L’Empire contre l’humanité
Somalie
L'armée US bombarde à nouveau des « cibles
d'Al Qaïda »
Un navire de l'armée américaine a bombardé des cibles
d'Al-Qaïda dans la nuit de vendredi à samedi dans une zone côtière du
nord-est de la Somalie
après des affrontements entre combattants islamistes présumés et troupes
de la région semi-autonome du Puntland, selon des responsables et des
témoins.
"L'armée américaine avait pour cible des cachettes (du réseau terroriste)
d'Al-Qaïda. (Cette attaque) visait à éliminer tous les terroristes et
le reste du travail sera accompli par les forces armées du Puntland",
a déclaré à l'AFP le gouverneur de la région de Barri (nord-est), Mussa
Jelle Yusuf.
Les éléments visés sont "des fugitifs d'Al-Qaïda qui ont fui le
sud de la Somalie (...) Les troupes
du Puntland ont encerclé les montagnes de Bargal et sont en train de
poursuivre les éléments d'Al-Qaïda. Ils (...) seront capturés ou tués",
a-t-il martelé.
Selon un responsable gouvernemental somalien interrogé par l'AFP à Mogadiscio,
plusieurs personnes ont péri dans cette attaque.
"Il y a eu des morts dans cette attaque, mais nous ne connaissons
pas le nombre exact à cause du caractère isolé de la zone", a déclaré
samedi soir ce responsable.
Le ministère américain de la
Défense a refusé de confirmer cette attaque, mais a
maintenu son objectif de lutter contre les terroristes.
"Nous reconnaissons l'importance de travailler étroitement avec
nos alliés pour (...) identifier, localiser, capturer et si nécessaire
tuer les terroristes et ceux qui leur fournissent des refuges",
a fait valoir un porte-parole du ministère, Bryan Whitman, dans un communiqué.
Le navire américain a pilonné plusieurs cibles situées près du port
de Bargal (environ 1.250
km au nord-est de Mogadiscio), selon des sources
concordantes.
Cette attaque a eu lieu peu après des accrochages entre présumés combattants
islamistes et étrangers, et troupes de la région autoproclamée autonome
du Puntland du nord-est de la
Somalie, selon ces sources.
"Nos forces ont combattu des combattants islamistes, dont des combattants
étrangers liés à Al-Qaïda. Après les affrontements, un navire de l'armée
américaine a bombardé trois cibles dans les environs de Bargal dans
une région montagneuse", a déclaré à l'AFP un responsable militaire
du Puntland (nord-est de la
Somalie), joint depuis Mogadiscio.
Selon ce responsable, ces bombardements sont intervenus trois jours
après l'annonce par les autorités locales de l'arrivée de combattants
islamistes somaliens et étrangers d'origine arabe à Bargal, près de
l'océan Indien.
Les autorités du Puntland avaient affirmé mercredi avoir abattu deux
combattants étrangers d'origine arabe à Bargal.
Le président du Puntland Adde Mussa a affirmé que des membres d'Al-Qaïda
se trouvant en Somalie, pays en guerre civile depuis 1991, "se
sont rendus (maintenant) vers le nord de la
Somalie pour mener des combats terroristes", a-t-il
dit samedi sur la radio somalienne Shabelle.
En janvier, l'aviation américaine avait mené au moins deux raids dans
le sud de la Somalie
contre des membres présumés d'Al-Qaïda, faisant au moins cent morts
selon des chefs coutumiers.
En février, le New York Times, citant des responsables américains sous
couvert d'anonymat, a affirmé que des commandos américains avaient mené
des opérations au sol dans le sud de la
Somalie, depuis des bases secrètes en Ethiopie et au
Kenya voisins.
D'après ces responsables américains, ces opérations n'ont pas permis
de capturer ou neutraliser trois responsables d'Al-Qaïda accusés d'avoir
organisé les attentats contre les ambassades américaines à Nairobi et
Dar es-Salaam en 1998, qui avaient fait 224 morts.
A partir de fin décembre 2006, les tribunaux islamiques somaliens avaient
été défaits lors d'une vaste offensive de l'armée éthiopienne alliée
aux troupes somaliennes.
Source : AFP, 2 juin 2007
Le Kenya livre des Britanniques à Mogadiscio
avec la complicité de Londres
Par Reprieve, Londres, 10 février 2007
Reprieve a appris que quatre ressortissants britanniques (Shahajan Janjua,
Reza Afsharzadagen, Mohammed Ezzoueck et Hamza Chentouf) ont été
livrés le 10 février 2007 par le Kenya à la Somalie,
où ils se trouvent dans un lieu de détention innconnu.
Reprieve craint qu’ils soient soumis à la torture à
moins que le gouvernement britannique n’agisse immédiatement
pour assurer leur retour à la maison sains et saufs.
Une enquête menée par Cageprisoners et Reprieve a révélé
que ces hommes ont fui la Somalie, où ils étaient en danger
et qu’ils ont été détenus sans inculpation
par les autorités kényanes pendant plus d’un mois.
Pendant ce temps ils n’ont reçu aucune visite consulaire
du Foreign and Commonwealth Office (FCO) mais ont été
interrogés à plusieurs reprises par les services de sécurité
britanniques.
»Ce qui est arrivé à ces quatre hommes est un scandale
», a déclaré Clive Stafford Smith, directeur juridique
de Reprieve. « Apparemment, la seule assistance consulaire que
des Britanniques musulmans à l’étranger puissent
escompter, c’est le risque d’être interrogés
par les services de de renseignement du Royaume-Uni. Le FCO a reconnu
qu’il savait que ces hommes étaient détenus depuis
me 21 janvier. Pourquoi n’est-il pas intervenu ? »
Shahajan Janjua, citoyen britannique de 22 ans, a acheté un billet
d’avion au Royaume-Uni pour une brève visite en Somalie,
pour assister au mariage d’un ami. Quand l’Éthiopie
et les USA ont attaqué le pays, il a cherché désespérément
à à échapper au danger et a fui au Kenya. Le 31
janvier, il a contacté des ONG au Royaume-Uni depuis un téléphone
portable, les informant qu’il avait été détenu
sans inculpation pendant un mois au commissariat de police d’Ungata
Rongoi avec trois autres Britanniques. Il a ajouté qu’il
avait eu le nez cassé par un gardien kényan et qu’il
avait été torturé.
Les quatre Britanniques ont été arrêtés par
les autorités kényanes début janvier 2007. ils
faisaient aprtie d’un groupe de sept r essortissants étrangers,
dont un Suédois, détenus à la prison d’Ungata
Rongoi à Nairobi avant d’être transférés
vers d’autres prisons. On ignore où se trouvent les autres
étrangers actuellement.
Ces dernières semaines, 62 ressortissants étrangers ont
été,selon nos informations, remis, menottes aux poignets,
par le Kenya à la Somalie. Le 28 janvier, le porte-parole du
gouvernement intérimaire somalien Abdirahman Dinari a confirmé
que les ressortissants étrangers récemment livrés
par le Kenya à la Somalie étaient « détenus
au secret quelque part dans Mogadiscio ».
Louise Christian, avocate britannique des familles de ces hommes, a
dit:
« Le gouvernement britannique a l’obligation, vis-à-vis,
de citoyens britanniques détenus à l’étranger,
d’assurer leur sécurité et leur bien-être.
