Les
Juifs et l'Empire
Par
Israel Shamir
(Conférence
donnée à la chambre des lords, Westminster, le 23
février 2005-03-03)
Ladies et Lords, Mesdames, Messieurs, chers amis,
C'est
un grand honneur pour ce modeste écrivain de la lointaine
Jaffa que de s'adresser à vous dans cette vénérable
demeure où s'entrelacent démocratie et aristocratie
; je souhaite en remercier mon hôte de ce soir, mon cher frère,
son Excellence Nazir Ahmed de Rotherham dans les bruyères
du Yorkshire. Je donnerais beaucoup pour voir aussi un autre ami
très cher, feu sir Robin, Lord Phillimore, à qui je
suis redevable de m'avoir fait comprendre et aimer l'Angleterre.
Je n'étais qu'un chiot tout fou, un journaliste débutant,
qui venais travailler à votre BBC si justement renommée,
et le Lord Phillimore fut pour moi un passeur et un guide pour découvrir
la bonne vieille Angleterre des Papiers de Mr. Pickwick, parce qu'
il avait sa résidence non loin de Henley-on-Thames, qui est
si profondément anglais.
Aussi
l'Angleterre devint pour moi un objet d'amour dès mon âge
tendre, l'Angleterre de pubs qui servent de l'ale Brakespear Old
Fashioned, celle des grandes pelouses impeccables de Kensington
où j'habitais, des bouteilles de lait sur le palier, de l'odeur
exquise des oufs au bacon et des toasts le matin, des pages plaisantes
et bien senties du Guardian, de la calme bonhomie des Anglais, de
vos demoiselles exquises capables de proposer et de préparer
une délicieuse tasse de thé au moment le plus invraisemblable,
du fair play de vos gentlemen, l'Angleterre doucement verdoyante
et quelque peu paroissiale de Blake, Hopkins, Evelyn Waugh et GK
Chesterton, l'Angleterre comme contrepartie à l'Empire. Autant
j'aime l'Angleterre autant j'en suis venu à rejeter l'Empire.
L' empire aura été une infâme invention du XIXème
siècle.
L'Empire
a ruiné l' Irak et a utilisé des gaz empoisonnés
contre ses citoyens bien avant l' offensive actuelle de Bush et
Blair. Nulle contrée n'était assez éloignée
ou assez proche pour échapper aux assauts impériaux
: depuis Shimonoseki au sud du Japon jusqu'à Gondor dans
les montagnes d'Ethiopie, depuis Beijing jusqu' à Arkhangelsk,
depuis Oriente la ville des pêcheurs en Grande Bretagne jusqu
'à Bagdad, depuis Dublin jusqu'à Kandahar, depuis
Dresde en pays saxon jusqu 'à Akka en Palestine, l'Empire
a tout bombardé. Et je ne parle pas des jours lointains de
la Reine Anne, mais des cent cinquante dernières années
inaugurées par votre premier dirigeant sioniste, Lord Beaconsfield
Dans notre pays, en Palestine, une bonne partie des malheurs actuels
est le résultat de l'intervention impériale. La première
Intifada, la grande révolte arabe de 1936-1939, causée
par la conquête sioniste rampante, fut écrasée
par les forces impériales avec la plus grande sévérité.
Des milliers de Palestiniens natifs furent massacrés, exécutés,
pendus, chassés de leur pays.
La défaite
arabe, la Nakba de 1948, ne saurait être comprise en dehors
du contexte de la guerre impériale précédente
contre les Palestiniens. Les armées sionistes administrèrent
le coup de grâce à une population rurale désarmée,
ensanglantée et impuissante dont l'élite et les meilleurs
combattants avaient été éliminés par
l'Empire Oh mais pourquoi, me direz-vous, faudrait-il donc que nous
revenions là-dessus maintenant ? Nous ne pouvons pas passer
l'éponge parce que l' Empire n'appartient pas au passé.
Tel
un monstrueux parasite il a migré après avoir pompé
le suc des Britanniques. Et il a transplanté son capital
à Washington et New York, tandis que l'Angleterre devenait
partie obséquieuse de l'Empire, telle la Grèce de
la nouvelle Rome, ou plutôt Tyr soumise à la nouvelle
Carthage. Non seulement votre Royal Air Force prête main forte
aux Américains, mais votre BBC, jadis parangon de l'objectivité,
est devenue un simple outil de propagande pour le nouvel Empire
Je
ne suis pas venu vous condamner mais vous offrir mes condoléances,
parce que l'Angleterre fait partie des victimes impériales.
Il y a trente ans, je venais chez vous pour la première fois,
et depuis ce temps-là je vois l' empire vous dévorer
comme il dévore tous les autres peuples. Londres est devenue
une cité cosmopolite sans visage, votre cinéma est
en ruines, vos rues sont occupées par des chaînes internationales
de magasins, vos journaux appartiennent aux sionistes, et le danger
est réel de voir les Anglais anéantis par le fardeau
impérial comme les Romains et les Macédoniens de jadis,
avant qu'il en soit de même pour les Américains
L'Empire
n'est pas particulièrement bon pour les peuples, y compris
pour celui de l'ancienne mère patrie. Prenons le cas de la
Palestine. Des milliers de jeunes hommes britanniques moururent
pour conquérir la Palestine et la donner aux Juifs. Ils commirent
maintes atrocités, tuèrent un grand nombre d'habitants,
et consolidèrent la suprématie juive en Palestine.
Ils ne reçurent point de gratitude en échange. Les
gens âgés se souviennent des attaques terroristes sionistes
sur les troupes britanniques, puis de l' assassinat de Lord Moyne,
et peut-être n'ont ils pas oublié les deux sergents
britanniques qui furent enlevés et pendus par les Juifs :
ils firent défiler leurs cadavres pour les railler. Menachem
Begin, feu notre premier ministre, en était particulièrement
fier. Les gens plus jeunes ne l' apprendront même pas, parce
que vos média, le système nerveux et le cerveau de
votre nation, sont passés sous le contrôle de sionistes
comme Conrad Black et Murdock, et ils ne permettront pas que cela
soit rappelé
Mais
il est vital de s'en souvenir, parce que le nouvel empire est dans
la ligne de l'ancien. En ce moment en Irak, les Etats-Unis et leur
dépendance britannique continuent à livrer la même
bataille que jadis pour assurer la suprématie juive au Moyen
Orient, parce que l'Angleterre (et l'économie anglaise non
plus) n'a aucun besoin de se trouver à Bagdad ou Bassorah.
