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LA BIBLIOTHEQUE QUIBLA

Fausto Giudice

Courriel : f.giudice@gwadaoka.org
Fausto Giudice est journaliste et écrivain. Auteur de "Têtes de Turcs en France" (1989), "Arabicides" (1992), "Jeunesse perdue" (1995). Président du Collectif guantanamo (France), membre de l'Association internationale pour un seul État démocratique en Palestine/Israël.

À lire :
- Réponse à Simon de Corte
- Le deuxième mandat du Cavalier de l'Apocalypse ou : quatre ans pour enterrer l'Empire - Une fiction réaliste (novembre 2004)
-
Versión española
- On ne peut pas diffamer impunément des antisionistes (chapitres 1 à 4) (25 octobre 2004)
- Exils, de Tony Gatlif : un film à contre-courant - Pour aller aux sources, il faut remonter le courant (30 août 2004)
- « Ici l’hiver dure douze mois. Le reste du temps c’est l’été » : Le Musée d’Ethnographie de Genève restitue le Goulag soviétique (1er juin 2004)
- Dossier : Accusée Skandrani, levez-vous ! (16 mai 2004)
- Guantanamo, un défi mondial, un enjeu planétaire (8 mai 2004)
- Faisons un rêve : Fatima Karamazov Première ministre d'un nouveau pays : la République de Canaan (28 septembre 2003)
- English Version
- Algérie : La grande peur bleue ( 1995 )

Misère de la "pensée Taguieff"

Réponse à Simon de Corte
par Fausto Giudice, 17 décembre 2004
L'auteur répond à un article de "Simon de Corte", publié par la Libre belgique du 15 décembre 2004, qu'on trouvera ci-après.
À en croire Pierre-André Taguieff et ses thuriféraires, dont "Simon de Corte", pseudonyme d'un "philosophe" qui a publié un hymne à la gloire de Taguieff dans La Libre Belgique du 15 décembre, un nouveau spectre hante le monde, celui de l'"islamo-gauchisme", ou de l'"islamo-pacifisme", ou de l'"islamo-altermondialisme", bref le désormais mythique "axe vert-rouge-brun", qui serait le vecteur de la "judéophobie planétaire". Parmi les grands méchants, cités par "Simon de Corte" il y aurait : José Bové, Tariq Ramadan, Serge Thion, Bruno Gollnisch, Djamel Bourras. Dans l'ombre, les silhouettes menaçantes de Marx, Trotsky et Mao. Contre ces grands méchants, il y aurait Machiavel, Freud, Spinoza et...Taguieff.
Ce tableau terrifiant a-t-il un rapport quelconque avec la réalité ?
Le postulat de base du pensum besogneux et répétitif de Taguieff est très simple, trop simple : tous ceux qui dénoncent et critiquent l'État d'Israël sont des "judéophobes", puisque l'État d'Israël est l'État de tous les juifs. S'en prendre à Israël, c'est s'en prendre aux juifs. Les juifs - et ils sont nombreux - qui critiquent l'État d'Israël ne sont que des "idiots utiles" ou des "selfhating Jews" ("juifs se haïssant eux-mêmes"). Le compte-rendu critique par Hannah Arendt du procès d'Adolf Eichmann à Jérusalem lui avait déjà valu cette insulte de la part des milieux sionistes israéliens et US. Taguieff a donc consacré un millier de pages à répéter des centaines de fois ce seul et même postulat, exemplifié par des milliers de notes de bas de page qui prennent plus de place que son texte principal et sont essentiellement consacrées à dénoncer et insulter des centaines de personnes, sur la base d'archives de type policier constituées presque uniquement de sources partisanes sionistes comme le magazine L'Arche ou le site militant d'Elizabeth Schemla, proche-orient.info. Taguieff a la détestation facile et l'expose avec un style ampoulé et une rhétorique boursouflée caractérisée par l'abus de trois procédés :
- les néologismes : beurophilie, bonifacisme, israélocide, ninihiliste, christification etc.
- les adjectifs et adverbes : sloganique, litaniquement, polémiquement, vertuiste, etc.
- les guillemets : ainsi il suffit de qualifier une personne ou un acte d'«antisioniste » : les guillemets sont là pour signifier que derrière l'antisionisme, se cache en fait l'antijudaïsme, ou, comme l'a décidé Taguieff, la "judéophobie", nouveau concept qu'il veut imposer pour remplacer le vieil antisémitisme.
Comme le tailleur de la fable, Taguieff veut tuer sept mouches d'un coup : les islamistes, les trotskystes, les communistes, les anarchistes, les pacifistes, les écologistes et les altermondialistes et en atteindre d'autres, comme les socialistes, les antiracistes , les chrétiens progressistes et, plus généralement, tous ceux qui peuvent être soupçonnés d'être peu ou prou anticapitalistes ou antilibéraux. À vouloir combattre trop de moulins à vent, notre Don Quichotte tue sous lui sa Rossinante et se retrouvé alité, en proie à ses délires. À qui voudra-t-on faire croire que les millions de manifestants contre la guerre d'Iraq du 15 février 2003 étaient animés par la "haine des juifs" ? À qui voudra-t-on faire croire que les manifestants contre la politique de Bush en Iraq ou contre la loi interdisant le hijab à l'école en France crient "Mort aux Juifs" ? À qui voudra-t-on faire croire que le Front national, les anarchistes, les islamistes, les écologistes et les altermondialistes ont constitué un "front commun" ou pourraient en constituer un ?
L'objectif de Taguieff est double : d'un côté, il a un objectif personnel - être reconnu comme un grand théoricien et un grand savant ayant, comme il aime l'écrire, "conceptualisé" la "nouvelle judéophobie" - , de l'autre, il a un objectif politique - qui complète le premier - celui de constituer un nouvel épouvantail, un nouveau spectre : un nouvel "ennemi intérieur" planétaire, qui aurait la barbe de Ben Laden et la moustache de José Bové.
Dans le monde idéal selon Taguieff et son apologue "de Corte", toute _expression critique, toute déviation par rapport à la pensée unique dominante a disparu. Comment ? Eh bien, c'est simple ! Par la répression policière, militaire et carcérale. Heureusement, ce monde n'est pas celui, réel dans lequel nous vivons. Le monde réel dans lequel nous vivons est celui de la confrontation des idées, reflet du conflit d'intérêts, et du droit à la dissension et à la critique. Bref, un monde pluriel. Et c'est bien ainsi.
Et surtout, le postulat de base de la "pensée Taguieff", dont la pauvreté affligeante ne peut être masquée par son style boursouflé et torturé, est tout simplement faux : non, Israël n'est pas l'État de tous les juifs; oui, un "État juif" est une ineptie, une monstruosité, un crime contre la pensée, le droit et la morale, outre le fait qu'il représente une hérésie par rapport à la Torah. Oui, on peut être juif et antisioniste, comme on peut être sioniste sans être juif. Pierre-André Taguieff en est un exemple consternant. On peut donc être antisioniste sans être antijuif et c'est le cas de l'écrasante majorité des antisionistes, dont la "compassion", tant décriée par Taguieff et ses émules, est l'_expression d'une revendication parfaitement légitime : celle du droit et rien que le droit pour le peuple palestinien, comme pour tout peuple. Droit à sa terre, droit à sa souveraineté, droit à la résistance. Droit à la vie, tout simplement.

La nouvelle judéophobie profite-t-elle d'une alliance entre progressistes et islamistes?
par SIMON DE CORTE (*) , Philosophe, La Libre Belgique, 15 décembre 2004
(*) Pseudonyme mais bien connu de la rédaction.

