Patrimoine mondial des peuples
Thomas Sankara, l'espérance foudroyée, toujours renaissante

21 décembre 1949 - 15 octobre 1987
« Reconnaître notre présence au sein du Tiers Monde c’est, pour paraphraser
José Marti, "affirmer que nous sentons sur notre joue tout coup
donné à n’importe quel homme du monde". Nous avons jusqu’ici tendu
l’autre joue. Les gifles ont redoublé. Mais le cœur du méchant ne s’est
pas attendri. Ils ont piétiné la vérité du juste. Du Christ ils ont
trahi la parole. Ils ont transformé sa croix en massue. Et après qu’ils
se soient revêtus de sa tunique, ils ont lacéré nos corps et nos âmes.
Ils ont obscurci son message. Ils l’ont occidentalisé cependant que
nous le recevions comme libération universelle. Alors, nos yeux se sont
ouverts à la lutte des classes. Il n’y aura plus de gifles. »
Il ya 20 ans, jour pour jour, le capitaine Thomas Sankara était assassiné
avec douze autres militants de la révolution
burkinabé à Ouagadougou. Son assassin, Blaise Compaoré, est toujours
au pouvoir, jouant le rôle qui lui a été assigné par les maîtres de
l'empre françafricain : celui de successeur de Houphouët-Boigny comme
gouverneur général et maître-artisan en coups tordus de toutes sortes
- à commencer par les guerres civiles au Libéria, en Sierra Leone et
en Côte d'Ivoire.
4 août 1983-15 octobre 1987 : ces 4 années révolutionnaires dans l'histoire
de la haute-Volta rebaptisée Burkina Faso sont à classer dans la catégorie
des "années qui bouleversèrent le monde". Leur message commence
à peine à être entendu aux quatre coins de l'Afrique et du monde, des
Canaries au Chiapas, de l'Afrique du Sud au Mali.
Thomas Sankara avait à peine 37 ans à sa mort, partageant avec d'autres
révolutionnaires le privilège de mourir avant l'âge de 40 ans, en plein
processus révolutionnaire : Emiliano Zapata, Augusto cesar Sandino,
Ernesto Che Guevara, Malcolm X.
Météore dans le ciel africain, il continue d'illuminer la nuit de l'oppression
et de l'exploitation par de brèves fulgurances d'éclairs.
"Osons
inventer l'avenir".
Nous offrons
aujourd'hui aux lecteurs le dernier discours de Thomas Sankara, en espérant
qu'il vous donnera envie d'en lire plus de lui et sur lui. Nous vous
recommandons de cliquer ici.
Sur les commémorations
du XXème anniversaire de la mort de Tom Sank, lire ici
Lundi 15 octobre à Paris, Un café chez
Apkass dédié à Thomas Sankara
Lundi 15 octobre à Grenoble, conférence débat avec Ardiouma Sirima
Lundi 15 octobre à Toulouse, projection de Thomas Sankara, l’homme
intègre
LE DERNIER DISCOURS DU CAPITAINE THOMAS SANKARA
Nous avons besoin d’un peuple convaincu plutôt que d’un peuple vaincu
Tenkodogo , 2 Octobre
1987
Camarades militantes et
militants de la
Révolution démocratique et populaire, chers amis du
Burkina Faso : Aujourd’hui nous célébrons le quatrième anniversaire
de notre guide ; notre guide d’action révolutionnaire, notre guide idéologique,
le Discours d’orientation politique (DOP). Tenkodogo a été choisi pour
abriter ces manifestations, pour concentrer les pensées des Burkinabè,
pour recevoir les sentiments et les voeux de nos amis. Tenkodogo a été
retenu pour matérialiser tant de réflexions de quatre ans d’action révolutionnaire,
de quatre ans de lutte. Je voudrais féliciter les militantes et les
militants de la province du Boulgou qui se sont mobilisés ensemble pendant
des nuits, pendant des jours pour permettre que le quatrième anniversaire
du DOP reçoive l’éclat de nos intérêts et qu’en même temps il traduise
la marche radieuse de notre peuple vers le bonheur. Les militantes et
militants de la province du Boulgou sont méritants à plus d’un titre,
eu égard à tout ce qui a pu se tramer pour barrer la route à leurs initiatives,
à leurs efforts pour décourager leurs sacrifices et faire échouer cette
manifestation grandiose qu’est le quatrième anniversaire du Discours
d’orientation politique.
