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Je lance un défi à Steven Spielberg - À propos du film "Munich"

 

par Robert Fisk, The Independent, 21 janvier 2006

Traduit de l'anglais en français par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.

 

"Je suis un fervent défenseur d'Israël depuis le jour où j'ai commencé à réfléchir en termes politiques et à développer mes conceptions morales, c'est -à-dire depuis tout petit. En tant que juif, je suis conscient de l'importance décisive de l'existence d'Israel pour nous tous; et précisément par ce que je suis fier d'être juif, je suis préoccupé par la montée de l'antisémitisme et de l'antisionisme dans le monde. Dans mon film je pose des questions sur la guerre que mènent les Etats-unis contre le terrorisme, et sur les ripostes israéliennes aux intrusions palestiniennes. S'il le fallait, je serais prêt à mourir autant pour les Etats-unis que pour Israël". (Steven Spielberg, au quotidien espagnol El Pais, le 25 janvier 2006)

Le film 'Munich' de Steven Spielberg est absolument génial ! Tiens, bizarre ; j'entends déjà grommeler certains lecteurs... Le film ne passera en Grande-Bretagne qu'à partir de vendredi prochain. Mais, aux Etats-Unis, des Arabes qui vivent là-bas ont condamné ce film qui traite de l'assassinat en série de Palestiniens après le massacre d'athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich, en 1972, en le qualifiant de « diatribe anti-arabe qui déshumanise tout un peuple souffrant de sa dépossession et de son occupation ».

Des organisations juives ont insinué que Spielberg aurait déshonoré ses racines juives en portraiturant des agents du Mossad en tueurs criminels et en proie au doute, qui finissent par mépriser leur propre pays. « Il doit y avoir là quelque chose d'intéressant. », me suis-je dit à moi même en prenant place dans mon fauteuil, de l'autre côté de l'Atlantique, m' apprêtant à regarder le film à grand spectacle (avec force assassinats et flots d'hémoglobine) du célèbre metteur en scène.

Il y a beaucoup d'endroits où vous fermez les yeux : l'assassinat des athlètes, entrecoupé de scènes dans lesquelles le tueur en chef « Avner » est en train de copuler avec sa femme dans un appartement new-yorkais ; l' assassinat israélien d'une call-girl hollandaise qui a séduit un tueur du Mossad en vue de le liquider : elle marche, nue et répandant généreusement son sang sur le plancher de sa péniche, s'efforçant de respirer à travers la blessure causée par une balle en pleine poitrine. Ah, et puis il y a aussi le Cliché Moyen-oriental de l'année. C'est quand « Avner » - dans une scène totalement fictionnelle - parle avec un réfugié palestinien armé, qu'il liquidera plus tard. Il lui demande : « Entre-nous, Ali. les oliviers de ton père, ils te manquent vraiment ? »

Ben voui, je veux, mon neveu : « Ali », il a une sacrée nostalgie des oliviers de papa !.. Posez cette question à n'importe quel Palestinien habitant les bidonvilles de torchis de Ein el-Helwé, de Nahr-el-Bared ou de Sabra et Chatila, au Liban, et vous obtiendrez la même réponse. Il s'agit là d'une scène aux grosses ficelles et qui se traîne en longueur, où l'approche cultivée et philosophique d'Avner est mise en contraste avec la colère brute et frustre du Palestinien.

Et il y a un tas d'autres âneries. Le meurtre on ne peut plus réel, par la même fine équipe du Mossad, d'un garçon de café marocain parfaitement innocent, en Norvège, a disparu du film - évitant ainsi, j'imagine, l' embarras qu'aurait causé la nécessité de montrer un des assassins se planquant dans l'appartement de l'attaché militaire israélien en Norvège, à Oslo [tiens, décidément, Oslo ?. Ndt]. Une planque dont la révélation n'a pas précisément apporté un immense service aux relations israélo-scandinaves.

Reste que le film de Spielberg a franchi une ligne jaune fondamentale dans le traitement hollywoodien du conflit moyen-oriental. Pour la toute première fois, on voit des espions / assassins israéliens de haut vol non seulement se poser des questions sur leur rôle de vengeurs, mais prendre carrément conscience du fait que la doctrine « pour un oil, un oil ; pour une dent, toute la gueule », ça ne marche pas, c'est immoral, c'est atroce. Le résultat de l'assassinat d'un des tireurs palestiniens - ou d'un Palestinien sympathisant avec les tueurs de Munich, c'est tout simplement que six autres Palestiniens prennent leur place. L'un après l'autre, les membres du commando des liquidateurs du Mossad se font eux-mêmes prendre en chasse et dégommer. Avner en vient même à estimer qu'à chaque fois qu'il liquide un Palestinien, cela coûte un million de dollars.

