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LA BIBLIOTHEQUE QUIBLA

Ayman El Hakim

L'auteur se définit lui-même comme " un cyber-journaliste indépendant et militant"

Le Yémen, élève modèle de l'école impériale


Qu'on e le dise : Ali Abdullah Saleh, président du Yémen, n'est ni Moubarak ni Ben Ali. Il n'entend pas rester président à vie. "28 ans, ça suffit !" : il a fait savoir en juillet dernier qu'il ne se représenterait pas comme candidat à l'élection présidentielle de septembre 2006, et qu'il faudrait donc trouver un jeune leader pour le remplacer. Président depuis 1978, il estime avoir assez donné.
Ce sympathique despote éclairé a eu quelques trouvailles, comme celle de nommer une femme ministre des droits de l'homme, ce qui est très bien vu à Washington. mais il n'a pas pipé lorsque le Cheikh Al Mouayed, ancien député et homme universellement respecté à Sanaa et au Yémen, a été kidnappé avec son secrétaire par le FBI à Francfort, puis condamné à 75 ans de prison - et son secrétaire à "seulement" 45 ans de pénitencier - au terme d'un procès ubuesque à New York, où rien ne manquait sauf les preuves de son soutien allégué aux "terroristes d'Al Qaïda et du Hamas palestinien", dont l'absence n'a pas empêché ces verdicts insensés de tomber.
Et n'oublions pas que le gouvernement yéménite a autorisé la CIA à assassiner des citoyens yéménites "suspects de terrorisme" à l'aide d'un drone tueur en plein territoire yéménite.
Et rappelons enfin le massacre de centaines de dissidents, assiégés pendant plusieurs mois dans les grottes de montagne où ils s'étaient réfugiés.
Dans le flot de platitudes exprimées par les porte-parole de régimes inféodés à Washington aux quatre coins de la planète à l'occasion du 11 septembre 2005, nous avons choisi la déclaration du ministre yéménite des Affaires étrangères Abou Bakr Al Karbi, qui, exprimant la fierté de son gouvernement pour sa lutte exemplaire contre le terrorisme, a à son tour réclamé la tenue d'une conférence internationale pour mettre au point une stratégie commune pour combattre le terrorisme. S'il n'a pas proposé explicitement que cette conférence se tienne au Yémen, on peut le déduire de ses propos.
Ainsi donc le Yémen de Saleh se place sur les rangs dans la concurrence effrénée entre despotes pour la tenue de cette fameuse "conférence internationale sur le terrorisme". depuis septembre 2001, ce sont Bouteflika l'Algérien et Ben Ali le Tunisien qui se sont signalés par cette proposition originale, chacun d'eux espérant bien sûr être l'hôte d'une telle conférence.
Imaginez une conférence internationale sur le terrorisme à Alger, Tunis ou Sanaa : 3 000 participants, 2 000 employés des services techniques, 20 000 policiers et militaires locaux, 3 à 5 000 agents des services de sécurité et de renseignement de toute la planète, 1 000 à 2 000 prostitués de tous sexes; des milliers de chambres d'hôtel louées, des milliers de repas servis, de bouteilles de whisky sifflées, de cadeaux pour les épouses achetés, des centaines de milliers de litres d'essence brûlés...
Combien ça peut rapporter, une telle conférence, à un gouvernement invitant ? 10, 20, 50 millions de dollars ? Bien sûr, en hébergeant une telle conférence, ce gouvernement prendrait quelques risques. mais, on le sait bien, qui ne risque rien, n'a rien.
Gageons que nos trois bachibouzouks se démèneront comme de beaux diables pour vendre leur idée dans les couloirs du sommet qui célébrera cette semaine, le 60ème anniversaire des Nations unies à new York. Les maîtres de l'Empire daigneront-ils tendre l'oreille à ces propositions de bazar ? Qui vivra verra.