Nos camarades de la province de Boulgou avec leurs structures révolutionnaires
nous donnent là des raisons d’espérer, de croire, d’avoir confiance
en l’avenir, d’avoir confiance en nos masses quel que soit le lieu où
elles se trouvent sur le plan géographique. La province du Boulgou nous
permet aussi de croire aux transformations miraculeuses, aux bonds en
avant avec le peuple, toujours avec le peuple, sans fuite en avant.
La province du Boulgou nous accueille dans des conditions qui font d’elle
une province exemplaire à plus d’un titre ; une province méritoire à
plus d’un titre ; non seulement de par ses réalisations socio-économiques
mais surtout de par sa mobilisation politique et conséquente, ferme
et déterminée.
S’il y a eu échec à Tenkodogo, s’il y a eu échec dans la province du
Boulgou, c’est bel et bien l’échec de ceux qui ont tenté de quelque
manière que ce soit, à droite comme à gauche, de perturber la marche
de la révolution, croyant pouvoir abuser des masses populaires, tromper
les militants, se servir de l’obscurité artificiellement créée par eux
pour dominer les militants.
La révolution est invincible. Elle vaincra en ville comme en campagne.
Elle vaincra au Burkina Faso parce que déjà au Boulgou, elle est victorieuse.
Camarades, à l’adresse de toutes les masses populaires de la province
du Boulgou, je voudrais simplement dire merci. Merci pour votre accueil
enthousiaste ; merci d’avoir fait commencer ces manifestions par cette
pluie bienfaisante. Un ancien me rappelait il y a quelques instants
que le premier anniversaire du DOP a été célébré sous la pluie. Aujourd’hui
aussi, nous célébrons le quatrième anniversaire du DOP sous la pluie.
Cela est un élément heureux. Et nos masses paysannes sur lesquelles
nous 1 comptons, nos masses paysannes qui font de la pluie un élément
matériel fondamental de notre système agricole, ne nous démentiront
certainement pas.
C’est, hélas, parmi ceux qui manipulent à tort et à travers la phrase
révolutionnaire que la pluie est symbole de perturbation de la fête,
de perturbation de la « bamboula ». Chez le paysan, la pluie est joie,
la pluie est espoir, la pluie est victoire et allégresse. Nous sommes
avec notre peuple, nous luttons avec notre peuple en nous démarquant
de toutes les idées erronées. C’est pourquoi nous sommes à Tenkodogo
dans l’allégresse sous la pluie au quatrième anniversaire du DOP.
Camarades, le Discours d’orientation politique, notre guide d’action
révolutionnaire est à la disposition des Burkinabè ; il est à la disposition
de tous les révolutionnaires. Notre guide joint son apport au mouvement
de l’Humanité pour réaliser un grand bonheur, pour lutter contre les
forces de domination, pour lutter contre les forces d’oppression. C’est
pourquoi, il est normal que nous nous situions dans un cadre international.
C’est pourquoi, il est normal que le DOP soit pour nous un trait d’union,
une affirmation de notre appartenance à cette lutte collective de toute
l’Humanité, l’Humanité des masses populaires, l’Humanité des peuples
en lutte.
Nous saluons par conséquent le soutien qualitatif, le soutien fraternel
et amical des peuples voisins qui, d’une façon ou d’une autre, se sont
associés à nous, franchissant les frontières artificielles qui nous
séparent pour tendre la main à une réalité concrète qu’est le coeur
des Burkinabè. Du Togo sont venus des Togolais, amis du Burkina. Nous
leur disons merci. Du Ghana sont venus des Ghanéens, militant avec nous
pour la révolution africaine. Frères dans le combat, dans les victoires,
ils acceptent aussi de vivre nos échecs qui sont autant d’indications
pour nous tous pour aller toujours de l’avant. Nous souhaitons la bienvenue
à ces amis, nous souhaitons la bienvenue à tous les autres amis tant
ils sont nombreux et tant il est inutile de les énumérer.
Le Discours d’orientation politique s’impose à nous comme guide. II
est l’oeuvre collective des Burkinabè. II est la réflexion collective
de tous ceux qui se sont engagés consciemment dans la Révolution démocratique et populaire. C’est pourquoi,
le Discours d’orientation politique doit être notre référence, notre
étoile polaire qui nous guide et nous indique le chemin. Cette étoile
qui nous évite de nous égarer. Le Discours d’orientation politique est
venu nous enseigner que nous devons aller au-delà de la simple révolte,
par une démarche scientifique, par une démarche rigoureuse, méthodique,
pour formuler de manière précise d’où nous sommes venus et où nous allons.
