Ce qu'ils
entendent par "torture light"
À propos du
3ème anniversaire du camp de Guantanamo
par Fausto Giudice, 11 janvier 2005
L'auteur est président du Collectif guantanamo France,
5 rue de Douai, 75009 Paris, Courriel : collectif.guantanamo@gwadaoka.org
«
La possibilité, pour le pouvoir exécutif, de jeter
un homme en prison sans formuler aucune charge reconnue par la loi
contre lui, et notamment de lui refuser le jugement par ses pairs,
est odieuse au plus haut degré et elle est le fondement de
tout gouvernement totalitaire, qu'il soit nazi ou communiste. »
Winston Churchill
«
Aucune circonstance exceptionnelle que ce soit, ni un état
ou une menace de guerre, ni une instabilité politique interne
ni aucune autre urgence publique, ne peut être invoquée
pour justifier la tirture. »
Convention des Nations unies contre la torture, Article 2, Section
2
À
guantanamo, on n'utilise pas la gégène pour infliger
des secousses électriques aux détenus, comme on le
fait un peu partout dans le monde, comme on le faisait (et le fait
encore) en Algérie, on ne pratique pas la "falaka"
comme en Grèce, en Turquie, en Tunisie et ailleurs, on ne
fait pas s'asseoir les détenus sur des bouteilles brisées.
Non, rien de tout cela. À guantanamo, on pratique la "torture
light" et les médias anglo-US utilisent généralement
à ce sujet l'_expression "allégations d'abus".
Mais le but des tortures infligées aux détenus de
guantanamo - comme celles infligées aux détenus d'Abou
Ghraïb, est le même : briser les hommes emprisonnés,
casser définitivement leur résistance et leur volonté
de vivre. La torture est une arme de guerre contre les combattants
qui n'entrent pas dans la logique bureaucratique et civilisatrice
de la machine de guerre impériale. Contre les combattants
et tous ceux qui sont suspects de l'être. Oh bien sûr,
cela n'est jamais affirmé. Officiellement, il s'agit d'extraire
es "informations vitales" visant à empêcher
que de nouveaux actes terroristes soient commis. cet argument est
uniquement pour la galerie, car même un enfant peut comprendre
qu'un homme détenu au secret depuis 3 ans ne pourra jamais
fournir des informations exploitables. mais il pourra être
forcé à inventer des projets et complots, à
"avouer" des crimes imaginaires. Et ainsi la torture s'en
trouvera justifiée.
Les formes de torture recensées à guantanamo, comme
celles révélées à Abou Ghraïb,
visent à "attendrir" ou "préparer"
les "clients" avant leurs interrogatoires. Les US ont
donc innové dans le domaine e la culture carcérale,
en instaurant une collaboration étroite et une complémentarité
entre le personnel chargé du gardiennage (policiers militaires,
souvent anciens gardiens de prison dans le civil et membres de la
garde nationale) et le personnel chargé des interrogatoires
(CIA, FBI, services de renseignement militaires US et de certains
pays d'origine des détenus, et enfin personnel civil appartenant
à des entreprises privées ayant conclu des contrats
de sous-traitance avec le Pentagone. Une des bibles utilisées
par les tortionnaires a été un livre d'un obscur professeur
yankee sur la psychologie musulmane, où ils ont puisé
des idées sur la meilleur manière d'humilier et de
tenter de briser des résistants -ou supposés tels
- musulman. ce qui a conduit à certaines innovations, parfois
inspirées des méthodes pratiquées par les Israéliens.
Ainsi, des témoignages de prisonnières palestiniennes
font état de viols, dûment filmés et photographiés.
Lorsque les victimes sont remises en liberté, les tortionnaires
lui disent simplement : « Si tu parles, on envoie les vidéos
ou les photos à ta famille.» À guantanamo, on
n'a pas été jusque-là. mais on pratiqué
des "traitements" tout aussi pervers.
Deux exemples : un détenu est déshabillé, enveloppé
dans un grand drapeau israélien, enchaîné au
sol et soumis pendant des heures à des lumières stroboscopiques
(comme dans les discothèques) et à une musique assourdissante.
Objectif : la déprivation sensorielle. la victime, déjà
isolée depuis des années, coupée du monde et
même de ses codétenus, perd ses repères. Quand
elle craque, elle est prête à signer n'importe quoi.
Autre exemple : les gardiens ont fait défiler des prostituées
quasiment nus devant les détenus enfermés dans des
cages. comble de la provocation, une des prostituées a jeté
au visage d'un détenu - sélectionné - une serviette
hygiénique imprégnée de sang menstruel. Une
humiliation inqualifiable, et pas seulement pour un musulman pieux,
mais pour n'importe quel homme.
Et puis, il y a le grand classique : la privation de sommeil et
la rupture forcée des cycles normaux de veille et de sommeil.
Cette forme de torture apparemment anodine pour qui ne l'a pas vécue
a des effets dévastateurs sur la santé psychique et
physique des victimes. Des anciens détenus privés
de sommeil en souffrent encore, dix ou vingt ans plus tard.