Car au Moyen Orient nous n'avons qu'une seule raison de faire des
guerres, de répandre le terrorisme et le désordre,
c'est l'accroissement de la suprématie juive. Dans notre
pays, Israël ou Palestine, nous pouvons avoir la paix dès
aujourd'hui, si nous acceptons l'idée de l'égalité
de juifs et non juifs. Mais ce principe, si scrupuleusement respecté
en Europe, est un blasphème pour les Juifs en Israël.
Comme en Angleterre avant les réformes de 1832, où
vos prédécesseurs n'auraient pas accepté l'égalité
d'un lord et d'un roturier devant la loi, ou comme dans la Rhodésie
de Ian Smith, ou les colons blancs refusaient d'être les égaux
des Noirs Donc les Juifs ne veulent pas de l'égalité.
Mais
pourquoi devriez-vous leur prêter main forte dans leur poursuite
de la suprématie ? Il y a une blague américaine [de
Jay Leno] qui dit que « si Dieu ne fait pas pleuvoir la foudre
sur Hollywood Boulevard, il doit des excuses à Sodome et
Gomorrhe » En effet, si l'Angleterre continue à soutenir
l'Etat d'apartheid juif, elle doit des excuses à la Rhodésie
et à l'Afrique du Sud. Pourquoi donc le fait-elle ? Ce n'est
pas là une question rhétorique. Pourquoi le nouvel
empire a-t-il déclaré la guerre, s'est engagé
dans de vastes dépenses et de réels dangers, s'est
attiré l'opposition de la plus grande partie du monde, et
tout cela dans l'intérêt de la suprématie juive
? Dans mon livre, celui dont je suis venu assurer la promotion [1],
j'essaie d 'expliquer pourquoi les Juifs ont une place à
part dans la conscience impériale. Superficiellement on peut
se l'expliquer par des questions de personnes, par la position particulière
des néo-conservateurs à Washington et des seigneurs
des média aux Etats-Unis comme ailleurs. Car il est indéniable
que les Juifs possèdent, contrôlent et diffusent une
grande proportion des média de masse, ce bastion de la pensée
impériale ; il y a un mois, c'est un Rothschild qui a acheté
le quotidien français Libération, et un citoyen israélien
s'est acheté la chaîne 4 de télévision
en Suède. Mais ce constat n'est pas suffisant Le nouvel empire,
encore plus que l'ancien, est imprégné de valeurs
juives à un niveau idéologique et théologique.
C'est cela que j'essaie de démêler, parce les questions
relatives aux origines ethniques ou religieuses d'une personne ne
sont pas seulement impropres mais souvent elles sont trompeuses
En fait, les plus farouches ennemis des valeurs judaïques sont
souvent des personnes d'origine juive. Permettez-moi de mentionner
saint Paul, Karl Marx, Simone Weil pour illustrer mon propos. Sir
Carl Popper nous fournit un autre exemple, car c'est celui qui,
parmi vos pairs, a fait allusion au concept judaïque de peuple
élu comme d'une infamie. Il rejeta également une tentative
de l'annuaire juif pour l'inclure parce que, dit-il, il ne croit
pas aux races et n'a rien à voir avec la foi juive ou avec
ses valeurs, en dépit de son ascendance juive. Ne vous concentrez
pas sur l'ethnicité, centrez vous sur l'idéologie.
Dans votre cas, Michael Howard est moins judaïque que Tony
Blair, car le premier s'oppose à l'abolition des libertés
britanniques, et refuse d'étendre une législation
anti-musulmane, tandis que le second a mené son pays à
faire la guerre à l'Irak pour les intérêts israéliens
Or si une tendance judaïque n'est qu'une tendance idéologique,
une certaine sympathie pour les Juifs est un symptôme de prédisposition
pro-impériale Ainsi par exemple, Tony Blair est un grand
défenseur de l'Empire. Mais même si nous ne le savions
pas, nous serions capables de le deviner, parce qu'il a exprimé
un soutien inconditionnel à l'Etat juif.
L'Etat
juif c'est ce pays où un Juif a plus de droits qu'un non-juif.
Trois ou quatre millions de nos compatriotes natifs n'ont ni le
droit de vote ni les droits civiques pour une seule raison : ils
ont le tort de n'être pas juifs. Ne l'oubliez pas : la Rhodésie
a été démantelée à cause du même
péché originel, celui de la suprématie ethnique
ou raciale Ce sentiment que les « Juifs sont à part
» vient de trouver une nouvelle expression dans ce qui est
arrivé à Ken Linvingstone, talonnant dans la faute
le prince Harry et sa bévue. A propos, j'ai entendu dire
qu'au prochain bal costumé, le prince Harry sera déguisé
en Ken Livingstone [« le Rouge »]. L'histoire de Ken
est fort simple : c'est un maire qui ne se laissait pas mettre en
pièces. En tant que journaliste, je sympathise avec le journaliste
; mais nous ne devons pas nous laisser écraser non plus,
dans notre métier. Cependant l'insulte a dépassé
de loin l'échelle habituelle. Si Ken avait été
également insultant envers un membre de la famille royale,
il aurait été pardonné et même encouragé.
Mais dans ce cas particulier, même l' Union des étudiants
a jugé bon de honnir Ken Vos sentiments anti-racistes n'ont
rien à voir là dedans. Il y a quelque temps j'ai écouté
le Hard Talk avec Tim Sebastian sur la BBC. Tim était en
train de cuisiner un homme d'affaires asiatique, un Ougandais qui
habite en Angleterre. Il lui a dit : « Dites,-donc, vous les
Asiatiques en Ouganda vous vous êtes lourdement compromis
dans les activités du marché noir, vous avez mis vos
devises à l'abri à l'étranger, méprisé
les natifs et vous refusiez de les épouser». Et ce
sont bien là les mêmes accusations que l'on brandit
traditionnellement contre les Juifs. Si Tim avait juste essayé
de dire une chose pareille à un Juif, il aurait perdu son
poste le même jour Mais quand cela concerne un musulman, cela
ne provoque pas un battement de paupière. C'était
juste un entretien télévisé. Donc il ne s'agit
pas d' anti-racisme. A mon avis, la réponse incroyablement
disproportionnée dans le cas de Ken est une fois de plus
un indice de la mystérieuse connection qui relie les juifs
et le nouvel Empire Une des raisons en est le fait que les Juifs
aiment les empires.