Dans «Prêcheurs de haine» (Mille et une nuits), Pierre-André Taguieff dénonce la collusion des altermondialistes et des islamistes au nom d'une même haine de l'Occident
Les grandes pensées sont celles qui placent leurs contemporains devant ce qu'ils ne veulent pas voir: les oeuvres de Machiavel et Freud en font foi, pour effrayantes qu'elles soient. Les livres des vulgaires idéologues confirment leurs lecteurs dans les préjugés de leur époque: aveugler est leur but. Au contraire, ouvrir les yeux est l'effet, généralement douloureux, des grands livres. Le dernier ouvrage du philosophe français Pierre-André Taguieff, «Prêcheurs de haine», qui se présente comme une «traversée de la judéophobie planétaire», prend place parmi les titres rendant visible une réalité que les habitudes intellectuelles nous empêchent de voir.
La haine des Juifs a pris, au cours des deux dernières décennies, un tour nouveau tout en changeant d'ancrage politique. Aux XIXe et XXe siècle se répandit l'antisémitisme, une haine de type racialiste dont le contenu criminogène culmina dans la Shoah. Quoique possédant quelques racines à gauche, l'antisémitisme finit par faire partie quasi exclusivement du bagage idéologique de l'extrême-droite. Cette haine du Juif reposait sur une base raciale connectée à un certain état de la science, trahissant ainsi son scientisme. Résiduel, cet antisémitisme-là a été relayé par «la nouvelle judéophobie», haine en plein essor et d'extension planétaire, qui, loin de s'appuyer sur des délires scientifico-racialistes, prend appui sur le conflit israélo-palestinien, le tiers-mondisme, l'anti-impérialisme et l'anti-capitalisme. La judéophobie émane de thèmes militants classés à gauche, et c'est à gauche qu'elle ne cesse de gagner du terrain. Plus qu'un tournant, les événements de Durban (où se tint au cours de l'été 2001 une conférence internationale sur le racisme qui vira en hystérie antijuive) furent le révélateur d'une tendance jusqu'alors souterraine.
Quel est, en effet, l'événement le plus gros d'avenir -menaçant, mais dont la conjuration s'avère possible- de la dernière décennie? Le rapprochement d'une partie de la gauche européenne et de toute son extrême-gauche (écologistes compris) avec l'islamisme (où la haine des Juifs occupe une place centrale). Le récent Forum social européen de Londres n'a pas démenti ce triste constat. José Bové n'éprouve aucune honte à ouvrir ses bras pour une fraternelle embrassade à Tarik Ramadan. Ainsi voit-on, depuis quelques années, à Paris, des militants anarchistes, trotskistes, paléo-communistes, manifester sans vergogne aux côtés de femmes voilées et de barbus hurlant « Allah est grand », ne manquant pas de tonitruer des slogans antisémites. « Mort aux Juifs », voilà un slogan entendu aussi bien dans les manifestations opposées à la politique de Bush en Irak que dans celles opposées à la loi sur la laïcité à l'école.
Intransigeants avec le catholicisme, intraitables sur la laïcité scolaire lorsqu'ils décèlent une offensive chrétienne, les fantassins de la galaxie progressiste se montrent très tolérants vis-à-vis des revendications de l'islam, s'opposant à l'interdiction du port du voile islamique dans les établissements scolaires. Pour ces pourfendeurs patentés de l'opium du peuple, l'islam n'est pas un opium de cette nature. Apparemment laïques, les petits neveux de Robespierre et de Marx, les progressistes occidentaux, ont intériorisé la rhétorique de l'ayatollah Khomeyni dont ils font désormais leur cri de guerre: il existe deux satans, l'Amérique et Israël.
Les démonstrations pacifistes et antilaïcistes, estampillées à gauche, ont toutes été ponctuées de slogans antijuifs qui jusqu'ici restaient l'apanage des seuls nostalgiques du IIIe Reich. Par effet de retour, lorsque Bruno Gollnisch, aspirant à la succession de Jean-Marie Le Pen, tient depuis l'extrême droite des propos non défavorables au négationnisme, c'est en sachant que de pareilles abjections sont devenues audibles à des secteurs entiers de la société française du fait de la nouvelle légitimation des thèmes antijuifs par une partie des progressistes. Gollnisch pérore dans un espace qui a été réouvert par les progressistes, au même moment où le site islamo-gauchiste français Quibla.net met en exergue, pour soutenir les Palestiniens, une figure connue du négationnisme, Serge Thion. C'est cet événement -la rencontre entre les progressistes et les islamistes?- et ce contexte dont le travail de Taguieff permet l'intelligibilité. «Prêcheurs de haine» est semblable à un instrument scientifique, par exemple le télescope: il permet de voir ce qui auparavant ne pouvait l'être.
Comment rendre compte de cette alliance entre une tradition politique explicitement située dans la lignée des Lumières et la mouvance islamiste au prosélytisme obscurantiste délirant? Comment expliquer que cette constellation trouve des relais dans les médias, dans le monde de la culture, dans le show-business, dans le sport (le champion olympique de judo, Djamel Bourras manifestant en faveur du voile)? Par un conformisme, médiatiquement fabriqué et signant la victoire sur le plan de la manipulation des symboles, des anti-israéliens. Un exemple: pendant des soirées entières les télévisions européennes présentèrent la bataille de Jénine comme un quasi-génocide perpétré par une armée israélienne nazifiée, alors qu'après enquête il n'a compté qu'une cinquantaine de morts palestiniens, et plus de 20 israéliens. L'élément central, motif décisif dans l'extension de la judéophobie, réside dans le renversement victimes-bourreaux: on veut faire croire à la transformation des Juifs en nazis, et de Tsahal en milice SS. Double gain: masquer l'horreur des crimes, visant par principes des civils, commis par les Palestiniens (attentats suicide), et profiter par le moyen de cette mise en scène de la compassion planétaire.
Les utopies, ces ailleurs politiques, se sont abîmées dans l'histoire, comme l'Atlantide chez Platon -submergées par la double soif de liberté et de vérité. Les grands récits fondateurs des croyances militantes -Marx, Trotski, Mao- ont touché leur terme historique. Leur nature s'est révélée: une croyance, aujourd'hui discréditée, dans la société parfaite, génératrice de violence et d'inhumanisation. Cela dit, de la défunte foi dans le marxisme et le sens de l'histoire, demeure la propension à espérer, qui facilite la sympathie envers l'obscurantisme islamiste.
Aux yeux de Spinoza, la haine se réjouit des malheurs survenant à l'objet de son exécration. La haine est prête à passer alliance avec le diable, pourvu que du mal en retombe sur l'objet de son ressentiment. La constellation politico-intellectuelle disséquée dans le livre de Taguieff exècre avant tout le capitalisme. Et l'Occident, berceau du capitalisme. Et les Juifs dans la mesure où, via Israël, ils incarnent, pour la vulgate islamo-progressiste, la fusion des deux: le capitalisme et l'Occident. Tout événement susceptible de blesser cet Occident honni est tenu pour une bonne nouvelle. Dans ces milieux, l'attentat contre les Twin Towers n'a pas été vu d'un mauvais oeil. Si le glaive vient de l'islam, des supposés déshérités de la planète, alors, quelle que soit son horreur, il est vénéré par les anticapitalistes occidentaux. Le prolétariat a disparu, ou du moins il n'est plus eschatologique. Nos progressistes et pacifistes occidentaux, anti-israéliens et anti-américains, se ruent sur une eschatologie de rechange, celle de l'islam. Pour s'assouvir, leur haine a soif d'une fin des temps passant par une apocalypse. L'islamisme remplira ce fantasme, que la révolution ouvrière satisfaisait autrefois.
Taguieff est, intégralement, notre Machiavel. Intégralement: de son travail théorique (montrer la réalité politique pour ce qu'elle est) jusqu'aux réactions des éternels Tartuffe qui tiennent pour préférable que le vrai demeure caché. Et pourtant, le geste philosophique et politique de l'auteur de «Prêcheurs de haine» n'est ni plus ni moins que celui de l'auteur du «Prince»: faire fi du moralisme idéologique aveuglant (chez nous: l'antiracisme qui interdit de voir la judéophobie de populations en butte au racisme, par exemple les jeunes de banlieue, et la compassion propalestinienne, engrais affectif de la judéophobie) pour, en philosophe politique, porter à la clarté de l'évidence une réalité que nous rechignons à reconnaître.
© La Libre Belgique 2004, llb.redaction@saipm.com

Le deuxième mandat du Cavalier de l'Apocalypse


Le sous-commandant Marcos, de l'Armée zapatiste de libération nationale, a deux devises : «Tout pour tous, rien pour nous-mêmes» et « Commander en obéissant ». Il montre la voie de la démocratie directe aux multitudes en lutte contre l'Empire.

ou : quatre ans pour enterrer l'Empire

Une fiction réaliste
par Fausto Giudice, novembre 2004.
Contact : f.giudice@gwadaoka.org
Versión española

La victoire "éclatante" de George Walker Bush nous oblige à essayer d'anticiper de quoi seront faites les quatre années de son deuxième mandat. Pour cela, nul besoin d'une imagination débordante. Il suffit d'écrire en prenant un peu d'avance un possible scénario découlant des catastrophes qui se sont succédées durant les quatre années écoulées. Le Texan illuminé sera-t-il capable de conduire le monde à l'Apocalypse ? Oui, si son "Dieu le veut", le président "re-né" (born-again) est parfaitement capable de poursuivre jusqu'au bout son ¦uvre de destruction massive. À moins bien sûr qu'une rafale tirée par un autre illuminé ayant entendu des voix mystérieuses ne mette prématurément un terme à la carrière flamboyante de ce Cavalier de l'Apocalypse. Depuis Lincoln et Mc Kinley jusqu'aux frères Kennedy, l'Empire est coutumier de ce genre de faits divers. Mais étant un optimiste indécrottable, j'ai préféré imaginer un happy end à ce scénario-catastrophe, un happy end qui voit les multitudes triompher de l'Empire...

I - Extension du domaine de la guerre locale
Au bout de deux ans, l'Iraq est à feu et à sang. Les armées d'occupation sont allées de défaite en défaite, malgré l'augmentation de leurs effectifs. Elles ne contrôlent plus que quelques quartiers de Bagdad, quelques petites villes et quelques zones désertiques pratiquement inhabitées. La bataille de Falloujah, initiée le 14 octobre 2004, apparemment achevée le 20 novembre 2004, a repris de plus belle le 10 janvier 2005 et s'est achevée par une défaite anglo-US le 28 janvier. Il va sans dire que les élections ont été reportées au mois de juin 2005. Les pertes US et britanniques ont été très lourdes : 470 morts et un millier de blessés. Tout le monde civilisé a été bouleversé par le drame qui a frappé le bataillon écossais des Forces spéciales de Sa Majesté : 12 de ses membres, capturés par la brigade des Moujahidine du jardin des Délices, ont été exécutés proprement dans Falloujah assiégée. Ils n'ont pas été décapités mais fusillés, après l'échéance de l'ultimatum d'une semaine fixé par les résistants pour que les troupes d'occupation se retirent. Comment l'enregistrement vidéo de cette exécution est-il parvenu à Al Jazira ? Ce sont les mystères de la technologie des communications. En tout cas, cette vidéo a déclenché une avalanche d'événements en Grande-Bretagne : licenciement du rédacteur en chef de la BBC qui avait décidé de diffuser la cassette, suivi d'une grève de 15 jours des journalistes de la BBC - une première dans l'histoire séculaire de cette institution; déclenchement d'une grève de la faim des députés nationalistes au Parlement écossais exigeant le retrait des militaires écossais engagés en Iraq; 60 députés travaillistes anglais opposés à l'occupation se mettent à leur tour en grève de la faim pour exiger le retrait de toutes les forces britanniques; ils sont bientôt imités par 30 députés et conseillers régionaux italiens, 3 députés polonais, 4 députés ukrainiens et, last but not least, par 12 membres du Congrès et du Sénat US. En l'espace d'une semaine, on ne peut plus tenir le compte des parlementaires en grève de la faim. Tout le monde s'y met, de l'Albanie au Japon, à la Corée du Sud et à l'Australie.
C'est dans cette situation plus qu'embarrassante pour la Maison Blanche et le Pentagone qu'a lieu le deuxième 11 septembre : le samedi 12 février 2005, 22 jours après la nouvelle prestation de serment de George Bush, un hélicoptère bourré d'explosifs s'écrase en plein milieu d'Eurodisney à Marne-la-Vallée, où se trouvent des milliers de visiteurs. L'explosion et l'incendie qui s'ensuivent font 320 morts, dont 250 enfants, et 1 400 blessés. Une demi-heure après l'explosion, George Bush déclare : « La France doit tirer des conclusions de ce nouveau forfait de l'Axe du mal et rejoindre la Coalition qui défend la liberté du monde. » Une équipe du FBI débarque dès le lendemain à Paris pour assister la DST dans l'enquête sur l'attentat, qui n'est pas revendiqué. 3 jours plus tard, les enquêteurs procèdent à l'arrestation de deux hommes de nationalité indéterminée, mais qui avouent très vite - trop vite ? - qu'ils ont participé aux préparatifs de l'attentat d'Eurodisney et que celui-ci a été commandité par les Moukhabarat (services secrets) syriens. Rumsfeld se précipite à Paris, s'enferme 4 heures avec Chirac, Villepin et Alliot-Marie et déclare à la sortie de l'Élysée : « Toutes les pistes mènent à Damas. » Le lendemain 17 février 2005, Bush s'adresse au monde depuis la Maison blanche et Chirac fait de même depuis l'Élysée. Les deux hommes font le même diagnostic mais ont des recettes différentes : le Texan annonce des frappes imminentes de représailles contre la Syrie, tandis que le Corrézien annonce la saisine d'urgence du Conseil de Sécurité des Nations unies pour qu'il condamne la Syrie et et décrète un embargo total contre la Syrie. 48 heures plus tard, après le blocage de la motion française et US au Conseil de sécurité - la Russie a opposé son veto, la Chine s'est abstenue, le Royaume-Uni a voté pour -, l'aviation US commence à bombarder Damas et ses environs. Le Palais présidentiel est détruit, mais Bachar El Assad et son entourage se sont mis à l'abri quelques heures plus tôt. La moitié de la population damascène a été évacuée de la capitale. La première nuit de raids fait 1 200 morts, essentiellement des femmes et des vieillards. Sur Al Jazira, Bachar El Assad annonce le déclenchement de la "Grande guerre patriotique et islamique pour la survie de la Nation arabe et islamique". Une série d'attaques-éclair menées par des commandos syriens contre les installations israéliennes du Golan occupé provoquent la mort de 21 soldats israéliens. Ariel Sharon, hospitalisé pour quadruple pontage coronarien, décrète la mobilisation générale des tous les soldats d'active et des réservistes. Le 20 février 2005, quatre divisions israéliennes foncent sur le Syrie en tirant sur tout ce qui semble s'opposer à leur progression à travers la Cisjordanie. 3 000 volontaires de la mort iraniens arrivent en Syrie et se mettent sous les ordres de Bachar El Assad, promu Commandant suprême du Jihad par le grand Mufti de la République.
Pendant ce temps, en France, l'opinion, les médias et les partis politiques se déchirent. Deux camps s'affrontent : ceux qui refusent de participer à la nouvelle guerre déclenchée par Bush et ceux qui appellent à rejoindre l'Empire dans sa nouvelle Croisade. Parmi les premiers, on ne cache pas qu'on suppute, derrière l'attentat d'Eurodisney, la main de la CIA et du Mossad. Mais comment prouver cela ? Parmi les seconds, dont certains "souverainistes", l'argument de choix est celui-ci : « C'est une honte de laisser les Américains nous venger tout seuls. »
Au cinquième jour de bombardements US sur la Syrie et de combats au sol entre armée syrienne et armée israélienne, la France décide, à l'issue d'une réunion-marathon de crise qui aura duré douze heures, de participer à l'intervention contre la Syrie. En 48 heures, une Coalition est mise en place, regroupant les USA, la Grande-Bretagne, l'Italie, la Pologne, le Danemark, la Tchéquie, la Hongrie, la Bulgarie, l'Ukraine et l'Australie. La Turquie, sollicitée pour mettre son territoire à la disposition des troupes de cette nouvelle Coalition, baptisée "Donald & Mickey" (en hommage aux victimes d'Eurodisney), finit par donner son accord. En échange les Européens ont fait miroiter à Ankara que les négociations pour l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne seraient accélérées.