AU lieu de cela, il semble qu’il ait activement participé
à leur transfert extraordinaire vers un pays qui commet de notoriété
publique des violations graves des droits humains, mettant ainsi leurs
vies en danger. Le Foreign Office a assuré les familles qu’il
contrôlait la situation e qu’il était en train de
les rapatrier. Il est incroyable qu’ils aient laissé faire
de telles choses. »
Pour plus d’informations :
Clara Gutteridge à Reprieve – 0044 7973 687 950
Clive Stafford Smith - clivess@mac.com , 0044 1308 424 412
Louise Christian – 0044 7884 363 630
http:// www.reprieve.org.uk
Original : http://www.cageprisoners.com/articles.php?id=18898
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle
est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité
et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2046&lg=fr
Somalie : À la croisée des chemins
par Harun Hassan, 9 février 2007
Le gouvernement somalien et ses alliés éthiopiens -cette
fois-ci appuyés par l'armée américaine, ne peuvent
pas en finir sans un règlement politique, indique Harun Hassan
dans le présent article tiré de www.opendemocracy.net.
Pour l'auteur, la Somalie, l'Ethiopie (et les USA ) ont déjà
commis une erreur politique majeure, en installant quatre seigneurs
de guerre (dont aucun n'est membre du gouvernement somalien) comme gouverneurs
des zones qu'ils ont dirigées avant que l'Union des Tribunaux
Musulmans (UTM) ne les détrônent.
Le conflit énigmatique de la Somalie a de nouveau pris un tournant
dramatique. Au moment où l'an 2006 s'achève et à
l'aube de 2007, après six
mois d'impasse politique et de manoeuvres militaires de chaque côté,
la
situation a explosé en une totale confrontation armée.
Le résultat fut une victoire éclair de l'armée
éthiopienne et de ses alliés
somaliens, à savoir le Gouvernement Fédéral de
Transition(GFT)basé à Baidoa
et les seigneurs de guerre « freelance » qui le soutiennent.
Leurs
adversaires, les miliciens de l'Union des Tribunaux Musulmans (UTM),
furent
vaincus et mis en débandade (et, dès le 7 janvier 2007,
soumis à de
lourds bombardements de la part de l'armée de l'air des USA ).
En
l'espace de dix jours, les perspectives politiques de la Somalie se
sont
renversées dans les circonstances les plus imprévisibles.
Un conflit qui, au départ, était un petit conflit local,
a maintenant éclaté
et a passé à la une des informations écrites et
télévisées de la presse
mondiale, reflétant la réappropriation « mondiale
» soudaine du conflit
somalien dans une version d'histoire plus vaste de la « guerre
des
USA contre le terrorisme » ou bien de « longue guerre »
Les tout derniers développements sur le terrain, et les commentaires
faits
par les autorités américaines, confirment le nouveau statut
de la Somalie en
tant qu'un troisième « théâtre » dans
cette guerre (après l'Irak et
l'Afghanistan). Les avions américains ont lancé une nouvelle
vague de
bombardements aériens dans le sud de la Somalie le 10 janvier,
après des
raids par bombes ayant pour cibles (selon lesdites autorités)
les dirigeants
d'Al Qaida qui auraient trouvé refuge parmi les éléments
de ces forces de
l'UTM dans la région. Dans un mouvement significatif, l'Union
Européenne et
les Nations Unies ont critiqué la tactique américaine.
Les USA ont nommé trois hommes qu'ils accusent d'être impliqués
dans
les attentats d’août 1998 contre les ambassades américaines
au Kenya et en
Tanzanie, attentats qui ont coûté la vie à 250 personnes
: Fazul Adullah
Mohamed (Comores) ; Abu Talha Al Sudani (un Soudanais) et Saleh Ali
Saleh Nabhan (un Kényan). Il n'y a pas eu de confirmation que
ces trois
hommes ont été vus en Somalie, même si les informations
suggèrent que Fazul
Abdullah Mohamed fut tué lors du tout dernier raid ; dans tous
les cas,
l'anarchie qui règne dans le pays et le manque de gouvernement
central fort
ont exposé ses frontières (aériennes, maritimes
et terrestres) à toutes
sortes d'abus pour une longue période.
La zone que les avions américains sont en train de bombarder
est une vaste
jungle qui s'étend sur environ 20 kilomètres le long de
la frontière entre
la Somalie et le Kenya où les milices de l'UTM ont mené
une résistance
farouche. L'objectif principal de l'armée américaine est
d'écraser
irréversiblement les résidus de l'UTM. L'UTM pourrait
toujours disposer de
plus de 2.000 combattants qui sont prêts pour la bataille. Les
médias
somaliens indiquent que les troupes éthiopiennes sur terrain
ont subi des
pertes lourdes les 7 et 8 janvier et ont ainsi demandé le bombardement
américain. Les avions MIG de l'Éthiopie eux-mêmes
avaient bombardé cette
zone pendant environ dix jours mais ils ne semblent pas avoir la capacité
de
faire des attaques ciblées que la haute technologie américaine
peut
garantir.
Dans toute cette escalade militaire, il est très aisé
d'oublier que des
civils innocents - y compris ceux déjà déplacés
par la guerre et fuyant
cette dernière - sont en train d'être tués, peut-être
en nombre important.
Certains fermiers de la région sont également en train
de perdre des animaux
qui sont la base de leurs revenus. Cette situation a des
ingrédients d'un désastre humanitaire qui rend complexe
l'insécurité humaine
déjà endémique de la Somalie.
Dispersion et retraite
La guerre pour la Somalie est ainsi entrée dans une nouvelle
phase. Même il
y a moins d'un mois, la situation actuelle aurait paru comme un dénouement
surprenant. Le 12 décembre 2006, confiant à l'époque,
le commandant des
miliciens de l'Union des Tribunaux Musulmans a donné aux troupes
éthiopiennes soutenant le gouvernement somalien un ultimatum
d'une semaine
pour quitter le pays ou être forcées à le faire.
Mais même pendant qu'il
annonçait cela, l'Éthiopie avait (au milieu des dénis
moqueurs d'une
quelconque activité du genre à Addis-Abeba) a déployé
plusieurs brigades
mécanisées à l'intérieur de la Somalie et
les a préparées à la guerre.
Le 20 décembre, un jour après que le délai de l'UTM
eut été dépassé, des
coups de feu ont éclaté à la ligne de front entre
les deux côtés tout près
de la base provisoire du gouvernement somalien à Baidoa. Une
nouvelle phase de
la guerre avait commencé. Huit jours plus tard, l'armée
éthiopienne avait
(avec ses alliés somaliens) pris la capitale Mogadishu et d'autres
principaux centres urbains antérieurement contrôlés
par l'UTM. Les militants
de l'UTM en effondrement, qui perdaient ville après ville, furent
forcés à
s'enfuir davantage vers le sud dans la zone dominée par la jungle
à la
frontière avec le Kenya.
Il y a eu deux facteurs cruciaux dans la bonne fortune inattendue du
gouvernement somalien, qui avait été la partie ayant subi
de sérieuses
pertes en hommes juste avant le dernier conflit. Le premier fut le fait
que
l'UTM a sous-estimé la puissance de l'armée éthiopienne.
Il a été indiqué
qu'entre 8.000 et 10.000 hommes de troupes éthiopiens furent
impliqués dans
la bataille, étant armés d'hélicoptères
de combat et de tanks de fabrication
américaine, d'avions de combat et d'artillerie lourde. Aidée
par 3.000
miliciens du gouvernement, cette force était presque le double
de celle de l'UTM, qui n'était armés que d'AK-47, de mitraillettes
et de bazookas.
Le second facteur fut que le plan tactique de l'UTM - pour capturer
Baidoa
et transformer la bataille en une guerre urbaine et de rue qui est familière
à la plupart de ses combattants) - a échoué de
manière désastreuse,
puisqu'ils furent forcés d’affronter une armée conventionnelle
dans un
contexte de ligne de front ouverte. Même en dépit de cela,
aucun côté
n'avait réalisé de conquête territoriale majeure
pendant sept jours jusqu'à
ce que les défenses de l'UTM dans les régions centrales
de la Somalie
tombent.
