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À lire, à voir, à entendre

 

Mon Nom est Rachel Corrie, au Royal Court Theater, Londres du 11 au 29 octobre.

 

Avec Megand Dodds, mise en scène de Alan Rickman, texte de Katharine Viner.
Rachel a été tuée par un bulldozer mais ses paroles incitent à agir
par Cindy et Craig Corrie, www.guardian.co.uk/. Traduit de l'anglais par MG pour http://www.ism-france.org. Courriel des auteurs : rachelsmessage@the-corries.com

Quand notre fille Rachel Corrie a été tuée par un bulldozer israélien dans la bande de Gaza le 16 mars 2003, la première réaction a été de faire connaître ses paroles au monde.

Elle avait travaillé à Rafah avec une organisation de résistance non-violente, l'International Solidarity Movement (ISM), pour essayer d'arrêter la démolition des maisons et des puits palestiniens.

Ses emails qu'elle envoyait à la maison ont eu un fort impact sur notre famille, nous donnant une vision de la situation au Moyen-Orient que nous n'avions jamais eu avant.


Sans correspondance directe avec Israel et la Palestine, nous n'avions pas compris la nature dévastatrice de la situation des Palestiniens.
Venant des Etats-Unis, notre allégeance et empathie avaient toujours été avec le peuple d'Israel.

Après la mort de Rachel, nous avons réalisé que ses mots avaient un effet semblable sur d'autres dont les vies étaient changées, comme l'ont été les nôtres - pas simplement par la mort de Rachel, mais par la fenêtre de ses écrits venant de l'expérience palestinienne et par son appel à l'action.

Au début de cette année, quand un spectacle créé entièrement d'après les email et le journal de Rachel a été joué pour la première fois à Londres, nous avons vu d'une manière très immédiate l'impact que les mots de Rachel pouvaient avoir sur les autres.

Le théâtre peut atteindre des personnes dans un lieu différent et plus profond que lire un article de journal ou écouter un discours : il y a un aspect émotionnel qui pour certains peut être plus durable et motivant.

Le théâtre humanise; tous les arts humanisent.
Il nous emmène loin de la simple logique et du raisonnable. Dans le conflit Israelo-Palestinien, il y a souvent un calcul très logique de la mort et de la guerre - et vous devez sortir des murs de cette logique afin de construire une logique de paix.

La pièce, Mon Nom est Rachel Corrie, ne parle pas seulement de la façon dont Rachel est morte, même si c'est la raison pour laquelle elle est connue et que l'on s'en souvient.

Elle éclaire également sur son humanité, en traçant son évolution d'auto-exploration d'adolescent typique à travers à sa recherche d'une voix politique. La pièce inclut une partie de ses écrits qui pourraient être considérés comme non flatteurs pour nous, et même pour elle. Mieux que ça, bien que, en étant un symbole d'une dimension.

C'est déconcertant mais également rassurant de voir un acteur qui ressemble beaucoup à Rachel - Megan Dodds ­ jouer le rôle de notre fille sur scène.
Dans la scène d'ouverture, quand Rachel se réveille dans sa chambre à coucher en désordre, la ressemblance est presque trop.
Mais Megan vit les paroles de Rachel qui parfois nous semblent familières mais également parfois étonnantes, de sorte que nous apprennons d'elle ce que Rachel pouvait penser.

À plusieurs reprises dans la pièce, Megan décrète recevoir des email de nous - les vrais emails que nous avons réellement envoyés à Rachel.
Nous n'avions jamais imaginé avant les réactions de notre fille à la réception de nos messages jusqu'à ce que nous les ayons vues sur scène.

Rachel était un véritable être humain. Parfois, quand les gens l'idéalisent, nous nous sentons vulnérables pour elle. En connaissant totalement l'être humain, sentiraient-ils la même chose? Grâce à Mon Nom est Rachel Corrie, les gens peuvent connaître Rachel plus globalement.

Franchement, notre fille est devenue un symbole positif pour les gens. Son histoire et ses mots semblent motiver d'autres pour faire quelque chose, pas simplement pour s'asseoir et parler de la situation du monde dans leurs salons et être tristes.

Le week-end après la mort de Rachel, nous avons discuté avec de vieux amis sur ce que nous devrions faire.
Nous avons dû trouver une réponse.

Par certains côtés, nous avons peut-être été plus chanceux que d'autres parents qui ont perdu des enfants, parce que la réponse dans notre situation était évidente.

Par ses efforts pour éduquer et établir des liens permanents avec les Palestiniens de Rafah, Rachel nous a fourni un chemin.

Dans un e-mail de Rachel à son ami Todd, elle lui dit plus de 10 fois qu'il doit venir à Gaza. "Viens ici !", répète-t'elle à plusieurs reprises.
Est ce ce que Rachel aurait voulu que nous y allions aussi : pour essayer de continuer ce qu'elle a commencé ?

Nous avons récemment passé du temps aux Etats-Unis avec les membres de la famille qui étaient derrière le mur de la maison où se tenait Rachel pour la protéger. Pendant un mois nous avons mangé, joué et voyagé avec Sama, 15 ans.

Quel futur a-t-elle, en vivant dans ce qui correspond maintenant à une prison de masse à Gaza?

Le désengagement récent fournir peut-être un soulagement manifeste pour les Gazéens. Mais il est difficile de ne pas comparer la couverture médiatique accordée au départ des colons israéliens avec celle donnée aux nombreuses familles palestiniennes qui ont perdu leurs maisons par les démolitions à Gaza.

