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À lire, à voir, à entendre

 

-« To bear witness », Témoigner, Éditions Yad Vashem,
-Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Mémoires d'otages. Calmann-Lévy, 2005
-Moustapha Barghouti. Rester sur la montagne. Entretiens sur la Palestine avec Eric Hazan. La Fabrique, 2005
-Olfa Lamloum. Al-Jazira, miroir rebelle et ambigu du monde arabe. La Découverte, 2004
-PALESTINE, Le refus de disparaître, de Rezeq Far.
-Prostitution : les esclaves de l'Est, de Jelena Bjelica
-Antonio Guerrero Rodríguez, Desde mi altura/Poèmes de ma hauteur,
-“Confessions d'un baby-boomer", le livre maudit de Thierry Ardisson (Après le plagiat, le mensonge)
- La fracture coloniale : la société française au prisme de l'héritage colonial,


« To bear witness », Témoigner, Éditions Yad Vashem, 2005


Depuis 50 ans, Yad Vashem est un lieu de préservation de la mémoire universelle, un pont entre le monde détruit et la vie renaissante. Le nouveau musée inauguré en Mars 2005 est un pas de plus dans l'édification de la mémoire, du rôle éducatif de Yad Vashem et de son vaste fonds de connaissance.
L'institution continue son œuvre didactique en éditant un nouvel ouvrage « To Bear Witness », « Témoigner ». Ce livre est rédigé en anglais, mais c'est avant tout un splendide et émouvant album de photos, de documents, de reproduction d'œuvres d'art et de dessins. Un ouvrage de très haute qualité que même, et surtout, les jeunes peuvent feuilleter pour commencer à aborder cette partie de l'histoire ô combien douloureuse. Cet album est un véritable vecteur pédagogique et en même temps un livre témoin pour ne pas oublier.
Préfacé par le directeur de Yad Vashem Avner Shalev, le livre invite le lecteur à dérouler les évènements historiques de la Shoah : la création de Yad Vashem, le nouveau musée, le monde juif avant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne nazie et les Juifs de 1933 à 1939, le déclenchement de la guerre et des violences anti-juives, les ghettos, la Solution finale, la déportation et l'extermination dans les camps de la mort, la Résistance et le sauvetage, le monde des camps, la libération des camps, les personnes déplacées et la création de l'Etat d'Israël, les Justes, le souvenir de la Shoah à Yad Vashem.
Pour acquérir cet ouvrage et sortir vos mouchoirs :
Service publication, e-mail: publications.marketing@yadvashem.org.il
Plus d'informations sont disponibles sur le site http://www1.yadvashem.org/about_yad/index_about_yad.html

 


Chesnot et Malbrunot, Mustapha Barghouti, Olfa Lamloum


La liberté prise en otage : la tourmente du monde arabe trouve écho dans trois ouvrages
par Taïeb Moalla, le Soleil, Montréal, 11 septembre 2005

De l'Irak à l'Égypte en passant par les territoires palestiniens occupés, l'actualité du monde arabe est difficile à cerner. L'espoir suscité par l'émergence d'une alternative politique et médiatique démocratique ne peut pas faire oublier le chaos total dans le nouvel Irak, à témoin trois parutions qui sont arrivées sur les rayons ces derniers temps.
Entre le 20 août et le 21 décembre 2004, deux journalistes français - Christian Chesnot et Georges Malbrunot - ne racontaient plus l'actualité : ils la faisaient. Détenus en Irak pendant 124 jours par l'Armée islamique en Irak (AII), ces deux spécialistes du Moyen-Orient ont vu la mort de près. Leur livre décrit quatre mois d'angoisses, de terreur, d'espoir et - finalement - de délivrance.
Le bouquin, Mémoires d'otages, fourmille d'anecdotes et de situations surréalistes telle la scène où les confrères aident leurs kidnappeurs à la mise en scène des fameux enregistrements vidéo que les téléspectateurs verront par la suite sur Al-Jazira. Doit-on conclure qu'ils ont souffert du syndrome de Stockholm ? Chesnot et Malbrunot s'en défendent bien. Pour eux, il fallait avant tout conserver de bonnes relations avec leurs ravisseurs et leur rappeler constamment la position officielle de la France, opposée à la guerre et à l'occupation de l'Irak.
Outre le récit des longues journées de détention, le livre comporte une "contre-enquête" visant à décrire les négociations entre l'AII et les autorités françaises. Ceux qui aiment le monde secret des services de renseignement en auront pour leur argent.
Alternative démocratique ?
Vu de loin, le paysage politique palestinien semble se résumer à une Autorité palestinienne (AP) aussi corrompue qu'inefficace talonnée par un mouvement fondamentaliste - le Hamas - pour lequel le conflit israélo-palestinien revêt avant tout un aspect religieux. Pourtant, il existe bien une alternative progressiste incarnée par le Dr Moustapha Barghouti, cofondateur de la Nouvelle initiative palestinienne, qui a recueilli 19,8 % des suffrages lors des élections présidentielles de janvier 2005.
Dans Rester sur la montagne, un livre d'entretiens, réalisés par Eric Hazan, M. Barghouti expose les idées directrices de sa vie militante et ses espoirs pour une future Palestine démocratique. Tout en décriant la violence quotidienne subie par les Palestiniens à cause de l'occupation de leurs territoires, il ne ménage aucunement l'AP, responsable en partie des malheurs de son peuple. Le médecin de 51 ans note que l'incroyable amateurisme des négociateurs palestiniens lors des accords de paix d'Oslo, la corruption grandissante au sein de l'AP, l'inquiétante confusion des genres entre les instances du Fatah (le parti au pouvoir) et celles de l'Autorité, le contrôle accru sur la société civile et la militarisation de l'Intifada ("qui a permis à Israël de présenter l'affaire comme un conflit entre deux forces armées") sont autant de raisons qui le poussent à émettre une opinion dissidente.
M. Barghouti se distingue aussi par sa vision "internationaliste" de la lutte. Selon lui, "la question palestinienne est aujourd'hui une question de principe internationale, ce n'est pas une affaire de nationalisme. C'est du même ordre qu'en son temps la guerre du Viêtnam (...) car cette guerre était le symbole de l'oppression d'êtres humains".
Dans ses entretiens, le militant n'oublie pas de critiquer les médias. "Le plus grand choc a été l'attitude des chaînes de télévision arabes supposées "professionnelles" (lire Al-Jazira) qui, sans doute soumises à des pressions politiques, ont elles aussi pris position pour le candidat du Fatah (Mahmoud Abbas, actuel président palestinien)", dit-il.


Al-Jazira : la CNN du monde arabe


"Le monde regarde CNN et CNN regarde Al-Jazira." C'est par ce slogan, affiché dans le siège d'Al-Jazira ("la péninsule" en arabe), que la politologue Olfa Lamloum introduit son livre consacré à la chaîne qatarie, Al-Jazira, miroir rebelle et ambigu du monde arabe. À la limite de l'arrogance, le slogan résume à lui seul les ambitions d'Al-Jazira : être la principale source d'information au monde. Au grand dam de ses pourfendeurs, la chaîne semble réussir son pari fou.
Dans ce livre fort bien documenté, Olfa Lamloum décrit une chaîne de télévision qui, malgré les contradictions inhérentes à ses origines, à son financement, à ses choix éditoriaux et à sa couverture médiatique, contribue à remodeler l'espace médiatique arabe et mondial. Créée en 1996, Al-Jazira se singularise rapidement par sa liberté de ton. Elle ose aborder des thèmes, tels l'opposition politique, les réformes démocratiques, l'alternance au pouvoir, jusqu'alors tabous dans le monde arabe. S'y expriment librement, et régulièrement, des opposants politiques ayant rarement eu accès auparavant aux médias de leurs propres pays et d'anciens acteurs majeurs de la scène politique dans le monde arabe, qui réécrivent l'histoire officielle de leurs États.
Ainsi, les téléspectateurs du monde arabe, habitués à la langue de bois de la presse officielle de leurs pays, bénéficient allégrement de l'éthique journalistique pluraliste d'Al-Jazira résumée par le slogan "l'opinion et son contraire". La chaîne respecte scrupuleusement ce leitmotiv lors de toutes ses émissions consacrées, pour l'essentiel, à l'information. Non seulement semble-t-elle révolutionner le paysage médiatique arabe, mais elle contribue à équilibrer le rapport de forces politiques au sein de ces États autoritaires en offrant aux acteurs politiques du monde arabe un auditoire de quelques millions de téléspectateurs.
En donnant la parole à des leaders d'opinion qui en sont généralement privés, Al-Jazira suscite l'ire des pouvoirs politiques habitués au monopole de l'information. Olfa Lamloum rappelle, à juste titre, que "parce qu'elle (Al-Jazira) est trop regardée à leur goût par leur population, les régimes arabes lui ont, pour leur part, souvent déclaré la guerre. Depuis son lancement en 1996 jusqu'au début 2004, plus de cinq cents plaintes émanant de pays arabes ont été déposées auprès du gouvernement qatari contre la chaîne".
Finalement, l'ouvrage se démarque clairement de la vision "néo-orientaliste" qui "s'arroge le droit de traiter avec condescendance tout ce qui relève de l'arabité ou de l'islamité". Il arrive à ses fins en déconstruisant l'image inquiétante et haineuse d'Al-Jazira, qualifiée par ses détracteurs de "chaîne de ben Laden".

