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VERITES SUR LA « MENACE ISLAMIQUE »


par Mohamed Salah Hermassi
Extraits de « Une approche de la problématique d'identité », par Mohamed Salah Hermassi ­ Ed. L'Harmattan ­ Islamoccident ­ 2004 ­ (pages 150 à 152 et 156-157).
Ce que recherche l'Occident, c'est d'imposer aux musulmans une conception amputée et dénaturée d'un islam débarrassé de ses valeurs humanistes de liberté, de justice et d'égalité et qui n'aura plus de puissance mobilisatrice pour ne plus pouvoir affronter les agressions contre les pays musulmans. Il prétend que c'est une religion qui n'a aucune relation avec la politique et que les musulmans n'ont d'autre choix que d'adopter le modèle occidental de progrès, vu qu'il en est la forme supérieure et définitive. (1)
L'invitation fiévreuse que fait l'Occident aux mondes arabe et musulman à séparer la religion de la politique, sous prétexte que c'est la condition essentielle du progrès et de la renaissance, ne peut tromper personne. Ce n'est en vérité qu'une tactique voilée pour faire échouer toute action politique de l'islam pour le renforcement de son identité, et pour briser toute velléité de résistance à l'Occident. LŒobjectif principal en est l'éradication à tout prix des raisons islamiques de l'opposition à la domination occidentale. Nous ne pensons pas que l'Etat religieux soit aujourd'hui un objectif islamique. Il y a une différence, à notre avis, entre un Etat religieux et un Etat dont la politique est dirigée selon les valeurs spirituelles et les acquis historiques qui sont les siens. Le rejet de la première formule ­ l'Etat religieux ­ ou l'impossibilité de son instauration ne pourrait signifier le rejet du second. L'arrière-plan religieux et culturel demeure ­ malgré les tentatives de l'occulter ­ l'un des facteurs de décision dans les divers pays du monde, y compris ceux qui se qualifient de laïques.
Et n'est-il pas du droit des musulmans, non seulement ceux de l'islam politique, de demander à l'Occident si, vraiment, la séparation de la politique et de la religion est effectivement totale dans les sociétés occidentales ? Et pourquoi ne dit-on pas du Vatican qu'il mêle religion et politique ? Et qui ignore aujourd'hui le rôle du pape dans de nombreuses régions du monde et son rôle dans la chute du bloc socialiste ? Et pourquoi l'Occident apprécie-t-il que Ronald Reagan eût tenu l'Evangile dans une main et le programme de la guerre des étoiles dans l'autre et eût dit : voici la solution ! Pourquoi donc l'Occident s'offusque-t-il lorsque les musulmans tiennent à la main le Coran ? Et pourquoi estime-t-il que le fondamentalisme judaïque est légitime quand il pense que la religion doit se tenir loin de la politique ?
Et comment peut-on expliquer le silence de l'Occident au sujet de « ces rabbins fondamentalistes qui, en brandissant la Thora comme la preuve d'une propriété accordée par Dieu, donnent un prétexte idéologique à l'expulsion et à l'assassinat des Palestiniens, musulmans et chrétiens, habitants originels de la Palestine ». (2)
Le sujet ne mérite peut être pas un large débat : la position occidentale est totalement claire. Elle signifie que la politisation de la religion est désirée lorsqu'elle sert les intérêts et les plans de l'Occident et elle est interdite lorsqu'elle s'y oppose.
(Š)
L'islam représente-t-il vraiment un danger pour l'Occident ? La réponse est contenue dans les raisons de la question. La renaissance de l'islam contribuera à la concrétisation d'un projet culturel et politique qui pourra constituer un danger pour la domination de l'Occident et ses prolongements politiques et culturels dans les mondes arabe et islamique. Prétendre que l'islam représente un danger effectif et direct pour l'Occident est une supposition fallacieuse qui réfute des évidences qui n'ont pas besoin d'être débattues. D'une part, l'islam politique (3) n'a pas dépassé jusqu'à l'heure actuelle le cadre de mouvements de protestation, réprimés et encerclés. D'autre part, l'Occident est une forteresse imprenable en raison de ses moyens économiques, militaires et technologiques. Et ce ne sont pas des forces naissantes dépourvues de tous les moyens de lutte qui vont pouvoir l'abattre ! (4)
Nous devons, pour bien définir, prendre les preuves en Occident même. Il apparaît dans les déclarations des responsables et dans les médias occidentaux que ce qu'on entend par le danger est le terrorisme et la peur qu'il atteigne les frontières de l'Occident. Le prétexte en est le choix fait par certains mouvements pour la violence dans leur combat contre les régimes qui les répriment. La vérité est que « l'islam n'est pas responsable de l'extrémisme dont souffrent sous le slogan de l'islam certains Etats arabes et islamiques. L'islam n'est ici qu'un slogan de mobilisation et le véritable responsable est la politique impérialiste et exploitrice de l'Occident ».
La vérité infirme toutes les thèses qui veulent convaincre de ce danger. L'islam ne fait aujourd'hui que défendre son existence et son identité. Il n'attaque personne ni n'est un danger pour quiconque.

(1) cf . Francis Fukuyama : Nihadat al tarik, trad. Hussein Ahmed amin, Markaz Al Haram lil nachr wal tarjama, Le Caire, 1993 ­ (2) Roger Garaudy : al oussoulyat al mouassira, trad Khalil Ahmed Khalil, Dar am alfayne, Paris, 1992, p.209 ­ (3) Nous utilisons le terme d'islam dans cette étude dans un sens figuré. Nous ne cherchons pas une analyse ample de ce terme, ni de ses courants, ni de ses conceptions. ­ (4) cf. Fred Hallyday : Al islam wal gharb. Khourafat al mouajaha, trad. Abel Ilah Noeïmi, dar Al Saqi, Londres, 1997.