Et puis, il y a la fin du film : le surveillant d'Avner, au Mossad, vient à New York afin de le persuader de rentrer en Israël, mais Avner l'envoie promener après qu'il ait été incapable d'apporter la moindre preuve de la culpabilité des Palestiniens abattus ; alors il décline, écoeuré, l' invitation que lui fait Avner de venir partager le pain et le sel avec lui, à sa table. Cela suggère, pour la première fois sur le grand écran, que la politique israélienne à base de militarisme et d'occupation est immorale. Le fait que la caméra se déplace vers la gauche des deux hommes et saisisse une image digitalisée reconstituée des Tours Jumelles, vues à travers la brume, c'est ce que j'appelle personnellement « un grincement ». « Ouais, Steve, n' en fais pas trop tout de même. », me suis-je dit intérieurement ; « merci, mais on avait compris ! »

Mais voilà le principal : ce film déconstruit intégralement le mythe de l' invincibilité et de la supériorité morale d'Israël. De ses alliances sulfureuses, aussi - un des personnages les plus sympathiques est un patron âgé de la mafia française qui aide Avner - et son présupposé arrogant que, de tous les pays, lui seul a le droit de pratiquer les assassinats d'Etat.

Peut-être qu'inéluctablement et sans le savoir, l'auteur du roman d'où le film Munich est tiré - George Jonas, qui a écrit Vengeance - a-t-il fait merveille pour déconstruire Spielberg lui-même. « On n'atteint pas à un haut niveau moral en restant neutre entre le bien et le mal », dit-il. Ce qui rebute pas mal de gens, qui ne vont pas voir ce film, c'est le fait qu'il « traite des terroristes comme des gens comme vous et moi. Dans leur effort afin de ne pas diaboliser des êtres humains, Spielberg et Kushner (Tony Kushner, le scénariste en chef) finissent par humaniser des démons ». Certes. Mais c'est bien là le problème, non ? Appeler des êtres humains « terroristes » ne les déshumanise en rien, quoi qu'ils aient pu faire. La question « pourquoi ? » - strictement interdite après les crimes contre l' humanité du 11 septembre 2001 - est pourtant bien exactement la question que pose n'importe quel flic sur le lieu de n'importe quel crime - « quel était le mobile » -, non ?

La coïncidence est sans doute voulue : Aaron Klein a pondu un nouveau bouquin sur Munich, aux éditions Random House. Comme l'a fait observer un recenseur, il donne des mêmes truands du Mossad une description suggérant une équipe plutôt de tueurs de sang-froid que de mercenaires en proie au doute. Dans un contexte tout à fait différent, il est intéressant d' apprendre que ce Klein, capitaine dans une unité du renseignement de l'armée israélienne, se trouve être également, voyez-vous, le correspondant de Times Magazine à Jérusalem, spécialisé dans les questions militaires. J'en déduis que cette auguste revue pro-israélienne ne va certainement pas tarder à nommer un militant du Hamas au poste de correspondant chargé des questions militaires en Cisjordanie.

Mais peu importe ; là n'est pas la question. Ce qui fait problème, pour certains, ce n'est pas le fait que Spielberg change les traits de ses assassins - ni même le fait que Malte tienne lieu de Beyrouth et Budapest tienne lieu de Paris, dans le film - mais bien, en revanche, le fait que l' entièreté de la structure de supériorité morale d'Israël soit soumise à un examen critique impitoyable et amer ;vers la fin du film, Avner fait irruption au consulat d'Israël à New York, persuadé que le Mossad a décidé de lui faire la peau, à lui aussi.

Bon : chose promise, chose due. Voici mon vrai défi, que je lance à Spielberg. Un mien ami musulman m'a écrit un jour pour me recommander le film La Liste de Schindler, mais en me demandant si le metteur en scène lui donnerait une suite, en faisant un film relatant l'épopée de la dépossession des Palestiniens qui fit suite à l'arrivée des réfugiés de Schindler en Palestine. Eh bien, non. En lieu et place, Spielberg a sauté quatorze année, jusqu'à Munich, tout en disant au cours d'une interview qu'à ses yeux, le véritable ennemi, au Moyen-Orient, c'est « l'intransigeance ».

C'est faux.

Le véritable ennemi, au Moyen-Orient, c'est celui qui vole leur terre aux autres.

Aussi, à mon tour de poser une question : aurons-nous une épopée spielbergienne sur la catastrophe palestinienne de 1948 et la suite ? Ou bien - comme ces réfugiés aspirant désespérément à un visa, dans le film Casablanca - nous faudra-t-il attendre, attendre, et encore. attendre ?

 

 

Les émeutes urbaines d’octobre-novembre 2005 en France : comprendre avant de juger

 


par Alain Morice , 31 décembre 2005
Ce texte, où certaines précisions pourront paraître inutiles à des lecteurs résidant en France, est destiné à un public étranger. Il a été rédigé après deux cours donnés devant des étudiants de l’Université Cà’Foscari de Venise et de l’Université autonome de Madrid, respectivement les 2 et 17 décembre 2005. Il est publié en italien par la revue Giano (Rome) et en espagnol par la revue Mugak (San Sebastian).
Alain Morice est anthropologue, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS, France). Pour lire le texte > http://pajol.eu.org/article905.html