Les enquêtes diligentées par le Pentagone pourront
éventuellement conduire à l'inculpation de quelques
exécutants, comme cŒest le cas pour Abou Ghraïb,
mais elles ne voudront jamais reconnaître que ces exécutants
n'agissent jamais de leur initiative mais sur ordre. Évidemment,
les donneurs d'ordre se gardent bien de laisser traîner des
traces écrites de ces ordres, qui sont généralement
verbaux. C'est pourquoi les mémorandums adressés à
la Maison blanche par Alberto Gonzales, conseiller juridique de
Bush devenu ministre le Justice, sont si importants : ils prouvent
noir sur blanc que les ordres venaient de très haut, du sommet
même de la hiérarchie, le Président en personne,
ou que, du moins, celui-ci était parfaitement au courant
de ce qui se passait à guantanamo, à Abou Ghraïb,
Bagram, Diego Garcia et ailleurs. Ainsi Gonzales écrivait
dès le 25 janvier 2002, soit 15 jours après l'inauguration
du camp de guantanamo : « [La lutte contre le terrorisme]
rend obsolètes les strictes limitations apportées
par les Convention des Genève aux interrogatoires de prisonniers
ennemis, et rend désuètes certaines de leurs dispositions.
» Douze jours plus tard, Bush signe un ordre par lequel il
s'arroge le droit de suspendre l'application des Conventions de
Genève dans le présent conflit (en Afghanistan et
donc, à guantanamo) et dans les conflits à venir (l'Iraq).
Un Président couvrant des crimes contre l'humanité
perd toute légitimité. Mais il ne risque pas grand-chose.
Dans l'Amérique pseudo-puritaine et soi-disant politiquement
correcte, une fellation administrée au Président dans
le bureau ovale par une stagiaire ambitieuse est autrement plus
grave et condamnable qu'un peu de "torture light" administrée
à d'obscurs barbares barbus. Loin des yeux, loin du coeur...
Iraq
et Palestine : «Élections,pièges à cons
!»
par
Fausto Giudice, 2 janvier 2005
Cet article, diffusé le 2 janvier,
a suscité un vif débat avec plusieurs destinataires.
Nous publions certaines de ces contributions après l’article.
Pour participer au débat, écrire à canaanrepublic@yahoo.fr,
qui transmettra à l’auteur.
Jamais
comme en ce mois de janvier 2005, ce slogan français de juin
1968 ne m’a paru plus actuel.
Pour que élections aient un sens et une valeur reconnus,
il faut que certaines conditions soient remplies. Ces conditions
ne m’apparaissent être présentes ni en Iraq ni
dans le “reste de Palestine”, les 22% de la Palestine
historique que représentent les territoires de Cisjordanie,
Gaza et Jérusalem-est.
L’Iraq est occupé par 200 000 militaires et mecenaires
étrangers en armes, qui s’y livrent à une guerre
féroce contre la résistance armée, contre la
résistance civile et contre la quasi-totalité de la
population. Ce qui sortira des élections du 30 janvier, si
elles ont bien lieu - c’est de moins en moins sûr -
n’aura donc aucune légitimité, aucune légalité.
Libre aux plaisantins, de droite, du centre ou de gauche, laïcs
ou religieux, sunnnites, chiites ou chrétiens, arabes, turkmènes
ou kurdes, soutenus par tel ou tel pays étranger, tel ou
tel chef de clan, de tribu ou de confrérie, telle fondation
européenne ou américaine, de se prêter à
ce jeu macabre. Non seulement ils y risquent leur tête, car
la Résistance est résolue à empêcher
ces élections - et elle a raison -, mais en plus, s’ils
y survivent, ils compromettront toute future participation de leur
part à un processus électoral authentique, qui finira
bien par avoir lieu dans l’Iraq libéré, dans
un an, dans cinq ans ou dans dix ans. Bref, on peut déjà
déclarer le futur résultat de ces élections
comme nul et non avenu. Il n’y a rien d’autre à
ajouter.
La Palestine, maintenant. Le 9 janvier, les habitants en âge
de voter sont appelés à élire un “Président”
d’une fantomatique “Autorité national palestinienne”
qui a tout d’un Judenrat. Pour les ignorants, rappelons ce
qu’était un Judenrat. C’était le Conseil
des juifs mis en place par les occupants allemands dans les ghettos
juifs de Pologne pendant la deuxième Guerre mondiale. Ce
Conseil de notables, assisté par une “Judenpolizei”
(une police des juifs, portant brassard avec l’étoile
bleue de David), était chargé de l’administration
de la population parquée dans le ghetto et c’était
lui qui était chargé de sélectionner les juifs
à transférer dans les camps d’extermination
comme Auschwitz. Le “pouvoir” de ce Judenrat était
pour le moins limité. Un système pervers similaire
à celui des camps de concentration où la discipline
et l’administration internes étaient assurées
en grande partie par les “kapos”, équivalent
nazi des contremaîtres dans les plantations coloniales à
esclaves.
L’Autorité palestinienne peut aussi être comparée
à d’autres structures mises en place par des pouvoirs
coloniaux, par exemple dans les bantoustans où l’Afrique
du Sud de l’apartheid enfermait une partie de la population
autochtone noire.
L’Autorité palestinienne n’a de pouvoir que ce
que veut bien lui concéder la puissance occupante. Elle est
privée des attributs primaires de la souveraineté.
Quant à la population, elle est privée des droits
élémentaires : liberté d’établissement
et de circulation, liberté d’_expression et d’association,
liberté de retour à son lieu d’origine, droit
de propriété, droit de travailler, droit d’étudier,
droit de se soigner etc. etc.
Que pourra faire le nouveau président élu de l’Autorité
palestinienne ? Tenter de négocier une nouvelle solution
bâtarde de compromis avec la puissance occupante et s’aménager
des niches, qui profiteront uniquement - et encore, même cela
n’est pas sûr - à une petite partie de l’élite
palestinienne et permettront à une petite centaine de milliers
de fonctionnaires de faire subsister leurs familles ? Guère
plus. Car il n’y aura même pas un “Oslo 2”.
