Afrique - Somalie

L’Empire contre l’humanité

Somalie
 L'armée US bombarde à nouveau des « cibles d'Al Qaïda »

Un navire de l'armée américaine a bombardé des cibles d'Al-Qaïda dans la nuit de vendredi à samedi dans une zone côtière du nord-est de la Somalie après des affrontements entre combattants islamistes présumés et troupes de la région semi-autonome du Puntland, selon des responsables et des témoins.
"L'armée américaine avait pour cible des cachettes (du réseau terroriste) d'Al-Qaïda. (Cette attaque) visait à éliminer tous les terroristes et le reste du travail sera accompli par les forces armées du Puntland", a déclaré à l'AFP le gouverneur de la région de Barri (nord-est), Mussa Jelle Yusuf.
Les éléments visés sont "des fugitifs d'Al-Qaïda qui ont fui le sud de la Somalie (...) Les troupes du Puntland ont encerclé les montagnes de Bargal et sont en train de poursuivre les éléments d'Al-Qaïda. Ils (...) seront capturés ou tués", a-t-il martelé.
Selon un responsable gouvernemental somalien interrogé par l'AFP à Mogadiscio, plusieurs personnes ont péri dans cette attaque.
"Il y a eu des morts dans cette attaque, mais nous ne connaissons pas le nombre exact à cause du caractère isolé de la zone", a déclaré samedi soir ce responsable.
Le ministère américain de la Défense a refusé de confirmer cette attaque, mais a maintenu son objectif de lutter contre les terroristes.
"Nous reconnaissons l'importance de travailler étroitement avec nos alliés pour (...) identifier, localiser, capturer et si nécessaire tuer les terroristes et ceux qui leur fournissent des refuges", a fait valoir un porte-parole du ministère, Bryan Whitman, dans un communiqué.
Le navire américain a pilonné plusieurs cibles situées près du port de Bargal (environ 1.250 km au nord-est de Mogadiscio), selon des sources concordantes.
Cette attaque a eu lieu peu après des accrochages entre présumés combattants islamistes et étrangers, et troupes de la région autoproclamée autonome du Puntland du nord-est de la Somalie, selon ces sources.
"Nos forces ont combattu des combattants islamistes, dont des combattants étrangers liés à Al-Qaïda. Après les affrontements, un navire de l'armée américaine a bombardé trois cibles dans les environs de Bargal dans une région montagneuse", a déclaré à l'AFP un responsable militaire du Puntland (nord-est de la Somalie), joint depuis Mogadiscio.
Selon ce responsable, ces bombardements sont intervenus trois jours après l'annonce par les autorités locales de l'arrivée de combattants islamistes somaliens et étrangers d'origine arabe à Bargal, près de l'océan Indien.
Les autorités du Puntland avaient affirmé mercredi avoir abattu deux combattants étrangers d'origine arabe à Bargal.
Le président du Puntland Adde Mussa a affirmé que des membres d'Al-Qaïda se trouvant en Somalie, pays en guerre civile depuis 1991, "se sont rendus (maintenant) vers le nord de la Somalie pour mener des combats terroristes", a-t-il dit samedi sur la radio somalienne Shabelle.
En janvier, l'aviation américaine avait mené au moins deux raids dans le sud de la Somalie contre des membres présumés d'Al-Qaïda, faisant au moins cent morts selon des chefs coutumiers.
En février, le New York Times, citant des responsables américains sous couvert d'anonymat, a affirmé que des commandos américains avaient mené des opérations au sol dans le sud de la Somalie, depuis des bases secrètes en Ethiopie et au Kenya voisins.
D'après ces responsables américains, ces opérations n'ont pas permis de capturer ou neutraliser trois responsables d'Al-Qaïda accusés d'avoir organisé les attentats contre les ambassades américaines à Nairobi et Dar es-Salaam en 1998, qui avaient fait 224 morts.
A partir de fin décembre 2006, les tribunaux islamiques somaliens avaient été défaits lors d'une vaste offensive de l'armée éthiopienne alliée aux troupes somaliennes.
Source : AFP, 2 juin 2007

 

Le Kenya livre des Britanniques à Mogadiscio avec la complicité de Londres


Par Reprieve, Londres, 10 février 2007


Reprieve a appris que quatre ressortissants britanniques (Shahajan Janjua, Reza Afsharzadagen, Mohammed Ezzoueck et Hamza Chentouf) ont été livrés le 10 février 2007 par le Kenya à la Somalie, où ils se trouvent dans un lieu de détention innconnu. Reprieve craint qu’ils soient soumis à la torture à moins que le gouvernement britannique n’agisse immédiatement pour assurer leur retour à la maison sains et saufs.
Une enquête menée par Cageprisoners et Reprieve a révélé que ces hommes ont fui la Somalie, où ils étaient en danger et qu’ils ont été détenus sans inculpation par les autorités kényanes pendant plus d’un mois. Pendant ce temps ils n’ont reçu aucune visite consulaire du Foreign and Commonwealth Office (FCO) mais ont été interrogés à plusieurs reprises par les services de sécurité britanniques.
»Ce qui est arrivé à ces quatre hommes est un scandale », a déclaré Clive Stafford Smith, directeur juridique de Reprieve. « Apparemment, la seule assistance consulaire que des Britanniques musulmans à l’étranger puissent escompter, c’est le risque d’être interrogés par les services de de renseignement du Royaume-Uni. Le FCO a reconnu qu’il savait que ces hommes étaient détenus depuis me 21 janvier. Pourquoi n’est-il pas intervenu ? »
Shahajan Janjua, citoyen britannique de 22 ans, a acheté un billet d’avion au Royaume-Uni pour une brève visite en Somalie, pour assister au mariage d’un ami. Quand l’Éthiopie et les USA ont attaqué le pays, il a cherché désespérément à à échapper au danger et a fui au Kenya. Le 31 janvier, il a contacté des ONG au Royaume-Uni depuis un téléphone portable, les informant qu’il avait été détenu sans inculpation pendant un mois au commissariat de police d’Ungata Rongoi avec trois autres Britanniques. Il a ajouté qu’il avait eu le nez cassé par un gardien kényan et qu’il avait été torturé.
Les quatre Britanniques ont été arrêtés par les autorités kényanes début janvier 2007. ils faisaient aprtie d’un groupe de sept r essortissants étrangers, dont un Suédois, détenus à la prison d’Ungata Rongoi à Nairobi avant d’être transférés vers d’autres prisons. On ignore où se trouvent les autres étrangers actuellement.
Ces dernières semaines, 62 ressortissants étrangers ont été,selon nos informations, remis, menottes aux poignets, par le Kenya à la Somalie. Le 28 janvier, le porte-parole du gouvernement intérimaire somalien Abdirahman Dinari a confirmé que les ressortissants étrangers récemment livrés par le Kenya à la Somalie étaient « détenus au secret quelque part dans Mogadiscio ».
Louise Christian, avocate britannique des familles de ces hommes, a dit:
« Le gouvernement britannique a l’obligation, vis-à-vis, de citoyens britanniques détenus à l’étranger, d’assurer leur sécurité et leur bien-être. AU lieu de cela, il semble qu’il ait activement participé à leur transfert extraordinaire vers un pays qui commet de notoriété publique des violations graves des droits humains, mettant ainsi leurs vies en danger. Le Foreign Office a assuré les familles qu’il contrôlait la situation e qu’il était en train de les rapatrier. Il est incroyable qu’ils aient laissé faire de telles choses. »


Pour plus d’informations :
Clara Gutteridge à Reprieve – 0044 7973 687 950
Clive Stafford Smith - clivess@mac.com , 0044 1308 424 412
Louise Christian – 0044 7884 363 630
http:// www.reprieve.org.uk
Original : http://www.cageprisoners.com/articles.php?id=18898
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2046&lg=fr


Somalie : À la croisée des chemins

par Harun Hassan, 9 février 2007


Le gouvernement somalien et ses alliés éthiopiens -cette fois-ci appuyés par l'armée américaine, ne peuvent pas en finir sans un règlement politique, indique Harun Hassan dans le présent article tiré de www.opendemocracy.net.
Pour l'auteur, la Somalie, l'Ethiopie (et les USA ) ont déjà commis une erreur politique majeure, en installant quatre seigneurs de guerre (dont aucun n'est membre du gouvernement somalien) comme gouverneurs des zones qu'ils ont dirigées avant que l'Union des Tribunaux Musulmans (UTM) ne les détrônent.