A ce stade, les forces éthiopiennes et somaliennes ont pris l'initiative
et
forcé les milices de l'UTM à se retirer de Baidoa. Sans
tarder, les villes
tombèrent les unes après les autres et l'UTM n’eut
aucune chance de se
regrouper. Le 27 décembre, les Éthiopiens et leurs alliés
somaliens
marchèrent sans aucune résistance dans la capitale. Les
combattants
de l'UTM avaient été supposés se battre à
Mogadiscio et dans la ville
méridionale de Kismayo ; ils optèrent pour une retraite,
et ce, peut-être,
afin de mener une guérilla à partir de la brousse.
Le 28 décembre 2006, la Somalie est entrée dans
une nouvelle ère.
Vainqueurs et vaincus
Il se dégage trois vainqueurs et trois vaincus de la toute dernière
bataille
pour la Somalie. Le premier vainqueur est le gouvernement somalien de
transition lui-même. L'on s'attend à ce que cet organisme
déménage vers Mogadiscio
(pour la première fois depuis sa formation au Kenya en 2004)
afin de combler
le vide politique, avec le soutien d'un contingent de troupes de l'Union
Africaine qui doit être bientôt déployé dans
le pays.
Le deuxième vainqueur est le gouvernement éthiopien, qui
a exécuté une
stratégie politique et militaire décisive en cassant la
potentialité de
l'émergence d'un voisin puissant et hostile. Tout au moins, l'Éthiopie
a
évité (peut-être pour plusieurs années) l'arrivée
au pouvoir d'un
gouvernement somalien dirigé par des individus qui combinent
de fortes
croyances religieuses et des tendances nationalistes.
Le troisième vainqueur ce sont les USA , qui pour la première
fois ont
gagné leur guerre indirecte contre les dirigeants musulmans de
la Somalie
qu'ils accusent d'avoir des liens avec Al Qaïda et de cacher des
terroristes
recherchés (accusations qui restent à prouver effectivement).
Le premier des trois perdants dans ce conflit, c'est l'Union des Tribunaux
Musulmans. L'UTM a payé le prix de son immaturité politique
et de ses
décisions hâtives. La force - même de ses milices
comparée aux forces du
GFT, et le vaste territoire qu'elle parvint à contrôler
au cours de 2006,
s'est révélée comme étant une arme à
double tranchant en ce qui conernait sa flexibilité et sa capacité
d’engagement. (
Le deuxième élément vaincu c'est l'Érythrée,
qui a perdu un allié-clé dans
ses bousculades indirectes avec l'Éthiopie pour la domination
régionale.
Toutefois, l'on a appris que l'Érythrée n'avait pas de
personnel militaire
en Somalie (contrairement aux accusations onusiennes selon lesquelles
plus
de 2.000 hommes de troupes érythréens étaient présents).
Le troisième perdant c'est la diplomatie internationale, qui
a cédé la place
à la violence et à la préférence de l'action
militaire. La plus récente
confrontation armée de la Somalie aurait pu être évitée
s'il y avait eu une
diplomatie honnête et solide aux moments cruciaux. Cet échec
fait tomber la
honte sur la communauté internationale ainsi que sur les combattants
immédiats.
L'implication d'un groupe musulman a contribué à donner
au tout dernier
conflit de la Somalie une dimension internationale. Et pourtant pendant
des
mois, les Nations Unies, les USA , l'Union Européenne, l'Union
Africaine et la Ligue Arabe ont choisi d'observer l'escalade du danger
vers
une confrontation armée. Ces agences pourraient avoir eu des
intérêts
divergents, et des doutes à propos du déploiement par
l'Éthiopie de son
armée au-delà de la frontière « dans la défense
de l'intérêt national » -
mais elles ont choisi le silence ou le consentement. Leur attitude est
un
feu vert à des invasions « préventives » similaires
.
L'Éthiopie et la Somalie
Ce conflit a été décrit comme un conflit régional,
indirect ou même (en
termes idéologiques) comme un conflit mondial. La vérité
la plus profonde si
pas la moins bonne pour les grands titres de journaux est qu'il y a
encore
une nouvelle épisode de la longue histoire du conflit entre les
deux
sociétés de l'Ethiopie et de la Somalie.
Les principaux quotidiens éthiopiens ont utilisé le terme
« mission
accomplie » après que leurs forces sont entrées
dans la capitale somalienne. De
la même manière, beaucoup de médias somaliens ont
décrit le 28 décembre 2006 comme une journée sombre
dans l'histoire de la Somalie. Ceci nous donne une indication sur les
raisons pour lesquelles
ces deux pays pourraient être les plus grands perdants dans ce
conflit.
Il y a une longue histoire de tension entre ces deux territoires. Les
anciens royaumes éthiopiens - depuis de 2ème siècle,
le royaume d'Aksoum - a
envahi et régné sur beaucoup de parties de la Somalie.
Les Somaliens (ou «
Berbères noirs » comme les appelait à l'époque)
furent poussés vers les
zones côtières où ils ont bénéficié
de relations proches, basées sur le
commerce, avec les anciens Égyptiens. Les dynasties et les sultanats
somaliens ont ainsi fait l'expérience de contacts violents avec
leurs
équivalents éthiopiens ; mais la tension a empiré
même plus lorsque
l'Islam a atteint la Somalie au 9ème siècle.
Au début du 16ème siècle, l'une des guerres les
plus catastrophiques se
produisit. Un seigneur de guerre somalien ayant le désir d'élargir
le règne
de l'Islam, l'Imam Ahmed Gurey (ou Ahmed Gran), envahit l'Éthiopie
avec
l'aide de l'empire ottoman et vainquit l'armée de son empereur
Lebna Dengel.
En route, il captura de vastes territoires et massacra beaucoup de
gens qui refusaient de se convertir à l'Islam. Mais les Éthiopiens
se
regroupèrent et (avec l'aide du Portugal) lancèrent une
contre-attaque,
vainquirent et tuèrent Gurey.
Quatre siècles plus tard - au réveil de la « bousculade
impériale pour
l'Afrique » au début du 20ème siècle - un
autre seigneur de guerre somalien,
Sayyid Mohamed Abdullah Hassan, prit les armes contre les Britanniques
qui,
à l'époque, occupaient des parties de la Somalie. Afin
de sauvegarder les
bonnes relations avec les colons européens, l'empereur Menelik
II d’Éthiopie rejoignit la campagne contre le dirigeant
somalien en soutien de la Grande-Bretagne par l'invasion de la région
somalienne d'Ogaden.
Dans une première phase de sa propre ère de retraite impériale,
la Grande-Bretagne
garantissait en 1948 l'Ogaden à l'Éthiopie et demandait
à l'ONU de
d’envisager l’indépendance pour les autres parties
de la Somalie. La Somalie
lança des opérations militaires en 1964 et 1977 en vue
de regagner cette région, mais elle échoua.
C'est cette histoire qui est à l’origine de l'actuel malheur
et la présence de
l'Éthiopie en Somalie. C'est un passé qui hante beaucoup
de gens des deux
pays.
En pratique, ceci pourrait ne pas être une guerre entre deux gouvernements,
parce que le gouvernement internationalement reconnu de la Somalie a
présentement des rapports amicaux avec les Éthiopiens.
Mais
théoriquement et idéologiquement, c'est également
une guerre entre les
sociétés.
A la lumière de ce qui précède, les bruits politiques
et la dimension
internationale de la situation actuelle sont moins importants que la
présente tache noire dans les rapports entre les deux sociétés
voisines. La
raison en est que l'histoire ne se rappellera pas de l'opération
triomphale
de l'Éthiopie en Somalie comme de l'oeuvre de deux gouvernements
alliés, mais
plutôt comme l'un des plus grands succès militaires contre
la montée de
l'Islam politique en Afrique - sinon dans le monde entier.