Le peuple palestinien ne se résume pas aux habitants du “reste
de Palestine”, qui n’en constituent environ qu’un
tiers. Les deux autres tiers sont soit en territoire israélien,
soit aux quatre coins du monde. Alors que le gouvenrment israélien
est en train de réfléchir à la manière
d’associer tous les juifs de la planète aux consultations
“démocratiques” - il est question de créer
une deuxième Knesset, celle de la diaspora -, on aurait pu
imaginer que l’Autorité palestinienne instaure le droit
de vote pour les palestiniens de la diaspora, ce qui aurait doublé
le nombre d’électeurs potentiels et permis à
la diaspora palestinienne d’exercer des tâches de lobbying
partout où elle est installée. Mais cela n’est
même pas venu à l’esprit des hommes de Ramallah,
bien trop occuper à franchir les check-points pour tenir
leurs meetings électoraux.
Et enfin, la démocratie ne se résume pas aux élections.
Pour qu’il y ait démocratie, voici les trois conditions
minimales requises :
1° - Un État souverain reconnu sur un territoire aux
frontières rconnues;
2° - Un État de droit où règne un équilibre
des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire);
3° - Un peuple souverain jouissant de tous les droits fondamentaux
usuels et donc en mesure d’exercer des contre-pouvoirs reconnus.
Aucune de ces conditions n’est acquise dans le bantoustan
morcelé que constituent les territoires occupés en
1967. Les organisations qui appellent au boycott des élections
du 9 janvier ont donc parfaitement raison. La seul utilité
éventuelle de ces élections, c’est qu’elles
tiendront lieu de grand sondage sur l’état de l’opinion
de cette partie du peuple palestinien. Mais elles ne règleront
rien, strictement rien. Et leur résultat est connu d’avance
: une participation relativement élevée malgré
toutes chicanes mises en palce par les occupants, une victoire à
55% de Mahmoud Abbas, suivi de Mustapha Barghouti à peut-être
20%, les 25% restants se répartissant entre les autres candidats.
Bref, il y a là de quoi de quoi démoraliser le plus
optimiste des amis des Palestiniens et du droit des peuples. Quelle
est l’alternative, demanderez-vous ?
La
voie “française” : un seul État
L’alternative, qui n’est pas pour demain ni peut-être
même pour après-demain, est celle de la raison. Elle
est présente dans l’histoire de la Palestine depuis
les années 1920 : c’est celle d’un seul État
démocratique pour tous les habitants de Palestine, où
chacun aurait les mêmes droits et les mêmes devoirs.
Un État fondé sur le principe simple : “Une
personne, une voix”. Un État avec une seule armée,
une seule police, une seule justice, une même école,
une même assistance publique, une même fiscalité,
un même droit pénal et civil, des mêmes cimetières,
des mêmes plaques d’immatriculation,une même sécurité
sociale pour tous. Comment y arriver ? Par étapes. En créant
entre Palestiniens anciens et Palestiniens récents des alliances
politiques et des projets communs dans tous les secteurs : économique,
social, culturel, artistique, médiatique et reproductif (logement,
santé, enseignement).
Il ne s’agit pas là de ce que certains appellent un
État “binational”, car il n’y a pas deux
nations en Palestine historique, dont l’une serait “juive”.
Tous les Israéliens ne sont pas juifs, et si on considérait
d’une part qu’il y a une nation juive, alors il faudrait
traiter en étrangers tous les non-juifs [ce qui est la pratique,
de fait] et il faudrait d’autre part appliquer la même
grille aux Palestiniens, en excluant soit les chrétiens,
soit les druzes, soit les bédouins, soit les Samaritains,
soit même les juifs. Il y a, du côté israélien,
des individus et des groupes d’origine, de culture, de langue
et de mentalité différentes, qui sont traités
comme du bétail par leurs chefs et qui sont loin d’être
des citoyens à part entière. Une fois reconnu l’échec
historique du sionisme à faire de ce ramassis planétaire
un peuple, il faudra tirer les conclusions : un nouveau peuple doit
naître. Et cela ne peut pas venir des “liens naturels”
que représenteraient la langue, la religion, ou la “race”.
Une nation se constitue par un acte collectif de volonté,
qui est éminemment politique. Une nation, a dit Ernest Renan,
est un “plébiscite quotidien”, ce n’est
pas une donnée “naturelle” acquise une fois pour
toutes par le sang (Blut, en allemand) ou le sol (Boden, en allemand).
C’est cette conception, issue de la révolution française,
qui est la seule viable et raisonnable, pour les Palestiniens comme
pour les Israéliens. Toute autre solution s’appuyant
sur le Blut und Boden, est condamnée à l’échec.
Les sionistes, disciples tardifs des romantiques allemands du début
du XIXème siècle (Fichte, Schelling et Herder), nous
l’ont déjà amplement démontré.
Tout comme les nationalistes arabes, nourris aux mêmes sources
romantiques allemandes et donc l’échec spectaculaire
n’a fait qu’anticiper celui, qui sera encore plus fracassant
et spectaculaire, du sionisme réel, de droite comme de gauche,
religieux comme laïc, juif comme chrétien.
Certes, il faudra, pour arriver à la réalisation de
ce rêve, déployer une énergie titanesque. Les
humains qui peuplent la terre de la Palestine historique sont à
mon sens parfaitement capables de relever ce défi. Et ils
trouveront l’appui de l’aile marchante de l’humanité.
Nous attendons donc que ce chantier se mette en branle. On a assez
attendu !