 

 

PALESTINE, Le refus de disparaître, de Rezeq Far.

 

À paraître aux éditions de la Pleine lune, Montréal, octobre 2005. ISBN 2-89024167-X, 176 pages,
20 $. Éditions de la Pleine Lune, tél. : (514) 637-6366. Pour commander : Rezeq Faraj rfaraj@videotron.ca
PALESTINE, Le refus de disparaître est un éloquent plaidoyer en faveur de l'instauration d'une paix juste et durable en Palestine. En première partie de cet ouvrage, on retrouve des textes et des récits sur la vie quotidienne des hommes, des femmes et des enfants palestiniens qui font face chaque jour à l'armée israélienne, aux bouclages, aux checkpoints, aux couvre-feux, au rationnement de l'eau, à la démolition de leurs maisons, à l'expropriation de leurs biens et de leurs terres et à l'enfermement : un lent processus d'asphyxie systématiquement organisé par l'occupant.

La seconde partie du livre regroupe une série de conférences traitant de questions historiques et politiques dont, entre autres, celles de Nakba ( Catastrophe) de 1948, du colonialisme israélien, du contrôle de l'eau, de la construction du mur, des négociations de paix et des perspectives d'avenir.

Cet ouvrage, abondamment illustré de cartes et de photos, se termine par le rapport d'une mission faite en Palestine en octobre 2002 par la Coalition pour la justice et la paix, mission à laquelle participait l'auteur. Rezeq Faraj, Québécois d'origine palestinienne, est un pacifiste bien connu qui milite depuis de nombreuses années pour la reconnaissance des droits humains fondamentaux des Palestiniens. Il est co-président et cofondateur de l'organisme Palestiniens et Juifs unis (PAJU). Palestine, Le refus de disparaître, Rezeq Faraj. La Pleine Lune, Montréal, octobre 2005. ISBN 2-89024167-X, 176 pages, 20 $.

Prostitution : les esclaves de l'Est, de Jelena Bjelica, éditions Paris Méditerranée et Le Courrier des Balkans. Préface de Claude Boucher. Paru le15 septembre 2005, 192 pages, 16 euros
Le livre
De la Roumanie à la France, Jelena Bjelica remonte les filières du crime organisé et de la prostitution. Rencontres, témoignages, son récit donne la parole aux femmes bafouées et aux organisations qui les défendent. On suit avec elle l'itinéraire de prostituées de l'Est : comment elles se sont fait piéger, comment elles ont vécu l'enfer et comment elles ont survécu Les mots sont durs, mais le récit est limpide. Et surtout nécessaire.

Ce livre n'est pas un essai, c'est un cri de révolte. Contre les politiques corrompus, contre les profiteurs de misère, contre les gouvernements occidentaux qui ferment les yeux.

Engagée mais lucide, Jelena est avant tout une journaliste. L'enquête est minutieuse, elle fait taire les rumeurs et dissipe les légendes. D'une part, elle dénonce, à l'Est, l'implication des politiques dans l'organisation de la traite et, d'autre part, en Europe occidentale, elle souligne l'incohérence des programmes de lutte.

L'Europe communautaire qui se cherche n'a visiblement pas encore trouvé un système efficace pour protéger les victimes de l'exploitation sexuelle. Car comme le souligne Jelena, la lutte doit être mené à l'échelle du continent. Ce livre est également l'occasion de rendre hommage aux associations qui dénoncent les réseaux criminels et qui défendent les prostituées (Le Bus des Femmes, le Nid, Karo, la Strada). Elles fournissent à ces femmes un accompagnement sanitaire nécessaire (distribution de préservatifs), et leur apportent un soutien moral indispensable.

Jelena nous offre donc un témoignage simple et bouleversant, un livre plein d'humanisme et de compassion. Avec cet ouvrage, la traite des femmes n'est plus un mythe, une réalité fantasmée, c'est désormais une expérience concrète que nous devons combattre.

 

L'auteure Jelena Bjelica est née à Belgrade en 1977. Cette jeune journaliste serbe a été correspondante de la presse de Belgrade à Sarajevo en 1996-1997. Depuis 2000, elle travaille sur la prostitution forcée et la traite des êtres humains, dans les Balkans et dans toute l'Europe. Elle est reconnue comme l'une des meilleures spécialistes de ce dossier. Militante féministe, engagée dans les réseaux de résistance au nationalisme (mouvement Otpor, Centre pour la décontamination culturelle de Belgrade, etc..), elle est aujourd'hui correspondante régulière pour le Kosovo du quotidien Danas de Belgrade. Elle dispose également d'une chronique dans l'hebdomadaire albanais du Kosovo Java et elle collabore à l'Osservatorio sui Balcani. Elle a publié en 2002 un manuel pour les journalistes : la traite des êtres humains dans les Balkans. Ce livre, édité en serbe, a été traduit en anglais et en albanais. En 2004, elle a obtenu le prix Press Freedom Award - Signal for Europe, décerné à Vienne par Reporters sans frontières - Autriche.

 

Les éditeurs Les Editions Paris-Méditerranée publient depuis 10 ans des ouvrages consacrés à tous les aspects de la culture méditerranéenne en privilégiant, mais sans exclusivité, les pays du Maghreb, et en développant une politique de coédition avec les éditeurs de ces pays.

Naturellement, les Balkans ont pris une place privilégiée dans la production de la maison d'éditions. Paris-Méditerréne est l'éditeur de la revue Seine et Danube, a publié de grands écrivains roumains (Benjamin Fondane, Anatol Baconsky), des beaux livres sur la Moldavie, la Grèce, la Roumanie, Brancusi... L'espace ex-Yougoslave n'est pas absent des publications, au travers, notamment, d'essais politiques et de livres pour la jeunesse. Depuis sa création en 1998, le Courrier des Balkans, premier site d'information francophone sur la région (+ de 300 000 pages vues / mois), cherche à construire des ponts entre les médias et les opinions publics des pays francophones et ceux de l'Europe du sud-est.

Engagé dans le soutien aux médias indépendants, le Courrier des Balkans a établi des relations de partenariat avec tous les titres de qualité de la région : Delo, Mladina (Slovénie), Oslobodjenije, Dani, Nezavisne Novine (Bosnie-Herzégovine), Danas, Vreme (Serbie), Monitor (Monténégro), Korrieri, Klan (Albanie), Dilema Veche (Roumanie), et des dizaines d'autres... La question de la criminalité organisée et du développement des réseaux mafieux est aujourd'hui l'un des principaux obstacles à une véritable démocratisation de la région, pourtant théoriquement appelée à rejoindre l'Union européenne.

Dans cette perspective, le CdB essaie de multiplier analyses et reportages, pour contribuer à ce que les opinions publiques s'approprient pleinement ce défi de la lutte contre le crime organisé, et tout particulièrement de la traite des êtres humains. Sur ce dossier tragique, le travail de Jelena Bjelica est incontournable. C'est pourquoi nous avons engagé un partenariat qui aboutit à la double publication de son livre, à Belgrade et à Paris. La version serbe, Na tragu Slobode. Trgovina ljudima u Evropi, est paru en avril aux éditions Samizdat B92. Une traduction albanaise doit paraître à Tirana à l'automne.

Des réunions publiques de promotion et de discussion autour de ce livre et des thématiques abordées ont eu lieu à Belgrade, Sarajevo, Tuzla, Pristina, ce qui prouve l'impact régional de ce projet, élaboré par le Courrier des Balkans et soutenu par la Direction du développement et de la coopération suisse (DDC), et la Fondation du Roi Baudouin (Bruxelles).


Pour tous renseignements:
Le Courrier des Balkans, Centre Marius Sidobre, 26 rue Emile Raspail, 94110 Arcueil
France, 08 70 72 22 26, balkans@balkans.eu.org
Responsable du projet : Laurent Geslin, 06 84 33 62 47, Laurent.g.geslin@wanadoo.fr
Edition Paris-Méditérranée, 87 rue de Turenne , 75003 Paris, France, 01 40 29 04 80, editionsparismediterranee@wanadoo.fr

Antonio Guerrero Rodríguez, Desde mi altura/Poèmes de ma hauteur,

Éditions L'Harmattan, collection "Poètes des 5 continents", 12 euros.
Antonio Guerrero, prisonnier politique cubain aux USA, depuis 1998 et condamné à vie + 10 ans, est né à Miami (États-Unis) le 16 octobre 1958. Sa famille revient à Cuba après la Révolution. Obtient son diplôme d'ingénieur en construction aérienne à l'Université de Kiev (alors en Union Soviétique). A travaillé à l'agrandissement de l'aéroport de Santiago de Cuba. Marié à une citoyenne étasunienne, a deux fils.
Ses poèmes "Desde mi altura" ("Depuis ma hauteur", une allusion à l'étage de sa cellule dans sa première prison) ont été publiés en espagnol et en anglais (traduits par sa compagne). Il fait partie des cinq Cubains emprisonnés pour avoir infiltré les groupes d'opposants terroristes au régime cubain de Miami, et pour lesquels une campagne est en cours à travers le monde entier.