Guerre et Politique
Le président de la Somalie, Abdullahi Yusuf Ahmed, déclare
que ce moment
constitue un nouveau départ pour la Somalie et une chance pour
la communauté
internationale de donner son assistance. Les USA , l'UE et l'UA ont
donné leur réponse. Il est maintenant officiel que les
troupes de l'UA
seront envoyées - peut-être avant fin janvier - bien que
le mandat de leur
mission n'ait pas été spécifié.
Le dirigeant de l'Éthiopie Meles Zenawi indique qu'il a l'intention
de
garder ses troupes à l'intérieur de la Somalie pour seulement
quelques
semaines, et de quitter les lieux une fois que les troupes de l'UA
arriveront - une position soutenue par les USA et le gouvernement
britannique. Mais le premier ministre somalien qui est vainqueur, en
retournant dans la capitale, indique que les Éthiopiens resteront
là
aussi longtemps que le gouvernement somalien trouvera leur présence
nécessaire. Cette option très sensible est une véritable
possibilité.
Pourrait-elle aussi transformer la victoire en une défaite?
Il y a deux raisons pour penser cela. La première
est que l'intervention éthiopienne est un cauchemar diplomatique
pour la
communauté internationale. Lorsque les États de la région
de l'Afrique de
l'Est ont proposé, au départ, après de pénibles
négociations qui ont duré
deux ans - l'envoi de troupes en Somalie en soutien au gouvernement
somalien, ils ont pris le soin d'exclure les pays frontaliers avec la
Somalie (le Kenya, l'EÉhiopie et le Djibouti) - puisque tous
les trois
avaient des intérêts divergents sur la Somalie ainsi que
de grandes
populations d'ethnie somalienne.
Cette opinion fut reprise après la formation du gouvernement
somalien en
2004, lorsque le parlement de transition a approuvé le déploiement
de
troupes africaines mais a spécifiquement exclu les mêmes
pays voisins. En
décembre 2006 également, quand les Nations Unies ont adopté
une résolution
autorisant le déploiement en Somalie d'une force africaine composée
de 8 000
hommes, ces mêmes trois nations furent encore une fois exclues.
Tout ceci
prouve à suffisance que l'entrée éthiopienne en
Somalie a violé les normes
et la loi internationales.
Deuxièmement, les trois gouvernement engagés - somalien,
éthiopien et
américain - vont trouver difficile de modifier la perception
des Somaliens
envers les forces éthiopiennes, compte tenu des circonstances
de leur
entrée, surtout si la situation sur le terrain devient défavorable
à
cette dernière (si, par exemple, le GFT ne parvient pas à
délivrer et que
l'insécurité continue de régner, et/ ou si l'UTM
resurgit de la brousse).
Il y a déjà eu des manifestations anti-éthiopiennes
à Mogadiscio pour
protestaer contre les tentatives de collecter les armes. Le gouvernement
somalien retarde donc indéfiniment la politique de collecte des
armes. Entretemps la tension est en train de monter dans la ville centrale
de Beletweyne après que les Éthiopiens eurent détenu
un commandant de haut
rang des forces gouvernementales somaliennes qui avait pardonné
au
président local des Tribunaux Musulmans et refusé de le
remettre aux
Éthiopiens.
Le problème du gouvernement en ce qui concerne l'UTM vaincue
est que
celle-ci ne souffre d'autre stigmatisation que l'allégation de
liens avec
les terroristes par les USA et l'Éthiopie. Ainsi s'il ne succombe
pas
aux attaques actuelles, ce ne sera pas surprenant que certaines autorités
de
l'UTM réapparaissent dans les villes principales dans quelques
mois.
Le présent et l'avenir
Ceci rend une option diplomatique continuellement pertinente. La perspective
de déploiement
des troupes de l'Union Africaine va également nécessiter
des
initiatives politiques nouvelles et créatives en vue d'atteindre
une
solution. Le gouvernement somalien devra agir d'une manière réconciliatrice
et éviter la vengeance et la politique de boucs émissaires
; les milices et
les clans devront être désarmés dans tout le pays
et de manière équitable et
en retour recevoir des garanties de justice et de sécurité
; le gouvernement
devra éviter la désunion tout en essayant d'accomplir
des miracles de
délivrance.
Le gouvernement somalien et ses alliés éthiopiens ont
occupé des endroits où
l'UTM a régné pendant plusieurs mois et fait un nombre
important de
réalisations: elle a mis en oeuvre la loi et l'ordre, ouvert
tous les ports
(tout le long de la plus longue ligne côtière d’Afrique),
reconstruit les
institutions gouvernementales essentielles (le palais présidentiel,
l'aéroport international de Mogadiscio, la cour suprême,
la prison, et les
immeubles des ministère des Affaires étrangères
et de l'Information - et
désarmé tous les seigneurs de guerre. C'est une demande
difficile à
satisfaire pour le gouvernement, mais même la moitié de
ce que l'UTM a
réalisé pendant cette période serait perçue
par beaucoup de Somaliens comme
un pas significatif.
Le succès militaire du gouvernement somalien et des Éthiopiens,
et le
déploiement de troupes dans l'après-guerre, ne sera d'aucune
valeur si l'on
ne trouve pas de solution politique à l'un des conflits les plus
compliqués
de l'Afrique. Tout échec ici va hanter les commandants militaires
de l'Union
Africaine qui devront s'occuper de l'échec politique, et le peuple
somalien
continuera de souffrir.
La Somalie, l'Éthiopie (et les USA ) ont déjà commis
une erreur
politique majeure, en installant quatre seigneurs de guerre (dont aucun
n'est membre du gouvernement somalien) comme gouverneurs des zones qu'ils
ont dirigées avant que l'UTM ne les détrône.
Ceci soulève vivement la question de savoir si oui ou non l'UTM
pourrait se
ressaisir et redevenir forte. Le processus politique de la Somalie a
été
stagnant pour la majeure partie des seize dernières années
- dominé par les
mêmes seigneurs de guerre et dirigeants claniques. La phase dramatique
des
débuts de l'été 2006 a mené l'UTM dans une
position de commandement qu’elle
a perdue au bout de six mois. La phase actuelle verra deux déploiements
majeurs de troupes étrangères dans une courte période.
Les chances d’avoir de nouvelles surprises sont réelles.
L'une d’elles sera-t-elle le retour de l'UTM à travers
la guérilla, ou sous la forme d'un
autre groupe de résistance ?
Deux scénarios pourraient contribuer au retour de l'Union des
Tribunaux
Musulmans. Le premier est que le gouvernement fédéral
de transition continue
de s'appuyer sur le soutien étranger - de la part de l'Éthiopie
ou d'autres
troupes africaines, ou des deux - mais ne gagne pas la confiance des
Somaliens ordinaires. Le second est que le GFT ne trouve pas un mécanisme
politique soit pour ménager ou pour anéantir les seigneurs
de guerre
freelance, rendant ainsi très difficile la restauration de la
sécurité. Plus
ces seigneurs de guerre restent en dehors du gouvernement, plus les
groupes
d'opposition sont susceptibles d'augmenter. La bataille a été
gagnée, du
moins pour le moment. Pourtant rien ne signale que la guerre va se terminer
bientôt. La Somalie reste à la croisée des chemins.
Harun Hassan est un journaliste freelance qui a travaillé pour
Associated Press et la BBC en Somalie.