Pour en savoir plus sur le projet d’un seul État démocratique
pour tous en Palestine/Israël, consulter les pages :
> http://quibla.net/palestine2/etatdemocratique.htm
> http://quibla.net/palestine2/etatdemocratique2.htm
> l’article de Fausto Giudice, Faisons un rêve :
Fatima Karamazov Première ministre d'un nouveau pays : la
République de Canaan : http://quibla.net/alire/giudice.htm#7.
Consulter aussi le site de l’Association pour un seul État
démocratique en Palestine/Israël :
http://www.one-democratic-state.org/
Débat
1
- “Ramassis planétaire”
Merci de bien vouloir me désabonner de votre liste. Je fais
partie de ce " ramassis planetaire" que je nomme peuple
juif. Je peux lire vos argumentations sur la resolution du conflit
israélo-palestinien tant qu'ils restent respectueux de chacun.
Vous venez de franchir les limites en procedant par l'insulte pour
" éliminer" intellectuellement ceux qui sont en
désaccord avec vous. Je refuse et m'oppose à ce terrorisme
intellectuel d'où qu'il vienne.
Bonne année 2005, année du centenaire de la loi sur
la laicité avec tout ce que cela implique de reflexion sur
la tolerance. En espérant que cette année vous fera
reflechir sur le sujet
Salutations,
Mireille Delamarre, Marseille
2
- Réponse à Mirelle Delamarre
Chère Mireille Delamarre,
Mon _expression “ramassis planétaire” ne désignait
pas ce que vous appelez “le peuple juif” puisque ce
peuple n’existe pas. Elle désignait les gens ramassés
par les fondateurs de l’État juif [c’est ainsi
que le désignent les sionistes eux-mêmes, ce n’est
pas moi] pour les transformer en “chair à État”
- et à canon aussi, d’ailleurs - sous le label : “peuple
juif”. Vous vous trompez donc dans votre indignation, viscérale
et donc irrationnelle. Or, c’est de raison que nous avons
besoin. La laïcité et la tolérance devraient
vous enseigner à utiliser plus votre raison que vos émotions
pour comprendre précisément ce que d’autres,
comme moi, disent ou écrivent. Je suis désolé
que vous soyez sentie blessée en tant que juive, mais je
crois que si vous êtes laïque, la seule appartenance
légitime et logique à un peuple que vous devriez revendiquer
devrait être celle au peuple français. Mais libre à
vous d’estimer que la revendication d’appartenance à
un peuple imaginaire est un signe de laïcité et de tolérance.
Salutations canaanéennes
Fausto Giudice
3
- “Des personnes comme vous essaient de tuer le peuple juif”...
Bonjour
Cher Monsieur ma reaction n'est pas viscerale mais tout à
fait raisonnée. j'appartiens effectivement au peuple français
mais aussi ne vous en deplaise de part ma confession juive au peuple
juif qui est bien vivant même si des personnes comme vous
essaient regulierement de le tuer ne serait ce que symboliquement
en développant les arguments que vous developpez.
Si vous captez radio galere Marseille (88.4FM ou voir sur internet
leur site) vous pourrez m'entendre regulierement intervenir dans
une
emission sur la palestine en soutien aux palestiniens.
Je suis antimilitariste, antitotalitariste ( inclu les totalitarismes
de certains individus) antisectaire et contre toutes les formes
de discrimination.
Je vous invite à aller visiter le site internet sur la non
violence active que je gère avec une amie musulmane algerienne.Je
suis egalement
presidente d'une association qui milite pour la non violence active
et
qui regroupe des athés, des personnes de confession juive,
musulmane, chrétienne.
Salutations
Mireille Delamarre
4 - Qui “tue le peuple juif” ?
Chère
Madame,
Que vous collaboriez à Radio Galère n’est pas
une référence pour moi. Je crois en effet savoir que
les responsables de cette radio sont actuellement sous enquête
judiciaire pour détournement de fonds collectés au
profit des populations victimes d’une catastrophe naturelle
en Algérie. mais ce choix vous appartient et, ayant moi-même
bu l’antitoalitarisme avec le lait maternel (une partie de
ma famille est rescapée du Goulag soviétique, une
autre y a disparu), je n’enivisage même pas de vous
interdire cette collaboration, quand bien même j’en
aurais les moyens.
Vous m’accusez d’essayer de “tuer le peuple juif,
ne serait-ce que symboliquement”. Je trouve cette accusation
grotesque, infâme et ...totalitaire. À ma connaissance,
si je suis bien informé, ceux qui font tuer des juifs aujourd’hui
en Israël et dans le monde sont les chefs sionistes et ils
sont les seuls responsables de la “judéophobie”,
dont ils ont un besoin vital, tout comme il ne peuvent faire tenir
ensemble le conglomérat que j’ai qualifié de
“ramassis”, qu’eux-mêmes désignent
sous l’étiquette contestable de “peuple juif”,
qu’en entretenant la guerre, la menace et la peur.
Vous qui vous dites non-violente, je trouve vos propos singulièrement
violents. N’essaieriez-vous pas de “tuer symboliquement”
ceux qui remettent en cause les idées reçues sur lesquelles
s’appuient justement la domination et la terreur sionistes
?
Je suis moi-même baptisé et confirmé dans la
religion catholique, mais il ne me viendrait jamais à l’esprit
de me considérer comme faisant partie d’un “peuple
catholique”.
En conclusion, je crois que ce qui vous terrifie dans l’idée
d’une seul État pour tous, c’est la remise en
cause de l’”État démocratique juif”,
dont le député palestinien à la Knesset Azmi
Bishara a dit : « Il est démocratique pour les juifs
, et juif pour les Palestiniens. » Je maintiens que cet État
est un non-sens, comme le pensent des centaines de milliers de juifs
relgieux orhodoxes qui s’appuient sur une lecture rigoureuse
de la Torah. Mais cela échappe sans doute à votre
vision “laïque”.