 

Préface à l'édition cubaine originale (Desde mi altura, editorial José Martí, La Havane)
par Roberto Fernández Retamar, La Havane, 18 juillet 2001.
Tandis que l'on me priait de rédiger ces quelques mots, et tout en lisant Poèmes de ma hauteur, deux anthologies me revenaient en mémoire : celle des Poètes de la guerre (d'indépendance de Cuba contre l'Espagne) publiée à New York en 1893, préparée et préfacée par José Martí ; Poésie tronquée (La Havane, Casa de las Américas, 1977), préparée et préfacée par Mario Benedetti : ce sont là les deux auteurs auxquels se réfère constamment et avec la plus vitale admiration Antonio Guerrero. Ce n'est pas à proprement parler un poète de la guerre, mais de la paix ; et d'ailleurs sa poésie n'est nullement tronquée. Pourtant il appartient bien à la famille de ceux qui figurent dans ces anthologies.

Quand José Martí commente avec émotion des vers faits en pleine cambrousse « en ces jours où les hommes signaient leurs quatrains de leur sang », il s'écrie : « Leur littérature n'était pas dans ce qu'ils écrivaient, mais dans ce qu'ils faisaient. Ils rimaient parfois de travers, mais seuls les pédants et les gredins pourraient le leur reprocher : car ils mouraient comme il faut. » Et plus loin : « La poésie écrite est le degré inférieur de la vertu dont elle émane », car « l'homme est supérieur à la parole ». Benedetti pour sa part faisait allusion aux poètes qu'il retenait en ces termes : « Certains peut-être étaient des révolutionnaires qui faisaient en outre des vers, tandis que d'autres étaient des poètes qui en outre, se battaient pour la révolution. À présent, quoi qu'il en soit, les voici tous ensemble. » C'est le temps qui dira à quelle catégorie Antonio Guerrero appartient.Son livre est né, comme le disait Cervantes de son Don Quichotte, du fond « d'une prison, où toute irritation trouve sa place » et pourtant, ses vers sont débordants d'amour, de solidarité et d'espérance, au point qu'il parvient à écrire :

« C'est presque incroyable, mais je ne suis pas seul »parce qu'il sait que son pays est avec lui, son pays qu'il a défendu dans des conditions très difficiles, héroïques.

 

Préface à l'édition française par Maria Poumier, Paris, septembre 2005

Il s'appelle « guerrier », c'est un patronyme répandu en espagnol, il écrit depuis une prison où ses combats l'ont mené, dans le cadre de la grande guerre entre le déploiement de barbarie états-unienne et la résistance instinctive de tous ceux qui la voient de près. Il écrit des poèmes nés de ce choix vital d'être soi, d'être à la hauteur de son nom, que la plupart des gens ne mettent pas en mots, et qui déborde les explications rationnelles, le débat sur le pour et le contre, le tort et le bénéfice. C'est la matière même de l'engagement au service de quelque chose qui soit plus haut que soi, et de l'action historique de longue portée, le choix de l'esprit contre la servitude et la servilité.

Les textes d'Antonio Guerrero paraissent presque détachés de leur contexte : ni la couleur locale, ni le décor concret, ni le credo idéologique, ne transparaissent dans ses vers ; nous retiendrons qu'il s'agit d'un Cubain qui a choisi d'infiltrer les organisations de Miami spécialisées dans l'organisation d'attentats pour renverser le gouvernement constitutionnel de Cuba. Voici maintenant cinq ans qu'il est en prison, avec quatre autres camarades, après un jugement qui le condamne à la perpétuité plus dix ans de prison, à l'issue d'un procès qui bafoue les lois mêmes de Etats-Unis. Il est considéré « terroriste » alors qu'il luttait contre des terroristes reconnus comme tels par les lois américaines, et alors que son gouvernement a offert aux Etats-Unis sa collaboration pour lutter contre le terrorisme. Antonio Guerrero n'est impliqué dans aucune espèce de crime, mais il ne prétend nullement apparaître comme la victime d'une injustice ; sa poésie singulière fait entrevoir une personnalité tendue par la volonté : s'il prend la plume et s'exerce à l'art du langage, c'est dans le prolongement de son travail au « service de l'intelligence », comme l'appellent les gouvernements et les agents secrets. Non seulement il donnait jusqu'à son arrestation les informations nécessaires pour assurer son gouvernement de la connaissance des faits réels, que masque et maquille la propagande, mais en outre, il a développé une intelligence générale sur le monde et sur notre place au cour de celui-ci.

Cette recherche de la profondeur lui fait écarter de son écriture l'évocation du cadre cubano-états-unien de son combat ; le cadre qui nous entoure constitue notre habillage quotidien, fait de stimulations contradictoires, appelant de notre part une constante adaptation à des rôles précis, auxquels nos interlocuteurs nous identifient. Nos différents personnages s'avèrent, lors des crises, être autant de déguisements de notre véritable personne, n'être que des costumes, dont les circonstances adverses peuvent nous dépouiller. Antonio Guerrero a choisi, avant même de prendre la plume, de renoncer à toutes les identités que son travail d'agent secret lui a appris à superposer, pour ne garder de lui-même que le squelette spirituel, le support d'où jaillit son élan pour affronter la contre-intelligence de l'empire américain. Le gouvernement cubain est ouvertement désigné par celui-ci comme digne d'être attaqué par tous les moyens, depuis l'arsenal des mensonges relayés par les médias jusqu'à l'usage des armes biologiques et psychologiques, moyens parfaitement avérés à ce jour, en attendant une opération militaire, et sans renoncer à la préparation d'attentats contre le chef de l'Etat cubain, pratique constamment renouvelée et tenue en échec depuis 1959.

Aussi, ce poète nous donne-t-il à voir, dans des textes d'une grande sobriété, une ossature secrète, révélatrice de sa stature, celle qui lui donne, comme l'annonce très justement le titre, toute sa hauteur. Cuba a donné bien des textes issus de prison ; José Martí, artisan de l'indépendance contre l'Espagne et très grand écrivain, avait été condamné à six ans de réclusion criminelle à l'âge de dix-sept ans, en 1870 ; il en tira un réquisitoire (El presidio político en Cuba), sur les conditions de détention au bagne, où il montre ce que d'autres prisonniers, souffrant encore plus que lui, lui ont appris. Fidel Castro, en 1956, tira de l'emprisonnement un plaidoyer et un programme révolutionnaire, bien connu sous le titre « L 'histoire m'absoudra ». Ces emprisonnements produisirent de prodigieux élans : José Martí parvint à organiser et à déclencher la guerre contre l'Espagne, et à lui donner une profondeur théorique telle que son projet de société et de « guerre sans haine » inspire encore le gouvernement cubain cent ans plus tard: c'est une purification intime et collective qu'il avait mise en chantier, et qui passe par l'affrontement avec des adversaires concrets, apparemment très puissants, mais fragiles car dépourvus d'énergie spirituelle. Fidel Castro défie depuis plus quarante ans le pays qui aspire au contrôle mondial, et sa ruse efficace est un modèle qui force l'admiration, inspirant partout dans le monde des leçons à imiter dans les conditions de la faiblesse.

L'écriture d'Antonio Guerrero s'inscrit dans cette prodigieuse dynamique qui a traversé plusieurs générations et qui rayonne chaque jour un peu plus, au fur et à mesure que la résistance de Cuba aux schémas hégémoniques se confirme. L'Empire le tient en captivité depuis cinq ans exactement aujourd'hui ; depuis trois ans, le même empire a installé un grand bagne pour « terroristes » à Guantánamo, sur une portion minuscule du territoire cubain, une base militaire qu'il détient en location forcée depuis 1898 ; on annonce l'agrandissement des installations, qui pourront contenir 1100 personnes. Le même empire a ouvert le camp de Bagram en Afghanistan, et de Cooper près de Bagdad.

On ignore généralement que c'est avant même l'époque de José Martí que Cuba a commencé à faire l'objet de la méfiance des Etats-Unis. En effet, de par sa position géographique même, cette île agit comme un aimant qui polarise les énergies pouvant se dresser pour faire barrage à leur expansionnisme et à leur ambition hégémonique. C'est pourquoi, quoiqu' avec des atermoiements sur la manière de contrôler effectivement le pays, les Etats-Unis ont toujours cherché à rogner sa souveraineté, avec l'occupation militaire de 1898 à 1902, puis l'amendement Platt imposé à la constitution cubaine, en vigueur de 1902 à 1934 ; simultanément, la main mise sur les ressources et la corruption étaient encouragées, tandis que s'aggravait la pénétration de la maffia, dans la branche aux ordres de Meyer Lansky. Ainsi progressa la dénationalisation du pays jusqu'en 1958.

A partir du moment où une révolution populaire a triomphé, en 1959, avec une charge d'exemplarité exceptionnelle, et une équipe dirigeante habile, les gouvernements successifs des Etats-Unis ont cherché à renverser le gouvernement cubain, comme ils avaient réussi à le faire au Guatemala en 1954, par la combinaison de tous les moyens possibles. Cette logique a été reconnue par l'historien Arthur Schlesinger, conseiller du président Kennedy pour les relations avec l'Amérique latine.