S'il
y a un choix à faire entre l'Angleterre et un empire, les
Juifs préfèrent l'Empire Benjamin Ginsberg, professeur
de science politique à l'Université John Hopkins,
a écrit un livre sur ce sujet, Les Juifs et l'Etat, l'étreinte
fatale (Jews and the State : The Fatal Embrace), et il fait état
de cet amour juif pour tous les empires. Ainsi, François
Joseph, le dernier titulaire de l'empire austro-hongrois, disait
que les juifs étaient les plus loyaux de ses sujets. Dans
votre pays, Disraeli était également fier de ses aïeux
juifs et dévoué à la construction de l'Empire
Une blague juive raconte l'histoire de deux frères juifs
à Odessa, en pleine Révolution ; l'un des deux émigre
en Angleterre et devient pair du royaume ; l'autre reste en Russie,
souffre autant que tout un chacun, et un jour son frère anglais
l'invite à Londres. Aussitôt il acquiert la nationalité
anglaise, prend tout son temps, va à Covent Garden, peut-être
même à Buckingham, et le soir les frères rentrent
chez eux ; alors le Russe se met à pleurer : arrête
de pleurer, lui dit son frère anglais, tu as eu ta vie, moi
la mienne, et les choses auraient pu tourner autrement. Tu ne m'as
pas compris, dit le Russe, je pleure sur l'Inde que nous avons perdue.
» Cet amour de l'Empire explique la facilité avec laquelle
les Juifs changent d'allégeance ; effectivement les mêmes
qui étaient tout dévoués à l'empire
russe, ou français, ou anglais, sont devenus les plus ardents
défenseurs du nouvel empire américain. Les esprits
simplets appellent cela de la traîtrise, mais il s'agit en
fait d'amour pour l'empire en soi, et peu importe qui est le chef
en titre de celui-ci ; les Juifs sont excellents pour tout empire,
tant qu'ils sentent que l'Empire est ce qui leur convient D'un autre
côté, il y a une vaste communauté musulmane
qui prospère en Angleterre. De mon point de vue, l'islam
est une forme de christianisme, nettement plus proche du credo issu
du concile de Nicée que certains pentecôtistes ou d'autres
dénominations américaines. Et surtout, les musulmans
sont désormais du côté de la liberté,
contre l'Empire, et ils n' ont pas peur d'affronter les valeurs
judaïques, qu'elles soient juives ou gentilles. Cette communauté
est très importante pour inverser le cours de choses. Espérons
que son implantation sera importante pour l'avenir de l' Angleterre
Le moment
est venu de dépasser la division gauche-droite : si Michael
Howards se situe à droite, et qu'il défend les libertés,
tandis que Blair est à gauche, en faveur d'une législation
anti-musulmane, pour le contrôle policier et pour la guerre,
c'est que ces termes ne sont plus guère pertinents désormais.
Il y a des amis et des ennemis de l'Empire dans tous vos principaux
partis politiques, et tous les partis sont également infiltrés
par les sionistes. Un nouveau positionnement est nécessaire
pour unir les forces anti-impériales, afin que les troupes
britanniques se retirent entièrement de l'outremer, pour
que l'Angleterre devienne indépendante de l'Empire américain
Dans Apple Cart, de Bernard Shaw, les Etats-Unis mijotent de s'emparer
de l' Angleterre, et un monarque avisé garde son indépendance.
Il est indispensable que l'Angleterre se défasse de l'étreinte
états-unienne ; c' est de la riposte à la partie de
Thé de Boston que nous avons besoin.
[1]
Flowers of Galilee, Dandelion books, Tempe, Arizona; traduction
française : L'autre Visage d'Israël t. 1 (Fleurs de
Galilée), éd. Alqalam (livres disponibles sur www.dandelion.net,
www.amazon.com , www.fnac.fr etc.) L'édition américaine
comporte un index analytique (ndt).
Tsunami,
Messie et apartheid
Un événement
passé presque inaperçu dans les grands médias
a suscité un commentaire perspicace de notre ami Israel Shamir.
Tsunami à Gaza
par
Israel Shamir, 31 décembre 2004. Traduit de l’anglais
par AEH pour Quibla
Alors que le monde entier envoie de l’aide à l’Asie
du Sud-Est frappée par le tsunami, Israël a envoyé
une équipe chargée d’une mission unique. Le
nombre de touristes israéliens emportés par les vagues
géantes a été faible - les chiffres officiels
parlent de 3 morts et de 20 disparus, ce qui est bien peu, comparé
aux 100 000 Indonésiens ou même aux 3 000 Suédois.
Mais les équipes israéliennes se sont beaucoup activées
sur le terrain. Les experts hautement qualifiés dirigés
par le rabbin Meshi Zahav ne se sont pas déplacés
pour sauver des survivants coincés ou alléger les
souffrances de millions de gens. Non, leur travail consiste à
sauver des juifs morts d’un destin pire que la mort : être
enterré dans la même tombe que des goyim (non-juifs).
Le quotidien Haaretz a rapporté : « Les équipes
de sauvetage israéliennes se sont divisées en 2 groupes
jeudi en Thaïlande : l’un travaillait à l’identification
des corps à Krabi, tandis que l’autre faisait de même
à Phuket. Les équipes israéliennes, appartenant
à la police et à ZAKA (une ONG spécialisée
dans l’identification de victimes de désastres), essaient
de localiser des morts israéliens avant qu’ils soient
enterrés. »
Ils ont fait pression sur le gouvernement thaïlandais pour
qu’il reporte l’enterrement de masse, ce qui était
nécessaire pour prévenir la diffusion d’épidémies;
et Bangkok a cédé. Chaque corps de juif mort devrait
être transporté en Israël ou au moins être
enterré séparément, à part de non-juifs
impurs. Le spirituel Gilad Atzmon a fait cette remarque : «
Les juifs “altruistes”... sont dans un état de
panique, comme nous le savons bien, les juifs morts sont précieux,
ils méritent un enterrement spécial. Le fait que 5
à 10 juifs puissent être perdus à jamais au
milieu de 125 000 Gentils est réellement horrifiant, je suis
sûr que vous vous en rendez compte...»
C’est une partie et une parcelle de la croyance juive, le
sommet du commandement « La Nation habitera seule »
- les juifs ne sont pas supposés vivre ou mourir parmi des
non-juifs. Leur enterrement séparé est nécessaire
pour garantir leur résurrection corporelle lorsque le Messie
viendra. Un corps juif profané par des Gentils ne connaîtra
pas de résurrection, selon les juifs. Même les juifs
non-religieux suivent cette règle de séparation sans
y réfléchir plus que cela.
Cette attitude délicate est particulièrement déplaisante
: chaque fois que les juifs découvrent qu’une personne
dont la judéité est douteuse est enterrée parmi
les leurs, ils déterrent le corps et vont le bazarder n’importe
où. C’est arrivé à une citoyenne israélienne,
Teresa Argelowitz. Elle était enterrée au cimetière
juif; puis les autorités religieuses ont découvert
qu’elle n’était pas juive, bien que mariée
à un juif. Elles ont fait exhumer le corps en pleine nuit
et l’ont balancé dans une décharge. C’est
arrivé à beaucoup de soldats russes morts en défendant
le caractère juif d’Israël, auxquels a été
refusé un enterrement.