Faute de quoi, notre révolution se serait simplement limitée à un élan
subjectif, à un élan de révoltés qui n’aurait connu que des lendemains
de feux de paille, c’est-à-dire une mort lente, du fait d’un manque
de souffle le souffle qui permet à une révolution d’aller toujours de
l’avant, d’éclairer et de réchauffer.
Le guide d’action révolutionnaire nous rassemble, nous éduque et nous
appelle à nous discipliner dans les rangs de la révolution. C’est en
s’appuyant sur le Discours d’orientation politique que nous remettrons
sur le droit chemin ceux-là qui ont failli, ceux-là qui se sont égarés.
Le Discours d’orientation politique nous réchauffe et nous fournit la
chaleur cette chaleur qui permet aux timorés de reprendre pied dans
la lutte et d’avoir confiance en la révolution. C’est pourquoi nous
devons constamment nous référer au Discours d’orientation politique.
Constamment nous devons non seulement en ouvrir les pages, les lire,
les comprendre, mais surtout les appliquer aux réalités concrètes qui
nous entourent ; les réalités qui évoluent, qui changent, qui se transforment,
parce que notre nature est matérielle. Elle n’est pas une idée en l’air.
Une idée que nous pouvons décrire au gré de nos rêves, au gré de nos
visions.
Le Discours d’orientation politique a un passé. II a déjà quatre ans
d’existence. C’est beaucoup pour un pays comme le nôtre. Mais s’il a
un passé, le Discours d’orientation politique a aussi un présent, c’est
celui d’aujourd’hui : le regroupement de tous les révolutionnaires.
II a surtout un avenir. Quel est l’avenir du Discours d’orientation
politique ?
L’avenir du Discours d’orientation politique doit être le fruit des
efforts des révolutionnaires ; efforts pour l’approfondir, efforts pour
nous mettre toujours à la hauteur des combats qui se présentent à nous,
efforts pour rendre le Discours d’orientation politique toujours à l’avant
des combats qui se mènent à présent, afin de donner aux révolutionnaires
les réponses aux questions théoriques et pratiques qu’ils se posent
devant les multiples problèmes qui nous assaillent. Le Discours d’orientation
politique se veut aussi rassembleur, rassembleur des révolutionnaires.
C’est-à-dire que c’est autour du Discours d’orientation politique en
l’affinant de façon conséquente, en l’approfondissant de façon responsable
que les révolutionnaires pourront transformer la réalité au Burkina
Faso pour le peuple burkinabé.
Car notre révolution n’est pas un concours de rhétorique. Notre révolution
n’est pas un affrontement de phrases. Notre révolution n’est pas simplement
l’affichage d’étiquettes qui sont autant de signes que les manipulateurs
cherchent à établir comme des clés, comme des laisser-passer, comme
des faire-valoir. Notre révolution est et doit être en permanence l’action
collective des révolutionnaires pour transformer la réalité et améliorer
la situation concrète des masses de notre pays. Notre révolution n’aura
de valeur que si, en regardant derrière nous, en regardant à nos côtés
et en regardant devant nous, nous pouvons dire que les Burkinabè sont,
grâce à la révolution, un peu plus heureux, parce qu’ils ont de l’eau
saine à boire, parce qu’ils ont une alimentation abondante, suffisante,
parce qu’ils ont une santé resplendissante, parce qu’ils ont l’éducation,
parce qu’ils ont des logements décents, parce qu’ils sont mieux vêtus,
parce qu’ils ont droit aux loisirs ; parce qu’ils ont l’occasion de
jouir de plus de liberté, de plus de démocratie, de plus de dignité.
Notre révolution n’aura de raison d’être que si elle peut répondre concrètement
à ces questions.
Tant que la révolution ne sera pas en mesure d’apporter bonheur matériel
et moral à notre peuple, elle sera simplement l’activité d’un ramassis,
d’un certain nombre de personnes avec plus ou moins de mérite, mais
qui représentent tout simplement des momies, qui représentent tout simplement
un rassemblement statique de valeurs décadentes, incapables de mouvoir
et de faire mouvoir la réalité ; incapables de transformer cette réalité.
La révolution, c’est le bonheur. Sans le bonheur nous ne pouvons pas
parler de succès. Notre révolution doit répondre concrètement à toutes
ces questions.
C’est pourquoi, il est indispensable que le Discours d’orientation politique
soit connu de tous et joue son rôle éveilleur et rassembleur. II va
sans dire que tout au long de notre action, nous rencontrons des difficultés.