Le contexte mondial actuel rend le danger encore plus grand pour Cuba. Israël est le seul pays au monde à soutenir l'agression systématique des Etats-Unis contre Cuba depuis sa création, parce que Cuba a été le seul pays d'Amérique latine à résister aux pressions et à voter contre la création de l'Etat juif en 1947 ; on ne le dira jamais assez, puisque cela fait partie d'une histoire diplomatique ouverte à toutes les curiosités, mais dont la plupart des journalistes et autres éminents spécialistes détournent pudiquement le regard. Israël, comme les Etats-Unis à Guantanamo, a également un camp de torture pour les prisonniers politiques, un certain « entrepôt 391 », où sévit le très international expert « John Israel ». La collusion entre intérêts israéliens et américains s'exerce en Amérique latine comme au Proche Orient, avec la main mise sur les paramilitaires colombiens, les tentatives de déstabilisation du gouvernement « bolivarien » au Venezuela, et les chantages sur tous les gouvernements. Cuba représente, comme la Palestine, un bastion de résistance où se joue, comme le disait si prophétiquement José Martí, « l'équilibre du monde ». Les menaces d'invasion de Cuba sont permanentes, et c'est à Miami, bastion sioniste et bastion des anticastristes liés aux maffias, que l'on a crié dans l'euphorie, en 2003 « Après l'Irak, Cuba ». C'est à Miami aussi, naturellement, que l'on a maintenant aggravé les sanctions contre Antonio Guerrero et ses quatre camarades.

Dans le cas des « Cinq de Miami », dont Antonio Guerrero et Ramón Labañino sont les condamnés à vie, comme dans tous les bagnes politiques des puissances coloniales, les lois nationales sont largement bafouées, outre les lois internationales sur le respect dû aux prisonniers politiques. Pour compléter l'évocation du contexte, rappelons que la famille Bush encourage les actions terroristes en direction de Cuba, le terroriste (fier des sabotages qu'il a reconnu avoir organisés, dont un attentat aérien qui fit soixante-dix victimes civiles) Orlando Bosch (d'origine cubaine) ayant été tiré de prison en 1990, tandis que l'organisateur du soutien à la contra nicaraguayenne Otto Reich (d'origine cubaine également) a retrouvé les pleins pouvoirs (c'est lui que le scandale de l'Irangate incriminait au premier chef) comme conseiller de Bush II. L'ingérence militaire, financière et para-militaire des Etats-Unis au Nicaragua est le seul cas de terrorisme d'Etat ayant jamais été qualifié comme tel par l'ONU et condamné, bien entendu sans le moindre effet. Le gouvernement cubain a fait la preuve en 2003 des agissements inadmissibles, visant à le déstabiliser, du nouveau représentant des Etats-Unis à la Havane, James Cason. Antonio Guerrero, en s'exprimant, donne voix à tous ceux que le combat pour la défense de leur pays contre l'invasion étrangère conduit au cachot. Il est conscient de ce rôle exceptionnel ; la captivité stimule souvent le chant, exacerbe la capacité de création, mais les fruits ne sont pas toujours à la hauteur de l'attente de ceux qui sont dehors, qui ont le choix de leurs lectures. Dans le cas particulier, la surprise le dispute à l'admiration : voici un conspirateur qui n'avait pas exercé de talent littéraire particulier, et qui trouve tout naturellement un style d'un grand classicisme. Le titre qu'il a choisi est la condensation de toutes les facettes d'une certaine hauteur : c'est un homme de petite taille ; sa cellule est au douzième étage ; et la prison, loin de l'abattre, l'a grandi ; il est serein dans la défaite, et il a trouvé les structures les plus solides pour transmettre son sentiment : une versification mesurée, à l'ancienne, une forme strophique traditionnelle ; puis, après quelques tâtonnements, le moule qui convient à sa rigueur sans failles: le sonnet, cette cristallisation de l'esprit de perfection dans la culture européenne. Que Guerrero, dans son confinement prolongé, ait débouché sur le sonnet, comme un logis qui lui convient, est un bonheur à plus d'un titre. Un autre grand poète cubain, Cintio Vitier, a signalé (dans des sonnets, d'ailleurs) que le sonnet agit sur l'inspiration comme une geôle serrée, que son schéma très contraignant exacerbe l'émotion. Les poèmes d'Antonio Guerrero sont sobres et tendres, empreints de naturel ; il se refuse aux acrobaties verbales qui réduisent souvent le culte du sonnet à un rituel maniériste. À l'image de son existence, il a reconnu dans cette forme fixe l'excellence robuste qui lui convient. En effet, l'étroitesse des quatorze vers du sonnet a la charge centrifuge de l'abstraction mathématique, capable de formuler les lois universelles du monde le plus concret. C'est une forme féconde dans toutes les langues indo-européennes, et sans doute la seule, sans altération de ses règles au fil des siècles, parce que son universalité repose sur une combinaison de nombres premiers qui imite les rythmes cosmiques sensibles à l'humain[1].

Les poèmes d'Antonio sont durs et purs, concentrés sur eux-mêmes, et pleins de la sagesse stoïcienne la plus solide, sans pour autant nous sembler secs. Ils contiennent l'effusion dans les limites les plus strictes et ils ne parlent pas de la faiblesse humaine dans la captivité. À cette maîtrise exceptionnelle de la chair misérable, Antonio Guerrero ajoute des échappées pleines d'humour, cette tonalité si florissante dans la région de la Méditerranée américaine qu'elle en est comme le langage propre. C'est que sa force lui vient de tous ceux qui au dehors, inspirent son courage. Il sait qu'il n'est pas seul, et nul doute que la réussite de ses textes soit le résultat d'une transmission inconsciente de toutes les bribes qui nourrissent la formation du sens esthétique dans l'enfance, par les hymnes repris en chour, les textes sacrés qui font les familles humaines, au-delà des dissensions. Témoins d'un héroïsme commun à tous, ces vers nous disent que le combat d'Antonio Guerrero est au cour de l'histoire en action, il charrie un héritage que la barbarie des maîtres du monde n'abolira jamais :

Parce qu'un mur est un mur, tu le sais,
Ma cellule est comme une tache blanche,
Un piège sans soleil, ni lune ni écume
Qui, par moments, se change en barque.

Notes :

[1] - pour le nombre des vers : 14 = 7 x 2 = 28 : 2 ; on a affaire au chiffre du cycle lunaire, celui qui est directement lié à nos rythmes physiologiques, et donc psychologiques. - pour l'organisation des vers : 4 + 4 +3 +3 , ou 4 x 3 +2 ; la combinaison de 4 et 3 est semblable à la construction en pyramide, qui depuis la base la plus large, le carré, capable d'engendrer toutes les multiplications, culmine en pointe de triangles, en point dressé au firmament. La pyramide tient sur terre à condition que sous la terre, une autre lui fasse face, culminant dans la profondeur. De même, le sonnet rayonne toujours, à partir de son dernier vers, la dernière étape de l'ascension qu'il dessine, en faisant briller son autre face invisible, son support non formulé, un silence riche de répercussions mentales: ainsi, entre sa masse visible et celle des fulgurances intimes qu'il provoque, il laisse en nous l'empreinte comme d'un diamant, il éblouit et exalte comme une révélation, tout en répandant le mystère.

 

“Confessions d'un baby-boomer", le livre maudit de Thierry Ardisson


par Jean Robin, http://www.tatamis.info, 14 septembre 2005. Courriels de l’auteur : jean608@noos.fr et jean0608@gmail.com
Contrairement à ce qu'il affirme dans son dernier livre qui sortira le 16 septembre, son autobiographie " Confessions d'un baby-boomer ", Thierry Ardisson n'a pas plagié " 6 pages " pour son livre " Pondichéry ", sorti en 1993, mais au minimum 10 fois plus. Et tout laisse à croire que la moitié de ce livre n'a pas été écrite par le producteur-animateur bien connu. Puisque Ardisson a menti sur cette histoire, rien ne prouve qu'il n'ait pas menti sur le reste de son histoire. Et rien n'oblige la nouvelle direction de France Télévisions, si elle veut être crédible, à garder dans ses rangs un plagieur doublé d'un menteur avérés. Explications.

Thierry Ardisson : un DJ modèle

Il semble bien que l'admiration vouée par Thierry Ardisson au phénomène " Dee-Jay " (DJ, de l'anglais 'disc-jockey') soit sans limites. En effet, après avoir commencé par en être lui-même un, à 16 ans, il a instauré une tradition à la fin de l'émission " Tout le monde en parle " (l'émission phare qu'il produit et anime) : le " blind-test ", jeu consistant à découvrir le nom d'une chanson dès ses premières mesures, lancées par … un dee-jay.
Mais cette admiration ne s'arrête pas là. En effet, l'une des caractéristiques de la culture DJ est de créer de nouveaux morceaux de musique à partir de morceaux déjà existant. Et Ardisson, qui a rapidement abandonné les clubs pour se mettre à écrire et faire de la télévision, ne s'est pas gêné pour importer ces méthodes dans les milieux qu'il investissait.

