> Torah, Bible, Coran, livres de parole,
exposition jusqu’ au 30 avril 2006
Bibliothèque nationale de France – site François-Mitterrand,
Quai François-Mauriac – Paris XIIIe, Métro : Bibliothèque
– Quai de la Gare, Renseignements : 01 53 79 59 59
Du mardi au samedi de 10h à 19h, le dimanche de 12h à
19h. Fermeture lundi et jours fériés . Entrée :
5€ , tarif réduit : 3€50
Les aventures de la Torah, de la Bible et du Coran : une exposition
à la BNF de Paris
par Éric Biétry-Rivierre, Le Figaro, 22 décembre
2005
Exposition La BNF évoque la formation, les cheminements et les
interactions des textes fondateurs des trois religions monothéistes.
Trois mille ans d'histoire sacrée mesurés à l'aune
du bibliographe.
CE SONT LES FONDEMENTS, les jalons et les carrefours de notre Occident
ainsi que d'une bonne part de l'Orient. Ils témoignent de la
plus grande aventure et sont eux-mêmes aventure. Torah, Bible,
Coran. Trois fleuves inépuisables qui se ressemblent, diffèrent
et s'entremêlent. La BNF les évoque en 146 pièces,
de fragments en rouleaux, de manuscrits en imprimés, d'images
pieuses en phylactères, sans prosélytisme aucun mais avec
tout l'équilibre et la rigueur dont est capable cette grande
institution laïque. «Ces livres nous arrivent aujourd'hui
délivrés de tout ce qui, longtemps, pour de mauvaises
raisons, put en obstruer l'accès», se félicite dans
la préface du catalogue Jean-Noël Jeanneney, le président
de l'institution.
«Il ne s'agit pas d'une exposition sur les religions», prévient
pour sa part Annie Vernay-Nouri, conservateur au département
des Manuscrits, division orientale. Cela même si elle invite à
lire ou à relire. La thématique retenue se limite ainsi,
rigoureusement, aux destins tortueux des textes, leur cristallisation,
leurs traditions et leurs cheminements, ce qui est déjà
beaucoup.
Ainsi, pour que l'affirmation philologique soit claire dès l'entrée,
après une carte géographique, une chronologie est détaillée
sur plusieurs mètres, remplissant tout un vestibule. Nous irons
de l'ébauche du monothéisme à l'époque des
Patriarches, soit à partir d'environ 1900 av. J.-C., à
1534, année de la publication de la Bible de Luther considérée
comme canonique par l'Église protestante d'Allemagne et qui s'appuie
sur les textes originaux grecs et hébreux antérieurs à
ceux utilisés pour la Vulgate de l'Église romaine. Ce
faisant nous serons passés, entre 644 et 656, par la version
définitive du Coran établie, dit la tradition, sous Uthman,
troisième calife (présentation des plus anciens feuillets
coraniques conservés, parchemin du milieu du VIIe siècle).
Place à l'Histoire donc, rien que l'Histoire. Elle n'est en rien
austère ici, fascinante au contraire à bien des égards
à travers ces merveilleux objets témoins, touchants, ne
serait-ce que par leur fragilité. Papyrus, pierres, bois, parchemins
et papiers, bien sûr. Si anciens, si rares qu'ils sont parfois
réduits à quelques bouts d'écriture comme ces échantillons
des manuscrits de la mer Morte (début du Ier siècle) découverts
à Qumrân en 1947. Non loin voici la monumentale Bible de
Souvigny venue de la Bibliothèque de Moulins, exceptionnellement
prêtée, ouverte à une enluminure représentant
Abraham dans les jambes du «A» d'Adam le premier homme.
L'Araméen à barbe blanche tient contre sa poitrine tous
les peuples issus des fils de Noé. La présentation résume
le monothéisme et Abraham le tronc commun.