ELF, la pompe Afrique, lecture d'un procès ,de Nicolas LAMBERT, Préface de F.-X. VERSCHAVE,
Collection Œuvres vives, éditions Tribord et Autrement dit, 95 pages , 12 €.
Le texte de la pièce est accompagné d'1CD (79 min) offert, comprenant les principaux extraits de l’émission Là-bas si j’y suis des 15 et 16 février 2005 sur France Inter, produite par Daniel Mermet et réalisée par Antoine Chao, ayant pour invité François-Xavier Verschave.
Présentation :
Le livre & le CD nous plongent dans le plus grand scandale politico-financier de la France du XXe siècle. Il s'agit de la pièce de théâtre créée à partir du procès par N.Lambert et des émissions qui lui furent consacrées à France Inter.
«Je m’aperçois que nous ne sommes pas face à trois personnes qui ont dérapé. C’est beaucoup plus profond que ça. Il s’agit réellement d’un système de gouvernement.» Eva JOLY
"De ce «casse du siècle», N.L. a tiré une pièce souvent drôle mais toujours cruelle, qui se veut tout autant la lecture d’un procès à bien des égards exceptionnel qu’un réquisitoire militant contre cette forme de colonialisme pétrolier français. Après deux heures de spectacle, Nicolas Lambert s’avance vers le public. Il n’est plus président du tribunal, ni prévenu, ni même comédien. Simplement un citoyen qui s’interroge…" Pascale ROBERT-DIARD, Le Monde
"Le Floch-Prigent, Alfred Sirven, André Tarallo…Tous racontent et avouent, dans le texte, le pillage d’Elf… Karl LASKE, Libération / Véritable oeuvre théâtrale, portée par un auteur-comédien impitoyablement honnête." Denis BONNEVILLE, La Marseillaise
http://www.autrementdit.net/modele.php?idcd=166

 

« Le crime de Napoléon » de Claude Ribbe


par Capucine Légelle, grioo.com, 23 janvier 2006
La couverture médiatique est impressionnante. L’ouvrage suscite les passions.
Mais quelle mouche a bien pu piquer notre historien ? Il est apparemment devenu raciste et antisémite. On nous dit qu’il bafoue la France, alimente la concurrence des mémoires et le communautarisme. Mais aucune critique ne porte sur le contenu. Alors, avant de les écouter, ouvrons le livre.
Claude Ribbe pointe ici une page sombre et méconnue de l’Histoire de France : le rétablissement de l’esclavage par Bonaparte et l’extermination de tous les citoyens gênant ce rétablissement. Mais aussi l’introduction insidieuse du racisme au sein des institutions françaises. Alors qu’ « au moment du coup d’état de Napoléon, cela fait plus de huit ans que tout individu est libre aussitôt qu’il est en entré en France et que tout homme, de quelque couleur qu’il soit, jouit en France de tous les droits du citoyen, s’il a les qualités prescrites par la Constitution pour les exercer. (Loi du 16 octobre 1791). » (p.34)
Bonaparte, « pour la première fois sans doute dans l’histoire de l’humanité, s’est posé rationnellement la question de savoir comment éliminer en un minimum de temps, avec un minimum de frais et un minimum de personnel un maximum de personnes déclarées scientifiquement inférieures. » (p.25).
Sur ordre de l’empereur « plusieurs dizaines de milliers de civils, sans distinction d’âge ni de sexe, torturés, violés, gazés, noyés, fusillés, roués, crucifiés, égorgés, étranglés, pendus, affamés, empoisonnés, brûlés ou dévorés vifs, simplement à cause de la couleur de leur peau. » (p.193, 194).
Parce qu’il est indéniable aujourd’hui qu’une partie de la population française est dramatiquement en manque de reconnaissance.
Parce que les français noirs subissent encore les effets de la politique napoléonienne.
Parce que nous sommes le pays du Code Noir mais aussi des Droits de l’Homme.
Merci à Claude Ribbe d’avoir ouvert le débat.


Personne ne réclame la repentance. Une simple reconnaissance. Et peut-être enfin l’Egalité.
Parce qu’une mémoire commune est indispensable à la cohésion de la nation. Pour envisager un avenir commun.
Entretien avec l’auteur :
© claude-ribbe.com
Pourquoi vouloir dénoncer Napoléon deux siècles plus tard ? Quel est selon vous le rapport entre Histoire et actualités ?
Claude Ribbe : « Pour les glorificateurs du dictateur court de pattes, deux siècles, cela ne semble pas trop long. On peut le constater depuis près de dix ans qu’on nous chante les louanges de ce méchant petit bonhomme devant lequel la République lepénisée et lobotomisée devrait à présent se prosterner. Napoléon le négrier était devenu un véritable fonds de commerce. À partir du moment où le rétablissement de l’esclavage, la répression des résistants à ce rétablissement, le massacre génocidaire des Français d’Outre-mer, la déportation de ceux qu’on n’osait massacrer sur place, les lois « raciales » de 1802-1803, n’étaient jamais mentionnés par l’histoire officielle ni dans la presse « mainstream », il fallait bien que quelqu'un dise un jour ou l’autre la vérité. Les historiens de l’Université ne faisaient visiblement que de la propagande au jour le jour ou se taisaient, par peur de perdre leur place.
Le rapport entre le crime de Napoléon et l’actualité me semble pourtant assez évident. Déjà, la parution de mon livre a été un événement dans la mesure où il a entraîné des réactions politiques immédiates. Par ailleurs, le fait de refuser d’admettre, jusque dans un article de loi (dont l’imbécillité frise l’obscène), que l’histoire des Antillais et des Africains des XVIIIe et XIX ème siècles explique les discriminations d’aujourd’hui, a provoqué une vive réaction de leurs descendants. Réaction violente chez les jeunes des banlieues originaires d’Afrique. Plus nuancée, mais très ferme, chez les Antillais. Au-delà de cette révolte, la mise en lumière et la prise de conscience de ce lien entre l’actualité et l’histoire provoquera tôt ou tard une révolution salutaire dont les incendies des banlieues et le refus de recevoir un ministre ne sont que les signes avant-coureurs. Cette révolution ne sera pas violente mais constructive si les responsables de tous bords - trop occupés jusqu’ici par l’électorat d’extrême droite – comprennent enfin que les vrais problèmes ne sont peut-être pas où ils pensent. »