Le conflit énigmatique de la Somalie a de nouveau pris un tournant
dramatique. Au moment où l'an 2006 s'achève et à l'aube de 2007, après six
mois d'impasse politique et de manoeuvres militaires de chaque côté, la
situation a explosé en une totale confrontation armée.
Le résultat fut une victoire éclair de l'armée éthiopienne et de ses alliés
somaliens, à savoir le Gouvernement Fédéral de Transition(GFT)basé à Baidoa
et les seigneurs de guerre « freelance » qui le soutiennent. Leurs
adversaires, les miliciens de l'Union des Tribunaux Musulmans (UTM), furent
vaincus et mis en débandade (et, dès le 7 janvier 2007, soumis à de
lourds bombardements de la part de l'armée de l'air des USA ). En
l'espace de dix jours, les perspectives politiques de la Somalie se sont
renversées dans les circonstances les plus imprévisibles.
Un conflit qui, au départ, était un petit conflit local, a maintenant éclaté
et a passé à la une des informations écrites et télévisées de la presse
mondiale, reflétant la réappropriation « mondiale » soudaine du conflit
somalien dans une version d'histoire plus vaste de la « guerre des
USA contre le terrorisme » ou bien de « longue guerre »
Les tout derniers développements sur le terrain, et les commentaires faits
par les autorités américaines, confirment le nouveau statut de la Somalie en
tant qu'un troisième « théâtre » dans cette guerre (après l'Irak et
l'Afghanistan). Les avions américains ont lancé une nouvelle vague de
bombardements aériens dans le sud de la Somalie le 10 janvier, après des
raids par bombes ayant pour cibles (selon lesdites autorités) les dirigeants
d'Al Qaida qui auraient trouvé refuge parmi les éléments de ces forces de
l'UTM dans la région. Dans un mouvement significatif, l'Union Européenne et
les Nations Unies ont critiqué la tactique américaine.
Les USA ont nommé trois hommes qu'ils accusent d'être impliqués dans
les attentats d’août 1998 contre les ambassades américaines au Kenya et en
Tanzanie, attentats qui ont coûté la vie à 250 personnes : Fazul Adullah
Mohamed (Comores) ; Abu Talha Al Sudani (un Soudanais) et Saleh Ali
Saleh Nabhan (un Kényan). Il n'y a pas eu de confirmation que ces trois
hommes ont été vus en Somalie, même si les informations suggèrent que Fazul
Abdullah Mohamed fut tué lors du tout dernier raid ; dans tous les cas,
l'anarchie qui règne dans le pays et le manque de gouvernement central fort
ont exposé ses frontières (aériennes, maritimes et terrestres) à toutes
sortes d'abus pour une longue période.
La zone que les avions américains sont en train de bombarder est une vaste
jungle qui s'étend sur environ 20 kilomètres le long de la frontière entre
la Somalie et le Kenya où les milices de l'UTM ont mené une résistance
farouche. L'objectif principal de l'armée américaine est d'écraser
irréversiblement les résidus de l'UTM. L'UTM pourrait toujours disposer de
plus de 2.000 combattants qui sont prêts pour la bataille. Les médias
somaliens indiquent que les troupes éthiopiennes sur terrain ont subi des
pertes lourdes les 7 et 8 janvier et ont ainsi demandé le bombardement
américain. Les avions MIG de l'Éthiopie eux-mêmes avaient bombardé cette
zone pendant environ dix jours mais ils ne semblent pas avoir la capacité de
faire des attaques ciblées que la haute technologie américaine peut
garantir.
Dans toute cette escalade militaire, il est très aisé d'oublier que des
civils innocents - y compris ceux déjà déplacés par la guerre et fuyant
cette dernière - sont en train d'être tués, peut-être en nombre important.
Certains fermiers de la région sont également en train de perdre des animaux
qui sont la base de leurs revenus. Cette situation a des
ingrédients d'un désastre humanitaire qui rend complexe l'insécurité humaine
déjà endémique de la Somalie.

Dispersion et retraite
La guerre pour la Somalie est ainsi entrée dans une nouvelle phase. Même il
y a moins d'un mois, la situation actuelle aurait paru comme un dénouement
surprenant. Le 12 décembre 2006, confiant à l'époque, le commandant des
miliciens de l'Union des Tribunaux Musulmans a donné aux troupes
éthiopiennes soutenant le gouvernement somalien un ultimatum d'une semaine
pour quitter le pays ou être forcées à le faire. Mais même pendant qu'il
annonçait cela, l'Éthiopie avait (au milieu des dénis moqueurs d'une
quelconque activité du genre à Addis-Abeba) a déployé plusieurs brigades
mécanisées à l'intérieur de la Somalie et les a préparées à la guerre.
Le 20 décembre, un jour après que le délai de l'UTM eut été dépassé, des
coups de feu ont éclaté à la ligne de front entre les deux côtés tout près
de la base provisoire du gouvernement somalien à Baidoa. Une nouvelle phase de
la guerre avait commencé. Huit jours plus tard, l'armée éthiopienne avait
(avec ses alliés somaliens) pris la capitale Mogadishu et d'autres
principaux centres urbains antérieurement contrôlés par l'UTM. Les militants
de l'UTM en effondrement, qui perdaient ville après ville, furent forcés à
s'enfuir davantage vers le sud dans la zone dominée par la jungle à la
frontière avec le Kenya.
Il y a eu deux facteurs cruciaux dans la bonne fortune inattendue du
gouvernement somalien, qui avait été la partie ayant subi de sérieuses
pertes en hommes juste avant le dernier conflit. Le premier fut le fait que
l'UTM a sous-estimé la puissance de l'armée éthiopienne. Il a été indiqué
qu'entre 8.000 et 10.000 hommes de troupes éthiopiens furent impliqués dans
la bataille, étant armés d'hélicoptères de combat et de tanks de fabrication
américaine, d'avions de combat et d'artillerie lourde. Aidée par 3.000
miliciens du gouvernement, cette force était presque le double de celle de l'UTM, qui n'était armés que d'AK-47, de mitraillettes et de bazookas.
Le second facteur fut que le plan tactique de l'UTM - pour capturer Baidoa
et transformer la bataille en une guerre urbaine et de rue qui est familière
à la plupart de ses combattants) - a échoué de manière désastreuse,
puisqu'ils furent forcés d’affronter une armée conventionnelle dans un
contexte de ligne de front ouverte. Même en dépit de cela, aucun côté
n'avait réalisé de conquête territoriale majeure pendant sept jours jusqu'à
ce que les défenses de l'UTM dans les régions centrales de la Somalie
tombent.
A ce stade, les forces éthiopiennes et somaliennes ont pris l'initiative et
forcé les milices de l'UTM à se retirer de Baidoa. Sans tarder, les villes
tombèrent les unes après les autres et l'UTM n’eut aucune chance de se
regrouper. Le 27 décembre, les Éthiopiens et leurs alliés somaliens
marchèrent sans aucune résistance dans la capitale. Les combattants
de l'UTM avaient été supposés se battre à Mogadiscio et dans la ville
méridionale de Kismayo ; ils optèrent pour une retraite, et ce, peut-être,
afin de mener une guérilla à partir de la brousse.

