Dans la roue de Marcos : la marche des zapatistes,
en 2001 au Mexique, filmée de l'intérieur.
par René Solis, Libération, 16 novembre 2005
«La Fragile Armada» de Jacques Kebadian et Joani Hocquenghem
; 2h14 Sur le zócalo - la grand-place de Mexico -, une foule
écoute un discours du sous-commandant Marcos. Nous sommes le
11 mars 2001 et la Marche de la dignité indienne, entamée
par les zapatistes deux semaines plus tôt, touche à sa
fin. A la tribune, Marcos égrène les noms des soixante
et quelque peuples indiens qui vivent sur le sol mexicain. Mais la caméra
semble s'en désintéresser. Plantée au milieu de
la foule, elle ne quitte pas le visage d'une jeune fille en lutte contre
le sommeil. La chaleur, la fatigue, la voix monotone de l'orateur pèsent
sur ses paupières. Elle finit par s'endormir contre l'épaule
de son père. Ainsi se termine "la Fragile Armada",
le film de Jacques Kebadian et Joani Hocquenghem, à la fois vaincu
par l'épuisement et rattrapé par le cinéma, comme
apaisé d'avoir définitivement pris la tangente. La jeune
fille n'est pas anonyme : elle s'appelle Karem. Angel, son père,
est instituteur à Nezahualcoyotl dans la banlieue de Mexico.
Tous deux ont suivi la Marche depuis son départ de San Cristobal
de la Casas, au Chiapas.
Le 25 février 2001, vingt-quatre dirigeants zapatistes, dont
le sous-commandant Marcos, accompagnés de plusieurs centaines
de sympathisants, ont entamé leur périple en autobus.
Objectif : Mexico. A chaque étape, des discours, des meetings,
des rencontres. Principale revendication : l'application des accords
de San Andrés, signés en 1996, qui prévoyaient
une large autonomie pour les peuples indiens du Mexique. Hocquenghem
et Kebadian sont montés dans l'un des autobus de la caravane.
Le premier, écrivain, journaliste, traducteur, vit au Mexique
depuis 1975. Le second, après avoir été assistant
de Robert Bresson, a entamé sa carrière de documentariste
en 1967 par un film sur Trotski. Ni naïfs ni revenus de tout, ils
ont filmé de l'intérieur cette traversée du Mexique
dont ils sont la fois témoins et acteurs. Une double position
qui fait le charme d'un film commencé sur un ton plutôt
militant (rappel historique en voix off, interviews, extraits de discours
édifiants), et gagné, au fur et à mesure du périple,
par un irrésistible besoin d'évasion. Par la fenêtre
du bus, l'oeil rôde, attentif aux détails du paysage et
aux visages entraperçus. Le soir, à l'étape, la
caméra, vite lassée de se planter face aux orateurs, se
promène dans la foule, fixe des pigeons posés sur le chapeau
d'une statue monumentale de Zapata, ou surprend au petit matin sur une
place de village des voyageurs hébétés réveillés
par une chanson de Julio Iglesias. Elle apprend à mieux connaître
ses compagnons de route : Rogelio, l'étudiant libertaire qui
vend "la Guillotina", le journal qu'il rédige avec
des copains, Angel et sa fille, et d'autres encore, montés pour
un bout de chemin, dont le vieux délégué des Kikapoo,
un peuple chassé des bords du lac Michigan au XIXe siècle
et dont huit cents descendants vivent aujourd'hui au nord du Mexique.
Le tout rythmé par les fanfares, les klaxons, les appels à
l'insurrection pacifique et les récits légendaires qui
jalonnent ce qu'Hocquenghem appelle "la piste de l'insoumission".
«Rwanda, l'histoire secrète»,
par Abdul Ruzibiza, Éditions du Panama, Paris, novembre 2005
Le lieutenant Abdul Ruzibiza est un témoin de l'intérieur.
Engagé dans trois procédures judiciaires contre les responsables
de l'Armée patriotique rwandaise (APR) pour les crimes commis
au Rwanda entre 1990 et 2001, l'officier a décidé de révéler
le fonctionnement d'une armée rebelle qui a perdu de son romantisme
en s'emparant du pouvoir. Depuis son exil de Norvège, l'auteur
de «Rwanda, l'histoire secrète», publiée aux
éditions Panama, dénonce les pouvoirs successifs au Rwanda
et la «complicité» de la France avec les artisans
du génocide de 1994. Il affirme avoir appartenu au Network, un
réseau de renseignements monté au sein de l'APR, qu'il
aurait rejoint début 1990. Aujourd'hui, il pointe particulièrement
les crimes commis par ceux dont il a servi la cause et qui sont désormais
au pouvoir.