Nous avons déjà connu des difficultés dans nos rangs et hors de nos
rangs. Ces difficultés-là ne doivent pas nous arrêter. Ces difficultés-là
ne doivent pas nous décourager. Ces difficultés ne doivent pas être
un frein, un obstacle insurmontable pour nous. Au contraire, elles nous
enseignent tout simplement que c’est bel et bien sur le terrain de la
lutte révolutionnaire que nous nous situons, c’est-à-dire affronter
chaque jour des obstacles qui ont empêché d’autres de réaliser le bonheur
qu’ils promettaient. Parce qu’eux s’en tenaient à leurs discours et
ne s’engageaient pas dans l’action avec le peuple et pour le peuple.
Le Discours d’orientation politique est celui autour duquel nous nous
réunirons, celui autour duquel nous renforcerons notre cohésion, celui
à partir duquel nous expliquerons, nous discuterons nos désaccords,
nos divergences, nos points de vue parce que l’objectif est un et reste
le même. Toute divergence qui n’est pas en mesure de se résoudre dans
le cadre du Discours d’orientation politique à l’heure actuelle au Burkina
Faso, est une divergence qui concerne des objectifs purement et simplement
différents. Si les objectifs sont identiques, le Discours d’orientation
politique se chargera de réaliser la convergence des méthodes d’action.
Notre unité se fera en faveur de notre peuple. Notre unité ne se fera
pas comme un match de football auquel se livreraient des équipes brillantes
peut-être, émérites certainement, mais offrant un spectacle, juste le
temps de 90 minutes, avec éventuellement des prolongations, et peut-être
se terminant par des tirs de pénalités. Non, notre unité se fera en
luttant avec le peuple et sous l’appréciation du peuple. C’est-à-dire
que nous nous réunirons en révolutionnaires et seuls les révolutionnaires
viendront à cette unité.
Qui alors sera révolutionnaire ? Sera révolutionnaire celui-là qui clans
ses actes, dans sa pratique mais également dans sa, conscience arrivera
à prendre une position efficace, indiscutable, incontestable dans le
cadre de notre combat qui est concret. Ce combat est par exemple la
construction de retenues d’eau par centaines, par milliers ; ce combat
est la pose des rails avec nos bras pour réussir la bataille du rail,
la gagner ; ce combat, est l’ouverture de routes, la construction de
postes de santé, la dispense d’une partie de notre savoir à nos frères,
à nos camarades qui n’ont pas eu la chance d’accéder à l’instruction.
C’est là que nous verrons les révolutionnaires. Nous les verrons dans
les combats économiques, social, sanitaire, culturel… Livrer combat
ailleurs serait inutile. II faut faire la différence entre les combats
utiles pour nous et les autres combats… Les combats qui nous intéressent,
ce sont ceux qui nous permettent d’être chaque jour plus heureux, ceux
qui permettent de rendre notre peuple indépendant en luttant farouchement
contre l’impérialisme.
Nous verrons les révolutionnaires lorsqu’il s’agira de dire non aux
produits que l’impérialisme nous déverse dessus pour exercer la domination
capitaliste sur notre peuple. Seront révolutionnaires ceux-là qui auront
choisi de composer avec la rigueur des transformations ; ceux-là qui
auront choisi le devoir d’abandonner des habitudes de vie, de consommation
pour vivre avec les masses. Tout le monde n’est pas apte à vivre conséquemment
notre mot d’ordre : « Consommons burkinabè ». Ils sont nombreux ceux
qui ne consomment burkinabè qu’avec le langage et gardent leur langue
et leur bouche pour réellement se délecter et consommer « impérialiste
». Ceux-là ne sont pas révolutionnaires. Ce sont ceux-là que nous allons
démasquer. Ce sont ceux-là qu’il faut mettre à l’écart.
Nos paysans au Burkina Faso ne gagneront jamais la bataille de leur
libération tant que nous, consommateurs des villes ne serons pas disposés
à boire des boissons produites à partir de leurs récoltes par exemple.
Pourquoi veut-on nous imposer la consommation de produits venus de loin
?
Cela est très grave et inacceptable. Cela est en plus criminel quand
ce sont des camarades, des révolutionnaires qui sont vecteurs de cette
imposition, vecteurs de cette domination. Ceci veut dire que ces camarades-là
n’ont pas compris la profondeur et l’intérêt de leur discours de haut
niveau et de grande qualité. Ceci veut dire qu’il y a nécessité de débat.
Et retournons au Discours d’orientation politique. Consultons de nouveau
le Discours d’orientation politique, il nous indiquera la voie. Elle
est unique et nous conduit à un objectif : le bonheur de notre peuple.