Le 28 décembre 2006, la Somalie est entrée dans une nouvelle ère.

Vainqueurs et vaincus

Il se dégage trois vainqueurs et trois vaincus de la toute dernière bataille
pour la Somalie. Le premier vainqueur est le gouvernement somalien de
transition lui-même. L'on s'attend à ce que cet organisme déménage vers Mogadiscio
(pour la première fois depuis sa formation au Kenya en 2004) afin de combler
le vide politique, avec le soutien d'un contingent de troupes de l'Union
Africaine qui doit être bientôt déployé dans le pays.
Le deuxième vainqueur est le gouvernement éthiopien, qui a exécuté une
stratégie politique et militaire décisive en cassant la potentialité de
l'émergence d'un voisin puissant et hostile. Tout au moins, l'Éthiopie a
évité (peut-être pour plusieurs années) l'arrivée au pouvoir d'un
gouvernement somalien dirigé par des individus qui combinent de fortes
croyances religieuses et des tendances nationalistes.
Le troisième vainqueur ce sont les USA , qui pour la première fois ont
gagné leur guerre indirecte contre les dirigeants musulmans de la Somalie
qu'ils accusent d'avoir des liens avec Al Qaïda et de cacher des terroristes
recherchés (accusations qui restent à prouver effectivement).
Le premier des trois perdants dans ce conflit, c'est l'Union des Tribunaux
Musulmans. L'UTM a payé le prix de son immaturité politique et de ses
décisions hâtives. La force - même de ses milices comparée aux forces du
GFT, et le vaste territoire qu'elle parvint à contrôler au cours de 2006,
s'est révélée comme étant une arme à double tranchant en ce qui conernait sa flexibilité et sa capacité d’engagement. (
Le deuxième élément vaincu c'est l'Érythrée, qui a perdu un allié-clé dans
ses bousculades indirectes avec l'Éthiopie pour la domination régionale.
Toutefois, l'on a appris que l'Érythrée n'avait pas de personnel militaire
en Somalie (contrairement aux accusations onusiennes selon lesquelles plus
de 2.000 hommes de troupes érythréens étaient présents).
Le troisième perdant c'est la diplomatie internationale, qui a cédé la place
à la violence et à la préférence de l'action militaire. La plus récente
confrontation armée de la Somalie aurait pu être évitée s'il y avait eu une
diplomatie honnête et solide aux moments cruciaux. Cet échec fait tomber la
honte sur la communauté internationale ainsi que sur les combattants
immédiats.
L'implication d'un groupe musulman a contribué à donner au tout dernier
conflit de la Somalie une dimension internationale. Et pourtant pendant des
mois, les Nations Unies, les USA , l'Union Européenne, l'Union
Africaine et la Ligue Arabe ont choisi d'observer l'escalade du danger vers
une confrontation armée. Ces agences pourraient avoir eu des intérêts
divergents, et des doutes à propos du déploiement par l'Éthiopie de son
armée au-delà de la frontière « dans la défense de l'intérêt national » -
mais elles ont choisi le silence ou le consentement. Leur attitude est un
feu vert à des invasions « préventives » similaires .

L'Éthiopie et la Somalie
Ce conflit a été décrit comme un conflit régional, indirect ou même (en
termes idéologiques) comme un conflit mondial. La vérité la plus profonde si
pas la moins bonne pour les grands titres de journaux est qu'il y a encore
une nouvelle épisode de la longue histoire du conflit entre les deux
sociétés de l'Ethiopie et de la Somalie.
Les principaux quotidiens éthiopiens ont utilisé le terme « mission
accomplie » après que leurs forces sont entrées dans la capitale somalienne. De
la même manière, beaucoup de médias somaliens ont décrit le 28 décembre 2006 comme une journée sombre dans l'histoire de la Somalie. Ceci nous donne une indication sur les raisons pour lesquelles
ces deux pays pourraient être les plus grands perdants dans ce conflit.
Il y a une longue histoire de tension entre ces deux territoires. Les
anciens royaumes éthiopiens - depuis de 2ème siècle, le royaume d'Aksoum - a
envahi et régné sur beaucoup de parties de la Somalie. Les Somaliens (ou «
Berbères noirs » comme les appelait à l'époque) furent poussés vers les
zones côtières où ils ont bénéficié de relations proches, basées sur le
commerce, avec les anciens Égyptiens. Les dynasties et les sultanats
somaliens ont ainsi fait l'expérience de contacts violents avec leurs
équivalents éthiopiens ; mais la tension a empiré même plus lorsque
l'Islam a atteint la Somalie au 9ème siècle.
Au début du 16ème siècle, l'une des guerres les plus catastrophiques se
produisit. Un seigneur de guerre somalien ayant le désir d'élargir le règne
de l'Islam, l'Imam Ahmed Gurey (ou Ahmed Gran), envahit l'Éthiopie avec
l'aide de l'empire ottoman et vainquit l'armée de son empereur Lebna Dengel.
En route, il captura de vastes territoires et massacra beaucoup de
gens qui refusaient de se convertir à l'Islam. Mais les Éthiopiens se
regroupèrent et (avec l'aide du Portugal) lancèrent une contre-attaque,
vainquirent et tuèrent Gurey.
Quatre siècles plus tard - au réveil de la « bousculade impériale pour
l'Afrique » au début du 20ème siècle - un autre seigneur de guerre somalien,
Sayyid Mohamed Abdullah Hassan, prit les armes contre les Britanniques qui,
à l'époque, occupaient des parties de la Somalie. Afin de sauvegarder les
bonnes relations avec les colons européens, l'empereur Menelik II d’Éthiopie rejoignit la campagne contre le dirigeant somalien en soutien de la Grande-Bretagne par l'invasion de la région somalienne d'Ogaden.
Dans une première phase de sa propre ère de retraite impériale, la Grande-Bretagne
garantissait en 1948 l'Ogaden à l'Éthiopie et demandait à l'ONU de
d’envisager l’indépendance pour les autres parties de la Somalie. La Somalie
lança des opérations militaires en 1964 et 1977 en vue de regagner cette région, mais elle échoua.
C'est cette histoire qui est à l’origine de l'actuel malheur et la présence de
l'Éthiopie en Somalie. C'est un passé qui hante beaucoup de gens des deux
pays.
En pratique, ceci pourrait ne pas être une guerre entre deux gouvernements,
parce que le gouvernement internationalement reconnu de la Somalie a
présentement des rapports amicaux avec les Éthiopiens. Mais
théoriquement et idéologiquement, c'est également une guerre entre les
sociétés.
A la lumière de ce qui précède, les bruits politiques et la dimension
internationale de la situation actuelle sont moins importants que la
présente tache noire dans les rapports entre les deux sociétés voisines. La
raison en est que l'histoire ne se rappellera pas de l'opération triomphale
de l'Éthiopie en Somalie comme de l'oeuvre de deux gouvernements alliés, mais
plutôt comme l'un des plus grands succès militaires contre la montée de
l'Islam politique en Afrique - sinon dans le monde entier.