Ayman El Hakim

12/09/2005


PS : si vous voulez vous payer, une bonne tranche de rigolade, je vous recommande d'aller visiter le site web du président Salh. La présentation, en musique, du grand homme est impayable ! http://www.presidentsaleh.gov.ye/


 

Prière au Pharaon

Ô Pharaon ! Toi dont la face solaire illumine nos jours et nos coeurs, béni sois-tu en ce jour de victoire éclatante sur les misérables usurpateurs qui prétendaient te voler ton trône. Tous tes sujets, d'Assiout à Mazra'at Tora, d'Alexandrie à Port-Saïd, et bien au-delà, tous tes sujets éparpillés sur toute la Terre, se réjouissent et te félicitent pour ta réussite dans l'accomplissement de ta mission divine.
Permets cependant, ô Maître incontesté de la terre et des eaux, au misérable ver de terre alluvionnaire que je suis, de poser une ou deux questions : comment se fait-il que seuls 88 pour cent de tes sujets aient voté pour toi ? Et les 12 pour cent restants ? Auraient-ils osé déposer dans l'urne sacrée l'effigie d'un de tes misérables contempteurs, petits avocaillons manipulés par les forces des ténèbres ? Je t'en supplie, ô Seigneur, ne laisse pas ces hérétiques diffuser leur venin et précipite-les dans le lac du barrage d'Asouan, pour qu'ils aillent nourrir les poissons du fleuve nourricier de notre terre !
Encore une question, ô Maître - et je suis conscient qu'en la posant, je prends le risque insensé de provoquer ton juste courroux : ne crois-tu pas que ton score de 88% risque de paraître ridicule à côté de celui d'un autre Bachibouzouk, le Bey de Carthage, qui, pas plus tard que l'année dernière, réalisa le score de 94,64% ? Permettras-tu à ce général de carton-pâte de voiler ton soleil ?
Permets-moi enfin, ô Pharaon illustre, ce conseil : trouve le moyen d'introniser ton fils Gamal pour ta succession avant qu'il soit trop tard et qu'arrive l'heure de ta traversée vers l'Autre Royaume. Les misérables avocaillons et autres kéfayistes qui sèment la discorde risquent sinon de perturber le caractère pacifique de ta succession. C'est que, hélas !, ton misérable peuple risque de ne pas suivre éternellement l'exemple des moutons syriens, terrorisés par le Lion de Damas au point de le craindre même mort et embaumé.
Qu'Amon, Isis et Osiris te protègent, ô grand Moubarakamon !
Aymanhotep.


La benalisation du monde


par Ayman El Hakim, 24 juillet 2005
"Benalisation" est un néologisme qui pourrait marquer la contribution tunisienne à la réflexion et aux débats induits par la mondialisation/globalisation et l'altermondialisme. Il s'inspire d'un autre concept, forgé par notre ami Chamseddine, la "prison-monde" [voir son roman Borj Erroumi XXL).
Le terme de benalisation en évoque deux autres : pénalisation et banalisation.
Coment peut-on entendre et définir ce terme ?
1° - En ces temps de globalisation, le moindre petit dictateur du plus petit et obscur pays peut se retrouver, grâce aux nouveaux moyens techniques et à la croisade mondiale contre "l'axe du mal", au centre d'une toile d'araignée planétaire sur laquelle il va appuyer son pouvoir, et sans même avoir besoin de faire de trop gros investissements.
2° - Désormais, chaque dictateur-internaute peut agir pour les intérêts du capitalisme globalisé, de "l'Empire" sans avoir à solliciter des ordres directs des centres de pouvoir [Pentagone, Maison blanche etc.] mais uniquement en captant l'air du temps sur internet.
3° - Le pouvoir des petits dictateurs n'est plus seulement un pouvoir matériel, physique de coercition, mais aussi un pouvoir d'ingérence dans les aspects les plus intimes et les plus privés de la vie non seulement des citoyens restés au pays, mais de tous les citoyens éparpillés aux 4 coins de la planète, ce que j'appelle la "Tunisie planétaire", ou "l'Algérie planétaire", et aussi de celle de tous les non-Tunisiens concernés directement ou indirectement par le destin du peuple et de la nation tunisiens.
4° - La benalisation du monde, c'est l'effet en retour vers l'extérieur de l'ensemble des pratiques benaliennes à l'intérieur du pays [bien que, avec la globalisation, il est de plus en plus difficile de parler d'intérieur et d'extérieur, les frontières disparaissant progressivement, malgré tous les murs de béton et électroniques]. Benali est le concessionnaire-modèle de l'entreprise-monde chargée de la croisade contre l'axe du mal. Lui-même se charge de la "mise aux normes mondiales" de la Tunisie, sa société, son économie, sa culture. Ses expériences-pilotes et ses innovations sont et seront diffusées et reproduites par d'autres concessionnaires aux quatre coins de l'Empire.
Je pense donc que les défenseurs des droits humains, les opposants, les dissidents tunisiens et leurs amis, loin de tenter de faire un scandale lors du sommet du SMSI à Tunis en novembre 2005, devraient observer un silence sournois et rusé et laisser l'ensemble des délégués et invités faire leur propre expérience du benalisme sur le terrain. Seuls les crétins parmi eux n'y verront que du feu. La majorité d'entre eux pourront ainsi se rendre compte par eux-mêmes de ce qu'est le benalisme et se faire leur propre religion. Certains en reviendront avec une sainte colère, qui ne pourra être que favorable à nos combats.
Au contraire, la tâche la plus urgente de tous les individus et groupes engagés dans le combat contre la benalisation du monde me semble être la constitution d'un Congrès tunisien mondial. je reviendrai sur ce projet ultérieurement.