II - Un an plus tard : défaites tactiques...
Un an plus tard, en février 2006, le bilan est désastreux. La Syrie n'a pas plié et l'Iran, attaqué par la Coalition, est entré à son tour pleinement dans la guerre. Gaza s'est proclamée "République populaire islamique de Palestine" et la guerre bat son plein en Cisjordanie. Le Hezbollah a occupé une bande de 30 km dans le nord d'Israël. Hamid Karzaï est mort, victime d'un missile tiré sur sa résidence et Gulbuddin Hekmatyar a proclamé la "République islamique d'Afghanistan". Les troupes d'occupation occidentales ont quitté précipitamment l'Afghanistan et l'Iraq. Toute l'année écoulée a été ponctuée de manifestations, en général violemment réprimées, un peu partout, de l'Italie à l'Égypte, de l'Arabie saoudite à l'Indonésie. Au Vénézuela, le président Hugo Chavez, après avoir échappé à une tentative d'assassinat durant un coup d'État, s'est réfugié avec ses partisans dans les montagnes et a établi un "Front bolivarien de libération" avec des Vénézuéliens, des Panaméens, des Colombiens et des Équatoriens. Le nouveau régime de Caracas, dirigé par un banquier autoproclamé président et un général nommé Premier ministre, fait face à une opposition virulente de la partie pauvre de la population. En Chine, plusieurs milliers d'Ouïghours, de Kirghizes et de Mongols, constitués en Front de libération du Turkestan oriental, sont passés à la lutte armée et se livrent à des combats de guérilla contre l'armée chinoise. En Thaïlande, en Indonésie et aux Philippines, on compte désormais une douzaine de zones libérées. Les régimes de ces pays, abandonnés par les USA, qui avaient trop à faire au Moyen-Orient et en Amérique centrale, sont menacés d'effondrement.

III - Deux ans plus tard : le début de la fin
Nous sommes en février 2007. À Mexico, le président Vicente Fox assiste sidéré, à la télévision, au "Congrès mondial pour la libération de l'humanité", organisée dans le Chiapas par l'Armée zapatiste de libération nationale. Craignant des attentats et des représailles contre ses diplomates dans le monde, le Mexique a bien été forcé de laisser entrer dans le pays les centaines de délégués de mouvements de libération des 5 continents. À ce congrès, où ne participe ni Danielle Mitterand ni aucun chercheur du CNRS français, une plateforme est adoptée, qui appelle à une "offensive généralisée de tous les peuples de la planète contre l'Empire du crime". La plateforme détaille ensuite tous les modes possibles de résistance et d'attaque contre les ennemis de l'humanité, depuis les mouvements non-violents de désobéissance civile jusqu'aux actes de lutte armée. Les congressistes, après avoir écouté les témoignages de combattants des quatre coins de la planète et analysé les événements depuis le 11 septembre 2001, concluent : « Toutes les formes de combat sont licites sauf les attentats aveugles mettant en danger la vie de civils innocents. Nous laissons les attentats meurtriers aux défenseurs de l'Axe du Mal, aux ogres de l'Empire»...
On apprendra plus tard que 50 congressistes originaires de quatre continents ont décidé de rester au Chiapas après le Congrès et de participer à la lutte locale. Ils ont été nommés "zapatistes d'honneur"...

IV - Trois ans plus tard : défaites stratégiques...
Le soulèvement de Riyad et Jeddah, préparé depuis 3 ans, est une réussite complète. La République d'Arabie est proclamée. Elle est dirigée par un triumvirat, deux hommes et une femme. La famille royale a perdu son pouvoir, mais 2 000 de ses 5 000 membres se rallient à la république et sont accueillis chaleureusement par le nouveau pouvoir. Le ramadan qui suit, deux mois plus tard, entrera dans l'histoire comme le ramadan de la "Nahdha" (renaissance). Nous sommes en avril 2008. Au Mexique, entretemps, la zone libérée s'est étendue du Chiapas à d'autres États : Oaxaca, Morelos et Guerrero. L'Armée zapatiste compte maintenant 60 000 combattants. Le président mexicain qui a succédé à Fox, Jorge Castañeda Gutman, fait officiellement appel à Washington et à l'OEA pour demander une aide militaire et financière. Il s'oppose à une fin de non-recevoir de Washington, qui semble complètement hébétée près le retrait de ses troupes de tout le Moyen-Orient. De plus, la situation aux USA est très grave : au Montana, une milice patriotique a pris le contrôle de la moitié de l'État et proclamé une république autonome. Les anciens États mexicains de Californie, Floride, Nouveau-Mexique, Arizona et Texas, sont tous en ébullition : trois camps s'y sont formés. Le premier camp, qui représente 40% de la population, est favorable à un retour des États au Mexique, auquel ils appartenaient jusqu'au XIXème siècle. Il regroupe des hispanophones, des anglophones et diverses communautés indiennes. Le second camp, qui représente 30% de la population, est en faveur de l'indépendance de chaque État. Il est surtout fort en Californie, où son chef de file n'est personne d'autre qu'Arnold Schwarzenegger ! Le troisième camp, minoritaire, représente au maximum 20% de la population. Il est favorable au maintien dans les États-Unis. Les 10% restants ne se prononcent pas
La "marche américaine de la libération" va accélérer les événements. Partis de San Cristobal de Las Casas le 10 avril 2008 - pour l'anniversaire de l'assassinat d'Emiliano Zapata le 10 avril 1919 - les combattants zapatistes sont rejoints en cours de route par des dizaines de milliers de volontaires qui se sont équipés d'armes et de provisions par leurs propres moyens. C'est une armée populaire de 200 000 hommes et femmes qui fait son entrée dans Mexico le Premier Mai 2008. Le président élu s'enfuit en...Angleterre, comme son illustre prédécesseur Porfirio Diaz un siècle plus tôt. Un gouvernement provisoire révolutionnaire est mis en place, qui émet aussitôt cinq décrets dits de "bonne gouvernance" :
1 ° - La terre et les moyens de production passent sous le contrôle de ceux qui les travaillent;
2° - Instauration d'un revenu minimum de vie qui sera prélevé sur les recettes pétrolières et des autres richesses minérales du pays
3° - Autonomie des communautés locales et des États
4° - L'État fédéral devient un simple coordinateur technique des travaux publics et des services nationaux
5° - L'armée et la police fédérales sont dissoutes et remplacées par une Milice populaire décentralisée.

V - Les haricots sont cuits : happy end !
Le 15 mai, après un référendum qui a porté au pouvoir fédéral un Conseil de gouvernement constitué de 12 personnes, le peuple mexicain décide de récupérer ses territoires volés par les USA. Le 15 juin, cinq colonnes de 50 000 combattants chacune - véritable "multitude en armes" - prennent le contrôle d'Austin, capitale du Texas, de San Francisco (Californie), de Miami (Floride), d'Albuquerque (Nouveau-Mexique) et de Ph¦nix (Arizona). Un mois plus tard, George Bush, hagard, signe le traité de rétrocession des cinq États aux États-Unis du Mexique. Très peu d'habitants de ces États feront usage de la possibilité qui leur est offerte de s'exiler pour aller se réinstaller aux États-unis "restants".
La campagne électorale US se présente très mal. Les finances de l'Empire sont définitivement exsangues. L'État d'Israël a perdu en trois ans un million d'habitants juifs, qui ont préféré aller tenter leur chance ailleurs. Un nouveau parti est apparu en Israël/Palestine : le Parti de Canaan, qui milite pour la création d'un seul État en Palestine/Israël. Un État démocratique fondé sur un principe simple : « Une personne, une voix » Ce parti risque d'envoyer une quinzaine de députés "juifs", palestiniens et russes à la prochaine Knesset. Privé de subsides US depuis un an, l'État d'Israël a perdu beaucoup de son arrogance et ses chefs ne demandent qu'une chose : ils sont prêts à négocier une "solution globale". C'est que leur seule préoccupation est de sauver leur peau. Depuis qu'ils ont envoyé 10 000 jeunes gens se faire tuer en Syrie, en Cisjordanie et en Iran, ils ne se déplacent plus qu'en convois blindés, poursuivis par la colère des "mères, s¦urs et femmes en noir", qui les harcèlent à chaque occasion.
Retour à Washington : depuis que sa femme Laura est morte dans un accident d'hélicoptère, George Bush n'est plus que l'ombre de lui-même et tient des discours totalement incohérents, entrecoupés de bouts de prières. L'administration de Washington, le Congrès et le Sénat envisagent sérieusement de le destituer pour raisons médicales. Nous sommes en septembre 2008. Tiendra-t-il le coup jusqu'à la fin de son mandat le 20 janvier 2009 ? Nul sur terre ne le sait. En attendant, pour la première fois dans l'histoire des USA, le Parti républicain s'est divisé en deux factions - l'une dite "impérialiste", l'autre dite "retraitiste" -, qui présenteront chacune un candidat à l'élection présidentielle. Le candidat néo-démocrate Alberto Haydar Gonzalez, de père portoricain et de mère libanaise chiite, a toutes les chances d'être réélu. Roulant à bicyclette, il a adopté un slogan électoral simple : « L'Amérique, juste un pays parmi d'autres. » L'heure de la fin de l'Empire a sonné, les multitudes ont triomphé...