Salutations
Fausto Giudice
5
- “Une assemblée qui pourra exiger le retrait des troupes
d’occupation”
Michaël
Lessard, diplômé de maîtrises en relations internationales
et en sciences de l'orientation (Université Laval à
Québec), est porte-parole de la Coalition Québec-Irak
et membre de la Coordination du réseau altermondialiste et
progressiste de deux régions de Québec, basé
dans la Ville de Québec (www.reseauforum.org). C'est donc
un militant altermondialiste émérite. Il a adressé
à F. Giudice ce commentaire. Notons qu'il précise
que ses positions exprimées ici sont en son nom personnel
et ne représente que lui-même.
« Vous avez raison, vaut mieux accepter le 'gouvernement'
et la situation
actuels en Irak plutôt que des élections de représentant(e)s
irakien(ne)s quoique imparfaites (sarcasme).
J'ai milité corps et âme contre l'invasion et contre
les sanctions
économiques. Bien des Irakien(ne)s comprennent la triste
réalité laide
et simple: il y a deux choix
a) une assemblée imparfaite de de représentant(e)s
irakien(ne)s qui
pourra exiger le retrait des troupes d'occupation ou, au moins,
dénoncer les maudites lois imposées par Washington
ou b) endurer ce faux gouvernement lèche-cul et le pouvoir
étatsunien,
sans aucun porte-parole irakien élu; et donc des années
encore
d'occupation totale.
Par contre, il est innaceptable que ce soit le Président
Bush qui
impose une date fixe, alors que près de 30 pour cent (sinon
plus)
demande une date d'élection différente.
Solidairement, laissons le peuple irakien décider s'ils/elles
acceptent
ces élections et les résultats...»
6
- Où a-t-on vu un parlement obtenir le départ d’une
armée d’occupation étrangère ?
Ainsi parla Ponce Pilate en s’essuyant les mains après
les avoir lavées. J’aimerais bien savoir si ce genre
de pensée confuse est répandu dans le mouvement dit
“altermondialiste” québecois. Dans ce cas, nous
sommes vraiment mal barrés. Où a-t-on vu dans l’histoire
un parlement obtenir le départ d’une armée d’occupation
étrangère ? Et je n’ose même pas imaginer
ce que pense Michaël Lessard des élections en “reste
de Palestine” occupé...
Fausto Giudice
7 - Je ne suis pas tout à fait en désaccord avec votre
position
Réplique
de M. Lessard à la réponse de F. Giudice :
Je ne suis pas au service de mon idéologie ou d'une idéologie,
mais au service des gens en Irak et du bien-être humain en
général.
Si vous savez comment expulser les troupes US/UK de l'Irak en peu
de temps, faites-moi signe, je serai certainement à l'écoute.
Pour l'instant, ce n'est pas vous ni moi que allons décider
si ces élections valent la peine: c'est au peuple irakien
de voter ou de boycotter.
Il est fort probable que le peuple va choisir d'avoir une assemblée
moindrement représentative avec laquelle envoyer chier Washington,
plutôt que le faux gouvernement actuel.
Oui, nous avons déjà vu, plus d'une fois, des élections
et des référendums sous des occupatons (Timor oriental,
Afghanistan 2004, etc.).
P.S. Non, ma position sur les élections en Irak ne représente
pas le mouvement. En fait, les membres de la coalition que je représente
n'ont pas de position officielle, car nous n'arrivons pas à
cerner de manière crédible la position des gens en
Irak, comment les élections seront gérées,
etc. Une chose est certain, je hais le conformisme et j'aime le
pluralisme, alors je me permet d'être en désaccord
avec les regroupements et mouvements auxquels je participe activement.
En somme, je ne suis pas tout à fait en désaccord
avec votre position, mais je ne suis pas à l'aise avec les
nombreuses positions idéologiques des gens occidentaux, vu
qu'elles ne sont pas concentrées sur la volonté actuelle
des gens en Irak. C'est le peuple irakien qui compte, pas moi ni
vous.
Ciao,
Michaël Lessard
8
- La volonté des gens en Iraq ? Il suffit d’allumer
sa télé pour la connaître
Cher Michaël,
Je comprends mieux votre position, que je respecte. Permettez-moi
cependant de vous adresser quelques petites remarques :
Oui, il y a eu un référendum sous occupation indonésienne
au Timor-oriental et il a été suivi de massacres sanglants
suivis d’un exode massif de population. Seul le lâchage
de la dictature Suharto par la “communauté internationale”,
dont le fer de lance était l’Australie, déléguée
régionale de l’Empire, a permis finalement à
ce pays d’accéder à la souveraineté.
Mais cela n’a été rendu possible que par 30
ans de résistance organisée par le FRETILIN et le
sacrifice de dizaines de milliers de combattants et de civils. Le
processus référendaire n’a fait qu’entériner
cette réalité.
Pour l’Afghanistan, les élections de 2004 n’ont
rien réglé et le régime de Karzaï ne tient
que par le trafic d’opium, dont on nous annonce une récolte
2005 de 5 000 tonnes, qui vont rapporter environ 3 milliards de
dollars aux patrons de cette agro-industrie très lucrative.