29/12/04 - Les élections du 30 janvier en Iraq sont fichues d’avance et une fatwa de Sistani n’y changera rien
par Ayman el Hakim, 28 décembre 2004
Pour tenir des élections, il faut deux composantes : des électeurs et des candidats. Pour tenir des élections libres et démocratiques, il faut que règnent la liberté et la démocratie. Il semble bien que l’Iraq ne pourra satisfaire aucune de ces conditions, du moins pas le 30 janvier 2005. Qu’on en juge plutôt : le pays est à feu et à sang, occupé par environ 200 000 soldats étrangers, confrontés à une guérilla populaire multiforme et multipolaire. Le “gouvernement intérimaire” n’a aucune légitimité, même s’il se permet de décréter la peine de mort pour “terrorisme”, ce à quoi il n’a aucun droit et qui lui fait dire que “c’est juste pour avoir un effet dissuasif”. Les Iraquiens qui résistent à une occupation violente et sanguinaire savent très bien que pour appliquer la peine de mort tous les jours et toutes les nuits, les occupants et leurs collaborateurs n’ont besoin d’aucune loi. La quasi-totalité du monde sunnite va boycotter soit activement soit passivement ces élections. Ne restent plus que les collabos et ces énigmatiques leaders chiites pro-iraniens qui pratiquent avec un art consommé la “taqiya”, la dissimulation, et la poussent même au-delà de toute limite raisonnable. Croient-ils vraiment que les Yankees vont leur laisser prendre le pouvoir par la voie électorale et pacifique ?
Sistani et Hakim se retrouvent dans la même position que les partis communistes d’Europe occidentale dans les années 30, déchirés entre leurs aspirations révlutionnaires et les impératifs de la politique de l’État stalinien. Ce conflit entre ce qu’on appelait la “politique de parti” et la “politique d’État” conduisit plus d’un communiste français au suicide au lendemain de la signature du Pacte entre Staline et Hitler, qui se traduisit par le dépeçage de la Pologne entre les deux dictateurs. L’argument de Hakim - et de son protecteur Sistani - est le suivant : « La liste que nous présentons aux élections vise à unir le peuple iraquien dans toutes ses composantes religieuses et ethnique. » Ils se trompent lourdement : le seul moyen d’unir le peuple tant que l’Iraq est occupé, c’est la résistance, dans toutes les formes que peut prendre une résistance populaire, des actes de lutte armée aux mouvements non-violents de non-collaboration et de désobéissance.
Que l’État et le gouvernement iraniens aient une politique et une diplomatie visant à défendre au mieux - selon leur vision - ce qu’ils considèrent comme les intérêts nationaux de l’Iran est parfaitement légitime ou, du moins, compréhensible (leur marge de manœuvre est plutôt étroite). Ce qui l’est beaucoup moins, c’est que des groupes et des leaders non-iraniens se mettent sous la tutelle des impératifs tactiques de la diplomatie iranienne en courant le même risque que les communistes français, qui restèrent paralysés, dans l’expectative, face à l’occupant nazi en juin 1940, jusqu’à ce que celui-ci attaque l’Union soviétique en décembre 1941. Cette tache indélébile n’a jamais pu être effacée par les communistes français, malgré leurs proclamations - “nous sommes le parti des 75 000 fusillés” - et elle n’aura été que l’un des premiers mélanomes annonciateur du cancer par métastases qui les a finalement emportés. Ils ont, 50 ans plus tard, fini dans les poubelles de l’histoire. C’est ce qui risque d’arriver aux ayatollahs iraquiens. Et ce n’est pas une fatwa qui va y changer grand-chose. En effet, l’ayatollah Sistani est allé jusqu’à se fendre d’une fatwa pour dire que la participation à ces élections sous occupation était une obligation. Le ridicule ne tue plus. Mais les moujahidine, oui. Fatwa pour fatwa, l’appel - attribué à Oussama Ben Laden - à boycotter les élections du 30 janvier nous semble, somme toute, plus correct, plus intelligent et, surtout, plus...réaliste ! La voix de Ben Laden a été claire : « Quiconque participera à ces élections (...) sera un infidèle » et a condamné « les escrocs qui, au nom des partis et des groupes islamiques, exhortent les gens à participer à cette apostasie .» Au moment où j’écris ces lignes, j’apprends par la radio que la CIA a validé l’appel de Ben Laden : “C’est bien sa voix”. Faisons-leur confiance.
En conclusion, si on me permet d’oser un conseil aux frères chiites iraquiens : inspirez-vous donc du Hizbollah libanais, qui, a, quant à lui, trouvé les voies pour affirmer son autonomie par rapport aux intérêts d’État iraniens et a trouvé le moyen d’établir un rapport de forces non seulement avec Israël, mais aussi avec la Syrie, puissance tutélaire du Liban, et, surtout se ménager une place reconnue par l’ensemble du spectre politique libanais. mais s’il est arrivé à cette position, c’est parce qu’il a résisté contre l’occupant israélien. C’est par la résistance qu’il a réalisé, dans une certaine mesure, un consensus avec les autres forces politiques et courants idéologiques. Par la résistance et le travail politico-social au service des déshérités. Cette expérience est à méditer.
PS : Bien sûr, rien ne dit que ces élections auront vraiment lieu, et le 30 janvier. En visite en Chine, le ministre “allaouite” des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, a déclaré que « les élections dans des régions dangereuses comme Mossoul et autour de Bagdad pourraient être retardées pour que nous puissions concentrer nos moyens en matière de sécurité.» Au lendemain de sa déclaration, au moins 42 supplétifs iraquiens des forces d’occupation ont été exécutés par la résistance à Bagdad, Tikrit et Balad. On aimerait bien savoir quelles régions ne seront pas dangereuses dans l’Iraq de 2005. Les cimetières ? Même pas. Souvenez-vous du cimetière de Falloujah. En Iraq, on ne peut même pas parler de “paix des cimetières”... Bien sûr, il reste toujours un recours : faire voter les morts, et uniquement eux...