 

On ne peut pas diffamer impunément des antisionistes

par Fausto Giudice, 25 octobre 2004

Chapitre 1

Je viens de déposer plainte auprès du Procureur de la République contre Pierre-Marie Danquigny, domicilié en AVIGNON, pour diffamation publique de nature à porter atteinte à ma réputation, mon honneur et ma dignité ainsi qu’à ceux de l’association que je représente dans la région Languedoc-Roussillon. Voici les faits qui ont motivé ma démarche.
Je suis journaliste et écrivain et membre de l’Association pour un seul État démocratique en Palestine/Israël, association internationale de droit suisse domicilée à Lausanne (Suisse) et présidée par M. Sami Aldeeb, juriste suisse et expert en droit international comparé. J’ai été invité à ce titre à animer une conférence-débat lors d’une Journée pour la Paix en Palestine organisée à Avignon le 23 octobre 2004.
Plusieurs jours avant la tenue de cette journée, deux organisations auparavant engagées dans la préparation de cet événement se sont retirées. Interrogées par l’organisateur principal, M. Chérif Boudelal, elles ont invoqué comme argument que le conférencier prévu - moi en l’occurrence - était un “révisionniste”, sans donner plus de précisions. Coutumier des calomnies contre les initiatives concernant la solidarité avec la Palestine, M. Boudelal a indiqué dans le communiqué de presse annonçant la journée : « Nous signalons aux lecteurs que la CIMADE et la LCR, initialement signataires du tract diffusé, se sont rétractées après avoir subi des pressions provenant des partisans de Sharon en France, utilisant une « arme dissuasive », déjà trop connue dans le monde, en vue de museler l’opinion : Le « danger du négationisme » ! »
Le 20 octobre 2004, M. Pierre-Marie Danquigny a diffusé à un nombre important de destinataires [responsables et militants politiques et associatifs, médias, sites web, élus etc.] un e-mail revendiquant la paternité des rumeurs répandues sur mon compte, selon lesquelles je serais un “révisionniste notoire”.
M. Danquigny, que je ne connais pas et qui ne me connaît pas, est un responsable avignonnais du syndicat FSU et membre de l’Union juive française pour la paix. Il a été président national du MRAP. Dans son mail, il écrivait : « un de mes amis, vice-président de l'UJFP, m'a indiqué que Fausto Giudice, qui doit animer une conférence-débat lors de cette journée "pour la paix" (?), était un révisionniste notoire et j'ai simplement transmis cette information aux signataires. »
Estimant que l’accusation de “révisionnisme notoire” est une grave diffamation, puisque, selon le code pénal, le “révisionnisme” consiste à contester la réalité d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité et est passible de poursuites et de condamnations lourdes et que je n’ai jamais été ni poursuivi ni jugé pour ce délit, [ni d’ailleurs pour aucun autre], j’ai écrit à M. Danquigny pour lui demander de retirer ses allégations mensongères
Confirmant qu’il tenait son “information” d’un des vice-présidents de l’Union juive française pour la paix, Pierre Stamboul, enseignant domicilé à Marseille, M. Danquigny m’a répondu qu’il refusait de retirer son accusation : « Je ne vous connais pas assez pour dire que mes allégations sont infondées et j’ai confiance en Pierre Stamboul. »
Pierre Stamboul, que je ne connais pas et qui ne me connaît pas, s’appuie, pour répandre ses calomnies sur mon compte, sur un texte que j’ai diffusé en mai et juin dernier sous le titre «Accusée Skandrani, levez-vous !»*, en réponse à un texte qu’il avait auparavant diffusé pour diffamer en des termes similaires Ginette Hess-Skandrani, membre de l’Association pour un seul État démocratique en Palestine/Israël. Stamboul écrivait : « Ginette Hess Skandrani n'est pas une "journaliste indépendante" comme elle aime à le dire mais une négationniste qui avec Garaudy nie le génocide nazi. Le combat pour le peuple palestinien a tout à perdre à fréquenter des négationnistes.» Stamboul n’a jamais jugé bon de répondre à mon texte, préférant continuer à procéder par amalgames successifs.
Devant ce refus de M. Danquigny de dialoguer et de retirer des accusations infondées, il ne me restait plus qu’à m’adresser à la justice pour défendre ma réputation et celle de l’Association que je représente, et obtenir ainsi réparation.
J’invite toutes les personnes et associations victimes d’attaques similaires par voie de presse ou autre, à procéder de même : demandez d’abord aux auteurs de l’attaque de retirer leurs propos [exercice du droit de réponse] et, en cas de refus, dépôt de plainte pour diffamation publique. Je vous invite également à m’informer de vos démarches, afin que nous puissions échanger nos expériences et être plus forts, en cette période trouble où les antisionistes de toutes sensibilités sont soumis au feu roulant d’une campagne sans précédent, qui prend toutes les formes possibles : agressions physiques, calomnies écrites et orales, faux messages attribués aux personnes visées, pressions sur les employeurs, propositions de modifications législatives pour criminaliser ce que Jean-Christophe Rufin appelle «l’antisionisme radical», qu’il définit comme un «antisémitisme par procuration». Le but premier de cette campagne est sans aucun doute possible d’empêcher le développement d’un mouvement d’opinion fort et efficace en France et en Europe contre les crimes commis tous les jours par l’État d’Israël et son armée d’occupation en Palestine. Ne nous laissons pas faire ! Il y va de nos libertés démocratiques ! Comme on disait à Madrid en 1937 : No pasarán ! [“Ils ne passeront pas!”]
Contact : 06 13 99 28 86 - Courriel : f.giudice@gwadaoka.org
* On peut lire ce texte en cliquant sur le lien suivant : http://quibla.net/protocoles/ginette.htm


« On ne peut pas diffamer impunément des antisionistes » (chapitre 2)

Le communiqué annonçant un dépôt de plainte pour diffamation par Fausto Giudice contre Pierre Marie Danquigny, qui l’avait accusé d’être un “révisionniste notoire” a valu à son auteur de nombreux messages, électroniques et téléphoniques de solidarité et de soutien. La seule réaction quelque peu énigmatique est venue du groupe Europalestine, dirigé par Olivia Zémor, qui a adressé à F. Giudice le message suivant : « Ça pue de tous les côtés ! Bisous pince-nez » (sic!). Parmi les réactions les plus intéressantes, voici ci-dessous le message d’Elias Davidsson, qui vit dans la belle Islande et devrait être l’antisioniste vivant le plus au nord de la planète.

Les organisations sionistes en France soutiennent financièrement la discrimination raciale en Israël
par Elias Davidsson, Reykjavik, Islande, 26 octobre 2004

L’auteur est un antisioniste juif né en Palestine en 1941. Il a fondé en 1988, avec des amis islandais, l'association Islande/Palestine. Il est membre de l'Association pour un Seul État en Palestine/Israël. Ses écrits (surtout en anglais) peuvent être consultés sur son site web : www.juscogens.org. Il a adressé cette lettre à Fausto Giudice pour lui apporter son soutien dans son dépôt de plainte pour diffamation contre Pierre Marie Danquigny.

Cher Fausto,
Je veux exprimer mon soutien à votre démarche judiciaire contre la
diffamation pour "révisionnisme". De toute façon je juge inacceptable
que la loi réprime une opinion sur des évènement historiques, que ce
soit sur l'Holocauste ou autres sujets. Ce n'est pas la loi qui doit
déterminer les vérités historiques.
Selon le rapport de Jean-Christophe RUFIN, remis à Monsieur le Ministre
de l'Intérieur, de la Sécurité Intérieure et des Libertés Locales le 19
octobre 2004 "la thématique nouvelle du « droit au retour » des
réfugiés palestiniens remet en question la survie même d'un Etat où les
juifs du monde entier peuvent trouver la sécurité." En tant que membre
de l'Association pour un seul État démocratique en Palestine/Israël, je suis ahuri qu'on amalgame le soutien au droit du retour des réfugiés palestiniens à un
dessein de nuire aux juifs. C'est entre autres le souci pour le futur
des juifs en Israël qui anime le soutien de beaucoup de juifs, y inclus
moi-même, pour une justice historique envers les réfugiés de mon pays
natal, et en particulier leur droit au retour. Ce droit de retour a été
affirmé pendant des décennies par une majorité écrasante de l'Assemblée
générale des Nations Unions. Ce droit est également un droit humain
fondamental, inscrit aussi bien dans la Déclaration universelle des
droits de l'homme que dans les différentes conventions des droits de
l'homme, dont Israël est signataire.
Le droit d'Israël à la sécurité, qui est ancré dans la Charte de l'ONU
et qui doit être respecté, ne dit rien sur sa composition
démographique. Ce droit à l'existence, un principe reconnu du droit
international public, n'est pas assimilable à un droit d'un quelconque
Etat à dénier à ses ressortissants les droits humains pour maintenir
une majorité ethnique ou religieuse. L'Etat d'Israël a l'obligation
juridique de permettre aux réfugiés palestiniens de retourner dans
leurs foyers et de faciliter ce retour ainsi que de les dédommager pour
la perte subie durant 60 ans. Puis cet Etat doit garantir à tous
l'égalité des droits, sans discrimination aucune.
Pour ceux qui luttent contre le racisme et le sionisme, il est grand
temps de dénoncer ouvertement l'existence de mouvements sionistes en
France et revendiquer leur interdiction pure et simple comme tout autre
mouvement raciste. La Convention internationale pour l'abolition de
toutes formes de discrimination raciale, dont la France est signataire,
demande aux Etats signateurs d'interdire des organisations qui prônent
ou soutiennent la discrimination raciale. Les organisations sionistes
en France soutiennent financièrement la discrimination raciale en
Israël, en envoyant de l'argent au Fonds National Juif, une organisation
quasi-officielle dont la Charte est discriminatoire. De même le
soutien de l'Etat d'Israël, ou de ses agences, est assimilable au
soutien d'une organisation raciste (comme l'apartheid) et devrait être
interdit en France.
Je me tiens à votre disposition pour tous renseignements supplémentaires
sur le racisme institutionnel de l'Etat d'Israël et des organisations
sionistes.
En solidarité,
Elias Davidsson

