Somalie
Sombres pensées somaliennes en ce sale
Noël 2006
par Igiaba Scego, il manifesto, 28 décembre
2006. Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Igiaba Scego, « somalienne d’origine,
italienne par vocation », née à Rome en 1974, est la fille
d’Ali Omar Scego, ancien ministre des Affaires étrangères somalien.
Elle est chercheuse en pédagogie et écrivain, auteur de « La
nomada che amava Alfred Hitchcock » (La
nomade qui aimait Alfred Hitchkock, éditions Sinnos, 2003),
dans lequel elle raconte l’histoire de sa mère Kadija, née en 1938.
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Mon
téléphone a la fièvre. Il sonne sans arrêt. En décembre il n’a pas arrêté
de sonner.
Période de cadeaux et de bombances, de feintes embrassades et de festins.
J’ai reçu des vœux décorés, des cartes postales pré- imprimées, des
dents écarquillées en sourires synthétiques. Le téléphone a la fièvre.
Je voudrais ne pas répondre mais je dois. Dans la mélasse de Noël peut
se cacher aussi quelque coup de fil important. Quelque coup de fil du
cœur.
Décembre a été un mois difficile pour moi et pour tous les Somaliens.
Pour moi parce que j’ai perdu un frère adoré, à cause d’une tumeur.
Pour tous les Somaliens parce que nous avons perdu les derniers espoirs
de paix. Le monde, de fait, nous a jetés dans un précipice de violence
que nous espérions éviter jusqu’au dernier moment.
Je ne croyais pas qu’il y eut quelque chose de pire encore que la guerre
civile qui a déchiré la
Somalie pendant seize ans ; et, au contraire,
j’ai dû me raviser, le pire réserve toujours des surprises inattendues.
Quelqu’un m’a demandé : pour qui tu es ? Tu es pour les cours
islamiques ou pour le gouvernement de transition ? Je fais répéter
la question. Je ne la comprends pas. Les gens pensent à la Roma ou à la Lazio (équipes de foot rivales
de Rome, NDT). A Totti et Oddo (joueurs vedettes de ces équipes, NDT).
Tout est réduit à une métaphore de foot. Mais il n’y a pas d’écharpes
et de tournois dans les rues à Mogadiscio. Dans tout ce délire il n’y
a que de pauvres gens. Une inondation a dévasté le pays il y a quelques
semaines, maintenant c’est la disette, beaucoup de gens sont touchés
par la malaria. Et demain ? Demain je n’ose pas penser à ce qu’il
pourra y avoir.
Je vais à un call center. J’appelle la Somalie, ma cousine Halima. Elle, désormais, c’est
une ancienne combattante, quand la guerre civile a éclaté en 1991, elle
y était. Elle ne raconte pas de blagues, elle. Miraculeusement la ligne
fonctionne. Le black out, l’absence de nouvelles viendront ; pour
le moment entendre sa voix à l’autre bout du fil me rassérène. La voix
de Halima est puissante. Je note cependant une fêlure qui ne me plaît
pas.
« Nous avons peur, dit-elle, ils sont en train de nous bombarder.
Ils ont touché les aéroports. Quand ils arriveront ici (les Éthiopiens,
NDLR) ils nous massacreront ». Halima n’a aucun doute sur comment
ça va tourner. Bain de sang, viols, vengeances sommaires, tortures.
Le coup classique.
La vie au temps des Cours islamiques
Pendant
quelques mois seulement, on a pu respirer à Mogadiscio. Les cours ne
sont peut-être pas le meilleur des mondes possibles, je le reconnais.
Elles ont des positions ambiguës sur des thèmes fondamentaux comme les
droits de l’homme et surtout de la femme. Mais le peuple fatigué a fait
confiance à ses traitements. Un de mes cousins éloignés m’explique que
« ceux-là au moins te laissent vivre ».
Pendant ces mois de contrôle islamiste, les gens ont pu travailler,
les femmes circuler dans les rues sans la peur d’être violées et jetées
comme des vieux torchons. Le peuple somalien fatigué a pensé que ça
pouvait être le paradis. Ça ne l’est pas, nous le savons. Mais la solution,
que peut-elle être ? Le dialogue, je pense. On me dit de la cabine
de régie que la réponse est erronée.