Guerre et Politique
Le président de la Somalie, Abdullahi Yusuf Ahmed, déclare que ce moment
constitue un nouveau départ pour la Somalie et une chance pour la communauté
internationale de donner son assistance. Les USA , l'UE et l'UA ont
donné leur réponse. Il est maintenant officiel que les troupes de l'UA
seront envoyées - peut-être avant fin janvier - bien que le mandat de leur
mission n'ait pas été spécifié.
Le dirigeant de l'Éthiopie Meles Zenawi indique qu'il a l'intention de
garder ses troupes à l'intérieur de la Somalie pour seulement quelques
semaines, et de quitter les lieux une fois que les troupes de l'UA
arriveront - une position soutenue par les USA et le gouvernement
britannique. Mais le premier ministre somalien qui est vainqueur, en
retournant dans la capitale, indique que les Éthiopiens resteront là
aussi longtemps que le gouvernement somalien trouvera leur présence
nécessaire. Cette option très sensible est une véritable possibilité.
Pourrait-elle aussi transformer la victoire en une défaite?
Il y a deux raisons pour penser cela. La première
est que l'intervention éthiopienne est un cauchemar diplomatique pour la
communauté internationale. Lorsque les États de la région de l'Afrique de
l'Est ont proposé, au départ, après de pénibles négociations qui ont duré
deux ans - l'envoi de troupes en Somalie en soutien au gouvernement
somalien, ils ont pris le soin d'exclure les pays frontaliers avec la
Somalie (le Kenya, l'EÉhiopie et le Djibouti) - puisque tous les trois
avaient des intérêts divergents sur la Somalie ainsi que de grandes
populations d'ethnie somalienne.
Cette opinion fut reprise après la formation du gouvernement somalien en
2004, lorsque le parlement de transition a approuvé le déploiement de
troupes africaines mais a spécifiquement exclu les mêmes pays voisins. En
décembre 2006 également, quand les Nations Unies ont adopté une résolution
autorisant le déploiement en Somalie d'une force africaine composée de 8 000
hommes, ces mêmes trois nations furent encore une fois exclues. Tout ceci
prouve à suffisance que l'entrée éthiopienne en Somalie a violé les normes
et la loi internationales.
Deuxièmement, les trois gouvernement engagés - somalien, éthiopien et
américain - vont trouver difficile de modifier la perception des Somaliens
envers les forces éthiopiennes, compte tenu des circonstances de leur
entrée, surtout si la situation sur le terrain devient défavorable à
cette dernière (si, par exemple, le GFT ne parvient pas à délivrer et que
l'insécurité continue de régner, et/ ou si l'UTM resurgit de la brousse).
Il y a déjà eu des manifestations anti-éthiopiennes à Mogadiscio pour
protestaer contre les tentatives de collecter les armes. Le gouvernement
somalien retarde donc indéfiniment la politique de collecte des
armes. Entretemps la tension est en train de monter dans la ville centrale
de Beletweyne après que les Éthiopiens eurent détenu un commandant de haut
rang des forces gouvernementales somaliennes qui avait pardonné au
président local des Tribunaux Musulmans et refusé de le remettre aux
Éthiopiens.
Le problème du gouvernement en ce qui concerne l'UTM vaincue est que
celle-ci ne souffre d'autre stigmatisation que l'allégation de liens avec
les terroristes par les USA et l'Éthiopie. Ainsi s'il ne succombe pas
aux attaques actuelles, ce ne sera pas surprenant que certaines autorités de
l'UTM réapparaissent dans les villes principales dans quelques mois.

Le présent et l'avenir
Ceci rend une option diplomatique continuellement pertinente. La perspective de déploiement
des troupes de l'Union Africaine va également nécessiter des
initiatives politiques nouvelles et créatives en vue d'atteindre une
solution. Le gouvernement somalien devra agir d'une manière réconciliatrice
et éviter la vengeance et la politique de boucs émissaires ; les milices et
les clans devront être désarmés dans tout le pays et de manière équitable et
en retour recevoir des garanties de justice et de sécurité ; le gouvernement
devra éviter la désunion tout en essayant d'accomplir des miracles de
délivrance.
Le gouvernement somalien et ses alliés éthiopiens ont occupé des endroits où
l'UTM a régné pendant plusieurs mois et fait un nombre important de
réalisations: elle a mis en oeuvre la loi et l'ordre, ouvert tous les ports
(tout le long de la plus longue ligne côtière d’Afrique), reconstruit les
institutions gouvernementales essentielles (le palais présidentiel,
l'aéroport international de Mogadiscio, la cour suprême, la prison, et les
immeubles des ministère des Affaires étrangères et de l'Information - et
désarmé tous les seigneurs de guerre. C'est une demande difficile à
satisfaire pour le gouvernement, mais même la moitié de ce que l'UTM a
réalisé pendant cette période serait perçue par beaucoup de Somaliens comme
un pas significatif.
Le succès militaire du gouvernement somalien et des Éthiopiens, et le
déploiement de troupes dans l'après-guerre, ne sera d'aucune valeur si l'on
ne trouve pas de solution politique à l'un des conflits les plus compliqués
de l'Afrique. Tout échec ici va hanter les commandants militaires de l'Union
Africaine qui devront s'occuper de l'échec politique, et le peuple somalien
continuera de souffrir.
La Somalie, l'Éthiopie (et les USA ) ont déjà commis une erreur
politique majeure, en installant quatre seigneurs de guerre (dont aucun
n'est membre du gouvernement somalien) comme gouverneurs des zones qu'ils
ont dirigées avant que l'UTM ne les détrône.
Ceci soulève vivement la question de savoir si oui ou non l'UTM pourrait se
ressaisir et redevenir forte. Le processus politique de la Somalie a été
stagnant pour la majeure partie des seize dernières années - dominé par les
mêmes seigneurs de guerre et dirigeants claniques. La phase dramatique des
débuts de l'été 2006 a mené l'UTM dans une position de commandement qu’elle
a perdue au bout de six mois. La phase actuelle verra deux déploiements
majeurs de troupes étrangères dans une courte période. Les chances d’avoir de nouvelles surprises sont réelles. L'une d’elles sera-t-elle le retour de l'UTM à travers la guérilla, ou sous la forme d'un
autre groupe de résistance ?
Deux scénarios pourraient contribuer au retour de l'Union des Tribunaux
Musulmans. Le premier est que le gouvernement fédéral de transition continue
de s'appuyer sur le soutien étranger - de la part de l'Éthiopie ou d'autres
troupes africaines, ou des deux - mais ne gagne pas la confiance des
Somaliens ordinaires. Le second est que le GFT ne trouve pas un mécanisme
politique soit pour ménager ou pour anéantir les seigneurs de guerre
freelance, rendant ainsi très difficile la restauration de la sécurité. Plus
ces seigneurs de guerre restent en dehors du gouvernement, plus les groupes
d'opposition sont susceptibles d'augmenter. La bataille a été gagnée, du
moins pour le moment. Pourtant rien ne signale que la guerre va se terminer
bientôt. La Somalie reste à la croisée des chemins.
Harun Hassan est un journaliste freelance qui a travaillé pour Associated Press et la BBC en Somalie.
Original : http://www.opendemocracy.net/democracy-africa_democracy/somalia_crossroads_4236.jsp
Source : http://fr.allafrica.com/stories/200702090200.html