Aujourd’hui, face à l’immense tragédie
en Asie du Sud-est, cette insistance sur l’exigence de “ne
pas être compté parmi les goyim” est particulièrement
offensante et frise la dénégation de notre humanité
commune. Quel mal y a-t-il à laisser votre mort reposer aux
côtés de Thaïlandais, de Chinois, de Français
et d’autres gens qui ont trouvé la mort dans la catastrophe
?
Et si les colons de Gaza suivaient l’exemple des colons anglais
du Kénya ?
Cet
exclusivisme déplaisant doit être pris en considération
si on veut comprendre le show prolongé du redéploiement
israélien à Gaza. Sharon veut retirer ses troupes
de l’intérieur de la Bande et les positionner sur son
pourtour. Bien : c’est une décision raisonnable (de
son point de vue) car c’est moins cher de garder Gaza sous
écrou si elle est entourée de troupes israéliennes.
Le redéploiement n’est ni bon ni mauvais pour les Palestiniens
: les juifs seront en mesure de tuer qui ils veulent à partir
de leurs bases tout autour de l’étroite Bande de Gaza,
mais cet acte est présenté comme une étape
importante sur le chemin de la création d’un État
palestinien.
Désormais, ce n’est plus du redéploiement que
les Isaréliens débattent mais du sort des quelques
colons juifs dans la Bande de Gaza (sans doute 2 000). Sharon veut
les évacuer et leur payer de grosses compensations; eux s’opposent
à l’évacuation. Toute la société
israélienne discute pour savoir s’ils peuvent être
déplacés, combien de force il faudrait employer, si
“des juifs peuvent déplacer des juifs” et si
la sentence des rabbin interdisant cete évacuation devrait
l’emporter sur les décisions gouvernementales.
Personne, absolument personne n’est prêt à envisager
une solution évidente (pour un non-juif) : retirer l’armée
et laisser les colons là où ils sont. S’ils
veulent rester à Gaza, qu’ils y restent. Ne payez pas
un centime pour leur évacuation : ce sont des hommes et des
femmes libres; ils savaient ce qu’ils faisaient en acceptant
des terres et des maisons à Gaza. Il y a des centaines de
juifs américains qui sont prêts à acheter leurs
maisons, il y ara aussi des Palestiniens disposés à
acheter, si bien qu’il n’y a pas de problème.
Que ceux qui le voudront restent, que ceux qui veulent partir vendent
leur maison et s’en aillent. S’ils veulent être
hostiles à leurs voisins, ils se sauveront. S’ils veulent
être de bons voisins, ils prospèreront.
De fait, quand l’Empire britannique a abandonné la
Palestine, l’Inde ou l’Afrique, il n’a pas évacué
ses ressortissants par la force. Ceux qui sentaient qu’ils
avaient causé trop de torts aux natifs sont partis en Angleterre.
Ceux qui préféraient rester sont restés.
Le Kénya est un bon exemple. Le pays comptait une importante
communauté de colons anglais, très actifs. La résistance
native des Mau-Mau était beaucoup plus violente que celle
des Palestiniens. Et pourtant, quand le Kénya est dévenu
indépendant, les colons sont restés. J’en ai
rencontré sur les hauts-plateaux près du Lac Rudolf
: des fermiers prospères, forts et burinés par le
soleil, similaires aux Israéliens de la vieille école,
ils parlent la langue locale et participent à la vie locale.
Beaucoup d’eux ont des petits avions et vont faire un saut
à Nairobi pour boire un verre quand ils en ont assez d’observer
les flamants roses sur les rives du lac. Les colons essayent d’avoir
des relations de bon voisinage avec les natifs : après tout,
le pouvoir politique est aux mains des Kikuyus et il n’y a
pas de risque que la RAF se porte à leur secours.
C’est l’exemple que doivent suivre les colons israéliens
et le gouvernement israélien ne devrait pas avoir à
leur dire quoi faire et où vivre. Leus colonies ne seront
pas réservées uniquement aux juifs. Ils auront des
voisins natifs, pas seulement comme main d’oeuvre agricole,
mais comme fonctionnaires, comme policiers, comme juges. Cette perspective
n’a pas empêché des milliers de Britanniques
et de Français, de Portugais et d’Espagnols, de Russes
et d’Allemands de rester vivre dans les pays décolonisés.
Le discours sur l’évacuation qui a conduit Israël
au bord de la guerre civile ne peut être compris si on ne
prend pas en compte le panorama général de l’exclusivisme
juif.
Seuls des gens qui ne peuvent supprter l’idée d’être
enterrés dans la même tombe qu’un goy, sont incapables
d’imaginer qu’il serait possible de rester comme égaux,
sans l’appui de l’armée et de l’administation
coloniale pour renforcer leur supériorité. Azmi Bishara,
notre député de Nazareth, a eu raison de ne pas soutenir
l’initiative de Sharon. En revanche, le parti travailliste
de Peres et Barak a ajouté une nouvelle page à l’épaisse
liase de pages honteuses de son histoire en entrant au gouvernement
Sharon pour mettre en oeuvre le “désengagement”.
L’affaire des colons de Gaza peut être utilisée
pour saboter et détruire le “caractère juif
de l’État”. Il n’y a aucune raison de jouer
le jeu de l’exclusivité juive, que ce soit en Thaïlande
ou à Gaza.