« On ne peut pas diffamer impunément des antisionistes » (chapitre 3)
Patrice Bardet écrit à Fausto Giudice
Je ne répondrai pas sur le différend qui vous semble vous opposer à Pierre Stambul et Pierre-Marie Danquigny pour lequel n’ai aucune qualification pour apporter une quelconque appréciation.
Néanmoins, en lisant l’article que vous développez sur Quibla (le lien en référence), je me sens pour le moins "mal à l’aise", et j’y vois poindre l’antisémitisme, que j’espère involontaire. Vous écrivez à propos de l’UJFP (pour faire court, je ne cite qu’un extrait, mais j’incite à lire le passage en entier)
Je trouve d’emblée pour le moins curieux qu’une organisation avec un tel nom puisse se prétendre "laïque" et "opposée à tout communautarisme", puisque j’imagine qu’il fait être juif pour en faire partie. Bien curieux est l’ordre des adjectifs qualifiant cette "Union pour la paix" : "juive" d’abord et "française" ensuite. J ’aurais mieux compris une appellation comme "Union des Français juifs pour la paix en Palestine". Mais l’appellation de cette organisation indique bien deux choses : ces gens-là sont juifs d’abord et français ensuite ;
puisque vous êtes journaliste, vous devriez savoir que l’UJFP regroupe des personnes juives et non juives ; je trouve assez curieux que vous puissiez "imaginer"
la conclusion de cette phrase ces gens-là sont juifs d’abord et français ensuite laisse poindre un antisémitisme larvé ; vous êtes journaliste, vous connaissez donc le poids des mots, je suppose que vous les choisissez soigneusement ? ou est-ce sur le coup de la colère ?
Un autre passage me trouble profondément ; vous écrivez (là encore, j’insiste pour que chacun lise l’article d’origine) , après une vibrante défense de Ginette Hess-Skandrani (encore une fois, je n’ai pas de qualification particulière, ni connaissance pour porter un jugement sur cette personne) je pense que "les ennemis de mes ennemis sont mes amis ; Cela relève du B-A-BA de tout combat politique".
Désolé, mais là, je vous désapprouve totalement quand vous justifiez le soutien notamment au Halmas et au Jihad Islamique (donc aux attentats en Israël contre les civils)
la fin ne justifie pas les moyens
une vie est une vie : irremplaçable ; alors, la vue d’un attentat contre des civils israéliens me donne autant envie de vomir que des civils palestiniens déchiquetés par un obus israëlien
si je puis comprendre les motivations d’un palestinien qui fait exploser la ceinture d’explosifs qu’il porte, je ne puis excuser ni soutenir l’organisation qui l’endoctrine et qui lui fournit la logistique, ni l’Etat qui endoctrine le jeune israélien, ni l’idéologie qui déshumanise
je ne puis soutenir les organisations fascistes au prétexte qu’elle participent à la "résistance"
je ne puis soutenir les organisations fascistes islamistes, ou juives ou chrétiennes, ou ce que voudrez...
je ne puis ici, en france, pas plus qu’ailleurs, soutenir le fascisme quelle que soit sa coloration
je n’ai pas la prétention, ici, en france, de choisir la "bonne voie", ni pour les israéliens, ni pour les palestiniens
je ne combats pas le "sionisme" quand il est l’_expression d’un peuple à disposer de lui même
j’entends seulement combattre la perversion d’une forme de sionisme oppressant un autre peuple
j’entend seulement aider dans la mesure de mes moyens contribuer à une solution de paix dont ces deux peuples là bas, ont infiniment besoin ; il ne m’appartient pas de "choisir pour eux" une solution que je penserais meilleure ; même si je pense qu’effectivement "qu’un seul état pour deux peuples" est peut être la seule solution à moyen terme, le fait est là : les Palestiniens veulent leur Etats, les Israéliens n’en veulent pas ; pour aller plus loin, je considère devoir combattre à long terme ici et ailleurs toute forme étatique, en internationaliste convaincu
enfin, ici, s’il me plait de défiler avec mes amis musulmans (fussent-ils barbus !) pour une cause commune, j’abhore défiler sous la bannière d’un fascisme vert
Je n’ai pas la "science des mots", je ne suis pas un "érudit", aussi vous m’excuserez de ne pas utiliser d’arguments savants
salutations militantes
Patrice Bardet, membre de l’UJFP (je n’écris bien entendu qu’en mon nom propre, et n’engage aucunement l’UJFP), 26 octobre 2004

Fausto Giudice répond à Patrice Bardet
Cher Patrice Bardet !
Votre lettre me fait plaisir. Vous êtes le premier membre de l’UJFP auquel j’ai affaire qui semble être prêt à débattre sur certains problèmes de fond touchant à la solidarité avec le peuple palestinien.
Je suppose tout d’abord que vous avez consulté Pierre Stambul et Pierre Marie Danquigny, puisqu’ils sont membres de la même organisation que vous, pour avoir leur version de l’affaire.
Je vais donc essayer de vous répondre point par point, en reprenant vos propos, que je mettrai en caractères gras et les faisant suivre de ma réponse.
Puisque vous êtes journaliste, vous devriez savoir que l’UJFP regroupe des personnes juives et non juives ; je trouve assez curieux que vous puissiez "imaginer" . La conclusion de cette phrase ces gens-là sont juifs d’abord et français ensuite laisse poindre un antisémitisme larvé ; vous êtes journaliste, vous connaissez donc le poids des mots, je suppose que vous les choisissez soigneusement ? ou est-ce sur le coup de la colère ?
Mon texte “Accusée Skandrani, levez-vous !” était un texte polémique. Ce genre de texte requiert un style de nature à provoquer ceux avec lesquels on polémique. Il s’agit de les amener à réagir, surtout quand on ne les connaît pas, et les formules à l’emporte-pièce sont une règle du genre. Il s’agissait pour moi de répondre à une nouvelle attaque infondée contre Ginette Hess Skandrani, qui venait après une longue série d’agressions physiques, de calomnies, de menaces de mort, bref une campagne qui avait de quoi rendre nerveux. Mais apparemment, Pierre Stambul ne s’est pas senti assez provoqué pour juger bon de me répondre et s’est contenté de continuer à répandre des insultes à mon encontre.
Mais je ne vois pas en quoi la phrase ”ces gens-là sont juifs d’abord et français ensuite” laisse poindre un antisémitisme larvé. Pour moi, la citoyenneté prime sur l’appartenance religieuse ou autre et c’était ce point que j’entendais soulever par ma formule. Désolé, mais le fait de désigner comme juives des personnes qui sont membres d’une “Union juive” ne relève pas de ce que vous appelez l’antisémitisme et que je préfèrerais appeler antijudaïsme.
Ceci dit, on peut par ailleurs être journaliste et ne pas tout savoir [c’est même une caractéristique fondamentale du journalisme].
“Je pense que "les ennemis de mes ennemis sont mes amis ; Cela relève du B-A-BA de tout combat politique".
Cette phrase vous a choqué : elle ne constitue pourtant qu’un constat des conditions dans lesquelles se déroule tout combat politique, où que ce soit et à quelque époque que ce soit. On peut regretter cela au nom d’un idéalisme angélique, mais c’est comme ça. Le combat politique met en jeu des groupes, des collectifs, des foules. Ce principe, je n’en fais pas une règle pour les relations entre individus. Et bien sûr, dans le combat politique, chaque groupe ou courant est libre du choix de ses alliances.
Les attentats en Israël contre les civils
Tout d’abord, il faudrait s’entendre sur la notion de “civils israéliens” dans le système sioniste ultra-militarisé où la majorité des adultes juifs des deux sexes sont soldats d’active ou réservistes, pour ne pas parler des colons, qui sont pratiquement tous armés. Quant aux attentats, ils ne me réjouissent pas, loin de là. Mais ne croyez-vous pas que si les Palestiniens avaient d’autres moyens de se faire entendre, ils les utiliseraient ? Avez-vous suivi la grève de la faim des prisonniers palestiniens du 15 août au 8 septembre, qui était un bon exemple de tentative de mouvement non-violent de masse ? Avez-vous vu comment elle a été réprimée ? Et les prisonniers n’ont pratiquement rien obtenu de leurs 146 revendications. Et il en a été ainsi de tous les mouvements pacifiques de revendication palestiniens depuis des décennies.
Chaque peuple a en son sein une grande diversité. C’est le cas aussi du peuple palestiniens. Je suis convaincu que dans une société libre, démocratique et juste, ceux qui sont aujourd’hui présentés comme des “extrémistes” fonctionneraient dans un cadre démocratique et pacifique, les uns à gauche, les autres à droite ou centre.
Je ne puis soutenir les organisations fascistes au prétexte qu’elle participent à la "résistance". Je ne puis ici, en France, pas plus qu’ailleurs, soutenir le fascisme quelle que soit sa coloration. Je n’ai pas la prétention, ici, en France, de choisir la "bonne voie", ni pour les Israéliens, ni pour les Palestiniens .
Là, je crois que vous plaquez sur la réalité palestinienne un schéma politiquement, historiquement et géographiquement déplacé. «La généralisation est la mère de l’hostilité. La différenciation est la mère de la paix » (Batya Gur, écrivain israélienne). Je remarque une contradiction dans vos propos : vous dites ne pas prétendre choisir la bonne voie pour les Israéliens et les Palestiniens, mais en même temps, vous savez quelle est la mauvaise voie pour les Palestiniens et c’est celle du Hamas et du Jihad islamique. Mais pourquoi seulement eux ? Que je sache, le Fatah, le FPLP, le FDLP, pour ne citer que les mouvements les plus connus, commettent aussi des actions armées, des attentats contre les civils. Pourquoi ne pas les englober dans votre condamnation du terrorisme et du “fascisme” ? Parce qu’ils ne sont pas islamistes ?
Je ne combats pas le "sionisme" quand il est l’_expression d’un peuple à disposer de lui même. J’entends seulement combattre la perversion d’une forme de sionisme oppressant un autre peuple.
Malheureusement, vous êtes dans l’erreur et je pense en arriver à notre divergence fondamentale. Inutile de mettre des guillemets au sionisme. Il n’ jamais été “l’_expression d’un peuple à disposer de lui même”, pour deux raisons très simples : il n’y a pas de peuple juif et dès sa fondation par Herzl, le sionisme a été un projet colonial, soutenu par les puissances impériales - France et Grande-Bretagne d’abord, USA et URSS ensuite. Il n’a donc jamais été ce qu’il prétend être : un “mouvement national de libération”. Votre position de “sioniste de gauche”, croyant à l’existence d’un “bon sionisme”, contre un “mauvais sionisme” qui serait sa “perversion”, ne tient pas la route si on examine les 107 ans d’histoire du sionisme. Jabotinsky l’a dit, Ben Gourion l’a fait. Je ne vois pas dans l’histoire quand le sionisme n’aurait pas “oppressé un autre peuple”, sans parler de “son propre peuple”, qu’il n’a cessé de manipuler et de traiter comme du bétail. Sans oublier que ce sont les sionistes qui ont inauguré la pose de bombes contre des civils, à Haïfa en nvembre 1937.
J’entends seulement aider dans la mesure de mes moyens à contribuer à une solution de paix dont ces deux peuples là-bas, ont infiniment besoin ; il ne m’appartient pas de "choisir pour eux" une solution que je penserais meilleure ; même si je pense qu’effectivement "qu’un seul État pour deux peuples" est peut être la seule solution à moyen terme, le fait est là : les Palestiniens veulent leur État, les Israéliens n’en veulent pas ; pour aller plus loin, je considère devoir combattre à long terme ici et ailleurs toute forme étatique, en internationaliste convaincu.
L’association pour un seul État démocratique en Palestine/Israël a été fondée par des Palestiniens et des Israéliens et regroupe aujourd’hui 600 membres, tant Palestiniens qu’Israéliens, Européens, Africains, Américains, juifs, musulmans, chrétiens, agnostiques, athées et autres. Elle s’inscrit dans une continuité qui va de Martin Buber à Meron Benvenisti, du jeune Arafat à Edward Saïd. Elle n’est pas un groupe de blancs-becs “allogènes” qui pensent avoir trouvé la solution à la place des premiers concernés. Je vous recommande de consulter le site Internet de l’association pour vous faire une idée plus réelle : vous pourrez lire les statuts, les noms des membres du comité directeur, les articles et documents produits à l’occasion de la première conférence qui a eu lieu à Lausanne en juin dernier. http://www.one-democratic-state.org/
Par ailleurs, si vous connaissez un moyen pour des humains de devenir citoyens sans État, faites-le moi connaître : ça m’intéresse beaucoup ! En passant, je note une autre contradiction dans vos propos : vous soutenez apparemment la solution des deux “États”, dont l’un continuerait à être un “État juif” - ce qui est une pure ineptie et une monstruosité -, mais quand il s’agit d’un seul État démocratique et laïc pour tous, appliquant le principe : “Une personne, une voix”, là, soudain, vous découvrez anarchiste et “anti-étatique”. Ça me semble pour le moins étrange, si ce n’est de mauvaise foi.
J’arrête ici pour ce soir. Il y aurait encore tant de choses à dire et à débattre. Je ne sais pas si mes réponses rapides vous apportent quelque chose. Comme je l’écrivais dans ma réponse à Pierre Stambul, je distngue entre ennemis et adversaires. Je ne vous considère pas comme faisant partie des premiers. J’espère que vous avez la même position. Nous vivons actuellement en France une campagne d’intimidation et de propagande sans précédent qui vise l’ensemble des mouvements et personnes solidaires du peuple palestinien. Cette campagne se développe au rythme des horreurs commises par l’armée et les colons sionistes. Vous savez bien ce que revêt la soi-disant “lutte contre l’antisémitisme”, qui ne vise qu’à permettre à la machine de mort sioniste de poursuivre son oeuvre sinistre. Ne nous laissons pas impressionner et gardons la tête froide, en affirmant clairement nos convictions, en débattant de nos divergences, bref, profitons du système démocratique dans lequel nous avons la chance de vivre.
Salutations canaanites
Fausto Giudice, 27 octobre 2004