L’Éthiopie et le soi-disant gouvernement de transition somalien (appuyés
tacitement par la communauté internationale, États-unis en tête) ont
pensé au contraire que c’était une belle trouvaille de disséminer le
pays de cluster bombs, qui tueront les enfants somaliens pendant les
cent prochaines années. L’invasion éthiopienne reçoit les applaudissements
internationaux, Meles Zenawi est considéré comme une pauvre victime
du complot islamiste ourdi dans une grotte de nulle part par l’inévitable
Oussama Ben Laden.
Le téléphone sonne encore. C’est une amie éthiopienne de Bologne. « Je
suis désolée » dit-elle. Elle est triste, mon amie. Elle m’explique
que le peuple éthiopien ne veut pas la guerre, c’est Zenawi qui la veut.
Cet homme en vérité, la véritable guerre c’est aux siens qu’il la fait,
il veut casser la résistance intérieure. La
Somalie est une bonne excuse pour distraire le peuple
de ses droits. Et peu importe si pour garder le pouvoir tu déstabilises
toute la Corne de l’Afrique.
Mon amie éthiopienne est préoccupée. Moi plus qu’elle. Les troupes sont
proches de Mogadiscio. Je pense à mes tantes, à mes innombrables cousins.
Je ne peux rien faire pour eux. Halima m’a dit : « Fasse le
ciel que cela ne se produise pas, mais si nous fuyons nous laisserons
nos tantes à leur destin ». Les tantes sont malades, les transporter
est impossible, elles ralentiraient le groupe. Les anciens se sacrifient
pour les plus jeunes. Elle me passe ma tante Faduma au téléphone. Je
reconnais sa grosse voix. Elle fait beaucoup de bruit, elle me prend
pour une autre nièce. Mais elle est gaie. « Si les Éthiopiens viennent
je leur en ferai voir de toutes les couleurs ». Elle est vieille
ma tante, très. Elle a une jambe hors d’usage. Si les Éthiopiens viennent,
ils s’en serviront comme batte de base-ball. Fasse le ciel que non,
mais je préfère qu’elle soit morte plutôt que tuée salement. Voilà mes
mauvaises pensées de ce sale Noël 2006.
Les responsabilités coloniales de
l’Italie
Les
islamistes en appellent au Jihad, le gouvernement de transition par
contre parle de souveraineté et de démocratie. Les journaux du monde
étiquettent la guerre comme « conflit local ». Dommage que
les armes ne soient pas « locales ». Tout le monde a armé
tout le monde. Pays arabes assortis, puissances locales africaines,
États-unis d’Amérique, Érythrée. Beaucoup d’armes sont de fabrication
italienne. A propos, que fait l’Italie ? Je sais juste que Prodi
a parlé avec Kadhafi de la crise somalienne. Il est préoccupé le Professeur.
Préoccupé à cause des réfugiés de la Corne qui débarqueront certainement
à Lampedusa. Préoccupé à cause des ires funestes de ses racistes maison.
Mais l’Italie sait-elle qu’elle n’est pas exempte de fautes dans ce
conflit ? Somalie, Éthiopie, Érythrée. Trois ex-colonies. Trois
pays qui de la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’à maintenant,
se disputent des frontières incertaines que l’Italie a créées. Ils se
disputent parce que l’Italie les a dressées l’une contre l’autre. Pour
la guerre d’Éthiopie de 1936, Mussolini et ses fidèles hommes de mains
ont utilisé des dubats (corps d’armée de guerriers qui se battait aux
frontières, créé en 1924 par un général de l’armée coloniale italienne,
NDT) somaliens et des ascars érythréens contre Haïlé Sélassié. Et avant
cela encore, on avait utilisé les Éthiopiens contre les libyens.
Divide et impera. Divise et exploite.
Idée
coloniale dont je crains qu’elle ne soit jamais tombée en désuétude.