Notre unité se fera donc dans le combat, dans la lutte, par le respect
scrupuleux de nos statuts et de nos méthodes de travail. II faut que
nous soyons fermement organisés autour de nos statuts. Des statuts clairs
mettront en évidence les complots et les intrigues que les révolutionnaires
conséquents combattront avec une rage légitime. Notre unité se fera
également autour du programme des révolutionnaires du Burkina Faso dans
l’application de l’éthique révolutionnaire, la morale révolutionnaire.
La morale révolutionnaire nous indiquera quels sont nos droits mais
surtout quels sont nos devoirs. La morale révolutionnaire nous indiquera
quelle est la pratique sociale que nous devons avoir pour que les masses
nous apprécient positivement ou négativement, pour que les masses chaque
jour viennent à nous, non pas parce que nous les aurons vaincues mais
parce que nous les aurons convaincues par l’exemple. Il faut que le
Discours d’orientation politique nous ouvre cette porte. Cette porte,
elle existe déjà dans chaque ligne, dans chaque page de notre DOP. Faisons-en
le meilleur usage qui soit.
Notre révolution est une révolution qui ne peut se démarquer des lois
scientifiques qui existent déjà et qui régissent toutes les révolutions.
Et c’est quand nous manquons d’appliquer ces lois scientifiques que
nous nous égarons. Sans théorie révolutionnaire point de révolution.
II faut que nécessairement un jour notre révolution rencontre, aussi
loin qu’elle sera avancée, d’autres révolutions par l’application de
la théorie révolutionnaire, par l’approfondissement de notre Discours
d’orientation politique.
Nous avons connu des difficultés, il ne faut pas s’en cacher. Des difficultés
qui ont amené des affrontements çà et là. Des affrontements entre des
éléments tout aussi bons, valables et engagés dans le processus révolutionnaire.
Tous ceux-là sont des éléments auxquels nous devons faire confiance.
C’est chaque fois que nous nous enfermons dans l’idée que seul un noyau,
seul un groupe est valable, et que tout le reste n’est que lamentations
et échecs que nous nous isolons. C’est-à-dire que nous compromettons
notre révolution.
L’objectif de la révolution n’est pas de disperser les révolutionnaires.
L’objectif de la révolution est de consolider nos rangs. Nous sommes
8 millions de Burkinabè, nous devons avoir 8 millions de révolutionnaires.
Et aucun révolutionnaire n’a le droit de dormir tant que le dernier
des réactionnaires au Burkina Faso n’aura pas été en mesure d’expliquer
conséquemment le Discours d’orientation politique. Ce ne sont pas les
réactionnaires qui doivent faire l’effort pour comprendre. Ce sont les
révolutionnaires qui doivent faire l’effort pour leur faire comprendre.
Le réactionnaire a choisi sa position de réactionnaire. Le révolutionnaire
a choisi sa position de révolutionnaire, c’est-à-dire de mouvement vers
les autres pour les gagner à lui. S’il n’arrive pas à convaincre les
réactionnaires à adhérer à la révolution, la réaction se développera
dans le monde.
Par conséquent, le devoir de tout révolutionnaire, c’est d’éviter que
la révolution ne se replie sur elle-même ; que la révolution ne commence
à se scléroser ; que la révolution ne commence à se rétrécir en peau
de chagrin. Ainsi de 1 000, nous ne serons que 500 ; de 500 nous ne
serons plus que deux. Or, notre Révolution démocratique et populaire
est une révolution qui se démarque de tout regroupement de sectes ou
regroupement sectaire. II faut que chaque jour nous constations que
du mouvement pionnier jusqu’à l’UNAB nous avons davantage de militants.
Bien sûr, tout le monde ne sera pas au même niveau. Ce serait de l’utopie,
ça serait un rêve que de penser que tout le monde sera au même niveau
d’engagement et de compréhension. Mais il appartient aux révolutionnaires
chaque jour de ne point se décourager, de ne point se lasser, d’accepter
l’effort physique, moral et intellectuel pour aller vers les autres.
Ce qui exige bien souvent que nous fassions violence sur nous-mêmes
: expliquer et encore expliquer. Lénine disait une chose que nous oublions
souvent : « à l’origine de toute révolution, il y a la pédagogie ».
Ne l’oublions jamais. Et l’art d’enseigner, c’est la répétition. II
faut répéter, et encore répéter.
Le Discours d’orientation politique nous indique également la nécessité
de la fermeté pour pouvoir nous situer de façon responsable dans la
lutte des classes qui nous interpelle. Le 4 août 1987 à Bobo-Dioulasso,
je vous invitais à renforcer la lutte révolutionnaire pour gagner davantage
de révolutionnaires à notre révolution. Je vous invitais à comprendre
que nous avons besoin d’un peuple de convaincus et non d’un peuple de
vaincus. Un peuple de vaincus est une succession interminable de prisons.