 

Adolf Hitler
Pourquoi nommer Adolf Hitler dans ce livre ? Comment expliquez-vous les vives réactions qui en découlent ?
« J’ai été très frappé par la photo de la visite de Hitler à Napoléon (qui sert de couverture à mon ouvrage), par le fait qu’il a fallu, durant l’Occupation, placer un plancher sur le sol des Invalides, de peur que les bottes nazies n’en usent le marbre, par le fait que c’est Hitler qui a rendu aux Français en décembre 1940 les cendres de l’Aiglon qui sont entrées aux Invalides portées par des soldats nazis (n’en déplaise à M. Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon, qui a déclaré en direct sur LCI le 29 novembre 2005 que c’était faux et que je « n’y connaiss[ais] rien »). Très frappé également par le fait qu’il y a eu sous le IIIe Reich, un culte napoléonien comparable à celui que nous avons subi ces dernières années et dont le moment fort a été la sortie, en 1934, de Hundert Tage (Les Cent Jours) un film très édifiant de Frantz Wentzler, financé par Goebbels sur un scénario inspiré par Mussolini, où Napoléon parle allemand à la manière du Führer. Très frappé encore par le fait que les soldats esclavagistes de Napoléon ont utilisé aux Antilles un gaz destiné à la désinfection des bateaux (comme le Zyklon B) pour massacrer en masse la population civile sur des critères de « race ». Très frappé enfin par l’existence de camps de concentration pour « noirs » en Corse et à l’île d’Elbe à partir de 1802.
Ces faits sont irréfutables et n’ont d’ailleurs pu être réfutés. C’est la raison pour laquelle la France ne pourra plus jamais glorifier Napoléon.
Des réactions violentes se sont élevées de la part de personnes malhonnêtes qui ont voulu réduire mon livre à une comparaison entre Napoléon et Hitler et qui déclaraient (sans le démontrer) que cette comparaison était impossible. Je crois avoir donné la preuve du contraire, même si cette comparaison ne porte que sur certains points. Mais un crime contre l’Humanité reste un crime contre l’Humanité. En ce sens, deux criminels qui ont commis le même crime, quel que soit le nombre de leurs victimes, quelle que soit la couleur de peau, de ces victimes quelle que soit l’époque, sont comparables. Il n’y a pas de privilège de la souffrance. Je crois que certaines personnes qui vociféraient au moment de la sortie de mon livre auraient bien voulu dire qu’on n’avait pas le droit de comparer les victimes « noires » de Napoléon aux autres victimes de Hitler. Seulement voilà : pour ne pas tomber sous le coup des lois punissant le racisme, elles ont préféré dire qu’on n’avait pas le droit de comparer Napoléon avec Hitler, ce qui n’avait aucun sens. D’où leur frustration qui peut se mesurer à l’intensité de leurs imprécations.
Ces personnes-là sont absolument indifférentes à l’esclavage qu’elles considèrent comme un crime mineur. Tel n’était pas le point de vue des esclaves qui se suicidaient et refusaient de procréer. Les plus vives réactions à mon livre sont celles des historiens qui ont été pris en flagrant délit de mensonge ou de manipulation et des journalistes incultes qui les ont encensés. Tout cela est normal. Le contraire aurait été inquiétant. Ce que ces gens disent n’a aucun intérêt. Ils sont dans le bruissement de l’éphémère. Ils peuvent toujours aboyer, la caravane est déjà loin et la statue de Napoléon en morceaux. Il y a aussi les jaloux, les aigris. Et puis tous ceux qui ne lisent pas, mais qui pérorent pour se donner de l’importance. Récemment, M. Richard Senghor, un fonctionnaire naguère chargé de l’ « intégration » au cabinet de Jean-Pierre Raffarin ironisait en m’attribuant dans la revue Esprit des propos figurant non pas dans mon livre mais sur la quatrième de couverture de l’ouvrage ! Se voulant perfide, il en concluait que mon propos manquait de nuances. C’est surprenant d’être ainsi dénigré (noirci, au sens étymologique) par des personnes qui se réclament volontiers de la « négritude ». Moi je ne me permettrais pas d’ironiser sur les résultats de l’action de M. Senghor à Matignon pendant les trois années où il a été chargé du dossier de l’intégration en disant qu’il a peut être été trop « nuancé », justement... »