Ainsi, en 2002, alors qu'il se plaignait du fait que l'on plagiait ses idées (en visant notamment Marc-Olivier Fogiel et Daniela Lumbroso), il interviewait Jean-Paul Gaultier le 26 janvier dans "Tout le monde en parle". L'ennui c'est qu'il plagiait ainsi son propre entretien avec le même invité quelques jours auparavant dans l'émission "Rive Droite, Rive Gauche" sur Paris Première. (source : www.boycottes.com)

Bien pire, en 1994, il est convaincu de plagiat pour le livre " Pondichéry ", aux éditions Albin Michel. Ne pouvant apparemment pas faire autrement, il se fait même fort de l'avouer, dans un quotidien de grande diffusion :
" C'est une connerie, c'est vrai. J'ai piqué 70 lignes sur un bouquin de 300 pages (...), mais cela ne m'empêchera pas d'en écrire un autre. " (France-Soir, 14 février 1994), et n'oubliait pas au passage d'endosser le rôle de la victime : "J'en ai été profondément humilié.", comme le rapportait le quotidien Libération

Rien de nouveau sous l'Ardisoleil, me direz-vous : on sait déjà tout ça !
Oui, mais cela ne coûte rien de se rafraîchir un peu la mémoire, au moment où sort son nouveau livre, difficilement un plagiat celui-là (encore que), son autobiographie (" Confessions d'un baby-boomers ", éditions Flammarion, 18,91€ sur fnac.com). Et dans cette autobiographie, qu'apprend-on ?

" On m'en parle depuis 10 ans de ces six pages recopiées sur les trois cents que comporte le livre ! J'ai pris dix piges ! Y a des jours, je ne sais pas si toutes les vérités sont bonnes à dire. […] Cette faute m'a complètement coupé les ailes. Mon intérêt pour l'écriture s'est effondré sous le poids d'une espèce de culpabilité sociale de petit-bourgeois, mais surtout de honte intime. […] Pondichéry. Je n'aime pas cette cicatrice-là. " p. 300 - 301.

Quelques mois avant l'annonce de la sortie de cette autobiographie, et avant même d'en apprendre l'existence, ma curiosité m'avait poussé à relancer les recherches sur son plagiat avéré, pour être sûr de n'avoir pas été dupé deux fois. Et la conclusion est en ligne avec le reste : Ardisson a bien menti au public deux fois de suite, et ce royalement. (après tout, Ardisson ne se dit-il pas royaliste ?)


Après le plagiat, le mensonge

Comme il l'avoue lui-même dans " Confessions… ", Ardisson a bâti sa carrière sur le mensonge : " Mais ce qui nous faisait bouffer, c'était la pub, et il fallait commencer par trouver des clients. […] Tu parles. Tu parles tout le temps. Il faut parler en permanence. Un temps mort et t'es mort. Il faut être surtout bon menteur. La pub, c'est de la pédagogie menteuse." p. 176 - 177

Le journaliste qui l'interviewe, Philippe Kieffer, ne peut s'empêcher de se poser lui aussi la question, mais il ne prendra pas la peine de vérifier l'information sur Pondichéry :

" Combien de fois, pendant ces entretiens, j'ai pu interrompre Thierry d'un " Attends, t'es bien sûr de ne pas réinventer ou enjoliver un maximum, là ? " Combien de fois ? Assez souvent pour préférer vous en épargner la répétition. […] il m'est arrivé, donc, devant le foisonnement et l'énormité des épisodes racontés, de me dire : Et si c'était faux ? Si j'avais affaire au plus illusionniste des mythomanes ? " p. 180

Il avait pourtant tout le temps de le faire, puisqu'il dit lui-même que ce livre leur ont pris deux ans. Bref, encore un qui s'est fait avoir par le docteur ès mensonge Ardisson, qui se permet encore d'en rajouter une couche :

" J'ai pas mal de défauts, Philippe, ça ouais ! Mais je ne suis pas mytho ! Putain, je ne vois pas l'intérêt de te raconter des conneries. Ce que je te dis, je l'ai vécu. Point barre. " p. 180

En effet, il n'y a aucun intérêt, sauf à ne pas passer pour un menteur !

Après la pub, et bien avant la publication de " Pondichéry ", Ardisson est devenu un incontournable du PAF, invitant le gratin du show-biz, de la politique et du 'tout-Paris' dans ses émissions, pour que ces personnalités lui confient leurs petits secrets… Et Ardisson, un provocateur dont le style a été depuis imité par Marc-Olivier Fogiel notamment (son ennemi juré), n'hésite pas à faire pleurer ses invités (l'actrice Milla Jovovich par exemple, à qui il rappelle publiquement que son père est un escroc, ce qui la vexe profondément et lui fait immédiatement quitter le plateau) ou à leur faire la morale, comme par exemple Dieudonné :

" T. Ardisson : Est-ce que vous êtes conscient quand même que là vous êtes sur une route qui vous coupe du reste du monde ?
Dieudonné : Qui me coupe du reste du show-business. Mais pas du monde. Ma salle est pleine depuis le…
T. Ardisson : Non mais ça, vous trouverez toujours des gens pour aller vous voir. Le Pen il fait 19% des suffrages… " Tout le monde en parle, décembre 2004

Mieux encore, il ne s'est pas privé d'inviter d'autres plagieurs convaincus comme lui, Calixthe Beyala par exemple, condamnée une fois pour plagiat (Le Petit Prince de Belleville, un an avant Ardisson, en 1992), et qui a plagié dans au moins deux autres de ses livres suivants, " Les Honneurs perdus ", et " Assèze l'Africaine ", tous deux parus en 1996. (source : site www.leplagiat.net)

Il paraissait normal de se replonger dans les vicissitudes de l'amuseur public n°1, qui semble être le meilleur pour se placer dans l'attitude de l'accusateur, de façon à ne pas avoir à jouer le rôle de l'accusé.

En 1993 paraît donc " Pondichéry ", un " succès immédiat " dixit Ardisson lui-même (" Confessions… p. 299). Mais un prof d'histoire de la Réunion découvre le pot aux roses, et Ardisson, en bon communicateur, trouve plus d'avantage à avouer un 'petit' plagiat que de nier l'évidence, ce qui aurait eu des conséquences bien plus importantes sur son image, bien qu'il prétende le contraire dans " Confessions… ". (p. 300)

On nous dit qu'Ardisson et les éditions Albin Michel ont décidé en 1993 de mettre au pilon tous les exemplaires de " Pondichéry " (source : site www.leplagiat.net). Cela paraîtrait d'ailleurs normal, les plagiats étant comme de la fausse monnaie… Or on peut constater, 13 ans plus tard, qu'il est toujours disponible sur les sites de vente en ligne (et en version neuve), que sont Alapage.fr, et Amazon.fr, notamment (2 des sites de vente de livres les plus importants de l'internet français).
Réaction de cette maison d'édition interrogée sur le sujet : " Etant donné que cela s'est passé il y a 13 ans, les gens qui s'en sont occupés ne font plus partie de la maison ! "

En d'autres termes : circulez, y'a rien à voir !

Par ailleurs, nous l'avons vu, prenez des notes, Thierry Ardisson, dans une interview accordée à France Soir en 94, reconnaissait le plagiat, en parlant de " 70 lignes piquées ", soit 2 pages. Dans son dernier livre, il parle de 6 pages (eh oui, l'inflation existe aussi dans le plagiat !), espérant ainsi que le grand public continuerait de lui appliquer le proverbe : " Faute avouée à moitié pardonnée ".

Or, après vérification il s'agit de près de 1800 lignes, représentant des centaines de passages que Thierry Ardisson a " pompés " non pas dans un, ni deux mais dans au moins cinq livres ! (je dis 'au moins cinq' parce que j'en ai identifié cinq, qui sait, à part Ardisson lui-même, combien de livres en tout ont été plagiés par lui…)
Personne ne semble avoir mis en doute sa parole, lui qui venait pourtant de reconnaître avoir plagié… La sortie de son nouveau livre permettait de rétablir la vérité, mais il a préféré refuser de reconnaître l'ampleur démesurée de ses propres fautes, tout en montrant qu'il avait le courage de reparler de cette période si douloureuse pour lui, et qu'il ne cachait rien. Cette information est même jugée suffisamment importante par l'équipe du Nouvel Observateur pour la publier en 'brèves' du numéro précédant la sortie du livre. (pour lui faire de la pub ?)

Philippe Kieffer lui-même, un journaliste chevronné, n'a pas jugé utile de mener une contre-enquête qui est pourtant à la portée de n'importe qui de motivé, comme j'en suis la preuve. Ardisson lui avait pourtant encore laissé des indices, comme il en a laissé dans " Pondichéry ", j'y reviens plus loin :

" Ardisson : J'accumule des notes pendant des mois. J'ai aussi un documentaliste qui travaille pour moi et qui réunit une paperasse extrêmement volumineuse.
Kieffer : Un documentaliste ou un " nègre ", Thierry ? On entre peut-être dans une zone de turbulence, là. Mais non. Même pas. Il devine la remarque et enchaîne.
Ardisson : Un documentaliste, Philippe, pas un " nègre ". J'avais un mec qui allait chercher des documents à la Bibliothèque nationale. A part ça, j'écris moi-même. Sinon, ça m'aurait pris moins de temps. J'y ai passé trois ans, sur ce bouquin ! " (" Confessions… ", p. 297)

Voyons précisément comment Ardisson, qui veut manifestement faire pleurer dans les chaumières, a passé ces trois ans, si vous le voulez bien.