 

Hôtel Corne d’Afrique, grande base américaine

par Emilio Manfredi, il manifesto, 10 janvier 2007

Militaires et civils américains vont et viennent, au nom de la « lutte contre le terrorisme global t tout est sous contrôle : Éthiopie, Somalie, Kenya, Soudan, Érythrée, Yémen. Le centre stratégique est à Djibouti

Tigist a 22 ans et travaille comme femme de chambre au Dil Hotel de Dire Dawa, la deuxième ville d’Éthiopie par importance et nombre d’habitants. « Depuis que j’ai trouvé ce travail, je peux finalement aider mes parents. Nous sommes dix dans la famille, et jusqu’à l’année dernière nous survivions avec le salaire de mon père, camionneur », raconte-t-elle pendant qu’elle sert du thé à deux clients de l’hôtel. « Maintenant avec mes 150 birr (moins de 15 euros, NDR) par mois, nous vivons un peu mieux ».
Dire Dawa est une ville où la vie coule au rythme lent du khât, la feuille dopante que nombre de gens aiment mastiquer. C’est surtout un centre de passage des camions et du train qui va d’Addis Abeba à Djibouti, la petite république somalienne ex-colonie française, et aujourd’hui principal port commercial utilisé par l’Éthiopie. « Cet hôtel est très fréquenté par des hommes d’affaires éthiopiens et des touristes de passage en ville, qui vont surtout à Harar, la quatrième ville sainte de l’islam où le poète français Arthur Rimbaud a longtemps vécu » raconte un client aisé de l’hôtel. « Moi je viens ici au moins deux fois par semaine. Ces derniers temps, la moitié au moins de l’hôtel est occupée par des militaires américains. Ils arrivent dans des voitures civiles, immatriculées à Djibouti ou à Dubaï, ou bien louées ici en Éthiopie. Ils déchargent du matériel et s’installent pour quelques jours, dans un va-et-vient incessant. Moi je viens toujours ici, je ne peux pas m’exposer. En Éthiopie il y a pas mal de sujets dont il vaut mieux ne pas parler. L’un d’entre eux est les soldats américains et leurs activités », continue l’homme, dont nous ne citerons pas le nom.
L’homme parle et raconte en un anglais parfait. De temps en temps cependant il s’interrompt et continue doucement en amharique. En fait, aujourd’hui aussi au Dil Hotel comme dans tout Dire Dawa, circulent des soldats américains. Premier d’infanterie, Air Force, US Navy. Tous en uniforme et grades bien en vue. Certains d’entre eux sont armés, M-14 en bandoulière, chargeurs non insérés mais à portée de main. Ils déchargent du matériel à peine arrivé à bord d’un van et de trois tous-terrains Toyota. Des véhicules civils, comme toujours. Des ordinateurs, de la technologie de communication satellitaire et du matériel pour construire un camp (tentes et lits de camp) sont laissés sous la garde de 4 soldats baraqués du Premier régiment d’infanterie. Pendant ce temps, d’autres hommes en uniforme (officiers d’aviation et de marine) accompagnent trois hommes et une femme pour une visite de reconnaissance de l’hôtel. Ils discutent serré, à voix basse. Ils contrôlent les pièces, les entrées de l’hôtel, les voies de secours, les toits. Puis certains d’entre eux remontent dans les quatre-quatre et s’en vont, escortés par des enfants éthiopiens qui parlent avec un gros accent américain. « L’un d’eux a demandé des informations sur les clients de l’hôtel » raconte ensuite un salarié, d’une voix préoccupée.
Que la Corne d’Afrique soit devenue pour les USA un des lieux stratégiques de la fameuse « guerre au terrorisme » n’est pas une nouveauté. Comme n’est pas nouveau non plus le fait que le petit État de Djibouti soit le centre de commandement de la Combined Joint Task force (CJTF) US pour la Corne d’Afrique. Une mission militaire d’intervention rapide et d’espionnage « dont l’objectif est de repérer, d’interrompre, et en dernière analyse, de défaire les groupes terroristes transnationaux qui opèrent dans la région- en empêchant des paradis sûrs, des soutiens extérieurs et une assistance matérielle pour les activités terroristes », comme explique le site globalsecurity.org.
En outre, le CJTF « a pour but de combattre la réémergence du terrorisme international dans la zone à travers des opérations militaires/civiles et en soutenant des opérations d’organisations non gouvernementales, à fin de renforcer la stabilité à long terme de la région ». La zone de responsabilité de la mission, si l’on en croit le site officiel, comprend l’espace terrestre et aérien d’Éthiopie, Soudan, Somalie, Kenya, Érythrée, Djibouti et Yémen. La base principale de cette mission est, depuis ses débuts en 2002, le Camp Lemonnier, ex-caserne de la Légion étrangère française, un peu à l’extérieur de Djibouti-ville, capitale et unique ville qui ait un peu d’importance dans la petite république.
C’est ici que sont basés des soldats d’infanterie, des Marines, mais aussi des forces de la marine, de l’aviation, et des services secrets. D’ici qu’hier est parti l’avion AC-130 qui a bombardé la zone de Ras Kamboni, au sud de la Somalie, où se trouvent selon les services secrets US les miliciens des Cours islamiques et des membres suspectés de Al Qaïda. Selon le Commandement, la mission dans la zone soutient l’opération Enduring freedom et allie des activités civiles de soutien à la population (effectuées par des soldats armés et en uniforme) à des opérations d’entraînement militaire d’armées de pays amis, outre de véritables opérations anti-terroristes. Le tout, dit le bureau de presse du CJTF, « dans le but de garantir aux nations hôtes un environnement stable et sûr, où les gens aient la liberté de choisir. Où l’éducation et la prospérité soient à la portée de chacun et où les terroristes, qui avec leurs idées extrémistes essaient de réduire en esclavage les nations, ne puissent pas piétiner le droit à l’autodétermination ».
Et l’Éthiopie ? Les activités militaires US en Éthiopie ces quatre dernières années sont allées en augmentant. En dehors de Dire Dawa, depuis le début de 2004, des unités US ont commencé à coopérer et à entraîner des unités spéciales éthiopiennes dans un petite base militaire appelée « Camp United ». Mais de là partent aussi des actions liées à la « guerre contre le terrorisme global », coordonnées par la base de Djibouti.
La même chose se passait il y a quelques mois à Gode, dans la région somalienne d’Éthiopie, proche de la frontière avec la Somalie. Puis Addis-Abeba a commencé ses préparatifs pour l’intervention en Somalie, et la base US a disparu. Où est-elle passée, on n’en sait rien. Ce qui est sûr, c’est que les opérations antiterroristes US qui partent de l’Éthiopie continuent. Et les gens, qui déjà ne comprennent pas le sens de l’intervention militaire en Somalie, sont perplexes. Dans le centre de Dire Dawa, dans le quartier de Kezira, il y a toujours des soldats en uniforme avec leurs armes bien en vue. « Nous ne comprenons pas ce qui se passe », explique Blein, assise au Mitto Café, entourée d’une dizaine de soldats US qui boivent quelque chose. « La seule chose qu’on sait, c’est qu’il ne faut pas poser de questions ».
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Source : http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=4591

 

Bombes US sur la Somalie

Après Oussama ben Laden, Mohamed Atta et Abou Moussab El Zarkaoui, voici un nouveau spectre : Abou Talha al Soudani

Alors qu’ils avaient jusqu’ici confié à l’armée éthiopienne, équipée, formée et renseignée par eux, le soin d’occuper Mogadiscio et une partie de la Somalie, les USA n’ont pu résister à leur vieille habitude consistant à bombarder des populations civiles au nom de la lutte contre le terrorisme. Cela s’est passé lundi soir à Hayo, dans le Sud. Il y a de nombreux mort. Appliquant un modèle mis au point par les généraux algériens et appliqué de manière répétitive en Afghanistan et en Iraq, les Yankees ont justifié leur agression par la prétendue présence d’un dangereux « artificier », « responsable de la cellule est-africaine d’Al Qaïda », répondant au nom pittoresque d’Abou Talha Al Soudani.