Original : http://www.opendemocracy.net/democracy-africa_democracy/somalia_crossroads_4236.jsp
Source : http://fr.allafrica.com/stories/200702090200.html
Hôtel Corne
d’Afrique, grande base américaine
par Emilio Manfredi, il manifesto, 10 janvier 2007
Militaires et civils américains vont et viennent,
au nom de la « lutte contre le terrorisme global t tout est sous
contrôle : Éthiopie, Somalie, Kenya, Soudan, Érythrée,
Yémen. Le centre stratégique est à Djibouti
Tigist a 22 ans et travaille comme femme de chambre
au Dil Hotel de Dire Dawa, la deuxième ville d’Éthiopie
par importance et nombre d’habitants. « Depuis que j’ai
trouvé ce travail, je peux finalement aider mes parents. Nous
sommes dix dans la famille, et jusqu’à l’année
dernière nous survivions avec le salaire de mon père,
camionneur », raconte-t-elle pendant qu’elle sert du thé
à deux clients de l’hôtel. « Maintenant avec
mes 150 birr (moins de 15 euros, NDR) par mois, nous vivons un peu mieux
».
Dire Dawa est une ville où la vie coule au rythme lent du khât,
la feuille dopante que nombre de gens aiment mastiquer. C’est
surtout un centre de passage des camions et du train qui va d’Addis
Abeba à Djibouti, la petite république somalienne ex-colonie
française, et aujourd’hui principal port commercial utilisé
par l’Éthiopie. « Cet hôtel est très
fréquenté par des hommes d’affaires éthiopiens
et des touristes de passage en ville, qui vont surtout à Harar,
la quatrième ville sainte de l’islam où le poète
français Arthur Rimbaud a longtemps vécu » raconte
un client aisé de l’hôtel. « Moi je viens ici
au moins deux fois par semaine. Ces derniers temps, la moitié
au moins de l’hôtel est occupée par des militaires
américains. Ils arrivent dans des voitures civiles, immatriculées
à Djibouti ou à Dubaï, ou bien louées ici
en Éthiopie. Ils déchargent du matériel et s’installent
pour quelques jours, dans un va-et-vient incessant. Moi je viens toujours
ici, je ne peux pas m’exposer. En Éthiopie il y a pas mal
de sujets dont il vaut mieux ne pas parler. L’un d’entre
eux est les soldats américains et leurs activités »,
continue l’homme, dont nous ne citerons pas le nom.
L’homme parle et raconte en un anglais parfait. De temps en temps
cependant il s’interrompt et continue doucement en amharique.
En fait, aujourd’hui aussi au Dil Hotel comme dans tout Dire Dawa,
circulent des soldats américains. Premier d’infanterie,
Air Force, US Navy. Tous en uniforme et grades bien en vue. Certains
d’entre eux sont armés, M-14 en bandoulière, chargeurs
non insérés mais à portée de main. Ils déchargent
du matériel à peine arrivé à bord d’un
van et de trois tous-terrains Toyota. Des véhicules civils, comme
toujours. Des ordinateurs, de la technologie de communication satellitaire
et du matériel pour construire un camp (tentes et lits de camp)
sont laissés sous la garde de 4 soldats baraqués du Premier
régiment d’infanterie. Pendant ce temps, d’autres
hommes en uniforme (officiers d’aviation et de marine) accompagnent
trois hommes et une femme pour une visite de reconnaissance de l’hôtel.
Ils discutent serré, à voix basse. Ils contrôlent
les pièces, les entrées de l’hôtel, les voies
de secours, les toits. Puis certains d’entre eux remontent dans
les quatre-quatre et s’en vont, escortés par des enfants
éthiopiens qui parlent avec un gros accent américain.
« L’un d’eux a demandé des informations sur
les clients de l’hôtel » raconte ensuite un salarié,
d’une voix préoccupée.
Que la Corne d’Afrique soit devenue pour les USA un des lieux
stratégiques de la fameuse « guerre au terrorisme »
n’est pas une nouveauté. Comme n’est pas nouveau
non plus le fait que le petit État de Djibouti soit le centre
de commandement de la Combined Joint Task force (CJTF) US pour la Corne
d’Afrique. Une mission militaire d’intervention rapide et
d’espionnage « dont l’objectif est de repérer,
d’interrompre, et en dernière analyse, de défaire
les groupes terroristes transnationaux qui opèrent dans la région-
en empêchant des paradis sûrs, des soutiens extérieurs
et une assistance matérielle pour les activités terroristes
», comme explique le site globalsecurity.org.
En outre, le CJTF « a pour but de combattre la réémergence
du terrorisme international dans la zone à travers des opérations
militaires/civiles et en soutenant des opérations d’organisations
non gouvernementales, à fin de renforcer la stabilité
à long terme de la région ». La zone de responsabilité
de la mission, si l’on en croit le site officiel, comprend l’espace
terrestre et aérien d’Éthiopie, Soudan, Somalie,
Kenya, Érythrée, Djibouti et Yémen. La base principale
de cette mission est, depuis ses débuts en 2002, le Camp Lemonnier,
ex-caserne de la Légion étrangère française,
un peu à l’extérieur de Djibouti-ville, capitale
et unique ville qui ait un peu d’importance dans la petite république.
C’est ici que sont basés des soldats d’infanterie,
des Marines, mais aussi des forces de la marine, de l’aviation,
et des services secrets. D’ici qu’hier est parti l’avion
AC-130 qui a bombardé la zone de Ras Kamboni, au sud de la Somalie,
où se trouvent selon les services secrets US les miliciens des
Cours islamiques et des membres suspectés de Al Qaïda. Selon
le Commandement, la mission dans la zone soutient l’opération
Enduring freedom et allie des activités civiles de soutien à
la population (effectuées par des soldats armés et en
uniforme) à des opérations d’entraînement
militaire d’armées de pays amis, outre de véritables
opérations anti-terroristes. Le tout, dit le bureau de presse
du CJTF, « dans le but de garantir aux nations hôtes un
environnement stable et sûr, où les gens aient la liberté
de choisir. Où l’éducation et la prospérité
soient à la portée de chacun et où les terroristes,
qui avec leurs idées extrémistes essaient de réduire
en esclavage les nations, ne puissent pas piétiner le droit à
l’autodétermination ».
Et l’Éthiopie ? Les activités militaires US en Éthiopie
ces quatre dernières années sont allées en augmentant.
En dehors de Dire Dawa, depuis le début de 2004, des unités
US ont commencé à coopérer et à entraîner
des unités spéciales éthiopiennes dans un petite
base militaire appelée « Camp United ». Mais de là
partent aussi des actions liées à la « guerre contre
le terrorisme global », coordonnées par la base de Djibouti.
La même chose se passait il y a quelques mois à Gode, dans
la région somalienne d’Éthiopie, proche de la frontière
avec la Somalie. Puis Addis-Abeba a commencé ses préparatifs
pour l’intervention en Somalie, et la base US a disparu. Où
est-elle passée, on n’en sait rien. Ce qui est sûr,
c’est que les opérations antiterroristes US qui partent
de l’Éthiopie continuent. Et les gens, qui déjà
ne comprennent pas le sens de l’intervention militaire en Somalie,
sont perplexes. Dans le centre de Dire Dawa, dans le quartier de Kezira,
il y a toujours des soldats en uniforme avec leurs armes bien en vue.
« Nous ne comprenons pas ce qui se passe », explique Blein,
assise au Mitto Café, entourée d’une dizaine de
soldats US qui boivent quelque chose. « La seule chose qu’on
sait, c’est qu’il ne faut pas poser de questions ».