Ardisson a tout d'abord puisé dans le livre " Dans l'Inde du Sud, le Coromandel ", roman d'un voyageur du XIXè siècle dénommé Maurice Maindron. Etant donné la date récente de la nouvelle publication du roman (édité d'abord en 1907, puis réédité en 1992), Ardisson aura la main légère sur celui-là, comme sur " Les anciens Comptoirs français de l'Inde : Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Mahé, Yanon ", récent lui aussi. Quelques lignes seulement de copiées sur chacun.
Il est évident que Thierry Ardisson a eu entre les mains ce dernier ouvrage, qui regroupe de nombreux extraits de livres et de témoignages sur Pondichéry. Ce beau livre de photos et de textes est publié l'année qui précède la sortie de " Pondichéry " d'Ardisson, et celui-ci y a pioché une bonne partie de son " inspiration " : une partie d'un commentaire, et surtout les premiers extraits d'un roman, qu'il décidera de se procurer pour s'en inspirer plus largement, " De Lanka à Pondichéry " de Douglas Taylor, qui date de 1931. Ce sera l'un de ses 3 piliers pour " créer " son livre-roman-plagiat, avec " Désordres à Pondichéry " de George Delamare (1938) et " Créole et Grande Dame " (1956). De chacun de ces livres, il " empruntera " au moins trois pages de suite, en plus de tous les autres paragraphes, phrases et morceaux de phrases. Cela fait beaucoup…

Voici le décompte final :
Emprunts et périphrases de " Créole et Grande Dame " : 618 lignes (soit un peu plus de 20 pages)
Emprunts et périphrases de " Désordre à Pondichéry " : 680 lignes (soit un peu plus de 22 pages)
Emprunts et périphrases de " De Lanka à Pondichéry " : 473 lignes (soit un peu plus de 15 pages)

Dans chacun des cas, le nombre de périphrases (reformulations) représente moins de 10% du nombre d'emprunts (mot pour mot).

Au total, ce sont donc au minimum près de 60 pages, soit 10 fois plus que ce qu'annonce Ardisson, qu'il a plagiées d'une manière sûre et certaine.

Pour le reste, de sérieux doutes planent sur au moins 2180 lignes supplémentaires (soit un peu plus de 72 pages), qui sont tirées avec certitude de livres d'histoire, que ce soit de la période de Dupleix ou de la 2ème Guerre Mondiale et de la décolonisation. D'autant qu'Ardisson semble avoir laissé des indices, comme il en a laissé un qui s'est avéré vrai pour " Créole et Grande Dame " (voir la partie " quelques extraits savoureux " plus loin) : " La Vie de Dupleix, c'était mon livre préféré. ", fait-il par exemple dire au héros au beau milieu de ce genre de texte historique. Ou bien encore, un peu plus loin : " Une partie de la planète était en guerre et l'autre écoutait la radio. Moi, je lisais des livres d'histoire de France. " Ou enfin cette phrase, qui résume bien le fait qu'Ardisson fera citer Sarraut par son héros une bonne dizaine de fois : " Et puis, pour le bilan comme pour les objectifs, il suffisait de lire Sarraut ! "
Qui sait ? Ardisson a-t-il pioché dans " Dupleix conquérant des Indes fabuleuses ", de Luceney (1946) ? Ou encore " Grandeur et servitude coloniales " de Albert Sarraut (1931) ou d'autres … ? La seule certitude, c'est qu'on ne peut pas ne pas se poser la question.
En tout cas l'été passé sur ce plagiat ne m'aura pas permis d'en déceler tous les secrets, mais au moins de rendre visible une partie importante de cet immense iceberg de mauvaise foi et de mensonges.

Pour résumer, si on enlève les passages plagiés pour sûr, les périphrases et autres reformulations sûres elles aussi, et les passages tirés de livres d'histoire, et sans compter les passages plagiés et reformulés pour sûr que j'ai forcément ratés, que reste-t-il du livre " Pondichéry " qui fait 321 pages ? A peine la moitié… C'est très loin des 2 pages, ou même des 6 pages qu'Ardisson a déclaré avoir plagiées, se contredisant d'ailleurs à 13 ans d'intervalle.
Qui sait ? Sans cette enquête il aurait peut-être affirmé, dans 13 ans, avoir plagié 18 pages au lieu de 6… En vérité, et au minimum, son plagiat concerne donc, on peut en être sûr, de l'ordre de 60 pages.

Ce qu'on peut ajouter sur ce sujet, c'est que Thierry Ardisson, même s'il a été aidé, a dû mettre énormément de temps pour assembler ce puzzle géant. Certaines pages sont constituées de passages issus de chacun des trois livres, d'autres ont été réécrites, remaniées, paragraphe après paragraphe, phrase après phrase, mot après mot… Mais même cela semblait plus simple à Ardisson que d'écrire un vrai livre !

La justice et le plagiat : Ardinnocent ?

De combien aurait dû écoper Thierry Ardisson pour un tel plagiat ? Difficile de le savoir, ce genre d'affaires se réglant généralement au cas par cas. Mais enfin, si l'on peut se référer au cas d'école que représente le plagiat d'un livre sur Spinoza par Alain Minc, on peut estimer que Thierry Ardisson et sa maison d'édition (Albin Michel) auraient dû le payer très cher aux auteurs et divers ayants droits. Ainsi, pour le recopiage " servile " (mot employé par le juge) de 37 passages allant de 2 à 57 lignes chacun, Alain Minc et les éditions Gallimard avaient écopé de 100 000 francs de dommages et intérêts, auxquels se rajoutaient environ 25 000 francs de frais divers (soit en tout 19 000 €).
Ardisson a plagié bien plus du triple de passages, certains dépassant les 130 lignes de suite...

Mais là où Ardisson a été plus malin que Minc, et c'est ce qui l'a sauvé par rapport à la justice, c'est qu'il a pris la peine de sélectionner les livres principaux à plagier, même s'il en a plagié plusieurs, non pas par rapport à leur intérêt littéraire, mais surtout par rapport à leur date de parution : entre 1931 et 1956 (là où Minc avait plagié en 1999 un seul livre, certes confidentiel, mais publié deux ans avant seulement).
De quoi être à peu près certain qu'aucun de ces auteurs, dont la plupart devaient être déjà décédés en 1993, ne reconnaissent leurs phrases sous la plume du nègre Ardisson (alors que ce fut le cas pour Minc). Et en effet, aucune plainte ne fut portée. C'est le Canard Enchaîné qui révéla l'affaire, sans doute à partir d'une fuite, et elle se régla en catimini par la suite, Albin Michel promettant de mettre tous les exemplaires du livre maudit au pilon. (sans le faire pour autant, comme on l'a déjà dit)
Moi-même, je dus pour mener cette enquête débourser des sommes conséquentes pour me procurer ces livres (près de 150€ les trois), qui ne se trouvent même plus en bibliothèque. De quoi décourager les curieux mais pas très motivés.

Par contre, là où Ardisson a été moins malin que Minc et sa fine équipe, c'est qu'il a " sottement plagié " (voir plus loin pour l'explication sur la provenance de cette _expression, que je n'ai pas inventée) : la plupart du temps, ce ne sont pas des phrases ou même des paragraphes qu'il puisait, mais des pages voire presque des chapitres entiers, là où Minc agissait par touches. Ceci garantissait d'ailleurs à ce dernier devant les tribunaux une simple "contrefaçon partielle", là où Ardisson aurait sans nulle doute écopé d'une contrefaçon étendue.

Autre chose : les deux livres, " Spinoza, un roman juif " de Minc, et " Pondichéry ", de Ardisson, sont tous les deux disponibles neufs sur internet : alapage.fr, amazon.fr, là aussi. Vous trouvez choquant que des auteurs et des maisons d'édition gagnent encore de l'argent avec des livres convaincus de plagiat, tout en continuant à diffuser leur fausse monnaie littéraire sur le marché ? Qui s'intéresse à vos états d'âme ? Certainement pas ces maisons d'édition (Gallimard et Albin Michel, faut-il le rappeler).

Albin Michel semble relativement coutumière du fait : plus récemment, voici les publicités géantes, que l'on voyait partout (métro, Salon du livre, etc.), par lesquelles la célèbre maison d'édition vendait un de ses plus prolixes écrivains, pour la sortie de son dernier livre, " L'arbre des possibles " :
" Des fourmis à l'ultime secret, Bernard Werber a déjà fait rêver plus de 5 millions de Français. "
Mais quand on allait sur le site internet d'Albin Michel, ce que beaucoup moins de personnes font, voici ce qu'on pouvait lire au même moment :
" Bernard Werber est un phénomène de librairie (plus de 5 millions d'exemplaires vendus en France, 10 millions dans le monde !). " (on peut d'ailleurs encore trouver cette phrase, sur une vingtaine de sites internet qui la reprennent, en la tapant dans Google)
Conclusion : soit chacun des lecteurs de Bernard Werber n'a lu qu'un seul livre de cet auteur (si chacun en a lu 5, ce qui est plus probable, ça ne fait plus qu'un million de Français), soit Albin Michel confond à son avantage " personne " et " exemplaire " ! Et dans ce cas il s'agit d'une publicité mensongère.