Notre bon vieux temps
par
Israel Shamir, 5 novembre 2004. Traduit de l'anglais par Marcel
Charbonnier
«
Nous vivions dans un paradis communiste, mais nous n'en avions pas
conscience. » Combien de fois n'ai-je entendu des ex-citoyens
de l'ex-URSS,, des Russes et des Tadjiks, des Ukrainiens et des
Baltes, répéter cette phrase? Je suis entièrement
d'accord avec eux : la Russie soviétique était un
pays peuplé de citoyens spirituels et cultivés, qui
aimaient leur travail, étaient fiers de leur pays, méprisaient
l'argent, étaient accueillants et affables. Stephen Gowans
( dans son article Hail the Reds, http://www3.sympatico.ca/sr.gowans/reds.html
) a prononcé un éloge éloquent de ce paradis
perdu : « En sept décennies d'existence, et bien qu'elle
ait dû consacrer énormément de temps à
préparer des guerres et à les mener, puis à
s'en remettre et à se reconstruire, l'Union soviétique
a réussi à créer ce qui restera un des plus
grands achèvements de l'histoire humaine : une puissante
société industrialisée débarrassée
de la plupart des inégalités de fortune, de revenus,
d'éducation et de chances dans la vie, ces inégalités
qui étaient les stigmates de la période précédente,
de celle qui l'a suivie, et de la période contemporaine,
ailleurs ; une société dans laquelle les soins médicaux
et l'éducation, y compris universitaire, étaient gratuits
(et où tous les étudiants recevaient des bourses d'études)
; où les loyers, les services et les transports publics étaient
subventionnés, sans oublier les livres, les périodiques
et les manifestations culturelles ; où l'inflation avait
été éliminée, où les retraites
étaient généreuses et la médecine infantile
prise en charge intégralement par l'Etat. En 1933 - le monde
capitaliste étant alors profondément empêtré
dans une crise économique dévastatrice - on déclara
le chômage aboli en URSS, et aboli il demeura tout au long
des cinq décennies et demie suivantes, jusqu'à ce
que le socialisme, lui-même, fût aboli. Les Communistes
mirent en place une sécurité sociale plus robuste
que celle assurée par les démocraties, y compris dans
sa variante socio-démocrate à la mode scandinave ;
mais elle disposait de moins de ressources, en raison d'un niveau
moindre de développement (économique) et, cela, contre
vents et marées : en dépit des efforts inflexibles
déployés par le monde capitaliste afin de s'assurer
de l'échec du socialisme. Le socialisme soviétique
était un modèle pour l'humanité, et il l'est
resté. Tout au moins, il demeure un modèle de ce qui
peut être obtenu, en-dehors des limites et des contradictions
inhérentes au capitalisme. Il y a plus de treize ans aujourd'hui,
le Communisme soviétique fut condamné, et le Libéralisme
anglo-américain remporta sa troisième grande victoire
en un siècle. Ce furent des années très difficiles
pour les Russes : l'espérance de vie chuta de manière
drastique, l'industrie s'effondra et les grandes conquêtes
de l'ère soviétique furent démolies. Mais la
vie du citoyen ordinaire devint bien pire, dans l'Europe occidentale
triomphante. Et aux Etats-Unis victorieux, aussi, car les classes
aisées perdirent leurs grandes peurs : peur de la révolte
des travailleurs, et peur inspirée par la possibilité
d'un mode alternatif de développement. Ce n'est que grâce
à cette grande peur que les conquêtes sociales de la
classe ouvrière occidentale avaient été arrachées,
aussi furent-elles remises en cause, tandis que la Russie était
transformée en un pays de taille moyenne, sans importance
particulière. »
Stephen Gowens a bien vu ce phénomène ; de fait, son
essai est une protestation contre un Howard Zinn sardonique et d'autres
gauchistes occidentaux venus grossir le flanc gauche, du côté
anticommuniste du front de la Guerre froide. Howard Zinn n'est pas
le seul à refuser d'avouer sa collaboration avec l'ennemi.
Un trotskiste britannique, Alan Woods, vient de publier un article
verbeux, en trois parties ( http://www.marxist.com/Theory/reply_shamir1.html
), en réponse à mon article Celia in the Woods (voir
à l'URL : http://left.ru/inter/2004/shamir.html , en anglais,
et : http://www.left.ru/2004/15/shamir114.html , en russe, ainsi
que : http://www.rebelion.org , en espagnol), où je ne mâchais
pas mes mots.
Wood mentionne que son gourou, Trotski, « était toujours
en faveur de la défense inconditionnelle de l'URSS contre
l'impérialisme et le capitalisme ». Mais, lui et ses
semblables ont rejeté ce conseil de leur gourou. Pour lui,
les communistes russes sont « staliniens », et il demande,
non sans une certaine provocation :
« Commençons par quelques questions embarrassantes
à nos opposants staliniens. La première de ces question
est la suivante : « Si nous admettons ce que vous affirmez,
à savoir que l'Union soviétique était un paradis
socialiste, alors : dites-nous comment se fait-il qu'elle se soit
effondrée ? ».
« La troisième question sera : « S'il existait
une authentique démocratie ouvrière en URSS, pourquoi
les travailleurs soviétiques n'ont-ils pas combattu, afin
de défendre l'ancien régime ? Comment se fait-il qu'après
plus d'un demi-siècle, de ce que Shamir qualifie de «
socialisme », ils ont pu restaurer le capitalisme, sans même
en passer par une guerre civile ? » Ce sont là des
questions légitimes, et il faut y répondre. Il faut
reconnaître cette triste vérité : l'esprit des
gens est susceptible d'être manipulé. Beaucoup d'hommes
et de femmes sont prêts à agir à l' encontre
de leurs propres intérêts bien sentis si on parvient
à les convaincre que « c'est ce qui est juste ».
J'en ai été témoin, récemment, dans
un kibboutz israélien ; une entreprise riche, stable, prospère.
La part moyenne individuelle du capital détenu, dans cette
copropriété, était proche du million de dollars.
Ils se sont laissés prendre à l'arnaque de la privatisation
et du « chacun pour soi », et ils sont tombés
dans l' indigence. Aujourd'hui, beaucoup de membres des kibboutz,
naguère millionnaires, survivent en glanant dans les champs.
Leur vaste propriété est échue aux mains de
quelques familles haut placées. J'ai demandé à
de ces kibboutzniks : « La privatisation ne vous pas été
imposée. Vous l'avez acceptée, vous l'avez votée
: pourquoi donc avez-vous levé la main, pour approuver un
schéma qui ne pouvait que vous ruiner ? » - «
On nous a dit que c'était une solution plus progressiste
», m'ont-ils répondu.
Cela ayant marché, avec quelques milliers de kibboutzniks
israéliens, prospères et bien formés, combien
avait-il été encore plus facile de convaincre des
millions de Russes innocents que « la propriété
de l'Etat était contraire au développement économique
» - idée largement répandue par un million de
haut-parleurs, diffusant à partir de l'Occident. Les trotskos
ont joué un rôle prééminent dans la guerre
idéologique : ils y allèrent allègrement de
leurs citations de Marx, convainquant les Russes du fait que ce
qu'ils avaient n'était, de toute manière, ni un socialisme,
ni un communisme, mais : « la dictature de la nomenklatura
». En Russie, le communisme a perdu la Guerre froide, de la
même manière qu'il a perdu la guerre du discours ;
l'anticommunisme est devenu partie intégrante de tout mouvement
politique ou philosophique, tant en Europe qu' en Amérique
du Nord. Nos amis trotskistes formèrent l'aile gauche du
front anticommuniste, aux côtés des eurocommunistes
de Berlinguer et des disciples déconstructionnistes de Derrida.
Et, finalement, ce front anticommuniste parvint à saper le
moral des Soviétiques.