Même si Karzaï ne perçoit que 10% de cette manne,
cela lui suffit pour acheter la loyauté des chefs de guerre
qui ne méritent que de comparaître devant la Cour pénale
internationale pour les crimes contre l’humanité qu’ils
ont commis. Ne citons que le général ouzbek Dostom,
responsable notamment du massacre de centaines de prisonniers “talibans”
à Mazar-i-Sharif, mis à cuire au soleil dans des containers
métalliques et ensuite achevés à la mitraillette.
Vos exemples ne sont donc pas probants. Et l’Iraq n’est
pas l’Afghanistan. Bush et Rumsfeld ont cru pouvoir rééditer
le "coup afghan" [Bush s'est vanté d'avoir acheté
les chefs de guerre afghans pur le très modeste somme de
76 millions de $] : ils ont de toute évidence échoué
en Iraq, inutile d'épiloguer là-dessus.
Vous vous retranchez derrière l’argument : “nous
ne savons pas ce que veut le peuple iraquien”. Vous ne regardez
donc pas la télé ? Vous pensez aussi que les résistants
iraquiens sont des terroristes ? Croyez-vous que le Québec
serait ce qu’il est aujourd’hui s’il n’y
avait pas eu de FLQ (Front de libération du Québec)
? Ma position n’est pas, comme vous l’écrivez,
“idéologique”, mais empathique. Je m’identifie
aux Iraquiens, c’est-àdire que je me mets à
leur place. Et à leur place, j’esaierai aussi de résister
à l’occupation, “by any means necessary”
(par tous les moyens nécessaires), comme disait Malcolm X.
Votre pilatisme me semble en contradiction flagrante avec ce que
prétend être l’altermondialisme, un mouvement
qui prend fait et cause pour toute l’humanité, contre
l’Empire “libéral”, et pour “un monde
contenant tous les mondes” (Marcos). Et je conclus en vous
rétorquant que vous et moi, nous comptons autant qu’un
Iraquien ou un Palestinien. On ne va quand même pas combattre
le suprématisme blanc en lui opposant un "suprématisme
brun par procuration" !
PS : notre débat paraîtra sans doute ridicule lorsque
nous apprendrons que les élections du 30 janvier sont reportées
aux calendes grecques “pour raisons de sécurité”.
Mais il ne me semble pas inutile. L’unicité et le non-débat
sont la mort de la pensée.
9
- Explicitation de Michaël Lessard : sur la volonté
des gens et ledit terrorisme sous l'occupation
Tout d'abord, je voulais m'excuser pour mon ton un peu sec dans
mes premières réactions. C'est simplement que j'avais
l'impression de devoir soudainement «m'inscrire en faux»
devant le discours de plusieurs altermondialistes. J'étais
assez surpris de voir mes courriels-réponses personnels publiés
dans votre bulletin sans préavis, mais d'un autre côté
vous me faites l'honneur d'être partie d'un 'débat
public'. Cette nouvelle réponse arrive tardivement vu une
légère fièvre; c'est effectivement le 'grand
nord' ici. Noami Klein a influencé plusieurs en Amérique
du Nord avec un article bien écrit qui affirme que les élections
sont nécessairement à rejeter vu qu'elles ont lieu
sous une occupation: cela me semble un argument plutôt facile
qui ne tient pas réellement compte de la volonté des
gens en Irak, de celles et ceux qui ont à endurer cet enfer.
Je comprends son idéal et je sais que certains groupes irakiens
proclament ce principe, mais ce dernier cache la réalité
ou les vraies raisons de leur refus des conditions électorales
actuelles (remarquez que leurs vraies raisons sont légitimes).
Quand 'j'allume la télé' et que je lis des articles
des rares observateur(trice)s indépendants en Irak, je perçois
que les Irakien(ne)s veulent voter justement. Selon certains sondages,
même les Sunnites voulaient voter, mais ne vont probablement
pas le faire maintenant qu'ils/elles ont reçu des menaces
très explicites déclarant que tous les électeur(trice)s
seront systématiquement assassinés. J'estime que les
gens en Irak qui vont ou aimeraient voter ont leurs raisons sensées
et je suis très mal placé ici, dans le confort de
mon appartement québécois, de juger trop radicalement
leur choix. Autrement dit, ils/elles ont une stratégie ou
l'espoir de mettre fin à l'occupation/domination. Je suis
entièrement en accord que les situations en Afghanistan et
en Irak sont deux choses fort distinctes et j'avoue que mon exemple
des élections en Afghanistan n'est pas probant comme vous
dites. Par ailleurs, l'Administration Bush ne souhaite probablement
pas la tenue d'élection légitime, celle-ci pouvant
créer une assemblée qui s'opposerait aux dictats de
Washington. Logiquement, il savait très bien que l'attaque
totale contre Falloujah allait engendrer des réactions extrêmes
juste avant les élections. Sur ce point, je crois que nous
sommes d'accord: leur plan est probablement que les résultats
ne soient pas représentatifs de l'ensemble du peuple irakien
pour ainsi nourrir une guerre civile, celle-ci permettant alors
une division de l'Irak pour mieux dominer certaines parties.
En fait, l'Administration Bush envisage certainement plusieurs plans
ou stratégies à la fois, étant donné
que leur tentative de maîtrise est un échec et leur
recherche d'une manière de sauver la face. Néanmoins,
cela ne signifie pas que ces élections ne puissent engendrer
des surprises. J'ai confiance dans le peuple irakien: je crois qu'une
forme d'unité sera trouvée malgré tout et donc
que les élections vont précipiter l'expulsion des
forces d'occupation, surtout étatsuniennes. Du moins, il
y a là un espoir que les gens, même parmi les groupes
minoritaires, semblent prêts à essayer. Vous m'avez
demandé (je crois que c'était sous forme de question)
si je voyais la résistance comme étant des terroristes.