« On ne peut pas diffamer impunément des antisionistes » (chapitre 4)
Et enfin, une réponse qu'Alain Coutte me demande vous transmettre.

Cher Monsieur,
Pour le Français que je suis, n'adhérant à aucune des théses extrémistes de gauche, ni de droite, et m'abstenant surtout de m'immiscer dans une quelconque religion avec des extrémistes que je rejette, mais aimant avant tout MON pays, la France, tout autant que Jean-Pierre COHEN (chargé de la communication de la Mairie de Marignane, mais qui lui adhère au FN), ex-rédacteur en chef de "Minute", avec lequel j'ai néanmoins beaucoup de plaisir à débattre avec un contradicteur de son niveau intellectuel - que je considère néanmoins comme un ami -, permettez-moi simplement une suggestion à votre organisation dont je respecte le Président, pour ses positions courageuses :
vous feriez mieux de changer l'UJFP en UFCJP (Union des Français de Confession Juive pour la Paix) qui aurait le mérite de la clarté ou, encore mieux, "UFP" (Union des Français pour la Paix).
En effet, je pense que le nom de votre organisation ne peut qu'attiser l'antisémitisme et la haine entre les religions en France, ce dont nous ne voulons pas, VOUS et MOI, puisque nous le combattons, au moins nous sommes d'accord sur un point.
Il y a donc lieu, dans cette période fortement agitée par les objectifs de Sharon qui consiste à faire immigrer 1 million de Juifs vers Israël dans les 10 ans, donc à attiser l'antisémitisme dans le monde, à être extrémement prudent sur les mots.
Par ailleurs, en tant que citoyen : Français d'abord et laïc ensuite, je ne puis accepter qu'il y ai deux catégories de Français :
1- Les Francais,
2- Les Juifs français.
Les Juifs français n'existent pas.
Il n'y a que des Français : de confession juive, tout comme il y a aussi des Français de confession musulmane, catholique, orthodoxe,....
Sinon, cela revient à dire que ce sont des "Sionistes" qui se sentent Juifs d'abord et Français accessoirement (pour des raisons diverses et variées...), ou plutôt Israéliens avec un passeport français comme me l'indiquait il y a quelques années à Nice, Bernard Benayoun (je ne pense pas utile de vous préciser sa confession).
Je n'ai point besoin de vous rappeller que tout «Juif» se doit de respecter le «Derer Raïm», ce «chemin de vie» découlant de l‚esprit du judaïsme qui consiste à mettre en application, au quotidien :
. la pensée,
. la parole,
. l‚action.
Donc, s'il exsite encore dans NOTRE pays des Juifs qui se sentent mal à l'aise et encore moins Français, je ne peux que leur conseiller de respecter le «Derer Raïm», et faire leur Alya vers cet Etat.
Quant à vos positions pour résoudre le conflit israélo-palestinien, elles vous appartiennent et je n'ai pas à les juger, encore moins à faire de commentaires.
Je respecte vos positions, respectez également celles des autres.
Sachons débattre intelligemment, comme je le fais avec Jean-Pierre COHEN autour d'un ou plusieurs whiskies, comme avec tant d'autres, sans aucun amalgame, et surtout sans insultes.
Il parait que c'est cela aussi l'inlligence...
Salutations patriotiques
Alain COUTTE
coutte@coutte.com

Exils, de Tony Gatlif : un film à contre-courant - Pour aller aux sources, il faut remonter le courant