La campagne anti-stalinienne fut une arme idéologique extrêmement
puissante dans la guerre pour la maîtrise du discours, car,
pour le peuple soviétique, les portraits de Lénine
et de Staline étaient pour ainsi dire aussi sacrés
que des icônes. Avec la myopie politique qui le caractérisait,
Kroutchev pensa mener une guerre contre les autres ministres de
Staline, afin d'en capter l'héritage ; mais il ne fit que
saper la structure sacrale du Communisme soviétique, qu'il
endommagea de manière irréparable. En regardant en
arrière, nous comprenons que la plus grande part des philippiques
des gauchistes occidentaux contre Staline et contre l'URSS ne tenaient
pas debout.
-Les « cruautés russes » et les « horreurs
du Goulag » n'étaient que des calomnies racistes européocentristes.
De fait, les Etats-Unis ont une population carcérale plus
importante que la Russie n'en a jamais eu. Dans un article récent
(The colonial precedent, par Mark Curtis, The Guardian, mardi 26
octobre 2004), Woods pourra prendre connaissance de votre brutalité
britannique ordinaire : - « Les forces britanniques tuèrent
près de 10 000 Kényans durant la campagne contre les
Mau Mau, à comparer aux six cents morts relevés dans
les armées coloniales et chez les civils européens.
Certains bataillons britanniques tenaient à jour des tableaux
d'affichage des tués, et ils donnaient en récompense
des permissions « J5 » (= de cinq journées) à
la première sous-unité qui tuerait un insurgé,
auquel on coupait ordinairement les deux mains afin de faciliter
la prise des empreintes digitales. Des « zones de tir à
volonté » furent délimitées, dans lesquelles
tout Africain pouvait se faire descendre à vue. L'opposition
à la domination britannique s 'intensifiant, de brutales
opérations de « regroupement », qui causèrent
la mort de dizaines de milliers d'Africains, aboutirent à
la constitution de camps de détention où on enregistra
jusqu'à 90 000 détenus. Dans cette version année
cinquante de la prison iraquienne d'Abou Ghraib, le travail forcé
et les passages à tabac étaient systématiques
et les maladies - endémiques. » De fait, les peuples
de la vaste région du régie par les Soviétiques
n'ont jamais connu rien de similaire à la dévastation
semée par les forces anglo-américaines dans les limites
de leur imperium. - Le Goulag pâlit, positivement, en comparaison
avec les camps de concentration où les Israéliens
enferment les Palestiniens ; le plus important étant rien
moins que l'ensemble de la bande de Gaza, fort d'une population
carcérale d'un million de détenus. Les « atrocités
de Staline » ne sont jamais arrivée à la cheville
des atrocités américaines en Allemagne occupée,
et certainement pas du bombardement atomique d'Hiroshima ou du déluge
de bombes incendiaires sur Tokyo, ni des millions de Vietnamiens
ou d'Algériens massacrés.
- Les troupes soviétiques avaient fait échouer des
tentatives de coup d'Etat en Hongrie, en Allemagne de l'Est et en
Tchécoslovaquie. La Gauche l'a déploré, on
le sait. Mais, à la même époque, les Américains
écrasaient les insurrections pro-communistes en Grèce
et en Malaisie, au Nicaragua et à Cuba, en Indonésie
et au Cambodge. Mea culpa : je dois reconnaître qu'en ma qualité
de jeune dissident soviétique, j'ai soutenu le Printemps
de Prague au moment où il s'épanouissait. Mais aujourd'hui,
je regrette que les Soviétiques n'aient pas osé faire
Tiananmen à Moscou, ni arrêter les « putschistes
de velours » pro-américains, dans les années
1990. - L' « invasion de l'Afghanistan », en 1980, fut
dénoncée par l'Occident, depuis les trotskos à
la Woods jusqu'au président américain. Mais cette
dénonciation était-elle justifiée ? Les troupes
soviétiques sont entrées en Afghanistan à la
requête expresse du président afghan, afin de mettre
fin à une insurrection dirigée par la CIA.
Voici un bref extrait d'une interview
de Zbigniew Brzezinski, éloquemment intitulée : «
Comment les Etats-Unis ont incité l'URSS à envahir
l'Afghanistan afin de causer tout le bordel » [Le Nouvel Observateur
(France), 15-21 janvier 1998] : Question : Ex-directeur de la CIA,
Robert Gates, a déclaré dans ses mémoires [From
the Shadows] que les services de renseignement américains
avaient commencé à aider les Moujahidin, en Afghanistan,
six mois avant l'intervention soviétique. A l'époque,
vous étiez conseiller ès sécurité nationale
du président Carter. Vous avez donc joué un rôle,
en la matière. Le confirmez-vous ? Brzezinski : Oui. D'après
la version officielle de l'histoire, l'aide apportée par
la CIA aux Moujahidin aurait commencé au cours de l'année
1980, c'est-à-dire après l'invasion de l'Afghanistan
par l'armée soviétique, le 24 décembre 1979.
Mais, la réalité, strictement gardée secrète
jusqu'à ce jour, est totalement différente. De fait,
c'est le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé
la première directive d'aide directe aux opposants au régime
pro-soviétique de Kaboul. Et, ce même jour, j'ai écrit
une note pour le président, dans laquelle je lui expliquais
qu'à mon avis, cette aide allait entraîner une intervention
militaire soviétique. Question : Malgré ce risque,
vous avez été l'avocat de cette action secrète.
Mais peut-être désiriez-vous, vous-même, cette
entrée en guerre des Soviétiques, et peut-être
avez-vous voulu la provoquer ? Brzeezinski : Non, les choses ne
se sont pas passées exactement ainsi. Nous n'avons pas poussé
activement les Soviétiques à intervenir, mais nous
avons délibérément augmenté la probabilité
qu'ils le fissent. Question : Quand les Soviétiques ont justifié
leur intervention en affirmant qu'ils entendaient lutter contre
l'engagement clandestin des Etats-Unis en Afghanistan, personne
ne les crut. Cependant, il y avait quelque chose de vrai, dans leurs
propos. Aujourd'hui, vous n'avez aucun regret ? Brzezinski : Regretter
quoi ? Cette opération secrète était une idée
excellente. Elle a eu pour effet d'attirer les Russes dans le piège
afghan. Et vous voudriez que je regrette de l'avoir eue ? Le jour
où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière,
j'ai écrit au président Carter, en substance, ceci
: « Nous avons désormais la possibilité d'infliger
à l'URSS sa guerre au Vietnam ». De fait, durant près
de dix ans, Moscou allait devoir mener une guerre insupportable
pour le gouvernement soviétique - un conflit qui entraîna
la démoralisation et, finalement, l'effondrement de l' empire
soviétique.