"Les islamistes se cachent dans l'épaisse jungle et seuls des raids aériens sont à même de les éliminer. Les raids se poursuivront jusqu'à ce qu'ils aient été tous liquidés", a déclaré à Reuters le ministre somalien de l'Information, Ali Ahmed Jama "Jangali".
Fait notable, l'Union européenne, par la voix du porte-parole de Louis Michel, commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, a condamné le raid américain.
C’est une véritable tenaille qui a été mise en place par le Commandement militaire US, avc l’appui au sol des armées éthiopienne et kényane.
Le porte-avions Eisenhower croise au large des côtes somaliennes pour renforcer le cordon naval déjà mis en place lorsque des centaines d'islamistes ont trouvé refuge dans le Sud somalien. L'armée kenyane s'efforce de boucler sa longue frontière, difficile à surveiller, pour les empêcher de fuir.
Les services de renseignement usaméricains disent que le Soudanais Abou Talha al Soudani, tenu par la justice usaméricaine pour un expert artificier d'Al Qaïda, dirige la cellule est-africaine de la nébuleuse islamiste et séjourne régulièrement en Somalie depuis plus de dix ans. Selon le Washington Post, qui cite des sources militaires, al Soudani était l'une des cibles du raid aérien américain. On ignore s'il a été tué dans le raid, le Pentagone n'ayant ni confirmé ni démenti. On ignore même s’il existe vraiment.
Les troupes éthiopiennes et celles du gouvernement fédéral de transition somalien disen tpourchasser al Soudani depuis qu'il dirigeait des unités de combattants islamistes près de Buur Hakaba, près de la base gouvernementale de Baïdoa, aux premiers jours de l'offensive éthiopienne qui a commencé vers Noël, ont déclaré à Reuters des responsables gouvernementaux somaliens.
"Les Américains disent qu'un membre d'Al Qaïda dirigeant les opérations en Afrique de l'Est se trouvent parmi les islamistes présents là-bas (à Hayo)", se bornait-on à dire de source gouvernementale somalienne. Ces messieurs ne tiennent apparemment pas à trop se ridiculiser et laissent à leurs protecteurs le soin de le faire.
Le raid de lundi soir s'est déroulé au sud de Hayo, près de Ras Kamboni et de Badmadow, à la pointe sud du territoire somalien, tout près du Kenya.
L'appareil de l'US Air Force, doté d'appareils de détection et de visée ultra-perfectionnés, a décollé de Djibouti [où la France a loué à l’US Army le Camp Lemonnier] pour mener son attaque. D'après les télévisions US, ce sont deux agents opérationnels d'Al Qaïda qui s'y étaient réfugiés après avoir fui Mogadiscio.
Selon CBS News, l'un de ces deux responsables d'Al Qaïda est soupçonné d'avoir participé aux attentats à la bombe contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998. L'autre serait un chef du mouvement islamiste en Afrique de l'Est.
Les services de renseignement usaméricains, éthiopiens et kenyans s'accordent à dire que certains islamistes ont hébergé en Somalie un certain nombre de militants d'Al Qaïda, dont des hommes soupçonnés d'avoir pris part à ces attentats-là, ainsi que, en 2002, à un attentat contre un hôtel de la côte kenyane.
En plus d'al Soudani, Washington évoque les noms du Comorien Fazul Abdullah Mohamed et du Kényan Saleh Ali Saleh Nabhaen au nombre des membres d'Al Qaïda présents en Somalie.
La présence des Éthiopiens, chrétiens, en terre musulmane somalienne a suscité la colère d'une partie de la population, provoquant des manifestations, évidemment qualifiées d’ »émeutes » par les agences de presse, notamment à Mogadiscio. Interrogé par le journal Le Monde, le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi a assuré que ses troupes se retireraient dans les semaines à venir et a écarté le risque de les voir s'engluer dans un bourbier à l'irakienne.
"Nous n'avons aucun projet d'occupation de la Somalie, aucun projet pour remodeler ce pays selon nos vues", dit-il encore.
Le président somalien Abdoullahi Youssouf, qui a fait lundi son entrée à Mogadiscio, où il ne s'était pas rendu depuis sa nomination en 2004, a insisté lui aussi sur le fait que les Éthiopiens n'étaient pas des occupants et repartiraient prochainement.
Ouf ! Nous voilà donc soulagés. Nous qui croyions bêtement que Tonton Meles était en train d’essayer de réaliser l rêve d’une « Grande Éthiopie », pour enfin obtenir un accès à la mer que l’Éthiopie a perdu avec l’accession de l’Érythrée à l’indépendance.
Quibla.net, 9 janvier 2006

 

Somalie : l'Éthiopie  chasse les islamistes. Et après ?


Interview de Roland Marchal, chercheur au Ceri et spécialiste de la Corne de l’Afrique
par Habibou Bangré, afrik.com, 27 décembre 2006
  

 

07-01-2007


Meles Zenawi, homme fort de l’Éthiopie, « libérateur » de la Somalie

Roland Marchal est chargé de recherche au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) de Paris. Une semaine après le début des combats, le spécialiste de la Corne de l’Afrique fait le point sur la situation et explique ce qui pourrait arriver dans les mois à venir.

Afrik.com : Pourquoi l’Éthiopie  participe-t-elle au conflit somalien ?
Roland Marchal : L’Éthiopie  poursuit plusieurs buts. Elle est toujours en guerre froide avec l’Erythrée et s’inquiète de sa capacité de nuisance au niveau régional. Or, depuis juin, les tribunaux islamiques entretiennent sur son flanc Sud des relations très cordiales avec l’Erythrée. Sur le plan politique intérieur, le régime éthiopien après avoir embastillé la majeure partie de son opposition parlementaire en novembre 2005 craint que des mouvements de guérilla trouvent un sanctuaire en Somalie, d’où ils pourraient mener des actions contre lui. L’Éthiopie  pense que par ailleurs c’est à elle de remettre sur pied la Somalie. Elle contrôle le gouvernement fédéral transitoire et estime qu’aucun autre acteur autonome ne peut exister. Donc les tribunaux islamistes ne sont pas les bienvenus. Il y a aussi une dimension islamique, mais elle n’est pas aussi fondamentale qu’on le croit en Occident. Il existe une inquiétude sur une évolution plus radicale, plus islamique, mais pas forcément djihadiste, de la Somalie qui rendrait plus difficile le contrôle d’Addis-Abeba sur la Somalie et à terme sur les populations musulmanes éthiopiennes.

Afrik.com : L’Éthiopie  affirme que les morts islamistes des derniers jours étaient pour « la majorité » étrangers. Qu’en pensez-vous ?
Roland Marchal : L’Éthiopie  affirmait aussi ne pas avoir de troupes en Somalie... La présence étrangère est totalement marginale dans les rangs des Tribunaux qui sont par ailleurs très populaires auprès de la diaspora. S’il y a des étrangers parmi les victimes du conflit, c’est peut-être parce que beaucoup de gens dans le pays ont un passeport qui ne correspond pas à leur nationalité.