01/11/04 - Réactions à l'article d'Ayman El Hakim : « La Palestine attend son Nelson Mandela »
L'article mis en ligne le 29 octobre a suscité plusieurs réactions d'approbation de lecteurs. Nous avons chois de publier deux d'entre elles :


« À vous tous, qui venez de lire l'article de Ayman El Hakim, il me semblefaire une bonne analyse de la situation actuelle de la résistance palestinienne, bien qu'il manque quelques références à ceux qui résistent toujours : Hamas, Jihad islamique, les bigrades al aqsa, FPLP etc. En effet, je pense qu'il faudra compter avec eux et ne surtout pas les exclure du débat politique comme le Fatah l'a fait tant de fois, surtout qu'il ne sont pas prêts d'arrêter le combat et qu'ils ont énormément à amener à la lutte contre l'entité sioniste. Je voudrai aussi rebondir sur Marwan Barghouti. A mon avis il serait le candidat idéal à la succession d'Arafat. Il est très aimé des Palestiniens à côté desquels il a toujours combattu (1ère, 2ème Intifada) et il est un Palestinien de l'Intérieur contrairement à tous ceux qu'Arafat a amené dans ses bagages quand il est rentré de Tunis. Il serait urgent de lancer une campagne internationale pour sa libération afin qu'il puisse participer aux élections et surtout afin qu'il ne passe pas 24 ans en prison comme Neslon Mendela. Les Palestiniens sont un petit peuple d'un courage exceptionnel ne pouvant compter que sur eux mêmes et n'ont pas le temps de voir naître un libérateur. Marwan a fait ses preuves,il pourra rassembler tout le monde, il faut faire campagne pour sa libération. » Ginette Hess Skandrani, Paris