par Fausto Giudice, 30 août 2004

Avec son 14ème film de long métrage, Exils, le cinéaste gitan Tony Gatlif a réalisé un véritable chef d’oeuvre, justement récompensé par le prix de la Mise en scène au Festival de Cannes de 2003. Et ce chef d’oeuvre parfaitement à contre-courant pourrait, par sa force, faire école et susciter des vocations.
Qu’Exils soit à contre-courant est parfaitement dans l’ordre des choses : pour aller aux sources, il faut remonter le courant.
L’histoire : Zano est un jeune musicien, fils de Pieds-Noirs qui ont quitté l’Algérie en 1962. Son grand-père était instituteur communiste à Rouïba. Son amie Naïma est une fille d’émigrés algériens coupée de ses racines, ignorant l’arabe et en galère depuis l’âge de 14 ans. Leurs souffrances sont inscrites dans leur corps : chez Zano, les traces de l’incendie de voiture dans lequel ses parents sont morts, chez Naïma, des cicatrices des violences subies (on n’en saura pas plus). Le jeune couple décide sur un coup de tête d’aller aux sources et donc se met en route pour Alger, lieu mythique de leurs racines, et dont ils ignorent tout. Leur voyage est à contre-courant et il croise la grande migration du Nord vers le Sud, à travers l’Andalousie, où ils rencontrent les Gitans et les clandestins maghrébins et africains venus tenter leur chance en Europe après une traversée périlleuse du détroit de Gibraltar. Ce sont les images de cette migration-là qui, normalement, nous abreuvent à longueur de reportages et de documentaires télévisés. Mais Zano et Naïma ont choisi d’aller à contre-courant. Ainsi, ils pénètrent clandestinement en Algérie à partir du Maroc par les chemins utilisés habituellement dans l’autre sens par des milliers d’Algériens qui “brûlent” (_expression utilisée dans tout le Maghreb pour désigner l’émigration clandestine]. Dans une scène métaphorique et onirique aux environs de Mostaganem, on les voit remonter une foule silencieuse d’Algériens qui sont tous en marche vers le Maroc et, au-delà, l’Espagne et l’Europe.
Arrivés finalement à Alger, quelques jours après le tremblement de terre (un tremblement de terre réel), Zano et Naïma sont accueillis par une confrérie, une tariqa d’inspiration soufie (sans doute la Qadiriya) et se livrent à une séance de transe, au cours d’une scène de 10 minutes filmée d’un seul tenant, sans raccords, qui est l’apogée et la fin du film.
Zano est un alter ego de Tony Gatlif. Le cinéaste, de son vrai nom Michel Dahmani, est né à Alger dans une famille de Gitans andalous en 1948. En 1962, il débarque sur le pavé marseillais : il est cireur, mendiant, petit délinquant, mais apprend aussi à lire, à écrire et à dessiner. La rencontre avec l’acteur Michel Simon le sauve de la rue : il découvre le théâtre et monte sur la scène du TNP en 1971, aux côtés de Depardieu. Mais rapidement, il passe à la musique et au cinéma. Il a attendu 40 ans pour oser retourner en Algérie, à l’occasion du tournage du film.
La force d’Exils tient à plusieurs qualités, fort rares dans le cinéma européen et occidental.
Première qualité : les personnages et les scènes ne sont jamais factices. Les Gitans sont des vrais Gitans, les clandestins qui travaillent sur les plantations d’Andalousie sont des vrais clandestins. Jamais le regard porté sur les gens par Gatlif ne fait d’eux des “autres”, contrairement à la plupart des films occidentaux qui nous montrent les “migrants” comme des oiseaux exotiques et énigmatiques. Le regard de Gatlif est intérieur.
Deuxième qualité : la musique du film - composée en grande partie par Gatlif lui-même - n’est ni une illustration ni une paraphrase mais un élément à part entière du récit. Elle nous informe sur le cheminement des gens décrits.
Troisième qualité : l’enfer est pavé de bonnes intentions et il n’y a pas de place dans le film pour les bons sentiments. Ainsi, Naïma, confrontée à l’Islam dans ses “signes extérieurs d’appartenance” - le voile et la robe longue, noire - craque, et c’est normal. Tout cela lui est étranger, elle qui a grandi comme une fleur sauvage dans une banlieue française.
Quatrième qualité : la fin de ce voyage aux sources est inattendue. Ce n’est pas dans une mosquée que Zano et Naïma se retrouvent, mais dans une maison, accueillis, tels qu’ils sont, par des gens simples qui recourent à des rites très anciens alliant la spiritualité et la thérapie. La transe chasse ainsi les démons qui habitent les humains. Elle est religieuse au sens étymologique : elle établit, ou rétablit un lien entre les gens, une fois que ceux-ci se sont retrouvés eux-mêmes. On retrouve ces rites dans tout le Maghreb et ils sont si fortement enracinés dans les cultures populaires que nul n’est parvenu à les éradiquer. C’est que, sans doute, ils sont efficaces et permettent aux gens de trouver la force de résister à tous les malheurs qui leur tombent sur la tête depuis si longtemps.
Zano et Naïma ne savaient pas ce qu’ils cherchaient en partant. Ils n’avaient pas construit de scénario ni fantasmé une “vie nouvelle”. À l’arrivée, c’est eux-mêmes qu’ils ont trouvé, au fin fond d’une banlieue d’Alger. D’autres jeunes déracinés ont, comme eux, pris la route, et, via l’Afghanistan, se sont retrouvés à...guantanamo. Ce qu’ils ont en commun, c’est qu’ils se sont mis en route à contre-courant, allant du Nord vers le Sud alors qu’il semble que la majorité des gens qui se déplacent sur terre aujourd’hui aillent du Sud vers le Nord, de la misère vers la richesse factice de l’Occident. Mais comme Exils nous le démontre, par un récit de vie et non par un discours idéologique, il n’y a plus aujourd’hui de centre ou de périphérie. Nous sommes tous des étrangers à la recherche de nous-mêmes.
Exils est un film d’actualité, qui sort en France, en Belgique, en Suisse et au Canada à une période où de plus en plus de thérapeutes en recherche cherchent à s’inspirer des pratiques des peuples “archaïques” pour soigner le mal-être de leurs patients. Des pratiques collectives et non pas individuelles, qui refusent la coupure entre le mental, le psychique et le physique, si caractéristique de l’approche occidentale, dont on vit désormais les limites et l’inefficacité.
On peut acheter le CD de la bande originale du film. Il est distribué par Naïve.
[Les Parisiens auront de plus la chance de vivre la “transe” au théâtre des Bouffes du Nord, où auront lieux trois concerts intitulés Exils en concert - Du flamenco à la transe, les 2,3 et 4 septembre 2004, à 20 h 30. Au programme : des musiciens et danseurs gitans catalans et andalous, tsiganes, des percussions d’Iran et d’Irak et des musiciens et danseurs de transe orientale. Bouffes du Nord, 37 bis, bd de la Chapelle, 75010 Paris, Métro : La Chapelle. Prix des places : 22 €. Réservations sur :
http://infoconcert.francebillet.com/fiche_manifestation.jsp?codman=BNEXI]

« Ici l’hiver dure douze mois. Le reste du temps c’est l’été »
Le Musée d’Ethnographie de Genève restitue le Goulag soviétique

par Fausto Giudice, 1er juin 2004

S’il est une exposition qui en cette année 2004 vaille le déplacement en Europe, c’est celle que le Musée d’ethnographie de la Ville de Genève consacre à un sujet qui n’a malheureusement pas marqué la mémoire européenne avec autant de force que l’ont fait les camps nazis. Cette exposition très remarquable s‘appelle en toute simplicité : “Goulag, le peuple des zeks”. J’ai profité d’un passage à Genève, où j’étais invité par la section suisse d’Amnesty International à une conférence sur le camp de concentration US de Guantanamo, pour visiter cette exposition. C’est un véritable choc. Je ne peux donc qu’encourager tout un chacun à aller voir l’exposition ou, du moins, à se procurer son excellent catalogue. Il est recommandé de prendre une journée pour se rendre à l’annexe du Musée d’Ethnographie, située dans une belle villa XIXème de syle “Lac Léman” au coeur d’un parc avec vue plongeante sur ‘impressionnante vallée de l’Arve. Le samedi et le dimanche, l’exposition est ouverte de 10 h à 17 h et je ne saurais trop recommander de vous munir d’un pique-nique. Il vous faudra deux heures pour visiter calmement l’exposition. Vous pourrez descendre pique-niquer au bord de l’Arve, puis remonter au musée pour visionner quelques-uns des nombreux films qui sont présentés en libre-service.

Une réalité occultée
Autant les camps nazis nous sont rappelés quotidiennement, autant les camps soviétiques semblent avoir disparu de la conscience européenne. Et pourtant, 60 millions d’êtres humains y sont passés de 1923 à 1961 et leurs derniers détenus n’en sont sortis qu’en 1986. Si le chiffre quasi-magique des “six millions de juifs” morts dans les camps nazis est devenu une donnée usuelle, banale, il n’y a pas de chiffre sur le nombre des morts du Goulag : 10, 20, 30 milions ? Nul ne le sait. La Russie post-soviétique est la première à ne pas aimer se souvenir de cette page obscure de son histoire. S’il n’y avait pas l’association russe “Mémorial” pour entretenir la mémoire, faire des recherches, collecter des souvenirs, des documents et des traces, il n’y aurait bientôt plus aucune trace de cette immense tragédie. “Mémorial”, qui a créé un minuscule musée à Moscou, a d’ailleurs collaboré avec le Musée d’Ethnographie pour réaliser cette exposition. Les petits objets sauvés de l’oubli constituent d’ailleurs les éléments les plus émouvants de cette exposition. On a beau avoir lu L’Archipel du Goulag, d’Alexandre Soljenitsyne et Les Récits de la Kolyma, l’hallucinant recueil de 1500 pages de Varlam Chalamov (éditions Verdier, Lagrasse 2003, voir l’article de Dominique Fernandez, La mort en direct dans Le Nouvel Observateur du 30 octobre 2003), c’est autre chose que de voir de ses yeux les misérables protections contre le froid inhumain qui étaient censées sauver les malheureux déportés de la mort par glaciation : chapka (bonnet à oreillette), valenki (bottes en feutre), roukavista (moufles de travail). Comme l’a dit un survivant, à la Kolyma, le gaz, c’était le froid.
Mais commençons par le commencement.
Goulag, d’abord : ce mot est l’acronyme de la désignation officielle Glavnoe upravlenie lagereï, Direction principale des camps. C’était l’instance administrative chargée de la gestion des camps de 1930 à 1953. Par extension, ce mot a désigné l’univers concentrationnaire des camps.
Zeks ensuite : ce mot désignant les détenus des camps provient de l’abréviation z/k, “détenu du canal”.

La “civilisation du Goulag”
Ce qui frappe d’emblée quand on visite l’exposition, c’est la carte des “camps de travail correctif”. Alors qu’on a généralement tendance à associer le Goulag à la lointaine Sibérie, notamment à la Kolyma, située dans l’extrême-nord-est de cette Sibérie, on constate que les camps pullulaient dans la Russie d’Europe, autour de Moscou et du Donbass à l’Oural, en passant par Rostov, Volgograd, Kazan, Perm et Sverdlovsk. Les camps n’étaient donc pas tous dans le désert glacé de la taïga, mais en grande partie dans des zones fortement peuplées et “civilisées”.
Deuxième constat : la durée de ce système, 30 ans d’activité à plein rendement et 63 ans avant de disparaître (presque) totalement. Un homme adulte sur cinq a connu les camps ou la déportation durant la période soviétique, de 1917 à 1991. Les camps nazis n’ont, eux, duré que 11 années.
Troisième constat : les camps de travail correctif constituant l’archipel du Goulag avaient deux objectifs. Le premier est idéologique : il s’agit de “tuer le vieil homme” et de créer l’homme nouveau. Un terrible slogan bolchévique résume cet “idéal” : «Avec une main de fer, nous conduirons l’humanité au bonheur. » Le second est économique : les zeks doivent produire et transformer, peu importe quoi, mais il faut que ça bosse, ça bosse (et ferme sa gueule). Ici, le “travail” ne rend pas “libre” (slogan du camp d’Auschwitz : “Le travail rend libre”), mais “bon”. Et bien sûr, même si le seul bon ennemi de classe est l’ennemi de classe mort, le système du Goulag, même s’il a connu une période terrible (en 1937-1938) d’exterminations de masse par fusillades à la chaîne (600 000 exécutions), ne pratique l’extermination que par défaut : on laisse le soin au froid, à la faim et à l’épuisement de liquider les zeks. Ici, il n’y a jamais eu de programme établi d’extermination.

