gens de couleur.
www.napoleonica.org/gerando/GER00285.html
Gaspard-Hubert Lonsi Koko, LE DEMANDEUR D'ASILE,
éditions Égrégore
(http:www.editions-egregore.com), 15,50 €
Léopold Mwana Malamu est membre, dans son pays d'origine situé
au
cœur de l'Afrique centrale, d'un mouvement clandestin qui s'oppose
de la manière la plus efficace et la plus habile possible à
la dictature du régime en place Il est arrêté, torturé
Il finit par gagner l'Europe : l'Italie d'abord, ensuite la Suisse;
puis la France où l'accueille à bras ouverts une charmante
dame de la meilleure société Reste pour lui à obtenir
le statut de réfugié politique . Toutes les démarches
du
jeune homme échouent et trouver un travail lui est également
impossible. "Refoulé administratif" dans son pays d'origine,
il est à nouveau torturé.
Cet ouvrage met en évidence la flagrante contradiction entre
l'image de
marque de la France et le labyrinthe dans lequel s'engage le candidat
au statut d'asile politique après s'être enfui de la dictature
corrompue que soutiennent avec immoralité certains pays occidentaux
L’auteur
Gaspard-Hubert Lonsi Koko est un fervent militant des causes humanistes
qui a longtemps évolué à travers les sinuosités
et les méandres de l'univers francoafricain. Il
dénonce astucieusement les dysfonctionnements liés au
droit d'asile en France et fustige, en même temps, les régimes
dictatoriaux d'Afrique.
Émeutes en Banlieue, un spectacle écrit
et mise en scène par Dieudonné par Ginette Hess Skandrani
Si vous avez envie, dans cette grisaille sociale et
politique qui nous entoure, d'un peu d'air pur, un peu d'humour et de
fraîcheur, n'hésitez pas, allez voir la pièce "
Emeutes en banlieue " qui passe au Théâtre de la Main
d'Or, en janvier et en février.
C'est un régal d'une diversité exceptionnelle
danses, musiques, rires, larmes, émotion, humour, dérisionŠ
tout s'enchaîne et vous entraîne à exercer un autre
regard sur nos banlieues. Des comédiens/danseurs jeunes et surprenants
font une parodie des médias, de la police, du racisme, de l'élitisme
de la société et des idées toutes faites avec brio
et une sensibilité surprenante.
Une jeune pimbêche blonde, journaliste de "
Tvnews1 " interviewe un beau black " crameur de voitures "
et trafique les réponses avec un culot monstre, sur un air de
musique dynamique et en dansant. L'humour et le talent épicé
de Dieudonné, à travers de jeunes acteurs prometteurs,
nous font oublier un moment ces "médias-mensonges",
la sarkomania, les politiciens corrompus et depassés par les
événements...et tous ceux qui y croient ou qui en dépendent
financièrement.
Dieudonné serait-il en train de nous créer
un style d'opérette populaire des banlieues ? En tous les cas
bravo, nous avons passé une bonne soirée. > Théâtre
de la Main d'Or, 15, passage de la Main d'Or 75011 Paris m° Ledru-Rollin
tél. 0143380669.
Xavier Renou, La privatisation de la violence.
Mercenaires & societes militaires privées au service du marché,
Dossier noir n° 21, Éditions Agone, en librairie le 20 janvier.
D'ores et déjà disponible à Survie, 210, rue St
Martin, 75003 Paris, Tél. : 01 44 61 03 25, Fax. : 01 44 61 03
20, <http://www.survie-france.org. Prix public 24 euros. Prix groupes
18 euros. http://www.agone.org/laprivatisationdelaviolence .
La marchandisation s'étend désormais au domaine de la
"violence légitime", un secteur en plein essor qui
représenterait déjà un bénéfice annuel
de plus de 100 milliards de dollars.
Les mercenaires de jadis sont aujourd'hui les employés de "sociétés
militaires privées" parfaitement légales qui, renvoyant
a un passe révolu l'image sulfureuse des "chiens de guerre",
tentent de se construire un rôle respectable dans la fiction d'un
marche dispensateur de paix et de démocratie. Elles proposent
pourtant a leurs clients (États, firmes multinationales, mouvements
armes divers) les habituelles prestations d'ordre militaire: opérations
de déstabilisation, combat, conseil en stratégie, logistique,
etc. C'est ainsi, par exemple, qu'une firme dont la mission officielle
de "formation a la transition démocratique" conduit
au bombardement de civils recevra la bénédiction aussi
bien de son client que des instances de contrôle.