Réfugié en Ouganda, Abdul Ruzibiza avait obtenu, en 2003,
un visa de l'ambassade de France et s'était rendu à Paris
pour une audition à la demande du juge antiterroriste Jean-Louis
Bruguière, chargé d'une instruction sur l'attentat perpétré
le 6 avril 1994 contre l'avion du président rwandais Juvénal
Habyarimana. L'événement avait servi de prétexte
au génocide de près de 800 000 Tutsi et Hutu de l'opposition.
Cadeau de la France au régime de Kigali, le Falcon 50 était
piloté par des coopérants français, dont les familles
avaient saisi le juge. Enterrée dans ses débuts, l'enquête
n'a réellement démarré qu'en 2001. En mars 2004,
suite aux révélations du Monde sur le dossier du juge
français qui identifiait l'officier rwandais comme l'un des témoins
clés, Abdul Ruzibiza s'était retrouvé au c¦ur
d'une polémique, accusé d'être au service de la
thèse française dans le contentieux plus large d'une complicité
objective de la France avec le régime du génocide, et
d'en retirer des gains personnels. Mais alors que le juge français
n'a toujours pas transmis ses conclusions au parquet il pourrait
le faire fin 2005, début 2006 l'officier rwandais s'interroge
aujourd'hui «sur le caractère politique d'une affaire»
qui assombrit des relations déjà tendues entre Paris et
Kigali. Son livre est aussi un réquisitoire contre la politique
conduite par la France au Rwanda entre 1990 et 1994.
Conquête du pouvoir à tout prix
L'attentat a fait l'objet de plusieurs hypothèses. Le lieutenant
Ruzibiza en attribue la responsabilité au Front patriotique rwandais
(FPR), aujourd'hui au pouvoir, et raconte le détail de préparatifs
auxquels il aurait participé. Avec le départ des troupes
françaises en 1993, écrit-il, le FPR estimait qu'il pouvait
emporter la guerre et attendait le moment opportun pour abattre le président
rwandais. Il rappelle qu'au titre d'accords de coopération militaire,
la France avait armé et renforcé les Forces armées
rwandaises (FAR), empêchant les rebelles de mener une campagne
décisive. La mort du président hutu Juvénal Habyarimana
s'était ensuivie du génocide contre les Tutsis. L'officier
Ruzibiza a perdu tous les membres de sa famille dans la tragédie,
mais considère que si le général Paul Kagame, aujourd'hui
président, «n'avait pas été préoccupé
uniquement par la conquête rapide et à tout prix du pouvoir,
il aurait sauvé beaucoup de Tutsis tout en gardant sa capacité
de gagner la guerre». Abdul Ruzibiza évoque aussi les massacres
commis par l'APR pendant que se déroule le génocide des
Tutsis. «Nous [les soldats de l'APR] n'accusons pas le président
Paul Kagame de la mort des miliciens interahamwes qui ont été
tués sur le champ de bataille en nous combattant, nous l'accusons
de la mort de civils innocents qui ont été tués
sous ses ordres et de façon planifiée.»
En 2002, Abdul Ruzibiza avait été interrogé à
Kampala, par les enquêteurs du tribunal pénal international
pour le Rwanda (TPIR). Mais la conduite des «enquêtes spéciales»
avaient entraîné un bras de fer entre Kigali et la juridiction,
basée en Tanzanie. A Arusha, le procureur, Hassan Bubacar Jallow,
reste prudent et préfère ne pas se prononcer sur d'éventuelles
mises en accusations. «JŒétudie le résultat
des enquêtes menées par le parquet» et «j'attends
qu'on m'apporte des éléments supplémentaires»,
dit-il. Dans son ouvrage, Abdul Ruzibiza raconte aussi «la guerre
des infiltrés» menée entre 1997 et 2001. Au cours
de cette période, les attaques des partisans de l'ancien régime
hutu, toujours actifs dans leur exil de l'est du Zaïre, ont conduit
à des expéditions punitives de l'APR. Ces dernières
se sont soldées par le massacre de populations civiles. L'officier
rwandais est aussi témoin dans une affaire ouverte en Espagne
à l'encontre de 69 membres de l'Armée patriotique rwandaise
pour leur implication dans le meurtre de coopérants espagnols
et pour des crimes commis entre 1990 et 2002.
Source : Stéphanie Maupas, RFI, 14 novembre 2005
Parution le 25 novembre du premier volume du
Journal de Joseph Goebbels en français
Le premier volume du Journal de Joseph Goebbels (années 1943-45),
document historique de première importance sur la folie du Reich
au quotidien, sortira en librairie le 25 novembre, ont annoncé
mercredi les éditions Tallandier.
Joseph Goebbels, ministre de l'Education populaire et de la Propagande
du National-socialisme, a été le seul haut dignitaire
nazi à avoir tenu régulièrement son journal de
1923 jusqu'à l'effondrement définitif du régime
en 1945. Ce journal, qui comprend 42.783 pages, constitue l'unique source
écrite sur le processus de décision de Hitler et de son
entourage immédiat, a rappelé l'éditeur.