La première Bible en français
Puis les fleuves se forment, d'abord en hébreu, en grec, en
arabe. Avec comme sources symboliques trois luminaires cylindriques
évoquant la Donation de la Torah à Moïse, l'Annonce
faite à Marie et la Révélation murmurée
à Muhammad *. Trois longs présentoirs suivent renfermant
bien des richesses où les filiations, les ruptures et les apports
communs sont soulignés. La scénographie de Loretta Gaïtis
est, en effet, ponctuée de fiches pédagogiques et de points
multimédias aidant à ces regards croisés.
Un exemple ? Le thème du sacrifice. Il y a celui d'Isaac visible
sur une miniature d'un Pentateuque copié en Bourgogne vers 1300.
Il y a celui de Jésus dont la crucifixion en argent repoussé
et doré sur ais de bois orne l'opulente reliure du premier évangéliaire
de la Sainte-Chapelle (1248). Il y a enfin celui d'Ismaël, fils
d'Agar, un couple à qui la tradition attribue la fondation de
la Ka'ba. La scène se trouve dans une Histoire des prophètes
réalisée à Qazvin (Iran) vers 1595. Abraham qui
tient le couteau y est Ibrâhîm.
Autre regard croisé, non plus thématique mais formel celui-là
: les traductions. La BNF a, entre autres, sélectionné
un Pentateuque en arabe du Xe siècle et un Évangéliaire
dans la même langue datant du XIIIe. A l'inverse, voici la première
version latine du Coran. Elle a été effectuée sous
la direction de Pierre le Vénérable à l'abbaye
de Cluny en 1143. Surprise : il est ouvert sur une enluminure qui caricature
le Prophète. Pierre le Vénérable oeuvrait en effet
dans un contexte polémique. Jusqu'alors il était interdit
de vendre le Coran aux non-musulmans. D'un autre côté,
il fallait bien pouvoir le lire si l'on prétendait le réfuter.
A propos des traductions, déplorons l'absence du manuscrit sur
la vie de saint Jérôme, premier à unifier les textes
latins aux Grecs et aux Hébreux. Trop fragile, il n'est présent
qu'en diapositive. En revanche, signalons la traduction d'Alcuin, sous
Charlemagne. La première Bible en français est là
aussi, ouverte sur les six jours de la Création. Elle a été
conçue par Philippe IV de Lévis et Antoinette d'Anduze
(deuxième quart du XVe siècle). A ses côtés,
la version dite de Ferrare, 1553, est la première en espagnol.
Ainsi l'universalité et la communauté des messages priment
dans les textes plus que les dissemblances. Comment dès lors
ne pas s'asseoir et lire un peu dans l'espace réservé
pour cela en fin de visite. Ou méditer sur la margelle d'un «puits
de connais sance» où l'on entend des extraits des textes
sacrés devant une cosmogonie sur laquelle apparaît le nom
de Dieu écrit en mille langues.
* Mahomet est une altération du nom de Muhammad.
À découvrir sur la Toile
Quand Fadéla Amara est invitée au royaume des Belges et
se fait interpeller par des “intégristes bien intégrés”
Le 7 décembre dernier, Fadéla Amara, présidente
de Ni Putes Ni Soumises et Dominique Sopo, président de SOS-Racisme,
étaient invités par le Centre Communautaire Laïc
Juif (CCLJ) et l'Université Libre de Bruxelles (ULB) à
un débat sur le thème : «La laïcité,
rempart contre les intégrismes, le racisme, l’antisémitisme,
la misogynie et l’homophobie. » (Les organisateurs avaient
oublié, comme d’habitude l’islamophobie et la pédophilie).
Ce fut un débat haut en couleurs et même hilarant entre
une salle dominée par des juifs et des sionistes et une tribune
occupée par des sionistes, des francs-maçons et des “musulmans
laïques”. Les militants du parti des Jeunes Musulmans ont
eu la bonne idée de s’inviter à ce débat,
d’intervenir et de l’enregistrer. On peut entendre et lire
des principales interventions dans le débat sur leur site, à
l’URL suivante : http://www.mvjm.be/dossiers/SOCIETE/CCLJ_ULB_NPNS_071205/PJM_y_etait.html
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