Enfin, deux des trois livres qui sont des plagiats avérés de Calixthe Beyala, dont un a été condamné par la justice, ont été publié par Albin Michel à peu près dans les mêmes années que " Pondichéry ". Et devinez quoi : ils sont toujours disponibles neufs sur amazon.fr et alapage.fr. On peut même imaginer que c'est dans cette maison d'édition, dans l'un des cocktails qui sont souvent organisés, qu'Ardisson et Beyala se sont rencontrés, et ont pu échanger des astuces sur l'art dans lequel ils étaient devenus maîtres. Qui sait ? L'un a peut-être même aidé l'autre… Il n'y aurait là rien d'étonnant en tout cas.

Dernier point commun, et de taille, entre les deux plagiats d'Ardisson et Minc : les deux hommes qui les ont commis occupent encore à ce jour, longtemps après leur acte indigne, de hautes fonctions dans le système médiatique français : Minc est toujours Président du Conseil de Surveillance du Monde (quotidien français de référence, excusez du peu), fonctions qu'il occupait déjà au moment de sa condamnation ; Ardisson anime et produit certaines des émissions d'infotainment parmi les plus regardées du PAF...
Après tout, ils ne sont pas les seuls, PPDA est devenu récemment le plus ancien présentateur de JT du monde (Dan Rather aux USA ayant tiré sa révérence), après avoir été condamné à de la prison avec sursis dans le procès Botton.

C'est bien ceci qu'il faut retenir je crois de tous ces cas de tricheries avérées, et contre lesquels il convient de se battre jusqu'à ce que le système change. En attendant, diffusons encore et toujours ce genre d'informations, en espérant qu'elles referont surface au coeur même de la machine médiatique, en jouant leur rôle dissuasif pour l'avenir, et gardons à l'esprit cette maxime : "La vérité ne triomphe jamais, ce sont ses ennemis qui finissent par mourir."

" Pondichéry ", livre maudit qui avait déjà fait tomber une première fois le roi Ardisson, en lui imposant une longue traversée du désert non-audiovisuel, pourrait très bien le faire tomber une deuxième fois, ce qui ne serait que justice.


Sur le plagiat de Pondichéry en lui-même

Les histoires

" Créole et grande Dame " est un livre historique, dans lequel Ardisson a pioché des pages entières sur les années 1700 à Pondichéry, sa prise par les Français, la bataille et le siège par les Anglais, etc.
Ardisson, on ne sait trop pour quelles raisons, opère quelques modifications historiques. Ainsi, il modifie l'âge qu'avait Dupleix quand il arrive à Pondichéry : 25 ans au lieu de 27 selon " Créole et grande Dame ".
Il modifie certains noms de lieux, ainsi le Carnatic devient le Carnate.
Il modifie aussi le nom de l'ami de Dupleix, Vincens, alors que celui-ci s'appelait " Vincent ". Il fait même mourir ce dernier dans un naufrage, alors qu'il décéda de maladie sur la terre ferme.

" De Lanka à Pondichéry " est un roman, une histoire dont Ardisson va plus que s'inspirer : il va l'aspirer, tout comme celle de " Désordres à Pondichéry ", comme nous le verrons juste après.
Le narrateur de cette histoire est une sorte de philosophe, patriote et humaniste, qui voyage avec sa femme " de Lanka à Pondichéry ", comme le titre l'indique, en offrant au lecteur un véritable guide touristique et philosophique des endroits qu'ils visitent.
Après un long rappel historique et une présentation de son héros, Dorgères, le récit d'Ardisson débute sur un bateau qui mène ce héros de la France à Pondichéry, tandis que celui de " De Lanka à Pondichéry " commence sur … un bateau menant le narrateur de France à Pondichéry !
Ardisson opère là aussi certains changements, sans doute pour montrer à celui ou celle qui décèlera son plagiat quelles touches personnelles il a voulu imprimer au récit. Par exemple, le pier, " longue estacade en fer de 500 mètres ", devient pour Ardisson un " éperon en fer pointé de 340 mètres "…

" Désordres à Pondichéry " est donc un autre roman plagié par Ardisson.
Gourdieu, l'ancien négrier comploteur communiste, devient, tour à tour et selon les meilleures occasions de plagiat, le héros d'Ardisson, Dorgères, ou bien Jano, le … comploteur communiste.
Morel, l'industriel dans l'indigo turquin, devient Dubois… industriel dans l'indigo turquin.
(le nom de Dubois n'est d'ailleurs pas choisi au hasard, Ardisson l'a trouvé dans " Créole et Grande Dame ", où un Dubois est aussi mentionné parmi l'entourage de Dupleix)
Françoise, fille de Morel, devient Jehanne, fille de Dubois. (comme par hasard, la femme de Dupleix, dite " La Grande Dame Créole ", d'où le titre du livre, s'appelait aussi Jehanne)
Nehrunu, intellectuel licencié ès lettres, qui fomente un complot communiste, devient Arun Rajah, un 'intellectuel' qui … fomente un complot communiste aussi.
Seuls quelques personnages gardent leurs noms dans les deux romans, les La Verdière, le trésorier-payeur et sa grosse femme, originaires de Poitiers, et Krishna, danseuse sacrée.
Les noms de lieux, selon le goût d'Ardisson, changent ('Gingy' pour 'Gingey') ou restent les mêmes ('Pondichéry' bien sûr, mais encore 'Valdaour', etc.)
Alors que dans " Désordres à Pondichéry " Gourdieu vient en espion à Pondichéry, faire ce qu'on appellerait de " l'espionnage économique " afin de récupérer les secrets de fabrication de l'indigoterie de Morel, et renverser le régime au profit des communistes, dans " Pondichéry " Dorgères est un gaulliste qui rêve de faire régner les valeurs des trois couleurs, Liberté-Egalité-Fraternité, sur Pondichéry en train de devenir indépendant. On n'apprend qu'à la fin du livre d'Ardisson l'existence de ce complot, c'est le héros d'Ardisson devenu vieux qui le lui raconte.

Mais dans les deux livres, la fille de l'industriel indigotier tombera amoureuse d'un anglais, ce qui causera le malheur de son père patriote. La différence tient au fait que dans 'Pondichéry', la fille est mariée puis divorcée du héros d'Ardisson, Dorgères, alors que dans 'Désordres à Pondichéry' elle ne se marie jamais avec personne, et refuse même dans les dernières pages de rejoindre son amant anglais, et donc de trahir son père.

Sans doute pour tenter de faire illusion, Ardisson ira jusqu'à s'intégrer lui-même dans son récit, en racontant sa rencontre avec le héros de son roman, devenu vieux, et en expliquant clairement qu'il travaille à la télévision :

- " Ainsi, vous êtes un émissaire…. Que faites-vous dans la vie, quand vous n'êtes pas à Pondichéry ou ici, à annoncer à un mort-vivant la disparition d'un mort-né ?
- Je travaille à la télévision
- La télé ! J'en aurais des choses à dire à la télé, et des idées, des films… Je vous raconterai. "

Ces lignes-là, on peut être à peu près certain que c'est lui qui les a écrites !

Dernière chose, mais qui relève plus de l'opinion personnelle, le livre d'Ardisson me paraît, et de très loin, le plus bancal, mal construit, et inintéressant des 4 livres. Cela vient sans doute de tous ces rafistolages, qui finissent par peser sur la narration, notamment ces alternances constantes entre passages historiques, narration littéraires puis retour au présent dans la ville de Sartrouville où vit le vieux héros d'Ardisson. N'est pas bon DJ qui veut.


Pour finir, quelques extraits savoureux

Joël Farges, Cinéaste dans " Les anciens Comptoirs français de l'Inde : Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Mahé, Yanon " (p. 57) : " Je découvre les photographies de Guillaume Zuili et elles m'apprennent que Pondichéry n'existe pas."

Pondichéry (p. 17) : " Pondichéry n'existait pas. "

Dans l'Inde du Sud, le Coromandel (p. 45) : " Civa a dans ses huit mains le trident, le daim, l'arc, la massue, le tambour, la corde, l'épée et le disque du tonnerre. Soubramanyé a l'arc, les flèches, et le glaive, autre image de la foudre. Parvati tient une fleur du lotus dans deux de ses quatre mains. Des deux autres, l'une est dressée, dans le signe qui rassure, l'autre largement ouverte dans le signe de la charité. "

Pondichéry (p. 246) : " Siva dans ses huit mains tenait le trident, la conque, la massue, la corde, le tambour, l'épée, la roue de la vie et le disque du tonnerre. Soubramanya portait l'arc, les flèches et le glaive, autre image de la foudre. Parvati avait une feuille de lotus dans deux de ses quatre mains, et des deux autres, l'une était dressée dans un geste qui rassurait, l'autre largement ouverte dans le signe de la charité. "

Pondichéry (p. 195) : " Londres s'évertue à tous nous dégoûter par des taxes multiples, des interdictions de transport, des formalités douanières.
- Des chinoiseries ! lança Jehanne. "

Désordres à Pondichéry (p. 39) : " Rien de surprenant à ce que l'Angleterre en ressente quelque agacement et s'évertue à nous lasser, nous dégoûter par tous les moyens administratifs : taxes multiples, interdictions de transports, chinoiseries douanières. "


Pondichéry (p. 199) : " Les Aryas ou Aryens ne sont-ils pas, rétorqua La Verdière, le premier peuple de l'Inde ?