Les âmes mortes
Mais si on n’a pas tué systématiquement les corps, on a assurément tué les âmes. La “civilisation du Goulag” a non seulement marqué le paysage de son empreinte durable - combien de grands travaux et de villes n’ont-ils pas été réalisés et construits par des zeks ? - mais l’homo sovieticus et post-sovieticus. Le fatalisme et la résignation propres aux Russes et autres ex-Soviétiques d’aujourd’hui, loin de relever d’une quelconque “âme slave”, viennent assurément de l’expérience traumatisante du Goulag, où des millions de personnes aujourd’hui vivantes sont nées. Et toute la société a été gangrenée, puisque le Goulag, beaucoup plus que les camps nazis, a accueilli toutes les classes sociales, toutes les catégories professionnelles, toutes les nationalités et ethnies, depuis des simples moujiks jusqu’à des pontes de l’appareil communiste, léninistes et staliniens convaincus, en passant par absolument tous les genres d’hommes et de femmes, des popes orthodoxes aux imams tchétchènes en passant par tous les “hitléro-trotskystes” et autres “boukhariniens. Les trois commandements des zeks pourraient être la devise de la Russie, de l’Ukraine et des autres républiques post-soviétiques d’aujourd’hui : «Ne crois rien, ne crains rien, ne demande rien ».
L’approche ethnographique choisie par les concepteurs de l’exposition genevoise est riche de prolongements possibles. De fait, les études “goulaguiennes” n’en sont qu’à leurs débuts et beaucoup de cette histoire tragique reste encore à rechercher et à documenter. Pour comprendre et, bien sûr, pour armer les consciences contre des répétitions.
En attendant, les concepteurs de l’exposition semblent avoir fait leur la sentence de Varlam Chalamov : « Pourquoi ? C’est une question qui ne se pose pas dans les rapports entre un homme et un État. » Évitant de répondre à la question du pourquoi, ils se sont concentrés sur les réponses à apporter à la question du comment. Ils nous proposent donc un parcours en treize stations - comme on parle de stations d’un chemin de croix - qui nous fait pénétrer par étapes dans l’horreur, par la force des images et des objets exposés, soutenus par des textes d’une grande et rare qualité.
Les treize stations sont intitulées :
Géographie - Vestiges d’une civilisation disparue
Origines - De l’ennemi du peuple à l’homme nouveau
Arrestation - Le passage à “l’autre monde”
Le camp - Un pastiche d’habitat
Régime - Discipline et surveillance
Hiérarchie - Les dieux, les chefs, la pègre et le moujik
Travail - Esclavagistes des temps nouveaux
Technique - L’âge de la brouette
Vie quotidienne - Quand la faim tue les sentiments
Survie - rester humain en préservant son espace privé
Cylture et propagande - “Les sections culturelles et éducatives”
femmes et enfants - Et pourtant les enfants naissent
Mort, évasion, libération - Comment sortir du Goulag ?
Se plonger dans la tragédie oubliée du Goulag soviétique en des temps où un nouvel archipel concentrationnaire, américain et planétaire celui-ci, s’édifie de l’Afghanistan à Cuba, en passant par l’Irak et d’autres pays, c’est non seulement faire oeuvre de remémoration mais puiser dans l’expérience humaine des Soviétiques pour tirer des enseignements très actuels.
Alors, que vous soyez Parisien, Lyonnais, Marseillais, Bruxellois, Namurois, milanais, Turinois, Francfortois, Londonien ou Berlinois, cet été, n’hésitez pas et précipitez-vous à Genève !

• Musée d'ethnographie de la Ville de Genève, Annexe de Conches, Chemin Calandrini 7, 1231 Conches, mardi-vendredi 13h à 17h, samedi-dimanche 10h à17h, jusqu’au 2 janvier 2005. www.expo-goulag.ch
Si vous êtes usager des transports en commun : prendre le bus (ici appelé “tram”) n°8 devant la gare de Cornavin et descendre à l’arrêt Calandrini. Si vous êtes en voiture : traverser le Rhône vers Plainpalais et prendre la Route de Florissant, passer devant le magasin Migros de Rieu, continuer vers Conches jusqu’au Chemin Caladrini.

• Si vous ne pouvez vous rendre à Genève, achetez le remarquable catalogue “Goulag le peuple des zeks”, sous la direction de Geneviève Piron, éditions infolio, 2004, 160 p., broché, 23 x 28 cm, plus de 200 photos en n/b et couleurs, ISBN 2-88474-107-0, 39 Francs suisses ou € 26 Euro. Diffusion en France : Les Belles-Lettres. www.infolio.ch. Ce catalogue, outre l’intégralité de l’exposition, contient une partie de dix articles qui éclairent divers apsects du Goulag. Nous avons été particulièrement intéressés par l’article de l’historienne et journaliste au Washington Post Anne Applebaum : “Goulag et Shoah : si semblables et si différents”. Nous y avons appris notamment que le terme de “camp de concentration” a été inventé par les Esagnols lors de la guerre de Cuba, en 1895-1898. Autrement dit, les USA, en ouvrant un camp de concentration à Guantanamo, n’ont fait que revenir aux sources. Anne Appelbaum a publié en 2003 “Gulag, a history” chez Doubleday à New York, à paraître en français chez Grasset éditeur.
• Pour les enseignants, signalons que le Musée ethnographique a édité un ouvrage pédagogique destiné aux élèves, "Voyage au pays du Goulag", co-édité avec le le Département de l'Instruction Publique (DIP) suisse, qui présente les textes de l’exposition et est illustré par Bertola. Pour toute information, contacter Fabienne Finat, chargée des animations pédagogiques du Musée d'ethnographie au 00 41 22 418 45 81 ou fabienne.finat@ville-ge.ch
• Si vous n’avez pas les moyens d’acheter ce catalogue, il vous reste la ressource d’aller sur Internet :
- Totem n°40, journal du Musée d’ethnographie, présente l’exposition en douze pages passionnantes : http://www.expo-goulag.ch/pdf/totem40.pdf
- Vous pouvez aussi accéder aux cartes interactives des camps du Goulag, réalisées par des chercheurs russes : http://www.expo-goulag.ch/cartes.htm
• La bibliographie la plus complète sur le Goulag est due à Hélène Kaplan. Elle est consultable à :
http://www.GULag-italia.it/gulag/frameset_biblio_generale.html

Musée d’ethnographie, Case postale 191, 1211 Genève 8, Tél. 41 22 418 45 44, Fax 41 22 418 45 51. Courriel : musee.ethno@ville-ge.ch

L’association Mémorial
Mémorial est une des premières organisations non gouvernementales fondées en Russie post-soviétique. Créée en 1988, elle rassemble alors des centaines de milliers de personnes qui désirent élever un monument aux victimes du régime communiste. Aujourd’hui, l’organisation comprend 86 associations nationales et régionales dans 7 pays différents (Russie, Ukraine, Lituanie, Kazakhstan, Géorgie, Pologne et Allemagne).
En 15 ans, Mémorial a rassemblé d’importantes collections concernant l’histoire de la terreur en URSS, en particulier des documents d’anciens prisonniers politiques. Les archives du centre de Mémorial à Moscou contiennent à elles seules plus de 100 000 dossiers personnels comprenant des souvenirs, des journaux intimes, des lettres et des photos de détenus. Les chercheurs de Mémorial ont travaillé abondamment dans les archives d’État où ont été trouvés de nombreux matériaux auparavant secrets, en particulier des photos des camps staliniens datant des années 1920-1940.
Mémorial possède aussi des milliers de dessins faits par des artistes dans les camps ainsi que des objets du quotidien: instruments de travail, meubles, habits, vaisselle, objets divers confectionnés par les détenus. Ces objets ont été transmis par les détenus eux-mêmes ou par leur famille.
Des membres de l’association ont entrepris des expéditions à la Kolyma et en Sibérie pour retrouver les restes des camps désaffectés, les photographier et récolter les vestiges restés sur les sites.
L’association conduit différents types d’activités:
• étude de l’histoire des répressions en URSS, publication de documents et de listes des victimes des répressions, recherche scientifique, conférences et expositions, travail avec les écoliers
• actions visant à favoriser la réhabilitation des victimes des répressions, aide aux anciens prisonniers politiques
• récolte et publication d’informations sur le respect des droits de l’homme en Russie aujourd’hui (en particulier en Tchétchénie) et dans les pays de la CEI
Grâce à la collaboration avec Mémorial et ses institutions partenaires en Russie, le Musée d’ethnographie de Genève est en mesure de présenter des objets, des photographies et des documents qui nous montrent le Goulag vu de l’intérieur.
www.memo.ru

L’histoire des camps de concentration
« [...] l’histoire des camps de concentration remonte à la fin du XIXe siècle. Je définis un camp de concentration par le fait qu’on y enferme des gens non pas pour ce qu’ils font mais pour ce qu’ils sont. Ces premiers camps sont réservés à un type particulier de prisonnier : civil, non criminel, membre d’un groupe “ennemi” ou en tous les cas à une catégorie de gens qui, en raison de leur race ou de leurs opinions politiques, sont jugés dangereux ou “extérieurs” à la société.
Les premiers camps de concentration voient le jour à Cuba, en 1895, quand l’Espagne tente de mettre fin aux insurrections locales par la reconcentración, c’est-à-dire en déplaçant les paysans cubains pour les “concentrer” dans des camps, où ils sont privés du soutien de la population. En 1900, le terme espgnol de concentración (traduit en anglais) sert à décrire un projet similaire pendant la guerre des Boers en Afrique du Sud, quand des civils boers sont “concentrés” dans des camps, afin de les empêcher d’abriter des combattants boers.
Le terme analogue - kontslager - apparaît en russe, probablement parce que Trotski connaît bien l’histoire de la guerre des Boers. En 1904, des colons allemands en Afrique du Sud-Ouest inventent une nouvelle variante de camps, où les indigènes sont condamnés aux travaux forcés.
Il existe des liens étranges entre ces camps allemands en Afrique et les camps nazis, construits trente ans plus tard. C’est grâce à l’épisode africain, en effet, que le mot Konzentrationslager fait son entrée dans la langue allemande en 1905. Et le premier commissaire impérial de la Deutsches Süd-West Afrika est un certain Heinrich Göring, père de Hermann qui fondera le premier camp nazi en 1933. De plus, dans les camps allemands d’Afrique, deux professeurs du docteur Joseph Mengele prcèdent aux premières expériences médicales sur des prisonniers indigènes, notamment pour prouver la supériorité de la race blanche. [...] les dépravations de certains colons européens contribuent à ouvrir la voie du totalitarisme européen du XXe siècle.
Ayant écrasé ses propres indigènes, l’empire russe est sur la même longueur d’ondes. Dans la nouvelle de Léon Tolstoï, Anna Karénine, le mari de celle-ci affirme la nécessité pour les cultures supérieures d’absorber les cultures inférieures. Comme tous les Russes éduqués, les bolchéviks sont certainement au courant des liquidations des Kirghizes, des Bouriates et autres Tchouktches. Or, tout en prétendant défendre les opprimés, ils ne s’intéressent guère au sort des “petits peuples”, attitude qui en dit long sur leur engagement pour un monde plus juste ! »
Anne Applebaum
Goulag et Shoah : si semblables et si différents, in “Goulag le peuple des zeks”, pp.101-102

 

Dossier : Accusée Skandrani, levez-vous !

par Fausto Giudice, 16 mai 2004