« Superbe article. Bravo !!!!!!!!! Pour être un fervent partisan de Marwan Barghouti, bien plus que Arafat, je vais même plus loin que Ginette : 1- OK pour une pétiton internationationale pour la libération de Marwan Barghouti;
2- demandons d'ores et déjà au peuple palestinien quel dirigeant il souhaite pour le diriger : Marwan Barghouti ou un autre ? Que ce dirigeant soit rapidement mis en place, même sur le papier (dans l'hypothèse de M. Barghouti). » Alain Coutte, Marseille

28/10/04 - La Palestine attend son Nelson Mandela
par Ayman El Hakim, 28 octobre 2004
L'auteur se définit lui-même comme " un cyber-journaliste indépendant et militant"
Ce qui est écrit est écrit. Rien ne pourra changer cette vérité, ni les médecins tunisiens, ni les médecins jordaniens, ni les médecins égyptiens, ni les médecins palestiniens. Ni l'hôpital américain de Neuilly, ni l'hôpital militaire du Val-de-Grâce ne pourront changer le cours du destin, tout au plus retarder quelque peu l'échéance fatale. Ainsi donc, certains semblent découvrir que le "Vieux" est mortel. On avait fini par croire qu'il était immortel.
Abou Ammar se meurt. Yasser Arafat, de son vrai nom Abderraouf Arafat Al Qoudwa Al Husseini, a fêté le 4 août dernier son 75ème anniversaire. Ce n'est pas si mal pour un homme du Tiers-Monde qui toujours débordé d'activité et a vécu de longues années dans des conditions très dures. Son enfermement à la Mouqata depuis 4 ans n'a pas amélioré son état de parkinsonien. À l'heure de sa mort annoncée - le feuilleton peut durer quelques heures, quelques jours ou quelques semaines -, tout le monde s'interroge sur sa succession.
Heureusement, le Raïs ne laisse pas de fils adulte, mais seulement une petite fille de 9 ans : une succession dynastique à la syrienne ou à la nord-coréenne est donc exclue, grâce à Dieu. Un ami a lancé jeudi le slogan "TSD" = «Tout sauf Dahlan ! ». Un autre ami a lancé un pari : «Marwan Barghouty sera président au plus tard d'ici 3 ans ! » Encore faudrait-il que les sionistes le libèrent de la prison où il purge une condamnation à plusieurs fois la prison à vie et qu'ils autorisent des élections dans ce qu'on pourrait appeler, à l'alleamnde, la "Rest-Palästina" (="ce qu'il reste de la Palestine"). Bref, les grandes manoeuvres ont commencé, chacun des candidats cherchant à se placer.
Le pari sur Barghouty évoque irrésistiblement un autre prisonnier célèbre devenu président : Nelson Mandela. Oui, mais Nelson Mandela a passé 24 ans en prison avant d'être élu président d'une République sud-africaine débarrassée de l'apartheid après 43 ans. Et l'organisation de Nelson Mandela, l'ANC avait un siècle d'existence, ce qui en faisait la plus ancienne organisation politique de libération d'Afrique. Et les antagonistes principaux sud-africains, Blancs ou Noirs, avaient une culture commune, chrétienne en l'occurrence. Et Frederick de Klerk, outre qu'il était un démocrate intelligent, était sous la pression des grands patrons blancs sud-africains qui avaient fait leurs comptes et conclu que l'apartheid leur faisait perdre de l'argent et ne rapportait plus. Et ces patrons tenaient à garder la base de leur richesse, à savoir les mines et les industries, une richesse matérielle bien palpable. Rien de semblable en Palestine/Israël, où l'économie israélienne est presque totalement artificielle, virtuelle même et repose essentiellement sur des jeux d'écriture et des transferts d'argent d'Amérique et d'Europe. Israël ne produit pas grand-chose, comparé à l'Afrique du Sud, son économie est essentiellement parasitaire. Ceux qui en profitent ne veulent surtout pas d'une économie plus saine, orientée vers la production de richesses et de biens et services réellement utiles.
Nelson Mandela n'est pas tombé du ciel : il est le produit d'une histoire collective où ont convergé, dans ce qu'elles avaient de meilleur, trois traditions et cultures : la culture traditionnelle des grands peuples africains et de leur résistance à la colonisation, la culture chrétienne importée par les colons et assimilée par les Africains, la culture communiste importée par des immigrants européens. Un des grands hommes de l'ANC a été Joe Slovo, un juif lituanien qui a fait un autre choix que ses coreligionnaires qui ont choisi le sionisme et la Palestine. Résultat : une culture syncrétique adaptée à un peuple métissé et multiculturel.