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Source : http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=4591
Bombes
US sur la Somalie
Après Oussama ben Laden, Mohamed Atta et Abou Moussab
El Zarkaoui, voici un nouveau spectre : Abou Talha al Soudani
Alors qu’ils avaient jusqu’ici confié
à l’armée éthiopienne, équipée,
formée et renseignée par eux, le soin d’occuper
Mogadiscio et une partie de la Somalie, les USA n’ont pu résister
à leur vieille habitude consistant à bombarder des populations
civiles au nom de la lutte contre le terrorisme. Cela s’est passé
lundi soir à Hayo, dans le Sud. Il y a de nombreux mort. Appliquant
un modèle mis au point par les généraux algériens
et appliqué de manière répétitive en Afghanistan
et en Iraq, les Yankees ont justifié leur agression par la prétendue
présence d’un dangereux « artificier », «
responsable de la cellule est-africaine d’Al Qaïda »,
répondant au nom pittoresque d’Abou Talha Al Soudani.
"Les islamistes se cachent dans l'épaisse
jungle et seuls des raids aériens sont à même de
les éliminer. Les raids se poursuivront jusqu'à ce qu'ils
aient été tous liquidés", a déclaré
à Reuters le ministre somalien de l'Information, Ali Ahmed Jama
"Jangali".
Fait notable, l'Union européenne, par la voix du porte-parole
de Louis Michel, commissaire européen au Développement
et à l'Aide humanitaire, a condamné le raid américain.
C’est une véritable tenaille qui a été mise
en place par le Commandement militaire US, avc l’appui au sol
des armées éthiopienne et kényane.
Le porte-avions Eisenhower croise au large des côtes somaliennes
pour renforcer le cordon naval déjà mis en place lorsque
des centaines d'islamistes ont trouvé refuge dans le Sud somalien.
L'armée kenyane s'efforce de boucler sa longue frontière,
difficile à surveiller, pour les empêcher de fuir.
Les services de renseignement usaméricains disent que le Soudanais
Abou Talha al Soudani, tenu par la justice usaméricaine pour
un expert artificier d'Al Qaïda, dirige la cellule est-africaine
de la nébuleuse islamiste et séjourne régulièrement
en Somalie depuis plus de dix ans. Selon le Washington Post, qui cite
des sources militaires, al Soudani était l'une des cibles du
raid aérien américain. On ignore s'il a été
tué dans le raid, le Pentagone n'ayant ni confirmé ni
démenti. On ignore même s’il existe vraiment.
Les troupes éthiopiennes et celles du gouvernement fédéral
de transition somalien disen tpourchasser al Soudani depuis qu'il dirigeait
des unités de combattants islamistes près de Buur Hakaba,
près de la base gouvernementale de Baïdoa, aux premiers
jours de l'offensive éthiopienne qui a commencé vers Noël,
ont déclaré à Reuters des responsables gouvernementaux
somaliens.
"Les Américains disent qu'un membre d'Al Qaïda dirigeant
les opérations en Afrique de l'Est se trouvent parmi les islamistes
présents là-bas (à Hayo)", se bornait-on à
dire de source gouvernementale somalienne. Ces messieurs ne tiennent
apparemment pas à trop se ridiculiser et laissent à leurs
protecteurs le soin de le faire.
Le raid de lundi soir s'est déroulé au sud de Hayo, près
de Ras Kamboni et de Badmadow, à la pointe sud du territoire
somalien, tout près du Kenya.
L'appareil de l'US Air Force, doté d'appareils de détection
et de visée ultra-perfectionnés, a décollé
de Djibouti [où la France a loué à l’US Army
le Camp Lemonnier] pour mener son attaque. D'après les télévisions
US, ce sont deux agents opérationnels d'Al Qaïda qui s'y
étaient réfugiés après avoir fui Mogadiscio.
Selon CBS News, l'un de ces deux responsables d'Al Qaïda est soupçonné
d'avoir participé aux attentats à la bombe contre les
ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998. L'autre
serait un chef du mouvement islamiste en Afrique de l'Est.
Les services de renseignement usaméricains, éthiopiens
et kenyans s'accordent à dire que certains islamistes ont hébergé
en Somalie un certain nombre de militants d'Al Qaïda, dont des
hommes soupçonnés d'avoir pris part à ces attentats-là,
ainsi que, en 2002, à un attentat contre un hôtel de la
côte kenyane.
En plus d'al Soudani, Washington évoque les noms du Comorien
Fazul Abdullah Mohamed et du Kényan Saleh Ali Saleh Nabhaen au
nombre des membres d'Al Qaïda présents en Somalie.
La présence des Éthiopiens, chrétiens, en terre
musulmane somalienne a suscité la colère d'une partie
de la population, provoquant des manifestations, évidemment qualifiées
d’ »émeutes » par les agences de presse, notamment
à Mogadiscio. Interrogé par le journal Le Monde, le Premier
ministre éthiopien Meles Zenawi a assuré que ses troupes
se retireraient dans les semaines à venir et a écarté
le risque de les voir s'engluer dans un bourbier à l'irakienne.
"Nous n'avons aucun projet d'occupation de la Somalie, aucun projet
pour remodeler ce pays selon nos vues", dit-il encore.
Le président somalien Abdoullahi Youssouf, qui a fait lundi son
entrée à Mogadiscio, où il ne s'était pas
rendu depuis sa nomination en 2004, a insisté lui aussi sur le
fait que les Éthiopiens n'étaient pas des occupants et
repartiraient prochainement.
Ouf ! Nous voilà donc soulagés. Nous qui croyions bêtement
que Tonton Meles était en train d’essayer de réaliser
l rêve d’une « Grande Éthiopie », pour
enfin obtenir un accès à la mer que l’Éthiopie
a perdu avec l’accession de l’Érythrée à
l’indépendance.
Quibla.net, 9 janvier 2006
Somalie
: l'Éthiopie chasse les islamistes.
Et après ?
Interview
de Roland Marchal, chercheur au Ceri et spécialiste de la Corne de l’Afrique
par Habibou Bangré, afrik.com, 27 décembre 2006
07-01-2007

Meles Zenawi, homme fort
de l’Éthiopie, « libérateur » de la Somalie
|
Roland
Marchal est chargé de recherche au Centre d’études et de recherches
internationales (Ceri) de Paris. Une semaine après le début des combats,
le spécialiste de la Corne de l’Afrique fait le
point sur la situation et explique ce qui pourrait arriver dans les
mois à venir.
Afrik.com : Pourquoi l’Éthiopie participe-t-elle au conflit somalien ?
Roland Marchal : L’Éthiopie poursuit
plusieurs buts. Elle est toujours en guerre froide avec l’Erythrée et
s’inquiète de sa capacité de nuisance au niveau régional. Or, depuis
juin, les tribunaux islamiques entretiennent sur son flanc Sud des relations
très cordiales avec l’Erythrée. Sur le plan politique intérieur, le
régime éthiopien après avoir embastillé la majeure partie de son opposition
parlementaire en novembre 2005 craint que des mouvements de guérilla
trouvent un sanctuaire en Somalie, d’où ils pourraient mener des actions
contre lui. L’Éthiopie pense que par ailleurs c’est à elle de remettre
sur pied la Somalie.
Elle contrôle le gouvernement fédéral transitoire et
estime qu’aucun autre acteur autonome ne peut exister. Donc les tribunaux
islamistes ne sont pas les bienvenus. Il y a aussi une dimension islamique,
mais elle n’est pas aussi fondamentale qu’on le croit en Occident. Il
existe une inquiétude sur une évolution plus radicale, plus islamique,
mais pas forcément djihadiste, de la
Somalie qui rendrait plus difficile le contrôle d’Addis-Abeba
sur la Somalie et à terme sur les
populations musulmanes éthiopiennes.
Afrik.com : L’Éthiopie affirme
que les morts islamistes des derniers jours étaient pour « la majorité
» étrangers. Qu’en pensez-vous ?