- Pratiquement, toute assertion « anti-stalinienne »
et antisoviétique peut être contredite. Les gens qui
dénoncent la « cruauté russe », incarnée
dans l'abattage d'un avion de ligne coréen, n'ont pas versé
une seule larme après qu'un Airbus iranien ait été
abattu par les Yankees. Ils ont déploré l'exil de
Sacharov, mais ils ont royalement ignoré la condamnation
de Vanunu. Dans la pièce de Bertolt Brecht, La Bonne Âme
de Sechuan [Der gute Mensch von Sezuan], une prostituée généreuse
se fait dévaliser par ses connaissances accapareuses. Pour
subsister, elle s'invente un « frère » obstiné,
qui met un terme à leurs extorsions et lui permet de continuer
à prodiguer ses bonnes actions. L'URSS avait, elle aussi,
cette double personnalité : son humanisme soft était
bien protégé par la carapace blindée érigée
par Staline. La Gauche occidentale a attaqué la coque dure
de la Russie soviétique, jusqu'au jour où le pays,
dépouillé de sa protection, s'est effondré.
La Gauche occidentale pensait que son appartenance à l'Occident
comptait plus que sa solidarité avec la Gauche, à
l'Est. Alan Woods et ses trotskos étaient dévoués
corps et âme à la suprématie de l'Occident.
Ce n'est nullement le fait du hasard que son livre qualifie à
seize reprise la Russie de « pays arriéré ».
Il écrit : « La Russie, ce pays extrêmement retardataire,
. arriération effrayante,. un pays arriéré,
semi-féodal, tel la Russie, un pays arriéré,
asiatique, agraire comme la Russie, la Russie, agraire, arriérée..,
terrible arriération., etc. etc. Ne s'agit-il pas là
d' une arrogance typiquement occidentale, d'un européocentrisme
de la pire espèce ?
Sur le plan spirituel, la Russie, pays de Tolstoï et de Dostoïevski,
de Lénine et de Florensky, était un des pays parmi
les plus avancés. Or le communisme, c'est - a défaut
d'autre chose - une victoire de l'esprit. Les Woods et autres trotskos
méprisaient l'esprit et adoraient le progrès matériel,
car ce n'est que sous cet unique angle que la Russie pouvait être
considérée « arriérée ».
Le succès et l'échec du communisme, à l'Est,
ne sauraient s'expliquer dans les limites du dogme marxiste, dans
sa version « vulgate » [Cela, Marx, lui, le comprendrait
: auteur de La Question juive, de La Critique de la philosophie
d'Hegel et d'un Ode à la Vierge Marie, Marx savait que l'Esprit
est l'alpha et l'oméga du développement humain et
il était parfaitement dégoûté par les
« marxistes » vulgairement matérialistes.] Si
le communisme l'a emporté, à l'Est, ce n'est pas parce
que l'Est était arriéré, mais bien parce que
l'Est représentait la partie la plus spirituelle de la planète,
la partie la moins ruinée par la modernité et l' aliénation.
Et si le communisme n'a pas réussi, à l'Ouest, c'est
parce que l 'Ouest était spirituellement appauvri et subjugué
par des hobbésiens prolongés. En deux mots ; la différence
entre l'Ouest et l'Est ne résidait pas dans les quantités
produites d'acier ou d'électricité. La différence
était philosophique, et métaphysique. Carl Schmitt
a écrit que « tous les concepts les plus prégnants
de la doctrine moderne ne sont que des concepts théologiques
sécularisés » : les différences doctrinales
entre l'Est et l'Ouest illustrent cette définition à
la perfection. Dans l'Ouest anglo-américain, Hobbes, qui
fondait sa vision de la société sur son approche «
L'homme est un loup pour l'homme », a gagné. Les hommes
ne sont unis que par un ennemi commun, avait-il écrit. D'une
certaine manière, il avait raison : l'ennemi est la seule
chose qui unisse les hommes, à moins qu'ils ne soient unis
par le Christ. Ou, pour être encore plus précis : tant
que vous ne serez pas unis en Christ, vous serez unis par l'Ennemi.
Et il ne s'agit pas d'un ennemi appartenant à l'espèce
des mortels, mais de l'Ennemi, cet Ennemi qui unit ceux qui ont
faite leur l' idée que « l'homme est un loup pour l'homme
».
L'Est a conservé sa spiritualité traditionnelle, c'est
la raison pour laquelle le communisme l'a emporté, en Russie
et en Chine. Le communisme a conquis très peu de terrain
dans l'Inde rongée par ses castes ; de fait, c' était
à juste titre que le Président Mao répétait
: « la structure des castes est aussi pernicieuse que l'impérialisme
». J'ajoute : « car elle empêche le peuple de
s'unir en Dieu ».
Les communistes russes finirent par résoudre leurs problèmes
matériels et par créer une société insouciante,
où son gagne-pain était assuré à tout
un chacun. Mais, pour progresser matériellement, ils ont
admis certaines des idées modernistes ; le déracinement
et l'aliénation ne tardèrent pas à frapper.
L'URSS n'a pas écouté la critique formulée
par Simone Weil, elle n' a pas entendu son appel à contrer
le déracinement. Matérialistes extrémistes,
les dirigeants soviétiques post-staliniens étaient
convaincus que, dès lors qu'ils produisaient suffisamment
de biens matériels, ils n' avaient pas de souci à
se faire. L'Eglise fut interdite ; les communistes réimportèrent
un ersatz de morale chrétienne sous la forme du « code
moral communiste », mais ce code manquait d'inspiration. La
néo-sacralité de Lénine et de Staline fut démolie
par Kroutchev. Quant à la société, désacralisée,
elle ne put survivre très longtemps. On peut dire, pratiquement,
que la Russie soviétique s'est effondrée parce que
ses élites ont trahi son peuple. Le déracinement a
ouvert un gouffre entre le peuple et les élites ; ces élites,
déracinées et aliénées, étaient
prêtes à prendre leur grisbi et à se casser,
direction : la Riviera. Elles ont vendu la richesse de la Russie
aux firmes américaines, elles ont appauvri les citoyens ordinaires
et ruiné le pays. Cet effondrement doit être une leçon,
pour nous tous : les communistes devraient combattre le déracinement
et l'aliénation, leurs plus dangereux ennemis ; ils ne doivent
pas permettre à l'ennemi de désacraliser leur univers
; ils ne doivent pas être honteux du frère pragmatique
de la Bonne âme de Sechuan.
II
La question juive a joué un rôle important dans la
montée du communisme russe, puis dans son effondrement. La
gauche occidentale avait des liens très forts avec des juifs.