Parce qu'elles font pleinement jouer le mécanisme de circulation
entre les secteurs militaires prive et public _l'une d'elles a recrute
successivement l'ancien secrétaire a la Defense de Ronald Reagan,
l'ancien secrétaire d'Etat James Baker et l'ancien président
des États-Unis George Bush père_, les sociétés
mercenaires influent de plus en plus sur les politiques de "defense".
Parce qu'elles se mettent au service des multinationales qui exploitent
les pays du Sud dotes en ressources minières, ces sociétés
agissent comme les gardiens d'un ordre économique qui maintient
dans la plus grande dépendance des pays en principe libérés
depuis plusieurs décennies du joug colonial.
Chercheur en sciences politiques, Xavier Renou est
responsable de la campagne "Désarmement nucléaire"
de Greenpeace France.
Collection "Dossiers noirs" n° 21, Format
154x240 cm, 596 pages, Prix 24 euros
La compil Dieudo
2005 aura été en France l'année Dieudonné.
Pour retrouver les diverses péripéties des ennuis de Dieudonné
avec les sionistes, l'association AAARGH a eu la bonne idée de
rassembler une compilation d'articles parus sur l'humoriste de février
à décembre 2005. Pour lire ce document cliquer ici : Dieudo.pdf
Dossier de presse sur la pétition "Liberté
pour l'histoire"
L'AAARGH publie un reprint des principaux articles qui ont entouré
la pétition du 12 décembre 2005, intitulée "Liberté
pour l'histoire", avec les principales signatures qui sont intervenues.
Nous y avons ajouté plusieurs éléments, comme la
fameuse pétition de 1979, de Poliakov et Vidal-Naquet, un bref
survol de la fumeuse affaire Pétré-Grenouilleau, l'analyse
faite par l'AAARGH de ces événements surprenants, et un
succulent trombinoscope des pétitionnaires, qui n'a pas de précédent
dans la littérature sociologique...
Pour lire ce document cliquer ici : 34-19.pdf
Trois enterrements, un western du XXIème siècle
Avec le film "Trois enterrements", le cinéaste et acteur US Tommy
Lee Jones a réalisé la premier western du XXIème
siècle. Ce film, qu'il faut absolument aller voir, a une portée
universelle. Il pourrait se passer en Palestine, au Maroc ou n'importe
où ailleurs. La philosophie de ce western est double :
1° - Il n'y a pas de frontières naturelles. les frontières
sont inventées par les hommes, pour leur plus grand malheur
2° - L'homme est un être déraciné qui a besoin
de s'inventer des racines.
L'histoire qu'il raconte est simple et pourrait être tirée
de la chronique quotidienne des événements courants le
long de la frontière mexicano-US : au Texas, Mike Norton, membre
de la "Border patrol" - la police des frontières - tue par accident
un cow-boy clandestin mexicain, Melquiades Estrada. L'ami de Melquiades,
Peter Perkins, kidnappe Mike et le force a refaire en sens inverse l'itinéraire
de Melquiades, dont ils emportent le cadavre - que Peter a forcé
Mike à déterrer - pour l'enterrer dans son village près
de Coahuila. En refaisant en sens inverse l'itinéraire de Melquiades,
Mike devient à son tour victime et peut ainsi s'identifier à
l'homme qu'il a assassiné, ce qui conduit en quelque sorte à
sa rédemption. Le voyage des trois hommes, les deux vivants et
le mort, illustre bien le propos des auteurs : en effet, à aucun
moment la frontière n'apparaît sous forme matérielle,
elle est totalement absente du paysage et les Mexicains rencontrés
parlent tous anglais, tout comme Peter et ses collègues cow-boys
parlaient naturellement espagnol entre eux en travaillant dans un ranch.
Et quand ils ne parlent pas anglais, ils regardent en tout cas regardent
les mêmes feuilletons à la télé. C'est que
les Mexicains au Texas sont comme les Palestiniens de Cisjordanie travaillant
en "Israël" avant l'intifada : ils sont chez eux là aussi,
puisque le Texas a été volé par les USA au Mexique.