À mon avis, il nous faut une définition honête
de ce qu'est le terrorisme, voici la mienne: Causer des souffrances,
terroriser ou tuer des personnes innocentes pour imposer sa volonté,
qu'elle soit politique, religieuse ou autre. Ainsi, tou(te)s combattant(e)s
qui acceptent de tuer des civils pour imposer sa volonté
ou celle de son gouvernement ou autre autorité, commet un
acte terroriste. À mon avis, le résistant qui accepte
de tuer une trentaine de personnes innocentes à Bagdad pour
tenter de tuer un soldat étatsunien se déshonore,
commet un grave pêché et le crime de terrorisme contre
le peuple irakien. Évidemment, le même principe s'applique
aux innombrables crimes de guerre et actes violents en tout genre
commis par les forces d'occupation contre des gens non armés:
c'est aussi du terrorisme. Faut-il préciser que la résistance
est très vaste et que le massacre de civils, quoique nombreux,
ne représente pas la majorité des résistant(e)s.
Par contre, s'attaquer directement aux forces d'occupation n'est
pas du terrorisme, car la cible n'est pas innocente: elle est armée
et impose une occupation violente et illégale.
On peut, selon nos valeurs et perspectives, critiquer la forme armée
et violente de résistance, mais on ne devrait pas dire qu'il
s'agit de terrorisme dans un tel cas. En effet, le droit international
reconnaît le droit d'un peuple de combattre violemment une
occupation. À partir de cette même définition,
je juge (depuis bien avant l'invasion) que les sanctions économiques
de 1990 à 2003 étaient un acte de terrorisme de masse
effroyable. De manière plus générale, la guerre
est presque toujours en grande partie du terrorisme. Je nous souhaite
(à l'humanité) une année 2005 pleine d'espoir
et de surprises, Michaël Lessard ( En mon nom personnel: ce
texte ne représente que moi. ) NB : - Vous n'avez pas à
me décrire les crimes sans nom commis par les troupes étatsuniennes
en Irak et ailleurs, c'est déjà ma préoccupation
première. - La révolution démocratique du Québec
ne s'est aucunement fait par le Front de libération du Québec
(FLQ), d'où pourquoi il y a un consensus, tant chez les historien(ne)s
que le peuple québécois, pour la qualifier de révolution
tranquille. C'est peut-être une des raisons pourquoi les Québécois-es
sont plutôt pacifistes.
10 - En guise de conclusion provisoire du débat
La
« mascarade électorale » du 30 janvier en Irak
par Gilles Munier, AFI-Flash, n° 39, 2 janvier 2004
Pour clore provisoirement ce débat, je préfère
laisser la parole à un spécialiste: Gilles Munier
est secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes,
qui a combattu la première guerre du Golfe et le long embargo
meurtrier contre l'Iraq. Il connaît bien ce pays. Il parle
donc en parfaite connaissance de cause. [F. Giudice]
Dans
une région du monde où il n'y a guère d'élection
ou s'il y en a, elles sont peu ou pas démocratiques
y compris en Israël - le scrutin prévu en Irak le 30
janvier ne sera pas l'« exemple à suivre » imaginé
par les néo-conservateurs américains, mais bien une
« farce électorale » comme l'ont dit plusieurs
mouvements de résistance.
George W. Bush, le Grand Ayatollah Ali Al-Sistani, et leurs partisans
font du forcing pour que les élections législatives
se tiennent avant la date limite fixée en mai 2004 par l'Autorité
Provisoire de la Coalition, quelle que soit la situation. Y parviendront-ils
? Selon le Colombien Carlos Valenzuela, chef de la mission d'observateurs
de l'ONU à Bagdad, seul un manque d'urnes et de bulletins
de vote obligerait le « gouvernement » irakien à
repousser la date de la consultation. Pour ne pas courir de risques
de sabotage, dit-il, ils sont fabriqués à l'étranger
En théorie
Donc
le 30 janvier, si le scrutin n'est pas « reporté »
à des jours meilleurs, les Irakiens éliront à
la proportionnelle 275 députés et les membres de 18
conseils provinciaux. Au Kurdistan, autonomie oblige, les Kurdes
renouvelleront les 111 membres du Parlement régional.
Le nombre des électeurs est estimé à 13,9 millions,
chiffre calculé sur la base des cartes de rationnement délivrées
par le gouvernement irakien pendant l'embargo. Un million d'Irakiens
expatriés votera dans leurs ambassades s'ils y sont enregistrés.
Sauf nouvelles défections, approximativement 6 000 candidats
répartis sur une centaine de listes se présenteront
aux législatives. Plus de 7 500 candidats seront en compétition
pour un siège de conseiller provincial.
Si les observateurs locaux et internationaux estiment que la consultation
s'est déroulée sans trop de problèmes, la nouvelle
« assemblée nationale », dite constituante, désignera
les membres d'un nouveau « gouvernement ». Elle rédigera
la nouvelle constitution irakienne qui sera mise aux voix par referendum
national dont la date est déjà fixée au 15
octobre 2005. Deux mois plus tard de nouvelles élections
législatives se tiendront pour élire une assemblée
nationale définitive. Enfin, si tout se passe sans anicroche,
car les incertitudes ne manquent pas.
Sur le terrain
La société
Manpower Suisse qui établit les listes électorales
irakiennes n'a recensé pour l'instant que 3 millions d'électeurs...
Pas étonnant car les difficultés rencontrées
sur le terrain sont quasi insurmontables. Les cartes de rationnement
qui servent de référence ont été délivrées
par foyer et ne sont pas à jour. Qui va vérifier si
certaines personnes inscrites sont aujourd'hui en âge de voter
ou effacer les noms de celles qui sont décédées
?