Pourquoi Arafat n'est-il pas devenu un Nelson Mandela ?
Tous les Sud-Africains qui ont connu et combattu l'apartheid et se sont rendus en Palestine/Israël disent la même chose : «La situation faite aux Palestiniens par les Israéliens est pire que tout ce que nous avons connu. »
Est-ce là l'explication de cette différence ? Pas seulement. Revenons sur l'histoire et sur Abou Ammar.
Arafat est un rescapé, un survivant, il a eu sept vies, mais sa baraka (chance) s'est progressivement transformée en chou'm (malédiction). Il aurait pu mourir les armes à la main comme Che Guevara dès le 31 décembre 1964, date de la première action de guérilla du mouvement Fatah, qu'il créa en 1959, alors qu'il était ingénieur au Koweït. Il aurait pu mourir durant les deux ans de clandestinité dont il sortit après la guerre des Six Jours en juin 1967, assassiné par le Mossad israélien ou par les Moukhabarat d'un des régimes arabes qui le pourchassaient. Il aurait pu être tué lors du Septembre noir, la boucherie de Palestiniens organisée par la Légion arabe du roi Hussein en Jordanie en 1970. Il aurait pu mourir empoisonné à la veille de son discours historique du 13 novembre 1974 devant l'Assemblée générale des Nations unies (« Je suis venu porteur d'un rameau d'olivier et d'un fusil de révolutionnaire, ne laissez pas tomber le rameau de ma main. ») Il aurait pu être tué cent fois lors de la "guerre civile" qui ensanglanta le Liban à partir d'avril 1975. Lorsque le 30 août 1982, il évacue Beyrouth assiégée par l'armée sioniste et s'embarque pour Tunis à bord d'un bateau envoyé par Mitterrand, il est dans le viseur de dizaines de snipers israéliens qui suivent tous es déplacements. Là aussi, il échappe à la balle fatale (ce ne sera pas le cas de milliers de Palestiniens et de Libanais, notamment les habitanst de Sabra et Chatila). Idem lorsqu'il quitte Tripoli le 20 décembre 1983 sous la menace des troupes syriennes et de leurs alliés palestiniens, dissidents du Fatah.
C'est en 1988-1989 que l'on commence à comprendre pourquoi les sionistes l'ont épargné. Le 15 novembre 1988, le Conseil national palestinien (CNP, parlement en exil) proclame symboliquement à Alger un État palestinien indépendant avec Arafat comme président, sur 22% du terrritoire de la Palestine mandataire. Désormais Arafat a abandonné le programme fondateur du Fatah et de l'OLP, qui prévoyait l'instauration d'un seul État démocratique et laïc sur toute la terre de la Palestine historique, avec des droits égaux pour tous, musulmans, chrétiens et...juifs. Il confirme ce virage le 2 mai 1989 quand il a déclare à Paris que la charte de l'OLP est "caudque". C'est l'abandon du projet d'État unique pour tous les habitants de la Palestine et de l'option de la "lutte armée comme seule voie pour la libération de la Palestine".
Désormais, Arafat est tombé sous l'influence de la gauche sioniste israélienne, relayée par ses camarades européens de l'Internationale socialiste, les mendès-france et autres Mario Soarès. Il semble que ce soit Uri Avnery qui l'ait convaincu, dans des contacts secrets remontant à 1972 - Avnery ira voir Arafat dans Beyrout assiégé en 1982 - de renoncer à l'idée d'un seul État pour tous et à se battre pour deux États, afin de préserver l'État juif.
En avril 1992, Arafat réchappe encore une fois miraculeusement d'un curieux accident d'avion au-dessus du désert libyen. Auparvant, dans la douzaine d'années de son séjour à Tunis, il aurait pu succomber à un bombardement israélien ou à une opération commando, comme d'autres responsables palestiniens. Il n'en fut rien.