C’est-à-dire la nécessité de trouver en permanence des gardiens de prisons.
Quand nous aurons mis quatre millions de Burkinabè en prison, il nous
faudra en trouver deux fois quatre pour garder ces prisons.
Cela ne veut pas dire que nous ne devons pas savoir sévir contre ceux
qui croient que la révolution est synonyme de faiblesse, ceux qui confondent
le débat démocratique dont nous avons besoin avec la condescendance
et le sentimentalisme. Ceux-là récolteront ce qu’ils auront semé. S’il
faut les sanctionner, ils seront sanctionnés. Que ce soit au Burkina
ou hors du Burkina. Nous savons que nous serons parfois incompris. Mais
nous savons aussi que la sanction est éducation. II faut sanctionner
ceux qui ont tort, ceux qui se mettent en travers de la révolution afin
de gêner la révolution.
Nous reviendrons à eux quand le temps nous permettra de le faire. Du
reste, nous l’avons prouvé, nous n’avons jamais jeté l’anathème définitivement
sur qui que ce soit. Nous avons toujours tenté de repêcher ceux que
nous pouvions repêcher. Et nous le ferons chaque fois que les conditions
seront réunies. Ne demandez pas que l’on coure et que l’on se gratte
en même temps. Ne demandez pas que l’on s’occupe de ceux qui sont déjà
très loin en avant et qu’en même temps l’on s’arrête pour s’occuper
de ceux qui tirent en arrière comme les réfractaires à notre action
et les tractés…
Nous devons avoir le courage d’examiner calmement tout cela en face.
C’est pourquoi il faut que chaque militant comprenne que tout Burkinabé
doit avoir l’éducation politique conséquente. L’éducation politique,
c’est d’abord que ceux qui ont été pour la sanction sans convaincre
agencent méthodiquement leur argumentation. Convaincre celui-là qui
a été sanctionné, faire des observations sur son éconduite, sur ses
manquements et lui donner des conseils qui
lui permettront de se racheter.
Éduquons notre peuple. Éduquons ceux-là que nous sanctionnons par un
débat démocratique. Nous verrons par la suite, en tant que révolutionnaires,
si le sanctionné a fait amende honorable et peut être racheté. Le meilleur
rachat, c’est celui qu’on développe soi-même ; ce n’est pas celui que
les autres développent. C’est reconnaître ses fautes et s’engager solennellement
à ne plus jamais les recommettre. C’est aussi pratiquer chaque jour
une vie de révolutionnaire ayant reconnu ses fautes. Dans ces conditions,
les révolutionnaires apprécieront et prendront une décision en faveur
de celui-là qui aura été sanctionné.
Mais il faut d’abord que partout où sont nos structures, elles commencent
par poser des questions sur tous les révolutionnaires. Et à partir d’aujourd’hui
2 octobre 1987, nous invitons le peuple du Burkina, les militants du
Burkina à s’organiser parce que le Conseil national de la révolution
va leur demander d’avoir à apprécier tous les révolutionnaires au travail.
II appartiendra aux CDR de dire sur les lieux de travail ou dans les
secteurs géographiques qu’elle est la pratique sociale, révolutionnaire
de tel ou tel militant.
Camarades, la révolution ne peut confier le pouvoir d’État, ne peut
confier le pouvoir tout court, ne peut confier la possibilité d’agir
qu’à ceux qui veulent le faire en faveur de notre peuple. Nous ne pouvons
pas appeler à quelque responsabilité que ce soit, à quelque niveau que
ce soit ceux-là qui oeuvrent contre notre peuple. Désormais, nul ne
pourra être nommé responsable à quelque niveau que ce soit si préalablement
nos CDR et nos autres structures n’ont pas eu à se prononcer sur ce
camarade.
Périodiquement, nous retournerons à la base pour savoir si tel camarade
est un bon militant. Que pensez-vous de tel camarade ? Est-il un bon
militant ? Assiste-t-il à vos veillés débats ? Participe-t-il concrètement
à vos conférences ? Participe-t-il à vos travaux d’intérêt commun ?
Participe-t-il à la résolution des problèmes de son secteur ou de son
service ? Est-il exemplaire ? Arrive-t-il à l’heure ? Respecte-t-il
les mots d’ordre du Conseil national de la révolution ? C’est-à-dire
lutte-t-il conséquemment contre l’impérialisme ? Cela se verra désormais
grâce aux yeux, aux oreilles que constituent les sens infaillibles de
notre peuple.