Certains de ceux-ci étaient contaminés par le nationalisme
juif, et ils trempèrent leur plume dans le vitriol pour discréditer
le communisme, quand ils sentirent que le communisme russe finirait
par devenir essentiellement russe. Afin de justifier leur trahison,
ils disséminèrent le mensonge éhonté
de l' « antisémitisme russe ». Cette version
trafiquée de l'histoire est diffusée par l'écrivain
trotskiste Alan Woods. Dans mon article, j'ai écrit ceci
: « Les juifs étaient-ils persécutés,
en tant que groupe ethnique, sous Staline ? Bien sûr que non
: la fille de Staline était mariée avec un juif ;
certains de ses meilleurs camarades et des dirigeants du Parti avaient
des épouses juives (Molotov, Vorochilov) - ou des gendres
et des brus juifs (Malenkov, Kroutchev). Voilà pour : son
« racisme ». Sous Staline, les juifs étaient-ils
victimes d'une quelconque discrimination? Rappelons qu'en 1936,
à l'apogée du pouvoir de Staline, son gouvernement
comportait neuf ministres juifs. » La meilleure réponse
que Woods ait pu imaginer est celle-ci : « C'est absolument
incroyable : tout le monde sait, aujourd'hui, que Staline était
un antisémite enragé. » Une référence
à ce que « tout le monde sait » ne saurait être
considérée comme un argument de poids. De fait, «
tout le monde sait », en Angleterre, que les femmes recourent
à la sorcellerie et que les nobles ont le sang bleu. Aujourd'hui,
« tout le monde sait » que le Code Da Vinci nous enseigne
que « le Saint-Graal était, en réalité,
Marie-Madeleine » !
Incontestablement, Wood est très fort en « tout le
monde sait » (lire : en préjugés occidentaux).
Mais il a quelques problèmes avec les faits. Il écrit
: « La révolution bolchevique a donné la liberté
aux juifs ». En fait, les juifs avaient toujours été
libres - même quand l'immense majorité des Russes,
des Polonais et des Ukrainiens étaient réduits au
servage. Toutes les contraintes pesant sur les juifs avaient été
abolies : non pas par les Bolcheviques, mais par la révolution
bourgeoise de février (1905, NdT). Woods écrit : «
Après 1917, Lénine et les Bolcheviks ont même
accordé à ceux des juifs qui désiraient vivre
dans leur propre Etat autonome la région connue sous le nom
de Birobidjan ». Faux, là encore : la décision
d'accorder le Birobidjan aux juifs soviétiques fut prise,
en 1934, par un « antisémite enragé ».
J'ai nommé : un certain Staline Joseph ! Il écrit
: « En 1930, Staline supprima l'Yevsektsia, une agence soviétique
chargée de dénoncer les incidents antisémites
». C'est exactement le contraire qui est vrai : l'Yevsektsia
combattait le nationalisme juif, et beaucoup de juifs exécraient
cet organisme.
Il poursuit : « Le 28 février 1953, il y eut des déportations
de nombreux juifs de Moscou vers la Sibérie. Des plans étaient
en préparation, prévoyant des déportations
massives à partir d'autres régions de l'Union soviétique.
» Encore une histoire juive à base de « persécutions
éternelles à l'encontre du Peuple Eternel ».
Il n'y avait ni déportations, ni projets de déportations.
L'historien russe Kostyrchenko en a apporté la preuve dans
un article de recherche intitulé « Déportation,
ou mystification ? » [ http://www.lechaim.ru/ARHIV/125/kost.htm
]. Il s'agit d'une légende urbaine, répandue par un
nationaliste juif : le professeur Jacob Ettinger, de l' Université
hébraïque - un homme qui a avoué sa « profonde
haine du communisme ».
Woods écrit : « Des membres du Comité Juif Antifasciste
furent accusés d' appartenir à une conspiration sionisto-américaine
contre l'Union soviétique. Tous furent accusés d'espionnage,
de propagande nationaliste et de chercher à fonder une république
juive en Crimée, qui aurait servi de « tête de
pont » à l'impérialisme américain. »
Woods a-t-il la moindre raison de douter que les membres de ce Comité
voulaient bel et bien créer une Crimée juive, sur
les ruines des villages tatars, soeur jumelle de l'Etat d'Israël,
créé sur les ruines des villages palestiniens ? Plusieurs
publications des médias russes post-soviétiques et
israéliens montrent que les activistes juifs du Comité
Juif Antifasciste ont soutenu l'expulsion des Tatars et envisagé
la création d'une République Juive de Crimée.
L'immigration massive de juifs russes en Israël, dans les années
1990, n'est qu'une démonstration de plus de l'efficacité
de la propagande nationaliste juive.
Woods, toujours : « En 1953, Staline a ordonné l'arrestation
de tous les colonels et généraux juifs du MGB, et
ce sont quelque cinquante officiers supérieurs qui furent
mis en état d'arrestation. » Donc, apparemment, cet
« antisémite enragé » de Staline avait
conservé tous ces juifs aux plus hauts échelons de
ses redoutés Services de Sécurité, au bout
de rien moins que trente années de pouvoir ! Woods admet
que la Sécurité d'Etat s'est rendue responsable de
répressions très dures, puis il critique immédiatement
la campagne menée par Staline contre les chefs de cette même
Sécurité d' Etat.
Pour Woods, c'est très simple : les juifs sont toujours innocents.
Qu'ils aient été impliqués dans les excès
de la Sécurité d'Etat ou qu'ils aient encouragé
la déportation de masse des Tatars (de Crimée), qu'ils
aient eu des tendances sionistes ou qu'ils se soient carrément
alliés aux Etats-Unis : ils sont intouchables. Il écrit
: « L'épouse de Molotov était juive. Staline
a forcé Molotov à se séparer de sa femme, juive,
et elle a été envoyée en exil, par un vote
direct du Politburo, en 1949, Molotov s'étant abstenu. »
S'il voulait bien lire les mémoires de Golda Meir, qui fut
la première ambassadrice d'Israël à Moscou, il
apprendrait que Polina Molotov s'était jetée dans
les bras de Golda, s'écriant (en yiddish), les larmes aux
yeux : « Ich bin ein Yiddische Tochter » (« Je
suis une fille juive »). De tels sentiments nationalistes
juifs étaient effectivement dangereux pour l'Etat soviétique,
et rendaient Madame Molotov indésirable au poste qui était
le sien, de députée, membre du Bureau Politique du
Parti communiste (Politburo). Comme je l'ai déjà indiqué,
Woods est exagérément tolérant pour le nationalisme
juif et exagérément intolérant à l'encontre
du nationalisme (russe) de la Russie « rétrograde ».
La Russie de Staline traitait les juifs en égaux. Non en
êtres supérieurs, comme c'est le cas aux Etats-Unis.
Si le nationalisme juif était traité, en Angleterre
et aux Etats-Unis, comme il l'était à Moscou, à
l'époque de Staline, les citoyens de Bagdad et de Téhéran,
de Bassora et de Ramallah pourraient dormir tranquilles. Et chez
eux.
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