À partir du 13 septembre 1993, quand il signe avec Rabin à Washington, la Déclaration de principes sur l'autonomie palestinienne, négociée en secret à Oslo, Arafat devient un otage des sionistes et sa marge de manoeuvre se rétrécit considérablement. Et en même temps, Arafat et son équipe, qui n'ont consulté aucune composante de la société palestinienne avant de signer ces Accords, se retrouvent dans la situation des "Judenrat" (les "conseils de juifs") nommés par les nazis pour administrer les ghettos de Pologne pendant la deuxième guerre mondiale. Et ces Judenrat avaient même à leur disposition une "Judenpolizei", une "police juive" chargée des rafles pour les camps. Le patron de l'Autorité palestinienne, un État virtuel, s'expose désormais aux balles ou aux bombes des groupes palestiniens qui n'acceptent pas ce qu'ils considèrent comme une capitulation devant l'État d'Israël. Mais ces groupes sont dirigés par des hommes qui raisonnent et réfléchissent et sont tout sauf des fous furieux. Ils refusent de tomber dans le panneau tendu par les Israéliens, celui d'une guerre civile à la libanaise entre Palestiniens. Cette guerre civile, on l'a frôlée après Oslo, mais on a su l'éviter.
En 1988, Arafat avait expliqué aux membres du CNP réunis à Alger qu'il en allait de la Palestine comme d'un match de foot : « Soit on est spectateur assis dans les gradins, soit on est joueur, et on participe au jeu sur le terrain. » Son choix du "terrain" a été une catastrophe, sans doute la deuxième Nakba palestinienne.
L'Autorité nationale palestinienne évoque irrésistiblement l'armée des frontières algériennes. Celle-ci, installée au Maroc, fit une entrée en force en Algérie durant le premier été de l'indépendance et installa Ben Bella et Boumedienne au pouvoir après avoir "bousculé" les maquisards algériens de l'intérieur, dont quelques milliers furent exécutés sous couvert d'exécutions de "harkis". De la même manière, Arafat a mis au "pouvoir" des Palestiniens de l'extérieur, au détriment des Palestiniens de l'intérieur. C'est la raison principale de la révolte des Tanzims, ces jeunes combattants, souvent fils de notables traditionnels, exclus du "pouvoir".
Abou Ammar n'aura pas une mort glorieuse. Ce dictateur du détail capable de réveiller tout son staff à 3 heures du matin pour faire une réunion d'urgence sur des questions de détail insignifiantes a fait son temps. Comme dit le proverbe arabe : « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. » Malgré toutes ses erreurs, considérées par certains comme des trahisons, surtout à partir de 1988, Arafat n'a jamais eu qu'un pouvoir relatif, à cause des contre-pouvoirs fort actifs dans la société palestinienne. Nous garderons de lui le souvenir du combattant de 1947-1948, de 1965-1982, plutôt que de l'homme vieillissant souriant béatement à une plaisanterie cynique d'Yzthak Rabin à Washington : « Le sport national juif, c'est la tchatche. De ce point de vue, je crois que le président Arafat est devenu...juif. »
Désormais, la Palestine attend son Nelson Mandela. Pour cela, il faudra sans doute que l'Autorité virtuelle palestinenne disparaisse et que les organisations palestiniennes inventent mille nouvelles formes de résistance et d'organisation, ancrées dans les traditions, les potentialités et l'inventivité de leur peuple. Cela, de plus en plus de militants palestiniens l'ont compris. Jusqu'au propre Fatah, fondé par Abou Ammar, qui déclarait en décembre 2003 : « sacrifier l'Etat palestinien à l'obtention effective du retour des réfugiés servirait la stratégie palestinienne globale, alors que sacrifier le droit au retour des réfugiés afin de monnayer un pseudo-État à la souveraineté limitée (comme actuellement) revient à sacrifier les droits, les rêves et les aspirations de notre peuple. »
Et le tapage autour de l'agonie d'Arafat, tout comme le psychodrame du vote du "plan Sharon" à la Knesset, ne doit pas nous faire oublier qu'en terre de Palestine, chaque jour, des innocents meurent sur le coup, sans médecins à leur chevet. La plus récente créature innocente qui a été assassinée par l'occupant avait neuf ans. Elle s'appellait Rania Karram. Elle se trouvait devant sa maison à Khan Younès. Elle a été atteinte par les tirs des soldats qui "protègent" les colons de Gush Katif. Elle n'a pas fait la Une des journaux, mais elle vit dans nos coeurs.

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