S'appuyant sur l'édition scientifique établie par l'Institut
d'histoire contemporaine de Munich et de Berlin qui a publié,
à partir de 1993, l'intégralité de ce Journal,
Tallandier inaugure une version en langue française en quatre
parties.
Dans ce premier volume (766 pages, 35 euros), Goebbels devient le
confident le plus proche de Hitler. "Mes pouvoirs sont illimités.
Il se formera pour ainsi dire une dictature (...) dans laquelle je serai
le dictateur psychologique et la force motrice de toute l'action",
écrit Goebbels. Il chronique l'actualité : massacres,
déportations, armes secrètes, mondanités, rivalités
entre les chefs, chute de Mussolini, insurrection du ghetto de Varsovie,
débarquement du 6 juin 1944, attentat du 20 juillet etc. Il raconte
ses conversations avec le Führer, lequel s'en prend souvent à
ses propres généraux, son mépris pour ses alliés,
ses relations complexes avec le Vatican, avec l'église d'Allemagne,
le gouvernement de Vichy, et parle longuement de la "question juive".
Les trois autres volumes sont programmés pour les deux ans
qui viennent. Source : AFP, 16 novembre 2005
Arlit, deuxième Paris, de Idrissou Mora-Kpaï,
France / Bénin, 2005, 35mm, couleur, 78 minutes
Née des mines d'uranium et de l'immigration, Arlit, ville située
dans le désert nigérien était l'équivalent
dans les années 70, pour la sous-région africaine, du
New York du 19ème siècle. Une sorte de terre daventure
où il paraissait possible à tout un chacun de se faire
une situation meilleure.
La rébellion touarègue et la chute des cours de l'uranium
ont changé la donne. Au cours de son précédent
tournage, le réalisateur a retrouvé le vieil Issa qui
l'avait hébergé à Arlit au Niger alors quil
partait pour l'Europe. Cétait il y a dix-sept ans. Il décide
alors de suivre le vieil homme qui se rend une dernière fois
à Arlit pour voir son fils et ses anciens amis. C'est l'occasion
pour le réalisateur de nous faire découvrir cette ville
à la frontière du désert. Ancien eldorado et plaque
tournante de la région dans les années soixante-dix en
raison de lexploitation de luranium par la COGEMA, devenue
une ville fantôme depuis la rébellion touarègue
et le départ annoncé de la société française,
Arlit sest aussi métamorphosée en lieu de transit
pour les clandestins en partance pour lAlgérie. Ce film
met également en évidence l'étonnant mélange
de populations dû aux couches de migrations successives qui font
de ce lieu un endroit unique et magique.
Source : www.clapnoir.org
Le cinéaste israélien David PERLOV
au Centre Pompidou à Paris du 19 octobre au 4 novembre
« Chronique israélienne d'un cinéaste né
au Brésil » et exposition. Projection des films : «
Journal 1973-1977 », « A Jérusalem », «
Tante Chinoise et les autres », « Mes Photos ».
« L'idée de faire un journal cinématographique a
germé en moi avant la guerre de Kippour mais pas de manière
très précise. À ce moment-là, j'étais
occupé à faire six films sur des gens qui évoquaient
leurs souvenirs de la guerre d'Indépendance. Un travail de journaliste,
en fait. Ces films étaient destinés à la télévision.
C'était la première fois que je travaillais avec une caméra
16 mm BL, ayant utilisé jusqu'alors une 35 mm qui est une caméra
lourde et compliquée, et qui exige une mise en scène précise.
Je me trouvais à Jérusalem, sur le toit d'une maison pour
photographier le lieu où les Arabes ont fait sauter l'Agence
juive en utilisant une voiture piégée. Et tout à
coup, une jeune prostituée apparaît sur le toit venue
d'une autre planète et je parle avec elle. J'oubliais presque
ce que j'étais venu faire. Son monologue était impressionnant.
Il était évident qu'avec ma nouvelle petite caméra,
je pouvais facilement la photographier, enregistrer sa voix. Et je me
suis dit... Voilà, c'est ce qu'il faut faire. Errer avec la caméra
en main et filmer... C'est ce que j'avais fait, déjà,
dans À Jérusalem. » (David Perlov, Extrait de :
« Entretien avec David Perlov », de Ouri Klein et Irma Klein)
Renseignements : www.centrepompidou.fr
« L'incroyable destinée de Monsieur
Byennémé », un spectacle guadeloupéen à
Paris
« L'incroyable destinée de Monsieur Byennémé
» arrive à Paris et région parisienne. Ce spectacle
en langue créole, écrit et interprété par
Gérard Delver, a obtenu un vif succès en Guadeloupe et
en Martinique. Il est produit par l'Association Gwadloup-au-Pluriel
(Petit-Bourg) et va être présenté en octobre et
novembre 2005 à Paris et en région parisienne.