Selon vous l'institutionnalisation du racisme commence avec Bonaparte, pourriez-vous nous expliquer dans quelle mesure ?
« D’une manière gratuite, et en fonction de ses préjugés, Napoléon a mis en vigueur sur le territoire français de véritables lois raciales : interdiction de l’armée et du territoire français aux « nègres » et « gens de couleur», interdiction de mariages entre « blancs » et « noirs ». Il y a bien eu des tentatives de ce genre sous Louis XVI, sous la pression des colons, mais l’application n’a jamais été systématique, grâce à la résistance des esprits éclairés, bien représentés dans certains Parlements (celui de Paris, en particulier). Napoléon ayant établi une des pires dictatures qu’il y ait jamais eues en France, aucun contre pouvoir n’a pu s’opposer à ce que sa folie raciste ne serve de principe à sa politique.
Cela a coûté à la France son empire colonial. À la Restauration, on le lui reprochera assez.
De plus, Napoléon a encouragé l’émergence du racisme scientifique, dont la plupart de nos universitaires -et en particulier les historiens- sont totalement imprégnés. C’est ainsi que ce lobby des historiens, très influent sur un establishment totalement déboussolé et en mal de repères théoriques, a empêché d’inscrire le bicentenaire du général Alexandre Dumas au calendrier des commémorations nationales 2006, comme il avait empêché d’inscrire le bicentenaire de l’abolition de l’esclavage au calendrier des commémorations 1994. »

France 3 nous propose ce soir une émission Des Racines et des Ailes consacrée "à la glorieuse capitale économique et culturelle qu'était Bordeaux au 18e" (ndlr mercredi 18/01 : le rôle de la ville dans la traite négrière a été très brièvement évoquée). Votre réaction ?
« Je ne regarde jamais la télévision. Je n’ai pas le temps. Mais je constate que la télévision française et en particulier le service public est devenue une véritable machine à abrutir les malheureux qui cherchent par ce moyen à s’informer, à se distraire, voire à se cultiver. Les Français passent plus de trois heures par jour à gober toutes les sottises qu’on leur débite. C’est effrayant quand on y pense. C’est révoltant quand on sait que les Français d’Outre-mer paient la redevance pour financer des programmes qui les vilipendent ou les ignorent. Pour entendre des Benguigui débiter leurs plaisanteries de négriers, de colons ou d’expatriés de la « Françafrique ». Dans le cas d’espèce, je ne saurais critiquer un documentaire que je n’ai pas vu. Je doute qu’on puisse aujourd’hui parler de l’histoire de Bordeaux sans évoquer son passé négrier. La France a déporté 1 200 000 Africains, ce qui a causé au moins six millions de morts. Et Bordeaux a sa part dans ce génocide. Si le réalisateur de ce documentaire entendait nier ou excuser-ce dont je doute - cette effroyable réalité, je préfèrerais être à ma place plutôt qu’à la sienne : les tribunaux, par une sanction exemplaire, pourraient lui ôter l’envie de recommencer. Je crois à la vigilance des associations comme je crois à la Justice de mon pays. Aux pires moments de l’esclavage, il y a toujours eu des magistrats courageux pour se lever, au nom de l’Humanité, et dire non à l’inacceptable. Ainsi Laënnec, un Breton, père du célèbre médecin.
Cela étant, on a bien vu le journal Le Monde consacrer en septembre 2003 deux pages glorifiant l’histoire de Bordeaux sans juger utile de parler de la traite ni de l’esclavage. Cela ressemblait bien à une provocation. L’article était signé Philippe Sollers. Personne n’a bronché. Sauf moi. Bien entendu. »

Liens
> Le site de l’historien : www.claude-ribbe.com

> Claude Ribbe répond aux questions des internautes sur le site du Nouvel Obs : www.nouvelobs.com/forum/archives/forum_433.html
Extrait : Que pensez vous de la critique de votre livre dans le Monde qui assène "Le Crime de Napoléon n’est pas un livre d’histoire" ? Le critique a raison, c’est un livre sur les chiens.

> Le site de la fondation napoléon spécialisé dans la publication de sources rares ou inédites sur l’histoire des deux empires. Ici un projet d’arrêté tendant à prohiber l'introduction sur le territoire européen de la République, des Noirs et Gens de couleur.
www.napoleonica.org/gerando/GER00285.html

 

 

Gaspard-Hubert Lonsi Koko, LE DEMANDEUR D'ASILE, éditions Égrégore


(http:www.editions-egregore.com), 15,50 €
Léopold Mwana Malamu est membre, dans son pays d'origine situé au
cœur de l'Afrique centrale, d'un mouvement clandestin qui s'oppose de la manière la plus efficace et la plus habile possible à la dictature du régime en place Il est arrêté, torturé Il finit par gagner l'Europe : l'Italie d'abord, ensuite la Suisse; puis la France où l'accueille à bras ouverts une charmante dame de la meilleure société Reste pour lui à obtenir le statut de réfugié politique . Toutes les démarches du
jeune homme échouent et trouver un travail lui est également impossible. "Refoulé administratif" dans son pays d'origine, il est à nouveau torturé.
Cet ouvrage met en évidence la flagrante contradiction entre l'image de
marque de la France et le labyrinthe dans lequel s'engage le candidat au statut d'asile politique après s'être enfui de la dictature corrompue que soutiennent avec immoralité certains pays occidentaux
L’auteur
Gaspard-Hubert Lonsi Koko est un fervent militant des causes humanistes qui a longtemps évolué à travers les sinuosités et les méandres de l'univers francoafricain. Il
dénonce astucieusement les dysfonctionnements liés au droit d'asile en France et fustige, en même temps, les régimes dictatoriaux d'Afrique.