Afrik.com : Comment expliquez-vous le soutien de l’Erythrée aux tribunaux islamiques ?
Roland Marchal : Sa situation est assez paradoxale. Elle a perdu militairement la guerre qui l’a opposée à l’Éthiopie  de 1998 à 2000. En revanche, elle l’a gagnée symboliquement parce que la Cour internationale de justice lui accorde le village de Badmé, au cœur du conflit avec l’Éthiopie . Depuis, elle fait feu de tout bois pour que la communauté internationale fasse respecter cette décision comme elle s’y était engagée en décembre 2000 lors de la signature de l’accord d’Alger entre les deux pays. Si l’Erythrée intervient en Somalie, c’est pour montrer le comportement « impérialiste » éthiopien et inciter la communauté internationale à la sanctionner.

Afrik.com : Peut-on craindre une contagion guerrière à toute la Corne de l’Afrique ?
Roland Marchal : Tout dépend de ce qui se passera au niveau politique. S’il y a une domination sans partage de l’Éthiopie  à l’analogue de la situation militaire actuelle, on pourra s’attendre dans la Corne de l’Afrique à des attentats contre des intérêts éthiopiens ou des responsables internationaux, qui seront accusés de soutien passif à cause de leur silence. Le climat sera extrêmement délétère. Comme cela s’est produit en Irak, on assistera à une mobilisation au-delà des islamistes, qui sont minoritaires en Éthiopie  et au Kenya. Notons que le Kenya ne partage pas, par ailleurs, la vision belliciste de l’Éthiopie , qui a violé la résolution 1725 des Nations Unies qui interdit à tout pays voisin de la Somalie d’y intervenir militairement.

Afrik.com : Comment expliquez-vous que les Nations Unies ne parviennent pas à s’entendre sur le retrait des troupes étrangères de la Somalie ?
Roland Marchal : La France s’est prononcée en faveur d’un retrait des troupes étrangères et on peut s’en féliciter. L’ambassadeur de la France à New York a bien précisé que « toutes » les troupes étrangères devaient partir. L’administration américaine est divisée sur la dangerosité de ce qui se passe en Somalie. Sa position est plutôt de gagner du temps, de laisser la guerre durer pour que les tribunaux islamiques, qu’ils réprouvent, soient durablement affaiblis, sinon détruits. Ensuite, ils se donneront le droit de dire qu’il faut arrêter la boucherie, un discours qu’on a si souvent entendu…

Afrik.com : Quelle solution permettrait de sortir du conflit ?
Roland Marchal : La seule vraie solution était valable il y a huit jours, avant les violents combats. Il aurait fallu un dialogue, qui aurait sans doute été difficile, entre les deux parties et qui aurait aussi impliqué les groupes de pression, le monde des affaires, la communauté internationale, la société civile... Cela n’aurait pas été une solution définitive, mais elle aurait fait reculer la situation de guerre.

Afrik.com : Un accord entre le gouvernement fédéral transitoire et les tribunaux islamiques est donc la seule solution ?
Roland Marchal : Les Européens ont peut-être trop tardivement, mais en tout cas sincèrement, voulu que le gouvernement fédéral transitoire discute avec les tribunaux islamiques pour que ces derniers soient partie prenante de la tentative de reconstruction de l’État  en Somalie que représentait idéalement le gouvernement transitoire. Cela impliquait au moins un accord de partage de pouvoir qui aurait mis hors jeu l’actuel Premier ministre, qui n’a cessé depuis juin de mettre de l’huile sur le feu et d’appeler à une intervention éthiopienne. Par ailleurs, dès la première rencontre à Khartoum en juin entre gouvernement et tribunaux, un cessez-le-feu était conclu. Mais pour le mettre en œuvre, il faut une commission conjointe de vérification ou un médiateur extérieur chargé de recenser les incidents et d’établir les responsabilités. Cela n’a pas été fait pendant de très longs mois au point que (le commissaire du Développement et Aide Humanitaire de l’Union Européenne, ndlr) Louis Michel l’a récemment proposé le 20 décembre. C’est le gouvernement fédéral de transition qui a alors refusé, pas les Tribunaux.

Afrik.com : Que réserve l’avenir si la situation ne s’arrange pas ?
Roland Marchal : Aujourd’hui, nous sommes dans le temps court de la bataille et l’Éthiopie  gagnera parce qu’elle est bien mieux armée que les tribunaux islamiques. Mais la véritable question est de durer, de contrôler un territoire et d’y reconstruire un ordre politique. Le gouvernement fédéral transitoire n’a ni capacité militaire, ni capacité politique et ses opposants vont jouer la carte du nationalisme et de l’islam, comme ils l’ont jouée ces derniers jours. On risque d’assister à une multiplication d’incidents en milieu urbain parce qu’il sera difficile pour les Éthiopie ns d’utiliser des tanks sans provoquer un carnage et être montrés du doigt par la communauté internationale et les associations des droits de l’homme.

Afrik.com : Quelles seraient les conséquences d’une guerre ouverte ?
Roland Marchal : Au niveau humanitaire, le Programme alimentaire mondial suspend ses opérations, mais on peut gérer l’urgence. Le vrai problème se situe au niveau politique, avec le risque que l’Éthiopie  s’affirme un acteur politique majeur en Somalie, à cause du vide politique. En effet, le gouvernement fédéral de transition n’a rien à proposer. Son pouvoir et sa légitimité sont très faibles. Quant aux chefs de faction militaires, chassés par les tribunaux islamiques, vont-ils rester des clients de l’Éthiopie  ? Quelle sera leur position par rapport au gouvernement ? Les réponses ne sont pas claires, pas plus que ce que va faire la population : en 1993 lors de l’intervention internationale, pendant une période assez longue, elle a semblé accepter la situation avant de basculer dans l’opposition armée.

Source : http://www.afrik.com/article10921.html

 

La « libération » de Mogadiscio : 19 manifestants tués en deux jours
4 Somaliens ont été tués, samedi 6 janvier, par la police, lors d'échanges de tirs avec des manifestants qui protestaient contre la présence des militaires éthiopiens, à Mogadiscio. Une semaine après l'intervention des forces éthiopiennes, qui ont contribué à chasser la Coalition des Tribunaux islamiques, les manifestants ont jeté des pierres et brûlé des pneus, emplissant les rues d'une épaisse fumée noire. Au risque d'exacerber les tensions, le Président somalien, Abdullahi Youssouf, a demandé, samedi, à Addis-Abeba, de prendre en charge la formation des forces somaliennes, selon la télévision éthiopienne. Notons que le gouvernement de transition avait donné jusqu'à jeudi aux habitants, pour restituer leurs armes, mais le projet, qui a rencontré un succès très limité, a été suspendu samedi.
La police somalienne, soutenue, par les militaires éthiopiens, a ouvert le feu, ce dimanche 7 janvier, sur des manifestants, qui réclamaient le départ des troupes éthiopiennes. 15 personnes ont été tuées, et 5 autres, blessées.
Source : http://french.irib.ir/default.asp?cat=2&id=9019&day=0

 

La Somalie : chronologie

 

  | Bilan du Monde

1887 : la Grande-Bretagne crée le protectorat du Somaliland

1905 : l’Italie créé la Somalie italienne

1935 : Mussolini attaque l’Éthiopie, dont il chasse le Négus et crée l’Afrique orientale, englobant l'Ethiopie, l'Erythrée et la Somalie

1940 : la Grande-Bretagne évacue le Somaliland.