Ils ne sont donc des "clandestins sans-papiers" qu'au regard d'un histoire
récente (150 ans). Trois enterrements, un film primé à
juste titre à Cannes, à ne pas manquer en ce début
d'année 2006
Interview de Guillermo Arriaga , scénariste
de Trois enterrements
Écrivain, scénariste, producteur, réalisateur,
acteur, Guillermo Arriaga multiplie les scénarios dont l'humanité
étonne et la structure déroute. Alors que Babel, actuellement
en tournage, signe sa quatrième collaboration avec Inarritu,
il songe déjà à adapter et produire son roman Le
bison dans la nuit, et à en confier la réalisation au
mexicain Jorge Hernandez. Confortablement installé dans le fauteuil
moelleux d'une suite de l'hôtel George V, Guillermo Arriaga savoure
le Prix du Scénario qu'il a reçu en mai dernier à
Cannes pour Trois enterrements.
Ce projet est-il vraiment né autour d'une partie de chasse ?
Oui, un jour, Tommy Lee Jones m'a appelé pour
me proposer de faire une partie de chasse sur son ranch car c'est une
passion que nous partageons tous les deux ; pour moi, c'est la meilleure
manière de comprendre la vie. On s'est tout de suite bien entendu.
Pendant que nous chassions, il m'a demandé si je souhaitais faire
un film avec lui, j'ai accepté tout de suite.
Quelle fut son influence sur le scénario ?
Il m'a autorisé à écrire ce que
je voulais. Je lui ai parlé d'émigrés mexicains
clandestins, de la relation entre le Mexique et le Texas. Lui m'a raconté
l'histoire d'un mexicain qui s'est fait descendre par accident. Au bout
d'un an, j'avais écrit un scénario, il y a apporté
quelques modifications mais à la base c'est l'histoire que j'ai
écrite. Tommy Lee m'a aidé à ressortir toutes mes
possibilités de scénariste.
Pensez-vous que les femmes soient essentielles dans le film ?
Je pense qu'elles sont capitales. Elles donnent la
vie, elles s'en occupent et c'est ça qui les rend complexes.
Dans ce film, elles sont ancrées dans la réalité
et elles savent ce qu'elle représente. C'est vrai que c'est une
histoire d'hommes mais sans elles, leur vie n'aurait pas de sens. C'est
elles qui le donnent même s'ils ne les traitent pas toujours correctement.
Le nom de Melquiades Estrada est particulièrement romanesque.
Pourtant il est bien réel : c'est un très
bon ami à moi ! Au Mexique, je faisais de la chasse avec lui.
Aujourd'hui, il habite aux États-Unis, c'est un immigré
clandestin. Mais effectivement, j'ai déjà utilisé
son nom dans l'un de mes romans Le doux parfum de la mort, écrit
il y a 14 ans. J'ai donné le nom du frère du vrai Melquiades
à la femme de Melquiades dans Trois enterrements. J'essaie ainsi
de leur rendre hommage.
L'absence de linéarité de vos scénarii semble inspirée
de la littérature. Comment influence-t-elle leur écriture
?
C'est vrai que j'écris le scénario exactement
comme si j'écrivais un roman, je prends soin de la structure,
de la forme, des personnages, de l'histoire. Mais je ne fais aucune
différence effectivement.
Ce qui paraît déroutant est la place de la mort dans la
vie. Cela vous paraît-il normal ou souhaitiez-vous bousculer les
idées reçues ?
La mort est une de mes obsessions, je ne peux pas l'expliquer.
Elle est toujours présente dans mes romans mais aussi dans 21
grammes. Pourtant, je crois que c'est moins une obsession de la mort
que de la vie. On vit dans une culture qui dénie totalement la
mort. On n'a pas le droit de vieillir, d'avoir des rides, de la cellulite,
de perdre ses cheveux, d'être gros, c'est quelque chose qui est
mal perçu. C'est une obligation de l'écrivain, de l'artiste,
de rendre la vie plus puissante et parfois c'est à travers la
mort que l'on réussit.
Le corps de Melquiades qui côtoie Pete Perkins est une image forte
!
C'était une décision délibérée.