 

Émeutes en Banlieue, un spectacle écrit et mise en scène par Dieudonné par Ginette Hess Skandrani

 

Si vous avez envie, dans cette grisaille sociale et politique qui nous entoure, d'un peu d'air pur, un peu d'humour et de fraîcheur, n'hésitez pas, allez voir la pièce " Emeutes en banlieue " qui passe au Théâtre de la Main d'Or, en janvier et en février.

C'est un régal d'une diversité exceptionnelle danses, musiques, rires, larmes, émotion, humour, dérisionŠ tout s'enchaîne et vous entraîne à exercer un autre regard sur nos banlieues. Des comédiens/danseurs jeunes et surprenants font une parodie des médias, de la police, du racisme, de l'élitisme de la société et des idées toutes faites avec brio et une sensibilité surprenante.

Une jeune pimbêche blonde, journaliste de " Tvnews1 " interviewe un beau black " crameur de voitures " et trafique les réponses avec un culot monstre, sur un air de musique dynamique et en dansant. L'humour et le talent épicé de Dieudonné, à travers de jeunes acteurs prometteurs, nous font oublier un moment ces "médias-mensonges", la sarkomania, les politiciens corrompus et depassés par les événements...et tous ceux qui y croient ou qui en dépendent financièrement.

Dieudonné serait-il en train de nous créer un style d'opérette populaire des banlieues ? En tous les cas bravo, nous avons passé une bonne soirée. > Théâtre de la Main d'Or, 15, passage de la Main d'Or 75011 Paris m° Ledru-Rollin tél. 0143380669.

 

Xavier Renou, La privatisation de la violence. Mercenaires & societes militaires privées au service du marché, Dossier noir n° 21, Éditions Agone, en librairie le 20 janvier.


D'ores et déjà disponible à Survie, 210, rue St Martin, 75003 Paris, Tél. : 01 44 61 03 25, Fax. : 01 44 61 03 20, <http://www.survie-france.org. Prix public 24 euros. Prix groupes 18 euros. http://www.agone.org/laprivatisationdelaviolence .
La marchandisation s'étend désormais au domaine de la "violence légitime", un secteur en plein essor qui représenterait déjà un bénéfice annuel de plus de 100 milliards de dollars.
Les mercenaires de jadis sont aujourd'hui les employés de "sociétés militaires privées" parfaitement légales qui, renvoyant a un passe révolu l'image sulfureuse des "chiens de guerre", tentent de se construire un rôle respectable dans la fiction d'un marche dispensateur de paix et de démocratie. Elles proposent pourtant a leurs clients (États, firmes multinationales, mouvements armes divers) les habituelles prestations d'ordre militaire: opérations de déstabilisation, combat, conseil en stratégie, logistique, etc. C'est ainsi, par exemple, qu'une firme dont la mission officielle de "formation a la transition démocratique" conduit au bombardement de civils recevra la bénédiction aussi bien de son client que des instances de contrôle.
Parce qu'elles font pleinement jouer le mécanisme de circulation entre les secteurs militaires prive et public _l'une d'elles a recrute successivement l'ancien secrétaire a la Defense de Ronald Reagan, l'ancien secrétaire d'Etat James Baker et l'ancien président des États-Unis George Bush père_, les sociétés mercenaires influent de plus en plus sur les politiques de "defense". Parce qu'elles se mettent au service des multinationales qui exploitent les pays du Sud dotes en ressources minières, ces sociétés agissent comme les gardiens d'un ordre économique qui maintient dans la plus grande dépendance des pays en principe libérés depuis plusieurs décennies du joug colonial.

Chercheur en sciences politiques, Xavier Renou est responsable de la campagne "Désarmement nucléaire" de Greenpeace France.

Collection "Dossiers noirs" n° 21, Format 154x240 cm, 596 pages, Prix 24 euros

 

La compil Dieudo


2005 aura été en France l'année Dieudonné. Pour retrouver les diverses péripéties des ennuis de Dieudonné avec les sionistes, l'association AAARGH a eu la bonne idée de rassembler une compilation d'articles parus sur l'humoriste de février à décembre 2005. Pour lire ce document cliquer ici : Dieudo.pdf

 

Dossier de presse sur la pétition "Liberté pour l'histoire"


L'AAARGH publie un reprint des principaux articles qui ont entouré la pétition du 12 décembre 2005, intitulée "Liberté pour l'histoire", avec les principales signatures qui sont intervenues. Nous y avons ajouté plusieurs éléments, comme la fameuse pétition de 1979, de Poliakov et Vidal-Naquet, un bref survol de la fumeuse affaire Pétré-Grenouilleau, l'analyse faite par l'AAARGH de ces événements surprenants, et un succulent trombinoscope des pétitionnaires, qui n'a pas de précédent dans la littérature sociologique...
Pour lire ce document cliquer ici : 34-19.pdf