1941 : elle le réoccupe, ainsi que la Somalie italienne et l'Ogaden (Ethiopie).
Novembre 1949 : l'ONU accorde l'indépendance à la Somalie italienne au terme d'une tutelle onusienne de dix ans. Aden Abdullah Osman Daar est élu président.

26 juin 1960 : Indépendance du Somaliland

1er juillet 1960 : la Somalie italienne accède à l'indépendance puis fusionnera avec le Somaliland.

1967 : l'ancien Premier ministre Ali Shermake est élu président.
15 octobre 1969 : Putsch militaire. Shermake est assassiné.  Le général Mohamed Siyad Barré prend le pouvoir et proclame la République démocratique de Somalie.

1970 : Siyad Barré, soutenu par l'URSS, proclame le socialisme scientifique doctrine dÉtat. Il nationalise les principaux secteurs économiques modernes du pays. Il mène une campagne d'alphabétisation fondée sur la transcription du somali en alphabet latin. Il tente également de réduire l'influence des clans.

1974- 1975 : Sécheresse et famine : la Somalie adhère à la Ligue arabe.
1977-1978 : Guerre de l’Ogaden

En 1977, les Somalis vivant dans la région de l'Ogaden en Ethiopie, sur la frontière est de la Somalie, s'engagent, après la chute de l'empire éthiopien d'Addis-Abeba, dans la guerre pour leur rattachement à la Somalie. Fin 1977, les Somalis contrôlent la majeure partie de l'Ogaden. Mais la guerre fait 8 000 morts dans l'armée somalienne et jette sur les routes 150 000 réfugiés. La Somalie dénonce l'accord de juillet 1974 qui la lie pour vingt ans à l'URSS et expulse les conseillers soviétiques présents sur son territoire. En avril 1978, une tentative de coup d'Etat militaire avorte.      

1978-1980 : Coopération militaire avec les Etats-Unis

En 1978, l'Ethiopie, aidée par Cuba et l'URSS, lance une contre-attaque et reprend le contrôle de la région en proposant son soutien aux mouvements dissidents de Somalie, basés principalement dans le nord du pays. Les combats ultérieurs alimentent un flux de réfugiés (près de deux millions en 1981) en Somalie que le général Siyad Barré utilise comme masse de manœuvre. En 1980, la Somalie signe un accord de coopération militaire, pour dix ans, avec les Etats-Unis. En octobre 1980, l'état d'urgence est déclaré du fait de l'afflux des réfugiés d'Ogaden.

1980-1989 : : Accord de paix

Les États-Unis apportent une aide à la fois humanitaire et militaire à la Somalie en échange de l'utilisation de l'ancienne base navale soviétique de Berbera, sur la côte nord. Des hostilités sporadiques se poursuivent avec l'Éthiopie jusqu'au 3 avril 1988, année de la signature d'un accord de paix entre les deux belligérants.     

1991 : Fuite de Siyad Barré

Le général Barré est réélu en 1986 mais l'opposition (le Mouvement national somalien), très active dans l'ancien Somaliland britannique, conquiert des parties du nord de la Somalie. De nouveaux mouvements d'opposition émergent également à la fin des années 1980. La guerre civile s'intensifie. Siyad Barré s'enfuit de la capitale en janvier 1991, le chaos social s'ensuit. Ali Mahdi Mohamed Farah Aïdid, également membre du CSU (Congrès de la Somalie unifiée), remplace le dictateur à la tête de l'État. De novembre 1991 à mars 1992, 50 000 personnes sont tuées lors de violents combats entre les factions rivales. L'économie s'effondre, 300 000 personnes meurent de faim.            

1992 : Opération "Restore Hope"

En décembre 1992, le président américain, George Bush (père), décide, dans le cadre de l'opération "Restore Hope" ("Ramener l'espoir"), l'envoi des troupes américaines. 28 000 Américains, relayés par la suite par 10 000 hommes de la force internationale de maintien de la paix des Nations unies (Onusom), débarquent à Mogadiscio. Mais les combats entre clans continuent et gênent le travail des agences internationales d'assistance humanitaire. La violence de certains casques bleus à l'égard de la population somalienne attise les haines. Forces de maintien de la paix et civils sont victimes de ces luttes.
1993-1995 : Arrivée et départ de l'Onusom

Face à l'échec des négociations avec les différentes factions, notamment avec celle du général Aïdid, et face aux importantes pertes humaines tant internationales que somaliennes, les Américains, puis les Français, se retirent. En mai 1993, les Nations unies prennent le relais des Américains (Onusom II), limitant leur action à l'aide humanitaire. Les derniers soldats américains quittent la Somalie en mars 1994, et les 8 000 derniers casques bleus s'en vont définitivement en mars 1995. Le pays est divisé en plusieurs régions contrôlées par des factions militaires qui se combattent.       

1996-1997 : Accord de gouvernement

Le général Mohamed Farah Aïdid, mort au combat en août 1996, est remplacé par son fils Hussein Mohamed Aïdid, dont les troupes tiennent une partie du centre et du sud du pays. Le Nord-Ouest, l'ancien Somaliland, est solidement contrôlé par Mohamed Ibrahim Egal, élu par ses partisans président de la République autoproclamée du Somaliland le 23 février 1997. Chaque région du pays est contrôlée par des factions rivales. A l'initiative de l'Ethiopie et du Kenya, une réunion de conciliation entre les principales factions à Sodere débouche sur un accord de gouvernement, le 3 janvier 1997, sans régler le problème du désarmement des milices et de la reconstruction de l'Etat.          

1998-2003 : Conférence de réconciliation

En 1998, le Puntland (nord-est du pays) s'autoproclame région autonome. En 2000, la conférence d'Arta, sous l'égide de l'ONU, est aussi dénuée de résultat que les douze accords de paix précédents. Le 26 août 2000, le Parlement de transition élit un nouveau président en la personne d'Abdiqasim Salad Hassan, mais le pays reste aux prises avec des rivalités claniques. En juillet 2003, la conférence de réconciliation aboutit à un projet de charte nationale prévoyant le fédéralisme.                  

2004 : Création d'un Parlement intérimaire

Le 29 janvier 2004, un accord entre les chefs de guerre permet la création d'un Parlement intérimaire. Le 22 août, le Parlement de transition est inauguré à Nairobi, au Kenya, les conditions de sécurité n'étant pas réunies pour qu'il siège en Somalie. Le 10 octobre, Abdullahi Yusuf Ahmed, président de l'Etat régional du Puntland, est élu président de la Somalie par les parlementaires réunis à Nairobi. Le 3 novembre, le nouveau président nomme un premier ministre, Ali Mohamed Gedi, un nouveau pas vers la mise en place d'un gouvernement stable.                       

2006 : Victoire puis défaite des forces islamistes
En mai, les affrontements entre les fondamentalistes islamistes et les membres de l'Alliance pour la restauration de la paix et contre le terrorisme (réunissant les chefs de guerre), soutenue par Washington, provoquent la mort de dizaines de civils à Mogadiscio. Le 5 juin, les Tribunaux islamiques prennent la capitale somalienne. Puis, ils poursuivent leur offensive. Lors d'une opération éclair, le 14 juin, ils prennent la ville de Jowhar (à 90 km au nord de Mogadiscio).

Source : Le Monde