Roland Marchal : L’Éthiopie affirmait
aussi ne pas avoir de troupes en Somalie... La présence étrangère est
totalement marginale dans les rangs des Tribunaux qui sont par ailleurs
très populaires auprès de la
diaspora. S’il y a des étrangers parmi les victimes
du conflit, c’est peut-être parce que beaucoup de gens dans le pays
ont un passeport qui ne correspond pas à leur nationalité.
Afrik.com : Comment expliquez-vous le soutien de l’Erythrée
aux tribunaux islamiques ?
Roland Marchal : Sa situation est assez paradoxale. Elle a perdu militairement
la guerre qui l’a opposée à l’Éthiopie
de 1998 à 2000. En revanche, elle l’a gagnée symboliquement parce
que la Cour internationale de justice
lui accorde le village de Badmé, au cœur du conflit avec l’Éthiopie
. Depuis, elle fait feu de tout bois pour que la communauté internationale
fasse respecter cette décision comme elle s’y était engagée en décembre
2000 lors de la signature de l’accord d’Alger entre les deux pays. Si
l’Erythrée intervient en Somalie, c’est pour montrer le comportement
« impérialiste » éthiopien et inciter la communauté internationale à
la sanctionner.
Afrik.com : Peut-on craindre une contagion guerrière à toute
la Corne
de l’Afrique ?
Roland Marchal : Tout dépend de ce qui se passera au niveau politique.
S’il y a une domination sans partage de l’Éthiopie à l’analogue de la situation militaire actuelle,
on pourra s’attendre dans la
Corne de l’Afrique à des attentats contre des intérêts
éthiopiens ou des responsables internationaux, qui seront accusés de
soutien passif à cause de leur silence. Le climat sera extrêmement délétère.
Comme cela s’est produit en Irak, on assistera à une mobilisation au-delà
des islamistes, qui sont minoritaires en Éthiopie
et au Kenya. Notons que le Kenya ne partage pas, par ailleurs,
la vision belliciste de l’Éthiopie , qui a violé la résolution 1725
des Nations Unies qui interdit à tout pays voisin de la
Somalie d’y intervenir militairement.
Afrik.com : Comment expliquez-vous que les Nations Unies
ne parviennent pas à s’entendre sur le retrait des troupes étrangères
de la Somalie ?
Roland Marchal : La
France s’est prononcée en faveur d’un retrait des troupes
étrangères et on peut s’en féliciter. L’ambassadeur de la
France à New York a bien précisé que « toutes » les
troupes étrangères devaient partir. L’administration américaine est
divisée sur la dangerosité de ce qui se passe en Somalie. Sa position
est plutôt de gagner du temps, de laisser la guerre durer pour que les
tribunaux islamiques, qu’ils réprouvent, soient durablement affaiblis,
sinon détruits. Ensuite, ils se donneront le droit de dire qu’il faut
arrêter la boucherie, un discours qu’on a si souvent entendu…
Afrik.com : Quelle solution permettrait de sortir du conflit
?
Roland Marchal : La seule vraie solution était valable il y a huit jours,
avant les violents combats. Il aurait fallu un dialogue, qui aurait
sans doute été difficile, entre les deux parties et qui aurait aussi
impliqué les groupes de pression, le monde des affaires, la communauté
internationale, la société civile... Cela n’aurait pas été une solution
définitive, mais elle aurait fait reculer la situation de guerre.
Afrik.com : Un accord entre le gouvernement fédéral transitoire
et les tribunaux islamiques est donc la seule solution ?
Roland Marchal : Les Européens ont peut-être trop tardivement, mais
en tout cas sincèrement, voulu que le gouvernement fédéral transitoire
discute avec les tribunaux islamiques pour que ces derniers soient partie
prenante de la tentative de reconstruction de l’État
en Somalie que représentait idéalement le gouvernement transitoire.
Cela impliquait au moins un accord de partage de pouvoir qui aurait
mis hors jeu l’actuel Premier ministre, qui n’a cessé depuis juin de
mettre de l’huile sur le feu et d’appeler à une intervention éthiopienne.
Par ailleurs, dès la première rencontre à Khartoum en juin entre gouvernement
et tribunaux, un cessez-le-feu était conclu. Mais pour le mettre en
œuvre, il faut une commission conjointe de vérification ou un médiateur
extérieur chargé de recenser les incidents et d’établir les responsabilités.
Cela n’a pas été fait pendant de très longs mois au point que (le commissaire
du Développement et Aide Humanitaire de l’Union Européenne, ndlr) Louis
Michel l’a récemment proposé le 20 décembre. C’est le gouvernement fédéral
de transition qui a alors refusé, pas les Tribunaux.
Afrik.com : Que réserve l’avenir si la situation ne s’arrange
pas ?
Roland Marchal : Aujourd’hui, nous sommes dans le temps court de la
bataille et l’Éthiopie gagnera
parce qu’elle est bien mieux armée que les tribunaux islamiques. Mais
la véritable question est de durer, de contrôler un territoire et d’y
reconstruire un ordre politique. Le gouvernement fédéral transitoire
n’a ni capacité militaire, ni capacité politique et ses opposants vont
jouer la carte du nationalisme et de l’islam, comme ils l’ont jouée
ces derniers jours. On risque d’assister à une multiplication d’incidents
en milieu urbain parce qu’il sera difficile pour les Éthiopie ns d’utiliser
des tanks sans provoquer un carnage et être montrés du doigt par la
communauté internationale et les associations des droits de l’homme.
Afrik.com : Quelles seraient les conséquences d’une guerre
ouverte ?
Roland Marchal : Au niveau humanitaire, le Programme alimentaire mondial
suspend ses opérations, mais on peut gérer l’urgence. Le vrai problème
se situe au niveau politique, avec le risque que l’Éthiopie s’affirme un acteur politique majeur en Somalie,
à cause du vide politique. En effet, le gouvernement fédéral de transition
n’a rien à proposer. Son pouvoir et sa légitimité sont très faibles.
Quant aux chefs de faction militaires, chassés par les tribunaux islamiques,
vont-ils rester des clients de l’Éthiopie
? Quelle sera leur position par rapport au gouvernement ? Les
réponses ne sont pas claires, pas plus que ce que va faire la population
: en 1993 lors de l’intervention internationale, pendant une période
assez longue, elle a semblé accepter la situation avant de basculer
dans l’opposition armée.
Source : http://www.afrik.com/article10921.html
La « libération » de Mogadiscio : 19 manifestants
tués en deux jours
4 Somaliens
ont été tués, samedi 6 janvier, par la police, lors d'échanges de tirs
avec des manifestants qui protestaient contre la présence des militaires
éthiopiens, à Mogadiscio. Une semaine après l'intervention des forces
éthiopiennes, qui ont contribué à chasser la
Coalition des Tribunaux islamiques, les manifestants
ont jeté des pierres et brûlé des pneus, emplissant les rues d'une épaisse
fumée noire. Au risque d'exacerber les tensions, le Président somalien,
Abdullahi Youssouf, a demandé, samedi, à Addis-Abeba, de prendre en
charge la formation des forces somaliennes, selon la télévision éthiopienne.
Notons que le gouvernement de transition avait donné jusqu'à jeudi aux
habitants, pour restituer leurs armes, mais le projet, qui a rencontré
un succès très limité, a été suspendu samedi.
La
police somalienne, soutenue, par les militaires éthiopiens, a ouvert
le feu, ce dimanche 7 janvier, sur des manifestants, qui réclamaient
le départ des troupes éthiopiennes. 15 personnes ont été tuées, et 5
autres, blessées.
Source :
http://french.irib.ir/default.asp?cat=2&id=9019&day=0
La Somalie : chronologie

1887 :
la Grande-Bretagne crée
le protectorat du Somaliland
1905 : l’Italie créé la Somalie italienne
1935 : Mussolini attaque l’Éthiopie, dont
il chasse le Négus et crée l’Afrique orientale, englobant l'Ethiopie,
l'Erythrée et la Somalie
1940 : la Grande-Bretagne évacue
le Somaliland.