 


Trois enterrements, un western du XXIème siècle


Avec le film "Trois enterrements", le cinéaste et acteur US Tommy Lee Jones a réalisé la premier western du XXIème siècle. Ce film, qu'il faut absolument aller voir, a une portée universelle. Il pourrait se passer en Palestine, au Maroc ou n'importe où ailleurs. La philosophie de ce western est double :
1° - Il n'y a pas de frontières naturelles. les frontières sont inventées par les hommes, pour leur plus grand malheur
2° - L'homme est un être déraciné qui a besoin de s'inventer des racines.
L'histoire qu'il raconte est simple et pourrait être tirée de la chronique quotidienne des événements courants le long de la frontière mexicano-US : au Texas, Mike Norton, membre de la "Border patrol" - la police des frontières - tue par accident un cow-boy clandestin mexicain, Melquiades Estrada. L'ami de Melquiades, Peter Perkins, kidnappe Mike et le force a refaire en sens inverse l'itinéraire de Melquiades, dont ils emportent le cadavre - que Peter a forcé Mike à déterrer - pour l'enterrer dans son village près de Coahuila. En refaisant en sens inverse l'itinéraire de Melquiades, Mike devient à son tour victime et peut ainsi s'identifier à l'homme qu'il a assassiné, ce qui conduit en quelque sorte à sa rédemption. Le voyage des trois hommes, les deux vivants et le mort, illustre bien le propos des auteurs : en effet, à aucun moment la frontière n'apparaît sous forme matérielle, elle est totalement absente du paysage et les Mexicains rencontrés parlent tous anglais, tout comme Peter et ses collègues cow-boys parlaient naturellement espagnol entre eux en travaillant dans un ranch. Et quand ils ne parlent pas anglais, ils regardent en tout cas regardent les mêmes feuilletons à la télé. C'est que les Mexicains au Texas sont comme les Palestiniens de Cisjordanie travaillant en "Israël" avant l'intifada : ils sont chez eux là aussi, puisque le Texas a été volé par les USA au Mexique. Ils ne sont donc des "clandestins sans-papiers" qu'au regard d'un histoire récente (150 ans). Trois enterrements, un film primé à juste titre à Cannes, à ne pas manquer en ce début d'année 2006

Interview de Guillermo Arriaga , scénariste de Trois enterrements
Écrivain, scénariste, producteur, réalisateur, acteur, Guillermo Arriaga multiplie les scénarios dont l'humanité étonne et la structure déroute. Alors que Babel, actuellement en tournage, signe sa quatrième collaboration avec Inarritu, il songe déjà à adapter et produire son roman Le bison dans la nuit, et à en confier la réalisation au mexicain Jorge Hernandez. Confortablement installé dans le fauteuil moelleux d'une suite de l'hôtel George V, Guillermo Arriaga savoure le Prix du Scénario qu'il a reçu en mai dernier à Cannes pour Trois enterrements.


Ce projet est-il vraiment né autour d'une partie de chasse ?

Oui, un jour, Tommy Lee Jones m'a appelé pour me proposer de faire une partie de chasse sur son ranch car c'est une passion que nous partageons tous les deux ; pour moi, c'est la meilleure manière de comprendre la vie. On s'est tout de suite bien entendu. Pendant que nous chassions, il m'a demandé si je souhaitais faire un film avec lui, j'ai accepté tout de suite.


Quelle fut son influence sur le scénario ?

Il m'a autorisé à écrire ce que je voulais. Je lui ai parlé d'émigrés mexicains clandestins, de la relation entre le Mexique et le Texas. Lui m'a raconté l'histoire d'un mexicain qui s'est fait descendre par accident. Au bout d'un an, j'avais écrit un scénario, il y a apporté quelques modifications mais à la base c'est l'histoire que j'ai écrite. Tommy Lee m'a aidé à ressortir toutes mes possibilités de scénariste.


Pensez-vous que les femmes soient essentielles dans le film ?

Je pense qu'elles sont capitales. Elles donnent la vie, elles s'en occupent et c'est ça qui les rend complexes. Dans ce film, elles sont ancrées dans la réalité et elles savent ce qu'elle représente. C'est vrai que c'est une histoire d'hommes mais sans elles, leur vie n'aurait pas de sens. C'est elles qui le donnent même s'ils ne les traitent pas toujours correctement.


Le nom de Melquiades Estrada est particulièrement romanesque.

Pourtant il est bien réel : c'est un très bon ami à moi ! Au Mexique, je faisais de la chasse avec lui. Aujourd'hui, il habite aux États-Unis, c'est un immigré clandestin. Mais effectivement, j'ai déjà utilisé son nom dans l'un de mes romans Le doux parfum de la mort, écrit il y a 14 ans. J'ai donné le nom du frère du vrai Melquiades à la femme de Melquiades dans Trois enterrements. J'essaie ainsi de leur rendre hommage.


L'absence de linéarité de vos scénarii semble inspirée de la littérature. Comment influence-t-elle leur écriture ?