Autre problème : dans le sud de l'Irak à majorité
chiite, il y a maintenant plus d'électeurs que prévu.
Des centaines de milliers d'Irakiens d'origine iranienne et d'Iraniens
arabophones se sont installés à Nadjaf, Bassora ou
Kerballa. Le roi Hussein de Jordanie estime leur nombre à
plus d'un millionŠ Ce sont pour la plupart des partisans du
Conseil Suprême de la Révolution Islamique en Irak
d' Abdel Aziz Al-Hakim ou du Parti Al-Dawa. Ils exigent de participer
au scrutin. Qui peut les en empêcher ? Pire : dans la perspective
d'une majorité favorable à la liste d'union patronnée
par le Grand Ayatollah Al-Sistani, 600 personnalités chiites
des provinces du sud se sont réunies à Nadjaf début
décembre 2004 pour réclamer la constitution d'une
région autonome chiite.
Au Kurdistan, la pression indépendantiste est telle que les
chefs kurdes envisagent maintenant d'accompagner les élections
d'un referendum posant la question suivante : « Voulez-vous
ou non l'indépendance pour le Kurdistan ?». Si ce projet
est mis à exécution, la sécession de la région
est inéluctable. A Kirkouk, Massoud Barzani et de Jalal Talabani
ont fait entériner le nettoyage ethnique anti-Arabe et anti-Turcoman
effectué depuis un an. Maintenant, ils menacent de boycotter
localement les élections si on autorise les Arabes - dits
« transplantés » - à voter.
Comme les élections sont à la proportionnelle, les
Américains comptent sur les ambassadeurs d'Irak à
l'étranger pour que le million d'expatriés inscrits
élise des députés libéraux ou sunnites
pro-occidentaux. Quand on sait que plus de 3 millions d'Irakiens
ont quitté leur pays depuis 14 ans, on imagine les «
tripatouillages » qui vont se dérouler dans les chancelleries.
Dangers à l'horizon
Que
ce soit en Palestine ou en Irak, élection ne rime pas avec
occupation, mais avec libération. Le 7 décembre dernier,
Vladimir Poutine a eu raison de dire à Iyad Allaoui, «
Premier ministre » irakien, qu'il n'arrivait pas « à
imaginer comment on peut organiser des élections dans les
conditions d'une occupation totale du pays par des troupes étrangères
». Les opérations menées par la Résistance,
la répression indiscriminée des forces américaines,
les exactions de ses collaborateurs, les attentats aveugles, n'incitent
déjà pas à se rendre aux urnes ; et les menaces
de mort lancées par l'« Armée islamique en Irak
», l' « Armée d'Ansar Al-Sunna », et l'«
Armée des Moudjahidine » encore moins. Ces trois organisations
assimilent cette élection à une « apostasie
», et chaque vote à « un coup de couteau dans
le dos ».
Aujourd'hui, la crainte des candidats est telle que certains exigent
que leur nom ni leur photo n'apparaissent sur les listes électorales.
Cela aboutira à des situations cocasses et assez peu démocratiques
: des électeurs ne sauront pas qui ils vont élire,
ou ne différencieront pas certains partis politiques aux
noms et objectifs ressemblants! Le côté surréaliste
de la situation n'a pas échappé à Hazim Al-Chaalane,
« ministre » irakien de la Défense, à
qui Al-Sharq Al-Awsat demandait ce qui était envisagé
pour protéger les candidats et les électeurs. Il a
tout simplement répondu : rien, car les Irakiens «
ne savent pas qui est candidat et qui est électeur»
!
Dans le camp de la résistance chiite, Moqtada Al-Sadr a annoncé
qu'il ne votera pas. Cela équivaut à un appel au boycott.
Dans un message lu par le Cheikh Abdul Zahrah Al-Suwaydi à
la mosquée Al-Muhsin à Bagdad, Al-Sadr a précisé
: « refuser de participer vous fera traiter d'ennemi de la
démocratie, mais y participer vous fera tomber dans un piège
dont vous ne pourrez plus sortir ». Les centaines de milliers
d'électeurs du quartier de Sadr-City et les chiites choqués
par la duplicité manifestée par Ali Al-Sistani lors
de la bataille de Nadjaf suivront son exemple.
Que va-t-il se passer dans les jours à venir ? Elections
ou pas, la résistance portera des coups de plus en plus durs
aux forces d'occupation. Si la consultation électorale a
lieu, l'abstention qu'elle prône sera particulièrement
suivie dans les régions de Mossoul, Tikrit, Samarra, Bagdad,
Hilla, Falloujah, Ramadi Š c'est-à-dire sur un espace
suffisamment vaste et peuplé pour enlever toute légitimité
au scrutin. S'il y a report, cela sera ressenti comme un camouflet
par George W. Bush et comme « une catastrophe inimaginable
» par les partisans d'Al-Sistani, selon leurs propres termes.
La Hawza de Najaf l'autorité suprême pour la
majorité des chiites irakiens - a en effet élevé
l'obligation de voter au niveau de la prière et du jeûne,
deux des grands principes de l'islamŠ
Dans les deux cas de figure, l'image donnée par la démocratie
occidentale et le projet américain de Grand Moyen-Orient
en prendra un coup. Mais n'exagérons pas, l'administration
américaine s'en remettra. Elle ne manque pas de scénario
de rechange. D'autres dangers pointent déjà à
l'horizon. Ils se nomment balkanisation, partition, guerre civile.
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