S'il y avait un squelette dans cette pièce, nous serions surpris,
un peu déroutés mais si c'était un cadavre nous
serions complètement sous le choc. Sa présence serait
beaucoup plus menaçante. Il nous fait nous confronter à
nous-mêmes, nous fait réfléchir sur la vie.
Mike Norton (le personnage interprété par Barry Pepper)
semble retrouver son humanité en étant déshumanisé,
traité comme un animal.
Je ne crois pas qu'il soit considéré
comme un animal mais on le met à la place de celui qu'il a tué.
Il vit chaque étape qu'un clandestin doit vivre pour passer la
frontière : il faut nager pour traverser la rivière, marcher
dans le désert sous le cagnard, supporter le froid la nuit et
parfois les coups des américains. C'est à travers ce voyage
qu'il parvient à comprendre ce que c'est qu'être humain.
Pourtant ce n'est pas un film sur la vengeance mais sur la justice.
Une autre valeur religieuse prédomine dans vos scénarii
et romans, la rédemption.
D'abord je ne suis pas religieux, je suis athée.
Je n'ai pas eu d'éducation religieuse, je n'ai pas grandi dans
la culture du péché et je ne crois pas à une instance
supérieure qui nous regarde. Pour moi, il s'agit d'assumer les
conséquences de ses actes. La société actuelle
nous empêche de le faire. Ce n'est donc pas une histoire de spiritualité
mais d'humanité. C'est la condition humaine.
Pourtant il y a des signes religieux dans 21 grammes
et Trois enterrements ?
Quand Mike Norton se met à genoux, ce n'est pas religieux, c'est
pour être pardonné. Pour le personnage de Benicio Del Toro
dans 21 grammes, ce qui m'intéressait c'était d'explorer
un personnage primitif. C'est marrant parce que beaucoup de gens me
disent que je suis religieux mais je ne le suis pas et je ne l'ai jamais
été.
La vieillesse est également un thème
capital du film.. Comment vous est venue l'idée du vieil homme
aveugle ?
La grand-mère du vrai Melquiades était
aveugle. Elle vivait dans un hameau isolé et s'est retrouvée
seule après la mort de sa fille. J'ai le souvenir de cette vieille
femme qui allait et venait dans sa maison et à laquelle j'expliquais
les feuilletons qui passaient à la télévision.
C'est une image qui m'entête depuis des années au point
que j'avais déjà intégré un personnage aveugle
dans l'un de mes romans.
En voyant l'univers de certains réalisateurs, avec lesquels souhaiteriez-vous
travailler?
Almodovar est l'un d'entre eux. Marc Forster, Fatih
Akin, Michael Haneke, Wim Wenders.
Beaucoup d'Européens !
C'est vrai mais il y aurait aussi des mexicains ! Et
des américains comme Eastwood, Scorsese, Coppola..
Vous jouez dans Trois enterrements est-ce exceptionnel
ou cela peut-il se renouveler?
C'est vrai que c'est un rôle capital !!! (rires).. J'ai d'abord
été acteur ; j'ai fait du théâtre jusqu'à
l'âge de 21 ans puis je me suis plus consacré à
l'écriture. Mais si quelqu'un souhaite me faire jouer, dîtes
bien que je suis disponible !
Il y a une vingtaine d'années, alors que vous
étiez à Cannes avec votre frère, vous lui avez
dit « Un jour je serai là ». Pensiez-vous y être
en tant qu'acteur à l'époque ?
Non, je pensais déjà à l'écriture. Quand
j'ai reçu le Prix du Scénario, je nageais en plein bonheur.
Pour moi, c'est le maximum de ce que je pouvais espérer. Cannes,
c'est le rêve ultime !
Trois enterrements développe l'idée selon
laquelle on peut tous disparaître en un claquement de doigt. Si
c'était le cas, qu'espéreriez-vous que l'on retienne de
vous ?
S'il fallait qu'il y ait une fin, je souhaiterais que l'on se souvienne
de moi comme un bon ami, un bon père, un bon mari, un bon fils.
Mais à l'image d'une de mes nouvelles que j'ai adaptée
en court-métrage, je crois plutôt que je m'en foutrais
complètement, je sortirais de ma tombe, et je serais de retour
!
Propos recueillis par Vanessa Aubert, http://www.ecranlarge.com,
22 novembre 2005
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