Ce qui s'est produit en Cisjordanie sous couvert du désengagement ­ la construction du Mur et l'expansion des colonies ­ est également très inquiétant.

Et quand le proche collaborateur du Premier Ministre israélien, Dov Weisglass, déclare que la véritable intention du désengagement de Gaza était de mettre le processus de paix dans le formol, nous devons le prendre au mot. Nous devons continuer à insister pour un processus de paix et travailler pour un Etat palestinien viable qui bénéficiera aux Palestiniens, aux Israéliens et au reste du monde.

En attendant, nous demandons toujours à notre gouvernement une enquête américaine sur le meurtre de Rachel. Le Département d'Etat américain a été enregistré disant que le rapport de la police militaire israélienne ne reflète pas une enquête qui était "complète, plausible et transparente", en dépit de ce qui avait été promis par Ariel Sharon au Président Bush.

En mars, nous lançons un procès contre les Forces de la Défense israéliennes et le gouvernement israélien, pour chercher la justice pour Rachel et également des informations.

Nous avons toujours voulu savoir ce qui s'est passé le 16 mars 2003, et pourquoi les rapports des témoins oculaires internationaux sont tellement radicalement différents des rapports des soldats impliqués.

Malheureusement, le parlement israélien, contrairement au droit international, a voté une législation rétroactive rendant impossible à la plupart des Palestiniens et aux autres d'intenter un procès contre l'IDF pour les préjudices qui ont eu lieu dans les territoires occupés après septembre 2000.

Aux Etats-Unis, nous avons entrepris une action judiciaire contre Caterpillar Inc., qui a fabriqué le bulldozer D-9R qui a tué Rachel.

En vertu d'une loi existante aux Etats-Unis, les sociétés peuvent être, et sont tenues pour responsables quand elles continuent sciemment à fournir des marchandises et des services qui sont utilisés en violation des droits de l'homme.


Le mois précédent sa mort, Rachel nous avait écrit l'email suivant :
"J'attends avec impatience de voir de plus en plus de gens qui voudront résister à la direction dans laquelle le monde avance, une direction où nos expériences personnelles ne sont pas pertinentes, que nous sommes mauvais, que nos communautés ne sont pas importantes, que nous sommes impuissants, que notre futur est déterminé, et que le niveau le plus élevé de l'humanité est exprimé par ce que nous choisissons d'acheter au centre commercial."

L'action a déjà découlé de ses mots.
URL : http://www.royalcourttheatre.com/whatson01.asp?play=401

 

 

Antisionisme : le nouvel antisémitisme,

 

de Paul Giniewski, éditions Cheminements, septembre 2005, 318 pages, 22 Euro, http://www.cheminements.fr
Il s'agit d'un ouvrage qui se veut une thèse « démontrant » l'équation : antisionisme = antisémitisme.
Très mal écrit, ce bouquin semble destiné en priorité aux sionistes qui ont besoin de se remonter le moral.
On y trouve toutes les cinq pages des affirmations racistes tombant sous le coup de la loi (avis aux amateurs).
Le style est tellement amphigourique et outré, que l'auteur dit à plusieurs reprises l'exact contraire de ce qu'il veut signifier.
Page 220 : il cite Israël Shamir, en le présentant ainsi :
« Ce langage débridé apparaît, à son tour, académique et châtié, par comparaison avec un texte d'Israël Shamir, écrivain et journaliste issu de l'immigration de l'ex-URSS, traducteur de Joyce, d'Agnon, d'Homère en russe et collaborateur de journaux locaux et étrangers respectés : « (citation) ». »
- On constate que Giniewski ne met absolument pas en cause la qualité d'écrivain et de journaliste de Shamir, ce que font (beaucoup) d'autres auteurs sionistes
Page 285 : il cite Edgar Morin, en des termes qui posent problème, car il l'utilise aux fins de sa propre démonstration.
« (.) Quelle consolation trouver dans le fait que l'antisionisme soit propagé d'une part par des antisémites notoires, notamment aux extrêmes-droites, d'autre part par des antisémites qui s'ignorent, notamment dans les gauches ? Et en quoi l'homme de gauche, censé « bon » par définition est-il bon quand il fait le mal, progressiste quand il fait régresser la civilisation humaine dans la sphère qui nous occupe : son rapport aux juifs ? Le sociologue Edgar Morin a montré dans son enquête La rumeur d'Orléans à quel point l'antisionisme dénature l'homme de gauche. Il se croit traditionnellement le défenseur du juif persécuté. Néanmoins, nombre d'hommes de gauche sont antisionistes. A cause de leur accoutumance viscérale au juif-victime, à cause de leur incapacité à se faire au juif réel, le juif debout, le juif victorieux du pogrom et des pogromistes : « On peut se demander si une bonne partie des anges gardiens du juif-victime, que constituaient les partis de l'intelligentsia de gauche, ne vont pas se muer en archanges soupçonneux, voire menaçants du juif sioniste. [Š] Aux yeux de l'intellectuel de gauche et du militant révolutionnaire, le juif devient un être duplice, double : c'est d'une part le bon juif persécuté, c'est d'autre part le mauvais juif sioniste »[4] »
Note [4] (page 302) : Edgar Morin, La Rumeur d'Orléans, Le Seuil, 1969, pp. 110 et 141.
Ces propos sont une véritable profession de foi sioniste. Je pose donc la question : Morin a-t-il changé ? Ou : sommes-nous tombés dans le piège ? Je penche pour la deuxième solution.
Marcel Charbonnier