Ces notes seront démocratiques et populaires. Et alors nous pourrons
dire à chacun, directeur, chef de service, responsable : « Camarade,
tout au long de l’année, vous avez eu un comportement conforme au Discours
d’orientation politique, conforme aux statuts, conforme au programme,
conforme à l’éthique révolutionnaire ». Ou bien, nous pourrons dire
: « Camarade, nous avons le regret de vous dire que vous avez été en
porte-à-faux, en contradiction avec vos engagements révolutionnaires
». Et nous prendrons les mesures qui s’imposent.
Cela veut dire que désormais, tous ceux qui ont subi une sanction licenciée,
dégagés, suspendus doivent être convoqués par les CDR pour savoir ce
qu’ils sont devenus, ce qu’ils font pour la révolution. Celui qui ne
fait rien fait quelque chose contre la révolution. Pour la révolution,
chacun doit répondre devant les structures populaires. Parce qu’il y
a certains qui croient mais ils ont tort que dès lors que la sanction
a été prise contre eux, ils sont devenus des ennemis de la révolution
et qu’ils doivent agir comme ennemis de la révolution. La sanction a
été prise, mais la révolution a toujours besoin d’eux. Parce que la
sanction suprême c’est de faire disparaître son ennemi. Or la révolution
offre l’avantage aux sanctionnés d’être encore avec nous pour voir,
pour entendre, pour comprendre afin de se racheter. Donc tous doivent
être effectivement suivis ; pas forcément pour être repris, mais pour
que nous sachions exactement ce qu’ils font pour la révolution.
Le Discours d’orientation politique est à la disposition de tous. Personne
ne peut vivre sur le dos de notre peuple en se disant qu’il a été mis
à l’écart. Celui qui s’est mis à l’écart sera retrouvé par le peuple
qui reçoit mission d’agir, de rechercher, d’éduquer tous ceux qui ont
essayé de se terrer dans quelque trou que ce soit. C’est ainsi que nous
pourrons être sûrs que nous avons fait des efforts pour éduquer, car
certains sanctionnés disent qu’ils ont été mis à l’écart…
Combien sont-ils à participer aux travaux d’intérêt commun ? Combien
sont-ils à apporter leur contribution à l’avancée de la révolution ?
Camarades, la révolution est constamment victorieuse. La révolution
maîtrisant la situation peut se permettre le rachat des uns et des autres.
C’est pourquoi, en ce quatrième anniversaire du Discours d’orientation
politique, je voudrais vous annoncer deux mesures : la première mesure
est la mise en liberté des détenus qui, de par leurs comportements sociaux,
ont eu à porter préjudice à notre peuple par des actes, des crimes,
par des délits de droit commun contre des hommes, des femmes, des biens
de notre peuple. Nous allons les mettre en liberté parce que nous les
avons observés dans le travail de réinsertion sociale. Réinsertion sociale
qui se fait tous azimuts et doit être poursuivie. Pour nous révolutionnaires,
notre victoire, c’est la disparition des prisons.
Pour les réactionnaires, leur victoire est la construction d’un maximum
de prisons. Telle est la différence entre eux et nous. Nous mettrons
en liberté 88 personnes. Le ministère de la
Justice publiera les noms de ces 88 personnes qui,
sur les chantiers, ont eu un comportement correct au travail.
Chaque jour, elles ont compris qu’elles ont fauté et que le travail
libère. Bien sûr, il y aura toujours des éléments qui n’auront pas su
profiter de cette mesure de clémence de la révolution. Et naturellement,
ils retourneront d’où ils sont sortis. Mais je suis convaincu que la
plupart d’entre eux, peut-être tous, sauront profiter de cet acte de
clémence pour que nous puissions en libérer d’autres encore.
La deuxième mesure concerne les éleveurs. Depuis longtemps nous avons
pratiqué un impôt qui a pesé sur les éleveurs. Le Conseil national de
la révolution décide tout simplement de supprimer cet impôt-là. Nous
le supprimons, non pas que les caisses de l’État soient pleines. Nous
supprimons cet impôt parce qu’il nous dessert et traumatise inutilement
notre peuple. II démobilise cette fraction de la paysannerie que sont
nos éleveurs. II porte préjudice à notre économie en perturbant notre
élevage. Par conséquent, nous le supprimons.