1941 : elle le réoccupe, ainsi que
la Somalie italienne et l'Ogaden
(Ethiopie).
Novembre 1949 : l'ONU accorde l'indépendance à la Somalie italienne au terme
d'une tutelle onusienne de dix ans. Aden Abdullah Osman Daar est élu
président.
26 juin 1960 : Indépendance du Somaliland
1er juillet 1960 : la Somalie italienne accède
à l'indépendance puis fusionnera avec le Somaliland.
1967 : l'ancien Premier ministre Ali
Shermake est élu président.
15 octobre 1969 : Putsch militaire. Shermake est assassiné. Le général Mohamed Siyad Barré prend le pouvoir
et proclame la
République démocratique de Somalie.
1970 : Siyad Barré, soutenu par l'URSS,
proclame le socialisme scientifique doctrine dÉtat. Il nationalise les
principaux secteurs économiques modernes du pays. Il mène une campagne
d'alphabétisation fondée sur la transcription du somali en alphabet
latin. Il tente également de réduire l'influence des clans.
1974- 1975 : Sécheresse et famine :
la Somalie
adhère à la Ligue
arabe.
1977-1978 : Guerre de l’Ogaden
En 1977, les Somalis vivant dans la région
de l'Ogaden en Ethiopie, sur la frontière est de la Somalie, s'engagent, après
la chute de l'empire éthiopien d'Addis-Abeba, dans la guerre pour leur
rattachement à la
Somalie. Fin 1977, les Somalis contrôlent la majeure
partie de l'Ogaden. Mais la guerre fait 8 000 morts dans l'armée somalienne
et jette sur les routes 150 000 réfugiés. La
Somalie dénonce l'accord de juillet 1974 qui la lie
pour vingt ans à l'URSS et expulse les conseillers soviétiques présents
sur son territoire. En avril 1978, une tentative de coup d'Etat militaire
avorte.
1978-1980 :
Coopération militaire avec les Etats-Unis
En 1978, l'Ethiopie, aidée par
Cuba et l'URSS, lance une contre-attaque et reprend le contrôle de la
région en proposant son soutien aux mouvements dissidents de Somalie,
basés principalement dans le nord du pays. Les combats ultérieurs alimentent
un flux de réfugiés (près de deux millions en 1981) en Somalie que le
général Siyad Barré utilise comme masse de manœuvre. En 1980, la Somalie signe un accord de
coopération militaire, pour dix ans, avec les Etats-Unis. En octobre
1980, l'état d'urgence est
déclaré du fait de l'afflux des réfugiés d'Ogaden.
1980-1989 : :
Accord de paix
Les États-Unis apportent une aide à la
fois humanitaire et militaire à la
Somalie en échange de l'utilisation de l'ancienne base
navale soviétique de Berbera, sur la côte nord. Des hostilités sporadiques
se poursuivent avec l'Éthiopie jusqu'au 3 avril 1988, année de la signature
d'un accord de paix entre les deux belligérants.
1991 : Fuite
de Siyad Barré
Le général Barré est réélu en 1986 mais l'opposition
(le Mouvement national somalien), très active dans l'ancien Somaliland
britannique, conquiert des parties du nord de la Somalie. De nouveaux
mouvements d'opposition émergent également à la fin des années 1980.
La guerre civile s'intensifie. Siyad Barré s'enfuit de la capitale en
janvier 1991, le chaos social s'ensuit. Ali Mahdi Mohamed Farah Aïdid,
également membre du CSU (Congrès de la
Somalie unifiée), remplace le dictateur à la tête de
l'État. De novembre 1991 à mars 1992, 50 000 personnes sont tuées lors
de violents combats entre les factions rivales. L'économie s'effondre,
300 000 personnes meurent de faim.
1992 : Opération "Restore Hope"
En décembre 1992, le président américain,
George Bush (père), décide, dans le cadre de l'opération "Restore
Hope" ("Ramener l'espoir"), l'envoi des troupes américaines.
28 000 Américains, relayés par la suite par 10 000 hommes de la force
internationale de maintien de la paix des Nations unies (Onusom), débarquent
à Mogadiscio. Mais les combats entre clans continuent et gênent le travail
des agences internationales d'assistance humanitaire. La violence de
certains casques bleus à l'égard de la population somalienne attise
les haines. Forces de maintien de la paix et civils sont victimes de
ces luttes.
1993-1995 : Arrivée et
départ de l'Onusom
Face à l'échec des négociations avec les
différentes factions, notamment avec celle du général Aïdid, et face
aux importantes pertes humaines tant internationales que somaliennes,
les Américains, puis les Français, se retirent. En mai 1993, les Nations
unies prennent le relais des Américains (Onusom II), limitant leur action
à l'aide humanitaire. Les derniers soldats américains quittent la Somalie en mars 1994, et
les 8 000 derniers casques bleus s'en vont définitivement en mars 1995.
Le pays est divisé en plusieurs régions contrôlées par des factions
militaires qui se combattent.
1996-1997 :
Accord de gouvernement
Le général Mohamed Farah Aïdid, mort au
combat en août 1996, est remplacé par son fils Hussein Mohamed Aïdid,
dont les troupes tiennent une partie du centre et du sud du pays. Le
Nord-Ouest, l'ancien Somaliland, est solidement contrôlé par Mohamed
Ibrahim Egal, élu par ses partisans président de la République autoproclamée du Somaliland le 23 février
1997. Chaque région du pays est contrôlée par des factions rivales.
A l'initiative de l'Ethiopie et du Kenya, une réunion de conciliation
entre les principales factions à Sodere débouche sur un accord de gouvernement,
le 3 janvier 1997, sans régler le problème du désarmement des milices
et de la reconstruction de l'Etat.
1998-2003 :
Conférence de réconciliation
En 1998, le Puntland (nord-est du pays) s'autoproclame
région autonome. En 2000, la conférence d'Arta, sous l'égide de l'ONU,
est aussi dénuée de résultat que les douze accords de paix précédents.
Le 26 août 2000, le Parlement de transition élit un nouveau président
en la personne d'Abdiqasim Salad Hassan, mais le pays reste aux prises
avec des rivalités claniques. En juillet 2003, la conférence de réconciliation
aboutit à un projet de charte nationale prévoyant le fédéralisme.
2004 : Création
d'un Parlement intérimaire
Le 29 janvier 2004, un accord entre les chefs
de guerre permet la création d'un Parlement intérimaire. Le 22 août,
le Parlement de transition est inauguré à Nairobi, au Kenya, les conditions
de sécurité n'étant pas réunies pour qu'il siège en Somalie. Le 10 octobre,
Abdullahi Yusuf Ahmed, président de l'Etat régional du Puntland, est
élu président de la Somalie par les parlementaires
réunis à Nairobi. Le 3 novembre, le nouveau président nomme un premier
ministre, Ali Mohamed Gedi, un nouveau pas vers la mise en place d'un
gouvernement stable.
2006 : Victoire
puis défaite des forces islamistes
En
mai, les affrontements entre les fondamentalistes islamistes et les
membres de l'Alliance pour la restauration de la paix et contre le terrorisme
(réunissant les chefs de guerre), soutenue par Washington, provoquent
la mort de dizaines de civils à Mogadiscio. Le 5 juin, les Tribunaux
islamiques prennent la capitale somalienne. Puis, ils poursuivent leur
offensive. Lors d'une opération éclair, le 14 juin, ils prennent la
ville de Jowhar (à 90 km au nord de Mogadiscio).
Source : Le Monde
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