L'histoire est celle d'une vie ordinaire, « tellement bien adaptée
à un système qu'elle en devient la contestation la plus
achevée ». Donnée sur le ton de l'humour, du rire
et de la dérision, l'Incroyable destinée de Monsieur Byennémé
est une fresque de démesures qui touche aussi bien le jeune public
que les plus âgés.
Dates de représentation :
Samedi 12 Novembre 2005. Salle André Malraux, Sarcelles Village
(95).
Du lundi 14 novembre au lundi 28 novembre 2005 Les dimanches à
18h00 et les lundi à 20h30 : Théâtre de la Main
d'Or - 15 Passage de la Main d'Or 75011 Paris. Métro Ledru-Rollin.
Miloud Mi-Raisin à partir du 7 novembre
à Paris
"Miloud-Mi-Raisin": un one-man-show 100 pur 100 humour noir.
Menteur, xénophobe, macho, misogyne, intolérant, violent,
arnaqueur, dictateur, arriviste, voleur...Spectacle Interdit au moins
de 99 ans ! Alors les petites natures : "Restez devant la télé,
les kamikazes, à bientôt!"
Auteur et interprète: Miloud
Mise en scène: Miloud
Dates: tous les lundi à partir du 7 novembre 2005
Horaire: 20h30 Durée: 1h20
Lieu: Le Théatre du Gymnase Marie Bell
Adresse: 38 bd Bonne Nouvelle 75010 Paris
Métro Bonne Nouvelle. Résa: 0142469482
Résumé
Sur fond noir, sans accessoire, Miloud, arpente la scène avec
sa verve pour seule arme. Avec son visage expressif, comme élastique,
ses talents de mime et d'imitateur et sa jovialité, , il allume
les spectateurs et chauffe la salle comme un animateur ordinaire. Le
one-man show de ce personnage pléthorique tourne autour de sa
qualité d'adulte issu de l'immigration, avec ce que le parcours
du combattant du candidat à l'intégration implique : confrontation
avec la niaiserie, la bêtise, les préjugés et le
racisme ordinaires. Avec allusions aux dérapages imputés
à la présence des beurs, blacks et autres chinois sur
le territoire français, son sens de l'observation et de la formule,
de la vanne, son auto-dérision bon enfant ou sale gosse s'assortissent
d'un côté résolument dénué de cabotinage,
et aussi peu « parisianiste » que possible : avec lui on
reste entre copains, complices. Marie Ordinis
Erica Fraters, Les réfractaires à
la guerre d'Algérie (1959-1961), Éditions Syllepse, Paris,
200 pages - 18 Euro. À paraître.
Une quarantaine de réfractaires à la guerre d'Algérie
et certains de celles et de ceux qui ont manifesté, alors, leur
solidarité avec la lutte de libération du peuple algérien
racontent leur engagement individuel et collectif, leur action pour
un service civil et parlent du sens toujours actuel de leur histoire.
L'équipée de ce livre commence en 2001 lorsque, un peu
par hasard, une douzaine d'entre eux se retrouvent dans la banlieue
parisienne à propos d'une enquête sur le camp de prisonniers
de Mauzac. Il faut dire que le temps n'avait pas complètement
distendu les liens noués au moment où, jeunes et moins
jeunes, ils s'étaient opposés à cette guerre. L'idée
d'une rencontre nait alors et elle se concrétise en juin 2003
sur le Causse Noir du Larzac. Avoir l'envie de se rencontrer, tous,
tant d'années après, était parfaitement déraisonnable.
Déraisonnables, ils avaient déjà montré
qu'ils pouvaient l'être.
Déjà parus
Jean Martin, Algérie 1956. Pacifier. Tuer, 2001, 128 pages -
9,15 €
Au début de la guerre d'Algérie, un simple appelé
du contingent raconte, benoitement, dans des lettres adressées
à sa famille, les basses besognes de l'armée française.
Aissa Kadri & Gérard Prévost (coord.), Mémoires
algériennes, 2004, 170 pages - 17 €
Institut de recherche FSU & Centre EPS et société,
A l'épreuve de la guerre d'Algérie, 2005, 242 pages -
20 €
Professeurs d'éducation physique et sportive appelés du
contingent ou « rappelés » à partir de 1954,
ils témoignent.
Sylvain Pattieu, Les camarades des frères, Trotskistes et libertaires
dans la guerre d'Algérie, 2002, 292 pages - 19,5 €
Editions Syllepse, 69 rue des Rigoles, 75020 Paris, edition@syllepse.net,
URL : www.syllepse.net. En librairie: Diffusion-Distribution VILO
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