Nous invitons les structures concernées, le ministère de l’Agriculture
et de l’Élevage, le secrétariat d’État à l’Élevage, le ministère de
la Question paysanne et toutes
les autres structures à faire en sorte que nous tirions plus de profit
de cet acte de suppression d’impôt, plutôt que d’avoir à constater une
situation administrative et budgétaire devenue difficile. J’invite donc
le personnel des services des impôts à imaginer d’autres formes de mobilisation
de nos ressources pour que nous puissions construire mieux encore notre
Faso.
Mais il ne faut pas que la joie de certains soit la tristesse des autres.
Par conséquent que chacun de nous tous, éleveurs directs, ceux vivant
de l’élevage ou tirant profit de l’élevage soit en amont ou en aval,
soit parce que nous sommes derrière les boeufs ou devant les boeufs,
soit parce que nous sommes sous les bœufs tire profit de la mesure.
Et je vous remercie camarades, du soutien que vous apporterez à cette
mesure.
Enfin, camarades, le Discours d’orientation politique nous a été présenté
traduit en langues nationales : fulfuldé, dioula et mooré. C’est là
un moyen d’atteindre davantage de personnes, davantage de Burkinabè.
Je voudrais féliciter tous ceux qui ont contribué à ce travail. Un travail
intellectuel qui a certainement demandé beaucoup d’effort, beaucoup
de travail, beaucoup de réflexion pour adapter, traduire des concepts
parfois nouveaux dans notre milieu et les rendre également accessibles,
sans pédantisme. Je les félicite car ils ont fait oeuvre utile. Je félicite
également tous ceux qui ont eu l’initiative de cette opération de traduction
du DOP.
Je félicite par avance tous ceux qui, chaque jour, font un travail pour
que notre peuple soit davantage alphabétisé : ministères de l’Éducation
nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, de la Question paysanne. C’est
leur contribution directe à l’enrichissement du DOP. Le DOP traduit
en langues nationales n’aura aucun intérêt si les paysans ne savent
pas le lire, parce qu’ils n’ont pas appris à lire. Ils restent des aveugles.
Et par conséquent, offrir le DOP non traduit en langues nationales à
un analphabète, c’est insulter un aveugle en lui donnant une lampe torche.
L’aveugle a d’abord besoin de voir, ensuite de lampe torche pour mieux
voir. Donnons à tous les analphabètes la capacité de lire, ensuite nous
leur donnerons de la lecture saine et de la lecture utile comme le DOP
traduit en langues nationales.
Camarades du Bouleau, je renouvelle mes félicitations au Haut-commissaire
et au PRP de la province. Je renouvelle mes félicitations au Comité
de défense de la révolution de la province, je renouvelle mes félicitations
à la section provinciale de l’Union nationale des anciens du Burkina.
Je renouvelle mes félicitations à la section provinciale de l’Union
des femmes du Burkina. Je renouvelle mes félicitations à l’Union nationale
des paysans du Bouleau et je n’oublie pas les Pionniers qui nous agrémentent
cette fête, et qui nous montrent également que l’avenir est plein d’espoir.
Je n’oublie pas ces travailleurs, notamment cet ingénieur qui, au cours
des travaux, s’est gravement blessé en construisant le monument du 2
octobre à Tenkodogo. Malgré sa blessure, il est revenu immédiatement
après quelques soins sur le chantier pour se préoccuper de la finition
correcte de ce monument. Le miracle est venu. Le monument, en quelques
jours, a été mis sur pied. Et les langues fourchues de nos ennemis ont
été coupées en quatre. Nous féliciterons désormais plus souvent par
décoration comme nous venons de le faire ceux qui auront brillé par
leur travail.
Camarades, ce matin à l’inauguration du monument du 2 octobre, le camarade
ministre d’Etat vous a déjà sensibilisés sur la signification de ce
symbole. Je suis persuadé qu’il a mis en chacun de vous un levain qui
vous prédispose à aller encore plus loin. Et c’est pourquoi, il m’est
aisé, il m’est facile, il m’est agréable de vous dire aujourd’hui :
Camarades, en avant pour mille anniversaires du DOP !
En avant pour un DOP encore plus profond, encore plus rassembleur malgré
tout ce qui aura pu nous diviser !
En avant pour un DOP qui sera le fondement matériel du bonheur moral
et matériel de notre peuple !
En avant pour un DOP qui sera ce phare qui nous éclairera et éclairera
également d’autres peuples au profit de ce bonheur en lequel nous avons
tous foi !
La patrie ou la mort, nous vaincrons ! Je vous remercie.
Source : Sidwaya du 8 octobre 1987
Source : Basta ! Journal de marche zapatiste
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