Désordres à Pondichéry (p. 58) : " Qu'est-ce que les Aryens ou Aryas ? C'est l'ancien peuple de l'Inde, sottement plagié par des maladroits ! "

" Sottement plagié par des maladroits ", en effet. Thierry Ardisson, si c'est effectivement lui qui s'est occupé de cette basse tâche qui consiste à plagier un livre, a dû bien rire en recopiant, parmi plusieurs pages qu'il plagiait à la suite, cette phrase-là !
Au passage (si je puis dire), rien qu'avec ce passage-là, on dépassait largement les 70 lignes qu'il revendiquait dans l'interview de France Soir en 94…

De Lanka à Pondichéry (p. 190) : " Ce soir, 31 décembre, bal de réveillon au Gouvernement. Deux fois par an, à l'occasion de la fête nationale et au Nouvel An tout Pondichéry est convié à une " soirée " chez le gouverneur. Ce sont, d'ailleurs, les seuls événements " mondains " dans la colonie. […] Installée dans la galerie, la musique municipale martèle des airs de jazz d'il y a huit ans. Alternant avec elle, un orchestre dans la salle, dont l'effort louable rappelle l'armée du salut, et l'habillement, des costumes d'opéra comique joue des tangos et des blues. […] Tout autour de la salle des femmes font tapisserie, et bavardent leurs éventails. Des hommes font bande à part au bout de la galerie, et discutent les prix du coton et du caoutchouc, leur prochain congé et leur dernière maîtresse. "

Pondichéry (pp. 182 et 183) : " Deux fois par an, pour le 14 juillet et le nouvel an, le tout-Pondy est convié à une fête chez le gouverneur. La vie mondaine commence et finit là, m'avait confié Gramy père. Chacun prépare ses robes et ses costumes, ses compliments opportuns, ses meilleurs jeux de mots.
J'arrivai vers neuf heures. La grande salle de réception et la longue véranda vitrée dans laquelle elle donnait étaient combles. Dans la première pièce, un orchestre dont les louables efforts évoquaient l'Armée du Salut et les uniformes de location ceux de l'Opéra-Comique enchaînait valses et tangos. En essayant de rester le plus longtemps possible à la verticale des ventilateurs qui tournoyaient entre les lustres de cristal, une dizaine de couples en sueur évoluaient, académiques et gauches, sur les accents mourants de mélodies démodées.
En alternance, dans la galerie où l'on accédait par trois monumentales porte-fenêtres, la musique municipale martelait des rythmes de jazz des années vingt, déjà vieux. "

Pour finir en beauté, voilà ce qu'ose écrire Thierry Ardisson, juste après 3 pages entières de plagiat de 'Créole et Grande Dame', et juste avant d'autres pages de plagiat de ce livre :
" Dorgères s'est arrêté de lire. Il s'interroge à haute voix sur les destins comparés de Jehanne et Joséphine, toutes deux créoles appelées à régner… Après quelques considérations uchroniques et une bonne rasade de son " thé ", il reprend la lecture de son récit. "

Il n'avait pas besoin de reconnaître son plagiat dans la presse, il l'avait déjà avoué dans son propre livre !

Cet article est en copyleft, vous pouvez le reproduire sans accord préalable à condition d'en indiquer la source : http://www.tatamis.info/medias/controle_citoyen/ardisson.htm
La loi ne m'autorise pas à diffuser librement le livre de Thierry Ardisson sous format word avec toutes les références (passages plagiés, livre dont chacun est tiré, page, etc.), mais je tiens ce fichier à disposition des journalistes qui souhaiteraient faire une contre-enquête.

 

La fracture coloniale : la société française au prisme de l'héritage colonial,

 

Éditions La Découverte, Sous la direction de Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, avec les contributions de Olivier Barlet, Rony Brauman, Ahmed Boubeker, Anna Bozzo, Sarah Froning Deleporte, Thomas Deltombe, Marcel Dorigny, Marc Ferro, François Gèze, Nacira Guénif-Souilamas, Olivier Le Cour Grandmaison, Didier Lapeyronnie, Sandrine Lemaire, Arnauld Le Brusq, Philippe Liotard, Achille Mbembe, Mathieu Rigouste, Patrick Simon, Benjamin Stora & Michel Wieviorka.
Cinquante ans après la défaite indochinoise de Diên Biên Phu et le début dela Guerre d’Algérie, la France semble hanter par son passé colonial. Pourquoi une telle situation, alors que les autres sociétés post-coloniales en Occident semblent avoir « digéré » leur histoire outre-mer ?
C’est à cette question que répond cet ouvrage où Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, en partant d’une enquête conduite sur Toulouse, ont décidé d’ausculter les prolongements contemporains de ce passé et de qualifier au plus juste les différentes expressions d’une fracture coloniale qui se trouve maintenant au cœur de la société française.
Pour éclairer le plus largement possible les articulations entre période coloniale et situation postcoloniale, ils ont réuni les contributions originales de spécialistes de diverses disciplines. Ils interrogent les mille manières dont les héritages coloniaux font aujourd’hui sentir leurs effets : relations intercommunautaires, ghettoïsation des banlieues, difficultés et blocages de l’intégration, manipulation des mémoires, conception de l’histoire nationale, politique étrangère, action humanitaire, révisionnisme officiel, place des Dom-Tom dans l’imaginaire national ou débats sur la laïcité et l’islam de France?
De toute évidence, si la situation contemporaine n’est pas une reproduction à l’identique du « temps des colonies », il s’agit néanmoins de comprendre comment, après plusieurs croisements entre des pratiques issues de la colonisation, des héritages mal assumés et des enjeux contemporains concernant les « enfants de la colonisation », se reconfigure une fracture coloniale au sein de la République française dont les effets sont dévastateurs pour large frange de la population française.
Pour la première fois, un ouvrage accessible à un public large, traite de la société française comme société postcoloniale et ouvre des pistes de réflexion neuves pour penser la crise que nous connaissons aujourd’hui et y apporter des réponses claires.

>>> TABLE RONDE & DEBAT le Samedi 1er octobre de 14h00 À 18h00 : LA FRACTURE COLONIALE : La société française au prisme de l’héritage colonial
Salle Victor Hugo, Immeuble Chaban-Delmas, 101, rue de l’Université Paris 75007, Métros les plus proches : Invalides ou Assemblée Nationale
RÉSERVATION OBLIGATOIRE / 350 PLACES / ENTRÉE GRATUITE
L’entrée est gratuite, mais pour assister à cette table ronde, il est absolument nécessaire de réserver au préalable pour être inscrit sur la liste des invités selon le règlement de l’Assemblée nationale, pour des contraintes de sécurité (se présenter avec une carte d’identité) et dans
la limite des places disponibles.
Réservation
en appelant Pascale Iltis (La Découverte) au 01 44 08 84 21 , par courriel à p.iltis@editionsladecouverte.com ou par fax au n° 01 44 08 84 17 ou, par lettre à Éditions La Découverte (Colloque 1er octobre 2005) 9bis rue, Abel-Hovelacque 75013 Paris

Sidi Mohammed Barkat, Le Corps d'exception, Les Artifices du pouvoir colonial et la destruction de la vie, Éditions Amsterdam, 96 pages, 11 euros, ISBN 2-915547-11-4. Paru le 15 septembre
Sidi Mohammed Barkat propose une analyse rigoureuse de l'indigénat et du système colonial, qui permet de rendre compte de la violence dont le corps des colonisés a pu faire l'objet, notamment lors des massacres du 8 mai 1945 et du 17 octobre 1961, mais aussi d'apporter des éléments de réponse à la question de la permanence des dispositifs institutionnels du colonialisme français.
=>Rencontre avec Sidi Mohammed Barkat et Henri Alleg à la librairie L'arbre à lettres (2 rue Édouard Quenu, 75005), le mardi 27 septembre 2005 à 19h.
Pour en savoir plus: : http://www.editionsamsterdam.fr/livres/Barkat_Corps.htm

Laurent Lévy, Le Spectre du communautarisme, Éditions Amsterdam, Collection Démocritique, 128 pages, 10 euros, ISBN 2-915547-13-0. À paraître le 29 octobre 2005
Depuis 1989, un spectre hante la République, le spectre du communautarisme. Les hérauts de droite et de gauche du nouveau conservatisme à la française le répètent inlassablement : notre société est menacée d'éclatement par la "montée des communautarismes". Laurent Lévy s'attache à dissiper cet écran de fumée idéologique et à en dévoiler les mécanismes. Il met en évidence l'ambiguïté et les contradictions des usages courants du terme de "communautarisme", et les réinscrit dans leur contexte historique et politique. Surtout, il pointe la cible réelle de l'anticommunautarisme : les minorités en lutte pour l'égalité, notamment les gays et les lesbiennes, et les personnes issues de l'immigration coloniale et postcoloniale.
Pour en savoir plus: http://www.editionsamsterdam.fr/livres/Levy_Le_Spectre_du_communautarisme.htm

> Les livres publiés par Editions Amsterdam sont diffusés par Les Belles Lettres Diffusion Distribution : http://www.bldd.fr/
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