C'est vrai que j'écris le scénario exactement comme si j'écrivais un roman, je prends soin de la structure, de la forme, des personnages, de l'histoire. Mais je ne fais aucune différence effectivement.


Ce qui paraît déroutant est la place de la mort dans la vie. Cela vous paraît-il normal ou souhaitiez-vous bousculer les idées reçues ?

La mort est une de mes obsessions, je ne peux pas l'expliquer. Elle est toujours présente dans mes romans mais aussi dans 21 grammes. Pourtant, je crois que c'est moins une obsession de la mort que de la vie. On vit dans une culture qui dénie totalement la mort. On n'a pas le droit de vieillir, d'avoir des rides, de la cellulite, de perdre ses cheveux, d'être gros, c'est quelque chose qui est mal perçu. C'est une obligation de l'écrivain, de l'artiste, de rendre la vie plus puissante et parfois c'est à travers la mort que l'on réussit.


Le corps de Melquiades qui côtoie Pete Perkins est une image forte !

C'était une décision délibérée. S'il y avait un squelette dans cette pièce, nous serions surpris, un peu déroutés mais si c'était un cadavre nous serions complètement sous le choc. Sa présence serait beaucoup plus menaçante. Il nous fait nous confronter à nous-mêmes, nous fait réfléchir sur la vie.


Mike Norton (le personnage interprété par Barry Pepper) semble retrouver son humanité en étant déshumanisé, traité comme un animal.

Je ne crois pas qu'il soit considéré comme un animal mais on le met à la place de celui qu'il a tué. Il vit chaque étape qu'un clandestin doit vivre pour passer la frontière : il faut nager pour traverser la rivière, marcher dans le désert sous le cagnard, supporter le froid la nuit et parfois les coups des américains. C'est à travers ce voyage qu'il parvient à comprendre ce que c'est qu'être humain. Pourtant ce n'est pas un film sur la vengeance mais sur la justice.


Une autre valeur religieuse prédomine dans vos scénarii et romans, la rédemption.

D'abord je ne suis pas religieux, je suis athée. Je n'ai pas eu d'éducation religieuse, je n'ai pas grandi dans la culture du péché et je ne crois pas à une instance supérieure qui nous regarde. Pour moi, il s'agit d'assumer les conséquences de ses actes. La société actuelle nous empêche de le faire. Ce n'est donc pas une histoire de spiritualité mais d'humanité. C'est la condition humaine.

Pourtant il y a des signes religieux dans 21 grammes et Trois enterrements ?
Quand Mike Norton se met à genoux, ce n'est pas religieux, c'est pour être pardonné. Pour le personnage de Benicio Del Toro dans 21 grammes, ce qui m'intéressait c'était d'explorer un personnage primitif. C'est marrant parce que beaucoup de gens me disent que je suis religieux mais je ne le suis pas et je ne l'ai jamais été.

La vieillesse est également un thème capital du film.. Comment vous est venue l'idée du vieil homme aveugle ?

La grand-mère du vrai Melquiades était aveugle. Elle vivait dans un hameau isolé et s'est retrouvée seule après la mort de sa fille. J'ai le souvenir de cette vieille femme qui allait et venait dans sa maison et à laquelle j'expliquais les feuilletons qui passaient à la télévision. C'est une image qui m'entête depuis des années au point que j'avais déjà intégré un personnage aveugle dans l'un de mes romans.


En voyant l'univers de certains réalisateurs, avec lesquels souhaiteriez-vous travailler?

Almodovar est l'un d'entre eux. Marc Forster, Fatih Akin, Michael Haneke, Wim Wenders.


Beaucoup d'Européens !

C'est vrai mais il y aurait aussi des mexicains ! Et des américains comme Eastwood, Scorsese, Coppola..

Vous jouez dans Trois enterrements est-ce exceptionnel ou cela peut-il se renouveler?
C'est vrai que c'est un rôle capital !!! (rires).. J'ai d'abord été acteur ; j'ai fait du théâtre jusqu'à l'âge de 21 ans puis je me suis plus consacré à l'écriture. Mais si quelqu'un souhaite me faire jouer, dîtes bien que je suis disponible !

Il y a une vingtaine d'années, alors que vous étiez à Cannes avec votre frère, vous lui avez dit « Un jour je serai là ». Pensiez-vous y être en tant qu'acteur à l'époque ?
Non, je pensais déjà à l'écriture. Quand j'ai reçu le Prix du Scénario, je nageais en plein bonheur. Pour moi, c'est le maximum de ce que je pouvais espérer. Cannes, c'est le rêve ultime !

Trois enterrements développe l'idée selon laquelle on peut tous disparaître en un claquement de doigt. Si c'était le cas, qu'espéreriez-vous que l'on retienne de vous ?
S'il fallait qu'il y ait une fin, je souhaiterais que l'on se souvienne de moi comme un bon ami, un bon père, un bon mari, un bon fils. Mais à l'image d'une de mes nouvelles que j'ai adaptée en court-métrage, je crois plutôt que je m'en foutrais complètement, je sortirais de ma tombe, et je serais de retour !

Propos recueillis par Vanessa Aubert, http://www.ecranlarge.com, 22 novembre 2005