Aujourd’hui nous souffrons aussi à cause de ces anciennes blessures,
blessures jamais refermées. Sur Internet en attendant, les Somaliens
ont exhumé les chants anti-éthiopiens du conflit Menghistu-Barré, cru
77. La haine est en train de prendre de profondes racines. Étrange destin,
celui de la Somalie. Du firmament
aux bas fonds. Maha Thray Sithu U Thant, diplomate birman, troisième
secrétaire des Nations Unies, disait dans les années soixante que « la Somalie est le fils préféré
des Nations Unies ». Nous étions un exemple. En réalité la gangrène
nous avait déjà atteint, elle avait touché toute la Corne d’Afrique depuis longtemps.
Aujourd’hui ce sont justement les Nations Unies qui nous tournent le
dos. Avant d’arrêter mon coup de fil avec Halima je lui dis « meilleurs
vœux », dans quelques jours c’est la fête pour les musulmans. J’ajoute
« que Dieu puisse nous donner la paix ». Elle dit « Amen »
puis ajoute : « Même Siad Barré ne nous aurait pas vendu aux
Éthiopiens. Comment cela a-t-il pu arriver ? ». J’arrête.
Je n’ai plus de réponses. Je me branche sur Internet. Je vais sur le
site de Amin Amir, le Vauro (dessinateur,
en particulier à il manifesto, NDT) somalien. Les dernières vignettes
sont sur la guerre.
Sur une, il y a le drapeau somalien, bleu avec une
étoile blanche à cinq branches au milieu. Quelqu’un poignarde l’étoile.
L’étoile saigne. Le sang sort à flots de l’écran de l’ordinateur. Je
pense que Amin est un génie. Le sang est en train de couler à flots
des corps de tous les Somaliens. Surtout des civils. Je sais, le nouveau
vocabulaire politique préfère les appeler dommages collatéraux, mais
soyez patients, je suis vieux jeu, pour moi ce sont encore des civils.
Hier et aujourd’hui,
par Amin Amir |
L’éthiopianisation
de la Somalie ou : La démocratie en marche vers le Sud ou : Comment
un régime non-démocratique peut-il apporter la démocratie
à son voisin ?
Par
Raja Chemayel, 28 décembre 2006
Pourquoi l’Éthiopie a-t-elle envahi la Somalie ?
1- pour diffuser la démocratie ??
2- pour christinaiser la Somalie ??
3- pour éthiopianiser la Somalie ??
4- pour apporter stabilité et prospérité ??
5- pour établir 125 franchisés de Mc. Donald's ??
6- pour éviter la mort d’environ 286 US-Marines , et 4.788
blessés ??
7- pour remettre à la place des musulmans fondamentalistes les
musulmans chaotiques ??
8- pour sécuriser l’entrée ouest au Club de plongée
sous-marine de la Mer rouge ??
9- pour sécuriser les prochains forages pétroliers de
Texaco ?? ou de BP ??
10- pour récupérer les débris du fameux Black Hawk
??
Envoyer vos réponses à :
Lt. Col. Haim Goldberg
CIA Headquarters
3rd. Floor .suite.445
Langley, Virginia
Ou à l’ambassade israélienne la plus proche
Sherlock Houmous
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre
de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique.
Le 25 décembre
en Éthiopie
Par
Raja Chemayel, 25 décembre
Bien que ce soit le jour de Noël, les Éthiopiens s’en
fichent : ils le célèbrent le 6 janvier et ils ont raison
!!!
Mais on est le 25 décembre et aussi bien la CIA que les Marines
US sont en congé…
Donc, l’Éthiopie envahit la Somalie, au lieu de cela.
Un pays chrétien (l’Éthiopie) n’aime pas que
des Musulmans-Fondamentaux prennent la relève de Musulmans-Chaotiques
dans un pays musulman à 99% (la Somalie) donc ils l’envahissent.
Eh voilà, braves gens !
Un pays chrétien envahit un pays musulman
Sans même prétendre que c’est pour la cause de la
démocratie.
Un grand pas en avant pour la démocratie occidentale
Et un petit pas en arrière pour l’hypocrisie…
Où en serait la Démocratie sans cette Éthiopie
(chrétienne) ?
Sherlock Houmous
Remplaçant Raja, qui célèbre Noël à
la mauvaise date, comme d’habitude
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